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L'Inattendu : à l'époque de l'héritier de Louis XII

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L'Inattendu : à l'époque de l'héritier de Louis XII - Page 8 Empty L'Inattendu : à l'époque de l'héritier de Louis XII

Message par Yodarc Ven 28 Oct - 17:59

Bonjour à tous !
Publication "précoce" de la première partie de la période des années 1540 (week-end en famille nécessitant un déplacement).
Ce nouveau chapitre présente la situation française au début des années 1540 et l'évolution du contexte pour le royaume et son souverain, notamment sur le plan diplomatique où la paix relative du traité de Londres touche à sa fin. Quelques points de référence et de similitude avec la LTO, mais de nombreuses divergences désormais affirmées et des aléas qui viennent bouleverser ou provoquer les événements.
J'espère que ce nouveau passage saura vous plaire, notamment ce que cela amène.
Bonne lecture !

1540-1544 : Charles IX à la croisée des chemins
Le début des années 1540 voit Charles IX se confronter à de nombreux défis et à briser le statu quo avec Charles Quint.

L’année 1540 voit Charles IX faire face à de nouveaux adversaires dans sa conquête du duché de Milan. Au printemps 1540, Charles de Bourbon-Montpensier est confronté à l’attaque d’une armée de mercenaires florentins menée par Maximilien Sforza. Cette armée défait une force française près de Lodi en mars 1540 et force Charles à se replier vers la Valteline alors qu’il a été confronté à une insurrection de Milan. Il reçoit l’aide des Trois Ligues dont l’armée dissuade Maximilien Sforza de tenter de reprendre les vallées du nord.
L’attaque de Maximilien Sforza et le soutien de Florence au duc de Milan amène Charles IX à lever son armée pour chasser son rival et neutraliser Florence. Il accepte le soutien de Philippe Strozzi et signe une alliance avec le Priori de Sienne. Il charge François de Valois et Anne de Montmorency de reprendre le duché et de soutenir Charles de Bourbon-Montpensier. L’armée française de François de Valois rejoint le duché de Milan début mai 1540 affronte l’armée milano-florentine près de Tortone. Malgré la contrainte due à la traversée de la Scrivia, François de Valois réussit à disperser l’armée adverse et à faire fuir Maximilien Sforza. L’arrivée de l’armée de François de Valois et son succès à Tortone permet à Charles de Bourbon-Montpensier de redescendre vers le sud, soutenu par des mercenaires grisons. Les deux nobles français reprennent Milan en juin 1540, permettant de rétablir l’autorité de Charles IX dans la région.
A la même période, Anne de Montmorency soutient l’armée recrutée par Philippe Strozzi pour affronter Florence. L’armée franco-républicaine affronte celle d’Alessandro de Médicis près de Bagni di Lucca en juillet 1540. L’affrontement est brutal mais voient les Médicis forcés de se replier sur Florence. Les Français et leurs alliés font le siège de la ville début août 1540, mais l’assassinat d’Alessandro de Médicis et l’insurrection de la ville qui suit la mort de ce dernier précipite la chute de Florence et la fuite des autres Médicis présents. Après ce succès, les Français soutiennent la mise en place d’une nouvelle république florentine à l’automne 1540 qui devient l’alliée du royaume de France.

Après ces succès et la stabilisation de son autorité dans le duché de Milan, Charles IX entreprend de renforcer sa situation dans la péninsule, signant une alliance avec la république florentine en décembre 1540 et chargeant Anne de Montmorency de gouverner le territoire de Gênes. Ses décisions politiques ne l’empêchent d’avoir un conflit avec Andrea Doria, ce dernier déplorant le manque de promesses du souverain français pour le rétablissement de l’indépendance de sa cité. Il s’accorde enfin avec l’Alliance des Trois Ligues, reconnaissant leur autorité sur la Valteline et la vallée de Chiavenna et renforçant son alliance avec ces derniers.
Son conflit pour le duché de Milan a cependant contribué à dégrader ses relations avec Charles Quint et le pape Paul IV, ce dernier s’inquiétant de la présence française dans la proximité de ses terres et furieux de l’assassinat d’Alessandro. Charles IX s’efforce de préserver les relations avec l’empereur, conscient qu’en cas de conflit, il aurait affaire à un redoutable adversaire. Cela l’amène à rencontrer Charles Quint à Thérouanne alors que ce dernier s’apprête à revenir en Espagne en février 1541. Les deux souverains échangent sur différents sujets et contentieux, notamment le Nouveau Monde, le duché de Milan, le royaume de Naples ou la menace barbaresque. La rencontre est courtoise, mais tendue, Charles IX demeurant ferme concernant le duché de Milan, mais acceptant de renouveler le traité de Perpignan sur la renonciation des revendications françaises sur le royaume de Naples et se montrant disposé à soutenir l’empereur contre les barbaresques ou en tout cas de ne pas entraver sa campagne contre ces derniers.
Le souverain français voit aussi ses relations se dégrader avec Charles III de Savoie, ce dernier s’inquiétant de la soudaine montée en puissance agressive de son voisin et le fait que ce dernier a développé d’importants liens avec le canton de Berne avec lequel le duc est en vive rivalité. Pour éviter de se retrouver isolé, Charles IX s’assure de l’alliance avec Venise et de ses bonnes relations avec la régence anglaise, même si cette dernière se montre plutôt neutre. Charles IX peut compter sur le soutien d’Henri II de Navarre, ce dernier désirant récupérer la Haute-Navarre en cas de conflit contre Charles Quint. Il maintient ses relations avec Sigismond I de Pologne, même si ce dernier tend à se rapprocher de Charles Quint du fait de la menace ottomane au sud.

Sur les années 1541-1542, Charles IX se concentre sur les affaires de son royaume. Alors que la hausse des prix avait déjà entamé la forte propension à la prospérité du royaume de France, le conflit dans l’Italie a contribué à affecter les finances du royaume, déstabilisant les effets des politiques développées sous la régence de Marie d’Angleterre et les premières années de règne de Charles IX. 1540 voit le royaume touché par une vague de chaleur et une sécheresse, provoquant notamment des vendanges précoces et l’assèchement de différentes rivières. Charles IX entreprend de chercher des solutions pour rembourser les dépenses de guerre. Sur les conseils de Jean Ango, il continue de s’appuyer sur la politique commerciale établie depuis la régence de sa mère, le commerce avec le royaume d’Angleterre et Venise étant maintenus. Le jeune souverain cherche aussi à améliorer les échanges avec Saint-Jean, Fort Charlesbourg et Fort Sainte-Croix dans le cadre du commerce avec les autochtones et dans l’exploitation des ressources du Nouveau Monde, notamment dans le bois pour le développement de la flotte et le tabac à destination de la cour. Même s’il continue d’utiliser la fourchette de Morton pour recevoir des recettes, Charles IX doit lever de nouvelles taxes pour compenser les dépenses et pertes. Il publie ainsi en mars 1543 l’édit de Poitiers qui créé le trésor de l’Épargne qui unifie les quatre trésoreries royales antérieures tout en établissant plusieurs recettes générales dotées d’un receveur général et d’un bureau des trésoriers généraux de France dont le but est la répartition, la collecte et l’ordonnancement des fonds fiscaux. Il entreprend aussi de réformer la gabelle du sel pour renforcer les revenus royaux. Malgré les contraintes économiques, Charles IX cherche à mener la même approche politique que son père, à savoir l’administration intelligente et habile de son domaine. Il doit gérer les effets des difficultés qui émergent dans son royaume. Le Grand Tric de 1539 l’amène ainsi à réglementer l’imprimerie par un arrêt au printemps 1542.
Durant cette période, Charles IX voit sa lignée se renforcer avec la naissance de Marie en août 1541 et de Louis en juin 1543. Il perd cependant Suzanne au printemps 1542. Le jeune souverain continue de s’appuyer sur son conseil, notamment sur le cardinal de Tournon et Guillaume Budé. S’il s’appuie toujours sur les membres de la Maison Bourbon, principalement Louis III, le succès de François de Valois en 1540 amène ce dernier et ses proches à retrouver une position plus favorable au sein de la cour et du conseil privé. En plus de ces deux lignées, Charles IX tisse des liens importants avec d’autres grands seigneurs comme Anne de Montmorency. Ces nouveaux représentants cherchent à influencer le jeune souverain, notamment sur les revendications dynastiques sur le royaume de Naples ou celles du royaume sur les Flandres et l’Artois.
Le souverain entreprend aussi de renforcer sa politique religieuse pour affaiblir et faire disparaître la présence des idées luthériennes et autres de son royaume. Le succès de Charles Quint face à la Ligue de Marbourg le conforte dans cette démarche, ce qui l’amène à signer l’édit de Fontainebleau en juillet 1541 dans lequel est proclamée la proscription des luthériens au sein du royaume. La politique religieuse rigoriste du souverain a diverses répercussions, notamment sur la communauté vaudoise qui avait bénéficié de la tolérance royale au temps de son père. Pour tenter d’affermir l’Église catholique en son royaume, Charles IX applique au travers de l’édit de Fontainebleau, puis celui d’Orléans de septembre 1542 différents éléments issus du Concile de Mantoue. Parmi les éléments soutenus par la faculté de théologie de Paris et le cardinal François de Tournon figurent la création d’écoles séminaires pour former les représentants du clergé à la compréhension de la Bible. Il s’inspire des grammar school du royaume d’Angleterre grâce à sa correspondance avec Thomas More.
Sur le plan diplomatique, les années 1541-1542 s’avèrent relativement calmes malgré la persistance de certaines tensions. Les relations de Charles IX avec Charles Quint sont neutres, Charles IX préférant s’abstenir de participer à l’expédition de Charles Quint contre Tunis. Cette absence sera reprochée par Paul IV qui dénonce le manque de soutien du roi français à la mission de combattre les ennemis de la foi. Charles IX renforce ses liens avec la république florentine. Il se brouille en revanche définitivement avec Andrea Doria qui offre ses services à Charles Quint. Charles IX développe enfin des liens avec certains princes du Saint-Empire, principalement Guillaume V de Clèves qui épouse Marguerite de Valois au printemps 1543. Il consolide ses relations avec le duc Antoine de Lorraine grâce aux relations qu’il a tissé avec Claude de Guise et le cardinal Jean de Lorraine. Les relations avec le Saint-Siège sont compliquées à cause des désaccords entre Paul IV et Charles IX sur le territoire de Florence ou l’inquiétude que fait peser la présence française à Gênes et Milan pour les états pontificaux et ses voisins. La menace ottomane qui revient en Hongrie la même année amène Charles IX à renforcer ses liens avec Sigismond I de Pologne, chargeant son ambassadeur d’aider le souverain polonais.

En 1543, Charles IX est confronté à une insurrection à Gênes qui force ses forces à quitter la cité. Le jeune souverain charge Anne de Montmorency à réprimer l’insurrection. Ce dernier assiège Gênes à l’été 1543 et se retrouve confronté à Andrea Doria, désormais au service de Charles Quint. Malgré le ravitaillement de la ville par l’amiral génois, Anne de Montmorency échoue à reprendre la cité, cette dernière ayant été ravitaillée par la flotte d’Andrea Doria. Cet échec amène Charles IX à soupçonner le soutien de Charles Quint à la révolte et à Andrea Doria. Le jeune souverain accuse Charles Quint et dénonce ses ingérences, ce qui tend à aggraver la dégradation des relations entre les deux souverains. La situation permet au parti belliciste d’avoir des arguments pour persuader Charles IX. Ce dernier se rapproche de princes protestants et de Christian III du Danemark, signant avec ce dernier une alliance à Montiers sur Saulx en novembre 1543. Il renouvelle aussi son alliance avec la République de Venise, lui promettant la restitution du territoire de Vérone. Il apporte son soutien à Henri II de Navarre pour récupérer la Haute-Navarre. Il cherche à s’assurer du soutien ou de la neutralité du conseil de régence anglais, s’appuyant sur la reine douairière Anne.
L’élément déclencheur des hostilités entre le roi de France et l’empereur Habsbourg est la querelle qui oppose Charles Quint à Guillaume V de Clèves sur le duché de Gueldre. Respectant l’engagement qu’il a pris avec le duc avec le mariage de sa parente Marguerite, Charles IX dénonce l’ingérence de Charles Quint sur le duché et en appelle au respect des droits des princes d’empire. Son conseil proclame la déclaration de guerre à l’empereur en juillet 1544. Charles IX lève une armée et charge Claude d’Annebault d’attaquer les Pays-Bas pour soutenir Guillaume V de Clèves alors qu’Odet de Foix soutient Henri II de Navarre dans une expédition pour tenter de reprendre la Haute-Navarre aux Espagnols. Les Franco-Navarrais assiègent Pampelune en septembre 1544. La ville est défendue par le vice-roi de Navarre, Ignace de Loyola. Les français sont forcés à se replier avec l’approche d’une armée menée par Alfonso de Àvalos avant de bloquer le passage vers la basse-Navarre au niveau du col de Roncevaux. Au nord, grâce au soutien tacite du duc Antoine de Lorraine, Claude d’Annebault s’empare de Dinant en juin 1544 avant d’assiéger Namur début juillet. Il s’empare de la cité début septembre, lui permettant de rejoindre Louvain pour soutenir Marteen van Rossum qui assiégeait la cité. Les deux hommes finissent par s’en emparer en octobre avant de menacer Bruxelles peu après, forçant Éléonore de Habsbourg et son conseil à quitter la ville. Seule l’intervention de Philibert de Chalon amène Claude d’Annebault à lever le siège de la ville et à revenir sur Namur afin de passer l’hiver. En parallèle de ces deux campagnes, Charles IX fait aussi surveiller la Manche, coupant le principal accès pour Charles Quint entre l’Espagne et les Pays-Bas.

François de Valois demeure une figure-clé de la cour de Charles IX grâce à son rôle dans le triomphe pour la prise du duché de Milan et la défaite des Médicis de Florence en 1540. Ce succès lui apporte le prestige nécessaire pour réaffirmer un rôle qu’il n’avait plus tenu depuis la guerre de la Sainte-Ligue. Le chef de la maison Valois-Angoulême doit cependant peu à peu renoncer à la charge militaire de connétable alors qu’une fistule se développe dans son entrejambe, le forçant à renoncer à utiliser le cheval pour se déplacer en litière. Ses relations avec Charles IX sont importantes, notamment pour l’influencer à combattre Charles Quint pour renforcer son prestige et affaiblir la toute-puissance des Habsbourg, notamment dans les Flandres qui devraient faire partie du royaume. Il s’appuie beaucoup sur ses fils pour renforcer son influence, ces derniers entrant progressivement dans le cercle privé du roi et contrebalançant l’influence des Bourbons. François de Valois tisse aussi des liens avec les Bourbons, mariant notamment sa fille Madeleine avec Louis III en 1541, même si la santé fragile de cette dernière provoque le décès de Madeleine en février 1543 après une grossesse et la naissance d’une fille, Jeanne. Le mariage de sa dernière fille Marguerite à Guillaume V de Clèves en 1543, l’amène à soutenir son beau-fils face à Charles Quint et à pousser Charles IX à affronter l’empereur. La révolte de Gênes de l’été 1543 précipite les événements et permet à François de Valois et ses alliés d’avoir les arguments suffisants pour faire avancer leur cause.

François IV de Bretagne devient une figure importante au sein de la cour royale, entrant dans le cercle privé du roi à partir de 1541 grâce au succès de son père. S’il n’a pas la même relation avec le jeune souverain que Louis III de Bourbon, le jeune duc parvient à gagner la confiance de ce dernier, partageant avec ce dernier des activités communes. Son statut d’héritier de François de Valois et sa position de duc de Bretagne lui créent cependant des rivalités et des ennemis, notamment au sein du conseil privé où certains continuent de mettre en garde Charles IX contre le danger potentiel que peut représenter le jeune duc.
Le jeune duc continue aussi de faire prospérer son duché, même s’il est confronté à la hausse des prix, les aléas climatiques de l’été 1540 et le retour des conflits qui perturbent les échanges commerciaux. Il soutient plus que jamais les expéditions vers le Nouveau Monde, faisant de Saint-Malo et de Nantes d’importants ports pour les marins allant vers Terre-Neuve pour pêcher la morue. En plus de Terre-Neuve, François IV continue de construire et de maintenir d’importants échanges avec le royaume d’Angleterre, notamment du fait de son épouse Marie, même si cela contribue à susciter la méfiance de certains représentants de la cour proches de Charles IX. La famille du duc s’élargit durant la période avec la naissance d’Élisabeth en juin 1541 et d’Henri en mars 1544.

Les années 1540-1543 voient les expéditions vers le Nouveau Monde se tarir quelque peu, même si le développement des colonies préexistantes et les échanges entre le royaume et ces dernières ne s’estompent pas.
A l’été 1540, Jacques Cartier reprend la mer pour le royaume de France, revenant en septembre avec des ressources issues des échanges avec Hochelaga et Stadaconé. Son récit de son expédition et de la situation de Fort Sainte-Croix et de Saint-Jean suscite la curiosité et la satisfaction de Charles IX, même si le conflit en Italie et la situation particulière dans lequel se trouve le royaume de France détourne l’attention du jeune souverain. Si la paix revient vite, le coût de l’expédition de 1539 et de celle de 1540 dissuade Charles IX d’organiser une nouvelle expédition importante, préférant se concentrer sur le développement des colonies préexistantes. La situation de Fort Charlesbourg amène cependant Charles IX à considérer peut-être nécessaire d’envoyer des hommes pour une nouvelle installation à mi-chemin entre la colonie de Terre d’Orléans et Saint-Jean de Terre-Neuve. Il charge Jacques Cartier de déterminer l’emplacement de cette nouvelle colonie dont le but sera principalement de servir de relais entre les deux colonies.
Le navigateur malouin reprend ainsi la mer en septembre 1541 et rejoint Terre-Neuve en novembre, ayant cependant dû faire face aux mauvais éléments caractéristiques de la saison froide dans l’Atlantique nord. Il doit hiverner sur Terre-Neuve alors qu’une partie de son équipage subit les affres du scorbut. Reprenant la mer en mars 1542, il descend vers le sud et explore les côtes de Petite-Bretagne (1) avant de choisir la baie de François (2) pour installer un petit fort appelé Fort Valois fin avril 1542. Le but du fort est à la fois de renforcer la zone d’influence française dans cette partie du Nouveau Monde et de faciliter le trajet entre Fort Charlesbourg et Saint-Jean, mais aussi développer des contacts avec les autochtones. Après avoir aidé à l’installation de Fort Valois, Jacques Cartier descend sur Fort Charlesbourg pour entrer en contact avec le gouverneur et chercher à explorer les environs. Il rejoint la colonie en juillet 1542. Il découvre l’évolution prise par la colonie depuis sa dernière visite : Fort Charlesbourg a étendu son champ d’influence en développant ses relations avec les tribus au sud de Terre d’Orléans, mais aussi celles longeant le Saint-Jean vers le nord. Ces relations sont parfois difficiles du fait de la rivalité entre certaines tribus ou des ravages des épidémies ayant frappé la région durant la décennie précédente. Fort Charlesbourg a de surcroît subi quelques ravages du fait des aléas climatiques ou de heurts avec les autochtones. En dépit de ces diverses contraintes, les Français ont pu maintenir la colonie en vie, notamment en développant l’exploitation de certaines des ressources locales, notamment le maïs ou le tabac alors que le bois est utilisé pour les bâtiments ou la construction de navires pour se déplacer sur le Saint-Jean ou transporter des ressources. Parmi les tribus avec lesquelles ils échangent, les Raritan et les Tappan sont les principales avec lesquelles des liens ont été renforcés au point qu’en plus d’être des partenaires dans les échanges, ils sont des alliés officieux des Français dans la région, leur permettant de mieux connaître le territoire. Quant aux Hackensack, s’ils étaient parmi les premières tribus avec lesquelles Fort Charlesbourg commerce depuis sa création, les épidémies ont beaucoup affecté leur population et contribué à une certaine désorganisation de leur tribu. Jacques Cartier informe le gouverneur de l’installation de Fort Valois sur la Petite-Bretagne au nord et de la volonté du roi à renforcer les colonies préexistantes pour qu’elles puissent se développer et renforcer les liens et contacts avec les autochtones. Jacques Cartier parcourt le Saint-Jean durant l’été 1542 à la fois pour découvrir les différentes tribus avec lesquelles Fort Charlesbourg développe ses relations. Il repart en septembre 1542, rejoignant Terre-Neuve avant de revenir en France en novembre 1543.
Durant le début des années 1540, Saint-Jean est devenu un important lieu pour les pêcheurs bretons dont le nombre supplante ceux des marins basques et anglais. En plus de la pêche, Saint-Jean est le point névralgique permettant aux Français d’accéder à Fort Charlesbourg au sud ou à Fort Sainte-Croix à l’ouest.
En plus de Stadaconé, Fort Sainte-Croix développe des liens commerciaux avec le village d’Hochelaga, développant une importante relation avec ce dernier. Les deux villages iroquoiens subissent cependant une nouvelle vague épidémique au cours de la période qui les affaiblit, notamment avec le décès de Donnaconna au printemps 1542. Son fils Taignoagny lui succède à la tête de Stadaconé, mais doit faire face à de violentes attaques d’une tribu rivale en 1543, l’amenant à renforcer les liens avec les Français pour avoir leur protection. Hochelaga et Stadaconé consolident leurs liens avec Fort Sainte-Croix, faisant des Français des alliés vitaux pour les iroquoiens dans la région du Saint-Laurent. En plus de développer leur relation avec les habitants de Stadaconé et d’Hochelaga, les Français explorent le Saint-Laurent en amont, rencontrant ainsi une tribu iroquoise en 1544.

(1) Nouvelle-Écosse.
(2) Baie Sainte-Margaret non loin d'Halifax.
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Message par Yodarc Sam 5 Nov - 9:32

Bonjour à tous !
Aujourd'hui, nouvelle partie dans les années 1540 qui se concentre sur les îles britanniques où le contexte est désormais bien distinct de la réalité historique, de façon évidente en Angleterre, mais aussi en Écosse du fait de certains aspects évidents, quelques-uns déjà décrits dans les parties précédentes et d'autres résultant des bouleversements affectant les événements. Un contexte politique particulier en Angleterre et une situation écossaise résultant à la fois du cadre spécifique à ce royaume et à la manière de régner de Jacques V.
J'espère que cette partie saura vous plaire.
Bonne lecture à vous !

1540-1544 : Dans les îles Britanniques
Le début des années 1540 voit les royaumes d’Angleterre et d’Écosse faire face à des situations particulières alors que des bouleversements divers les affectent.

Le conseil de régence qui régit le royaume d’Angleterre est confronté à une série de défis et de tensions durant le début des années 1540. Thomas Howard continue de mener le conseil de régence et entreprend de renforcer la position de sa famille. Il fait ainsi marier sa nièce Catherine Howard à Charles Brandon, second duc de Suffolk, en 1541. Le lord protecteur du royaume est cependant confronté à l’opposition de la reine douairière, qui continue de vouloir jouer un rôle prépondérant dans la régence de son fils, et à l’émergence de rivaux à la cour qui questionnent son autorité ou celle du clan Boleyn. Parmi les rivaux figurent John Dudley qui s’est rapproché d’Anne Boleyn pour tenter de développer une influence conséquente au sein de la cour. Cette dernière cherche à renforcer son influence, mais doit faire face à l’opposition de son oncle et à l’hostilité de certains membres de la cour qui profitent de la disparition d’Henri VIII pour lui reprocher l’annulation de mariage de ce dernier. Durant cette période, le jeune Henri IX est préparé à son rôle de souverain, même si le duc de Norfolk et Anne se confrontent concernant la préparation du jeune souverain, le premier désireux de préserver une position importante auprès du roi alors que la reine douairière désire permettre à son fils de pouvoir devenir un roi non dépendant d’un des grands seigneurs du royaume, même s’il s’agit d’un proche. Le conflit culmine en la retraite forcée d’Anne de la cour par son oncle, la reine douairière devant se retirer sur ses terres de Pembroke à partir du printemps 1544.
En plus des rivalités politiques au sein de la cour, le conseil de régence est confronté au début des années 1540 à des tensions économiques et sociales importantes. Si le royaume continue d’avoir d’importants échanges commerciaux avec le royaume de France et les Pays-Bas, le retour des tensions et des conflits affectent les échanges, surtout à partir de 1544. Le royaume subit aussi la hausse des prix qui se généralise dans la Chrétienté. A ces difficultés s’ajoute le fait que la pratique des enclosures s’est renforcée, l’absence d’autorité royale et la domination du conseil de régence par un des nobles les plus puissants du royaume permettant aux différents seigneurs de tirer profit de la pratique pour renforcer leur situation. Ces différents éléments contribuent à susciter une profonde colère au sein de la population, notamment parmi les paysans qui voient leur situation de vie se dégrader. Du fait de ces facteurs, une importante révolte éclate à l’été 1542, notamment dans le nord du royaume. Les rebelles dénonçaient les impôts trop élevés et les dégradations occasionnés par les troupeaux de moutons sur leurs champs ainsi que le développement des enclosures qui détruisaient les pâturages communaux. Les rebelles s’emparent de Lincoln mais échouent à s’emparer de York. Le duc de Norfolk charge son fils, Henri Howard, de vaincre les rebelles. Ce dernier affronte les rebelles à proximité du village de Navenby en août 1542, écrasant le mouvement du Lincolnshire alors que celui du Yorshire est réprimé peu après. D’autres mouvements insurrectionnels éclatent dans le Devon et les Cornouailles, mais aussi au Pays de Galles. Dans le dernier cas, les revendications concernent non seulement les impôts ou la situation paysanne, mais aussi l’autonomie juridique du Pays de Galles alors que le conseil de régence a continué le processus d’intégration du territoire dans le système juridique anglais. Ces différentes révoltes sont réprimées durant l’automne 1542.
Aux difficultés politiques et socio-économiques s’ajoutent les tensions religieuses. Ces tensions étaient infimes et combattues durant les premières années de la régence, Thomas Howard et le conseil de régence ayant poursuivi la politique d’Henri VIII alors que l’exécution de Martin Luther en 1539 contribue à un affaiblissement momentané de la diffusion des idées du moine allemand. Mais la situation évolue durant le début des années 1540 à cause des divisions grandissantes au sein du conseil de régence et de la cour ont été dans la continuité de la politique d’Henri VIII, des fragilités émergent au début des années 1540, notamment du fait des divisions au sein de la cour, mais aussi des prises de position pour ou contre le duc de Norfolk ou la reine douairière et ses alliés. D’un côté, le duc de Norfolk continue de poursuivre et de défendre la politique henricienne, renforcée par les décisions du concile de Trente. Il s’agit notamment sur Stephen Gardiner, évêque de Winchester depuis la mort de Thomas Wolsey, et Reginald Pole, devenu archevêque de York depuis 1534. Les deux évêques s’opposent à Thomas Cranmer et la reine douairière, ces derniers paraissant plus favorables à une approche plus proche des idées de Luther ou de Tyndale. Le soutien aux idées de Luther et de Tyndale se développe du fait du retour ou de la présence clandestine de prédicateurs comme Thomas Gerard. Les troubles qui éclatent en 1542 amènent à une diffusion discrète des idées tyndaliennes au sein de certaines franches de la population, notamment auprès de ceux qui déplorent les abus des membres du clergé. Les idées de Tyndale et de Luther connaissent cependant une évolution résultant à la fois du contexte spécifique du royaume et de l’impact des décisions du concile de Mantoue qui permettent aux autorités ecclésiastiques de trouver des solutions et parades pour combattre ces idées ou de rallier des personnes qui étaient sensibles aux idées réformées. Le développement des idées réformées dans le royaume continue de résulter en des arrestations, exils et exécutions, mais la tolérance exprimée par certains éléments de la noblesse jusqu’au sein de la cour royale tend à amoindrir l’effet de la répression.
Au-delà de difficultés suscitées par les troubles économiques et le développement insidieux des idées réformées, Thomas Howard doit aussi gérer des troubles en Irlande. En effet, le lord-lieutenant d’Irlande, Léonard Grey, est confronté à l’hostilité et l’opposition des Butler et de John Rawson, ces derniers étant hostiles à ses ingérences dans les affaires de l’île et à sa manière d’imposer l’ordre et l’autorité royale. Léonard Grey doit avoir gérer les tensions avec Thomas FitzGerald, ce dernier étant certes moins hostile à son égard, mais méfiant à cause du fait que le lord-lieutenant est l’oncle de son jeune demi-frère Gerald. Le lord-lieutenant peut cependant s’appuyer sur différents alliés, notamment Thomas Boleyn, ce dernier étant depuis 1529 comte d’Ormond. Le décès du père de la reine douairière à l’automne 1542 précipite les événements : James Butler, comte d’Ossory et vicomte de Thurles, conteste la succession du comté d’Ormond en faveur de Georges Boleyn. Thomas Howard refuse cette demande, à la fois pour avoir le soutien de son neveu, mais aussi du fait de Leonard Grey qui en profite pour tenter d’affaiblir les Butler. Le refus du lord-protecteur amène James Butler à lever une armée et s’empare d’Ormond à l’été 1543. Leonard Grey exige le retour d’Ormond aux Boleyn et le retour à la paix, mais James Butler et ses proches refusent de transiger. Léonard Grey est alors chargé par le lord-protecteur de réprimer ce conflit. James Butler et ses alliés affrontent les forces de Léonard Grey à proximité de Castlecomer en septembre 1543. Le lord-lieutenant tente de nouveau d’accorder le pardon à son adversaire, mais James Butler refuse. Un violent affrontement oppose les deux forces armées dans laquelle James Butler est tué et ses forces dispersées. Si Léonard Grey a réussi à neutraliser l’insurrection et à se débarrasser d’un de ses principaux adversaires, les troubles qui ont frappé l’Irlande durant sa gouvernance et les nombreuses critiques sur ses actions amènent le conseil de régence à le rappeler au printemps 1544 pour le remplacer par Édouard Bellingham. Ce dernier passe l’année 1544 à rétablir l’ordre dans l’île alors que différents familles irlandaises s’agitent.
Sur le plan diplomatique, le conseil de régence maintient de bonnes relations avec Charles IX, mais continue de jouer la neutralité dans les relations avec ses voisins, notamment avec Charles Quint du fait des importants échanges économiques avec les Pays-Bas. Les relations avec Jacques V d’Écosse sont cordiales mais neutres et l’influence anglaise amoindrie depuis le décès de Margaret Tudor à l’automne 1540. Le conseil de régence réaffirme sa neutralité alors que Charles IX entre en conflit avec Charles Quint.

Les années 1540-1544 sont pleines d’évolutions pour le royaume d’Écosse. Elles voient d’abord la disparition de Margaret Tudor à l’automne 1540, marquant la fin de la génération du « Triumvirat Tudor ». La disparition de la reine douairière contribue à l’affaiblissement du parti anglais au sein de la cour de Jacques V alors que le parti impérial se renforce par l’intermédiaire des représentants de Christian II de Norvège.
La même année, Jacques V part sur son navire La Rose de Lys à Kirkwall, Lewis et Leith pour montrer la présence royale dans son royaume. Durant ce voyage, il tient différentes cours régionales appelées « ayres de justice ». A Leith, il rédige un testament même s’il est conscient qu’il s’agit d’un « uncertane aventuris ».
Le souverain écossais poursuit ses différentes politiques, administrant avec intelligence ses domaines, prenant des mesures qui participent à l’amélioration du bien-être de ses sujets et renforçant la lutte contre les idées luthériennes alors qu’il a vent de la défaite de la Ligue de Marbourg. Le souverain écossais applique une interprétation stricte et répressive des décisions du concile de Mantoue, allant de l’interdiction de tout ouvrage promouvant les idées de Luther ou des autres prédicateurs réformés à l’exécution des personnes suspectées de promouvoir ces idées. Il est soutenu dans sa politique par David Beaton, archevêque de Saint Andrews et cardinal à partir de 1543.
Ses différentes politiques contribuent à nourrir l’hostilité des seigneurs écossais qui n’apprécient pas ses ingérences ou la brutalité dont il peut faire preuve envers qui ceux qui outrepassent ses lois quand ils ne sont pas proches des Douglas. Les plus graves troubles éclatent suite à la bataille des chemises de juillet 1544 qui oppose le clan MacDonald de Clanranald et son allié le clan Cameron aux clans Fraser, Grant et MacKintosh. A l’annonce de cet affrontement, Jacques V exige la venue de John de Moidart pour s’expliquer devant le parlement d’Édimbourg. Cette exigence est mal perçue des clans concernés qui y perçoivent une ingérence dans leurs droits.
Sa relation avec son épouse Renée est compliquée du fait de leurs désaccords sur la question religieuse, Renée faisant preuve d’une certaine tolérance envers les idées luthériennes. Le couple royal est cependant uni dans la question de la gestion du domaine royal et du rapport aux seigneurs écossais. Leurs désaccords ne les empêchent pas de voir leur famille se renforcer avec la naissance d’Anne en mars 1541 et Alexandre en mai 1542, même si ce dernier décède durant l’automne de la même année.
Sur le plan diplomatique, Jacques V conserve des relations cordiales avec le conseil de régence, même s’il prend un peu plus ses distances. Il conserve de bonnes relations avec Charles IX, mais développe surtout ses relations avec son cousin Christian II de Norvège, nouant avec ce dernier une alliance en 1543. Le développement de ses relations avec le souverain de Norvège l’amène aussi à renforcer ses relations avec les Habsbourg. La relation avec le Saint-Siège est très forte du fait de son engagement déterminé à éradiquer la présence de la réforme luthérienne sur ses terres.
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L'Inattendu : à l'époque de l'héritier de Louis XII - Page 8 Empty L'Inattendu : à l'époque de l'héritier de Louis XII

Message par Yodarc Sam 12 Nov - 11:02

Bonjour à tous !
Aujourd'hui, petit détour par la péninsule italienne pour découvrir comment les événements du début des années 1540 affectent la région et comment les principaux acteurs agissent. Un mélange d'événements inédits et d'événements pouvant faire écho à ceux historiques y seront présentés avec quelques surprises et éléments qui pourront peut-être vous surprendre au regard du contexte historique de la LTO. Un cadre politique et dynastique particulier qui dégage le chemin à des événements plus conséquents à venir...
J'espère que cette étape italienne saura vous plaire.
Bonne lecture à tous !

1540-1544 : Conflits en Italie
Les années 1540-1544 sont pleines de troubles et de bouleversements qui achèvent la disparition du statu quo établi depuis 1514.

Le duché de Milan est au cœur des affrontements de 1540, Maximilien Sforza tentant de reprendre son duché avec le soutien d’Alessandro de Médicis. La défaite de Tortone l’oblige à fuir à Milan avant que l’expédition franco-florentine de l’automne 1540 ne l’oblige à se réfugier à Rome. Dans son exil, l’ancien duc cherche à développer des liens et des alliances pour pouvoir reprendre son duché face au roi de France. Il renforce ses liens avec Paul IV renforce ses contacts avec Charles Quint au travers de son frère Francesco, même si ce dernier décède de maladie en 1541. L’éclatement du conflit entre Charles IX et Charles Quint lui donne l’opportunité de renforcer ses liens avec l’empereur Habsbourg et de s’allier avec lui, rejoignant la Ligue de Pérouse à l’automne 1544.

La cité de Gênes tombe sous la domination française avec l’intervention française. La mise en place d’un gouverneur local contribue à fragiliser l’alliance qui existait entre Charles IX et certains représentants de la cité, notamment Andrea Doria. La population génoise, notamment celle des communes, est hostile à l’ingérence française qu’elle supporte aussi mal que celle des doges. Les tensions aboutissent à une révolte importante au printemps 1543 qui manque de chasser les Français de la cité. Andrea Doria, qui a offert ses services à Charles Quint dans le cadre de son expédition contre Tunis, décide de soutenir sa cité et tente de redonner à Gênes son indépendance. L’amiral génois est confronté à Anne de Montmorency qui assiège la cité durant l’été 1543. Si ses concitoyens et lui résistent grâce notamment au soutien de sa flotte, les Français finissent par soumettre la ville, forçant Andrea Doria à fuir Gênes et à rejoindre le royaume de Naples.

Au printemps 1540, Alessandro Médicis décide de soutenir Maximilien Sforza dans sa tentative de reprendre le duché de Milan, ayant eu vent des rumeurs faisant de ses adversaires républicains, notamment Philippe Strozzi, des alliés de Charles IX. La révélation de son implication dans la tentative du duc Sforza précipite l’intervention française contre ses terres. Le duc de Florence doit faire face à une attaque d’une force menée par Anne de Montmorency et Philippe Strozzi. Il tente d’arrêter ses adversaires près de Bagni de Lucca, mais son armée se fait balayer par l’artillerie française avant que les condottieres de Philippe Strozzi n’enfoncent ses lignes. Se repliant sur Florence, Alessandro prépare sa cité au siège et cherche à obtenir l’aide de Paul IV. Cette recherche d’aide est d’autant plus forte que son épouse, Vittoria, est enceinte. Mais le duc est assassiné par des soutiens de la faction républicaine, certaines rumeurs faisant impliquer son cousin Ippolito dans son meurtre. La mort d’Alessandro précipite la chute de la cité aux mains des Français et des républicains et l’exil des Médicis de Florence. Ces derniers s’exilent à Rome où Vittoria met au monde en mars 1541 un fils qu’elle nomme Alessandro. La naissance de l’héritier d’Alessandro le Maure amène Paul IV à soutenir sa petite-fille et les droits de son arrière-petit-fils sur Florence. Elle contribue aussi à créer des tensions entre Vittoria et le cardinal Ippolito, ce dernier désireux de devenir le chef de famille de la maison Médicis ou le gardien de son neveu. Elle se rapproche de Cosme de Médicis, le fils de Jean aux Bandes Noires qui est au service du pape. Les Médicis, les Sforza et Paul IV consolident leurs liens et entreprennent de développer des alliances afin de reprendre le contrôle de Florence et de Milan, se rapprochant notamment de Charles Quint.
La chute des Médicis permet l’installation d’une nouvelle république à Florence à l’automne 1540. Cette dernière est dirigée par un conseil appelé le Conseil des Dix et s’inspire de l’expérience de Savonarole : une république théocratique austère désireuse de revenir aux sources de la foi chrétienne, n’hésitant pas à mêler des principes venant des influences réformées et des décisions du Concile de Mantoue. Cette politique contribue à renforcer l’hostilité de la papauté à son égard, Paul IV n’appréciant pas trop le choix de politiques religieuses échappant à l’autorité du pape dans un territoire aussi proche de Rome alors que son arrière-petit-fils a des droits sur le duché. La menace pontificale et des Médicis amène la république de Florence à renforcer ses liens avec Charles IX afin d’avoir un puissant protecteur contre le pape et ses alliés. Il noue aussi des liens avec le Priori gouvernant Sienne, ce dernier ayant en commun avec les responsables républicains la peur de voir les Médicis de retour au pouvoir. La république florentine connaît cependant une grave crise alors que la Toscane subit une importante disette en 1540 puis une invasion de sauterelles en 1541, déstabilisant l’accès aux denrées. La violence de la disette sur ces années déstabilise la république florentine et provoque de violents troubles qui entravent son affermissement.

En 1540, la république de Sienne s’allie avec Charles IX et la faction républicaine de Florence pour contrer Alessandro de Médicis et affaiblir le duché de Florence. La fuite des Médicis et la restauration de la république florentine permettent au priori d’être moins menacé par sa voisine et de tenter de stabiliser la vie politique de Sienne alors qu’ils entreprennent notamment de neutraliser les soutiens d’Alessandro de Médicis. Bien qu’une importante rivalité existe entre les deux cités et que les pratiques théocratiques de sa rivale sont mal perçues par le priori, la république siennoise tisse des liens avec la république de Florence à cause de la menace d’un soutien de Paul IV aux Médicis. A cela s’ajoute le fait que le pape songe à soutenir son fils Pieri Luigi pour le placer à la tête du territoire siennois. En plus de la république florentine, Sienne renforce ses liens avec le royaume de France afin de se garantir de la menace papale et des Médicis. Aux menaces extérieures s’ajoutent les troubles intérieurs résultant des désastres des années 1540-1541 qui frappent la Toscane. La disette qui frappe la région entrave la capacité du priori à mettre un terme aux troubles et divisions politiques, faisant notamment face à de violentes émeutes en 1543.

La papauté connaît divers défis et bouleversements au début des années 1540. Depuis son élection et son investiture en 1538, Paul IV est confronté à des défis diplomatiques et à des défis théologiques.
Dans le champ diplomatique, le pape est confronté aux troubles suscités par l’expédition de Charles IX dans le duché de Milan, par la tentative de Maximilien Sforza de reprendre son duché et la chute du duché de Florence. Le conflit contribue à la dégradation des relations entre la papauté et le royaume de France, l’occupation du duché de Milan par le roi de France et la chute du duché de Florence et l’exil des Médicis contribuant à créer une forme de menace sur les territoires de la papauté alors que le retour de l’influence française dans la péninsule perturbe le statu quo et l’influence de la papauté dans la région. Les alliances qui se tissent entre le royaume de France et les républiques de Florence et de Sienne contribuent à renforcer les tensions, Paul IV n’appréciant guère le développement de l’influence française dans la région. A l’ingérence française dans la péninsule italienne s’ajoutent des motivations dynastiques : sa petite-fille Vittoria, qui fut l’épouse d’Alessandro de Médicis, a mis au monde un fils nommé Alessandro, faisant de ce dernier l’héritier du duché de Florence. Le pape défend les droits de son arrière-petit-fils sur Florence. Le souverain pontife est aussi hostile à la république florentine du fait de leur politique théocratique qui se démarque de la politique pontificale même si elle s’inspire en partie des décisions du Concile de Mantoue. Avec l’éclatement du conflit entre Charles IX et Charles Quint, Paul IV tire prétexte du déclenchement des hostilités pour excommunier les responsables de la république florentine à l’automne 1544. La papauté est aussi en tension avec la république de Sienne, Paul IV voulant accorder à son fils Pieri Luigi une importante position, ce dernier étant très ambitieux et voulant soit le duché de Mantoue, soit Florence, soit Plaisance ou Sienne. Si Paul IV a la possibilité d’accorder à son fils Plaisance qui se trouve dans les territoires pontificaux, il cherche à renforcer l’influence de sa famille dans la péninsule et la proximité de la république de Sienne avec le royaume de France lui donne une opportunité qui est renforcée par le fait que la vie politique de Sienne est confronté à d’intenses divisions et rivalités que le priori cherchait à résoudre. Le soutien qu’avait procuré Sienne aux républicains florentins et aux Français en 1540 contribue aussi à l’émergence du projet de Paul IV de placer son fils à la tête de la cité.
La menace d’ingérence française et de développement de l’influence de Charles IX dans la péninsule amène Paul IV à se rapprocher de Charles Quint. Ce rapprochement est facilité par la détermination de Charles Quint de combattre les Turcs en Ifriqiya et en Hongrie et celle de rétablir la primauté de l’Église catholique au sein des terres d’empire, même si des désaccords existent dans la question de l’application des décisions du Concile de Mantoue. Paul IV apporte son soutien à Charles Quint, notamment dans les tensions qui émergent entre lui et Christian III du Danemark. Avec l’éclatement du conflit entre Charles IX et Charles Quint, Paul IV consolide ses liens avec l’empereur Habsbourg en officialisant leur alliance par le traité de Frosinone en septembre 1544. Trouvant une opportunité pour contrer les Français et permettre à ses proches d’obtenir les territoires de Florence et de Sienne, Paul IV créé en novembre 1544 la ligue de Pérouse, regroupant les duchés de Modène et Ferrare, le marquisat de Mantoue et les États pontificaux.
Paul IV développe des relations avec les cantons suisses catholiques, tissant des liens aussi importants qu’à l’époque de Paul III. Les relations avec les cantons réformés sont plus difficiles, Paul IV étant déterminé de voir ces cantons revenir dans le giron de l’Église, s’appuyant notamment sur les décisions du Concile de Mantoue pour renforcer l’influence de l’Église dans ces régions. Les relations avec la République de Venise sont neutres et compliquées par la proximité de la Sérénissime avec le royaume de France, mais aussi par le conflit opposant la république maritime à l’inquisition romaine en 1544. Les relations avec Guidobaldo II d’Urbino, sont en revanche conflictuelles à cause du mariage du duc avec la duchesse de Camerino, Giulia da Varano, l’union des deux duchés papaux créant un important territoire au sein des États Pontificaux. Le pape cherche à faire pression sur le couple ducal pour qu’il renonce à l’un des duchés. Paul IV menace notamment le couple d’excommunication en 1542. Seule la menace française détourne le pape de la controverse sur les deux duchés pontificaux. Le pape développe ses relations avec Jean III de Portugal, ce dernier ayant rétabli l’inquisition dans son royaume, et autorise ce dernier à envoyer des missionnaires dans les nouvelles terres découvertes.
Dans le domaine théologique, Paul IV poursuit l’application des décisions du concile de Mantoue, notamment en développant la formation des membres du clergé en développant les séminaires au sein de ses états. Dans cette optique, il consacre l’ordre des sœurs de Sainte-Ursule à l’été 1540 et l’ordre des Pères Somasques au printemps 1541 Pour combattre toute tentative de diffusion des idées luthériennes et autres dans les États pontificaux alors que la république théocratique de Florence se met en place, Paul IV rétablit l’inquisition romaine à l’été 1542 par la bulle Licet ab initio. Le pape condamne aussi la pratique de l’esclavage, notamment par la bulle Sublimis Deus en 1543, une décision qui sera écoutée et suivie par Charles Quint et Charles IX, même si les raisons pour lesquelles les deux souverains suivront les demandes du pape seront bien distinctes. Pour renforcer le développement des décisions du concile de Mantoue et des séminaires, Paul IV autorise enfin Pierre Faber à créer l’ordre des Frères Apôtres à l’été 1542. Paul IV intègre enfin la cité d’Ancône aux États Pontificaux en 1542. En 1544, il réprime une révolte de Pérouse contre l'imposition d'une taxe sur le sel et intègre la cité dans les États pontificaux.

La République de Venise connaît une période particulière au début des années 1540. La perte de l’Égypte mamelouke l’amène à se retrouver de nouveau confronté aux Ottomans et à faire preuve de neutralité envers la Sublime Porte, notamment lorsque Charles Quint leur demande leur soutien dans son expédition contre Tunis. La Sérénissime soutient cependant le royaume de Hongrie sur le plan financier lors de la relance du conflit entre les hongrois et les Ottomans à partir de 1543. En 1543, une seconde famine importante ravage la cité et suscite la colère populaire contre le doge et les autorités vénitiennes.
Sur le plan diplomatique, la république de Venise consolide ses liens avec le royaume de France et l’Alliance des Trois Ligues, même si les tensions résultant du conflit dans le Milanais et la Toscane l’amènent à prendre une position neutre pour ne pas se retrouver en mauvaise posture face à la papauté et à Charles Quint. Le déclenchement des hostilités entre Charles IX et Charles Quint amène cependant la Sérénissime à se rapprocher davantage du roi de France alors que la perspective de reprendre Vérone devient plus vive. Ce rapprochement est renforcé par le différend qui naît en 1544 entre Venise et l’inquisition romaine lorsque cette dernière cherche à étendre son influence sur le territoire de la république maritime.

L’Alliance des Trois Ligues tire profit de son alliance avec Charles IX pour reprendre les territoires perdus durant la guerre du Musso face au duché de Milan. Leurs forces permettent à Charles de Bourbon-Montpensier de réorganiser ses forces et de soutenir François de Valois dans la reprise du duché face à Maximilien de Sforza. Au traité de Seregno de mars 1541, ils se voient confirmer la souveraineté des territoires perdus en 1535. Les Grisons consolident leurs relations avec les cantons réformés durant la période. Ils connaissent aussi une certaine influence des décisions du Concile de Mantoue, notamment du fait de la proximité des cantons de l’Union Chrétienne, ce qui suscite quelques tensions.
Durant la même période, les cantons suisses se voient davantage séparés du fait leur rapport aux décisions du Concile de Mantoue. Les cantons réformés entreprennent d’affermir leurs positions alors que certains songent à revenir dans le giron de l’Église Catholique ou à intégrer les idées du concile pour proposer une synthèse qui réconcilie les deux factions. Les cantons catholiques renforcent leur position dans la confédération, soutenant notamment la politique de formation des prêtres. Sur le plan diplomatique, les cantons réformés consolident leurs liens avec l’Alliance des Trois Ligues et se rapprochent de la France. Le canton de Berne est dans une posture difficile alors que son alliance avec Genève se fracture du fait de désaccords territoriaux alors que le duché de Savoie demeure toujours à l’affût. A l’inverse, les cantons catholiques renouvellent leur relation avec la papauté et soutiennent Ferdinand de Habsbourg contre les Ottomans, fournissant à ce dernier et à Louis II de Hongrie des mercenaires. Le déclenchement du conflit entre Charles IX et Charles Quint contribue à diviser les cantons suisses, entre les cantons catholiques proches de la papauté et des Habsbourg et les cantons réformés favorables à la neutralité ou à l’alliance française.
La république de Genève est confrontée à une situation particulière au début des années 1540 : le culte réformé n’attire pas beaucoup la population et l’alliance avec Berne se fragilise alors que la menace savoyarde demeure vive. A ces difficultés s’ajoute l’impact grandissant des décisions du concile de Mantoue, tout particulièrement marqué par le message envoyé par le cardinal Jacopo Sadoleto au Conseil municipal pour inviter Genève à rentrer dans le giron catholique. Le Conseil est divisé sur la question, d’autant plus alors que certains conçoivent qu’un retour dans le giron catholique pourrait se faire avec l’approche que prend le culte catholique pour rectifier plusieurs de ses problèmes. Cherchant une autorité ecclésiastique pour répondre au message du cardinal, le conseil consulte Pierre Viret, mais ce dernier refuse, amenant les membres du conseil à se tourner vers Calvin. Ce dernier rédige la Responsio ad Sadoletum (Réponse à Sadoleto) qui défend fermement la réforme protestante à Genève et souligne le maintien de différentes pratiques au sein de l’Église Catholique, notamment concernant la primauté du pape sur les décisions théologiques. Cela amène le conseil à demander le retour de Calvin à Genève, ce dernier finissant par accepter en septembre 1541. Peu après, le conseil publie les Ordonnances ecclésiastiques qui définissent le fonctionnement ecclésiastique de la cité autour de quatre fonctions ministérielles : les pasteurs, les docteurs, les anciens et les diacres. Jean Calvin contribue à l’établissement du nouveau régime politique de la cité qui hérite des droits régaliens et du pouvoir seigneurial de l'évêque sur les habitants de la plupart de ses possessions rurales. Mais le développement du nouveau régime politique et ecclésiastique de Genève fait émerger des divisions internes importantes, marquées notamment par l’opposition des notables à l’approche prise par Calvin dans la répartition des pouvoirs et à la répression du luxe par le Consistoire (1), mais aussi de personnes qui considèrent que le refus de retour dans le giron catholique était inconsidéré et aveugle.

Charles III de Savoie développe ses relations avec les cantons catholiques durant le début des années 1540 et observe avec une grande attention l’évolution de la situation de Genève, déterminé à s’imposer sur la petite république malgré ses échecs passés. Il travaille également ses relations avec Charles Quint, déterminé à préserver son duché alors qu’il considère Charles IX comme une menace potentielle pour son duché après la chute du duché de Milan où il a vu les troupes françaises traverser son territoire. Le développement des décisions du concile de Mantoue l’amène à présenter une position de champion local du catholicisme mantouan face à Berne et Genève. Le duc travaille à développer son influence dans la cité, jouant notamment sur le mécontentement naissant face au développement des nouvelles politiques guidées par Jean Calvin. En développant ses relations avec les cantons catholiques, Charles III escompte aussi tirer profit des divisions qui existent au sein de la Confédération suisse pour réussir à isoler Berne et Genève et les empêcher de le contrer.

(1) Le Consistoire est un conseil ecclésiastique établi par les ordonnances de Jean Calvin qui juge notamment les causes matrimoniales, mais également des affaires concernant la moralité ou le comportement des Genevois. Le Consistoire ne peut prononcer que des peines ecclésiastiques telles que l'excommunication. Dans les cas graves, il peut déférer les coupables à la justice séculière du Petit Conseil, qui prononce alors des peines corporelles parfois lourdes (fouet, bannissement).
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Message par Yodarc Sam 19 Nov - 10:40

Bonjour !
La partie d'aujourd'hui se porte sur les territoires des Habsbourg et leur situation au début des années 1540, notamment avec les conséquences de la guerre de Marbourg. Un mélange de tendances similaires à la réalité historique et de conséquences plausibles au regard du contexte, sans compter les tensions générales opposant les Habsbourg à certains de leurs voisins. Et bien sûr, l'amorce d'un conflit déjà annoncé dans la partie française.
J'espère que ce détour chez les Habsbourg sur le courant des années 1540-1544 saura vous plaire.
Bonne lecture !

1540-1544 : Incertitudes dans les domaines des Habsbourg
Les années 1540-1544 sont troubles et incertaines pour le Saint-Empire romain et les Habsbourg alors que de nombreux défis émergent pour eux.

Au début des années 1540, Charles Quint entreprend de raffermir la primauté de l’Église catholique au sein du Saint-Empire. La diète d’Augsbourg aboutit en avril 1540 à l’Intérim d’Augsbourg : ce décret réaffirme la primauté de l’Église catholique sur les terres d’empire et poussent à la réintégration des territoires protestants, moyennant quelques compensations tout en mettant en place les décisions du concile de Mantoue. L’empereur cherche cependant à préserver une approche de réconciliation entre les différentes confessions, considérant la destruction de la Ligue de Marbourg comme la disparition d’un obstacle à cette approche. Le développement des décisions du concile de Mantoue permet aux princes catholiques de renforcer leur autorité dans leurs terres et au clergé de consolider sa position et de neutraliser la diffusion des idées luthériennes, mais les terres réformées sont plus réticentes et fermées à l’acceptation de ces décisions. Le landgrave de Hesse et l’électorat de Saxe voient des prêtres rejoindre le territoire pour permettre le rétablissement de l’Église catholique dans ces régions.
La dissolution de la ligue de Marbourg, la mise en place de l’Intérim d’Augsbourg et l’application des décisions du Concile de Mantoue tendent cependant à générer de nouvelles tensions et oppositions au sein des terres d’empire ayant adhéré au luthéranisme. L’exécution de Martin Luther est perçue comme un martyre par une partie des luthériens qui dénoncent la tyrannie de l’empereur. Cette image est entretenue par la veuve de Martin Luther, Catherine de Bore, et sa famille, tandis que Melanchthon, cherche à défendre les principes réformés malgré son exil et la diffusion des décisions du concile de Mantoue dans les terres d’Empire. Parmi ces territoires et populations figurent Magdebourg et Brême, les deux cités ne s’étant soumises à l’empereur qu’après la capitulation de Philippe I d’Hesse et de Jean-Frédéric I de Saxe. Jean-Frédéric I et Philippe I de Hesse sont emprisonnés et refusent d’accepter l’Intérim d’Augsbourg. Mais d’autres préfèrent demeurer neutres ou s’attirer les bonnes grâces de Charles Quint. Parmi ces derniers figurent Maurice de Saxe, le cousin de Jean-Frédéric I de Saxe. Le jeune noble, devenu duc de Saxe après la mort de son père Henri IV en août 1541, cherche à préserver sa position en développant de bonnes relations avec l’empereur, même s’il ne renonce pas au luthéranisme auquel il s’est converti en 1536. Il cherche ainsi à faire appliquer l’Intérim d’Augsbourg avec l’Intérim de Leipzig en octobre 1541, mais les états de Saxe refusent de l’entériner. Pour contrer le renforcement des idées du concile de Mantoue et de l’Intérim d’Augsbourg, penseurs réformés et princes protestants développent de nouveaux discours mettant en avant la défense des libertés et la défense de l’approche spirituelle et évangélique à l’origine des idées de Martin Luther.
La situation établie après la capitulation de Zerbst et l’Intérim d’Augsbourg demeure fragile, les princes protestants étant neutres ou défavorables à Charles Quint du fait de l’exécution de Martin Luther. La fin de la Ligue de Marbourg dissuade les récalcitrants à s’opposer frontalement à l’empereur, mais l’hostilité grandissante entre ce dernier et Charles IX de France et le soutien de Christian III envers les luthériens allemands leur donne espoir d’avoir une opportunité de défendre leurs droits contre le souverain Habsbourg. Pour résoudre ces tensions, Charles Quint et son frère tiennent une nouvelle diète à Augsbourg à l’automne 1542 et qui dure jusqu’au printemps 1543 pour tenter de résoudre les tensions mais aussi obtenir des princes allemands et faire appliquer l’Intérim. Mais une partie des princes protestants demeurent fermes dans leur opposition, demandant un amoindrissement voire l’abandon de l’Intérim. La diète s’achève sur une impasse qui révèle la persistance d’oppositions. À l’automne 1543, une nouvelle alliance militaire est créée lors du traité de Torgau dans laquelle se joignent Albert I de Prusse, Guillaume de Hesse, le fils du landgrave Philippe et le duc Ernest I de Brunswick-Lunebourg. Ces différents princes sont rejoints par Maurice de Saxe et Jean-Ernest de Saxe-Cobourg qui souhaitent protéger leurs positions alors qu’ils sont sous la pression de Charles Quint pour appliquer l’Intérim d’Augsbourg. Ils ont le soutien d’Émilie de Saxe, la sœur de Maurice de Saxe et la veuve de Georges de Brandebourg-Ansach et de Brandebourg-Kulmbach (1). En plus de défendre les droits teutoniques et la liberté de pratiquer la foi luthérienne, cette alliance entend libérer Philippe de Hesse et de Jean-Frédéric I de Saxe. L’alliance de Torgau se rapproche de Guillaume V de Clèves alors que ce dernier est en conflit avec l’empereur sur la succession du duché de Gueldre, mais aussi de Charles IX de France et de Christian III de Danemark pour obtenir le soutien de ces derniers contre Charles Quint. Ces rapprochements aboutissent au traité de Chenonceau de juillet 1544 avec Charles IX et à celui de Kiel en septembre 1544 avec Christian III. Ces traités voient Charles IX et Christian III promettre le soutien militaire et financier aux princes protestants signent l’alliance entre les princes protestants et les deux souverains alors qu’éclate la guerre entre Charles IX et Charles Quint la même année. Durant l’automne 1544, Magdebourg et Brême se soulèvent de nouveau et sont soutenus par Christian III qui y envoie des mercenaires holsteinois. Les membres de l’alliance de Torgau lèvent leurs forces pour affronter l’empereur et surtout le forcer à revenir sur l’Intérim d’Augsbourg.
L’action majeure de Charles Quint durant la période est l’organisation de l’expédition contre Tunis afin de chasser les barbaresques et les Ottomans tout en rétablissant Moulay Hasan sur son trône. L’empereur rassemble durant l’été et l’automne 1540 une flotte destinée à transporter une armée importante pour s’emparer de la ville. Il échange aussi avec Jean III de Portugal, Paul IV, Charles IX et le doge de Venise afin d’obtenir leur soutien pour son expédition. S’il obtient le soutien des deux premiers, le pape présentant son expédition comme une croisade contre les infidèles, les deux autres s’abstiennent, Charles IX par refus de soutenir l’empereur qu’il estime trop puissant et les Vénitiens renouent des relations la Sublime Porte. Au printemps 1541, Charles Quint quitte Barcelone avec une flotte importante de trois cent navires transportant plus de vingt-cinq mille hommes. Il atteint le golfe de Tunis en mai 1541 et débarque son armée près de la ville. Assiégeant la forteresse de la Goulette, l’empereur et ses hommes s’en emparent début juin, provoquant la fuite de Khayr Ad-Dîn alors que son armée s’empare de la kasbah de Tunis. Fin juillet 1541, après avoir replacé sur le trône hafside Moulay Hasan, Charles Quint signe avec ce dernier un traité de paix qui place le souverain hafside et ses descendants sous la protection de l’empereur et de ses successeurs. Charles Quint repart de Tunis à l’automne 1541, même s’il doit subir une tempête qui disperse une partie de sa flotte.
Dans le domaine diplomatique, le principal élément qui caractérise la période est la dégradation définitive des relations entre Charles Quint et Charles IX. L’expédition du roi de France dans le duché de Milan et la chute de Florence provoque une profonde inquiétude de l’empereur devant la perspective de voir Charles IX réaffirmer ses revendications dynastiques sur le royaume de Naples. Cette inquiétude est renforcée par le resserrement des relations entre les Sforza et lui. Alors qu’il retourne en Espagne, l’empereur en profite pour rencontrer Charles IX à Tournai en février 1540. Durant leur rencontre, l’empereur s’enquiert auprès du jeune roi ses intentions concernant le royaume de Naples, le problème des pêcheurs au niveau de Terre-Neuve et la question des terres du Nouveau Monde. Si Charles IX réaffirme le respect du traité de Perpignan et considère la possibilité de soutenir l’empereur dans un projet d’expédition contre les barbaresques, des promesses sont soulevés pour les pêcheurs basques tandis que la question des zones d’influence dans le Nouveau Monde reste ouverte. Les relations entre l’empereur et le roi de France demeurent tendues et incertaines sur les années 1542-1543. L’élément de rupture est le soutien implicite de Charles Quint à Andrea Doria avec l’expédition de Tunis et surtout l’éclatement de la révolte de Gênes au printemps 1543. Andrea Doria demande le soutien de Charles Quint ou du moins son consentement pour soutenir la révolte de sa cité. L’empereur permet à l’amiral génois de soutenir sa cité, mais ne donne aucun soutien formel, notamment du fait qu’il soutiendrait des rebelles. Si les français reprennent Gênes, le soutien d’Andrea Doria à sa cité précipite les hostilités entre Charles IX et Charles Quint, le souverain français accusant l’empereur d’avoir soutenu les rebelles pour perturber la présence française dans la péninsule italienne. Charles Quint et ses ambassadeurs nient toute implication, mais cela ne suffit pas à apaiser la colère de Charles IX. Au printemps 1544, Charles Quint voit les français attaquer aux Pays-Bas et en Navarre alors que leurs navires surveillent les côtes, restreignant la capacité de l’empereur à envoyer des renforts au nord. A ces attaques s’ajoute la mise en place à l’automne 1544 d’un blocus au niveau de l’Øresund par Christian III du Danemark, le souverain danois ayant rejoint le conflit.
En plus des relations dégradées avec Charles IX, Charles Quint doit composer avec Sigismond I de Pologne. Si le souverain de Pologne est plus enclin à avoir des relations cordiales avec les Habsbourg, ne serait-ce du fait de leur soutien commun à Louis II de Hongrie, leurs relations se sont tendues avec la controverse autour d’Albert I de Prusse. Charles Quint souhaite voir le duc juger pour la rupture de son serment lorsqu’il est devenu vassal de Sigismond I alors qu’il avait grand maître de l’ordre des chevaliers teutoniques et sa conversion au luthéranisme a été très mal perçue par l’empereur. La défaite de la Ligue de Marbourg donne l’opportunité à Charles Quint de régler ce problème, mais ce faisant, il se retrouve en conflit diplomatique avec Sigismond I, ce dernier étant peu disposé à laisser un de ses vassaux être jugé par un autre souverain, combien même le vassal a des liens avec le souverain en question. Le refus d’Albert I de venir devant la justice impériale contribue à renforcer les tensions entre l’empereur et le duc de Prusse, mais aussi entre Charles Quint et Sigismond I, même si le roi de Pologne est disposé à permettre au souverain Habsbourg de confronter le duc. Seuls l’expédition contre les barbaresques, le conflit contre les Ottomans en Hongrie, son conflit avec Guillaume V de Clèves et l’éclatement de la guerre par Charles IX détournent l’attention de Charles Quint du duc.
Durant cette période, Charles Quint se rapproche de Paul IV, à la fois du fait des inquiétudes du pape à la résurgence de l’influence française dans la péninsule italienne, mais aussi du fait de sa détermination à raffermir la primauté de l’Église au sein des terres de l’empire. Les deux souverains sont alliés lors de l’expédition de Charles Quint contre Tunis au printemps 1541. Sur les années 1542-1544, les relations demeurent importantes et fortes, l’empereur faisant face à de nombreux défis et tensions et s’assurant du soutien du pape pour affermir la légitimité de ses actions. L’éclatement du conflit entre Charles IX et Charles Quint achèvent de rapprocher les deux souverains, Paul IV et Charles Quint officialisant leur alliance par le traité de Frosinone en septembre 1544.

En plus des tensions au sein du Saint-Empire et de celles avec Charles IX, Charles Quint est en conflit avec Guillaume V de Clèves concernant le duché de Gueldre. L’empereur souhaite intégrer ce territoire dans les Pays-Bas pour unifier ces derniers, le duché ayant été revendiqué par son grand-père Maximilien I. Si Charles Quint avait accordé le titre à son représentant légitime, Charles de Gueldre, ce dernier meurt en juin 1538. N’ayant pas d’enfants, ce dernier avait désigné Guillaume de Clèves malgré les revendications de la sœur de Charles de Gueldre, la duchesse douairière Philippe de Lorraine et de Bar et son fils Antoine de Lorraine. Si Charles Quint reconnaît dans un premier temps la position de Guillaume V de Clèves, notamment afin d’avoir des alliés parmi les princes réformés contre la Ligue de Marbourg, montrant que son combat n’est pas d’ordre confessionnel, mais politique contre des rebelles contestant son autorité. La fin de la guerre marbourgeoise contribue à réveiller les tensions entre l’empereur et le nouveau duc : Charles Quint est désireux d’unifier l’ensemble des terres des Pays-Bas alors que Guillaume V de Clèves est déterminé à défendre sa position. Pour défendre son titre, le duc se rapproche d’autres princes réformés, dont certains faisaient partie de la Ligue de Marbourg, et des rois du Danemark et de France. Il se marie ainsi avec Marguerite de Valois-Angoulême en 1543, officialisant les relations entre son duché et le royaume de France.
Le déclenchement du conflit entre Charles IX et Charles Quint pour la défense des droits de Guillaume V sur le duché précipite les hostilités lorsque Maarteen van Rossum, militaire au service des ducs de Gueldre, déclenche une campagne contre le duché de Brabant qui est dévasté durant l’été 1544. Maarteen van Rossum s’empare de Maastricht courant juillet 1544, ce qui lui permet de traverser la Meuse et de progresser vers Louvain. Durant sa progression, son armée de quinze mille hommes saccage la province de Limbourg avant d’assiéger Hasselt de s’en emparer fin juillet 1544. Il rejoint Louvain vers mi-août 1544 et l’assiège. La résistance de la garnison et le soutien d’Eléonore de Habsbourg rendent ardu le siège. Seule l’arrivée de l’armée française de Claude d’Annebault change la donne et oblige Louvain à se rendre début octobre 1544. Marteen van Rossum et son allié français font sur Bruxelles afin de l’assiéger. A la fin d’octobre 1544, les deux armées assiègent la capitale des Pays-Bas des Habsbourg, forçant Eléonore de Habsbourg à fuir vers Bruges. En novembre 1544, l’approche de deux armées menées par Philibert de Chalon et Philippe de Lalaing obligent Marteen van Rossum et Claude d’Annebault de lever le siège et de revenir sur Maastricht pour Marteen van Rossum et Luxembourg pour Claude d’Annebault afin de passer l’hiver.

Au début des années 1540, Éléonore de Habsbourg gère les Pays-Bas de la même manière qu’à son intronisation à la position par son frère : la mise en application des décisions de son frère auprès des états généraux de la province tout en travaillant à conserver de bonnes relations avec ces dernières. La défaite de la Ligue de Marbourg permet le renforcement de la répression contre la diffusion des idées de Martin Luther, d’autant plus alors que l’empereur et sa sœur soutiennent la diffusion des décisions du Concile de Mantoue. Un séminaire est ainsi établi à Louvain en 1541. Mais les troubles dans le Saint-Empire, l’expédition vers Tunis et la menace française suscitent des tensions au sein des territoires néerlandais. L’éclatement du conflit au printemps 1544 provoque d’importantes tensions au sein des Pays-Bas, aggravée par l’attaque de Marteen van Rossum par Maastricht en juillet 1544 et celle de Claude d’Annebault peu après. Face à la double menace, Éléonore prend en charge la défense des Pays-Bas, s’appuyant sur ses conseillers pour mener au mieux le combat contre les gueldrois et les Français. Elle doit aussi demander aux états généraux de lever des impôts pour soutenir l’effort de guerre La chute de Louvain en octobre 1544 voit Bruxelles menacé par l’est, amenant Eléonore à quitter la ville tout en chargeant le bailli Bonnot de sa défense. La gouvernante des Pays-Bas atteint Bruges début octobre où elle est rejointe par Philippe de Lalaing et Philibert de Chalon. Les deux hommes mènent une armée vers Bruxelles, obligeant Claude d’Annebault à lever le siège de Bruxelles à la mi-novembre. Les deux hommes sécurisent les environs de Bruxelles, permettant à Éléonore de revenir dans la cité. Leur armée fait ensuite le siège de Louvain en décembre 1544 afin de sécuriser davantage Bruxelles et prévenir de nouvelles attaques des gueldrois ou des français

Le royaume d’Espagne ne connaît pas les troubles des terres d’empire ou des Pays-Bas durant le début des années 1540, mais est impliqué dans l’expédition de Tunis du printemps 1541 et dans le conflit contre Charles IX qui débute en 1544. Isabelle de Portugal, l’épouse de Charles Quint, continue de jouer un rôle important auprès de son époux en tant que régente d’Espagne, gérant notamment l’attaque franco-navarraise de l’été 1544. Elle pousse son époux à prendre ses distances à Charles IX, se méfiant du développement de l’influence française dans le Nouveau Monde et de la menace que fait peser la présence des Valois dans le duché de Milan et Gênes sur le royaume de Naples et le duché de Vérone. Isabelle défend cependant toujours les intérêts ibériques, tout particulièrement concernant le Nouveau Monde et la Méditerranée, soutenant son époux dans son expédition sur Tunis du fait de la menace que fait peser la présence barbaresque à proximité du royaume de Naples et de Malte. Elle est d’autant plus impliquée dans le soutien à l’expédition qu’en 1540, les Ottomans mettent un terme à la présence espagnole à Damiette. Isabelle conseille son époux à renforcer l’influence ibérique en Afrique du Nord pour mettre un terme à la menace barbaresque et contrer les Ottomans. Le succès de l’expédition de Tunis permet aux royaumes d’Espagne de renforcer leur présence en Méditerranée occidentale et de prévenir tout retour de l’influence ottomane dans la région. Les Espagnols occupent Bizerte et Africa en 1542 et tente une attaque en 1543 sur Bône encore occupé par Khayr Ad-Dîn depuis la perte de Tunis. Isabelle de Portugal prépare enfin son fils Philippe à sa future position de roi de Castille et d’Aragon, même si ce dernier accompagne son père à partir de 1543.
La régente d’Espagne entretient d’importantes relations avec son frère le roi Jean III de Portugal, notamment sur la menace que fait peser le royaume de France sur le statu quo qui avait établi en 1494 au traité de Tordesillas et remis en cause par la modification de la bulle Inter cætera pour permettre aux Français d’accéder et de renforcer plus facilement leur influence dans les territoires septentrionaux du Nouveau Monde. Le souverain du Portugal soutient son beau-frère dans l’expédition contre Tunis. Ils renouvellent leur alliance avec le mariage de Philippe avec Marie-Manuelle au début de l’année 1543.

Ferdinand de Habsbourg connaît une position particulière dans les années 1540-1544. L’archiduc achève de renforcer son autorité et son pouvoir dans les terres héréditaires, grâce au développement des différentes institutions qu’il a mises en place depuis la fin des années 1520. L’archiduc s’appuie aussi sur les décisions du Concile de Mantoue pour réaffirmer la primauté de l’Église Catholique sur ses terres et contrer la diffusion des idées luthériennes et zwingliennes sur ses terres.
Mais c’est dans le Saint-Empire que Ferdinand est le plus impliqué sur la période, tout particulièrement sur les années 1541-1543 : en tant qu’héritier présomptif de son frère à la charge impériale, il se retrouve chargé de faire appliquer l’Intérim d’Augsbourg et la diffusion des décisions du concile de Mantoue à travers les terres d’empire. Le prince Habsbourg se retrouve en contact de nombreux princes allemands, notamment Philippe I de Hesse et Jean-Frédéric I de Saxe qui demeurent prisonniers tant qu’ils n’ont pas accepté l’Intérim. Cela l’amène à faire preuve de diplomatie pour convaincre ou persuader les princes réformés, notamment les plus réticents à accepter l’Intérim et de revenir dans le giron de l’Église catholique. Mais l’exécution de Martin Luther créé une entrave à ses démarches, plusieurs des princes et personnes ralliés aux idées de Luther percevant l’ancien moine allemand comme un martyr. Ferdinand d’Habsbourg parvient à atténuer l’hostilité de certains, mais son soutien aux politiques de son frère l’empêche de pouvoir obtenir le consentement aux décisions impériales. L’archiduc peut compter sur le soutien de certains princes, comme Guillaume IV de Bavière et surtout de son beau-frère, Louis II de Hongrie, qui est devenu un soutien important à l’Intérim d’Augsbourg par l’intermédiaire de son épouse Marie.
L’année 1543 voit le royaume de Hongrie se faire attaquer par Soliman. Ferdinand décide d’aider son beau-frère pour contrer les Ottomans et les empêcher de se rapprocher des terres héréditaires. Grâce à ses relations avec l’Union Chrétienne, il déploie vingt mille hommes, dont la moitié composé de mercenaires suisses pour soutenir Louis II. Cette aide n’est pas suffisante pour empêcher les Turcs de ravager le sud du royaume, mais permet à Louis II de reprendre le territoire ravagé pris par Soliman.
L’année 1544 place Ferdinand dans une situation assez compliquée avec l’éclatement du conflit entre Charles IX et Charles Quint. L’archiduc est chargé par son frère de gérer les affaires impériales alors les tensions sont de nouveau vives, certains des princes allemands étant déterminés à contester l’Intérim et son frère alors qu’ils reçoivent le soutien de Christian III du Danemark, devenu le protecteur du luthéranisme depuis la défaite de la Ligue de Marbourg et l’exécution de Martin Luther. A ces difficultés s’ajoutent des ravages provoqués par des nuées de sauterelles qui frappent le nord-est de l’Italie, le royaume de Hongrie et les terres héréditaires.

(1) En 1543, Georges de Brandebourg-Ansach et de Brandebourg-Kulmbach décède. Sa veuve, Émilie de Saxe, est la tutrice légale de leur fils, Georges, alors que Maurice de Saxe et Joachim II Hector de Brandebourg sont en charge de la régence du territoire.


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Message par Flosgon78 Sam 19 Nov - 20:41

Excellent chapitre ! Hâte de voir la guerre entre la France et Charles Quint. Il y a une erreur à la fin de ton texte, tu évoques le concile de Trente au lieu de celui de mantoue.
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Message par Yodarc Sam 19 Nov - 20:47

Flosgon78 a écrit:Excellent chapitre ! Hâte de voir la guerre entre la France et Charles Quint. Il y a une erreur à la fin de ton texte, tu évoques le concile de Trente au lieu de celui de mantoue.

Oups. Réflexe de passionné d'histoire. Merci du repérage de cette erreur. Je vais la rectifier.

Merci de ton commentaire. Crois-moi, même si cela n'a pas été facile d'imaginer ce conflit majeur alternatif (notamment du fait du changement considérable de contexte), c'est un passage dont je suis fier dans la description (les parties sur le royaume de France, les Habsbourg et la péninsule italienne abordent le conflit), notamment parce que c'est en quelque sorte une combinaison d'éléments issus des conflits historiques de 1542-1544 entre François I et Charles Quint et de la seconde guerre de Smalkalde ("spoilers!") dans le contexte de la guerre de 1552-1557 entre Henri II et Charles Quint, sans compter certains acteurs qui historiquement n'ont pas eu le même poids au cours de cette période (notamment un pour du fait de certains événements notables de la période, en particulier une certaine mise à sac qui a marqué les esprits dans la Chrétienté de l'époque).
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Message par Flosgon78 Sam 19 Nov - 22:02

Yodarc a écrit:
Flosgon78 a écrit:Excellent chapitre ! Hâte de voir la guerre entre la France et Charles Quint. Il y a une erreur à la fin de ton texte, tu évoques le concile de Trente au lieu de celui de mantoue.

Oups. Réflexe de passionné d'histoire. Merci du repérage de cette erreur. Je vais la rectifier.

Merci de ton commentaire. Crois-moi, même si cela n'a pas été facile d'imaginer ce conflit majeur alternatif (notamment du fait du changement considérable de contexte), c'est un passage dont je suis fier dans la description  (les parties sur le royaume de France, les Habsbourg et la péninsule italienne abordent le conflit), notamment parce que c'est en quelque sorte une combinaison d'éléments issus des conflits historiques de 1542-1544 entre François I et Charles Quint et de la seconde guerre de Smalkalde ("spoilers!") dans le contexte de la guerre de 1552-1557 entre Henri II et Charles Quint, sans compter certains acteurs qui historiquement n'ont pas eu le même poids au cours de cette période (notamment un pour du fait de certains événements notables de la période, en particulier une certaine mise à sac qui a marqué les esprits dans la Chrétienté de l'époque).
J'imagine bien que c'est quelque chose de difficile à concevoir, d'où l'immense qualité de ton récit !
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Message par Yodarc Sam 26 Nov - 10:23

Bonjour à tous !
Aujourd'hui, détour par l'Europe de l'Est et centrale pour y découvrir les principaux événements et tendances du début des années 1540. Une région bien distincte dans son cadre géopolitique comparé à la réalité historique, mais où des tendances récurrentes et notables sont à repérer. Des petits bouleversements par-ci et là, notamment au sein de la Hongrie, mais un cadre bien défini.
J'espère que cette escapade saura vous plaire.
Bonne lecture !

1540-1544 : Évolutions et tensions en Europe de l’Est
Les années 1540-1544 sont marqués par d’importants bouleversements et incidents qui bouleversent les royaumes et principautés de l’Europe de l’Est.

Au début des années 1540, Louis II de Hongrie est dans une position de force sur ses terres de Hongrie et de Bohême. La répression de l’insurrection luthérienne dans les terres bohémiennes lui a permis d’y mettre en place les politiques répressives pour combattre la diffusion des idées de Luther, même s’il continue d’autoriser la pratique cultuelle des Frères Moraves. Le souverain magyar s’appuie sur son épouse pour le développement de la politique religieuse et de la mise en place des décisions du concile de Mantoue sur ses terres, notamment en soutenant Charles Quint et Ferdinand dans l’application de l’Intérim d’Augsbourg.
En Hongrie, Louis II s’inspire davantage des politiques de son beau-frère archiduc d’Autriche pour continuer de renforcer son autorité et de s’émanciper de l’influence des nobles et magnats hongrois. Il s’appuie sur les nobles favorables à lui et sur son épouse pour continuer le développement de sa politique royale. Il parvient ainsi à ne plus tenir de façon régulière des diètes, suscitant l’hostilité d’une partie de ses barons. Mais leur opposition se retrouve fragilisée avec le décès de Jean Zápolya à l’hiver 1540, les privant de la figure la plus puissante dans le royaume qui était perçue comme le champion des intérêts hongrois. Louis II accorde la position de voïvode de Transylvanie à István Maylád et George VI Báthory, le fils d’Étienne VII Bathory d’Ecsed.
Les réformes politiques de Louis II et de son épouse permettent au souverain magyar de renforcer son autorité au sein de son royaume et de régler plusieurs des problèmes qui empoisonnent son royaume. Mais ces réformes ne permettent pas de résoudre tous les défis qui affectent la Hongrie. Le principal écueil demeure les finances, même si l’endettement du royaume a ralenti au fil des années. Le royaume de Hongrie demeure toujours sous la menace des Ottomans alors que ces derniers continuent de frapper en Slavonie et Croatie, forçant le ban de Croatie de s’appuyer sur l’aide de Ferdinand de Habsbourg. Pour faire face à la menace ottomane, Louis II renforce les relations avec son beau-frère et Sigismond I de Pologne, ce qui nourrit l’hostilité de la petite noblesse et de l’aristocratie qui n’apprécient guère le renforcement de l’influence des Habsbourg dans le royaume.
L’été 1543 voit la situation qui s’était établie depuis la fin de la Guerre de la Sainte-Ligue et la Diète Sanglante éclater lorsque Soliman lance une nouvelle campagne en direction du royaume magyar. La forteresse de Šabac est assiégée à partir de fin juin 1543. Cette dernière a été rénovée au fil des années et renforcée pour défendre les frontières sud du royaume contre les incursions ottomanes. La garnison d’un millier d’hommes se défend avec énergie face à leurs adversaires, fixant l’armée de Soliman pendant plusieurs semaines. L’annonce de l’attaque ottomane parvient courant juillet à Louis II qui entreprend de mobiliser ses forces et de faire appel à ses alliés dans l’espoir d’être soutenu. Il fait face à l’opposition d’une partie de la petite noblesse et des magnats, ce qui restreint la levée de son armée à trente mille hommes même si les deux voïvodes de Transylvanie rassemblent de leur côté près de quinze mille hommes. Si ses forces sont en infériorité numérique face à ce que Soliman a rassemblé, elles ont connu des changements suite à la guerre de la Sainte-Ligue et les troubles suivant la Diète Sanglante et la guerre marbourgeoise qui leur ont permises de s’améliorer malgré les oppositions d’une partie des élites magyares et des contraintes financières subies par le royaume. Louis II place son armée vers Osijek pour empêcher les ottomans de remonter dans le cœur de son royaume, ses forces étant rejoints par quelques milliers d’hommes envoyés par Ferdinand de Habsbourg pour le soutenir.
La forteresse de Šabac tombe début août 1543, permettant à Soliman de remonter vers Osijek, tandis qu’une partie de ses forces remontent vers la forteresse de Peterwardein pour s’en emparer. Soliman et son armée rejoignent Osijek vers la fin d’août et trouve l’armée de Louis II sur la rive gauche. Les deux armées se font face pendant quelques jours, chacune cherchant à provoquer l’autre à agir. Louis II s’abstient d’engager le combat, préférant préserver ses forces alors qu’il est en position d’infériorité numérique face à son adversaire, mais doit composer avec une partie des barons hongrois qui l’accompagnent et qui sont déterminés à chasser les ottomans des terres hongroises. Début septembre 1543, Louis II apprend l’approche d’István Maylád avec une armée de dix mille hommes pour le renforcer. Le 8 septembre, son armée subit une attaque des ottomans. Si la bataille lui est d’abord favorable grâce à sa position défensive sur la rive gauche, l’attaque intempestive d’une partie de la cavalerie hongroise menée par des barons pensant faire gagner la bataille contribue à désorganiser son armée et à permettre à son adversaire de reprendre l’avantage. Devant la dégradation de la situation, le roi magyar préfère se replier, échappant de peu à une débâcle. Le reste de son armée et lui rejoignent l’armée d’István Maylád vers Mohács à la mi-septembre, permettant au souverain de réorganiser ses forces. Le départ des forces ottomanes permettent à Louis II d’envoyer des troupes réoccuper une partie des territoires ravagés par Soliman, à l’exception des territoires contrôlés par les forteresses de Peterwardein et de Šabac. Le souverain hongrois est cependant confronté au fait qu’il a perdu face aux ottomans et qu’il a fui devant eux, suscitant de nombreuses critiques au sein de la petite noblesse et des magnats hongrois. Seul l’appui d’István Maylád et les conseils de son épouse Marie permettent à Louis II de faire face aux critiques, même si le souverain voit sa méfiance des élites du royaume se renforcer avec la peur de voir un nouveau complot contre sa personne émerger. Pour faire face aux différentes menaces, Louis II entreprend à partir de 1544 à renforcer les défenses de son royaume en Croatie et sur la Drave malgré les contraintes financières et les divisions de nouveau vives au sein de la noblesse et de l’aristocratie hongroise. Pour mener à bien ses projets, il se tourne vers la papauté et Venise pour avoir leur aide. La même année, le roi voit son royaume ravagé par une invasion de sauterelles qui ravagent les cultures, provoquant des disettes à partir de l’automne 1544.
Du fait de la menace ottomane de nouveau présente pour son royaume, Louis II cherche à renforcer ses alliances, mais aussi à s’assurer de nouveaux partenaires. Il cherche notamment à amener les vassaux de l’empire Ottoman à s’émanciper de l’autorité de la Sublime Porte. Il se rapproche tout particulièrement de Pierre IV Rareş de Moldavie, ce dernier voulant se détacher de la Sublime Porte. Le souverain magyar soutient son projet de croisade, ayant besoin d’alliés puissants pour contrer et refouler les Ottomans. Il cherche aussi à reprendre la politique de Jean Zápolya concernant la principauté de Valachie, même s’il charge les nouveaux voïvodes de Transylvanie de soutenir des princes valaques qui voudraient se détacher de l’autorité ottomane. Louis II renforce enfin ses relations avec son oncle Sigismond I de Pologne avec le mariage de sa fille Anne avec le prince héritier Sigismond.

La principauté de Transylvanie est confronté à divers défis et difficultés dans les années 1540-1544. Vlad IX cherche à renforcer son autorité sur la principauté tout en faisant face à Serban qui revient à l’été 1540 pour tenter de reprendre le titre de prince à son rival. Serban parvient grâce aux Ottomans à reprendre le pouvoir, mais est défait à l’automne par Vlad IX grâce à l’hostilité des boyards. Mais le prince valaque est privé de son principal allié, Jean Zapolya, avec le décès de ce dernier à l’été 1540. Vlad IX se retrouve peu après confronté à certaines familles de boyards, notamment les Craiovescu. Au printemps 1541, ces derniers soutiennent le frère de Radu VII, Mircea. Incapable de faire face à l’opposition des puissantes familles de boyards, Vlad IX s’enfuit vers ses terres de Transylvanie à l’été 1541.
Peu après son arrivée au pouvoir, Mircea doit faire face à une nouvelle tentative de Serban à l’automne 1541. Ce dernier, soutenu par les Ottomans, parvient à récupérer le pouvoir alors que Mircea est tué. De retour au pouvoir, Serban entreprend de renforcer son autorité en s’appuyant sur certaines puissantes familles de boyards tout en cherchant à neutraliser celle des Craiovescu. Il renouvelle sa loyauté à la Sublime Porte. Il entreprend aussi de construire ou de soutenir des monastères dans la principauté, reprenant la politique de plusieurs de ses prédécesseurs. Le prince valaque doit cependant gérer une famine des plus violentes au point que la rumeur parle de valaques vendant leurs enfants comme esclaves aux Ottomans pour pouvoir survivre. Son allégeance à Soliman le place en porte-à-faux avec les boyards, y compris ceux qui l’avaient soutenu. Malgré ces contraintes et difficultés, le prince valaque parvient à gouverner la principauté du fait de son influence et du soutien des Ottomans. Le prince cherche à développer des relations cordiales avec ses voisins, surtout avec Pierre IV de Moldavie pour ne pas connaître de problèmes et de menaces.
En 1543, alors que les Ottomans font campagne contre Louis II de Hongrie, Serban est chargé de protéger les flancs de la force ottomane, notamment contre les voïvodes de Transylvanie. Le prince mène sa tâche avec célérité, mais ne peut empêcher les voïvodes de Transylvanie de rejoindre Louis II. Son soutien à la campagne de Soliman est mal vu par une partie des boyards et aggrave les tensions au sein de la principauté. Ces tensions sont nourries par les voïvodes de Transylvanie et Louis II à partir du printemps 1544 alors que les Craiovescu se détournent de lui. En mai 1544, alors qu’il visite le monastère de Dealu près de Târgoviște, Serban décède dans un accident, même si les rumeurs parlent d’une mort suspecte. Peu après sa mort, les Craoivescu soutiennent le frère de Radu VII, Mircea, pour qu’il devienne le nouveau prince de Valachie. Ce dernier cherche à obtenir le consentement de Soliman pour son titre, ce qui est réalisé en août 1544, faisant de lui Mircea V de Valachie.

Durant le début des années 1540, Pierre IV Rareș de Moldavie est confronté à différents défis : la mort de Jean Zápolya à l’hiver 1540 et le nouvel exil de Vlad IX à l’été 1541 l’isole face aux Ottomans. Le prince entreprend à développer des relations cordiales avec le prince Serban de Valachie afin de maintenir des relations correctes avec la Sublime Porte et éviter les potentielles ingérences de cette dernière ou des Polonais.
La campagne de Soliman en Hongrie en 1543 modifie la situation pour le prince moldave : il noue des relations avec les voïvodes de Transylvanie et Louis II de Hongrie qui souhaitent s’allier avec lui pour contrer l’influence ottomane dans la région. Le prince moldave est favorable à ce développement de relations et souhaite même lancer une croisade contre les Ottomans pour les chasser de la région.

Au cours des années 1540 à 1544, Sigismond I s’emploie à faire prospérer son royaume. Le souverain polonais se concentre principalement sur son royaume, tirant notamment profit des décisions du concile de Mantoue pour reprendre le combat contre l’expansion des idées luthériennes sur ses terres. Le souverain devient cependant veuf au printemps 1543 avec le décès de son épouse, Suzanne de Bavière. Cette dernière décède des suites d’une grippe qui avait frappé Cracovie. Sigismond I est lui-même affecté par la maladie, mais s’en remet. En 1544, il nomme son fils aîné Sigismond à la tête du Grand-duché de Lituanie.
Sur le plan diplomatique, le souverain polonais renouvelle la trêve avec la grande-principauté de Moscovie, les querelles intestines au sein de la régence affaiblissant la principauté et la rendant incapable de menacer le grand-duché de Lituanie alors que le roi de Pologne est vieillissant. Ses relations avec Charles Quint sont compliquées à cause de la controverse autour du duc Albert I de Prusse qui est à la fois son vassal et un prince impérial s’étant rallié aux idées de Martin Luther. Sigismond I s’oppose à la demande de Charles Quint de voir le duc de Prusse se présenter devant la justice impériale. La nouvelle campagne ottomane en Hongrie et la résurgence de tensions confessionnelles au sein du Saint Empire permettent d’assagir les relations entre les deux souverains. Ses relations avec Charles IX de France sont cordiales, même s’il demeure en retrait lors du déclenchement du conflit entre le roi de France et Charles Quint en 1544. Ses liens se renforcent avec Louis II de Hongrie alors que ce dernier subit une nouvelle attaque des Ottomans en 1543, notamment grâce au le mariage de son héritier Sigismond avec la princesse Anne à l’automne 1544.

La Grande-Principauté de Moscovie continue de connaître une régence au nom d’Ivan IV durant les années 1540-1544. Mais cette régence est marquée par les violentes querelles d’influence et de pouvoir qui divisent les Chouïski, les Glinski et les Bielski. Ainsi, en juillet 1540, les Chouïski sont évincés du pouvoir par les Bielski. Durant cette période de troubles, Ivan IV et son jeune frère Yuri sont négligés et humiliés par les membres des familles Chouïski et Bielski. Le jeune prince s’intéresse beaucoup à la théologie, y développant une dévotion vive. Sur le plan diplomatique, la grande-principauté renouvelle la trêve avec le grand-duché de Lituanie et Sigismond I de Pologne. Elle doit aussi gérer les raids tatars de Crimée ou de Kazan, notamment en 1540 où une armée de Safa Giray, le dirigeant de Kazan, menace Moscou. La régence s’appuie sur les tatars du khanat de Qasim pour repousser cette menace.
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L'Inattendu : à l'époque de l'héritier de Louis XII - Page 8 Empty Re: L'Inattendu : à l'époque de l'héritier de Louis XII

Message par Flosgon78 Dim 27 Nov - 10:21

excellent !!
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Message par Yodarc Sam 3 Déc - 9:53

Bonjour à tous !
Aujourd'hui, détour par la Scandinavie et découvrir sa situation au début des années 1540. Un paysage politique, dynastique et religieux bien distinct de la réalité historique, même si quelques tendances récurrentes sont encore présentes pour les deux royaumes "historiques" que sont le Danemark et la Suède alors que la Norvège fait son retour dans le monde et cherche à faire sa place avec d'importants défis à relever (certains détails seront cependant développés un peu plus en détail dans la partie suivante, notamment du fait d'informations trouvées par la suite qui ont su nourrir le contexte alternatif du royaume nordique).
J'espère que ce passage saura vous plaire.
Bonne lecture à vous tous !

1540-1544 : Évolutions en Scandinavie
Le début des années 1540 voit les royaumes scandinaves se relever des troubles qui les avaient affectés dans les années 1530, ce qui leur permet de mettre en place des politiques spécifiques visant à les renforcer.

Le royaume de Norvège se remet peu à peu des ravages et coûts de la guerre des deux Rois au début des années 1540. Christian II doit beaucoup s’appuyer sur le Riskråd pour pouvoir appuyer ses décisions. Du fait de la place importante qu'occupe le clergé catholique dans son royaume, le souverain s’appuie aussi beaucoup sur les représentants religieux pour affermir son autorité, notamment sur Olav Engelbrektsson qui est son chancelier. Cet appui lui permet de contrebalancer la forte influence des quelques représentants restants de la noblesse norvégienne, mais aussi de limiter l’impact de la forte présence des conseillers hollandais dans son entourage. Ce soutien au clergé est renforcé avec l’arrivée de représentants catholiques du clergé danois qui préfère rejoindre Christian II après la mise en place du luthéranisme par Christian III. La relation entre le souverain norvégien et le clergé catholique permet le développement des décisions du Concile de Mantoue, une diffusion facilitée par la relation importante entre Christian II et Charles Quint. Le soutien du roi norvégien avec le clergé catholique lui permet aussi de renforcer son autorité sur les différents territoires de son royaume, notamment l’Islande où il peut compter sur Ögmundur de Skálholt et Jón Arason, deux importants évêques de l’île. Le second permet l’introduction de l’imprimerie sur l’île à partir de 1540.
Si Christian II est confronté à de nombreuses contraintes, il cherche cependant à faire épanouir sa cour et à affermir son pouvoir. Il s’appuie notamment sur son héritier Jean, ce dernier possédant des qualités et une intelligence qui lui valent l’approbation et le soutien du Riskråd. S’inspirant de ses expériences des Pays-Bas, Christian II cherche à développer des mesures s’inspirant de celles des Pays-Bas des Habsbourg, notamment dans l’approfondissement de son Landelove, même s’il doit se restreindre dans ses démarches pour s’assurer le soutien du clergé et de la noblesse norvégienne, notamment concernant le statut des paysans. Pour s’assurer les bonnes grâces de la noblesse et renforcer son autorité, Christian II commence à distribuer une partie des terres qu’il possède à partir de 1542 et anoblit au cours de la période plusieurs personnes qui lui ont été d’un grand secours pour la récupération du trône de Norvège.
Le plus gros défi pour Christian II demeure cependant la restauration des finances du royaume, ces dernières ayant été lourdement affectées par la guerre des Deux Rois et les emprunts à la famille Fugger. Le souverain norvégien entreprend de réformer la gestion financière de son royaume pour pouvoir récupérer des revenus importants même s’il doit tenir compte du consentement du Riskråd pour pouvoir déterminer le budget pour le trésor royal. Le souverain norvégien est aussi amené à soutenir les échanges commerciaux et de faire renaître la tradition navale de son royaume. Il s’appuie sur des marins hollandais et Klemen Andersen pour développer une flotte qui permettra de renforcer les échanges commerciaux, notamment avec les Pays-Bas des Habsbourg et le royaume d’Écosse.
Dans le domaine diplomatique, Christian II renforce ses relations avec Charles Quint et Éléonore de Habsbourg, à la fois pour pouvoir développer le commerce, mais aussi pour se prémunir des menaces que font peser sur lui Christian III de Danemark et Gustave I de Suède. Il renforce aussi ses liens avec Jacques V d’Écosse. Il développe des relations avec différents princes d’empire, principalement ceux restés ou retournés à la foi catholique, comme Henri II de Brunswick-Wolfenbüttel. Cela ne l’empêche pas de tisser des relations avec son cousin, le comte Antoine I d’Oldenbourg grâce à au frère de ce dernier, Christophe. Il développe des relations avec Albert VII de Mecklembourg-Güstrow du fait de son soutien durant la Guerre des Deux Rois, d’autant plus lorsque ce dernier tente d’avancer ses revendications dynastiques sur la couronne suédoise en soutenant la rébellion de Nils Dacke dans le Småland. Ces relations aboutissent au mariage de Jean-Albert, le fils aîné du duc, avec sa fille Christine à l’été 1542. Face à ses rivaux, Christian II apporte son soutien à Nils Dacke contre Gustave I, notamment en envoyant une partie des mercenaires qui continuaient de ravager son royaume faute de paiement. Son soutien s’affaiblit cependant à l’automne 1542 lorsque les navires danois s’en prennent à ceux norvégiens et que le risque d’une attaque suédoise se fait fort au printemps 1543. S’il demeure neutre dans l’éclatement du conflit entre Charles Quint et Charles IX, il renforce ses échanges commerciaux avec les Pays-Bas des Habsbourg en 1544 alors que Christian III met en place un blocus dans les détroits pour empêcher les navires hollandais de passer en mer Baltique.
Sur le plan dynastique, Christian II voit sa lignée assurée avec la naissance en juin 1540 de son second petit-fils, Charles, puis d’Éléonore en septembre 1541 et en février 1543 de Jean. Son premier petit-fils décède cependant à l’hiver 1540, faisant de Charles le second dans la succession potentielle au trône. Le roi norvégien cherche aussi à renforcer ses relations au travers du mariage de sa fille Christine avec Jean-Albert de Mecklembourg-Güstrow en juillet 1542.
Le souverain norvégien est cependant vieillissant, las et épuisé après les années à raffermir son autorité en Norvège, à faire face à son oncle puis son cousin et Gustave I de Suède, et à devoir tenir compte de l’important pouvoir du clergé et de la noblesse norvégienne suite à ses difficultés et déboires dans la Guerre des deux Rois. Christian II s’éteint en novembre 1544. Son fils Jean lui succède immédiatement, ayant été désigné comme son héritier au trône dès 1530, devenant Jean II de Norvège.

Au début des années 1540, Christian III commence à résoudre tous les problèmes et contraintes issus de la Guerre des deux Rois. Le souverain danois résolve les difficultés financières issues du conflit grâce à la confiscation des terres et des biens du clergé catholique. La résolution de l’influence importante suscitée par les commandants étrangers qui l’ont aidé à triompher des alliés de Christian II est plus compliquée, même s’il parvient à retrouver le soutien de la noblesse danoise, ce qui lui permet d’affaiblir davantage le poids des commandants germaniques. Les efforts de Christian III à obtenir le soutien de ses sujets, notamment de la noblesse danoise, portent leurs fruits en 1542 lors de la Haute Cour de Copenhague. Lors de cette assemblée, la noblesse du Danemark vote à Christian un vingtième de tous ses biens pour payer sa lourde dette aux mercenaires allemands, lui permettant de régler un problème lié aux coûts financiers et à l’influence de ses conseillers et commandants étrangers. La même année, le prince Frédéric voyage à travers le royaume où il est acclamé par la population comme héritier de la couronne.
S’il est parvenu à renforcer son autorité et sa légitimité auprès de ses sujets, Christian III entreprend de renforcer sa politique religieuse au cours de la période, s’appuyant sur les penseurs et prédicateurs luthériens exilés après la fin de la guerre de la Ligue de Marbourg, notamment sur Johannes Bugenhagen. Ce dernier sert notamment de médiateur dans les négociations avec la noblesse du Holstein, qui avait retardé la mise en œuvre de l'ordre ecclésiastique dans cette région. Le 9 mars 1542, la Schleswig-Holsteinische Kirchenordnung ("ordre ecclésiastique du Schleswig-Holstein") est approuvée par le Landtag de Rendsburg après avoir été révisée par Bugenhagen. Christian III s’appuie sur d’autres penseurs et prédicateurs réformés qui ont rejoint sa cour après la défaite de la Ligue de Marbourg de 1539. Ces derniers le conseillent dans la manière de gérer l’Église de Danemark, tout particulièrement face à l’épanouissement des idées issues du Concile de Mantoue qui contribue à réveiller une certaine résistance intellectuelle et théologique au sein du royaume. L’implantation des idées luthériennes se fait cependant rapide malgré l’émergence d’un contre-courant catholique, notamment au sein des populations paysannes qui ont été lourdement affectées par la répression pour leur soutien à Christian II durant la Guerre des Deux Rois. La diffusion est accélérée par la présence de différents penseurs luthériens, comme Martin Bucer ou Melanchthon.
Sur le plan diplomatique, Christian III demeure en vive rivalité avec son cousin Christian II de Norvège du fait des revendications de ce dernier sur la couronne de Danemark et de ses propres revendications sur la couronne norvégienne, sans compter les pressions d’une partie de la noblesse danoise qui s’est retrouvée dépouillée de terres en Norvège à cause de la Guerre des Deux Rois. Du fait des relations de son cousin avec les Habsbourg, Christian III doit aussi se prémunir d’une éventuelle menace de la part de Charles Quint et de sa famille, d’autant plus que son royaume fait figure de refuge luthérien. Cela l’amène à maintenir d’importantes relations avec Gustave I de Suède, le rencontrant notamment dans le cadre de négociations à Brömsebro en septembre 1541. A l’issue de ces négociations, un traité destiné à durer une cinquantaine d’années est signé entre les deux rois qui s’accordent à une attitude commune contre la Ligue Hanséatique et Christian II, mais aussi de se soutenir en cas d’attaque extérieure ou intérieure pour l’un et l’autre. Il intervient ainsi dans la Guerre de Dacke en soutenant une attaque contre le duché du Mecklembourg alors que sa flotte s’en prend aux navires norvégiens et force Christian II à rester en retrait. Les relations avec Charles Quint sont très mauvaises du fait du soutien de ce dernier à Christian II et du soutien danois à la Ligue de Marbourg durant le conflit opposant les princes protestants à l’empereur. Pour faire face à la menace que représente l’empereur pour lui, Christian III renforce ses relations avec les princes protestants demeurés opposés à l’empereur, notamment les cités de Brême et de Magdebourg. Cela l’amène à tisser des liens avec les princes alliés dans le cadre du traité de Torgau, concrétisant une alliance avec ces derniers à l’été 1544. Il se tourne aussi vers Charles IX avec lequel il signe un traité d’alliance en juillet 1543. Lorsque le roi de France déclare la guerre à Charles Quint, Christian III en tire profit pour le faire à son tour avec pour principal décision d’interdire le passage de l’Øresund aux navires néerlandais à partir de l’automne 1544. Il permet aussi l’envoi de mercenaires holsteinois pour soutenir Brême et Magdebourg qui se sont soulevés contre Charles Quint à partir de la même période.

Le royaume de Suède connaît quelques évolutions majeures au début des années 1540 alors que Gustave I achève d’affermir son pouvoir. Durant cette période, il s’inspire de modèles allemands pour réformer l’administration de son royaume et s’entoure de grands commis d’origine allemande, luthériens comme Georg Norman, ou catholiques comme Conrad von Pyhy. Le contexte allemand qui suit la fin de la guerre de Marbourg voit son royaume rejoint par quelques figures notables soutenant la réforme luthérienne. Cela permet au souverain suédois de renforcer sa politique religieuse et de donner davantage de force à l’autonomie de l’église de Suède, même s’il doit faire face à l’influence grandissante de personnes soutenant les décisions du concile de Mantoue. Pour affermir la place du luthéranisme en son royaume, le roi s’appuie sur le développement de l’éducation mais aussi sur la traduction suédoise de la Bible réalisée par Laurentius et Olaus Petri en 1541 et réalisée à sa demande. Il s’appuie aussi sur l’arrivée de prêcheurs et figures importantes du Saint-Empire qui ont fui après la défaite de la Ligue de Marbourg en 1539.
Le désir de contrôle de l’Église de Suède par le souverain le met cependant en conflit avec différents représentants luthériens, notamment les frères Petri et Laurentius Andreae. En 1540, ces conflits d’idées amènent le roi à faire condamner à mort ces personnes qui jouent pourtant un rôle important dans la mise en place de son règne et de sa politique religieuse. Seul Laurentius Andreae est exécuté, Olaus et Laurentius Petri ayant été relâché grâce à des amis qui ont dû payer une forte amende pour assurer leur caution. Cette affaire provoque la fin des carrières politiques des deux frères, même s’ils achèvent la traduction de la Bible en suédois en 1541. Une traduction de la Bible en finnois est aussi réalisée en 1543, permettant à Gustave I d’étendre et de renforcer la diffusion du luthéranisme au duché de Finlande.
Ces différentes réformes politiques et religieuses contribuent à renforcer l’autorité et le pouvoir de Gustave I et influence le fonctionnement du royaume. Ainsi, dans le duché de Finlande contrôlé par la couronne suédoise, l'administration de l'État a fait l'objet de réformes et de développements importants au fil des années, ce qui lui a permis d'avoir une emprise beaucoup plus forte sur la vie des communautés locales et de percevoir des impôts plus élevés. La réforme la plus notable de la période est l’Union Héréditaire. Cet acte politique rejette la monarchie élective caractéristique de la monarchie suédoise au profit des héritiers et descendants de Gustave Vasa. L’Union héréditaire est d’abord adoptée par la diète d'Örebro en 1540 avant d’être confirmée par la diète de Västerås en 1544. Durant cette diète, la Suède est proclamée État évangélique, les pèlerinages sont officiellement interdits ainsi que toutes les manifestations se rattachant au culte des saints tandis que les crucifix sont arrachés des murs. Cette décision est décidée pour contrée le développement et le renforcement des idées résultant des décisions du Concile de Mantoue.
La politique royale et religieuse de Gustave I provoque à l’été 1542 la révolte la plus sérieuse qu’il ait eu à affronter depuis la révolte des Cloches de 1531-1532 : la Guerre de Dacke. Cette dernière éclate dans le Småland avec l'assassinat de plusieurs shérifs et collecteurs d'impôts à Södra Möre en juin 1542. Les rebelles sont menés par un homme nommé Nils Dacke. Gustave I sous-estime les prouesses militaires des paysans et envoie ses mercenaires allemands (lansquenets) pour mater la révolte. Cependant, les lansquenets subissent de lourdes pertes face aux rebelles, n’étant pas formés à combattre dans les forêts accidentées de la région. En plus de tirer profit du terrain, Nils Dacke avait conçu des tactiques défensives qui permettaient aux paysans d'utiliser leurs arbalètes en acier avec un effet dévastateur. Les succès de Dacke contribuent à étendre la révolte à toutes les provinces du sud de la Suède. La situation est si grave que le roi est contraint de demander la paix et un cessez-le-feu d'un an est signé le 8 novembre. Pendant le cessez-le-feu, Dacke est le dirigeant de facto de la plupart des provinces du sud de la Suède et reçoit des offres de soutien étranger de la part de l'électeur palatin Frédéric II, le gendre du roi Christian II de Norvège, de Christian II et d'Albert VII, duc de Mecklembourg. Il rétablit les cérémonies de l'Église catholique romaine et rouvre le commerce transfrontalier dans les régions qu'il contrôle. Avec le soutien des Danois, Gustav Vasa organise une invasion du Mecklembourg qui neutralise la menace allemande. Durant l’automne et l’hiver 1542, Gustave I peut compter sur l’aide de Christian III pour menacer Christian II de Norvège et le dissuader de soutenir davantage Nils Dacke. En janvier 1543, il rompt le cessez-feu et envoie une nouvelle armée plus importante dans les territoires rebelles. Ses forces sont arrivées de l'Östergötland et du Västergötland. Une propagande royale avait été diffusée pour gagner la population et la retourner contre Dacke. Durant cette campagne, Gustave I fait pression sur Christian II, menaçant d’envahir son royaume s’il continuait de soutenir les rebelles. Sa menace oblige le roi de Norvège à se rétracter. En mars 1543, Dacke affronte l’armée royale suédoise en bataille rangée, trop confiant après ses succès précédents et l’arrivée de mercenaires envoyés par Christian II durant l’automne précédent. L’affrontement tourne à l’avantage de l’armée royale qui se bat à ses propres conditions, malgré la combativité de certains mercenaires qui soutiennent l’armée paysanne. Nils Dacke est grièvement blessé durant l’affrontement qui met un terme à la rébellion et fait de son chef un hors-la-loi. Dacke cherche à rejoindre le royaume de Norvège, mais est traqué par les forces royales. Il finit par tomber en août 1543 dans une ferme de la paroisse de Gullabo à Södra Möre. Son corps est ensuite écartelé, ses membres envoyés en exposition publique dans les grandes communautés qui l'avaient soutenu pendant la rébellion. Gustave I ordonne l'anéantissement de toute la famille de Dacke, mais fait preuve d'une certaine indulgence envers ceux qui se sont rendus.
Sur le plan diplomatique, Gustave I renforce ses relations avec Christian III de Danemark avec le traité de Brömsebro signé en septembre 1541 pour faire face à Christian II de Norvège et à la Ligue Hanséatique, ainsi qu’à toute menace intérieure et extérieur pour leurs royaumes respectifs. Les relations avec le royaume de Norvège sont très tendues à cause de la question de la province du Bohuslän, mais aussi du passif qui existe entre Christian II et Gustave I avec le Bain de Sang de Stockholm alors que le soutien implicite du roi de Norvège à la rébellion de Dacke empoisonnent davantage leurs relations. Du fait des liens existants entre Christian II et Charles Quint, Gustave I entreprend aussi de tisser des relations avec les princes allemands protestants pour chercher à contrer l’influence des Habsbourg, même s’il se concentre sur les affaires de son royaume et le royaume de Norvège.
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Message par Flosgon78 Dim 4 Déc - 10:02

Comme toujours excellent !!
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Message par Yodarc Lun 5 Déc - 18:42

J'ai fait quelques correctifs sur la dernière partie publiée sur les Habsbourg suite à la trouvaille d'informations qui m'ont amené à corriger un petit détail non anodin : l'absence d'Albert II Alcibiades de Brandebourg-Kulmbach, ce dernier étant historiquement le fils de Casimir de Brandebourg-Kulmbach et de Suzanne de Bavière (ce qui ne peut être le cas ici).

La vérification de ces informations amènent à une conséquence collatérale mineure dans le grand ordre des choses mais amusante à noter: Casimir de Brandebourg-Kulmbach, né en 1481 et mort en 1527 (à Buda de dysenterie mais semblait malade à l'époque), ne s'est marié qu'en 1518. Au vu de la "rareté" des candidates au mariage en dehors de Suzanne de Bavière (qui soient assez jeunes pour l'épouser), j'ai considéré qu'il fait partie de ces "malchanceux" de l'Histoire (alternative en l'occurrence ici) qui décèdent sans avoir eu l'opportunité de se marier pour pérenniser leur lignée (je conserve l'idée qu'il décède aux environs de 1527-1528 au vu du texte qui parle de mauvaise santé en 1527 avant son voyage en Hongrie pour accompagner Ferdinand de Habsbourg), ce qui signifie que c'est son frère Georges de Brandebourg-Ansach (je vous conseille de regarder les fiches Wiki des deux frères pour avoir un peu plus de contexte) qui lui succède, réunissant les deux territoires franconiens.
Autre conséquence au regard de ce que j'ai lu et trouvé : l'absence de Suzanne de Bavière implique une pénétration plus précoce et rapide de la réforme luthérienne dans le margraviat de Brandebourg-Kulmbach, Casimir s'étant montré bien réticent à le promouvoir du fait de ses allégeances matrimoniales.
Je corrige en conséquence sur les parties ultérieures sur les Habsbourg toute mention concernant Albert II Alcibiades pour le faire disparaître.
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Message par Collectionneur Lun 5 Déc - 19:07

Le souci ici est l'absence totale de sources dans le wiki français. Il peut y avoir des erreurs de date. A vérifier avec d'autres sites :
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Casimir_de_Brandebourg-Culmbach
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Message par Yodarc Lun 5 Déc - 19:56

Collectionneur a écrit:Le souci ici est l'absence totale de sources dans le wiki français. Il peut y avoir des erreurs de date. A vérifier avec d'autres sites :
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Casimir_de_Brandebourg-Culmbach

Effectivement, cela peut être une difficulté. Raison pour laquelle je tends à croiser les informations pour un certain de figures historiques et d'événements, histoire d'avoir une vue d'ensemble assez large (à défaut d'être complète). J'utilise principalement la version anglaise du Wiki qui tend à être plus dense pour les figures étrangères (ce qui est compréhensible), mais tout autre site pouvant donner des compléments est le bienvenue.

Concernant Casimir de Brandebourg-Kulmbach, j'ai repéré les informations concernant sa mort et sa politique religieuse par le Wiki anglais, à la fois sur la page le concernant et celle sur son frère Georges de Brandebourg-Ansbach :
https://en.wikipedia.org/wiki/Casimir,_Margrave_of_Brandenburg-Kulmbach#Follower_of_the_Habsburgs
https://en.wikipedia.org/wiki/George,_Margrave_of_Brandenburg-Ansbach

Les passages (traduits de ma main) concernant sa mort et la politique religieuse sont les suivants (les passages en gras sont les éléments-clés qui ont justifié mes parti-pris dans mon précédent message) :
Mort : "Au couronnement du futur empereur Ferdinand I en tant que roi de Bohême en 1527, Casimir, sérieusement affaibli par la maladie, rejoint une campagne militaire en Hongrie contre Jean Zápolya. Parce que son frère Georges le pieux y participe aussi, Casimir revient nommer un gouverneur général pour leurs possessions franconniennes et y lever des troupes supplémentaires. En juillet 1527, il atteint la frontière hongroise. Les forts sur le Danube se rendent à lui, lui permettant de rejoindre Buda. Le 27 septembre 1527, il décède de dysenterie à Buda en présence de son frère Georges et du roi Ferdinand, à qui il confie la responsabilité de son fils de 5 ans, Albert II Alcibiade. Georges dirigea le Brandebourg-Kulmbach alors qu'Albert est encore mineur."

Politique religieuse : "Dans les terres héréditaires du Brandebourg-Ansbach en Franconie, où son frère Casimir et lui ont assumé la régence en remplacement de leur père, il rencontra de plus grandes difficultés, bien que l'esprit populaire soit encline envers la Réforme. Du fait de son mariage avec une princesse bavaroise et à sa position militaire au service de l'empire, son frère était un proche allié de l'église traditionnelle (catholique) et résistait les nouveaux efforts de réforme. Mais la pression dans les domaines l'obligèrent bientôt à autoriser le prêche de la doctrine de Luther, même s'il s'assura de la conservation des cérémonies de l'église traditionnelle, même celles contraires à la nouvelle foi."
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Message par Yodarc Sam 10 Déc - 9:23

Bonjour à tous !
Aujourd'hui se clôt la période des années 1540-1544 avec un regard sur les terres musulmanes d'Afrique du Nord et d'Orient. Les équilibres politiques et les luttes d'influence continuent d'agir dans ces régions avec notamment les ingérences ottomanes et espagnoles dans la région. Cette partie aura aussi un coup d’œil sur un conflit secondaire au niveau de la Mer Rouge.
J'espère que cette partie saura vous plaire et vous faire patienter en attendant le premier coup de projecteur sur le conflit entre Charles IX et Charles Quint.
Bonne lecture à vous ! Smile

1540-1544 : Dans les terres d’Afrique du Nord et d’Orient
Le début des années 1540 est marqué par des événements et des bouleversements qui affectent les royaumes musulmans d’Afrique du Nord et d’Orient.

Le début des années 1540 voit les terres du Maroc connaître des soubresauts assez violents. En 1541, Muhammad ech-Cheikh de la lignée Saadienne, s’empare de Santa Cruz do Cabo de Aguer. La chute du comptoir portugais pousse Jean III à évacuer Safi et Azemmour qu’il juge indéfendables alors qu’il souhaite concentrer ses efforts sur les Indes et la Mer Rouge. Ce succès renforce le prestige de Muhammad auprès des populations locales et fragilise davantage les Wattasides. Il contribue aussi à la détérioration des relations de Muhammad avec son frère aîné Ahmed al-Araj, notamment du fait de désaccords sur le partage du butin issu de la prise de Santa Cruz do Cabo de Aguer. Muhammad fait emprisonner son frère avant de conclure un accord avec lui en 1542. En 1543, un nouveau conflit ouvert éclate entre les deux frères et qui se solde en 1544 par la victoire de Mohammad et l'exil d'Ahmed dans le Tafilalt. Le renforcement des Saadiens durant les années 1540-1544 malgré les rivalités fraternelles entre Muhammad et Ahmed fragilisent le pouvoir Wattasside qui se retrouve très fragilisé alors que la dynastie régnante doit aussi faire face au renforcement de l’influence espagnole au nord. Abu al-Abbas Ahmad ibn Muhammad doit aussi d’importantes tensions avec les Espagnols à partir de 1543.

En 1541, Abu Muhammad II décède, laissant le sultanat de Tlemcen aux mains de son fils Abu Abdallah Muhammad, qui devient Abu Abdallah Muhammad VI. Ce dernier renforce ses relations avec les Koukous, mais cherche à prendre de la distance avec les espagnols, ce qui provoque d’importantes tensions avec le gouverneur d’Oran. A ces tensions s’ajoute la menace que représente son frère Abu Zayyan Ahmed. Ce dernier cherche à récupérer le sultanat et est soutenu par plusieurs cheikhs et marabouts et une partie de la population locale. A la fin de l’année 1541, Abu Muhammad Abdallah VI se renverser par son frère, qui devient Abu Zayyan Ahmed III. Le sultan déchu s’enfuit à Oran et se résigne à demander l’aide espagnole en échange de la reconnaissance de leur suzeraineté et influence dans la région. Le sultan déchu se tourne aussi vers les Koukous pour tenter de reprendre le pouvoir. En janvier 1543, une expédition menée par les espagnols et les Koukous attaquent le sultanat de Tlemcen. Abu Zayyan Ahmed III peut s’appuyer sur les tribus du Beni Hillal qui s’opposent à l’influence espagnole et ne reconnaissent qu’à demi-mot l’autorité Koukou. En janvier 1543, ses alliés défont la première expédition hispano-berbère amenant ces derniers à envoyer une seconde armée plus conséquente au printemps 1543. Cette force armée s’empare de Tlemcen et force Abu Zayyan Ahmed III à s’enfuir. Échappant de peu à ses adversaires, ce dernier rejoint avec difficulté les terres contrôlées par les Saadiens afin de demander leur aide et soutien, tirant profit de leur hostilité aux puissances chrétiennes.

Durant le début des années 1540, le sultanat Koukou se consolide et tisse d’importantes relations avec les Espagnols situés à Oran, Mostaganem et à Bejaïa. Les troubles politiques à Tlemcen suite au décès d’Abu Muhammad II et l’éviction d’Abu Abdallah Muhammad VI par son frère en1541 donnent au sultan koukou l’opportunité de tenter de renforcer son influence sur le sultanat zianide en soutenant le sultan déchu et honorer leur alliance avec les zianides. En 1543, les Koukous tentent une expédition avec les Espagnols pour s’emparer de Tlemcen et placer Abu Muhammad Abdallah VI au pouvoir. La première expédition échoue, amenant les Koukous à envoyer une seconde force armée qui réussit à s’emparer de Tlemcen et à replacer Abu Abdallahd Muhammad VI sur le trône. Ce succès relance cependant les tensions avec les espagnols, ces derniers profitant de l’expédition pour renforcer leur influence sur le sultanat de Tlemcen et les plaçant en concurrence avec les Koukous alors que ces derniers cherchent désormais à devenir l’acteur majeur de la région. Durant la même période, le royaume Koukou et celui de Beni Abbés ont une relation toujours tendue et incertaine, leur rivalité se renforçant autour de leur influence et contrôle des territoires proches de Bejaïa.
Durant le début des années 1540, le royaume de Beni Abbés connaît une relative prospérité et paix, malgré des relations tendues avec le sultanat Koukou à cause de leur rivalité autour de la possession des territoires proches de Bejaïa. Les relations du royaume kabyle avec les espagnols de Bejaïa sont compliquées entre des échanges commerciaux et une alliance de circonstance d’un côté, et de l’autre, le désir du sultan El Abbès de s’émanciper de l’influence ibérique pour pouvoir prospérer, mais aussi renforcer sa légitimité auprès de la population locale. Les liens qui existent entre les espagnols et les Koukous contribuent à renforcer le besoin de se détacher de cette influence, notamment en développant davantage le royaume en direction du sud, notamment en direction du Mzab et de Laghouat. Le royaume tire cependant profit de la désorganisation qui frappe les terres turco-barbaresques après l’expédition de Tunis pour renforcer son influence à l’est, notamment en se rapprochant de la région de Constantine dans les années 1542-1543.

Le début des années 1540 voit Khayr Ad-Dîn et ses alliés ottomans renforcer leur autorité sur Tunis et ses environs, mais doivent gérer l’hostilité de la population locale qui ne leur pardonne pas l’emprisonnement du prince Rashid et des notables tunisois. Le corsaire barbaresque développe à Tunis l’organisation administrative qu’il avait mise en place à Alger avant la période de la guerre de la Sainte-Ligue. Il soutient aussi le siège de Damiette par les Ottomans en envoyant une flotte pour aider au blocus de la cité. Mais le renforcement des barbaresques en Ifriqiya précipite l’hostilité espagnole, Charles Quint et Isabelle de Portugal voyant d’un mauvais œil la présence barbaresque si près du royaume de Naples alors que le pape Paul IV s’inquiète de la menace que fait peser les Ottomans et leurs alliés sur les territoires pontificaux. En avril 1541, une expédition menée par Charles Quint quitte Barcelone et rejoint les côtés d’Ifriqiya en mai 1541 où la flotte composée de navires espagnols, portugais, pontificaux et de navires commandés par Andrea Doria neutralisent la flotte barbaresque avant de débarquer près de la forteresse de la Goulette une armée de vingt-cinq mille hommes. Le siège dure plus d’un mois alors que l’armée espagnole et ses alliés affrontent les barbaresques et les Ottomans. Au début de juin 1541, La Goulette tombe, permettant à Charles Quint de s’emparer de Tunis et forçant de nouveau Khayr Ad-Dîn à la fuite. Durant l’été 1541, Charles Quint remet Moulay Hasan sur le trône et l’aide à réinstaurer son autorité sur Tunis et ses environs, notamment en reprenant le contrôle de Tunis. Dans le traité de paix signé entre les deux souverains, Moulay Hasan se place sous la protection de Charles Quint et remet à l'empereur tous les droits qu'il détient sur les villes de Bône, Bizerte et Africa, ainsi que plusieurs autres forts occupés par Barberousse, afin de pouvoir l'expulser ainsi que tous les corsaires qui y ont trouvé refuge. Il cède de nouveau La Goulette à Charles Quint, ainsi que les terres situées une demi-lieue alentour.
Après la chute de Tunis, une partie de la population locale se rallie au calife hafside en réaction à l’usurpation ottomane, mais l’arrière-pays et le sud rejette l’autorité du calife, s’émancipant de sa tutelle. Khayr Ad-Dîn se réfugie à Bône, affaibli et privé d’une partie de ses capacités. Sur les années suivant la prise de Tunis, Abû ‘Abd Allâh Muhammad V al-Hasan cherche à renforcer son autorité sur le territoire qu’il a pu réussi à reprendre, principalement dans les régions de Tunis et de Kairouan. En 1543, Khayr Ad-Dîn fait face à une attaque espagnole en provenance de Bizerte. Le corsaire barbaresque parvient à repousser l’attaque, mais se retrouve affaibli et davantage isolé face à la puissance ibérique.

Le début des années 1540 est une période de renforcement de l’empire ottoman. Au printemps 1540, Hadim Suleiman Pacha assiège Damiette contrôlée par les Espagnols. Grâce au soutien de la flotte ottomane notamment soutenue par Khayr Ad-Dîn, les Ottomans parviennent à s’emparer de la cité en juillet 1540, leur assurant de nouveau le contrôle complet de l’Égypte et de la majeur partie de la Méditerranée orientale, hormis le Dodécanèse toujours contrôlé par les chevaliers hospitaliers. Soliman fait d’Hadim Suleiman Pacha le nouveau gouverneur d’Égypte, chargé de rétablir l’autorité ottomane dans la région et de renforcer la présence ottomane dans la région, notamment en Mer Rouge alors que la présence portugaise continue de peser. Durant les trois années suivantes, Soliman se concentre sur les affaires de son empire, même s’il doit gérer la perte de Tunis en 1541 et l’affaiblissement durable de son allié Khayr Ad-Dîn. Parmi les décisions importantes de cette période, il nomme en 1542 Rüstem Pacha, son gendre, en tant que grand vizir de l’empire. Ce dernier entreprend notamment de nouer de nouvelles relations avec Venise, mais aussi de réorganiser l’économie de l’empire après les troubles de la fin des années 1520 et les multiples conflits face aux royaumes chrétiens, aux Séfévides et pour reprendre l’Égypte.
Fin 1542, Soliman se tourne de nouveau son regard vers le royaume de Hongrie dont il est déterminé à soumettre ou du moins à le rendre tributaire de son pouvoir, notamment pour compenser la perte d’influence en Méditerranée occidentale et en Ifriqiya. Ses gouverneurs locaux ont cependant conquis le territoire de Jajce, s’enfonçant davantage dans le territoire de Croatie. Au printemps 1543, le sultan ottoman prend la tête d’une armée de plus de cent mille hommes et remonte le nord en direction du royaume de Hongrie. Il atteint les territoires méridionaux du royaume en juin 1543 et assiège la forteresse de Šabac à la fin du mois. La résistance de la garnison fait durer le siège qui cesse début août 1543 grâce au travail de sape des ottomans. Après ce succès, Soliman remonte vers Osijek tout en chargeant Rüstem Pacha de s’emparer de la forteresse de Peterwardein. Atteignant Osijek à la fin août, il y trouve l’armée de Louis II sur la rive gauche, barrant le passage du pont qu’il avait bâti en 1521. Bien qu’il ait une armée supérieure en nombre à celle de son adversaire, Soliman ne cherche pas à franchir la Drave, conscient que la traversée du pont serait dangereuse. Les deux armées s’observent pendant quelques jours avant que la rumeur de l’approche de renforts pour l’armée hongroise n’amène Soliman à tenter la bataille le 8 septembre 1543. Faisant tirer l’artillerie pour couvrir ses forces, il envoie son infanterie traverser le pont alors que ces derniers subissent des tirs des canons hongrois et de leurs arquebusiers. Ceux qui atteignent l’autre rive sont accueillis par des lansquenets et piquiers hongrois qui taillent en pièce leurs adversaires. Le premier assaut étant un échec, les turcs refluent sur la rive droite. Face à ce repli, une partie de la cavalerie hongroise décide de les poursuivre, provoquant une rupture de leurs lignes. Les cavaliers hongrois se font décimer sur le pont par les canons turcs et les janissaires et se replient en débandade. La désorganisation des formations hongroises manquent de faire tourner la bataille en la faveur des turcs alors que Soliman envoie son infanterie pour traverser pour la seconde fois le pont. Louis II préfère se replier et sauver son armée plutôt que de la voir se faire massacrer. Le repli manque de tourner au désastre alors que Soliman charge sa cavalerie de pourchasser les Hongrois. A la nuit tombée, six mille soldats sont tombés du côté ottoman tandis que Louis II a vu son armée perdre dix mille hommes. Malgré ce succès, Soliman préfère rejoindre son vizir pour l’aider à soumettre la forteresse de Peterwardein, conscient que la saison froide s’approche. Rejoignant la forteresse dans la seconde moitié de septembre, le sultan parvient à la faire tomber début octobre 1543. Après ce succès, Soliman redescend sur Constantinople, auréolé de la victoire d’Osijek et de la prise de contrôle de la région sud du Drave.

Les années 1540-1544 voient Tahmasp I entreprendre sa première campagne contre les territoires de l’ancien royaume de Géorgie, à la fois pour tirer profit du pillage et réduire l’influence de la tribu des Ostajlu. Sa campagne de 1540-1541 vise Louarsab I de Kartli, laissant la plus grande partie de la Kartli en ruines, et la capitale Tbilissi occupée par une garnison perse. Durant cette campagne, Tahmasp I charge son oncle Alqas Mirza de neutraliser les circassiens, mais ce dernier échoue. Tahmasp le nomme peu après gouverneur de Derbent.
Sur le plan diplomatique, le souverain Séfévide développe davantage ses relations vers l’extérieur, cherchant notamment à tisser des liens avec la République de Venise ou Louis II de Hongrie. Il cherche aussi à maintenir des relations avec les Habsbourg, même si la distance et le retour de la présence ottomane en Égypte complique les échanges. En 1544, il accueille à sa cour Humâyûn, second empereur moghol, à la suite de sa défaite contre Sher Shâh Sûrî.

Au début des années 1540, les Portugais interviennent dans le conflit opposant le sultanat d’Adal et le royaume éthiopien. Ce conflit qui faisait rage depuis 1527 vit le royaume éthiopien ravagé par les troupes de l’imam Ahmed ibn Ibrahim al-Ghazi. En 1540 décède David II, le souverain de l’Éthiopie. Après son décès, sa veuve, Wanag Mogassa et le nouveau négus, Atsnaf Sagad I, demandent l’aide des portugais pour sauver son royaume de la destruction. En 1541, ces derniers envoient une armée commandée par Christophe de Gama. Sur les années 1541-1542, les Portugais défont les adaliens alors que leur flotte fait le blocus des côtés du sultanat, les coupant de tout soutien extérieur. Le soutien des Portugais et de leur flotte permettent à Christophe de Gama et aux Éthiopiens de défaire l’imam à l’été 1542, Ahmed Ibn Ibrahim al-Ghazi se faisant tuer après la seconde bataille nord de l’Amba Alagi. La mort de l’imam provoque la débandade de son armée et permet à l’Éthiopie d’être sauvée de la destruction. Seule la saison des pluies retarde la reconquête des territoires perdus. Cette victoire permet aux Portugais de renforcer leurs liens avec le royaume d’Éthiopie, signant une alliance officielle avec Atsnaf Sagad I en 1543. Ce succès permet aussi aux Portugais de consolider leur présence dans le golfe d’Aden alors que la présence ottomane se renforce à nouveau dans la Mer Rouge.
La mort d’Ahmed Ibn Ihrahim al-Ghazi amène son fils Nur ibn al-Wazir Mujahid à devenir le nouveau sultan d’Adal, encouragé par la veuve de l’imam, Bati Del Wambara. Nur ibn al-Wazir doit gérer la confusion provoqué par la mort de son père et fortifie Harar pour se préserver des éthiopiens et des portugais. Le sultanat subit l’attaque des Oromos sur les années 1544-1545, ces derniers profitant des troubles provoqués par le conflit entre Adal et l’Éthiopie pour parcourir les territoires des deux royaumes. Les ravages des Oromos provoquent une famine qui affaiblit son royaume.
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Message par Collectionneur Sam 10 Déc - 14:38

Le rejet des ottomans d’Égypte à était finalement de courte durée. Mais on peut penser que les égyptiens ayant gouté à l'indépendance ne seront pas des vassaux dociles. Pour l'Afrique du Nord, on va finir par avoir au XIXe S une Afrique Espagnole du Nord au lieu de l'AFN Cool
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Message par Yodarc Sam 10 Déc - 16:02

Collectionneur a écrit:Le rejet des ottomans d’Égypte à était finalement de courte durée. Mais on peut penser que les égyptiens ayant gouté à l'indépendance ne seront pas des vassaux dociles. Pour l'Afrique du Nord, on va finir par avoir au XIXe S une Afrique Espagnole du Nord au lieu de l'AFN Cool

En effet. J'avais pris en compte le fait que si la perte d'un territoire n'avait pas exactement la même valeur ou sens pour les souverains de l'époque que pour par exemple les dirigeants du 19e-20e siècle (Alsace-Moselle quand tu n'es pas là...), ils pouvaient être déterminés à restaurer leur autorité sur le territoire perdu du fait de leurs revendications dynastiques, leur fierté ou pour des raisons militaires et stratégiques (les guerres d'Italie ont eu pour cause les revendications de Charles VIII/Louis XII/François I sur le royaume de Naples et le duché de Milan, l'expédition de Rhodes de 1522 était menée par Soliman I pour laver l'échec de Mehmet II en 1480...).
J'ai considéré que si Soliman perdait l’Égypte du fait de la guerre de la Sainte-Ligue, il serait déterminé à reprendre le contrôle de ce territoire pour laver l'affront de perdre la conquête de son père et restaurer son prestige (sans compter le fait que l’Égypte est stratégique pour assurer le contrôle de la Méditerranée orientale et l'accès à la Mer Rouge). La raison pour laquelle cette reconquête est si "rapide" (une quinzaine d'années environ après la perte) vient à la fois de l'importance de l’Égypte pour les raisons susnommées, mais aussi du fait de la puissance de l'empire ottoman à l'époque et du fait d'exemples historiques "équivalents", à savoir le cas particulier de la campagne de François I de 1515 qui reprend un projet de campagne prévu par Louis XII peu avant sa mort.
Concernant les Égyptiens, leur relation à l'empire ottoman va être ambiguë; D'un côté, ils ont en effet bénéficié d'une quinzaine d'années d'indépendance supplémentaires suite à la conquête de 1517, mais de l'autre, leur relation avec les émirs mamelouks était compliquée au début du 16e siècle à cause de la décadence de ces derniers et avait bien accueilli l'autorité ottomane dont la gouvernance initiale permettait à l’Égypte de restaurer en partie sa prospérité alors qu'elle dépérissait sous les derniers dirigeants mamelouks. Cela ne va pas dire que le retour de l'autorité ottomane dans la région sera facile, ces derniers vont chercher à restaurer leur autorité sur la région de façon à éviter les troubles des années 1520, ce qui va dire une période de transition un plus lente qu'après la première conquête, d'autant plus que les Ottomans ont à gérer les Séfévides.

Il est vrai que pour l'Afrique du Nord, l'Espagne renforce son influence de façon plus importante que dans la LTO grâce à l'absence (jusqu'aux années 1540) de conflit majeur dans la Chrétienté (avec le royaume de France en l'occurrence) et à la disparition du pouvoir important des barbaresques d'Alger qui ont servi de "cheval de Troie" pour les Ottomans en Afrique du Nord. Ils devront cependant gérer les potentiels bouleversements qui affecteront le royaume du Maroc qui est la principale puissance de la région (je ne compte pas le califat Hafside qui est à l'agonie durant la période).
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L'Inattendu : à l'époque de l'héritier de Louis XII - Page 8 Empty Re: L'Inattendu : à l'époque de l'héritier de Louis XII

Message par Flosgon78 Sam 10 Déc - 17:13

Excellent ! On sent les pièces du puzzle se recomposer devant nous !
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Message par Yodarc Jeu 15 Déc - 23:58

Bonjour à tous !
Voici avec un peu d'avance sur les rythmes classiques la partie française des années 1545-1549 avec le conflit entre Charles IX et Charles Quint au cœur du récit. Une publication "précoce" du fait que mon week-end est chargé et que je n'aurai pas la disponibilité de publier le texte de manière classique.
J'espère que cette partie saura vous plaire en attendant d'avoir les autres perspectives du conflit. Le récit est dense et probablement imparfait tant il a été compliqué pour moi de trouver une trame restant plausible malgré le caractère désormais très aléatoire et imprévisible du contexte en cours et qui soit un tant soit peu équilibré pour les différents camps au regard des rapports de force et du contexte développé dans les parties précédentes.
Vous allez découvrir un camp à multiples facettes avec des tendances et une conclusion "mitigée" comme souvent dans les conflits de cette période (même si certains partis s'en sortent mieux que d'autres).
Bonne lecture à tous !

1545-1549 : Gloires et déboires de Charles IX
Le règne de Charles IX est marqué au cours de la seconde moitié des années 1540 par l’important conflit qui l’oppose à Charles Quint, puis à ses alliés avant de revenir à une période de paix mitigée.

A la fin de l’hiver 1545, le conflit entre Charles IX et Charles Quint prend une nouvelle tournure. Au printemps, Paul IV et ses alliés envoient leurs armées attaquer les républiques de Sienne et de Florence, tandis que Charles Quint envoie une armée soutenir le pape à partir du royaume de Naples. Face à cette menace, Charles IX envoie des renforts à Anne de Montmorency et le charge de protéger le duché de Milan et leurs alliés. Tout en laissant des forces pour protéger le duché, Anne de Montmorency et son armée quitte Milan en juillet 1545, ce dernier comptant traverser le duché de Modène pour rejoindre au plus vite la république florentine et neutraliser un des alliés de la Ligue de Pérouse. Les français s’emparent de Plaisance début août 1545 avant de menacer Parme à la fin du mois. S’emparant de la ville en septembre, Anne de Montmorency rejoint peu après Modène et l’assiège. Fin septembre 1545, son armée affronte au sud de Soliera une armée envoyée par le duc Hercule II d’Este pour dégager la ville. Les français défont l’armée adverse et s’empare de la capitale du duché de Modène début octobre. Après ce succès, l’armée française descend sur Florence alors assiégée par les espagnols et leurs alliés. Son arrivée fin octobre 1545 obligent Pierre Alvarez de Tolède et Camille Colonna à lever le siège et à se replier sur Sienne. Durant l’automne 1545, Anne de Montmorency aide les florentins à renforcer leurs défenses.
En parallèle des opérations militaires dans la péninsule italienne, Charles IX prend la tête d’une armée de vingt-cinq mille hommes pour attaquer l’Artois tout en chargeant Claude d’Annebault de défendre la région de Namur. Passant par la Picardie, Charles IX pénètre dans l’Artois et assiège Arras en juillet 1545. Si elle doit fait face à des forces envoyées par Éléonore de Habsbourg pour tenter de contrer le siège, son armée parvient à capturer Arras début septembre 1545. Charles IX s’empare durant l’automne de Douai puis de Lens, renforçant la présence française dans l’Artois et s'emparant aussi d'un important lieu d'échanges économiques. L’arrivée de la saison froide l’amène à revenir en Picardie où son armée doit faire face à l’impact d’une épidémie qui avait fait rage durant l’automne. Charles IX échappe de peu à la maladie, mais doit rester alité plusieurs jours en novembre 1545 pour s’en remettre.
Le conflit entre Charles IX et Charles Quint se passe aussi sur mer, Charles IX imposant le blocus au niveau de la Manche pour prévenir l’arrivée de renforts d’Espagne et utilisant sa flotte méditerranéenne pour harceler les navires espagnols et protéger l’accès à Pise pour soutenir Florence. Sur les conseils de Jean Ango, il charge aussi des navires de course pour harceler les navires en provenance du Nouveau Monde.
Charles IX doit aussi gérer les menaces d’incursions espagnoles par le sud. Odet de Foix aide Henri II de Navarre à protéger ses terres de la menace d’invasion espagnole de la Basse-Navarre, s’appuyant notamment sur sa position de gouverneur de Guyenne. Il force ainsi les Espagnols à lever le siège de Bayonne en mai 1545. En sa charge de gouverneur du Languedoc, Charles de Bourbon-Montpensier protège le Languedoc de la menace d’attaques espagnoles en provenance de Catalogne. Dans les territoires emparés dans les Pays-Bas des Habsbourg, Claude d’Annebault doit faire face à une attaque de Philibert de Chalon à la fin du printemps 1545, ce dernier cherchant à reprendre Namur. Si le comte de Nassau échoue à reprendre la ville, Claude d’Annebault échoue à s’emparer de Mons à l’automne 1545.
Avec l’attaque de la Ligue de Pérouse, Charles IX se cherche d’autres alliés pour contrer ses adversaires. S’il peut compter sur le soutien de la république de Venise, il se tourne vers l’Alliance des Trois Ligues et renouvelle son alliance avec ces derniers. Le roi français s’assure de la neutralité de Charles III de Savoie pour déplacer des armées pour défendre le duché de Milan et ses alliés florentins. Il s’assure enfin de la neutralité anglaise avec le versement des pensions au conseil de régence et Henri IX. Le roi de France cherche enfin à détacher le duc Guidobaldo II d’Urbino et son épouse Giulia Varano de la Ligue de Pérouse, ces derniers étant en relation tendue avec Paul IV et préférant rester neutres dans le conflit. L’entrée en guerre de la papauté permet à Charles IX de recevoir le soutien de souverains réformés, renforçant notamment son alliance avec Christian III alors que certains princes allemands attaquent Charles Quint et Ferdinand de Habsbourg dans les terres d’empire. Le souverain français tire profit du décès de François I de Lorraine pour renforcer ses liens avec le nouveau duc du duché, Nicolas II de Lorraine, ce dernier soutenant ouvertement les français. Cela amène Charles IX à envoyer Claude de Guise pour soutenir le duc face aux menaces de représailles impériales.
Début 1546, Anne de Montmorency et ses alliés cherchent à reprendre Volterra et à menacer Sienne. S’ils reprennent la première en mars 1546, ils ne peuvent reprendre la cité siennoise défendue par Cosme de Médicis et Pieri Luigi Farnèse. La nouvelle de la chute d’Arezzo et la menace qui pèse de nouveau sur Florence amène les français et leurs alliés à lever le siège en avril 1546 et à se replier sur Florence. Anne de Montmorency décide de forcer Pierre Alvarez de Tolède à se replier au sud en attaquant Bibbiena puis Arezzo. S’il empare de la première début juin 1546, il ne peut déloger les espagnols d’Arezzo durant le siège qui l’oppose à ces derniers entre juillet et août 1546. Anne de Montmorency revient sur Florence, notamment pour permettre d’assurer le solde de ses troupes, ce qui suscite d’importantes tensions avec les mercenaires embauchés par le Conseil des Dix pour assurer la défense de la cité. La nouvelle des attaques contre la république de Venise et la menace potentielle contre le duché de Milan amène cependant Anne de Montmorency à remonter son armée vers le nord durant l’automne 1546.
Au printemps Charles IX mène une nouvelle campagne en direction de la Flandres, tirant notamment profit d’une révolte de Gand en avril 1546. Il assiège Lille à partir de mai 1546, mais ne parvient pas à s’en emparer alors que la cité est renforcée de renforts envoyés par Philippe de Lallaing. Au début juillet 1546, le roi de France lève le siège et redescend sur Denain qu’il s’empare avant de se tourner sur Cambrai. Il capture cette dernière en août, achevant de consolider sa position dans l’Artois avant de revenir à Paris à l’automne, devant solder son armée. Le roi de France charge aussi des navires la mission d’harceler les bateaux hollandais et flamands pour perturber les échanges maritimes et commerciaux, notamment vers le royaume de Norvège. Les navires française harcèlent notamment les pêcheurs de Dunkerque et les navires partant d’Anvers. Ces attaques forcent les cités portuaires des Pays-Bas à armer des navires de course pour se protéger et défendre leurs navires. Cela amène en novembre 1546 à une violente escarmouche entre navires français et flamands au large de Gravelines. L’arrivée de l’hiver amène la flotte française à hiverner.
Le roi de France doit aussi faire face à une importante incursion espagnole dans le royaume de Navarre à l’été 1546 dont la progression menace la Guyenne. Odet de Foix et Charles de Bourbon-Montpensier aident Henri II à repousser Alfonso de Ávalos  à l’automne 1546. Les navires français affrontent aussi une des flottilles visant à soutenir les Pays-Bas au large de l’île d’Ouessant en mai 1546, détruisant huit navires et faisant trois mille prisonniers.
Durant l’année 1546, Charles IX cherche à maintenir ses alliances, notamment avec Christian III de Danemark, et à chercher d’autres alliés. Une de ses cibles est le duc Guidobaldo II d’Urbino dont les relations avec Paul IV sont très tendues au point que le duc et son épouse Giulia Varano demeurent neutres dans le conflit. La capture de Pérouse permet le ralliement du duc. Le souverain français cherche à soutenir les cités et princes protestants qui reprennent les armes contre Charles Quint. Il obtient le soutien de l’Alliance des Trois Ligues qui envoie des forces pour renforcer Anne de Montmorency à l’automne 1546. Le souverain français déplore cependant le retrait des princes protestants du conflit après la signature du traité de paix de Passau en mars 1546.
Au début de l’année 1547, Anne de Montmorency rejoint le duché de Milan pour le renforcer et le protéger de nouvelles incursions des mercenaires suisses et allemands qui l’ont attaqué à l’automne précédent. Réorganisant ses forces et étant rejoint par un contingent de mercenaires grisons au printemps 1547, il décide d’attaquer le duché de Vérone pour aider ses alliés. Il assiège Brescia à partir d’avril 1547. Ses forces subissent à deux reprises des attaques de forces impériales cherchant à les déloger. Anne de Montmorency finit par s’emparer de la cité fin mai 1547. Il avance sur Vérone et s’apprête à l’assiéger lorsqu’il apprend le siège de Gênes par Alfonso de Ávalos  et Andrea Doria. Les français rebroussent chemin et cherchent à secourir Blaise de Monluc et Sampiero Corso qui protègent la cité. Mais quand Anne de Montmorency atteint Alexandrie, il apprend la chute de la cité. Il hésite à poursuivre au sud, mais les mercenaires grisons le poussent à agir. Rejoignant les environs de Gênes début août, il tente de la reprendre. Sa tentative est un échec, la cité étant désormais ravitaillée par la flotte d’Andrea Doria. Son armée se replie sur Alexandrie afin de préparer la défense du duché de Milan alors que les nouvelles du sud ne sont guère réjouissantes avec Florence de nouveau assiégée par les armées espagnole et papale. La capitulation de Florence à l’automne 1547 renforce l’isolement d’Anne de Montmorency et de ses forces.
En mai 1547, Gênes est attaquée par une force espagnole embarquée sur une flotte commandée par Andrea Doria. La garnison franco-génoise commandée par Blaise de Monluc et Sampiero Corso se défend avec férocité, mais doit aussi gérer les tensions grandissantes au sein de la cité, les communes supportant encore moins la présence française et voyant Andrea Doria comme un potentiel libérateur. Le 24 juin, le jour de la nativité de Saint Jean-Baptiste, les français et leurs alliés font face à une violente émeute qui sera connue comme la « Fronde de Jean-Baptiste ». Si les français parviennent à réprimer la révolte, ils se retrouvent affaiblis face à leurs adversaires, les amenant à se rendre au début de juillet 1547. Durant l’été 1547, les côtes méditerranéennes du royaume de France sont attaquées par une partie de la flotte d’Andrea Doria, amenant Charles IX à charger Philippe Chabot à la neutraliser. En septembre 1547, une bataille navale a lieu près des îles d’Hyères où les galères françaises détruisent une partie de la flotte s’attaquant aux côtes françaises.
Alors que sa position évolue beaucoup dans la péninsule italienne, Charles IX cherche à frapper de nouveau aux Pays-Bas alors que Philippe de Lallaing attaque Guillaume V de Clèves. Son armée remonte vers Dunkerque, s’emparant de Renty en avril 1547 et de Gravelines au début de mai 1547. Les français assiègent Dunkerque à partir de fin mai 1547, cherchant à imposer un blocus naval au port. En juillet 1547, la nouvelle de l’attaque de Philippe de Lallaing sur Tournai force Charles IX et ses commandants lever le siège du port et à rejoindre Tournai pour empêcher son adversaire de reprendre l’Artois ou de menacer la Champagne. Descendant au sud, Charles IX doit contourner Lille et cherche à stopper son adversaire. Si l’arrivée de son armée courant août empêche Tournai de tomber, il ne peut rattraper Philippe de Lallaing qui s’est replié sur Bruxelles. Le roi de France revient en Picardie, son armée épuisée par plusieurs mois de campagne. A la fin de l’année, il apprend le retrait de Guillaume V de Clèves du conflit, la perte de Gênes et la reddition de Florence, isolant ses forces en Italie alors que les avancées d’Anne de Montmorency dans la région sont annulées. Il voit aussi l’abandon de Nicolas II de Lorraine, ce dernier préférant négocier avec Ferdinand de Habsbourg après une attaque impériale sur ses terres au printemps 1547 malgré le succès de Claude de Guise à Lünstadt (1) contre les mercenaires germaniques en mai. Il ramène la force de Claude de Guise au début de l’automne 1547 dans l’intention de renforcer Anne de Montmorency.
Le début de l’année 1548 voit le duché de Milan attaqué au sud par Pierre Alvarez de Tolède et Alfonso de Ávalos , soutenu par Camille Colonna. L’armée hispano-papale reprend la plupart des cités du duché de Modène, mais Plaisance résiste au cours d’un siège qui dure la fin du printemps 1548. Poussé par les mercenaires grisons qui n’ont pas été payés depuis des mois, Anne de Montmorency cherche à stopper ses adversaires. En juin 1548, son armée affronte celle des espagnols et de leurs alliés à Codogno. Si l’artillerie française fait des ravages dans les rangs espagnols, les tercios de ces derniers stoppent les mercenaires grisons et participent à la désorganisation de leurs adversaires. Anne de Montmorency manque de se faire capturer dans la débandade de ses forces et est forcé de se replier sur Milan avant de battre en retraite vers Novare. Une partie des mercenaires grisons lui permet d’échapper aux forces espagnoles et papales en les retenant sur le Tessin début juillet 1548. Les français évacuent le Milanais durant l’été et reviennent difficilement en Provence.
Alors que sa position en Italie s’effondre, Charles IX doit faire face à une violente incursion de Philippe de Lallaing et d’une armée de mercenaires hollandais et allemands dans l’Artois. Il charge Claude de Guise et Henri de Chartres du commandement d’une armée destinée à repousser le comte de Hoogstraten, ce dernier ayant repris Douai et menaçant Arras. L’armée française rejoint Arras et cherche à atteindre l’armée adverse, mais cette dernière se réfugie à Lille. Cherchant à s’emparer de la cité, Claude de Guise et Henri de Chartres assiègent la cité entre juin et août 1548 sans succès. Il se tourne vers Armentières qu’ils s’en emparent fin août. Ils cherchent à s’emparer d’Ypres au début de l’automne 1548, mais doivent affronter l’armée de Philippe de Lallaing à la mi-septembre 1548. Grâce aux talents militaires de Claude de Guise, les français parviennent à repousser leurs adversaires, mais sont forcés à se replier sur Thérouanne.
A l’automne 1548, Charles IX est confronté à une situation mitigée et difficile : le conflit a contribué à créer des difficultés financières pour son royaume et ce dernier est isolé du fait de la perte de la majeure partie de ses alliés. Seuls Henri II de Navarre et Christian III de Danemark demeurent, le premier devant protéger ses territoires des attaques espagnoles avec l’aide des français et le second menant surtout une guerre économique contre Charles Quint. A ces contraintes grandissantes, la perte du duché de Milan au cours de l’été 1548 est un coup dur pour Charles IX, même si le contrôle de l’Artois peut servir de pièce d’échange. Le risque d’attaque sur la Provence et le renforcement du parti de la paix à la cour de France depuis le décès de François de Valois poussent enfin Charles IX à chercher à négocier avec Charles Quint et Paul IV. Les négociations débutent durant l’hiver 1548-1549 et se tiennent à Cambrai. Un traité de paix est finalement signé en mars 1549 : Charles IX doit reconnaître le retour des Médicis à Florence et l’installation de Pieri Luigi Farnèse à Sienne. Il doit aussi renoncer à Gênes et restituer Plaisance à Hercule II d’Este. La question du duché de Milan et de l’Artois est plus épineuse : les Médicis et Paul IV soutiennent le retour des Sforza à Milan alors que Charles Quint souhaite monnayer le duché contre le retour de l’Artois, ce qui suscite d’importantes tensions entre les différents représentants. Charles IX doit finalement renoncer au duché de Milan et conserve le territoire de l’Artois conquis durant les premières années du conflit tout en cédant Gravelines et Namur aux Habsbourg, ces derniers conservant de l'Artois Douai. De l’Italie, le roi de France ne conserve que le territoire de Sanremo. La signature du traité permet de mettre un terme à plusieurs années de conflit entre les deux plus puissants souverains de la Chrétienté, mais une relation plus tendue et incertaine existe désormais entre eux.

Durant la fin des années 1540, Charles IX doit gérer l’impact financier de la guerre contre Charles Quint alors que le royaume souffre de l’impact de l’inflation qui affecte le niveau de vie de ses sujets. Ainsi, le salaire des ouvriers parisiens baisse après 1546, contribuant à nourrir d’importantes tensions sociales. Les dépenses militaires contribuent à affecter lourdement le trésor royal et amoindrissent la prospérité du royaume. La mort de François de Valois au printemps 1547 influence beaucoup sa diplomatie et la motivation à poursuivre le conflit. Le coût financier de la guerre et la situation défavorable en Italie, ainsi que la perte de plusieurs alliés obligent le roi de France à négocier avec ses adversaires. Le retour de la paix avec le traité de Parme permet à Charles IX de se concentrer de nouveau sur les affaires du royaume, notamment sur la restauration de ses finances alors que la guerre a été très coûteuse. Après la signature de la paix de Cambrai, il entreprend de renforcer l’unification des finances royales. La fin du conflit permet une réouverture du commerce vers les différents voisins du royaume, notamment le royaume d’Angleterre et les territoires italiens. Les relations commerciales avec le royaume d’Espagne et les Pays-Bas reprennent aussi, mais plus difficilement du fait des ravages subies par les régions frontalières durant la guerre. La perte de Gênes et les relations tendues avec Andrea Doria amène le roi de France à chercher des alternatives pour trouver des financements et retrouver la prospérité. Si la perte du duché de Milan est mal ressentie par le souverain, la conservation de la partie de l’Artois conquise en 1545-1546 lui permet de restaurer en partie les limites septentrionales du domaine royal du temps précédant les troubles du siècle précédant. La guerre contre Charles Quint et sa conclusion amène aussi Charles IX à repenser l’organisation militaire de son armée pour pouvoir faire face à ses adversaires. Cela l’amène notamment à soutenir la construction de hauts fourneaux qui commencent à apparaître dans son royaume. Sa lignée se renforce encore au cours de la période avec la naissance de François en avril 1545 et de Sigismond en décembre 1548. Le roi de France est cependant endeuillé avec le décès de Louis au début de l’année 1549.
Durant cette période, l’Église catholique se réaffirme en France grâce à la diffusion des idées et décisions du concile de Mantoue. Cela n’empêche pas les réformés de s’organiser, d’autant plus alors que la papauté est entré en guerre contre Charles IX, offrant à ces derniers de nouveaux arguments pour dénoncer le pouvoir du pape et ses dérives. A ces nouveaux discours s’ajoute la diffusion de ceux de Jean Calvin qui se développent au sein de la société française. La diffusion des idées calvinistes est davantage mal perçue par Charles IX qui y perçoit davantage une menace comparé aux idées de Luther ou de Zwingli, ces derniers étant morts et leurs discours considérés comme étrangers et pas aussi radicaux que ceux de Calvin. Face à la diffusion de ces différentes idées et à la réorganisation des mouvements réformés ou de l’émergence de nouveaux, les parlements et la faculté de théologie de Paris agissent avec la plus grande fermeté, établissant des condamnations contre ces mouvements et même au-delà, les Vaudois étant condamnés à l’époque comme hérésies par le Parlement d’Aix en 1546. Charles IX entreprend de renforcer la politique royale dans le champ religieux pour développer une réponse à l’échelle du royaume et trouver des solutions au problème, privilégiant la négociation et l’amnistie envers les repentants durant la période alors qu’il est allié avec des princes luthériens dans sa lutte contre Charles Quint. Le conflit contre Charles Quint et Paul IV amène Charles IX à défendre les positions d’une église gallicane en riposte à l’alliance du pape avec l’empereur. Le roi de France renonce à ces positions après le traité de Cambrai, même s’il a affermi une position plus autonome pour l’Église de France au cours de ces années.
Le roi s’appuie beaucoup sur les Bourbons, mais doit tenir compte de l’influence de François de Valois, ce dernier soutenant la guerre contre Charles Quint avec l’aide du cardinal de Tournon. Charles IX tient compte de cette influence en chargeant notamment François IV de mener la surveillance maritime des côtes du royaume dans la Manche, mais aussi en chargeant Henri de Chartres, le second fils de François de Valois, de contrer l’armée de Philippe de Lallaing en 1548. La mort de François de Valois bouleverse les rapports de force au sein de la cour en affaiblissant le clan Valois-Angoulême et en donnant à François IV de Bretagne d’autres terres qui affermissent sa position dans le royaume, ce qui renforce les rivalités avec d’autres seigneurs, notamment les Bourbons. Le renforcement de la position de François IV contribue aussi à rendre Charles IX vigilant envers son cousin du fait de sa puissance, de sa prospérité et de ses liens avec le royaume d’Angleterre. Les deux hommes ont cependant en commun la volonté de maintenir la primauté de l’Église catholique au sein du royaume, même si Charles IX cherche à développer une conciliation des réformés alors que François IV est dans une approche plus rigoriste, notamment du fait de son épouse Marie.
Sur le plan diplomatique, la situation évolue quelque peu à partir de 1549. Si Charles IX est en conflit ouvert avec Charles Quint, le traité de Cambrai lui permet de reprendre avec ce dernier des relations plus posées, même si elles demeurent neutres et tendues, notamment à cause du comté d’Artois désormais sous l’égide de la couronne française. Le roi de France a des relations houleuses avec Éléonore de Habsbourg du fait des ravages que la guerre a provoqué dans les Pays-Bas, même si la reprise des échanges économiques permet d’atténuer les tensions. La fin de la régence anglaise permet à Charles IX de tisser des liens avec Henri IX, rencontrant ce dernier à Boulogne à l’été 1549. Ses relations avec le royaume d’Écosse sont à renouveler suite au décès de Jacques V alors que l’influence du parti anglais dans l’entourage de Jacques VI contribue à affecter l’influence française. Il entretien des relations compliquées avec les souverains scandinaves : Jean II est proche de Charles Quint tandis que Gustave I et Christian III sont des souverains luthériens. Les relations de Charles IX avec le royaume de Pologne sont plutôt cordiales malgré la neutralité de Sigismond I dans le conflit qui oppose le roi de France à Charles Quint. Après la mort de Sigismond I et la succession de Sigismond II, Charles IX entreprend de tisser d’importantes relations avec ce dernier. Le roi de France se tourne enfin vers la dynastie Saadienne du Maroc et les soutient pour contrer l’influence ibérique en Afrique du Nord.

Durant les deux premières années du conflit, François de Valois joue un rôle crucial auprès de Charles IX, notamment dans l’importance de préserver le duché de Milan et l’amenant à envoyer son fils Henri de Chartres combattre en Italie. Mais le duc d’Angoulême souffre de plus en plus de la maladie, le rendant moins disponible et présent à la cour, l’amenant même à se retirer à l’automne 1546 sur les terres de Cognac. Au printemps 1547, sa fistule se transforme en septicémie et est aggravée par une insuffisance rénale. Ces complications le font trépasser en avril 1547, laissant à son fils François les duchés de Valois et d’Angoulême, ainsi que la tête de la maison de Valois-Angoulême. Sa mort fragilise aussi le camp belliciste au sein de la cour de France.

François IV de Bretagne gère son duché durant la période mais contribue aussi à la campagne militaire de Charles IX dans l’Artois en 1545. Il joue cependant un rôle important sur le plan maritime, ayant soutenu les efforts navals pour perturber les mouvements maritimes des espagnols ou soutenant les navires de course contre les galions revenant du Nouveau Monde. Le duc continue enfin de soutenir les colonies du Nouveau Monde, permettant tout particulièrement à Saint-Jean de prospérer. Son duché continue de prospérer malgré le contexte d’inflation et de difficultés qui commencent à frapper le royaume. La prospérité et l’attrait du duché du fait de l’épanouissement des arts et des lettres contribuent à susciter des jalousies au sein de la cour et même de Charles IX. La mort de son père au printemps 1547 en fait une des figures les plus importantes du royaume, notamment en héritant du duché d’Angoulême et de Valois. Le décès de son père fait place à un certain vide qui complique sa position auprès du roi alors qu’il entre davantage en concurrence avec le clan Bourbon et que sa puissance rend Charles IX quelque peu méfiant. Le duc renforce aussi ses liens avec le royaume d’Angleterre alors que le roi Henri IX devient majeur.

Durant cette période, les colonies françaises du Nouveau Monde continuent de se développer malgré le conflit et moins d’échanges avec le royaume. Pour continuer de se développer en dépit de ces contraintes. Fort Sainte-Croix et Fort Charlesbourg se développent au travers d’un renforcement de leurs relations avec les populations autochtones. Fort Sainte-Croix renforce ainsi ses liens avec Stadaconé et Hochelaga, devenant l’allié économique et militaire des Iroquoiens sur le Saint-Laurent et renforçant leur influence et présence dans la région. Ce renforcement de Fort Sainte-Croix ne se fait pas sans heurts, les Français se retrouvant durant la période en conflit avec les Mohawks du fait de leur rivalité avec les Iroquoiens de Stadaconé. Le renforcement de l’influence de Fort Sainte-Croix permet à Hochelaga et Stadaconé de se rapprocher pour prospérer et renforcer leur position, notamment face aux Hurons et aux Mohawks. Quant à Fort Charlesbourg, ses liens importants avec les différentes tribus des Leni Lenape lui permettent de se renforcer dans la région, notamment en explorant davantage le Saint-Jean vers le nord, faisant un premier contact en 1547 avec des Mahicans (2). En 1548, Fort Charlesbourg compte près de six cent personnes et est la colonie française la plus importante du Nouveau Monde. Son développement suscite cependant des tensions avec certaines des tribus locales, tout particulièrement après l’affaiblissement des Hackensacks et des Raritans suite aux épidémies des années 1530 et 1540. Fort Charlesbourg est aussi une base pour les navires de course attaquant les galions espagnols et les colonies dans la mer des Caraïbes, amenant à une attaque espagnole sur la colonie à l’été 1548, finalement repoussée bien qu’ayant provoqué de nombreux dégâts et pertes humaines.
Des quatre colonies, Fort Valois connaît le plus de difficultés pour se développer du fait de son installation récente. Les conditions climatiques et les problèmes de ressources contribuent à décimer une partie de la colonie. Seuls les contacts avec les Elnou (3) permettent aux Français de survivre et même de développer le commerce des fourrures. Les échanges et la collaboration des colonies avec les autochtones leur permettent de faire face aux contraintes locales, mais aussi de tisser d’autres liens avec les autochtones. Ces relations ne sont pas dénuées de tensions, tout particulièrement avec des tribus rivales de celles avec lesquelles elles commercent ou du fait des ravages provoquées par des épidémies qui fragilisent les populations autochtones. En plus de renforcer leurs relations avec les populations autochtones, les trois colonies renforcent leurs relations entre elles durant la période.
La fin de la guerre permet à Charles IX de porter de nouveau son attention sur le Nouveau Monde et d’en faire une de ses priorités. Le roi de France est déterminé à contrer l’influence espagnole dans les Amériques et compte renforcer les colonies préexistantes et à étendre l’influence française dans les régions concernées par ces colonies. Le souverain français escompte aussi soutenir d’autres expéditions destinés à trouver ou à développer des voies commerciales en direction de l’Asie.

(1) Ancien nom de Lunéville.
(2) Peuple amérindien situé dans la partie septentrional du fleuve Hudson/Saint-Jean et au nord des territoires habités par les peuples Lenape et Massachusetts.
(3) Autre nom des Micmacs.


Dernière édition par Yodarc le Dim 18 Déc - 15:31, édité 1 fois
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Message par Flosgon78 Ven 16 Déc - 9:52

Excellent récit ! Je souhaitais souligner l'importance de la ville de Douai à l'époque dans le commerce notamment, il est certain que la cité des géants eut été un objectif à l'époque
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Message par Yodarc Ven 16 Déc - 9:58

Flosgon78 a écrit:Excellent récit ! Je souhaitais souligner l'importance de la ville de Douai à l'époque dans le commerce notamment, il est certain que la cité des géants eut été un objectif à l'époque

Merci pour cette information très intéressante sur Douai.
Il se pourrait que je l'intègre de manière indirecte dans la partie sur les Habsbourg (sans compter un potentiel ajout dans cette partie déjà publiée pour assurer une certaine cohérence).

Merci aussi pour ce commentaire. 😀
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Message par Flosgon78 Ven 16 Déc - 16:55

Yodarc a écrit:
Flosgon78 a écrit:Excellent récit ! Je souhaitais souligner l'importance de la ville de Douai à l'époque dans le commerce notamment, il est certain que la cité des géants eut été un objectif à l'époque

Merci pour cette information très intéressante sur Douai.
Il se pourrait que je l'intègre de manière indirecte dans la partie sur les Habsbourg (sans compter un potentiel ajout dans cette partie déjà publiée pour assurer une certaine cohérence).

Merci aussi pour ce commentaire. 😀
Avec plaisir !
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Message par Yodarc Dim 18 Déc - 15:33

Comme promis, j'ai intégré quelques mentions à Douai dans le dernier texte publié.
Les mentions équivalentes à la cité seront ajoutés à la partie ultérieures décrivant la période correspondante du point de vue des Habsbourg.
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Message par Flosgon78 Dim 18 Déc - 21:26

[quote="Yodarc"]Comme promis, j'ai intégré quelques mentions à Douai dans le dernier texte publié.
Les mentions équivalentes à la cité seront ajoutés à la partie ultérieures décrivant la période correspondante du point de vue des Habsbourg.[/quote]
Merci beaucoup ! Tu rends fier le douaisien que je suis et vraiment je t'invite à te renseigner dans le cadre d'une étude sur la Flandre sur cette ville qui est d'une importance capitale à l'époque moderne, c'est la porte du comté.
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Message par Yodarc Sam 24 Déc - 9:56

Bonjour à tous !
Aujourd'hui, "petit intermède" du côté des îles britanniques, histoire de voir ce qui se passe du côté anglais et écossais alors qu'on se bat sur le continent. Un paysage politique et dynastique désormais bien distinct de celui historique, même si quelques tendances inhérentes à ces deux royaumes continuent de se perpétuer.
J'espère que cette partie saura vous plaire en attendant de voir les perspectives italiennes et habsbourgeoises du conflit avec Charles IX.
Bonne lecture !

1545-1549 : Bouleversements dans les îles britanniques
La fin des années 1540 voit le royaume d’Angleterre achever une régence pleine de rivalités alors que le royaume d’Écosse se voit frappé de troubles.

Les années 1545-1547 voient les dernières années d’une régence compliquée, même si plusieurs des problèmes et des divisions qui ont marqué cette dernière ont pu s’estomper. Thomas Howard continue de mener la régence au nom d’Henri IX, n’étant plus entravé par sa rivalité notoire avec Anne Boleyn. Si l’opposition de la reine douairière est moindre du fait de la retraite forcée de cette dernière, le lord protecteur doit cependant gérer celle croissante de seigneurs anglais opposés au clan Howard et Boleyn, comme les Seymour. Ces derniers orbitent autour d’autres figures éminentes de la cour, comme l’évêque de York, Reginald Pole, et sa famille. Anne Boleyn est toujours soutenue par John Dudley, ce dernier cherchant notamment à persuader la reine douairière à faire marier le jeune roi à sa fille Marie. La reine douairière est aussi soutenue de manière tacite par son frère George, même si ses nouvelles responsabilités l’amènent à prendre quelques distances vis-à-vis de sa sœur. La querelle religieuse persiste, même si le parti conservateur catholique domine avec le duc de Norfolk et Stephen Gardiner. La branche réformiste, soutenue par la reine douairière et Thomas Cranmer, est en retrait tandis que les réformés luthériens et autres demeurent dans la clandestinité et la discrétion, s’adaptant aux nouvelles circonstances et développant à l’instar de leurs coreligionnaires sur le continent de nouveaux discours théologiques et politiques pour faire prospérer leurs idées, tirant notamment profit de l’implication du pape dans le conflit entre Charles IX et Charles Quint.
Sur le plan diplomatique, la régence est témoin du conflit opposant Charles IX et Charles Quint. Si Anne Boleyn soutient l’alliance avec Charles IX, Thomas Howard préfère demeurer neutre dans le conflit, s’assurant de recevoir la pension annuelle fournie par la couronne française (1). Cette neutralité est source de tensions et de conflits au sein de la cour, les alliés de la reine douairière cherchant à renouveler l’alliance avec le royaume de France alors que les représentants de Charles Quint, notamment soutenu par Reginald Pole, veulent influencer la régence anglaise en faveur d’une alliance avec l’empereur. En parallèle de cette question houleuse, la régence anglaise continue d’entretenir de bonnes relations avec Jacques V d’Écosse et développe ses relations avec Jean II de Norvège.
A l’été 1547, la régence s’achève avec l’entrée en majorité d’Henri IX. Le jeune roi continue de s’appuyer sur Thomas Howard qui le convainc de nommer Stephen Gardiner comme chancelier. Ce choix amène à une orientation politique très poussée dans la lutte contre les mouvements prétendus réformés ou que certains en Angleterre. Ce soutien provoque la perte d’influence de Thomas Cranmer, l’archevêque de Canterbury et ancien chancelier du temps de la régence. Le jeune roi poursuit aussi les politiques mises en place par la régence durant ses jeunes années. Il fait ainsi voté An Acte for certaine Ordinaunces in the Kinges Majesties Domynion and Principalitie of Wales au printemps 1548, confirmant l’intégration juridique du Pays de Galles dans le royaume et concrétisant un processus qui a été retardé par le décès de son père et la régence, notamment du fait de divisions au sein du conseil de régence. Le jeune roi permet cependant le retour de sa mère à la cour dès l’automne 1547, ce qui relance les rivalités intestines dans la cour anglaise entre la reine douairière et son oncle. Le jeune souverain créé durant la période le titre de duc de Somerset pour son oncle Georges Boleyn et de comte de Warwick à John Dudley, ce dernier renforçant sa présence dans l’entourage royal grâce à ses relations avec la reine douairière.
Face à la politique royale promouvant les décisions du concile de Mantoue et pourchassant tout défenseur des idées luthériennes et autres prétendues réformés, les penseurs et prédicateurs protestants préfèrent ou demeurer clandestins ou choisir l’exil vers les royaumes scandinaves.
S’il continue de mener une politique de neutralité, Henri IX anglais est cependant poussée par sa mère à renouveler l’alliance avec le royaume de France, même si Thomas Howard et une partie du conseil privé soulignent les difficultés économiques résultant des affrontements au niveau des Pays-Bas, empêchant le commerce entre les territoires Habsbourg et le royaume d’Angleterre. La fin de la guerre entre Charles IX et Charles Quint permet cependant au roi anglais de tisser d’importants liens avec ses voisins. Il rencontre Charles IX à Boulogne à l’été 1549, permettant aux deux souverains de faire connaissance pour la première fois et d’établir des relations. Les deux souverains conviennent de maintenir la pension annuelle et de renforcer leurs échanges commerciaux. Le jeune roi anglais rencontre aussi sur les années 1547-1548 des représentants des royaumes voisins, notamment de Charles Quint et de Jacques V. La relation avec le roi d’Écosse est cordiale mais vigilante. La mort de ce dernier et la mise en place d’une régence au nom du jeune Jacques VI modifie la nature des relations entre les deux royaumes britanniques, le régent d’Écosse cherchant à développer des relations importantes avec Henri IX. Ce dernier, conseillé par Thomas Howard et Stephen Gardiner, travaille à renforcer les liens avec le royaume septentrional, notamment au travers de la question d’une union matrimoniale entre sa sœur et Jacques VI. Grâce aux conseils des représentants de l’ancien conseil de régence, Henri IX développe aussi ses relations avec les royaumes scandinaves. En plus des relations diplomatiques, Henri IX doit gérer les difficultés économiques qui frappent son royaume et dont les difficultés des échanges économiques résultant de la guerre entre Charles Quint et Charles IX ont contribué à accentuer. La fin de la guerre permet certes de restaurer les échanges commerciaux à leur pleine capacité, mais les tensions au sein du royaume continuent d’exister et de se renforcer, une partie de la population considérant d’un mauvais œil le duc de Norfolk et attendant du jeune roi qu’il résolve les problèmes.
En plus de la question des alliances, le contexte diplomatique a un autre impact dans les rivalités au sein de l’entourage du roi au travers de la question matrimoniale. Étant l’unique représentant mâle de la lignée directe des Tudors, Henri IX se retrouve dans l’obligation de se marier pour pérenniser sa dynastie. Anne Boleyn défend un mariage français pour renouer avec l’alliance française, soutenu par l’ambassadeur du roi de France. D’autres membres de la cour cherchent marier le jeune roi à une jeune noble du royaume. Parmi ces derniers figurent John Dudley qui cherche à faire marier sa fille Marie. Une minorité défend une alliance matrimoniale avec les Habsbourg ou un des royaumes voisins. Thomas Howard penche pour une union matrimoniale anglaise pour garder son influence sur le roi, notamment avec sa petite-fille Jane. Sur les années 1547-1548, la querelle matrimoniale est la plus vivace entre Anne Boleyn et le duc de Norfolk. Le duc parvient à s’imposer sur la question matrimoniale, aboutissant au mariage de Jane Howard avec Henri IX au printemps 1549.
Durant la fin des années 1540, Edouard Bellingham entreprend de pacifier l’Irlande des troubles résultant des rivalités entre clans. Avec la majorité d’Henri IX, le lord-lieutenant se voit confirmer dans cette mission et renforce l’influence anglaise sur l’île d’émeraude, mettant au pas les différents clans, notamment celui des O’Connor. Il décède cependant de mauvaise santé au cours de l’année 1549. Pour le remplacer, Henri IX désigne Thomas Radclyffe, baron de Sussex et neveu de Thomas Howard. La même année, Henri IX reçoit Conn O’Neill, roi de Tír Eoghain (2). Ce dernier demande l’arbitrage du jeune souverain pour confirmer son fils aîné, Feardorcha, en tant qu’héritier du clan alors qu’un conflit l’oppose à son jeune fils légitime, Shane (3). Henri IX acquiesce à la requête du seigneur irlandais, renforçant ses liens avec un des clans les plus puissants de l’île, mais contribuant aussi à nourrir l’hostilité des autres clans irlandais qui perçoivent le renforcement des ingérences anglaises sur l’île, notamment sur le plan juridique alors que les lois de succession sont déterminées par la tanistrie et les lois des Brehons (4), lois traditionnelles irlandais.

Le royaume d’Écosse connaît une situation particulière durant les années 1545-1549. Jacques V continue de renforcer l’autorité royale. Il continue aussi de rénover les châteaux et palais qu’il visite et occupe. S’il a l’hostilité d’une partie des seigneurs écossais, il renforce le soutien de la population à son égard, notamment en continuant de rencontrer ses sujets en tant que fermier de Ballengeich. Le roi écossais renforce enfin sa politique religieuse pour neutraliser toute diffusion des idées de Luther.
Le souverain écossais est cependant confronté à de nombreux troubles dans le royaume. Les tensions entre le souverain écossais et son épouse persistent sur la question religieuse : Jacques V continue d’appliquer une politique sévère et répressive envers les idées de Luther, alors que Renée de France continue de faire preuve de sympathie pour les idées jugées prétendues réformées, même si elle a pris l’approche de la devotio moderna.
Sur le plan diplomatique, Jacques V maintient de bonnes relations avec Charles IX de France, même s’il reste en retrait dans les conflits qui frappent la Chrétienté sur la fin des années 1540. Il développe des liens avec Henri IX afin de conserver de bonnes relations avec le royaume d’Angleterre, même s’il cherche à tirer profit de la jeunesse du roi anglais pour se démarquer. Il développe et renforce ses relations avec Jean II de Norvège, notamment au travers du commerce avec le royaume norvégien. Du fait de sa détermination à combattre la diffusion des idées de Luther et des autres prédicateurs protestants dans son royaume permet à Jacques V d’avoir d’importants et précieux liens avec le Saint-Siège.
Ces tensions sont cependant moindres comparé à celles qui se renforcent entre les seigneurs écossais et lui. Le souverain est notamment confronté à l’insoumission de John de Moidart, l’allié des MacDonald, lorsque ce dernier refuse de se présenter devant le parlement. Jacques V charge des seigneurs écossais de capturer le seigneur condamné comme rebelle à la couronne. Il en résulte sur la période 1545-1546 une série de heurts et d’incidents entre les Macdonald et leurs alliés face aux hommes du roi et de ses alliés, les Macdonald protégeant John de Moidart et refusant l’ingérence royale dans les conflits de clan. Ces troubles contribuent à renforcer l’hostilité d’une partie des seigneurs écossais contre Jacques V dont le règne paraît désormais tyrannique. Les troubles s’achèvent avec la capture de John Moidart à l’automne 1546. L’homme est jugé et condamné comme traître à la couronne pour être exécuté en décembre 1546. La résolution de la bataille des chemises ne résolve cependant pas les tensions croissantes au sein des clans écossais, notamment dans les Highlands. Une partie des clans écossais, notamment ceux de Macdonald et de leurs alliés, n’apprécient pas l’ingérence royale qu’ils jugent tyrannique. L’exécution de John Moidart renforce leur hostilité envers Jacques V et nourrit les rivalités claniques, notamment les Gordon et les Forbes. Sur les années 1547-1548, une série d’incidents et de troubles affectent le nord du royaume, forçant Jacques V à y intervenir pour résoudre les conflits. Durant une de ses interventions pour mettre un terme aux conflits dans les Highlands, Jacques V est blessé dans un affrontement au sud du village de Tarradale (5). Le roi est convalescent pendant plusieurs jours et finit par trépasser de la fièvre qui le ronge en juillet 1548.
La mort de Jacques V de ses blessures amène l’avènement de son fils, Jacques VI. Ce dernier étant âgé de seulement dix ans, une régence se met en place. Renée de France en prend la tête et s’appuie sur le conseil royal de son époux, notamment David Beaton. Elle doit cependant faire face à de nombreux défis. Ses convictions religieuses suscitent l’opposition d’une partie de la cour, notamment de la part du cardinal écossais. A ces oppositions et divisions au sein de la cour s’ajoute le retour d’Archibald Douglas et de ses proches début septembre 1548, ces derniers étant déterminés à s’imposer de nouveau à la cour écossaise et à jouer un rôle de premier rang dans la régence de Jacques VI. Les Douglas reçoivent le soutien de certains des clans qui s’étaient opposés à Jacques V, mais aussi de James Hamilton, comte d’Arran : ce dernier revendiquant la position de régent. Renée cherche à défendre sa position, notamment en envoyant un message à son demi-frère Charles IX. Durant l’automne 1548, Renée cherche à protéger sa position face aux Douglas et à James Hamilton, se réconciliant notamment avec David Beaton. Mais la régente doit faire face à une fronde grandissante du parlement d’Écosse qui préfèrerait accorder la régence à un proche parent mâle du jeune souverain plutôt que de revoir la situation conflictuelle qui avait opposé Margaret Tudor à Albany. Sous la pression, Renée doit renoncer à la position de régente en novembre 1548. James Hamilton est nommé régent au cours du mois du fait de sa situation d’héritier masculin le plus proche dans la ligne de succession après Jacques VI, l’arrivée de Matthew Stewart début décembre 1548 contribue à compliquer la situation. Ce dernier, comte de Lennox, revient de France suite au message de David Beaton et à la demande de Charles IX. Son arrivée avec une petite flottille à Édimbourg contribue à modifier quelque peu les rapports de force, notamment en consolidant davantage le parti français. Matthew Stewart et ses alliés contestent la désignation de James Hamilton à la position de régent du royaume en affirmant que ce dernier est illégitime du fait que son père ait échoué à annuler son premier mariage avant d’épouser la mère du comte d’Arran.
Pour contrer les exigences de son rival, James Hamilton place la reine douairière et ses enfants au château de Linlithgrow en février 1549. Il entreprend aussi de développer des relations avec Henri IX d’Angleterre pour renforcer les liens avec le royaume d’Angleterre, notamment en vue d’un potentiel projet matrimonial entre Jacques VI et Élisabeth Tudor. Mais en avril 1549, Matthew Stewart et David Beaton mobilise une force armée pour tenter de libérer la reine douairière et ses enfants. Début mai 1549, les deux hommes et leurs forces tentent d’investir le château, mais échouent dans leur entreprise. Ils finissent par négocier avec James Hamilton, ce qui aboutit à la dissolution des forces de Matthew Stewart en échange du transfert de la famille de Jacques VI à Stirling et du consentement de James Hamilton à gouverner avec un conseil de régence. Jacques VI et ses proches rejoignent en juin 1549 le château de Stirling, accompagné par le comte de Lennox.
Le conseil de régence qui se met en place à l’été 1549 décide de renouer avec le royaume de France tout en tentant de maintenir de bonnes relations avec le royaume d’Angleterre. James Hamilton cherche notamment à reprendre les négociations avec Henri IX, même si Renée de France et certains membres du conseil de régence y sont opposés. La question matrimoniale est un contentieux au sein du conseil de régence, Matthew Stewart et Renée de France défendant un mariage française contre le projet de mariage anglais défendu par James Hamilton, alors que certains membres de la cour soutiennent un mariage entre Jacques VI et la princesse Éléonore de Norvège. Le conseil de régence cherche enfin à préparer le jeune souverain à ses responsabilités, même si d’importantes rivalités et luttes d’influence opposent le parti français au parti anglais.

(1) Depuis le traité de Picquigny de 1475, puis de nouveau avec le traité de 1514, la couronne française verse une pension annuelle de plus de 60 000 livres tournois à la couronne anglaise pour maintenir la paix entre les deux royaumes.
(2) Nom irlandais du Tyrone dans l'Ulster.
(3) En 1542, le fils légitime aîné de Conn O'Neill, Phelim Caoch O'Neill, est tué par McDonnell Gallwoglagh à cause d'une ancienne querelle opposant Conn O'Neill à Gillespic MacDonnell. Suite à ce décès, l'héritier de Conn O'Neill devrait être Shane en tant que second fils légitime de ce dernier alors que Feardorcha (nom anglais : Matthew) est le fils aîné de Conn O'Neill du fait d'une relation avant-mariage avec Alison Kelly.
(4) Les lois des Brehons sont les lois traditionnelles celtiques d'Irlande des débuts du Moyen Age, espèce de code civil s'intéressant à la compensation du mal fait et au règlement de la propriété, aux héritages et aux contrats ; le concept de la punition du crime, administrée par l'État étant étranger aux premiers législateurs de l'Irlande. Si le droit canonique s'est par la suite imposé en Irlande, certaines des pratiques héritées des Lois des Brehons, comme la succession par tanistrie, sont maintenus en parallèle des lois juridiques influencées par le droit canon.
(5) Ancien nom de Muir of Ord.
Yodarc
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