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Tout commence à Presbourg : une autre Europe napoléonienne

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Message par DemetriosPoliorcète Mer 4 Jan - 17:16

Prologue : des lendemains d'Austerlitz au "Concert napoléonien"

« La tâche qui m’incombait était de conserver à la France ce que la Révolution lui avait apportée tout en apportant la stabilité et la paix qu’elle méritait. A l’intérieur des frontières, je l’ai fait avec le Code civil. A l’extérieur, avec la paix de Presbourg. »

                                                     Napoléon Ier, Mémorial de Saint-Cloud, 1825


Il est difficile de comprendre ce qui a motivé Napoléon Ier, vainqueur d’Austerlitz, à finalement se rallier au point de vue de son ministre Talleyrand et à ménager l’Autriche vaincu, posant ainsi les fondations du concert européen, d’autant qu’il semblait avoir pris le chemin inverse, avec l’annexion du Piémont puis son couronnement comme roi d’Italie. Certains pointent les qualités de Talleyrand et son art de la persuasion, d’autres la crise d’épilepsie subie par Napoléon, d’autres encore la mort du maréchal Lannes au moment du triomphe d’Austerlitz, et les derniers mots qu’il aurait, selon la légende, glissés à son souverain et compagnon (« ton ambition te tuera »), et tous s’accordent à reconnaître une certaine instabilité émotionnelle de l’Empereur, et ce depuis ses années de formations. Mais outre les facteurs psychologiques, il ne faut pas mettre de côté le profond réalisme géopolitique et l’intelligence politique dont a fait preuve Napoléon en ces circonstances.

Tout commence à Presbourg : une autre Europe napoléonienne 440px-Talleyrand_01

Charles-Maurice de Talleyrand-Perigord, "Prince des diplomates" et principal architecte de la nouvelle Europe

La paix de Presbourg consacre en effet les vues de Talleyrand et son idée d’un concert de grandes puissances européennes : si l’Autriche cède à la Bavière le Voralberg et à l’Italie la Vénétie orientale, mais Napoléon renonce à lui enlever la Dalmatie et le Tyrol. Si les alliés d’Allemagne du sud se voient reconnaître leur complète indépendance vis-à-vis de l’Autriche, mettant fin à la fiction du Saint-Empire, Napoléon renonce à devenir le protecteur de la nouvelle Confédération du Rhin, nouvelle structure particulièrement peu contraignante pour ses membres.

Au Nord, Napoléon et Talleyrand surent rattacher à leur projet le roi de Prusse en lui reconnaissant l’annexion pure et simple du Hanovre et la création d’une « Confédération du Nord » présidée par Frédéric-Guillaume IV.

Si le traité de Presbourg prévoyait la séparation des couronnes de France et d’Italie sans que Napoléon ne perde son titre royal, il abdiqua néanmoins dans l’année en faveur de son frère Joseph, qui avait auparavant refusé le titre, et devint Giuseppe Ier, roi d’Italie, tandis que Louis devenait roi de Hollande.

Devant le retour de l’équilibre en Europe, la poursuite de la guerre par la Russie perdait son sens. En novembre 1806, la paix fut finalement signée entre Talleyrand et les représentants du Tsar, sans pertes territoriales pour la Russie.

L’Angleterre demeurait donc la seule puissance en guerre avec la France. Le renoncement par cette dernière à un « blocus continental » qui aurait ébranlé les nouveaux liens avec les puissances européennes contribuait à rendre insupportable aux yeux de tous le blocus qu’elle-même mettait en place et sa prétention à exercer la souveraineté sur les mers.

Restait pour la France la question de la puissance alliée sur laquelle s’appuyer dans la nouvelle configuration européenne, que l’on appelait déjà « concert européen », ou parfois « concert napoléonien ». Si Napoléon avait été enthousiasmé par sa rencontra avec Alexandre, à Erfurt en 1808, ce furent les partisans de l’alliance autrichienne qui triomphèrent avec le mariage entre Napoléon et de Marie-Louise d’Autriche en 1809, et la naissance du prince impérial l’année suivante. Selon certains, les Wittelsbach, principaux alliés de Napoléon Ier dans l’espace allemand, poussaient déjà leurs pions pour une alliance matrimoniale, à peine l’enfant au berceau…


Dernière édition par DemetriosPoliorcète le Jeu 5 Jan - 10:02, édité 1 fois
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Message par DemetriosPoliorcète Mer 4 Jan - 19:29

Chapitre 1 : la chasse et la curée en Orient

« Je n’avais pas quitté l’Orient dans l’idée de m’en désintéresser à jamais. Alors que nous avions apporté à l’Europe une paix qu’elle recherchait depuis des siècles, l’Orient restait l’objet d’une monstrueuse complication en même temps que d’une tyrannie hors du temps. Seule la difficulté à s’accorder sur un plan avec les puissances ont retardé l’entreprise »
Napoléon Ier, Mémorial de Saint-Cloud

Etait-ce le désir de retrouver les champs de bataille, ou une volonté plus prosaïque d’assurer le trône de son fils, en donnant à son régime un surcroît de prestige ? Toujours est-il que Napoléon avait évoqué la possibilité d’un partage de l’Empire ottoman avec les puissances européennes dès les lendemains de la paix avec la Russie, et avait entamé en 1810 la préparation d’une campagne militaire.

L’objectif mis en avant était de forcer la Grande-Bretagne à la paix en s’attaquant à son commerce et en menaçant ses possessions dans les Indes. Mais le projet napoléonien visait à un réagencement complet des Balkans et du Proche-Orient, et la prise de contrôle de Constantinople, point sur lequel la coordination avec le Tsar avait échoué.

Alors que les armées du Tsar poursuivaient leur campagne en Moldavie et Valachie, l’Autriche devait ouvrir un nouveau front en Serbie, malgré la réticence russe à laisser entrer en guerre de nouveaux acteurs. Dans le même temps, des troupes franco-italiennes devaient débarquer, depuis les ports italiens et napolitains, sur les côtes épirotes et albanaises, conquérir la Grèce et chercher à prendre Constantinople avant les Russes.
Alors que la flotte anglaise devait être retenue par des mouvements des flottes françaises dans l’Atlantique et de faux documents évoquant une insurrection irlandaise imminente, une seconde expédition d’Egypte devait, en s’emparant de la Crête au passage, s’emparer du delta du Nil et du Caire puis remonter la côte levantine. Pour la commander, Joachim Murat s’était rapidement imposé. Le Grand Duc de Berg était resté insatisfait de sa position et rêvait d’aventures et de nouvelles conquêtes.

Au printemps 1812, après six ans loin des campements, l’Empereur reprenait la tête d’une expédition militaire et débarquait en Epire à la tête d’une armée de 50 000 Français et Italiens. Immédiatement, les sociétés secrètes helléniques appelèrent à l’insurrection générale dans toutes les villes grecques, tandis que les bandes de klephtes passèrent à l’offensive contre toute forme de présence turque dans le pays. Avec un soutien total de la population, la Grande Armée avança presque sans contraintes à travers la Thessalie, et s’empara d’Athènes. « Soldats, nous avons conquis les deux berceaux du monde », dira Napoléon devant le Parthénon. Le 6 août, devant une Assemblée nationale grecque réunie à Nauplie, l’Empereur annonçait la création d’un « Royaume de Grèce et de Macédoine », dont il fit reconnaître comme roi son jeune frère Jérôme.

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Jérôme Bonaparte, devenu Jérôme Ier de Grèce et de Macédoine

Mais une mauvaise nouvelle avait déjà assombri ce triomphe : la flotte de l’expédition d’Egypte, après avoir débarqué un contingent en Crête, avait été détruite par celle de Sir Sidney Smith ; Napoléon avait été victime, comme en 1805, de ses biais d’homme de terre concernant les opérations navales. Le Grand Duc de Berg et 30 000 des meilleurs soldats de l’Empire étaient prisonniers. Désormais en sécurité, Mehmet Ali pouvait débarquer un corps expéditionnaire, d’une valeur militaire bien supérieure à celle des armées ottomanes, sur les détroits, bientôt suivi par un corps expéditionnaire britannique.

A la mi-octobre, alors que les troupes impériales assiègent Thessalonique, l’Empereur fonce sur Constantinople avec des troupes réduites, mais est arrêté par la défense mise en place par Arthur Wellesley, et les troupes britanniques récemment débarquées, tandis qu’il manque d’être encerclé par les troupes de Mehmet Ali.

Il faudra à Napoléon Ier rassembler de nouvelles troupes, isoler lentement Constantinople et négocier avec les troupes du Tsar arrivées depuis la Valachie, avant de faire tomber la capitale ottomane. La prise de la ville et la reddition de l’Empire ottoman e 1813 ne permirent pas le redécoupage de l’ensemble de l’Orient mais simplement des régions européennes de l’Empire. Le royaume de Jérôme occupait l’ensemble de la Grèce continentale, comprenant Thessalonique, la Macédoine grecque, l’Epire du nord et le pays Tosque en Albanie. Le nouveau roi s’installa à Thessalonique, en attendant qu’Athènes soit devenue une capitale digne de ce nom. Il épousa l’année suivante la plus jeune sœur du Tsar, Anna Pavlovna ; malgré l’indignation d’une partie de sa famille, Alexandre avait concédé cette union, tant il importait de maintenir des liens forts avec l’autre grande nation orthodoxe qu’était la Grèce.

La France administrait directement la Crête, la Thrace et l’Ionie, mais avait dû négocier avec le Tsar. Alexandre Ier obtenait la présence d’un contingent russe à Constantinople, hissant l’aigle bicéphale sur le Phanar, et prenait directement le contrôle des principautés de Moldavie et de Valachie, l’Arménie et les territoires grecs pontiques. Il obtenait, surtout, la création d’un royaume de Bulgarie avec un accès à la mer Egée, confié à son frère Nicolas Pavlovitch.

Dans les Balkans, la principauté ecclésiastique du Monténégro était démesurément agrandie, annexant le sud de la Serbie, le pays albanais Guègue et la majeure partie du Vardar, sous le nom de principauté de Roumélie. Autour de Belgrade et en Bosnie, l’Empereur d’Autriche, déjà souverain des Serbes de Krajinas, prit le titre de roi de Serbie et intégra directement ces territoires à son empire.

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Pierre Ier Petrovic-Njegos, prince du Monténégro puis de Roumélie

Le peuple français n’avait pas tenu rigueur à son Empereur de ses échecs temporaires dans les Balkans, et lui avait fait un accueil triomphal à son retour à Paris. La nouvelle monarchie impériale semblait définitivement assurée.
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Message par Thomas Mer 4 Jan - 20:27

Je suis curieux de voir où tu vas nous mener.

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Message par DemetriosPoliorcète Jeu 5 Jan - 10:02

Thomas a écrit:Je suis curieux de voir où tu vas nous mener.

J'ai quelques idées mais je ne sais pas encore tout fait moi-même quelles directions prendre.

Mais j'ai envie de faire une uchronie centrée sur les histoires dynastiques et nationales. Et de beaucoup parler des Balkans.
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Message par Flosgon78 Jeu 5 Jan - 10:48

fantastique !!!
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Message par Rayan du Griffoul Jeu 5 Jan - 14:54

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Message par DemetriosPoliorcète Jeu 5 Jan - 18:33

Chapitre 2 : dix ans de paix

« Il suffisait que cet homme qui avait grandi dans la poussière des camps militaires et s’était élevé sur le trône par l’épée et la poudre décide de passer ses dernières années à se reposer dans des palais de marbre pour que la masse des flatteurs le traitent en nouveau Cincinnatus. Ce n’était pas sans quelque exagération. »

                                           Germaine de Staël

De 1814 à sa mort, en 1824, Napoléon Ier régna sans véritable opposition pendant dix années, marquées par le retour de la paix. Le 18 juin 1815, la France et la Grande-Bretagne avaient en effet signé à Bruxelles une paix qui mettait fin à onze ans de conflits ininterrompus. Londres acceptait la neutralisation de Malte, rendait à la France ses colonies, mais conservait le Cap, conquis sur les Hollandais, en échange d’une indemnité.
Pouvant de nouveau profiter du commerce transatlantique, la France sortit renforcée d’une période de difficultés économiques : les industries de substitution aux produits britanniques s’étaient développées, et constituaient un embryon d’industrialisation.

Particulièrement énergique, comme à son habitude, pendant les premières années, Napoléon dut néanmoins consacrer de plus en plus d’énergie à lutter contre la maladie, laissant de plus en plus de marge de manœuvre à ses ministres, dont l’inévitable Talleyrand, ainsi que le marquis de Caulaincourt, diplomate et représentant de l’ancienne aristocratie revenue en grâce. Revenu également dans les bonnes grâces de l’Empereur, Lucien Bonaparte, nommé Archichancelier de l’Empire, prenait également de plus en plus dans le gouvernement de l’Empire. En 1822, son fils Charles-Lucien épousa la fille et héritière de Joseph Bonaparte, Zénaïde, reconnaissant implicitement Lucien comme le successeur de son frère sur le trône d’Italie.

L’opinion majoritaire était désormais clairement acquise à la nature dynastique du régime et à la montée sur le trône de l’ « Aiglon », fils de Napoléon et de Marie-Louise, né en mars 1811 et titré « Prince de Constantinople » depuis 1814. Le couple impérial avait eu, après lui, deux filles, Marie-Thérèse Laëtitia et Caroline-Marie Louise Bonaparte.

Tout commence à Presbourg : une autre Europe napoléonienne 1280px-Napoleon_2

Napoléon François Joseph Charles Bonaparte, Prince de Constantinople et héritier de l'Empire français

Le retour de la paix marque également une attention redoublée pour les grands travaux : ainsi, l’Empereur suit le prêt les travaux du port de Cherbourg, de nombreux canaux et routes, ainsi que de son propre mausolée, à Orsay, où le style d’inspiration antique rend très nets les hommages aux campagne d’Egypte et de Grèce.

Il est néanmoins faux de s’imaginer que la paix est complète : dès 1815, un conflit avait repris dans les Antilles avec le débarquement d’un corps expéditionnaire français à Saint Domingue, afin de récupérer l’ancienne colonie sucrière et de laver l’affront qu’avait été la défaite des Français face aux anciens esclaves. L’île était alors divisée en deux, avec le royaume d’Haïti d’Henri Christophe, rebaptisé Henri Ier, au Nord, et la République d’Haïti d’Alexandre Pétion au Sud. Si la reconquête de Port-au-Prince fut facile, la suite de la campagne s’avéra particulièrement meurtrière : outre la fièvre jaune, toujours aussi destructrice, les Français constatèrent que les Haïtiens avaient, sous le règne éphémère de l’empereur Jean-Jacques Dessalines, déplacé le centre névralgique de l’île vers l’intérieur des terres et s’étaient préparés à une invasion. Tandis que Pétion, puis son successeur Boyer organisaient une guérilla à l’intérieur des terres, Henri Ier repoussa à plusieurs reprises les assauts du corps expéditionnaires, renforçant la légitimité de sa monarchie. La peur d’un retour de l’esclavage était un outil de mobilisation puissant pour les Haïtiens, malgré la proclamation relativement rapide de la liberté garantie à quiconque se rallierait faite par les Français.

La conquête du Nord de l’île et la capture d’Henri Ier ne mirent pas fin aux combats. En 1820, devant les pertes toujours effroyables qu’occasionnait la fièvre jaune et le peu de fiabilité des troupes levées localement, Paris dut se résoudre à négocier avec Boyer. Celui-ci obtenait le poste de gouverneur à vie de la colonie, la garantie de l’abolition définitive de l’esclavage et le maintien des réformes agraires réalisées pendant l’indépendance, la colonie devant néanmoins accepter de payer une indemnité aux anciens propriétaires. En outre, Saint-Domingue conservait le droit de s’appeler Haïti dans les documents officiels diffusés sur l’île. Si la population accueillit avec soulagement la paix, une partie des Haïtiens continua à voir dans Boyer un traitre, et des sociétés secrètes poursuivirent leur activité dans le but de remettre sur le trône les héritiers d’Henri Ier, considéré comme le souverain légitime.

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Jean-Pierre Boyer, président puis gouverneur à vie d'Haïti
La guerre de Saint-Domingue restera la décision la plus impopulaire de l’Empereur, vue comme un sacrifice inutile d’hommes au nom d’une vision anachronique de la puissance coloniale. Les débats qu’elle soulève contribuent à renforcer les sociétés abolitionnistes, expliquant sans doute la participation de la France à la conférence de Londres de 1821, qui abolit la traite transatlantique, puis la promulgation d’un « Code de la condition servile » l’année suivante, qui encadre plus strictement la justice envers les esclaves et interdit certains traitement, tout en fixant la possibilité d’achat de sa liberté par l’esclave. Napoléon refusera toujours néanmoins toute sa vie d’abolir définitivement l’esclavage, prisonnier de l’idée selon laquelle la puissance commerciale est tributaire du système des plantations, héritée du lobby esclavagiste et de son ancienne épouse, Joséphine.

Le 18 août 1824, après quatre ans à lutter contre la maladie stomachale qui le rongeait, l’Empereur s’éteignait au château de Saint-Cloud, sa résidence de prédilection. Il avait au cours de l’année précédente dicté ses mémoires, publiées ensuite sous le nom de Mémorial de Saint-Cloud. Ses derniers mots à son fils auraient été : « vous voilà empereur par droit de naissance, mais sachez que rien n’est acquis, et ce que vous avez par héritage, il faudra vous en montrer digne par vos talents ».

Petit noble corse devenu Empereur des Français, stabilisateur du régime français comme de l’ordre européen, Napoléon Bonaparte était, dès ses funérailles, considéré comme l’un des plus grands hommes d’Etat que la France ait jamais connu. A l’â ge de 13 ans, son unique fils légitime lui succédait sous le nom de Napoléon II.
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Message par Thomas Jeu 5 Jan - 21:54

« vous voilà empereur par droit de naissance, mais sachez que rien n’est acquis, et ce que vous avez par héritage, il faudra vous en montrer digne par vos talents ».
Ça, c'est de la bonne citation!

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Message par LFC/Emile Ollivier Ven 6 Jan - 12:43

Hâte de voir les pérégrinations de Louis Napoléon Bonaparte dans cette LT.
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Message par DemetriosPoliorcète Ven 6 Jan - 14:54

LFC/Emile Ollivier a écrit:Hâte de voir les pérégrinations de Louis Napoléon Bonaparte dans cette LT.

J'ai déjà quelques idées Wink
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Message par DemetriosPoliorcète Ven 6 Jan - 17:48

Chapitre 3 : La régence

« L’Empereur règne, l’impératrice préside, Talleyrand et moi gouvernons »

Lucien Bonaparte, Lettre à Joseph Ier d’Italie, 1826


Le Testament de Napoléon surpris peu de monde, tant il confirmait la présence au pouvoir des hommes qui avaient exercé des responsabilités dans les dernières années du règne : si l’impératrice Marie-Louise assumait l’ensemble des fonctions de représentation et présidait en théorie le conseil de régence, chacun savait qu’elle se mêlerait peu de politique. Le Conseil était composé des grands dignitaires de l’Empire (à l’exception de Joseph et de Louis Bonaparte, souverains de pays étrangers), auxquels s’ajoutaient plusieurs personnalités membres des derniers gouvernements de l’Empereur.

Un triumvirat émergea rapidement : le vice grand-électeur Talleyrand, toujours incontournable, Armand de Caulaincourt, ministre des relations extérieures, et Lucien Bonaparte, nommé récemment archichancelier, bien que sa présence fut critiquée, étant le successeur désigné de son frère Joseph sur le trône d’Italie.

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Lucien Bonaparte, Archichancelier de l'Empire français

L’une des premières décisions du Conseil fut la signature de traités de libre-échange avec les royaumes d’Italie et de Hollande, afin d’attacher durablement ces Etats-clients à l’alliance française, ce que Napoléon avait toujours refusé. Malgré l’opposition de nombreux acteurs économiques français, cette décision imposée par Talleyrand et Lucien consolida la puissance française, sans apparaître comme une menace pour les autres puissances du concert européen.

Une autre question géopolitique majeure était le mariage du jeune empereur, devenu l’un des partis les plus recherchés d’Europe, en dépit de l’extraction de sa famille. Le choix, comme beaucoup l’avaient déjà devinés, se porta sur la princesse Sophie de Wittelsbach, fille du roi Maximilien Ier de Bavière, le plus fidèle allié de la France dans l’espace allemand. Malgré la différence d’âge entre les futurs époux (née en 1805, Sophie avait six ans de plus que Napoléon Charles), les avantages politiques emportèrent la décision, d’autant que les deux principaux concernés s’étaient parfaitement entendus lors de leurs différentes rencontres. Fixé dès 1824, le mariage est célébré trois ans plus tard, en août 1827.

Tout commence à Presbourg : une autre Europe napoléonienne 1280px-Stieler_Archduchess_1832

Sophie de Bavière, impératrice des Français

Dans les affaires intérieures, la régence, persuadée de la stabilité du régime, ne tenta aucune réforme d’envergure. L’opinion, dans le peuple comme parmi les cercles intellectuels, n’acceptait pas de la même façon les institutions impériales de la même façon avec et sans la figure de Napoléon Ier, et les désirs de réforme s’exprimaient de plus en plus. L’aspect autoritaire du régime n’était-il pas justifié à l’origine par les menaces qui pesaient sur la révolution, aujourd’hui éteintes ? Dès 1825 à Paris se créait la Société des Amis du Peuple et du Suffrage Universel, héritière du jacobinisme de la Révolution. Beaucoup plus modérés, et hésitant moins à se rassembler publiquement, les différents cercles libéraux progressaient parmi la bourgeoisie et les étudiants, autour de figures comme celle de Benjamin Constant. La France de l’ouest restait quant à elle acquise en grande partie au royalisme, et des agents du comte d’Artois, toujours exilé en Angleterre et autoproclamé Charles X, agissaient sur le territoire de l’Empire.


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Message par DemetriosPoliorcète Ven 6 Jan - 19:18

Chapitre 4 : Une Europe de Nations et d’idées

« Eblouis par l’astre impérial, les rois n’avaient pas vu que les peuples, dans toute l’Europe, attendaient, impatients »

                                                        Victor Hugo, Varsovie, 1864




La Pax Napoleonica avait semblé mettre un coup d’arrêt à l’onde de choc qu’avait provoquée la révolution française, mais elle n’avait pas pour autant éteint les aspirations libérales et nationales en Europe, bien que ces idées soit plus ou moins implantées selon les pays, et parfois limitées à des cercles très restreints de la bourgeoisie ou de l’aristocratie libérale.

Malgré son alliance avec la France napoléonienne, la Vienne de Metternich restait la capitale des monarchies réactionnaires, exerçant son influence sur les couronnes de Toscane, des Deux-Siciles et d’Espagne, toutes fermement tournées vers le passé, méfiantes à l’égard de tout mouvement réformateur qui pouvait apparaître à l’intérieur de leurs frontières. La Prusse et la Confédération du Nord organisée autour d’elle étaient aussi actives sur la scène européenne qu’elles étaient, en termes de politique intérieure, parfaitement immobiles. Toujours persuadée de la supériorité de ses armées depuis Frédéric II, la monarchie Hohenzollern conservait un système hérité de la féodalité, incluant le servage, et refusait toute réforme d’envergure.

A l’exact opposé du spectre politique, les « royaumes Bonaparte » de Hollande, d’Italie et de Grèce avaient aboli dans leurs frontières les privilèges nobiliaires et appliquaient le Code civil napoléonien, laissant se développer des bourgeoisies puissantes. Les monarchies d’Allemagne du Sud, meilleures alliées de la France à qui elles devaient leurs couronnes, se situaient dans un entre-deux, introduisant progressivement des réformes sans bousculer leur ordre interne.

A Saint-Petersbourg, le Tsar Alexandre semblait chercher une autre voie, dans la droite ligne du despotisme éclairé de Catherine II : défenseur acharné de l’autocratie, Alexandre n’en mit pas moins en œuvre tout au long de son règne un ensemble de réformes modernisatrices, qui conduisirent à la disparition progressive du servage et la création d’un grand nombre d’infrastructures. Toujours regardée avec un certain mépris par les puissances de l’ouest, la Russie des Romanov construisait pourtant l’une des meilleures armées au monde, en même temps qu’elle posait les bases d’un développement économique.

Tout commence à Presbourg : une autre Europe napoléonienne 4537998bcd69559579e2e01cf2b8772e--saint-p%C3%A9tersbourg

Alexandre Ier de Russie, autocrate et modernisateur

L’unité allemande était vue comme une idée d’intellectuelle, dans la lignée des réflexions de Herder, mais ne donnait pas lieu à de véritables mouvements politiques. L’heure était plutôt à l’affirmation des identités des nouveaux royaumes, au premier rang desquels se trouvait la Bavière des Wittelsbach. Le pays qui venait de créer la fête de la bière se signala par une intense activité intellectuelle, fixant à Munich le cœur universitaire et scientifique de l’Allemagne.

En Italie, l’idée d’unité avait plus de partisans parmi la bourgeoisie, mais se heurtait à la situation géopolitique. L’idée d’une Ligue italique, que Joseph avait refusé de mettre en avant car elle allait contre les volontés de son frère, fut proposée par le royaume d’Italie après la mort de celui-ci, mais se heurta à l’hostilité de l’Autriche et au refus unanime des monarchies de la péninsule et Pape. Si l’on s’était résigné à ce qu’un Bonaparte règne à Milan, il était inconcevable qu’il étende son influence sur le reste de la péninsule. Les politiques de différentes monarchies visèrent au contraire à renforcer l’idée d’une identité locale, fortement liée à la personne du souverain, à Naples comme dans le récent royaume d’Etrurie.

Mais, s’il y avait un pays en Europe où la volonté d’unité nationale se faisait chaque jour plus importante et plus visible, c’était la Pologne. Partagée entre Russie, Prusse et Autriche, la Pologne avait vu dans la France révolutionnaire un espoir de libération. Les élites polonaises, francophiles, s’organisaient en cercles de réflexion et en sociétés secrètes, décidées à obtenir, d’une façon ou d’une autre, la reconnaissance de leur peuple. C’est dans cet esprit que fut diffusée en 1827 dans toute l’Europe la Pétition des Polonais aux souverains et nations d’Europe, un document signé par plusieurs dizaines de personnalités polonaises, qui proposait une solution originale à la question : la Pologne aurait été divisée en trois Grands-Duchés, confiés chacun à un membre des familles d’Autriche, de Prusse et de Russie. Ils auraient formé une confédération dirigée par un seul et unique gouvernement, recréant ainsi une entité polonaise capable de peser en Europe. Bien sûr, la proposition est méprisée par les cours européennes, et la surveillance sur les intellectuels polonais est renforcée par les trois puissances occupantes. La Pétition est néanmoins largement diffusée et remet la question polonaise à l’ordre du jour.

L’agitation à Varsovie allait provoquer, l’année suivante, le premier embrasement de l’Europe depuis la paix de Presbourg.
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Message par Thomas Ven 6 Jan - 21:24

la Russie des Romanov construisait pourtant l’une des meilleures armées au monde, en même temps qu’elle posait les bases d’un développement économique.
+
L’agitation à Varsovie allait provoquer, l’année suivante, le premier embrasement de l’Europe depuis la paix de Presbourg.
Une bonne grosse guerre agitant toute l'Europe?

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Message par LFC/Emile Ollivier Ven 6 Jan - 21:34

L'Espagne a donc rompue son alliance avec la France. Et la Toscane/Etrurie s'est détourné de même de l'empire.
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Message par LFC/Emile Ollivier Ven 6 Jan - 21:36

Il n'empêche j'aimerais bien voir la Prusse se prendre une claque 😈
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Message par DemetriosPoliorcète Ven 6 Jan - 23:04

LFC/Emile Ollivier a écrit:Il n'empêche j'aimerais bien voir la Prusse se prendre une claque 😈

Avec une armée qui n'a pas évolué depuis Frédéric II, c'est bien possible... Wink
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Message par DemetriosPoliorcète Dim 8 Jan - 11:27

Chapitre 5 : danse polonaise

« La Diète de Varsovie déclare Frédéric-Guillaume de Hohenzollern et l’ensemble de ses héritiers déchus de leurs droits sur tous les territoires polonais. La Diète se proclame constituante et se donne pour mission de doter la Pologne d’une constitution et de lui désigner un souverain »

Proclamation du 10 novembre 1828

Le Tsar Alexandre Ier, puis son frère et successeur Constantin Ier, étaient confrontés, dans la question polonaise et dans les affaires européennes en général : assurer la place de la Russie dans le concert des puissances européennes tout en poursuivant l’expansion de l’Empire vers l’ouest. Alexandre s’était couvert de prestige en poursuivant l’œuvre de Catherine II face aux Ottomans et, si Constantinople n’était pas sous contrôle russe, au moins Petersbourg y maintenait-elle une présence symbolique et s’y affirmait-elle comme protectrice du patriarcat et de toute l’orthodoxie.

Alors qu’en 1827 et 1828, la question polonaise se faisait de plus en plus pressante, Constantin, désireux d’apparaître comme l’égal de son frère, joua la carte de la conciliation et de la solidarité slave, sachant en outre la cause polonaise populaire parmi les opinions libérales française et anglaise. Conseillé par le comte Czatoryski, ami proche d’Alexandre resté principal conseiller de la couronne sur la question polonaise, il fit plusieurs gestes symboliques vis-à-vis de la population polonaise, passa du temps à Vila et accepta de réunir ses provinces lithuaniennes et polonaises en un seul et unique Grand-Duché, doté d’une diète. L’idée était de se proclamer, à terme, roi de Pologne, comme l’avait déjà envisagé Alexandre.

En Prusse, la réponse du pouvoir avait été plus incohérente, puis plus brutale. Avant 1805, un sujet du roi de Prusse sur trois était en réalité un Polonais, et si l’annexion du Hanovre avait fait baisser cette part, la population polonaise restait une question majeure dans l’organisation du royaume. Acceptant d’abord une série de concessions après un premier soulèvement de Varsovie, le monarque laisse une Diète se réunir au printemps 1828 mais, devant la prétention de celle-ci à construire un véritable Etat autonome, il la supprime en novembre. La Diète déclare alors immédiatement la déchéance de Frédéric-Guillaume et l’état d’insurrection. Si l’armée prussienne reprend la ville et réprime impitoyablement le mouvement indépendantiste, exécutant plusieurs figures de la noblesse polonaise, elle doit faire face au soulèvement des campagnes.

Alors que les offres de médiation des puissances sont rejetées, Prusse et Russie entre en guerre en janvier de l’année suivante. Sûrs de leur supériorité militaire, les officiers prussiens aiguisent leurs sabres sur les marches de l’ambassade de Russie ; la campagne lancée au printemps en territoire russe tourne pourtant rapidement au désastre. Aux abords de Vilna, l’armée russe accepte la bataille rangée et inflige aux Prussiens l’un des pires désastres militaires de leur histoire, comparée par certains historiens allemands à la bataille de Tannenberg (Grünewald), qui avait vu la défaite des Teutoniques. Constantin entre à Varsovie sous les acclamations et se proclame immédiatement roi de Pologne.

Devant cette déstabilisation de l’ordre européen et l’insurrection polonaises qui se répand dans ses Etats, Vienne entre en guerre, mais les troupes autrichiennes sont repoussées et Cracovie tombe. A Vienne, on panique d’autant plus qu’une tentative d’insurrection manque d’établir un pouvoir hostile à Belgrade, sous la direction d’un certain Djordje Petrovic, dit Karageorges. Le conflit se transforme en un triomphe des armées Romanov, que commande en personne le Tsar Constantin.

En dépit de la sympathie de leurs opinions pour la cause polonaise, la France et la Grande-Bretagne s’inquiètent de la déstabilisation de l’ordre européen entrainée par l’invasion des territoires prussien et autrichien, et le font savoir à Saint-Petersbourg. 30 000 soldats français viennent renforcer les troupes stationnées en Thrace, face à la Bulgarie, tandis que les flottes britanniques croisent dans la Baltique et en Méditerranée.
En juillet, Constantin accepte une trêve et la tenue d’un congrès européen, qui s’ouvre à Copenhague en septembre.

En juillet, Constantin accepte une trêve et la tenue d’un congrès européen, qui s’ouvre à Copenhague en septembre. Une paix de compromis qui reconnaît la victoire russe sans déséquilibrer l’ordre européen est finalement trouvée : la Russie annexera directement plusieurs territoires à l’Est de l’ancienne Pologne prussienne, les territoires ruthènes de la Galicie autrichienne ainsi que la ville de Lublin, et Constantin pourra continuer à porter le titre de roi de Pologne. Le reste de la Pologne prussienne ainsi que la ville de Cracovie sera néanmoins érigé en un Etat autonome dirigé par un prince catholique, sous le nom de Grand Duché de Varsovie, protectorat de la Russie qui aura le droit d'y stationner des troupes. Après de longues négociations, le congrès donne le trône au neveu par alliance du l’Empereur des Français, Othon de Bavière.

Tout commence à Presbourg : une autre Europe napoléonienne Otto_of_Greece
Othon de Wittelsbach, Grand Duc de Varsovie.

Les Pologne ne sera pas unifiée, mais les Polonais accepteront dans un premier temps avec enthousiasme ce souverain. Il est vrai que les rigueurs imposées par l'occupation russe avaient quelque peu entamés l'idée de solidarité slave et l'aspiration à une Pologne unifiée sous la couronne Romanov...

La crise polonaise avait été la première épreuve d'envergure à laquelle avait été confronté l'ordre européen issu de la paix de Presbourg. Le congrès de Copenhague et la solution trouvée avaient plutôt donné l'impression d'un système efficace, prompt à limiter l'ampleur des conflits et les appétits des puissances. Mais les idées libérales et nationales ne cessaient de progresser en Europe, et allaient conduire à d'autres crises.
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Message par Thomas Dim 8 Jan - 13:29

Je pense que les empires européens vont voir l'Europe centrale et les Balkans s'enflammer à tout va.

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Message par DemetriosPoliorcète Dim 8 Jan - 13:56

Chapitre 6 : la question d’Orient reste posée

"Le Khédive semble savoir transformer l'homme mort de l'Europe en pilier indestructible de l'Asie. Notre politique doit viser à le soutenir dans cette tâche et à en tirer autant que possible les bénéfices"
                          Correspondance diplomatique française de 1834

La guerre de 1812-1813 dans les Balkans et au Moyen-Orient avaient remis en cause en quelques mois des siècles de conquêtes ottomanes et d’administration turque sur ces territoires, détruisant la puissance et la crédibilité du Sultanat, chassé de la nouvelle Rome.

Peu de gens auraient parié sur la solidité de l’Empire ottoman et sa viabilité dans le temps, et de nombreux diplomates traçaient déjà des plans de partage de l’Anatolie, la Syrie et l’Irak entre les puissances européennes. Un homme d’Etat était pourtant sorti renforcé de la guerre : Mehmet Ali,
gouverneur d’Egypte, crédité non sans certaines exagérations d’avoir infligé une défaite à Napoléon et possédant incontestablement la force militaire la plus moderne t la mieux entraînée de l’Empire. Après la guerre, sa puissance et son prestige lui valurent d’obtenir le gouvernement de la Syrie en plus de celui de l’Egypte puis, en 1814, il s’opposa à une tentative de renversement du Sultan Mahmoud II et, se posant en sauveur de l’Etat, cumula le gouvernement de ses provinces avec le grand-vizirat, puis obtint en 1832 le titre héréditaire de Khédive sur ses deux provinces. Il était, de fait, devenu le souverain temporel de l’ensemble de l’Empire ottoman. Le Sultan s’effaça de plus en plus, son titre étant même le plus souvent remplacé dans les documents officiels par celui, religieux, de Calife ; les Ottomans devenaient l’équivalent des derniers Omeyyades auxquels ils avaient fini par usurper ce titre, devenant les cautions religieuses d’un pouvoir temporel extérieur.

Tout commence à Presbourg : une autre Europe napoléonienne 440px-ModernEgypt%2C_Muhammad_Ali_by_Auguste_Couder%2C_BAP_17996

Mehmet Ali, Pacha puis Khédive d'Egypte et de Syrie, véritable maitre de l'Empire ottoman.
L’Etat ottoman s’était ainsi recentré sur l’Egypte et la Syrie, le Sultan-Calife comme le Khédive s’étant installés à Damas. Pourtant, contrairement à ce qui a été dit plus tard par des historiens arabes, il ne s’agit en rien pour le moment d’une atténuation de la nature turque du régime. L’administration de Mehmet Ali, sa cour et son armée restent dominées par des personnalités turcophones, et le Turc demeure la langue officielle.
Mehmet Ali n’en ouvre pas moins une ère de modernisation accélérée : généralisation de l’imprimerie, création d’écoles techniques civiles et militaires, promotion des cultures spéculatives destinées à l’exportation.

En 1818, Napoléon Ier renonce définitivement à contrôler l’Egypte et signe avec Mehmet Ali un traité d’amitié comprenant entre autres l’envoi d’une mission militaire française. Dans son sillage, de nombreux militaires français vétérans des guerres napoléoniennes iront s’engager dans les armées de Damas ; certains, convertis, auront accès aux plus hautes responsabilités.

Les Balkans offraient un tableau plus contrasté. La principauté ecclésiastique de Roumélie (qui deviendrait un royaume sécularisé sous Daniel II en 1841) demeurait un Etat en construction, difficilement gouvernable au vu de la diversité religieuse et linguistique de ses populations, ainsi que de la prévalence des structures claniques. Le caractère orthodoxe de son pouvoir en faisait un allié naturel de Petersbourg.

La Bulgarie apparaissait également comme un Etat-client russe, dirigé par un prince Romanov, Nicolas Ier. La mort inattendue de son frère Constantin, faisant de Nicolas l’héritier du trône russe, le poussa à abdiquer et à laisser sa charge à son jeune frère Michel.

En Grèce, le nouveau régime de Jérôme Bonaparte était extrêmement populaire : en dépit du contrôle direct des Français sur la Thrace, l’Ionie et la Crète, la libération par les armées napoléoniennes apparaissait comme un événement soudain et miraculeux. On pardonna ainsi facilement à Jérôme son goût affirmé pour les dépenses somptuaires et le poids des Français dans l’administration du royaume. Seules quelques voix comme celle de Makriannis osaient défier le pouvoir et demander une constitution plus libérale, sans pour autant remettre en cause la légitimité de la dynastie.

Tout commence à Presbourg : une autre Europe napoléonienne 2560px-Flag_of_Rigas_Feraios.svg

La drapeau proposé par le penseur de l'indépendance Rigas Velestenis est repris comme drapeau national par la Grèce de Jérôme Ier, qui remplace la massue d'Hercule et les trois crucifix par les armes du roi.

Athènes, devenue le siège officiel de la monarchie en 1835, dotée de nouveaux quartiers en style néoclassique, devenait le centre d’une riche activité intellectuelle, dans les domaines littéraires et artistique ainsi, bien sûr, que dans l’archéologie, autour de l’Institut d’Athènes, inspiré de celui d’Egypte mais installé dans la durée.

Les Balkaniques les plus mécontents, en dehors des Bosniaques et Albanais musulmans, étaient sans aucun doute les Serbes de l’Empire Habsbourg : ils restaient non seulement divisés entre plusieurs couronnes de l’Empereur d’Autriche mais n’avaient d’autonomie politique dans aucune d’entre-elles, devant accepter l’administration germanophone et catholique imposée par Vienne. Le mécontentement grandissant explique en grande partie l’insurrection de Belgrade de 1829, dans l’espoir d’obtenir, sinon l’indépendance, l’union des royaumes de Serbie et de Bosnie, ainsi que des Krajinas, et une autonomie sous la forme d’une union personnelle avec l’Autriche. Après l’échec de l’insurrection, de nombreux Serbes tournèrent leur regard vers l’Etat de Roumélie en construction, dirigé par une dynastie serbe, qui pourrait servir de base à un Etat unifiant l’ensemble des serbophones, sinon l’ensemble des Slaves du sud.
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Message par DemetriosPoliorcète Dim 8 Jan - 18:44

Chapitre 7 : Napoléon II (1828-1836)

« Il s’éteignit avec le sentiment d’une œuvre inachevée. Mais quel achèvement était son règne lui-même ! Quelle victoire furent ces huit ans de paix ! »
                                   Victor Hugo, 1836


Déclaré majeur en 1828, Napoléon II entamait son règne personnel avec une certaine popularité. Il apparaissait comme un jeune homme énergique, désireux de bien faire et imprégné par le romantisme de son époque, ce qui l’amena à protéger et subventionner les artistes. Son image souffrit néanmoins, durant son règne et plus encore après sa mort, de l’ombre portée par les deux figures de son père, Napoléon Ier, et de son épouse, Sophie de Wittelsbach, qui avait su se rendre dès son arrivée à Paris particulièrement populaire.

Après deux fausses couches de l’impératrice, le couple donna naissance à deux jumelles en 1830, puis à deux fils, Napoléon Charles Maximilien et Maximilien Louis Napoléon, respectivement en 1832 et 1835. La continuité de la dynastie paraissait assurée.

Tout commence à Presbourg : une autre Europe napoléonienne Le_duc_de_Reichstadt

Napoléon II en uniforme, après une remise de décorations par l'ambassadeur d'Autriche


Si le règne de Napoléon II fut relativement bref (1828-1836), ces années marquent pourtant l’amorce des grandes transformation de l’Empire français qui se poursuivront tout au long du siècle : l’industrialisation du pays, avec le développement économique au Creusot, en Lorraine et en Belgique, bientôt suivies des établissements en Rhénanie et dans le Piémont ; l’intégration des nouveaux départements à l’Empire se poursuivit également, avec notamment la volonté de ne pas nommer de nouveau gouverneur des départements au-delà des Alpes après la mort du prince Borghese en 1832.

Enfin, sous l’impulsion de l’Empereur lui-même, une politique coloniale s’amorce. La France établit ainsi ses premières bases sur l’île de Bornéo, finalement achetée à la Hollande en 1834 (l’île était, contrairement à Java, très peu peuplée) et lance plusieurs expéditions d’exploration en Afrique et dans le Pacifique sud. C’est aussi sous son règne que sont établies des relations diplomatiques durables avec l’Iran des Qadjar (1832) et la Confédération marâthe (1836), principalement dans le but de contrebalancer l’influence grandissante de la couronne britannique et de la Compagnie des Indes Orientales. En 1833 fut également réglée la longue question du contentieux financier entre la Régence d’Alger et la France, règlement qui fut aussi l’occasion de la signature d’un traité de commerce et d’amitié entre les deux pays.

Dans d’autres domaines, Napoléon II se signala au contraire par sa réticence au changement. Particulièrement soucieux de maintenir une importante charge de travail malgré sa santé fragile, Napoléon II se considérait comme le gardien et le continuateur de l’héritage paternel et ne voulu introduire aucune modification majeure dans l’organisation de l’Etat, pas plus que dans la politique internationale. Dans ce dernier domaine, il se montra particulièrement attaché au concert européen et à la recherche de solutions concertées entre les puissances européennes. De par son ascendance habsbourgeoise autant que par son mariage avec une Wittelsbach, il était davantage accepté que son père par les monarques.

A l’intérieur, la popularité de l’Empereur et sa volonté de se présenter en serviteur de l’Etat et de son peuple n’évitèrent pas plusieurs épisodes de répression violente, notamment la révolte des canuts à Lyon. Une tentative d’émeute par les membres d’une société d’inspiration jacobine à Paris s’acheva avec peu de morts, mais conduisit à un renforcement du contrôle policier sur la vie intellectuelle et le milieu étudiant parisien. L’Empereur ne fit pas non plus de concession aux idées libérales, tout en n’hésitant pas dans le même temps à financer et protéger des artistes et des intellectuels de sensibilité libérale.

Au début de l’année 1836, la santé de l’Empereur se dégrada brutalement, confirmant les craintes d’une grande partie de son entourage. En mars, il se déclara lui-même inapte à régner et confia la régence à son épouse. Il mourut en novembre, laissant le trône à sa son fils de quatre ans, proclamé Napoléon III.
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Message par LFC/Emile Ollivier Dim 8 Jan - 19:28

Le drapeau de la Grèce est pour moi une découverte !

J’adore ce récit Wink
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Message par DemetriosPoliorcète Dim 8 Jan - 21:26

LFC/Emile Ollivier a écrit:Le drapeau de la Grèce est pour moi une découverte !

J’adore ce récit Wink

Content que ça plaise!

J'ai appris l'existence de ce drapeau en lisant La Grèce et les Balkans d'Olivier Delorme. Rigas imaginait une grande Grèce républicaine et démocratique englobant les Balkans et l'Anatolie. Son drapeau représente l'héritage antique (la massue d'Heraclès) et le christianisme.
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Message par DemetriosPoliorcète Lun 9 Jan - 8:19

Chapitre 8 : Sophie la Grande

« Je me fous bien de l’aigle, je me fous des abeilles,
Et qu’un Bonaparte règne en Hollande,
Je me fous des curés, je me fous des conseils,
Mais je me battrais pour Sophie la grande »


Chanson de soldats de 1842


Après huit ans de règne personnel de Napoléon II, la France se retrouvait de nouveau sous une régence. Cette seconde régence était pourtant d’une nature bien différente de la première :ayant une pleine confiance en son épouse, Napoléon II lui avait confié le pouvoir sans désigner un conseil de dignitaires pour l’assister. Sophie von Wittelsbach se retrouvait donc en pleine possession du pouvoir impérial, à la tête de l’Etat le plus puissant d’Europe.

Malgré sa popularité, l’impératrice fit face, étant une femme et une étrangère, à une opposition que n’avaient connu, depuis l’instauration du régime, ni son beau-père ni son mari. Ce climat où l’unanimisme de façade était plus difficile à obtenir favorisait les volontés réformatrices. L’impératrice elle-même, face à la mauvaise volonté de nombreux grands dignitaires, s’appuya à de nombreuses reprises sur l’opinion libérale, ce qui sera interprété après-coup comme l’ouverture d’une nouvelle ère. Des personnalités comme le ministre des finances Jacques Lafitte, dont le rôle s’apparente à celui d’un chef du gouvernement (fonction qui n’est pas encore officialisée), et des personnalités plus jeunes comme Camille Cavour ou Adolphe Thiers incarnent ce renouveau de la politique et les prémices d’une véritable vie parlementaire.

Tout commence à Presbourg : une autre Europe napoléonienne Camillo_Benso%2C_conte_di_Cavour%2C_1861
Le jeune Camille Cavour, l’une des figures libérales montantes, futur Premier ministre

Dès 1836, l’impératrice accorde la « liberté des ventres » pour les esclaves des colonies françaises, puis signe le décret abolissant définitivement l’esclavage en 1838. D’autres mesures marquées par un humanitarisme chrétien suivront, comme l’interdiction du travail des enfants en 1842, le patronage des premières sociétés de secours mutuel, ou encore la possibilité de faire effacer le livret ouvrier.

Mais le principal legs de l’impératrice est l’Acte additionnel aux Constitutions de l’Empire de 1840. Vaguement inspiré par des projets de constitution rédigés par Carnot et Benjamin Constant dans les dernières années du règne de Napoléon Ier, l’Acte constitue un grand pas en avant dans la libéralisation du régime. Si les principales institutions du régime restent en place, leur mode de désignation change. Le Corps législatif est désormais élu directement par les listes départementales élues par les Français, et non choisi parmi elles par le Sénat conservateur. Si le Corps n’a pas l’initiative des lois, il peut amender les textes proposés par l’exécutif et peut refuser sa confiance au gouvernement. Il est également responsable du vote du budget.

Le premier Corps législatifs donne une large majorité au centre-gauche (appelé « parti libéral » par la suite), tandis que la deuxième force est constituée du « parti de la résistance » (dans le sens d’ « opposés au mouvement ») est tout aussi acquise au régime impérial. Quelques députés s’affichant « parti catholique » représentent, sans l’afficher, les partisans du duc de Berry, prétendant au trône sous le nom de Charles XI, mais sont expulsés du corps législatif l’année suivante, après qu’un déséquilibré royaliste ait tenté d’assassiner l’impératrice. Une poignée de membres de l’aile modérée du jacobinisme siège également, s’affichant « démocrates-républicains » ; une décision de justice confirme en effet que, le régime étant constitutionnellement une République, s’afficher républicain n’est pas considéré comme un outrage au souverain !

Le rôle joué par l’impératrice dans l’évolution de la France fera dire à un historien du XXe siècle que « Napoléon Ier, puis les régents et Napoléon II, avaient su faire accepter leur pouvoir par le pays. L’impératrice Sophie, elle, a su faire accepter le régime impérial. » Sans lui prêter des sentiments démocratiques qui auraient été étonnants pour une femme de son milieu et de son époque, on lui reconnaît généralement un sens politique particulièrement aiguisé lui ayant permis de comprendre mieux que beaucoup de ses contemporains la nature profonde du régime impérial français. Plus que sur le droit divin ou sur la légitimité dynastique, celui-ci se fondait sur un lien direct entre la personne du souverain et la population, et ne pouvait pas s’affranchir de l’héritage de la Révolution française, du moins dans sa version la plus modérée.

Sur le plan international, sa politique reste dans la droite ligne de celle de son mari, et elle doit sans arrêt pousser au silence ses alliés libéraux partisans du droit des nationalités. La recherche de l’équilibre la pousse très tôt à envisager un mariage entre son fils l’Empereur et Louise de Prusse, la fille du prince-héritier Hohenzollern Guillaume.

Dans le même temps, la famille Bonaparte déplore la disparition de Lucien, qui meure finalement en 1840, avant d’avoir hérité du royaume d’Italie de son frère Joseph, qui décède quant à lui l’année suivante. C’est le fils de Lucien, Charles-Lucien, qui est couronné à Milan sous le nom de Charles III (Charles le Chauve et Charles le Gros ayant, au Moyen Âge, porté le titre de Roi d’Italie).

Louis-Napoléon de Hollande règne quant à lui jusqu’en 1846, date à laquelle lui succède son fils Napoléon-Louis, sous le nom de Louis-Napoléon II. Celui-ci ne lui survit que deux ans, et, son mariage avec sa cousine Charlotte d’Italie étant resté sans enfants, c’est Charles Louis Napoléon Bonaparte qui lui succède sous le nom de Charles-Louis Ier.

Tout commence à Presbourg : une autre Europe napoléonienne 440px-Napol%C3%A9on_III_par_Jean_Hippolyte_Flandrin

Charles Louis (Karel-Lodewijk) Ier, roi de Hollande
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Message par LFC/Emile Ollivier Lun 9 Jan - 8:27

Et celui que l'on attendait tous (enfin moi en tout cas) arrive !
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Message par DemetriosPoliorcète Lun 9 Jan - 8:34

LFC/Emile Ollivier a écrit:Et celui que l'on attendait tous (enfin moi en tout cas) arrive !

Haha! Si d'ailleurs tu as des idées pour lui (en termes de mariage dynastique par exemple), n'hésite surtout pas, tout n'est pas clair pour la suite de mon récit.

Je vais essayer de faire un détour par les Amériques dans les prochains chapitres, mais je crains que ça ne soit délicat, connaissant moins la région. Là aussi, je suis preneur d'idées.
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