Fate / Dragonborn

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Message par Anaxagore le Jeu 13 Juin - 17:49

---Âtrefeu, 11e jour, 4E 201---

La victoire est l'illusion des sots et le débat des philosophes.
Qu'avait "gagné" la châtellerie de Blancherive ?
Rin marchait dans les ruines de Sombrelande, quelques pas derrière Artoria. Le Roi des Chevaliers regardait calmement les Sombrages aux mains liées que les gardes rassemblaient. Les prisonniers formaient une longue colonne qui allait bientôt se mettre en route vers la capitale.
Sombrelande avait été une petite ville sans grande importance. Sa seule célébrité lui venait des biographies de la reine Barenziah. En effet, cette reine elfe noire y avait vécu de cinq à seize ans.
Puis, les Sombrages avaient déferlé.
Il s'agissait d'une attaque secondaire pour sécuriser le flanc de l'armée qui assiégeait Blancherive. Rin regarda les deux catapultes abandonnées à l'extérieur des maisons, les casques, les épées brisées, les boucliers au sol. Puis son regard dériva vers fort Mauriart, relativement épargné. Seule une de ses tours, éventrée, dominait les débris de ses créneaux jetés bas.
Les Sombrages avaient été victorieux. Grâce à une tour de siège - qui se dressait encore près des remparts- les assiégeants avaient réussis à s'emparer du chemin de ronde puis à prendre à revers les défenseurs qui combattaient autour d'une brèche ouverte dans les remparts par l'action des catapultes.
Toutefois, les vainqueurs de la bataille venaient à peine de s'installer à Fort Mauriart que la nouvelle de leur défaite devant Blancherive leur parvint. Que se passa-t-il ensuite dans la tête du chef sombrage ?
Les ruines de Sombrelande fumaient encore. Il n'en restait plus que des amoncèlements de décombres calcinés, squelettes consumés des masures de bois et de chaume qui s'étaient élevées là. Les Sombrages avaient passé les habitants au fil de l'épée puis incendié leurs domiciles. Un groupe de légionnaires fouillait les décombres. Les corps carbonisés qu'ils retrouvaient se voyaient conduis à une fosse commune creusée près d'un verger. Ils y rejoignaient les dépouilles des combattants deux camps tombés lors de la chute de la ville, puis sa reconquête. Sous une bannière portant le symbole d'Arkay, une prêtresse en robe bleue offrait leur dernier rite aux victimes de la folie humaine.
Une vengeance aussi abjecte qu'inutile faisait bouillir le sang de la jeune Japonaise. Pourquoi ? Qu'avaient fait ces gens pour mériter un tel châtiment ?
- Rin, je comprends ta colère.
La magus tourna la tête vers le Roi des Chevaliers. Artoria avait cette expression à la fois douce et élégante qui lui était caractéristique. Dans ses yeux semblables à des joyaux, elle lut une expression indéfinissable, peut-être un mélange de détermination, d'acceptation mais aussi de... regret.
- Il n'y a pas de bonne guerre. Tout conflit est déjà un constat d'échec.
Tohsaka secoua la tête, cherchant à chasser le sentiment d'impuissance qui l'étouffait.
- Tu as déjà vécu ça ?
Artotia hocha simplement la tête, son regard se portant vers le lointain.
- L'invasion de la Bretagne m'a montré pire encore. Le destin des Bretons n'avait rien de clément. Certains étaient capturés et massacrés par les Saxons ; d'autres, l'esprit ravagé par la faim, se donnaient aux ennemis pour rester à jamais leurs esclaves ; d'autres enfin ont embarqué pour les terres d'outre-mer.
- Que peut-on faire ?
- Une guerre ne s'achève que par la défaite de l'un des camps qui l'a provoqué. Je ne crois pas aux compromis péniblement négociés qui ne satisfont ni les uns, ni les autres. Les mauvaises paix sont le levain des guerres. Elles laissent les blessures à vif. Non, il faut que l'Empire réunifie Bordeciel en infligeant une défaite incontestable aux rebelles. Ensuite, les troupes devront se conduire non en occupant, mais bien en restaurateur de la loi et l'ordre. Lorsque les gens pourront voyager entre les villes sans craindre les brigands, que les fermes isolées ne brûleront plus, alors il y aura la paix. Cette dernière n'existe que lorsque tous sont traités avec justice, les vainqueurs comme les vaincus.
Le Roi des Chevaliers connaissait son sujet. Elle avait transformé la Bretagne de son enfance, ravagée par la guerre et la famine, en un pays sûr. Un chroniqueur de son temps disait d'ailleurs, qu'au royaume d'Arthur, " une jeune fille transportant tout son bien pouvait cheminer seule par toute la contrée sans craindre aucun tort". Toutefois, Artoria ne continua pas plus avant. Un homme en armure impérial s'avançait vers elle.
- Centurion Silvo, quelle est la situation ?
L'homme salua, frappant du poing sur le cœur.
- Thane Artoria, nous pourrons commencer les travaux de réparation du fort dès que les dernières victimes seront enterrées.
- Très bien, je retourne à Fort-Dragon rendre mon rapport au légat Cipius. Je vous laisse le commandement de la place.
- À vos ordres.
Le chevalier se retourna vers le jeune homme blond, en armure rouge, qui la suivait comme une ombre.
- Sire Gawain, lorsque nous serons à Blancherive, allez acheter des vivres.
- Nous partons en voyage, mon roi ?
- Il est temps de rendre visite aux Grises-barbes.

---Âtrefeu, 13e jour, 4E 201---

Rin dormait et rêvait. Toutefois, aux limites de ses perceptions... elle sentait que quelque chose venait de changer. Ce qui faisait son confort et sa sécurité venait de disparaître. Bien qu'encore endormie, sa main fouilla les draps parcourant la place abandonnée, encore tiède.
- Artoria ?
- Lève-toi, Rin.
-... fais frisquet.
La Japonaise se pelotonna, serrant contre elle l'oreiller d'Artoria. Ses yeux papillonnèrent, s'ouvrant pour regarder le plafond de lattes grossières et l'épais tronc à peine équarris qui servait de poutre maîtresse. Dans la froidure du matin, elle se déplia, s'assit, sans lâcher l'épaisse couverture, avant de se frotter les paupières de sa main libre.
La pièce baignait dans une pénombre rougeoyante. La lumière venait uniquement d'une lanterne posée sur une table circulaire. Il s'agissait du seul meuble de la pièce à part les deux chaises qui l'encadraient, le lit double occupé par Rin et une armoire rustique.
À genoux sur le sol, Artoria se lavait les cheveux au-dessus d'un grand bassin de métal peu profond. Dans sa position un peu surélevée, Rin pouvait voir sa nuque, ainsi que le flot doré de sa chevelure qu'elle s'occupait à rincer. À chaque mouvement, les muscles de son dos roulaient sous la soie de peau. Bien que menue et d'aspect délicat, la petite femme avait une beauté rare. Elle ressemblait à une de ces caryatides que Praxilète avait sculptées dans le marbre blanc.
Comme Artoria se redressait, Rin tourna vivement la tête pour masquer la chaleur soudaine qui venait lui colorer les joues. Le dos était joli... le reste encore plus.
- Rin... Tu vas bien ?
La magus rit bêtement, posant son visage sur ses genoux qu'elle entoura de ses bras.
- Très... très bien... un peu de fièvre. N'aie crainte, un peu de magie de guérison et je me porterais comme un charme.
Le Roi des Chevaliers n'insista pas, Rin l'entendit se lever prendre ses vêtements dans l'armoire. Le bruissement du tissu se prolongea un moment. Un peu calmée, Tohsaka tourna la tête. Artoria était en train d'ajuster le laçage du spencer de sa robe bleue. L'Asiatique la regarda faire jusqu'à ce que son amie sorte de son sac une brosse et un petit miroir. Baillant, elle toucha le plancher d'un orteil frissonnant avant de la rejoindre.
L'idée de passer ses mains dans les cheveux blonds d'Artoria attirait Rin comme une flamme nue l'aurait fait de papillons de nuit.
- Tu veux que je t'aide, musa-t-elle.
- Non !
La réponse sèche fit reculer d'un pas Rin, vraiment pas habitué à sentir de l'hostilité chez son amie. Toutefois, Artoria se radoucit immédiatement, lui offrant un sourire embarrassé.
- Je... je ne supporte pas que l'on me touche les cheveux... Surtout mon ahoge !
- Oh ?
Il y eut un bref silence. Toujours troublée, le chevalier renâcla à offrir une explication. Toutefois, comme Rin venait de passer en mode " en réflexion intense", Artoria préféra tout raconter plutôt que la laisser imaginer quelque chose de bien pire que ce qu'il en était réellement.
- Tu as entendu parler du roi Rience ?
- Rience ? Oh, le roi du pays de Galles du Nord, d'Irlande et de "beaucoup d'îles" ?
- Pardon ?
Artoria sembla surprise.
- Rience était roi d'Avaricus, il était en conflit avec Léodagan, roi de Carohaise... en Gaule !
Rin soupira, Rience était mentionné dans la Morte d'Arthur de Mallory. Bon, l'ouvrage ayant été écris des siècles après les événements, il ne fallait pas s'étonner que la légende ait gonflé les faits.
- Ce n'est pas le roi qui coupait les barbes des souverains qu'il défaisait pour s'en faire un manteau ?
Cette fois, le roi de Bretagne approuva du menton.
- Oui, c'est lui.
Rin n'osa pas demander s'il s'agissait d'un géant comme dans l'Histoire des Rois de Grande-Bretagne de Geoffrey de Monmouth. Quelque chose lui disait que la question serait ridicule. Elle préféra afficher une mine intéressée, invitant son amie à poursuivre son explication.
- Cela m'est arrivé dans ma jeunesse après être devenue roi de Logres, mais avant d'être reconnue comme Haut-Roi de Bretagne. Le roi Rience d'Avaricus était alors mon principal rival. Il ne pouvait certes pas prétendre avoir tiré Caliburn de la pierre de la Désignation, mais il avait défait onze prétendants au trône. Il leur a coupé la barbe et en fit une doublure pour son manteau. Rience m'envoya un émissaire pour me forcer à lui porter hommage, me menaçant de... me couper la barbe.
Artoria avait énoncé ces derniers mots avec une pointe d'humour, passant la main sur sa joue - évidemment imberbe- dans un geste expressif.
- Évidement, je renvoyais son émissaire. Celui-ci me décrit à son maître. Ce dernier décida que s'il ne pouvait avoir ma barbe, il aurait mes cheveux. Disons... que cela me mit très en colère.
- Et comment cela se termina ?
Artoria fixa le vide, se rappelant des souvenirs visiblement tristes.
- À la tête d'une armée constituée de Romains et de mercenaires germains, Rience assiégea Léodagan dans son château car il y conservait la Table Ronde depuis la mort de mon père Uther. De mon côté, j'avais besoin d'une alliance solide avec un roi renommé pour m'aider dans mon accession au trône de Haut-Roi. Sur le conseil de Merlin, je me rendis à Carohaise et me joignis aux défenseurs sans révéler mon identité. Rience tomba sous ma lame au cours de son assaut sur le château. Ce ne fut qu'après la bataille que je révélais mon identité de fils d'Uther Pendragon à Léodagan. Ce dernier me reconnut comme souverain, m'offrit la Table Ronde... et la main de sa fille Guenièvre. Depuis cet épisode, je ne supporte plus que l'on touche mes cheveux. Cela peut même me rendre violente. Merlin m'a expliqué que cela devait résultait d'une résurgence de mon caractère draconique.
L'histoire était conforme au Merlin en prose de Robert de Boron.
- Violente ?
- Si je devais perdre mon ahoge, je me transformerais probablement en mon double maléfique...
Artoria dit cela sur le ton de la boutade. Néanmoins, pour on ne sait quelle raison, Rin eut la vision d'un Roi des Chevaliers sans ahoge... vêtu d'une horrible armure noire et rouge, brandissant une épée dans les mêmes teintes. Le tyran exsudait une terrible aura carmine. L'image baignait de flammes, dans un champ de ruines et de végétaux desséchés, pure émanation de la sauvagerie la plus débridée...


Rin Tohsaka se concentra, se rappelant les leçons de son père. La magie de renforcement faisait partie des formes les plus simples de magecraft. La structure de la matière est lacunaire. Même si un objet paraît plein, il est en fait en grande partie constitué de vide. Le renforcement utilise le prana de l'utilisateur pour combler ces vides et renforcer un objet.
Par "renforcer", on ne parlait pas seulement de modifier ses caractéristiques de résistance mais également de changer presque à volonté tout autre paramètre, à la fantaisie de l'utilisateur. On pouvait ainsi transformer une feuille de papier en bouclier, cela sans changer la souplesse. Roulé d'une main, le folio devenait une solide matraque.
Comme en basculant un commutateur, le prana parcourut les bras et les mains de Rin, formant des lignes d'énergie lumineuse. Les circuits magiques étaient des sortes de nerfs artificiels créés par l'âme du magus. Le nombre et la qualité de ceux-ci faisaient de Rin un mage de rang A, un talent rare parmi les magi de son époque de déclin.
Enfant, déjà, elle sculptait avec aisance des cristaux pour les transformer en magnifiques statuettes. Ce qu'on lui demandait à présent était bien plus simple. Les deux branches ramassées sur le sol s'entourèrent d'un halo doré avant de fondre et de changer de forme. Un instant plus tard, Tohsaka tenait deux épées de bois.
- Cela conviendra ?
La question s'adressait à Artoria Pendragon. Le Roi des Chevaliers soupesa d'un air critique l'une des deux armes d'entrainement que la magus venait de fabriquer. Les deux jeunes femmes se trouvaient au milieu d'une clairière dégagée, non loin de la berge du lac Geir. Sur la gauche, on pouvait voir quelques unes des masures de bois qui formaient le village de Fort-Ivar. On distinguait surtout le tertre funéraire qui le dominait. Au loin, vers l'est, des nuages laissaient tomber un rideau de pluie sur la surface de l'étendue d'eau, noyant les îles dans le crachin.
Bien que la magie soit bien plus forte et présente sur Nirn, monde où l'âge des dieux n'avait jamais pris fin, Rin était paradoxalement plus faible que sur Terre. Certes, le rendement de ses circuits magiques avait augmenté, lui permettant de regarnir ses réserves à un rythme stupéfiant. Mais toutes ses connaissances de la magie rituelle ne lui servaient à rien. Impossible d'en appeler à des entités absentes, ou des configurations astrales inexistantes. Comme ses plus puissants joyaux étaient bien entendu restés à Fuyuki, l'éventail de ses possibilités s'en trouvait radicalement réduit. Quant à ses connaissances des arts martiaux... frapper à mains nues un brigand en armure d'acier lui vaudrait tout au plus quelques phalanges brisées.
Bordeciel vivait un âge de discorde et de violence. En venant, leur petit groupe avait traversé les ruines d'Helgen. Des brigands l'avaient réoccupé, attaquant les voyageurs à la ronde. Il avait fallu nettoyer les lieux. Continuant vers l'est, ils avaient ensuite franchi un défilé envahis par la neige où soufflaient des bourrasques d'un vent glacial. Les forêts de La Brèche, au-delà, abritaient des loups agressifs, des trolls et des givrepeires.
Au petit déjeuner, Artoria avait affirmé -avec cet air sérieux et tranquille qui lui était habituel- qu'elle prenait en main l'entraînement de Rin à l'épée ! L'idée de refuser avait bien effleuré Tohsaka mais... elle connaissait bien son amie. Elle écouterait poliment les arguments de la magus avant de les contrer un à un. Lorsque le Roi des Chevaliers arrêtait une décision, elle n'en démordait que rarement. Pour tout dire, sous ses dehors calmes et conciliants, Artoria était aussi butée qu'un bourricot !
Rin fut rappelée au présent par la voix de son nouveau sensei. Le chevalier commençait la leçon.
- Je n'ai rien d'un professeur d'escrime. Merlin ou Ector sont bien plus capables que moi en ce domaine. Le but n'est pas de faire de toi un maître d'arme, surtout en quelques jours, juste de te fournir les moyens de survivre le temps qu'un de tes compagnons, Gawain, Lancelot ou moi, ait éliminé ses propres adversaires. Heureusement, tu es athlétique et tu maîtrise déjà les bases d'une forme de combat. Nous pouvons bâtir dessus.
Elle brandit l'épée de bois.
- Une lame doit être équilibrée, sans ergot dangereux ou barbelures. À ce titre, les épées des draugr sont des horreurs. On a bien plus de chance de se couper un doigt en les maniant que de toucher un ennemi. Il y a deux zones dans une lame. Le "fort de la lame" est sa première moitié.
Du doigt, Artoria montra la partie juste après la garde.
- Il s'agit de la zone de parade, celle où tu peux donner toute ta force.
Le chevalier toucha ensuite la partie qui se terminait avec la pointe.
- Le "faible de la lame" est la zone de frappe, là où la lame est la plus rapide. Toute attaque qui doit être rapide se fait avec la pointe, toute attaque visant à briser une garde s'effectue avec le fort de la lame, comme toute parade. L'art de l'escrime est simple, et tout d'application. Il y a sept gardes et sept assiègements...
- Assiègement ?
Rin butta sur le mot inconnu. Artoria acquiesça et expliqua.
- Disons des prises, comme dans tes arts de combats à mains nues.
Elle reprit.
- Il y a sept gardes, les positions dans lesquelles on se trouve au départ ou à l'aboutissement de toute action, et sept assiègements. Chaque garde peut contrer un assiègement, mais est très faible contre un autre. Il faut donc juste utiliser la bonne garde en défense et le bon assiègement en attaque. C'est très simple en fait... c'est juste une histoire de réflexe.
Néanmoins, Rin n'était pas tombée de la dernière pluie.
- Sauf si on feinte.
Artoria eut un sourire approbateur.
- Bien sûr. Face à un adversaire qui a de meilleur réflexe, on ne peut que le feinter en prétendant user d'un assiègement pour recourir à un autre. Mais, la plupart du temps, entre deux adversaires de force égale, l'affrontement ressemble à un jeu d'échec. Il faut comprendre qu'au début de toute action, on est en garde. Chaque garde est une position de l'épée et du bouclier. Tous les assiègements ne sont pas possibles à partir de chaque position de départ.
Le chevalier fit quelques mouvements volontairement maladroits avec sa lame, démontrant la difficulté de frapper en hauteur lorsque l'on a la lame baissée ou de frapper à gauche, lorsque l'on est tourné vers la droite.
- Nos articulations ne nous permettent pas une aisance parfaite dans chaque mouvement et une fois celui-ci lancé, il est très difficile d'en changer la direction. Comme chaque épéiste effectue avec plus ou moins de facilité certains assiègements, on doit adopter des gardes visant à pousser l'adversaire à utiliser certaines attaques qui - aux termes de leur développement - vont les pousser dans une garde particulière qui le placera... en état de vulnérabilité face à sa technique préférée.
Rin affichait à présent un air très attentif.
- Je comprends la comparaison avec les échecs. Chaque attaque, chaque parade, fait partie d'un enchaînement qui vise à obliger l'ennemi à se retrouver dans une position vulnérable.
- Exactement.
- Et en pratique ?
- Voilà la première garde.
Faisant mine de dégainer l'épée d'entrainement à la hanche, Arturia leva son gantelet gauche à hauteur du visage.
- Il s'agit de la position que l'on adopte naturellement en tirant la lame. C'est la garde préférée de sire Gawain. Le bouclier protège le visage dans une position idéale pour contrer les attaques dans les lignes hautes, tandis que l'épée peut frapper l'ennemi dans les lignes basses.
- Bouclier ? Mais tu n'as pas de bouclier !
La remarque de Rin fit sourire Artoria.
- Tu n'as jamais remarqué que mon gantelet gauche est très différent du droit ?
Évidemment, on ne pouvait manquer de voir que l'avant bras se trouvait couvert par quatre épaisses écailles d'acier. Si la dextre disparaissait dans un gant métallique, la senestre ressemblait plutôt à une moufle où seuls l'index et le pouce pouvait bouger individuellement.
- Il s'agit d'une targe, un petit bouclier, ici intégré à une pièce d'armure. Il ne sert évidement à rien contre les projectiles, mais reste efficace contre une épée. Il ne vaut mieux pas chercher à bloquer une hache d'arme... du moins si on tient à son bras.

Creusé dans le rocher calcaire par l'action d'une rivière qui avait depuis changé de cours, l'ouverture ne s'enfonçait guère dans le flanc de la Gorge du Monde, le plus haut sommet de Bordeciel. Pourtant, il s'agissait d'un lieu de cauchemar.
Le sol rocheux était jonché des cadavres de plusieurs chasseurs mutilés et en partie dévorés. Le responsable de ce carnage se dressait non loin. Bavant et féroce, l'ours des cavernes se redressa sur ses pattes arrières avant de pousser un terrible grognement adressé à l'intrus qui violait son territoire. Debout, l'ursidé approchait trois mètres pour une masse d'environ de cinq quintal. Un vrai monstre ! N'importe qui aurait été terrorisé.
Cependant, le fâcheux venu troubler les ripailles du seigneur de la caverne avait lui-même tout du monstre.
Enveloppé de fumée noire, le chevalier d'ébène se convulsa grotesquement. Il venait de se saisir de l'arc d'un des chasseurs. À présent armé, il se renversa en arrière et poussa un cri plus terrible que celui du prédateur anthropophage.
- RRrrr... RrrRRRR... rRRRrr !
Les flèches encochés et tirés filèrent à un rythme que bien peu d'archers auraient été capables d'égaler. Laissant dans l'air une traînée de fumée noire, les traits se couvraient de veinules pulsant d'un éclat rouge des plus sinistres.
Le barrage de projectiles transperça l'ours des cavernes, le blessant grièvement mais sans parvenir à le tuer. Le monstre se jeta un avant et sa patte chargée de griffes décrivit un arc de cercle. Néanmoins... sans rien toucher. Au dernier instant, Lancelot avait disparu. Sautant au-dessus du plantigrade, il s'était retourné ne l'air, s'accrochant un instant au plafond comme une maléfique araignée. De là, il repartit comme un bolide, pour frapper le crâne des griffes prolongeant ses gantelets et de ses poings, rugissant et criant, alors que d'étranges motifs rouges pulsaient sur son armure.
Sur la corniche au-dessus de ce combat sans merci, un deuxième chevalier se tenait en première garde. Son regard ne quittait pas un ours à peine plus petit. L'homme aux cheveux blonds, en armure de plates rouges, était bien sûr, sire Gawain. Comme son adversaire fonçait sur lui, il abattit son épée en une succession rapide d'arcs de cercle enflammés. Certes, Aubéclat ne pouvait se comparer à Galatine, mais il s'agissait d'un Noble Phantasme, et même d'une arme forgée par une divinité. La fourrure brûlée, l'ours des cavernes roula au bas de la pente pour rejoindre la victime de Lancelot.
- Avec celui là, cela fait dix, non ?
Gawain s'était tourné vers Lancelot, mais ce dernier se contenta d'un grognement bas, presque mélodieux. Le chevalier du soleil haussa les épaules. Pourquoi essayait-il de faire la conversation au meurtrier de ses frères ?
Sortis de la caverne, il longea la rivière jusqu'à un pont de pierre aux pieds des Sept Mille Marches qui conduisaient au monastère des Grises-barbes. Un Nordique chauve et un elfe noir barbu, adossé à la rambarde du pont, interrompirent leur discussion à la vue du chevalier noir. Même si l'aura de ténèbres s'était dissipée et que les lignes rouges sur son armure ne se voyaient plus, l'éclat écarlate qui filtrait par la visière suffisait à terrifier ceux qui le voyaient.
Parvenu à Fort-Ivar petite localité vivant de l'agriculture, de l'élevage et de sa scierie, sire Gawain se dirige vers cette dernière. La propriétaire des lieux, Temba Grandbras, essuya ses mains sur son tablier et les regarda avec espoir.
S'inclinant, une main sur le cœur, Gawain répandit le contenu de son sac sur le plancher.
- Madame, ce chevalier revient victorieux, vous avez réclamé les peaux de dix ours, les voici.
- Maudit ours, à se faire les griffes sur le tronc des arbres, ils rendaient tout ce bois inexploitable. Merci, vous m'avez sauvé de la faillite. Vous êtes un vrai héros.
Sire Gawain baissa la tête, sans abandonner son air impassible.
- Madame, il n'y a rien d'héroïque. Je ne fais que mon devoir de chevalier.
Il y avait une petite récompense. Avec le prix en nourriture pour garder son roi de bonne humeur, et acheter les joyaux nécessaires aux sortilèges de damoiselle Tohsaka, cela n'était pas à dédaigner. Comme il entrait dans l'auberge du village, toujours suivi par Lancelot, Rin s'accrocha à son bras.
Elle semblait épuisée et effondrée.
- Gawain, essayez de dire à Artoria que c'est une très mauvaise idée de m'entraîner.
Curieux, il la regarda un instant, notant les bleus et ses jambes flageolantes.
- Que c'est-il passé, damoiselle Tohsaka ?
- Il y a que c'est un monstre !
Le regard du chevalier du soleil dériva vers son roi. La petite jeune femme avait retirée son armure. Buvant avec élégance une boisson que la serveuse venait de lui porter, le "monstre" ressemblait à la personnification du contentement. Comme Artoria sentait le regard de son chevalier, elle lui retourna un sourire angélique.
Le lion de Bretagne avait planté ses crocs dans une biche innocente, et sire Gawain - tout chevalier de la Table Ronde qu'il était - ne se sentait pas encore assez suicidaire pour se mettre entre sa proie et lui.
- Damoiselle Tohsaka, vous exagérez mon roi ne désire que vous apprendre à vous battre pour vous sauver la vie.
La jeune magus ne semblait pas convaincu.
- J'ai surtout l'impression d'être un jouet mâchonné par un chien féroce.
C'était exactement ça, à part sire Kay et sire Lancelot, qui devaient être masochistes, tous les chevaliers de la Table Ronde avaient rapidement appris à décliner ce genre d'échanges "amicaux" avec leur roi. Ce dernier semblait viscéralement incapable de retenir ses coups.

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Message par Anaxagore le Lun 17 Juin - 13:43

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---Âtrefeu, 13e jour, 4E 201---

Marchant au-dessus des nuages, les voyageurs escaladant les Sept Mille Marches découvraient le paysage de Bordeciel depuis le plus haut pic de tout Tamériel. D'abord, au-dessus d'eux, il y avait le ciel. Vide de toute nuée, il offrait à l'infini un bleu céruléen. Le soleil y brillait, aveuglant... bien que la température soit glaciale.
Ensuite, la Gorge du Monde s'offrait dans toute sa splendeur. Ils avaient dépassé depuis longtemps le niveau des neiges éternelles. Il n'y avait plus d'arbres à cette altitude. La neige enveloppait tout d'un blanc manteau. Le vent, qui soufflait sur les pentes abruptes, chassait des voiles de flocon. Seuls quelques rochers déchiquetés et des falaises émergeaient de cet écrin immaculé.
Un long ruban de vapeur sortit des lèvres de Rin Tohsaka comme elle s'appuyait sur une des colonnes de pierres qui jalonnaient l'escalier pour regarder en contrebas. La jeune magus, boudinée par d'épaisses fourrures, claquait pourtant des dents.
Un pic émergeait des nuages, vers l'ouest. Par les déchirures dans ce voile malaxé par les vents d'altitude, on discernait un paysage rocheux chaotique, recouvert par la neige. Un défilé encaissé que dominaient des arêtes aiguës.
- Je crois que c'est le passage d'Helgen.
Derrière elle, un deuxième personnage -vêtu de fourrures tout aussi épaisses- la regardait avec inquiétude.
- Assurément. Toutefois, vous ne devriez pas vous pencher ainsi, damoiselle Tohsaka. Cela pourrait être dangereux.
La Japonaise se retourna vers le preux, les poings sur les hanches et tapant du pied dans la neige.
- Écoutez bien, sire Gawain chevalier du soleil de la Table Ronde et neveu préféré du roi Arthur, je suis grande et je sais parfaitement prendre soin de ma personne. Je n'ai pas besoin que... ahhh...
Le pied de la magus glissa sur une des marches fendillée par le gel et elle manqua de tomber. Néanmoins, Gawain avait d'excellents réflexes et la rattrapa.
- Vous allez bien, damoiselle Tohsaka ?
Rin vira à l'incarnat le plus parfait alors que le sang affluait à son visage. Consciente des bras du chevalier qui entouraient ses épaules et surtout d'avoir une fois de plus gaffé au plus mauvais moment. Il s'agissait d'une sorte de malédiction. Bien que surnommée "miss perfect" à son lycée, Rin Tohsaka cachait sous ses dehors de pure jeune fille et de parfait magus, une propension à la maladresse, dans ses paroles comme dans ses actes. Il ne s'agissait pas d'un problème fréquent, mais cela survenait toujours au pire moment et souvent de manière hilarante... pour les autres.
- Je... vais bien... tout le monde peut faire un faux mouvement.
Rin rit de manière forcée, tournant le visage pour ne pas voir celui - trop proche - du chevalier.
- Certes. Mais vous comprenez pourquoi je vous prévenais de ne pas vous pencher.
- Dument noté. Vous pourriez me lâcher à présent !
Gawain obtempéra, reculant de trois pas avant de s'incliner, une main sur le cœur. De son côté, Rin se remit en marche en morigénant à voix basse. Cette longue escalade l'épuisait. Depuis des heures, ils ne voyaient que des marches de pierre.
Immobile, une vingtaine de mètres en avant, Artoria la regarda monter vers elle. Comme Rin s'arrêtait une nouvelle fois pour souffler, le roi de Bretagne désigna le long passage devant eux. L'escalier y était particulièrement raide, passant par un étroit ravin qui conduisait à une grotte peu profonde.
- Ce passage va être pénible. N'hésite pas à t'arrêter plutôt qu'à t'épuiser par fierté mal placée.
Rin grimaça. Artoria avait probablement raison de la mettre en garde... non qu'elle l'admettrait à voix haute.
Suivie de Lancelot du Lac, Artoria Pendragon entama l'ascension de cette section de l'immense escalier. Les marches, usées par les années et le passage d'innombrables pèlerins, ne formaient pas une volée bien ordonnée. Il s'agissait juste de longues pierres plates disposées régulièrement, de manière à servir de points d'appuis solides.
Dans le goulet pierreux, le vent glacé gémissait comme une âme en peine, soulevant des flocons qui flagellaient les joues et qui aveuglaient. Toutefois, un grognement fort reconnaissable poussa Artoria à dégainer Caliburn.
- Troll !
Le monstre, une variété arctique couverte de fourrure blanche, se trouvait au-dessus d'eux, sautant sur place, et agitant ses longs bras de singe, il cherchait à effrayer les arrivants. Ce manège précédait toujours la charge de l'anthropoïde.
Lancelot tira trois flèches en succession rapide. Les traits filèrent, laissant derrière eux une légère fumée noire. Touché deux fois, le troll se jeta au sol avant de se ruer en avant. L'accueil d'Artoria fut chaleureux :
- Fus !
Le cri frappa le monstre qui chancela, lui offrant une faille opportune. L'épée dorée décrivit un arc, ouvrant une profonde balafre dans la poitrine du grand singe. La lame poissée d'écarlate revint s'enfoncer dans la hanche du troll qui tomba sur ses antérieurs en poussant un cri rauque.
La troisième attaque - en pointe- transperça la poitrine pour ressortir entre les épaules. Artoria poussa le cadavre qui tomba en arrière avant de l'immobiliser sous son pied pour extraire Caliburn de la plaie.
L'incident ayant été réglé, l'ascension reprit. Après avoir contourné une avancée rocheuse, ils découvrirent un bâtiment étrange en haut des marches.
Il s'agissait d'une construction de granite, assez basse et en forme de barre, fermant le chemin. Le Haut Hrothgar avait une apparence irrégulière. Sa façade s'ornait d'avancées et de renforts de formes variables. Les fenêtres - de simples obscurs- s'ouvraient sans réel plan. La neige et des stalagmites de glace recouvraient l'ensemble.
On pouvait voir deux portes de bronze, de part et d'autre d'une tour, un double escalier permettait de les rejoindre. Chacune de ses entrées était surmontée d'une tête de dragon sculptée.

Les portes de bronze se refermèrent bruyamment derrière le quatuor. Rin sursauta nerveusement, regardant autour d'elle. Plusieurs braseros et une rangée de bougies irrégulièrement placées illuminaient une pièce sur deux niveaux. Les charbons ardents créaient d'étranges jeux d'ombre, en particulier autour des têtes de dragon sculptées qui saillaient dans la maçonnerie. On les aurait juré vivantes et prêtes à Crier, à l'instar de leurs modèles. Il n'y avait aucun meuble, hormis des tapis au sol et quelques grandes poteries alignées au pied de l'estrade de pierre qui se trouvaient face à eux.
Avec un étrange synchronisme, quatre vieillards venaient de surgir de divers passages et convergeaient vers eux. Ils portaient des coules monacales de couleur grise, agrémentées de fourrure. Un luxe qui n'avait rien d'inutile, vu que leur monastère se trouvait bâtie au flanc d'une montagne glacée.
L'un des habitants des lieux marcha vers Artoria et s'immobilisa à quelques pas d'elle. Il avait une barbe grise et nouée. On ne voyait pas ses cheveux cachés par son capuchon. Cependant, dans la pénombre, ses yeux brillaient d'une profonde sagesse.
- Donc... l'Enfant de dragon apparait en ce moment précis.
Le Roi des Chevaliers s'inclina légèrement.
- Moi, Artoria Pendragon, je réponds à votre appel.
La voix de la jeune femme avait beau être douce, cette soie gainait de l'acier. Comme elle répondait, tous sentirent cette force. Le Grise-barbe approuva de la tête :
- Voyons d'abord si vous avez vraiment le don. Montrez-nous, Enfant de dragon. Faites-nous entendre votre voix.
- Vous voulez que j'utilise le Thu'um sur vous ?
Artoria parut surprise, mais son vis-à-vis répondit en souriant.
- Ne craignez rien. Votre Cri ne peut nous faire aucun mal. Frappez-nous avec le pouvoir de votre Voix.
Sa décision prise, le Roi des Chevaliers prit une inspiration puis...
- Fus !
L'air trembla comme le Cri quittait les lèvres d'Artoria, renversant les jarres qui se brisèrent au sol alors qu'un voile de poussière se soulevait. Trois des Grise-barbes, touchées par la puissance du premier mot du Déferlement, chancelèrent.
- Alors vous êtes l'Enfant de dragon. Soyez la bienvenue au Haut Hrothgar... vous et vos compagnons.
L'homme en robe grise s'approcha un peu plus d'Artoria, écartant les bras en un geste d'accueil.
- Je suis maître Arngeir. Je parle au nom des Grise-barbes. À présent, dites-moi, Enfant de dragon, pourquoi vous présentez-vous devant nous ?
- Ne m'avez-vous pas appelé, après que j'ai absorbé l'âme du dragon Mirmulnir ?
- C'est exact. Notre rôle est de vous apprendre ce que signifie être un Enfant de dragon.
- Votre rôle ?
- Nous sommes les Grise-barbes, ceux qui pratiquent la discipline de la Voix. Nous vivons ici, au Haut Hrothgar, sur cette montagne sacrée consacrée à Kynareth. Nous communions par la Voix avec le ciel et tentons d'atteindre l'équilibre entre notre moi intérieur et extérieur.
- Que signifie être un Enfant de dragon ?
- C'est à vous qu'il revient de le découvrir, nous vous montrons le chemin, pas la destination.
Artoria acquiesça lentement.
- Très bien, je suis venue pour apprendre.
- Vous avez montré que vous aviez le talent inné, Enfant de dragon. Mais, avez-vous la discipline et le tempérament nécessaire pour suivre la voie qui vous a été tracé ? Cela reste à voir.
S'éloignant de quelques pas, Arngeir montra une section carrée du sol avec un dallage différent.
- Venez près de nous, Enfant de dragon.
Dans le bruissement de son armure, Artoria rejoignit l'emplacement qu'on lui désignait et fit face à Arngeir. Son expression resta imperturbable et son regard se posait calmement sur le porte-parole des Grises-barbes. Ses bras simplement le long du corps, sans nulle nervosité visible. Pourtant Rin se doutait que la petite femme devait être anxieuse. Elles en avaient discuté en venant au Haut Hrothgar. Sa faculté à dévorer l'âme des dragons devait avoir un rapport avec la mystérieuse mission qu'on lui avait confié... sauver Nirn, le monde sur lequel ils venaient d'arriver.
Arngeir reprit la parole :
- Sans entraînement, vous avez déjà accomplis le premier pas dans la projection de votre Voix en un Thu'um, un Cri. Maintenant, nous allons voir si vous avez l'envie et les capacités d'apprendre. Lorsque vous criez, vous parlez dans le langage des dragons. De plus, votre Sang de dragon vous donne une capacité innée à assimiler les Mots de Puissance. Tous les Cris sont formés de trois Mots de Puissance. Chaque fois que vous apprenez un nouveau mot, votre Cri gagne en force. Maître Einarth va vous initier au "Ro", le second Mot du Déferlement. Ro signifie "équilibre" dans la langue des dragons. Combinez-le avec Fus - "Force" - pour que votre Thu'um soit plus précis.
Un des Grises-barbes, celui que leur porte-parole avait appelé Einarth, fit deux pas vers Artoria. La tête penché, il cria en direction du sol.
- Ro !
Et... la pierre se brisa dans bruit sourd. Les fractures qui venaient de naître sous l'emprise du Mot n'avaient rien d'aléatoires. Elles venaient de dessiner des lettres cunéiformes d'où sourdait une énergie rouge. Comme Artoria regardait ces signes, elle entendit le même chœur de voix masculine qui lui avait signalé la présence d'un Mot de Pouvoir sur un Mur. L'instant d'après, le murmure montait crescendo comme des vrilles de lumière l'entouraient.
Arngeir attendit que l'aura se soit dissipée pour reprendre son explication.
- Il ne vous a fallu qu'un instant pour acquérir un nouveau Mot... vous avez réellement le don. Néanmoins, apprendre un Mot de Pouvoir n'est que la première étape... vous devez le débloquer par une méditation constante et la pratique quotidienne qui vous permettront d'en comprendre le sens. Tout au moins, c'est ainsi que nous - les Grises-barbes- apprenons les Cris. L'Enfant de dragon peut absorber directement la force vitale et la connaissance d'un dragon qu'il a abattu. Pour votre initiation, maître Einarth va vous autoriser à puiser dans sa compréhension du "Ro". De cette manière, nous pourrons voir à quelle vitesse vous pouvez maîtriser un nouveau Thu'um.
Einarth s'approcha une nouvelle fois du Roi des Chevaliers. Il s'inclina en avant, écartant les bras en une forme de salut. Des spires d'énergie se formèrent, l'unissant à Artoria et déversant en elle une forme de puissance. Le phénomène rappelait ce qui s'était passé après la mort du dragon Mirmulnir... à la différence que le vieil homme ne semblait pas autrement affecté.
- Utilisez le cri Déferlement pour attaquer les cibles lorsqu'elles apparaissent.
Un des Grises-barbes s'avança :
- Fiik... Lo... Sah !
Le Cri se condensa sous une forme humaine translucide et incolore. Le fantôme portait la même robe que son créateur et, sous la capuche, on devinait les mêmes traits.
Artoria cria :
- Fus... Ro !
Le spectre se délita. Mais, visiblement, la démonstration ne suffit pas à Arngeir .
- Très bien, recommencez !
Pressant une main sur le dos de la jeune femme, il lui transmit une partie de sa force vitale pour qu'elle puisse Crier sans souffrir du temps de latence entre deux utilisations du Thu'um. La seconde apparition d'un spectre et sa destruction furent une redite du premier test. Et, après cela, Arngeir demanda encore à Artoria de répéter l'exercice. Ce troisième test, cependant, sembla le satisfaire.
- Impressionnant. Votre Thu'um est très précis. Vous êtes un élève prometteur, Enfant de dragon. Nous allons vous faire passer l'épreuve suivante dans la cour. Suivez maître Borri.
Rin, Gawain et Lancelot mirent leurs pas dans ceux d'Artoria sans que les Grises-barbes ne s'y opposent. La cour que venait de mentionner Arngeir se trouvait de l'autre côté du Haut Hrothgar. Sous une haute tour semblable à un minaret brûlait un vaste brasier. Entre ce dernier et les portes que la petite troupe venait de franchir, il y avait un espace libre. La neige, piétinée et boueuse, indiquait que l'endroit était fréquemment visité par les pratiquants du Thu'um.
Maître Borri s'arrêta là, avant de se retourner pour faire face à Artoria. Derrière eux, Arngeir reprit la parole.
- Cette fois, nous allons voir comment vous apprenez un nouveau Cri. Je note que vous possédez déjà une connaissance partielle de l'Impulsion. Maître Borri va vous enseigner "Nah", le second mot de l'Impulsion, Nah signifie la "Furie".
Rin fronça un instant les sourcils, puis se rappela qu'Artoria avait absorbé plusieurs mots de pouvoir en s'approchant des Murs de Mots que l'on trouvait dans les anciennes ruines.
Le vieillard en robe grise se pencha.
- Nah !
Comme la première fois, le sol se fractura pour former des lettres cunéiformes chargées d'énergie.
- Vous devez entendre le Mot résonner en vous avant d'être capable de le projeter en un Thu'um.
Tout en écoutant les conseils d'Arngeir, Artoria s'était penchée sur les signes rougeoyants. L'attente fut brève, une nouvelle fois leur puissance se déversa en elle.
- Approchez de Maître Borri pour qu'il puisse vous faire don de sa connaissance du "Wuld". La "Tornade", le premier Mot de l'Impulsion.
Les spires lumineuses s'enroulèrent autour du Roi des Chevaliers, déversant le savoir de l'enseignant à l'élève. Arngeir acquiesça.
- Je me demande à quelle vitesse vous pouvez maîtriser un nouveau Cri. Maître Wulfgar va vous faire une démonstration de l'Impulsion. Puis, il vous laissera la place.
Le Grise-barbe en question rejoignit un espace entre deux colonnes de pierre. En face, on voyait un portail formé par des battants d'une grille de métal.
- Maître Borri.
Sur l'ordre d'Arngeir, Borri se tourna vers la grille pour faire entendre son Thu'um :
- Bex !
Et sans qu'il n'ait besoin de la toucher, les deux battants du portail s'ouvrirent. Aussitôt ce fut au tour de Wulfgar de crier :
- Wuld... Nah... Kest !
Le Parleur - sous l'emprise du Cri- courut comme le vent, à peine discernable pour l'œil ordinaire. Il franchit le passage et la grille se referma derrière lui... bien qu'elle ne soit restée ouverte qu'une poignée de secondes et que la distance qu'il venait de parcourir soit supérieure à une trentaine de mètres.
- Maintenant, c'est votre tour, Enfant de dragon. Tenez-vous près de moi.
Artoria s'avança jusqu'à l'endroit d'où Wulfgar était parti, tandis que maître Arngeir continuait ses explications.
- Maître Borri va ouvrir la porte. Utilisez votre cri de Déferlement pour la franchir avant qu'elle ne se referme.
Inconsciemment, Rin retint son souffle. Néanmoins, ce qui suivit ne dura que le temps du battement d'un cil. Borri venait à peine d'ouvrir la porte que la voix d'Artoria claquait dans le vent des sommets.
- Wuld !
La petite femme en armure ne laissa derrière elle qu'une image floue, courant comme le vent, avant de s'immobiliser derrière la porte qui n'avait même pas commencé à se refermer.
Comme Artoria revenait vers maître Arngeir, ce dernier montra les signes d'une évidente surprise.
- La rapidité avec laquelle vous avez maîtrisé ce nouveau Thu'um est... stupéfiante. J'avais entendu des histoires sur les capacités de l'Enfant de dragon, mais de là à le voir de mes propres yeux.
Le Roi des Chevaliers accueillit ces félicitations avec humilité.
- Merci, maître. J'ai entendu dire que les Grises-barbes devaient méditer durant des années sur un mot pour le maîtriser.
- Vous avez reçu un don que nous n'avons pas. Vous devez en trouver la raison pour pouvoir l'utiliser au mieux. N'oubliez pas que le pouvoir ne remplace pas la sagesse.
- Je garderais cela à l'esprit, maître Arngeir.
Le porte-parole des Grises-barbes parut se rasséréner et eut même un léger sourire.
- Vous montrez une maturité surprenante pour votre jeune âge. J'avoue que je m'étais inquiété en découvrant qu'un tel pouvoir avait été donné à une si jeune fille. Toutefois, j'ai un autre motif d'étonnement. J'aimerais que vous répondiez à une de mes questions. Voyez-vous, les Grises-barbes savent sentir l'écho des Cris, c'est comme cela que nous avons appris votre existence. Et je perçois autour de vous quelque chose qui ressemble au souffle d'un Mot... sans en être un. Bien que ma connaissance de l'Art de la Voix ne soit surpassée que par Paarthurnax, notre maître à tous, jamais je n'ai ressenti quelque chose comme cela. Pourriez-vous m'expliquer quel est ce pouvoir draconnique qui émane de vous, Enfant de dragon ?
Artoria prit quelques secondes pour réfléchir, avant de faire face.
- Il serait peut-être plus simple que je vous montre. Éloignez-vous de moi, maître, pour votre propre sécurité.
Le Roi des Chevaliers attendit que le cercle des Grises-barbes se soit largement agrandi pour dégainer Caliburn.
- Aaaaaah
La voix d'Artoria, d'abord basse et grave, commença à monter en volume. Une aura bleutée se mit à scintiller autour d'elle. Les yeux fermés, profondément concentrée, la jeune femme continuait à puiser de la puissance dans son Cœur de dragon.
- AAAAAAAAAHHHH
Soudain de formidables arcs électriques surgirent. Ils émanaient d'Artoria et frappaient le sol autour d'elle. "Prana burst" pensa Rin. C'était la première fois qu'elle voyait son amie utiliser son plein pouvoir. Caliburn, brandie vers le ciel, s'entoura de lumière dorée et l'aura du Roi des Chevaliers prit celle même couleur.
Elle rouvrit les yeux, pour fixer Arngeir et les autres Grises-barbes.
- Je suis un dragon sous forme humaine. Mon épée est mon souffle.
Le porte-parole des résidents du Haut Hrothgar semblait incrédule.
- Un dragon sous forme humaine ? Tous les Enfants de dragon possèdent le pouvoir du Sang de dragon, car ce sont des dragons incarnés dans le corps de mortels... mais vous... vous avez aussi un Cœur de dragon. Cela ne s'est jamais vu avant... Comment est-ce possible ?
- Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'ai trois parents. Le père qui m'a engendré, la mère qui m'a portée... et le dragon qui m'a donné mon âme. Il s'agit du résultat d'un rituel conduit par un grand mage pour me permettre de pouvoir brandir l'Épée Dorée des Victorieux.
Artoria mit une main sur son sein gauche.
- Mon cœur humain a été transformé par cette essence draconnique, me permettant d'accumuler une puissance magique dont les mages ne peuvent que rêver.
- Stupéfiant...
Artoria laissa l'aura dorée se dissiper. S'appuyant sur l'épée, elle s'efforçait à présent de reprendre son souffle. L'explosion de puissance semblait l'avoir épuisée.
- Hélas... mon Cœur est encore immature. Dans mon état actuel, l'utilisation du Prana Burst prélève une large part de ma force.
- Prenez le cœur des dragons abattus. Vous devriez être capable d'absorber une partie de leur puissance.
La réponse d'Arngeir surprit Artoria.
- Lorsque j'ai approché Mirmulnir, il s'est embrasé... ne laissant que des os et quelques écailles.
Le porte-parole des Grises-barbes approuva du menton.
- La puissance de ce dragon ne devait pas être compatible avec la vôtre. Si vous rencontrez un Dovah dont le cœur n'est pas consumé après sa mort, il devrait s'illuminer de flammes bleues si vous le touchez. Pressez-le contre votre propre poitrine et il disparaîtra. Vous récupérerez alors une partie de la puissance du ver ailé que vous venez d'abattre... c'est en tout cas ce qui se passe entre dragons.
Arngeir secoua la tête.
- J'ai l'impression que nous n'allons pas être à court de surprises vous concernant, Enfant de dragon. En tout cas, cela ne change rien à notre devoir. Et vous me semblez prête pour votre dernière épreuve.
- En quoi consiste-t-elle, maître ?
- Retrouvez la corne de Jurgen Parlevent, notre fondateur, dans sa tombe au sein du temple ancien d'Ustengrav. Donnez-moi votre carte.
Comme Artoria s'exécutait, le vieil homme indiqua un endroit au nord de Morthal, dans les marais de la Hjaal.
- Voilà où se déroulera votre épreuve. Restez fidèle à l'Art de la Voix, et vous vous en sortirez.
- Qui est Jurgen Parlevent ?
- Il était un grand chef de guerre des anciens nordiques, un maître de la Voix ou autrement dit un Parleur. Après le désastre du Mont Écarlate et l'annihilation de l'armée nordique, il passa de nombreuses années à méditer sur cette terrible défaite. Il en vint à réaliser que les dieux avaient punis les Nordiques pour leur arrogance et leur usage blasphématoire de la Voix. Il fut le premier à comprendre que la Voix devait uniquement servir à louer et glorifier les dieux et non pour la vanité des hommes. Après cela, la maîtrise de la Voix de Jurgen Parlevent ne rencontra plus d'obstacle et l'Art de la Voix vit le jour.
Artoria fonça légèrement les sourcils.
- Vous semblez différencier les Parleurs, les maîtres de la Voix, de l'Art de la Voix. Dans les deux cas, il s'agit pourtant d'utilisateurs du Thu'um.
Arngeir parut content que le Roi des Chevaliers pose cette question.
- Les Cris sont propres aux dragons. Savez-vous pourquoi les mortels peuvent aussi crier ?
- Je l'ignore, maître.
- La Voix était un présent de la déesse Kynareth, à l'aube des temps. Elle donna aux mortels la capacité à parler comme les dragons le font. Toutefois, ce cadeau fut bien souvent improprement utilisé. La Voix ne doit servir qu'à glorifier les dieux. La véritable maîtrise de la Voix ne peut être obtenue que quant votre esprit, votre moi intérieur, se trouve en harmonie avec vos actions, votre moi extérieur. C'est dans la contemplation du ciel, domaine de Kynareth, et la pratique de la Voix, que nous cherchons à réaliser cet équilibre.
- Je ne vous comprends pas, maître Arngeir, pourquoi m'aidez-vous dans ce cas ? Je ne corresponds pas à votre définition du bon usage de la Voix.
Le sourire du porte-parole des Grises-barbes s'accentua. Visiblement, les réactions de son élève lui plaisaient.
- Dans ce domaine, comme dans beaucoup d'autres, l'Enfant de dragon fait exception à toutes les règles. Si la Voix est un présent de Kynareth, le Sang de dragon vous a été donné par Akatosh. Comment accepter un don et refuser l'autre ? Bien que nous nous soyons dévoués aux cours des siècles à aider d'autres Enfants de dragon, n'oubliez pas que votre don transcende les restrictions qui lient les autres mortels.
Artoria se rembrunit.
- Mais suis-je vraiment ce que vous appelez un Enfant de dragon ? Mon âme de dragon ne m'a pas été donnée par Akatosh.
- Ah, je vois... vous pensez au rituel qui vous a donné naissance. Cela n'a aucune importance. Vous pouvez crier spontanément, vous avez le Sang de dragon, vous êtes un Enfant de dragon. Absorber les âmes des dragons est un présent d'Akatosh. Que cela soit une malédiction ou une bénédiction a été sujet à de nombreux débats aux cours des siècles. En tout cas, ce que vous avez appris en quelques jours a demandé plusieurs années aux plus doués d'entre nous. Certains croient que les Enfants de dragon sont des envoyés des dieux en période de troubles. Mais nous en discuterons plus avant lorsque vous serez prête.
- Lorsque je serais prête ? Que me cachez-vous ?
Le visage d'Arngeir se durcit imperceptiblement.
- Les Grises-barbes savent évidemment des choses que vous ne connaissez pas. Cela ne veut pas dire que vous soyez préparée à les comprendre. Ne laissez pas votre maîtrise actuelle de la Voix vous pousser à l'arrogance. La soif de pouvoir a provoqué la chute de nombreux Enfants de dragon, avant vous.
- Il y a d'autres Enfants de dragon ?
- Tout ce que je peux vous dire, c'est que vous êtes le seul Enfant de dragon de ce présent âge à nous avoir été révélé.
Artoria réfléchit un instant.
- Je trouve étrange que les dragons réapparaissent juste après mon arrivée en Bordeciel. Je ne crois pas à ce genre de coïncidence.
Arngeir approuva vivement.
- Qu'un Enfant de dragon apparaisse à ce moment précis ne saurait être un accident. Votre destiné est liée au retour des dragons. Vous devez vous concentrer sur le contrôle de votre Voix, et bientôt votre chemin vous apparaîtra très clairement.
Comme la jeune femme n'avait plus de question, elle s'inclina devant maître Arngeir.
- Je vous remercie, maître, je garderais à l'esprit ce que vous m'avez appris sur le bon usage de la Voix et continuerais à m'entraîner.
- C'est bon à entendre. Toutefois, ne cherchez pas à restreindre votre usage de la Voix. C'est un don d'Akatosh lui-même. Vous l'avez reçu parce qu'il était nécessaire à l'accomplissement de votre destin. Tant que vous n'oubliez pas que votre Voix est au service d'Akatosh, vous resterez sur la bonne route.
Arngeir s'inclina pour saluer, écartant les bras.
- Le Ciel au dessus, la Voix au dedans.

Les portes de bronze se refermèrent derrière eux. À nouveau, le quatuor se trouvait face aux Sept Mille Marches. Sire Gawain s'inclina devant Artoria.
- Même les dieux de ce monde, reconnaissent que vous êtes le plus magnifique des rois. Je me permets de vous féliciter de vos nouveaux pouvoirs.
À sa matière inimitable, sire Lancelot se joignit aux félicitations du premier chevalier.
- ArRRr... thu.. uRrrR !
- Merci Gawain, merci Lancelot.
Rin Tohsaka se tenait devant une statue de Tiber Septim coiffé d'un casque ailé et écrasant un serpent sous ses pieds, examinant l'inscription sur la plaque.
- Tu n'absorbais pas les âmes de dragon en Bretagne... n'est-ce pas ? En tout cas aucune légende arthurienne ne mentionne un tel pouvoir.
- Non... bien sûr que non.
- Dans ce cas, tu l'as reçu après ton arrivée. Les Grises-barbes disent qu'il s'agit d'un don d'Akatosh. Ce dernier est le dieu dragon, le roi des Aedra, chef de ce panthéon. Il est à la fois le père des dragons de Nirn, le dieu du temps et le dieu solaire. Les elfes l'adorent sous le nom d'Auri-el ou Auriel. Le Graal a bien mentionné une mission...
- Oui, sauver Nirn, on n'en a déjà parlé.
Rin se retourna sur Artoria, levant un doigt comme à chaque fois qu'elle faisait la leçon à son amie.
- Et bien, il semble que le commanditaire soit Akatosh. Alors nous nous rendons à ce tombeau... euh... Usten... usted... Usquelquechose ?
- Ustengrav, corrigea calment Artoria.
- Voilà, pour trouver la corne de ce Jurgen Marchevent...
- Parlevent !
- ... avant de revenir ici te faire reconnaître comme Enfant de dragon.
Artoria secoua la tête.
- Non... cette tâche est sans doute la plus importante qui m'ait été confiée, il y a - cependant- qu'elle n'est pas la plus urgente. Hier, pendant notre jour de repos, un messager est venu me trouver. Il m'a remis une lettre qui m'a été envoyée par Falk Barbebraise, le chambellan du jarl Eilisif au Palais Bleu. Il n'a pas été explicite, ne voulant pas confier d'éléments importants à une lettre pouvant être interceptée. Néanmoins, il a mentionné le rituel que nous avons interrompu à la Grotte du Crâne de Loup.
Les yeux de Rin s'étrécirent brusquement. Un bras passé sur le ventre, se frottant le menton, elle se mit à réfléchir à toute vitesse.
- Cela ne peut vouloir dire qu'une seule chose... Potéma a bien réussis à se maintenir sous forme éthérée après que nous ayons interrompu le rituel.
Artoria approuva.
- Et la Reine-louve est de retour.
- N'empêche... Le roi Olaf, l'Aigle Carmin, le roi Borgas, Potéma... et même Ulfric, qui prétend au titre de Haut-Roi, le nombre de tes ennemis qui ont porté une couronne est impressionnant.
Sire Gawain s'inclina, une main sur le cœur, devant Rin.
- Damoiselle Tohsaka, le destin du vrai roi et de s'opposer aux tyrans et aux prétendants.


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Message par Anaxagore le Sam 22 Juin - 13:45

---Âtrefeu, 15e jour, 4E 201---

Le garde, adossé à une colonne à l'entrée du Palais Bleu, rectifia instinctivement sa position à l'arrivée du quatuor. La petite femme qui marchait en tête avait ce genre d'effet sur ceux qui la voyaient. D'abord, parce que sa beauté attirait le regard. Ses cheveux, réunis en une natte enroulée à l'arrière du crâne, semblaient être des fils d'or, ses yeux, des émeraudes. Sa longue robe froufroutant à chacun de ses mouvements, elle avait un air royal. Toutefois, des gantelets de métal couvraient ses mains jusqu'à ses avant-bras, un corselet souligné de quelques traits bleus serrait sa poitrine, tandis qu'une sorte de jupe de lames de métal couvraient ses flancs, des hanches à ses chevilles. Elle marchait calmement, son armure cliquetant à chaque mouvement, tandis ses bottes de métal crissaient dans les graviers.
Instinctivement, le garde déglutit.
Artoria Pendragon... Son arrivée, hier, et son installation à l'auberge du "Ragnard pervers" avait rapidement alimenté les ragots de la ville. Elle ne pouvait pas passer inaperçue, surtout avec la compagnie qui ne la quittait jamais. D'abord, les deux preux. Le premier, beau, blond, chevaleresque et galant faisait se regrouper sur son passage les jeunes femmes encore à marier. Rougissantes et pouffant entre elles, ces derniers rêvaient sur sire Gawain. Après tout, sanglé dans sa magnifique armure de plates brétonnes, il avait tout du noble défendeur de la veuve et de l'orphelin. L'épée à sa hanche appartenait aux légendes de Tamriel, Aubéclat, l'arme de la déesse Méridia.
Il faisait un contraste frappant avec le chevalier noir qui marchait à ses côtés. Plus grand, celui-ci portait un harnois complet aux détails étrangement flous. Par la vente de vision, on ne discernait qu'une lumière rouge. Certains disaient qu'il s'agissait d'un homme maudit, et fou. d'autres croyaient qu'il s'agissait d'un daedra d'Oblivion. En tout cas, voilà ce que l'on murmurait... car nul n'osait l'approcher, il semblait d'ailleurs incapable de parler, se contentant de grogner et de rugir. Sa puissance et ses prouesses guerrières en avaient terrifié plus d'un. La rumeur voulait que ce... Lancelot du Lac ait tué le dragon Mirmulnir.
Fermant la marche, il y avait aussi cette étrange jeune fille, coiffée de couettes. Sa tunique rouge ornée d'une croix blanche la moulait étroitement, aussi indécente que sa jupe noire trop courte. On la disait originaire d'Akavir, une mage utilisant des sortilèges inconnus grâce à l'énergie qu'elle stockait dans des joyaux. Cette Tohsaka Rin se faisait surtout remarquer par son étrange beauté, ses yeux bridés... et sa langue acérée.
Chacun des accompagnateurs de dame Pendragon aurait attiré rumeurs et racontars, s'il était venu seul à Solitude. Il faut dire que les gens attendaient avec avidité la nouveauté, l'inconnu. Un effet de mode...
Toutefois, l'intérêt pour le jeune chevalier féminin qui dirigeait leur groupe ne faisait que s'attiser. Moins de deux mois après son apparition en Bordeciel, Artoria Pendragon s'était déjà faite un nom. La liste de ses exploits ne cessait de s'allonger : chefs brigands éliminés, monstres tués, repaires de vampires nettoyés... Il avait suffis de quelques semaines à cette très jeune fille pour égaler la renommée de guerriers du double de son âge.
Plus, son comportement à la bataille de Korvenjund et, surtout, la manière dont elle avait commandé au cours du siège de Blancherive lui valaient un grand respect de la part des habitants de Solitude. La ville ne comptait pas pour rien comme le premier soutien de l'Empire en Bordeciel.
Le plus important, cependant, n'était pas là.
À la mort de Mirmulnir, dame Pendragon avait absorbé l'âme du dragon. Puis, les Grises-barbes l'avaient appelé au Haut-Hrothgar... Un Enfant de dragon venait d'apparaître en Bordeciel ! Comme dans les anciennes légendes !
Avec empressement, le garde ouvrit la porte d'entrée.
- Bienvenue au Palais Bleu, dame Pendragon, bafouilla-t-il.
La jeune femme en armure répondit d'un signe de tête, digne et élégant.
- Merci.
Le garde fut heureux de porter un heaume complet. Parce qu'il devait arborer, en ce moment, une expression de benêt heureux, parfaitement indigne d'un soldat en service. Mais... elle lui avait souri. Les deux autres chevaliers passèrent sans lui accorder d'attention. Tout au contraire de Rin. La magus lui décocha un regard moqueur et amusé qui fit bouillir le pauvre garde... Non seulement son embarras ne lui avait pas échappé, mais en plus elle se fichait ouvertement de lui. Un... démon rouge !

Dès son entrée dans le grand hall, les voix du jarl et de son chambellan parvinrent à Artoria. Il faut dire que le ton de leur conversation s'approchait fortement de la dispute.
Élisif la Juste semblait fortement irritée :
- Chambellan, quand vais-je voir le général Tullius ? Il y a des points dont nous devons discuter.
Falk Barbebraise répondit en faisant de son mieux pour paraître contris. Toutefois, épuisement et frustration s'entendaient aisément. - Je suis désolé, Vôtre Grâce, mais il a dû déplacer votre rendez-vous. La guerre ne lui laisse pas le moindre instant de repos.
Arrivée au sommet de l'escalier, Artoria découvrit la - minuscule- salle du trône du Haut-Roi. Autour de petites tables alignée à la droite du trône, des thanes buvaient et mangeaient tout en discutant à voix basse. Près du mur opposé, le huskarl du jarl veillait, en armure de plates nordiques, une épée orque au côté.
Élisif se donnait en spectacle, debout près de son trône et indignée. Elle n'en venait pas encore à taper du pied comme une petite fille, mais presque.
- Encore ? Il ne peut pas tout simplement annuler un rendez-vous avec le jarl ! Il sert dans ma capitale. À quelques pas, Falk Barbebraise s'efforçait de garder un ton apaisant :
- Il le peut tout à fait. Il tient son autorité de l'empereur que, techniquement, vous servez également. - Il utilise toutes les ressources d'Haafingar, et il ne répond même pas ? Ce n'est pas très correct. Le chambellan coula un regard presque suppliant en direction d'Artoria.
- La justice est une vertu que l'on trouve rarement en politique, Vôtre Grâce. Vous devez vous y résigner, j'en ai peur.
Sans répondre, le jarl d'Haafingar se laissa tomber dans son trône... bien décidée à bouder.
De son côté, Falk fit signe à Artoria de le suivre jusqu'à l'entrée des appartements privés, le plus loin possible des courtisans et de leurs oreilles indiscrètes.
- Dame Pendragon, c'est une joie de vous revoir. J'imagine que le messager a dû vous trouver. La femme chevalier salua d'une inclinaison du buste.
- Je suis également ravie de cette occasion de vous rencontrer à nouveau, chambellan. Vous avez dit, dans votre courrier, que vous vouliez me voir en rapport avec le rituel que damoiselle Tohsaka et moi-même avons interrompu, à la Grotte du Crâne de Loup.
L'expression du rouquin devint sinistre. - Oui, j'ai des nouvelles et elles ne sont pas bonnes. La Reine-louve est de retour dans la ville. Styrr dit qu'elle doit encore se trouver sous forme éthérée, sans quoi nous serions tous déjà morts. Styrr ? Le nom disait quelque chose à Artoria, il lui semblait que Falk Barbebraise avait déjà parlé de ce Styrr, mais n'en gardait qu'un vague souvenir. Comme elle s'en ouvrit au chambellan, celui-ci précisa qu'il s'agissait du prêtre d'Arkay de la nécropole. Comme tous ses semblables, il veillait sur le repos des morts. Derrière le Roi des Chevaliers, Rin Tohsaka parut alors se rappeler de la précédente conversation. - Oui, je me souviens, à présent. Vous avez dit que vous alliez lui parler de ma théorie sur Potéma et son retour parmi nous. Falk se tourna vers la jeune magus.
-Et je l'ai fait, vous devriez allez le voir vous-même. J'espère, qu'avec dame Artoria et Styrr, vous pourrez trouver une manière de sauver Solitude.
Le chevalier prit cet air résolu qui illuminait son beau visage. Mettant une main sur sa poitrine, elle sembla mettre tout son honneur dans la balance. - Vous pouvez comptez sur moi, chambellan Falk Barbebraise. Nous reviendrons victorieux.

La ville de Solitude baignait dans la clarté du soleil hivernal. Le ciel ne se drapait que de quelques nuages blancs qui ne voilaient guère sa splendeur céruléenne. Dans les rues, des mendiants croisaient des vieux guerriers, des gardes en patrouille et des dames bien habillées. Les enfants courraient entre les passants, jouant à se pourchasser, au grand agacement des adultes... et pour la plus grande joie des garnements.
On entendait des conversations et le bruit du marteau de Beirand, à la forge. Artoria grimpa en direction d'une petite chapelle surplombant le cimetière. Le chemin empierré était bordé de grelots de la mort, des fleurs violettes d'aspect assez sinistre, connues pour servir de base à plusieurs poisons. Ces plantes semblaient étrangement bien à leur place à proximité d'un temple consacré au dieu des saisons, mais surtout de la naissance, de la mort et de la renaissance.
Ils entrèrent dans un local de petite taille. Sur la droite, se trouvait un foyer circulaire où brûlaient des charbons ardents. À proximité, une table de lecture et quelques livres. La décoration était réduite au minimum. Toutefois, un crâne humain reposait sur le rebord d'une des colonnes qui entourait la porte, en face de celle qui avait servi à leur entrée.
Une voix chevrotante, attira l'attention d'Artoria sur un homme en robe bleu et encapuchonné. Il venait de se lever d'une chaise.
- Que venez-vous faire ici ? C'est l'entrée de la nécropole, vous devez vous être perdu.
Comme l'homme se rapprochait de la lumière, le Roi des Chevaliers découvrit un vieillard barbu, aux yeux sages.
- Seriez-vous Styrr ? Falk Barbebraise m'envoie pour que vous me parliez de Potéma. - Je vois, vous devez être dame Pendragon, Falk a fait votre éloge. Potéma ? Ah... la Reine-louve de Solitude. Une femme maléfique et manipulatrice, mais incontestablement brillante. Une des plus puissantes nécromanciennes de toute l'histoire. Je dois avoir un livre parlant d'elle quelque part. Rin passa devant Artoria et prit la parole.
- J'ai lu sa biographie... les longues heures de trajet en charrette entre les différentes capitales de châtellerie m'ont offerts de nombreuses occasion de rattraper mes retards de lecture. La voix du magus vibrait d'une ironie moqueuse et son regard pointé en direction du roi de Bretagne, ne se cachait pas d'être accusateur. - Voilà ce que c'est de voyager en compagnie d'une idéaliste qui croit qu'elle doit porter le monde sur ses épaules... Enfin, pour en revenir à Potéma, j'ai compris qu'elle avait pratiquement détruit l'Empire en imposant son fils comme empereur. Le prêtre d'Arkay ne la contredit pas.
- Oui, cela provoqua la Guerre du Diamant Rouge, un conflit qui divisa profondément les habitants. L'ironie, c'est que si elle était encore en vie, étant une Septim, elle serait immédiatement sacrée impératrice. - J'aimerais surtout savoir comment le rituel de la Grotte du Loup a-t-il pu la faire revenir. J'avais fait quelques hypothèses, cependant...
Rin écarta les bras dans un geste d'impuissance. Styrr se caressa la barbe.
- Falk a essayé de m'expliquer celles-ci. Néanmoins, entre nous soit dit, il n'entend rien à la théorie magique. Les nécromanciens ont utilisé un cercle d'invocation et un objet de lien. D'après la description que vous avez faite de l'incident, ils devaient sans doute espérer lui donner un corps ectoplasmique. Toutefois, la grande question est : "comment ont-ils pu invoquer Potéma ? ". Je pense que la Reine-louve s'est lancée un sortilège avant de mourir. Il a lié son âme, l'empêchant de quitter sa dépouille. Les nécromanciens ont pu la ramener sous forme éthérée tout simplement parce que la Reine-louve se trouvait toujours sur ce plan d'existence. Découvrez ses restes et amenez-les-moi pour que je puisse les exorciser. Ainsi, Potéma sera enfin envoyée dans le monde des morts. Artoria reprit la parole :
- Je le comprends aisément, mais où doit-on chercher ses ossements ? - Là où elle a péri, dans ses catacombes, sous la ville. Son fantôme doit s'y trouver également. Depuis sa défaite, l'y attendent des morts-vivants qui ne désirent que la servir. Les yeux du chevalier s'étrécirent.
- Ses catacombes ? - D'antiques souterrains qui servaient aux pratiques nécromantiques de la Reine-louve. Il y a quelques jours un draugr a défoncé un mur dans le temple des Divins, ouvrant un passage qui permet d'y accéder. Prenez cette clef, elle vous permettra d'accéder aux caves. Dépêchez-vous de l'éliminer. Ses serviteurs doivent œuvrer à lui rendre une forme physique, s'ils y parviennent, elle tuera tous les habitants de la ville avant de les transformer en morts-vivants.
Rin croisa les bras sur sa poitrine, ses yeux plissés regardaient Styrr avec suspicion. - Un draugr rouvre un accès muré des catacombes... Vous en déduisez qu'il s'agit d'un serviteur de la Reine-louve et que celle-ci est revenue, conformément à ce qu'Artoria et moi avons vu au cours de ce rituel. En dépit de l'urgence, au lieu de faire appel aux gardes de la ville, à la Légion ou aux Compagnons, Falk perd un temps précieux à nous fait rechercher dans tout le pays. Qu'est-ce que vous oubliez de nous dire ? Pourquoi est-ce nous qui devons affronter Potéma ? Styrr eut un hochement de tête approbateur.
- Seuls vous pouvez la détruire. Lorsque vous avez interrompu le rituel du Crâne de Loup, vous vous trouviez à proximité du cercle d'invocation. Cela a créé un lien entre vous et Potéma. Vous avez remplacé les nécromanciens en tant qu'ancre spirituelle. En fait, c'est vous - damoiselle Tohsaka- et vous - dame Artoria- qui permettaient à la Reine-louve de garder sa forme éthérée. En contrepartie, cela la rend vulnérable à vos attaques.
Rin se frotta le menton, contemplant le sol sans le voir. La jeune magus se mit à soliloquer à mi-voix :
- Bien sûr... si Potéma a été invoquée comme une sorte de familier supérieur, son état doit être semblable à celui d'un Servant. Ce qui fait des nécromants... oui, c'est cela... Ils ont fourni le prana qui a créé son corps... invoqué... mais sans réussir à la dominer... ils voulaient être les Master mais nous les avons vaincus... tué... avant qu'ils puissent vraiment la réincarner. Elle est donc inachevée et liée aux dernières personnes à s'être tenues autour du cercle d'invocation... Nous ! Nous sommes les Master, Artoria et moi sauf qu'elle ne nous obéis pas.
Rin regarda le dos de sa main où apparaissait trois signes : deux cercles concentriques, en partie ouverts, et une barre. Ses marques de commandement...

La clef fournie par Styrr déverouilla une grille dans les sous-sols du temple des divins. Artoria avançait en tête, comme à son habitude. Elle tenait Caliburn à deux mains, écartant les plantes humides qui tombaient du plafond. Au bout du couloir, elle découvrit un bas-relief incrusté dans le mur. Entre deux croissants de lune, il représentait une femme portant un pagne et des bottes de fourrure, coiffée d'une tête de loup dont les pattes cachaient ses seins. Ses bras pendaient le long de son corps, montrant ses paumes.
Comme le Roi des Chevalier s'avançait, une lumière bleue se mit à palpiter sur le relief sculpté, tendant des spires éthérées qui palpèrent Artoria, l'entourant d'une aura évanescente.
- Vous voilà enfin. L'héroïne qui m'a épargné la résurrection rentre au bercail. Lorsque vous mourrez, je vous ressusciterais pour que vous puissiez prendre votre place à mes côtés.
Comme la voix féminine susurrait ces quelques mots, la herse qui fermait le passage s'ouvrit. La Reine-louve les invitait dans son repaire... Rin déglutit de manière audible et se colla pratiquement à sire Gawain, qui marchait à ses côtés.
La salle dans laquelle ils pénétrèrent ressemblait à... un bar. Des caisses couvertes de toiles d'araignées poussiéreuses s'alignaient dans un coin. On voyait aussi des tonneaux. Et surtout des chaises retournées étaient alignées sur un comptoir. Ce dernier montrait lui aussi des signes de siècles d'abandon.
Le roi de Bretagne contourna un pilier au centre de la pièce et se retourna en entendant un bruit. Un draugr venait de quitter l'alcôve où il se tenait. Il n'eut pas le temps de dégainer son épée. Caliburn virevolta en deux arcs scintillants qui dessinèrent un X dans l'air. Il s'effondra... proprement coupé en six.
Plus loin, ils arrivèrent à un escalier. Les marches supérieures disparaissaient sous les gravats. Sans un mot, Artoria montra le bas des marches et ses compagnons acquiescèrent.
Le bruit des pieds chaussés de métal des chevaliers suffit à attirer une attention non désirée. Une voix d'homme résonna "Hé, qui va là ? ".
Tournant à l'angle du couloir, au bas des degrés, Artoria découvrit une pièce sur deux niveaux. Ils se trouvaient à hauteur du balcon supérieur. Près de l'escalier qui permettait de descendre, un vampire en armure de cuir noir leva une main chargée d'un sortilège. Artoria esquiva deux projectiles de glace qui se brisèrent contre les murs en éclats tranchants. Elle voulait se jeter sur lui, mais un draugr s'interposa par surprise, maniant une grande hache.
Il y eut échange de coups entre les deux adversaires qui tissèrent entre eux un magnifique jeu d'étincelles et de heurts métalliques. Cela ne dura qu'un bref instant...
Le draugr s'effondra, Arondight venait de le couper en deux.
Laissant derrière lui la forme floue de sa course, Lancelot du Lac bondit contre un mur, virevolta autour d'un deuxième draugr qu'il tailla en pièces. Touché par une stalactite de glace, il rugit de manière incohérente et furieuse avant de transpercer le coupable de son épée.
L'intégralité du combat avait duré le temps d'un battement de cil et déjà ses trois adversaires gisaient au sol...
Artoria inspecta les lieux. Avec son dallage de pierres blanches entrecoupées de lignes de pierres noires, et les piliers de bois qui soutenaient la mezzanine, l'apparence de la pièce était typique de Mornefort. On devait se trouver juste sous les pieds du général Tullius et de ses hommes, bien inconscients d'avoir de tels voisins.
Au milieu de salle, tables et chaises étaient empilés. On voyait aussi des tonneaux ainsi qu'un tas de bois de chauffage soigneusement coupé.
Et une grille... Artoria la secoua mais elle était bien fermée.
Derrière elle s'éleva la voix de Rin :
- Attends, je fouille le vampire.
Cela ne lui prit qu'un instant. La magus trouva une clef dans l'aumônière du mort-vivant. Elle descendit l'appliquer à la serrure. Le verrou se libéra permettant à la herse tourner sur ses gonds dans un grincement métallique.
Le Roi des Chevaliers reprit la tête, précédée de sa lame, ses yeux balayant l'étroit couloir. Une deuxième pièce se trouvait au-delà. Un cadavre desséché et poussiéreux lui faisait face, transpercé par plusieurs lances. Comme le sol devant lui avait un aspect curieux, elle préféra contourner le pilier -au centre de l'espace- en prenant par la gauche.
Ses réflexes jouèrent.
Alors même que son cerveau enregistrait la présence d'un squelette en armure antique qui quittait une alcôve, Caliburn bloquait déjà l'attaque puis contre-attaquait dans le mouvement. Le mort vivant explosa littéralement, projetant ses os brisés dans toutes les directions.
Alors qu'elle gagnait la sortie de la salle, son sixième sens lui hurla littéralement qu'un danger se trouvait dans son dos. Le chevalier se retourna pour voir les ossements du squelette se rassembler comme par le fait des mains invisibles. Une vapeur noire les entourait, recollant, réparant. Comme le mort-vivant se redressait à droite de Gawain, Artoria fonça. L'Épée Dorée des Victorieux pulvérisa une seconde fois le monstre... cette fois-ci, nulle magie néoromantique n'entreprit de le reconstituer et le Roi des Chevaliers échangea un sourire avec ses amis.
Ils arrivèrent dans une grande salle garnie d'une colonnade, sur deux niveaux. Ils y subirent une attaque de draugrs. Jeté en plein cœur de l'affrontement sire Gawain tressa le feu de la pointe de son épée, dessinant dans l'air d'éphémères mandalas ignées. Deux draugr furent ainsi blessés et maintenus à distance avant d'être achevés par Lancelot. Un troisième mort-vivant s'était dissimulé, passant derrière les colonnes pour prendre les deux chevaliers à revers. Cependant, la lame dorée de Caliburn le trancha comme il se préparait à attaquer. Après ce passage, les couloirs souterrains perdirent les caractéristiques typiques de l'architecture de Mornefort. Ils venaient d'atteindre des niveaux plus profonds et plus anciens, mélange de grottes naturelles et de cryptes d'anciens nordiques.
Dans une salle en partie immergée, Artoria élimina un vampire tandis que Gawain carbonisait deux draugr. Continuant, en longeant l'eau sombre qui avait envahis la partie la plus basse de ce secteur, ils débouchèrent dans une salle de torture installée dans une vaste caverne aménagée. Des cages suspendues pendaient au mur, encore occupées par les cadavres desséchés de pauvres malheureux. Divers instruments inventés par un esprit dérangé occupaient le centre de la grotte. Ils les contournèrent, en regardant autour d'eux. Cela leurs évita de tomber dans l'embuscade tendue par deux squelettes qui se dissimulaient derrière les piliers sculptés qui soutenaient la voûte naturelle.
Rin réagit la première. Une pluie de gandr jeta littéralement le premier mort-vivant contre un mur, le réduisant à un petit tas d'os concassés. Le second fut tenu à distance par Gawain et son épée enflammée, avant que Lancelot ne l'écrase avec sa violence coutumière. Toutefois, les squelettes se reconstituaient et Artoria dut les éliminer une seconde fois.
Ils franchirent une porte circulaire, découvrant un laboratoire d'alchimie. Les murs portaient des bas-reliefs qui racontaient l'histoire de la Reine-louve. Rin demanda à ce que l'on s'arrête le temps de les étudier. Les reproductions de Potéma, portant une peau de loup, étaient identiques à celle découverte au premier niveau des catacombes. Cependant, autour d'elle, convergeaient des personnages encapuchonnés, appuyés sur des bâtons de mage. Sur leurs épaules, ils portaient des civières accueillant des personnages entourés de linceuls funéraires. Il ne s'agissait probablement pas d'allégories de mises en terre de défunts... les sorciers avaient une apparence par trop sinistre.
- Cérémonies de nécromants... Oh, regardez là !
Rin montra une touche de couleur sur l'image en relief de la Reine-louve. Les quatre panneaux montraient des scènes peu différentes, taillées dans la roche grise, avec la reine nécromant en son centre. Seulement, sur celui-ci elle découvrit l'incrustation d'une petite pierre rouge. Taillée en forme de losange, elle reposait entre les seins de Potéma. Cela devait être important. Cela lui rappelait...
- Un diamant rouge ? Le... Chim-el-Adabal ?! L'Amulette des Rois.
Le Roi des Chevaliers s'approcha.
- De quoi s'agit-il ?
- Un artefact légendaire, détruit pendant la Crise d'Oblivion. Martin Septim s'en servit pour devenir un dieu-dragon, avatar d'Akatosh, et combattre Mehrunes Dagon, le prince daedra de la destruction. Si un jour nous allons à la Cité Impériale, on nous montrera certainement le dragon de pierre qui s'élève encore sur les ruines du temple de l'Unique. Il s'agit de la forme pétrifiée de Martin Septim.
- Damoiselle Tohsaka, cette gemme merveilleuse avait donc une grande importance pour l'Empire ?
La question venait de sire Gawain et Rin lui répondit immédiatement.
- On ne peut plus importante. Seuls les empereurs de Cyrodiil pouvaient porter l'Amulette des Rois. Enfin eux... et certaines personnes comme Mankar Camoran, le chef de l'Aube Mythique, le culte daedrique qui déclencha la Crise d'Oblivion. En tout cas, il était communément accepté, qu'outre les puissants pouvoirs qu'elle octroyait à son utilisateur, le Chim-el-Adabal ne pouvait être porté que par les empereurs légitimes. Quelqu'un se rappelle le nom que Styrr a donné au conflit qui a provoqué la chute de Potéma ?
- La Guerre du Diamant Rouge.
La voix douce d'Artoria venait de donner la bonne réponse. Rin toucha la représentation de l'amulette sur le bas-relief.
- Ce Diamant Rouge ! Voilà pourquoi Potéma est si dangereuse. Il ne s'agit pas seulement d'une puissante nécromancienne avide de pouvoir... Nous sommes face à une prétendante au trône du Dragon. Une candidate bien plus légitime que tous les membres de la dynastie Médée réunis. La moitié du Conseil des Anciens pliera le genou devant la Reine-louve, tout simplement parce qu'elle s'appelle Potéma Septim, pareil pour les militaires, et les nobles. Qu'elle se réincarne et l'empereur Titus Médée II n'aura plus que le choix entre la guerre civile et la soumission.
Gawain parut dégoûté.
- Devant une nécromancienne ?!
Rin secoua la tête.
- Devant une Septim, une descendante directe de Talos ! Un Enfant de dragon !C'est bien parce qu'il s'agit de la Reine-louve que seulement la moitié des décideurs se rallieront à elle.

Ils traversèrent encore de nombreuses salles. Des draugrs et des vampires les défendaient. Ils rencontrèrent des pièges et des portes qui s'ouvraient en résolvant des puzzles. Néanmoins, rien ne les retint sérieusement. Un seul adversaire se révéla capable de rendre coup pour coup, mettant même Lancelot en difficulté. Ce suzerain draugr, coiffé d'un casque à cornes et armé d'un espadon en ébonite, combattait seul. Les chevaliers se déployèrent pour l'entourer, il fut alors accablé de coups, avant que Gawain ne recoure au pouvoir d'Aubéclat.
Aussitôt, il y eut une explosion de lumière gris-bleue, accompagné par un son rappelant le heurt de deux lames métalliques. Enveloppé de flammes surnaturelles le monstre mort-vivant s'effondra à genoux avant de crouler en cendres !
Le quatuor découvrit ensuite un charnier. Des draugr en armes, des corps cousus dans des suaires et même une vampire se trouvaient jetés pêle-mêle, s'entassant par endroit jusqu'à hauteur de la hanche. On ne pouvait traverser la pièce étroite sans marcher sur eux. Difficile de faire plus déplaisant... encore que... Sur une des parois, on pouvait voir une gravure de Potéma. Des tourbillons de lumière bleutée en sortirent :
- Nous y sommes presque, venez mon enfant. Que vous me serviez dans la mort.
Les cadavres, enveloppés d'une aura de sinistre clarté, se remirent debout. Oui, les morts-vivants étaient nombreux. Cependant, ils périssaient encore plus vite que la nécromancienne ne les relevait. Caliburn et Arondight les fauchaient comme des faux passant dans les blés. Le combat durait... Puis, Gawain, ferraillant aux côtés des deux autres chevaliers, fit une nouvelle fois appel à la puissante Aubéclat. Cette fois-ci, comme la vague d'énergie traversait les corps pressés de nombreux ennemis, l'effet fut encore plus spectaculaire. Dans un cercle de plus de trois mètres de diamètre, tous les mort-vivants s'embrasèrent. Un instant plus tard, la chambre ne contenait plus que des cendres ardentes... Un escalier les conduisit à une sorte d'arène ovale. Les gradins - sur deux niveaux- n'accueillaient pas des sièges. On y trouvait seulement des sarcophages dressés contre les parois. Ils n'y jetèrent qu'un bref coup d'œil. Quelque chose de bien plus impressionnant leur faisait face. Juste sous la voûte, une lumière crue, blessante, émanait d'un sphère électrique qui auréolait une silhouette élusive faite d'énergie condensée... La forme semblait humaine, mais sans traits discernables. Cependant, elle avait des courbes typiques d'une femme. Comme la voix irritée qui en tomba soudain : - Vous avez fait du chemin, mais résisterez-vous à mes sbires ? C'est ce que nous allons voir !
À l'appel de Potéma, les couvercles des premiers cercueils tombèrent dans un grand fracas. Aussitôt, le monde sombra dans le chaos. Artoria courut en avant, sautant au bas de l'arène pour esquiver un des tentacules électriques surgis de l'aura de Potéma. L'arc de foudre balaya les sarcophages au-dessus d'elle, laissant une trace noire dans la pierre.
Le Roi des Chevaliers n'affrontait pas seulement la Reine-louve. Un draugr en haillon se jeta sur elle. Parade, feinte, attaque, sa tête casquée sauta de ses épaules.
Précédé par une volée de gandr, Lancelot culbuta un groupe de mort-vivants, les projetant en tout sens par des mouvements rapides des deux épées veinées de rouge qu'il maniait.
Plus loin, un pentacle naquit sous les pieds de Gawain... Un instant plus tard, les flammes enveloppèrent les draugr qui se jetaient sur lui.
Néanmoins, Artoria n'avait pas le loisir de regarder les combats des autres. Le temps que le chevalier détruise un ennemi, deux autres sortaient des sarcophages. Quant à celui qu'elle venait d'abattre, les pouvoirs de nécromancienne de la Reine-louve le relevait déjà pour le relancer à l'attaque.
Tout se passait trop vite pour qu'elle puisse planifier...
Trop vite pour faire autre chose que réagir...
Impossible de rester immobile pour combattre, les décharges de foudre frappaient sans cesse...
Il fallait esquiver, courir, esquiver à nouveau...
Le Roi des Chevaliers s'abandonnait complètement à son instinct de combat. Ses mouvements s'enchaînaient à la perfection.
- Fus... Ro !
Repoussé par les deux premiers mots du Déferlement, un trio de draugr fut jeté au sol. Artoria para l'attaque d'un autre, puis esquiva l'arc électrique qui revenait vers elle. Elle sauta sur une estrade pour reprendre sa course. Un mort-vivant sortit d'un sarcophage et l'engagea quelques instants avant qu'elle n'échange sa place avec Lancelot qui courrait en sens inverse, poursuivis par un tentacule de foudre. Elle retourna d'une cabriole au fond de l'arène pour échapper à cette attaque.
Si le Roi des Chevaliers n'avait eu ne serait-ce qu'un instant pour s'inquiéter de la situation, elle aurait probablement jugé la situation sans issue.
Impossible d'attaquer Potéma à l'épée, elle planait au-dessus de sa tête, hors d'atteinte. Quant à s'immobiliser pour utiliser son Noble Phantasme.... cela revenait à signer son arrêt de mort. Seule sa vitesse lui permettait d'éviter les décharges de foudre ou de se retrouver encerclée par les draugr.
En fait, le combat durerait aussi longtemps que son endurance permettrait de le prolonger. Bien que formidable, celle-ci ne pouvait être qualifiée d'illimitée. Que ses mouvements se ralentissent, que ses réflexes s'émoussent et...
Pourtant, les choses tournèrent mal bien avant cela.
La plupart des sbires de Potéma ne pouvaient affronter Artoria avec la plus infime chance de victoire. Toutefois, ses généraux constituaient une toute autre affaire.
L'un deux se trouva sur le passage du chevalier.
- Zuul... Haal... Viik !
Le cri Désarmement arracha Caliburn à sa main et la fit chanceler sur ses pieds. Le suzerain draugr fit alors siffler sa hache d'arme en ébonite et Artoria esquiva une attaque après l'autre, ses yeux cherchant son épée...
Le roi de Bretagne ne se trouvait pas seulement privée d'arme. Déconcentrée, elle en oubliait quelque chose de crucial.
L'arc électrique frappa le chevalier entre les épaules, la projetant en avant.
L'odeur d'ozone et de chair brûlée démontrait bien que la puissante protection magique d'Artoria ne pouvait pas la cuirasser complètement contre les sorts d'une magicienne aussi forte que celles qui vivaient sur Terre à l'Âge des Dieux.
- Arrachez-lui les yeux, jubilait Potéma.
Un concert de cris horrifiés, Rin et Gawain, répondit au rugissement colérique de Lancelot. Les muscles tétanisés par les décharges électriques qui continuaient à parcourir ses nerfs, Artoria ne parvint qu'à se relever péniblement pour voir le suzerain draugr brandir sa hache au-dessus de sa tête. Si cela ne suffisait pas, d'autres mort-vivants convergeaient sur elle.
- Dir volaan ! ("Meurs rapidement !")
Heureusement, l'ancien maître de Camelot pouvait compter sur les chevaliers de la Table Ronde. Le bruit de heurt métallique qui accompagnait l'explosion de pouvoir d'Aubéclat créa un cercle dans lequel tous les draugr se retrouvèrent enveloppés de flammes surnaturelles. Contrairement, aux simples soldats du charnier, les membres de la garde d'élite ne croulèrent pas en cendre.
Néanmoins nombre d'entre prirent la fuite, terrorisés. Quant au général de la Reine-louve, il ne survécu que quelques instants à la fureur de Lancelot. Déchaîné, il le massacra avec la plus grande sauvagerie.
Au-dessus d'eux, rendue furieuse par la débâcle de ses troupes, Potéma laissa fuser un glapissement de rage :
- N'applaudis pas trop vite ta victoire, vermisseau.
Deux tentacules électriques supplémentaires surgirent de la sphère d'énergie qui l'entourait. En tout, quatre appendices balayaient à présent l'arène. Gawain et Lancelot purent esquiver, tandis que Rin - restée près de la porte- se réfugiait dans le couloir d'entrée. Néanmoins, Artoria souffrait encore de spasmes musculaires.
Projetée par un arc de foudre contre un sarcophage, le Roi des Chevaliers roula au sol au milieu des fragments du cercueil de pierre, pulvérisé par la violence de l'impact. Toutefois, la Reine-louve s'acharnait, bien décidée à en terminer au plus vite. À nouveau soulevée par un impact fulgurant, Artoria heurta le mur opposé, rebondit avant de finalement s'écraser dans l'espace central. Un dernier éclair la frappa alors, l'enfonçant littéralement dans le sol.
Potéma observa alors le résultat de son déploiement de puissance.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, le chevalier n'était pas passé de vie à trépas. Ses vêtements fumaient, déchirés et poissés de sang, alors que son armure montrait des traces de fusion. En dépit de cela, elle se redressait maladroitement...
- Futile effort, mortel. Il est temps pour toi de rejoindre les rangs de mon armée. Cependant, si tu désires prolonger tes souffrances, à ton aise. Crois-moi, j'adore discipliner mes futurs esclaves.
Les draugr revenaient dans l'arène, remis de la terreur que répandait Aubéclat. Cette fois, plus rien ne semblait pouvoir sauver le quatuor.
Rin sortit de son abri, levant la main ornée d'un tatouage écarlate.
- Par ma première marque de commandement, je t'ordonne, Potéma Septim, de sceller ta forme électrique.
Une sorte de claquement retentit dans la pièce et la première marque disparut. Potéma rugit d'une indescriptible colère, soudain entourée d'une luminosité rouge... Le pari de la magus avait fonctionné. Le lien créé par le rituel était suffisant pour que la Reine-louve soit considéré comme un Servant... son Servant.
Peut-être était-ce une malédiction inter-universelle. En tout cas, les multiples itérations de la magus Rin Tohsaka semblaient condamnées à se retrouver liées à des Servants rétifs voire incontrôlables.
Quoi qu'il en soit, la forme d'énergie retraita par une porte, tout en se métamorphosant.
Rin ne gâcha pas un instant.
- Vite, occupez-vous des draugr pendant que je soigne Artoria.
Les chevaliers de la Table Ronde obtempèrent, et leurs lames firent le vide dans la masse des morts-vivants.
Tirant une de ses meilleures pierres précieuses de sa poche, la jeune génie retourna le Roi des Chevaliers sur le dos, horrifiée par les blessures que portait son amie.
- Repariere... Wiederbelebung... Heilung, Feuer, Schmerz, incanta-t-elle.
Dans sa main, la gemme se mit à répandre une douce lumière.

Ayant récupéré l'Épée Dorée des Victorieux, Artoria pénétra dans une petite salle du trône au plus profond des catacombes. Une bataille violente venait de s'y dérouler. Tas de cendres fumantes et draugrs coupés en morceaux le rappelaient.
Seulement trois des combattants avaient survécu.
Appuyé sur Aubéclat, sire Gawain luttait pour garder conscience. Son armure endommagée et fumante, son visage changé en masque de sang, disaient clairement qu'il venait d'être battu comme plâtre.
Un puissant arc électrique chassa la forme noire de Lancelot, l'éjectant à l'autre bout de la pièce dans un crépitement formidable.
Encastré dans le mur, il retomba à quatre pattes, se tordant grotesquement.
- RRRRR... rrRRR... RRRRR !
Le monstre dément se ramassa, prêt à bondir. Néanmoins, Artoria lui coupa la route, levant la main dans un geste d'interdiction.
- Non, sire chevalier. Votre roi désire affronter elle même le présent ennemi.
Bien qu'épuisée, Artoria devait combattre. Comme Styrr l'avait expliqué, le lien entre elle et la Reine-louve la rendait plus faible à ses attaques. Lancelot, transformé en berserker, constituait normalement un fléau impossible à arrêter... mais il ne faisait pas le poids contre cet adversaire.
Se tournant vers le sommet des marches, le monarque venu d'un autre monde fit face au fantôme d'une souveraine morte depuis longtemps. Privée de sa forme électrique par la marque de commandement de Rin, elle apparaissait à présent sous la forme d'un squelette translucide et couronné. Sous l'effet d'un vent surnaturel, les loques de robe royale flottaient à sa suite. Dans sa main, une épée dwemer dans un alliage semblable au bronze.
Artoria salua de sa lame.
- Un vaillant effort, reine Potéma Septim, je loue votre pugnacité et vos aptitudes. Elles seraient dignes d'une meilleure cause. Toutefois, je me dois de vous arrêter. J'ai prêté serment de protéger l'Empire contre les menaces comme celle que vous représentez.
- Si tu crois que je te crains, vermisseau. Viens, si tu l'oses...
- Telle est bien mon intention.
Le chevalier empoigna Caliburn à deux mains. Des tourbillons de lumière bleue naquirent sous ses pieds, convergeant vers son Noble Phantasme. Simultanément, un déplacement d'air violent l'entoura pour faire claquer sa robe.
- Oh... vent !
Et l'Épée de la Sélection disparut... l'air sembla se gauchir autour d'elle, l'effaçant. Sword of the Wind King, une variante de son pouvoir Invisible Air - sa capacité à manipuler le vent - constituait un peu la signature d'Artoria Pendragon. Elle l'utilisait rarement sur Caliburn, répugnant à masquer cette lame qui agissait comme un étendard capable de rallier le courage de ceux qui la voyaient. Toutefois, l'air compressé qui l'entourait à présent, accroissait sa capacité à trancher et donc les dégâts infligés. De plus, une épée invisible constituait un avantage certain. Comment parer une attaque que l'on ne voyait pas ?
Il y eut comme un coup de tonnerre. Seule une image rémanente d'Artoria subsistait là où elle s'était tenue, tandis que la poussière soulevée par sa course voilait l'air de la tombe.
Potéma poussa un cri de surprise et se jeta de côté, comme le chevalier surgissait à trois pas d'elle. La Reine-louve cherchait désespérément à éviter ou parer la grêle de coups qui s'abattait sur elle. Toutefois, la nécromancienne n'y réussissait que très partiellement.
Potéma s'enveloppa soudain de lumière en une détonation silencieuse. L'onde de choc repoussa Artoria, guère blessée, mais temporairement aveuglée et les oreilles tintant comme si elle tenait dans un clocher où les cloches sonnaient à la volée.
- Une épée invisible ! N'est-ce pas une attaque lâche, chevalier ?
La reine-louve avait craché le dernier mot comme une insulte, tout en se concentrant sur un autre sortilège. Un pentacle d'électricité se forma dans l'air, capturant le roi de Bretagne et la crucifiant au milieu de décharges de foudre.
Le sort se dissipant, Artoria retomba au sol. Le Roi qui a Régné et qui Régnera coula un regard furieux à l'ancienne reine de Solitude.
- Oh ? Vous croyez pouvoir donner des leçons aux autres ?
- Peut-être pas en ce domaine, admit-elle.
La nécromancienne leva une main et un rayon violet en fusa. Il frappa le chevalier à l'épaule et la blessa.
- Mais, au moins, je peux parler et me battre, tu n'as pas assez de cervelles pour faire les deux !
Artoria leva son épée d'une main, l'autre pressée sur sa plaie, cherchant à étancher le sang qui s'en écoulait.
- Starlight... Convergence !
Sword of the Wind King fut dissipée en un instant, et Caliburn se mit à irradier tandis que l'air brutalement libéré fusait, projetant Potéma au sol.
Aveugler et assourdir pouvaient être joué à deux. Caliburn - entourée de lumière dorée- frappa la Reine-louve qui hurla de douleur. Diminuée, mais pas encore mourante, celle-ci retraita en planant au-dessus du sol, cherchant à se mettre hors d'atteinte du chevalier et multipliant les attaques.
Éclairs, rayons violets, pluie de stalactites de glace... son arsenal de sort y passa tout entier sans guère de résultat. La nécromancienne relevait également les cadavres de ses sbires pour les lancer contre son ennemie, mais... en vain.
Comme la jeteuse de sorts expulsait une pluie de globules de lumière, Artoria zigzagua entre les projectiles avant de bondir. Le chevalier sembla s'effacer... Potéma la rechercha désespérément de droite comme de gauche alors qu'elle se trouvait au-dessus de sa tête. Caliburn frappa comme le chevalier retombait derrière son dos.
La Reine-louve poussa un glapissement où se mêlait souffrance, colère et terreur...
Elle tenait à peine debout et sa forme spectrale s'effilochait...
- Non... non... Qu'Oblivion t'emporte... crève ! Je... j'attends ma vengeance depuis des siècles ! Je ne peux pas périr... pas par la main d'une méprisable créature insignifiante comme toi...
- Il faut se méfier des apparences, reine Potéma. Je suis peut-être plus petite que vous, mais on m'appelle le Grand Dragon Rouge de Bretagne.
L'Épée de la Désignation frappa une dernière fois et le spectre se dilua, ne laissant qu'un petit tas d'ectoplasme sur le sol.
Artoria avisa, posé sur le trône, un crâne portant le même cerclet d'or orné de pierreries qu'avait arboré le fantôme de Potéma. Elle s'en saisit pour se retourner sur ses amis.
- Rapportons cela à Styrr et faisons notre rapport au chambellan... ensuite nous pourrons nous reposer.
Lancelot ne semblait pas particulièrement affecté par les violents combats de la journée, mais Gawain marchait soutenu par Rin. Laquelle semblait proprement exténuée. Artoria se doutait qu'elle ne devait pas faire meilleure figure.
- Je tiens à tous vous féliciter. Nous venons de faire face à un terrible ennemi. Depuis mon arrivée en Bordeciel, jamais je n'ai été aussi près de la défaite... votre aide a été primordiale en ce combat. Surtout la tienne, Rin. Je sais quel prix tu accordes à tes marques de commandement, et je te remercie d'en avoir sacrifiée une pour me sauver.
La magus vira au pourpre et détourna le regard.
- Je... je n'ai fait que soutenir mon allié. T-t-t-t-tu n'as pas besoin de me dire merci pour si peu.


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Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots. William Faulkner
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Message par Anaxagore le Sam 29 Juin - 12:45

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---Âtrefeu, 17er jour, 4E 201---

- Sire Lancelot, voudriez-vous me donner le sac qui se trouve à gauche... non, à ma gauche, pas à votre gauche. Je le montre du doigt...
- Rrrr... RRrrr... ?
Debout à l'arrière de la charrette, Artoria Pendragon s'efforçait de contenir son irritation. Le jeune chevalier jeta un regard autour d'elle pour voir si quelqu'un pouvait l'aider. Malheureusement, sire Gawain semblait accablé par la tâche de compter fleurettes à trois jeune filles et avait complètement oublié qu'ils se trouvaient sur le point de partir. Où qu'ils s'installent, le chevalier du soleil semblait inévitablement attirer ce genre d'attention féminine...
L'affrontement contre la Reine-louve avait lourdement taxé les trois combattants. Il leur avait fallu plusieurs jours de repos pour récupérer leurs capacités offensives. Pendant ce temps, la forge de Solitude avait réparé leurs armures endommagées.
Le temps était à présent venu de quitter la ville pour partir à la recherche de la corne de Jurgen Parlevent à Ustengrav, dernière des épreuves imposées par les Grises-barbes au Roi des Chevaliers. Encore fallait-il que ses amis rejoignent le charriot et chargent leurs bagages.
- Non... pas cette sacoche, sire Lancelot, la rouge.
Rin Tosaka mit une chaussure sur le marchepied et remercia le Roi des Chevaliers qui venait de saisir sa main pour l'aider à grimper.
- Je crois que Lancelot voit tout en écarlate...
Artoria regarda machinalement en direction du chevalier du Lac. La lumière sinistre qui filtrait par sa visière ne reflétait que de la couleur du sang versé. Cela contribuait très certainement à l'aspect sinistre du berserker.
- Tu as probablement raison.
Comme Rin s'asseyait sur la banquette, tirant un livre de son propre sac, elle vit - enfin- le preux en plates noires tendre la besace que demandait son amie.
- Quelque chose de précieux ?
- Les potions : soins, magie, guérison des maladies et diverses protections élémentaires...
La jeune magus grimaça d'un air écœuré.
- Il est effrayant de voir le nombre d'alchimistes ayant pignon sur rue et les effets pathétiques de ce qu'ils vendent. Une potion qui offre une protection contre le feu de quinze pourcent pendant trente secondes. Si j'avais créé quelque chose comme ça, mon professeur m'aurait très certainement puni pour un gaspillage de réactifs. Je me vois déjà condamné à lui cuisiner du mapo tofu pendant toute la semaine !
Artoria considéra Rin d'un air amusé.
- Un jour, il faudra vraiment que tu m'expliques quel genre de plat est le mapo tofu, pour que tu en dises tant de mal. À moins que ce ne soit de ton professeur...
- Le mapo tofu est un plat satanique créé par un faux prêtre qui est également mon professeur de magie. Sa recette repose presque exclusivement sur un cocktail d'épices infernales qui, mélangées ensemble, produisent un engin incendiaire capable de cautériser les papilles gustative, enrouer l'infortuné pour plusieurs heures et le faire pleurer comme à l'évocation de son plus grand chagrin d'amour... même s'il n'est jamais tombé amoureux. C'est ce que mon gardien aime le plus manger...
Le Roi des Chevaliers battit des paupières. Elle avait l'air si surprise par sa répartie que Rin se mit à rire.
- Quelqu'un mange vraiment quelque chose comme ça ?
- Oui, Kirei Kotomine.... mais je doute que l'on puisse le ranger dans la catégorie des gens communs...
La magus soupira.
- Je n'aurais jamais cru qu'un jour Kirei en vienne à me manquer.
- Je compatis, Rin. Je ressens la même chose. Nombreux sont mes amis et mes familiers qui me manquent... même parmi ceux qui m'agaçaient le plus.
Le conducteur de la charrette se retourna sur elles :
- Je ne peux pas attendre plus longtemps, dépêchez-vous de vous installer.
Rin se mit debout et agita la main.
- Sire Gawain, sire Lancelot, dépêchez-vous, Artoria ne semble pas très contente.
Le ton était celui de la plaisanterie, toutefois les deux Bretons ne se le firent pas répéter. Le chevalier du soleil s'excusa de ne pas avoir participé au chargement. Cependant, la galanterie le poussait à répondre aux femmes qui s'adressaient à lui.
Tandis que Rin levait les yeux au ciel, leur roi répondit d'un simple signe de tête, sans montrer ce qu'elle pensait réellement. Poussant son cheval en avant, le cocher fit claquer son fouet. Tandis que les sabots frappaient la route pavée, l'attelage se mit en route, grinçant et brinquebalant. Il leur faudrait descendre vers le sud, traverser Pondragon, avant de continuer vers l'est jusqu'à Morthal. Le charriot ne les mènerait pas plus loin. Il leur faudrait ensuite continuer à pied, au travers des marais de la Hjaal.
Voyant que la magus avait commencé la lecture du livre qu'elle avait apporté, Artoria s'attarda sur sa couverture.
- "L'art de ma magie de guerre" par Zurin Arctus ? C'est intéressant ?
- Très intéressant ! Zurin Actus me fait penser à Sun-Tsu. Mais, j'ai du mal à comprendre certaines choses. Par exemple, que veux-t-il dire par " l'art de la guerre est tout d'application" ?
Le Roi des Chevaliers prit quelques instants pour réfléchir.
- La plupart des décisions qui influent sur le cours d'une guerre sont prises avant qu'elle ne commence. Il s'agit d'ailleurs plus de choix économiques que militaires. Ainsi, si vous investissez pour entraîner la population à l'art de la guerre, vous aurez une large armée désireuse de défendre son foyer. Si vous construisez des châteaux, et réparez les murs des villes, vous offrez des ouvrages défensifs pour tenir le pays. Cela déterminera votre stratégie. Ce qui est vrai en ce domaine l'est encore plus pour la tactique.
Artoria considéra sérieusement son amie.
- Imagine que tu ais une armée formée d'hommes d'armes en cottes de maille, écus, épées, et casques ; d'archers sans armures ; de troupes d'escarmouches sans armures, mais avec un bouclier et des javelots ; ainsi que des chevaliers en armures de plates. Tes éclaireurs te signalent l'arrivée des ennemis. Il faut que tu t'installes là où tu es, c'est-à-dire une plaine avec de larges champs de hautes herbes, une colline plate. Comment places-tu tes troupes ?
Rin ne connaissait pas grande chose à la pratique des guerres médiévales. Elle se gratta la joue, imaginant toute sorte de situations avant de finir par soupirer.
- Je ne sais pas vraiment. Je suppose que si j'essaie de répondre, je ne ferais que démontrer mon ignorance.
Son amie sourit.
- Tout le monde commence par être ignorant. Il faut placer les archers au sommet de la colline pour augmenter leur portée, les hommes d'armes sur le flanc de la colline pour qu'ils soient placés de manière à protéger les tireurs et bénéficient également de l'avantage de la hauteur. Les troupes d'escarmouches doivent se dissimuler dans les hautes herbes. Quant aux chevaliers, ils ne peuvent charger que dans une plaine dépourvue d'obstacle. Au final, il n'y a nullement là des "décisions" juste l'adaptation de son outil militaire aux contraintes du terrain. Tout l'art de la guerre se résume à connaître les capacités de ses troupes et les caractéristiques du champ de bataille où l'on va combattre. Même le plan de bataille en découle. Ici, je commencerais par faire tirer mes archers, pour attirer l'ennemi vers le point le mieux défendu de mon dispositif. Comme il monte le flanc de la butte, je le pends en embuscade avec mes troupes d'escarmouches. Tant que l'ennemi est encore sous l'effet de la surprise, je fais charger ma chevalerie sur son flanc.

Alors que l'attelage approchait de Pondragon, un cri se fit entendre dans le ciel. Instantanément, les chevaliers tournèrent les regards vers le firmament. Il s'agissait d'une journée grise. Les nuages roulaient au-dessus d'eux, ne laissant que des déchirures de ciel bleu entre les pans de l'épais manteau de nuée.
Les trois paires d'yeux qui sondaient le monde au-dessus d'eux ne discernaient rien. Rin prononça quelques mots d'un sortilège de détection.
Une nouvelle fois, le cri retentit.
Gawain se redressa, doigt tendu.
- Là ! Au sud-ouest !

Franchissant la barre rocheuse qui surplombait Pondragon, un dragon blanc venait de glisser à la verticale de la scierie, avant de virer d'un coup d'aile. Il passa sur leurs têtes, et ils entendirent le claquement des ailes juste avant que l'ombre ne survole le cheval de trait qui hennit de terreur.
Ils avaient clairement eu le temps de regarder le monstre. Ses écailles claires oscillaient entre le gris-bleu et le blanc, et ses ailes ressemblaient à un tissu de cendre. La tête portait des cornes et des barbillons ornaient le bas de sa mâchoire.
Des gens couraient dans les rues de la petite ville. Des parents appelaient leurs enfants. Des gardes vêtu du plaid de rouge d'Haafingar et se protégeant avec le bouclier orné d'une tête de loup criaient aux habitants de se disperser.
Soudain, le dragon blanc plongea et ouvrit la gueule. Comme son apparence pouvait le suggérer, un cône de glace se forma à la sortie de son museau. Son souffle tourbillonna. Une bourrasque d'un vent polaire couvrit de glace les murs de l'auberge des quatre boucliers. Heureusement, les Nordiques possédaient une immunité presque totale au froid et ceux qui furent touchés continuèrent à courir sans paraître blesser.
Faisant claquer sa longue queue barbelée, le dragon fit une ressource pour reprendre de la hauteur et vira vers l'est.
- Arrêtez-vous, cria Artoria au cocher.
Blanc comme un linge, terrifié par la présence du dragon qui revenait déjà vers eux, le conducteur vit ses passagers sauter à terre. Lancelot banda un arc et lança plusieurs traits rougeoyants, laissant derrière eux une traînée de fumée noire.
Le grand ver ne fut même pas effleuré. Il se déplaçait trop vite, avec une manœuvrabilité incroyable, surtout pour une créature de sa taille. Cependant, les attaques le déconcentrèrent suffisamment pour que Gawain expédie une vague de flamme qui le toucha à l'aile. Incommodé, le monstre se posa un instant sur le toit d'une maison, balayant de son souffle la rue en contrebas. Il visait particulièrement le chevalier du soleil. Feu et froid se heurtèrent de front faisant rugir l'air malmené.
- Fus... Ro...
Frappé par le cri de Déferlement, le dragon agita son long cou couvert d'écailles :
- Dovahkiin !
Cette nouvelle attaque venait d'une petite femme portant une étrange armure sur une robe bleue. Il la contempla quelques instants. Puis, comme flèches, gandr et flammes convergeaient sur lui, le dragon reprit son envol.
Pour les grands vers cracheurs, les mortels ne constituaient guère plus qu'un gibier. Ils les chassaient avec le même plaisir que les seigneurs de Haute-Roche forçaient les biches à courre. Pour le plaisir de la traque et de la mise à mort. Cependant, aux yeux des Dovh - les dragons-, le Dovahkiin se trouvait bien plus près d'eux que des mortels. D'une part, l'Enfant de dragon pouvait réellement les tuer ce qui en faisait un ennemi dangereux. De l'autre, le vaincre amenait une renommée égale au triomphe au combat face à un autre Dovah.
Pendant quelques minutes, les deux partis se livrèrent à un véritable jeu du chat et de la souris. Le dragon usait de sa vitesse et de son agilité pour laisser sur place ses ennemis, esquiver leurs attaques, dès qu'ils le pressaient trop.
Cela pouvait sembler incroyable mais, en dépit de leur masse, les dragons pouvaient manœuvrer avec une grande maestria. Plus, ils n'ignoraient ni les feintes, ni les manœuvres de contournement. Le monstre de squame pâle rôdait au-dessus de leurs têtes. Disparu derrière un sommet, il plongeait soudain sur eux d'une autre direction, crachant des bourrasques glacées qui avaient rapidement couvert Pontdragon d'éphémères sculptures de givre.
Artoria souffrait mais n'en laissait rien paraître.
Son armure alourdie de glace, ses mouvements entravés par des échardes gelées, elle n'écoutait même pas au supplice de sa peau nue prise dans les bourrasques. Le souffle du dragon absorbait sa chaleur, privant la bougie de sa vie du combustible qu'elle nécessitait pour brûler.
Pourtant, le chevalier se contentait d'attendre le bon moment...
Il s'agissait d'une lutte d'endurance contre un adversaire insaisissable dont le pouvoir consistait justement à éteindre la résistance de ses ennemis.
Un suicide...
Sauf qu'Artoria n'affrontait pas pour la première fois un antagoniste arrogant, certain d'être un "dieu". Cela lui avait appris une chose, ce genre de faquins ne se contentait jamais de tuer leurs ennemis de loin. Il leur fallait les écraser pour se sentir... se sentir... quoi en fait ?... Elle ne comprendrait jamais. Sous leur arrogance, leur orgueil se comportait comme une blessure à vif qu'il fallait sans cesse apaiser.
L'important était que son adversaire finirait par arriver assez près du Roi des Chevaliers et qu'à ce moment elle aurait l'occasion de le frapper.
Entendant un claquement d'aile au-dessus de son épaule, Artoria se retourna.
- Fus... Ro...
Le cri du Déferlement visait l'aile. Le dragon blanc se retrouva déséquilibré alors qu'il allait Crier et s'écrasa violement entre deux maisons, ouvrant la rue comme un soc de charrue retournerait la terre. Secoué, mais pas vraiment blessé, le monstre se redressait déjà. Dépliant ses ailes froissées, il allait reprendre son envol. Son long cou se tourna vers ses ennemis alors que ses mâchoires s'ouvraient. Son cône de froid fut intercepté par un bouclier semblable à une émeraude que Rin Tohsaka éleva en sacrifiant une de ses pierres précieuses. Comme la magus ripostait à coups de gandr, Artoria se rua en avant.
Le souffle du dragon se brisa autour d'elle, drossé par un vent contraire tout aussi violent qui naissait sous ses pieds. En un instant, Artoria Pendragon fut contre lui. Entre ses mains, Caliburn brûlait comme une torche dorée.
L'Épée de la Désignation frappa comme son porteur plongeait sous l'aile qui claquait. Roulant au sol pour esquiver un coup de queue, la femme minuscule n'eut que le temps de sauter en arrière comme une lourde patte écrasait l'endroit où elle se tenait l'instant d'avant.
Une véritable danse de mort, où elle tournoyait autour de lui. Harcelant à son tour, un adversaire qui ne savait plus où donner de la tête.
À chaque fois, des écailles sautaient tandis que de profondes balafres écarlates s'ouvraient dans l'armure naturelle du Dovah. Précipité au sol, le puissant monstre se dandinait comme une oie. Maladroit et comique comme elle, il crachait colère, humiliation et douleur à chaque nouveau coup de la lame légendaire. Voyant que les autres chevaliers accourraient à l'aide de leur roi, le dragon se redressa, ses ailes largement écartées. Une fois qu'il aurait repris son envol, ces insignifiants insectes pourraient être piétinés à loisir sans risquer de nouvelles blessures...
Sous lui, Artoria prit une profonde inspiration, les deux mains sur la garde de son épée. Dans un cri profond, le Roi des Chevaliers vida ses poumons et se jeta en avant de toute sa force. Amplifiée par le prana burst et l'énergie qu'elle canalisait dans l'Épée Dorée des Victorieux, à présent éblouissante, celle-ci fut plus que suffisante pour percer le plastron du dragon et entrer profondément dans la chair.
Il en fallait cependant bien plus pour tuer un tel monstre. Il se débattit, s'efforçant d'arracher la lame.
Alors, Artoria libéra toute sa puissance.
- Caliburn !
Un faisceau de lumière d'or surgit du dos du dragon de glace, fusant vers le ciel avant de se perdre parmi les nuages. La moitié de la poitrine du fils d'Akatosh explosa sous l'impact, répandant écailles et os carbonisés. Le monstre retomba de côté tandis que l'aile droite, presque séparée, se tordait sous un angle impossible.
Comme avec Mirmulnir, le dragon commença alors à prendre feu, tandis que des spires d'énergies enlaçaient le roi de Bretagne. Le monstre croula en cendre, ne laissant que ses os et quelques squames qui résistèrent à la convulsion. Autour d'Artoria, l'aura dorée ternissait rapidement. mais dans son cœur de dragon, un Mot supplémentaire avait été débloqué.

---Âtrefeu, 21er jour, 4E 201---

Arrivés le 17 au soir à Morthal, ils avaient dormis à l'auberge du Mauresque. Un lieu tout sauf touristique. Personne ne s'arrêtait jamais dans ce gros village au bord des marais. L'odeur qui s'élevait des fondrières devaient suffire à chasser d'éventuels clients sinon... Lurbuk - le seul barde orque de Bordeciel- faisait en sorte que ceux qui s'étaient égarés si loin de toutes routes menant quelque part apprennent à lire une carte. Ses représentations lissaient pour ainsi dire... un souvenir inoubliable. Le genre d'expérience que l'on se gardait de répéter.
Il avait fallu ensuite arpenter un marais en décomposition avec leur lot d'insectes détestables... non pas des moustiques, ou des sangsues... enfin si... mais ils faisaient figure de mignonne petites créatures comparés à des chaurus. Ces espèces de perce-oreilles cuirassés de chitine noire atteignaient la taille d'un gros chien et crachaient à cinq mètres des jets de poison !
Et il ne s'agissait pas de la seule bestiole "taquine" à avoir voulu jouer avec eux. Un durzog avait surgi de la bauge, chargeant avec la force d'un sanglier en rut... juste pour rencontrer une flèche tirée par Lancelot et être achevé par Artoria.
Le durzog ressemblait un grand lézard occupant la même niche écologique que le loup. Couvert d'écailles vertes, il était surtout remarquable par ses trois paires d'yeux rouges. L'exemplaire rencontré n'avait pas été domestiqué, mais ces créatures servaient parfois de chiens de garde ou de mules aux gobelins.
Enfin, ils avaient fini par atteindre Ustengrav. Les étages supérieurs de l'ancien temple enfouis servaient de repaire à des brigands. Toutefois, des nécromanciens avaient attaqué les lieux, juste avant l'arrivée du quatuor. La bonne nouvelle étant que les esclaves mort-vivants firent tout le travail pour dégager le tunnel éboulé qui menait vers les niveaux les plus profonds... dérangeant au passage les draugr veillant sur Les sépultures.
Artoria, Rin, Gawain et Lancelot se trouvèrent pris dans un véritable affrontement triparti. Leur petite troupe étant à présent parfaitement rôdés, surtout contre des mort-vivants, des adversaires auxquels ils faisaient face régulièrement, la résistance des divers groupes ennemis fut des plus brèves.
La véritable épreuve concoctée par les Grises-barbes se révéla un système de trois herses qui ne s'ouvraient que pendant un bref instant. Le cri Impulsion permit de les traverser en courant aussi vite que le vent.
Dans la chambre principale, Artoria fut accueillie par des têtes de dragon sculptées sortant de l'eau autour de la digue qui menait à la sépulture du fondateur des Grises-barbes. Le spectacle, des plus impressionnants, tira des cris d'émerveillement de Rin. Gawain trouvant par contre la chose plus que naturelle... après tout, c'était son roi.
Au bout de l'allée, une corne de guerre tenue par une main de pierre ornait le tombeau de Jurgen Parlevent. Artoria la mit dans sa sacoche et ils poussèrent la porte suivante. Heureusement, comme dans beaucoup de tombeaux nordiques, il s'agissait d'un raccourci vers la surface.
Il leur fallut trois jours pour traverser Hjaalmarch et la Brèche pour rejoindre Fort-Ivar, au pied des Sept Mille Marches, et plusieurs heures d'escalades pour revenir enfin au monastère des Grises-barbes.
Ils trouvèrent Arngeir dans un couloir. À genoux sur un tapis, il priait face à un mur vide. Leur arrivée le sortit de sa méditation.
- Ah... vous avez retrouvé la corne de Jurgen Parlevent. Vous avez réussis toutes les épreuves. Venez avec moi, il est temps de vous reconnaître officiellement Enfant de dragon. Vous pouvez maintenant apprendre le mot final du Déferlement, c'est "Dah", qui signifie "pousser". Maître Wulfgar, c'est à vous !
Réunis par une sorte de signal inaudible, les trois autres Grises-barbes encadraient la partie carrelée différemment, au centre de l'espace où ils avaient reçu la première fois. Le dénommé Wulfgar s'avança :
- Dah !
Une suite de lettres cunéiformes apparut sur le sol. Artoria s'immobilisa devant elles, apaisant son esprit pour écouter le mot résonner en elle... comme le lui avait appris maître Arngeir. Aussitôt la connaissance afflua. - En combinant ces trois mots, le cri est bien plus puissant. Utilisez-le avec parcimonie. Maître Wulfgar va maintenant vous offrir son savoir sur le "Dah".
Le Grise-barbe écarta les bras et l'énergie unit la jeune femme au vieux moine. Lorsque les dernières spires s'éteignirent, maître Arngeir acquiesça comme pour lui-même. - Votre formation est terminée, Enfant de dragon. Nous souhaiterions nous entretenir avec vous. Tenez-vous entre nous et préparez-vous. Peu de personnes peuvent supporter la Voix débridée des Grises-barbes. Mais vous avez suffisamment patienté. " Peu de personnes peuvent supporter la Voix débridée des Grises-barbes". L'avertissement d'Arngeir ne pouvait être pris à la légère. Lorsque le roi Wulfharth, le Vent Gris, était venu au Haut Hrothgar pour entendre les paroles des Grises-barbes, dans des circonstances analogues, il avait été réduit en poussière... il n'était pas l'élu de la prophétie.
Entourant Artoria, immobile et impassible, les Parleurs se tenaient aux quatre côtés du dallage. Et ils ouvrirent la bouche. Le Roi des Chevaliers chancela, heurtée par un ouragan verbal :
- Lingrah krosis saraan Strundu'ul, voth nid balaan klov praan nau.

Mais la Voix portait loin. Comme au jour où les Grises-barbes avaient appelaient l'Enfant de dragon après qu'elle ait absorbé l'âme du dragon Mirmulnir, le ciel au-dessus du Haut Hrothgar renvoya l'écho de leur Cri tout autour de la Gorge du Monde.
Dans les ruines d'Helgen, les pillards levèrent la tête, intimidés par les puissantes voix qui résonnaient au-dessus de leurs têtes : - Naal thu'umu, mu ofan nii nu, Dovahkiin, naal suleyk do Kaan....
À Fort-Ivar, village fréquenté par les pèlerins qui grimpaient jusqu'au monastère, entendre la voix des Grises-barbes n'était pas si rare, toutefois, jamais elle ne s'était élevée à une telle intensité.
- ... naal suleyk do Shor, ahrk naal suleyk do Atmorasewuth. Enfin à Fort-dragon, le jarl Balgruuf et son frère Hrongar se tenaient sur le balcon, à l'arrière de leur palais, écoutant la Voix qui faisait trembler le ciel.
- Meyz nu Ysmir, Dovahsebrom. Dahmaan daar rok. Ils se retournèrent vers Farangar Feu-secret. Le sorcier de la cour arrivait aussi vite qu'il le pouvait. Il bafouillait et riait dans son excitation.
- J'ai trouvé ceci dans le volume I de l'histoire de l'Empire. C'est la traduction de ce que disent les Grises-barbes : "La Couronne de Fureur a longtemps attendu une tête digne sur laquelle reposer. Nous vous la conférons par notre souffle, Enfant de dragon, au nom de Kyne, au nom de Shor et au nom d'Atmora l'ancienne. Vous êtes maintenant Ysmir, le dragon du Septentrion, entendez-le !"
Traité de l'Or Blanc ou pas, Hrongar restait un admirateur inconditionnel de Talos, comme tous les vrais nordiques. Il avait parfaitement reconnu ces mots, à présent qu'il les entendait dans sa propre langue.
- Cette cérémonie, c'est par cette même cérémonie que les Grises-barbes reconnurent Tiber Septim alors qu'il n'était encore que Talos d'Atmora. - Alors, pour la première fois depuis la mort de Martin Septim..., commença le jarl Balgruuf.
- ... nous avons un Enfant de dragon en Tamriel., compléta Farengar.
- Dovahkiin. Vous avez entendu et supporté les Voix des Grises-barbes. Le Haut Hrothgar s'ouvre à vous.
- Merci, maître Arngeir.
Une cérémonie de couronnement pouvait être pénible mais celle-ci était... inhabituelle. Tout son corps vivrait encore de la puissance de la Voix. Ce qu'elle venait de subir ne se situait pas loin d'un véritable bombardement avec des cris. Artoria avait l'impression d'avoir été battue. Pourtant, la douleur refluait déjà. La jeune femme sentait que quelque chose avait changé en elle. Contrairement à toutes les cérémonies de ce genre qu'elle avait subie jusque là, il ne s'agissait pas d'impressionner un public crédule... d'ailleurs absent.
Voyant Gawain s'agenouiller à ses pieds, Artoria sourit.
- Mon roi, permettez-moi de vous féliciter. Je n'ai jamais douté que vous réussiriez les épreuves.
- Merci, sire chevalier, votre suzerain connaît votre dévouement.
- RRRRRRR... RrrRRRR !
- Merci, sire Lancelot.
Bien sûr, comme souvent, on ne comprenait rien aux grognements du colosse en armure noir. Cependant, son enthousiasme était évident.
- Cela fait quoi d'être reconnue comme "le dragon du septentrion" porteur de la "Couronne de Fureur" ?
Artoria se tourna vers Rin.
- Je suis née avec l'âme d'un dragon et une couronne est juste une charge. J'attendrais de peser celle-ci avant de répondre... la couronne de Tiber Septim ? Je crains qu'elle ne pèse le poids d'un empire.
- Mais tu n'es pas encore à la hauteur du fondateur du troisième empire.
Les yeux étrécis, souriant malicieusement, Rin ressemblait à un démon rouge.
- Ah ?
- Oui, lorsqu'il est monté jusqu'ici, Tiber Septim a pris la précaution de se munir des Bottes de l'Apôtre.
- Les Bottes de l'Apôtre ?
- Un Mytical Code de lévitation. Nous, nous allons - encore une fois - devoir redescendre toutes les marches... Voyons le bon côté des choses, j'ai lu que monter et descendre des escaliers prévenait les risques d'obésité et d'incidents cardiaques.

_________________
Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots. William Faulkner
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Message par Anaxagore le Ven 5 Juil - 12:56

---Âtrefeu, 23er jour, 4E 201---

Rin se mordit les lèvres pour ne pas rire. L'accueil du général Tullius avait été... intense.
À dire vrai, l'officier impérial semblait forcer sa jovialité. Il avait tout l'air de quelqu'un qui avait reçu l'ordre de se rendre agréable et souriant... sans arriver à donner dans le naturel.
Les autres Impériaux présents regardaient Artoria avec un mélange de stupéfaction et de respect. Le légat Rikke, au contraire, semblait juste impressionnée. Cependant, de tous les présents, elle seule semblait dubitative.
Rin Tohsaka se retourna vers Tullius. Ce dernier terminait de faire assaut de phrases fleuries, face à une Artoria impassible :
- ... l'empereur considère votre accession au titre d'Enfant de dragon comme un signe de la faveur des dieux envers l'Empire. Sa Majesté a fait alerter par courrier toutes les villes de ses provinces pour que le peuple puisse se réjouir.
Le chef de la Quatrième Légion s'arrêta un instant, à la recherche de ses mots, et le Roi des Chevaliers en profita pour répondre :
- Je vous remercie pour cet accueil, général.
Tullius eut un mince sourire.
- Enfin, je me dois de vous adresser les félicitations personnelles de Sa Majesté Impériale.
Il saisit un phylactère d'ivoire, scellé aux deux extrémités par un cachet de cire rouge montrant le profil du souverain en exercice.
- " Cité Impériale, Tour d'Or Blanc, vingt-et-unième jour d'Âtrefeu, deux cent et unième année de la Quatrième Ère.
Artoria Pendragon, thane de Blancherive,
Le trône impérial trouve quelques intérêts à entendre le récit de vos exploits. Inconnue de tous, il y a seulement trois mois, vous pouvez vous enorgueillir d'une suite sans cesse grandissante d'exploits que nombre de guerriers célèbre du passé, comme l'Agent de l'Empereur Uriel VII Septim ou le Héros de Kvatch, peineraient à égaler. Qui plus est, les mages de guerre de la Quatrième Légion viennent de m'apprendre que les Grises-barbes ont énoncé pour vous les mêmes mots qu'ils prononcèrent pour Tiber Septim avant qu'il ne fonde l'Empire de Tamriel. En ces temps de troubles et de péril, Nous sommes heureux d'apprendre que les dieux ne se sont pas détournés de l'humanité. Nous aimerions joindre nos félicitations personnelles à celles de tous les habitants de notre glorieux empire. Nous n'avons aucun doute que vous continuerez à démontrer votre loyauté envers le trône, et par cela votre désir de protéger la vie de tous les habitants de notre glorieux empire.
Rédigé pas Testus Vinadius, scribe impérial, signé de ma main Impériale, Titus Médée II, marqué de mon sceau personnel."
Artoria acquiesça lentement.
- J'ai dument noté les remerciements de Sa Majesté. Puis-je vous emprunter de quoi écrire une réponse ?
- Je vous en prie, Thane Artoria, faites.
Le Roi des Chevaliers prit une plume dans un encrier et rédigea quelques lignes, sabla avant de refermer le pli et d'emprunter un sceau pour le cacheter.
Un officier portant la cuirasse ornée d'un œil du Penitus Oculatus - le service de renseignement de l'Empire- s'offrit de rapporter la réplique à l'empereur.
Ayant visiblement conduit la partie désagréable de sa tâche, le général Tullius se mit à sourire plus naturellement.
- Puisque nous sommes au chapitre des félicitations, permettez-moi de vous offrir les miennes... pour un de vos exploits que votre accession au titre d'Enfant de dragon a éclipsé. En battant Ulfric à Blancherive, nous avons renforcé l'allégeance de son jarl. Je vous promeus au rang de questeur, tenez prenez cette épée comme symbole de votre nouveau rang.
Le général tendez une épée à deux mains de style aldmer imprégnées de magie ardente, probablement un trophée de la Grande Guerre, l'arme d'un officier elfe.
Artoria remercia une nouvelle fois.
- Questeur ? Quels sont mes nouveaux devoirs, général ?
Tullius sourit, il commençait à connaître le chevalier et s'attendait bien à la voir entrer immédiatement dans ses nouvelles fonctions.
- Autrefois, les questeurs avaient pour charge de prélever les impôts en nature et en argent sur les pays conquis. Cependant, la Légion n'ayant plus menée de guerre de conquête depuis le désastre d'Ionith, et l'invasion ratée d'Akavir, ce rôle revient à présent aux autorités locales, donc FalK Barbebraise.
Rin sourit. En privé, le général ne prétendait pas croire que le chambellan agissait au nom du jarl Elisif. Le chef de la Quatrième Légion continua :
- En fait, il s'agit d'un rôle purement honorifique. Votre seule véritable tâche, questeur, est d'organiser et de trouver le financement pour les jeux du cirque offerts à tous les légionnaires, le 5 Soirétoile prochain. En pratique, vous ferez tout ce que Rikke et moi vous dirons de faire. À part un secrétaire, aucun homme ne se trouvera sous vos ordres.
Le visage du Roi des Chevaliers se durcit légèrement, mais elle ne répondit rien. Visiblement, elle était vexée de recevoir un poste sans réelle responsabilité. Tullius sembla s'en amuser.
- Vous savez, chevalier, aux temps de l'apogée de l'Empire il fallait avoir vingt-huit ans minimum et avoir combattu dix ans dans l'infanterie, ou six ans dans la cavalerie pour briguer ce poste. Même à notre époque, pour obtenir cette charge en étant âgée de moins de seize ans, il faudrait normalement qu'un de vos parents soit membre du Conseil des Anciens. De toute manière, cette promotion était nécessaire pour votre prochaine mission donc vous la méritez.
La mention d'une mission suffit à intéresser le roi de Bretagne.
- Et quelle mission voulez-vous me confier, général ?
Tullius approuva du menton.
- Il s'agit d'une charge diplomatique qui vous est confie par Sa Majesté Impériale. Le Haut-Roi des Brétons, Édouard Deleyn de Daguefilante a fait une mauvaise chute, il y a trois jours. Le roi Édouard n'a pas repris connaissance depuis. Étant donné que l'âge l'a fragilisé, on n'espère guère le voir se rétablir. Vous êtes envoyés représenter l'Empire à ses obsèques. Connaissez-vous la situation locale ?
Le général Tullius avait prononcé ces mots avec une pointe de suspicion. Depuis que la jeune femme avait fait son apparition en Bordeciel, Impériaux, Sombrages et jarls cherchaient à en apprendre plus sur elle. Évidemment, ils n'avaient rien appris... puisqu'elle venait d'un autre monde.
Toutefois, le jour de son arrivée, le Graal avait déversé en elle un savoir pléthorique sur Haute-roche et les Brétons.
Toussant dans son poing pour s'éclaircir la gorge, Artoria résuma l'histoire récente de Haute-roche, entre intrigues de cour, trahisons, guerres intestines, et jacqueries. Le titre de Haut-Roi était détenu par le souverain de Daénia (capitale : Daguefilante). Toutefois, les autres royaumes de la fédération de Haute-roche connaissaient des troubles. Certains se battaient entre eux, tandis que d'autres connaissaient des guerres féodales intestines.
La Grande Guerre affaiblit l'Empire en Haute-roche comme partout ailleurs. De plus, aucun des enfants d'Edouard Deleyn n'avait survécu. On devait compter sur trois prétendants au trône du Haut-Roi. D'abord, le comte Harold Ailedieu, le neveu d'Édouard. Il détestait les Aldmer, mais souhaitait surtout une plus grande indépendance de Haute-roche. En tant que plus proche héritier du trône, il recevait le soutien de la majorité des pairs du royaume. Son plus grand avantage lui venait de se trouver à Daguefilante même. S'il venait à s'asseoir sur le trône il pouvait prétendre mettre les autres postulants devant le fait accompli.
Torvic Ailedieu était le frère cadet d'Harold. Ses droits sur le trône de Haute-roche pouvaient être considérés comme à peine inférieurs. Toutefois, il se trouvait en exil pour avoir refusé de renier Talos. Il se cacherait dans les îles au nord de la Brétonnie, menant des raids de pirates nordiques contre les côtes.
Le dernier des candidats à la couronne s'appelait Guillaume de Pointenord, duc de Boralis. Il fallait le voir comme le poulain des Impériaux. S'il revendiquait le trône, il le ferait probablement les armes à la main... ce qui conduirait à une guerre de succession.
Tullius approuva.
- Attention, questeur Artoria. Vous représentez directement l'Empereur pendant votre séjour à Daguefilante, ne nous décevez pas. L'ambassadeur local Rufinus Servius continuera à diriger la légation impériale et vous vous trouverez sous ses ordres. Il vous expliquera quelle sera votre tâche. Un navire marchand, sur le point de quitter Solitude vous conduira en Haute-roche. Une cabine est retenue, pour vous et mademoiselle Tohsaka, à son bord.
La magus et le Roi des Chevaliers échangèrent un regard.
- Uniquement Rin Tohsaka et moi ?
- Oui, vos... chevaliers pourraient sembler menaçant, dans le cadre d'une représentation diplomatique. Votre rang de questeur vous autorise à vous faire accompagner par un secrétaire. Je suppose que vous préférerez une personne que vous connaissez.
- Vous supposez justement, général.
- Dans ce cas, il ne me reste qu'à vous souhaiter bon voyage.

---Âtrefeu, 25e jour, 4E 201---

La foulée de Phynaster était un cogue hauturier, reconnaissable à sa poupe, et sa proue relevées. Au point que ce vaisseau creux, vu de côté, ressemblait à une caricature de croissant de lune. Un seul mât saillait au milieu du pont central, portant une grande voile carrée. À l'arrière, on reconnaissait un gouvernail d'étambot suspendu.
Inspiré des drakkars nordiques, les cogues se voyaient surtout construit par les Brétons. On les rencontrait dans la baie d'Illiaque, ou le long des voies commerciales qui reliaient Daguefilante à Jehanna. Toutefois, il s'agissait de navires solides capables d'affronter la tempête, les hauts fonds et les courants traitres. La coque construite à clin pouvait endurer des chocs violents.
Bien que destinés à servir de cargos, ils pouvaient aisément remplir le rôle de navires de guerre, si le besoin s'en faisait sentir. D'autant plus que les châteaux avant et arrière, ainsi que le nid de pie, se trouvaient munis de créneaux renforcés d'écus cloués directement sur le plat-bord. Derrière ces protections, douze arbalétriers s'assuraient que les pirates soient conscients que le navire constituait une noix trop solide pour leurs vilaines quenottes.
Appuyées au bastingage, Artoria et Rin contemplaient leur première vision de Daguefilante. La ville se lovait paisiblement sur le rivage de l'océan Éthérique. Il s'agissait peut-être de la plus vieille et de la plus puissante cité d'Haute-roche. Elle en était la capitale par la vertu de son ancienneté, par sa puissance et sa prospérité.
Siège du gouvernement du royaume de Daénia, comme autrefois de celui de Génumbrie, elle était aussi la métropole de la province fédérale de Haute-roche. Mais, surtout, Daguefilante constituait un port de commerce. Ses navires ventrus avaient le monopole du négoce entre Refuge - ville également appelée Haltevoie- et Sentinelle, le long de la route commerciale de Mascomian.
Fortifiée, la cité s'entourait de hautes et épaisses murailles d'une pierre gris sombre, jalonnée de tours rondes aux toits en poivrière.
Comme La foulée de Phynaster doublait la haute falaise qui entourait Daguefilante au sud et au sud-ouest, ses passagers découvrirent le magnifique palais qui le couronnait. L'immense château cdominait fièrement le massif rocheux, dont les pieds s'ornaient des du bleu de l'océan, ourlé de houle blanche.
Repliant ses voiles, tandis l'équipage effectuaient les dernières manœuvres à la rame, la cogue se dirigeait vers les quais. Leur présence devait avoir été signalée, car un comité d'accueil les attendait. Intéressée, Artoria détailla les gardes.
Ils portaient des armures légères, gambisons matelassés ou jaques de tissus. Le rouge et le jaune, couleur de Daguefilante, se reflétaient dans toutes leurs tenues. Certains portaient des tabards mi-parties - un côté rouge, l'autre jaune- ou décorés de grands ou petits carreaux. Cela variait pratiquement d'un garde à l'autre. Quant à leur coiffures, ceux-là se contentaient de chapels de fer, de type plat-à-barbe, alors que d'autres portaient des salades avec couvre-nuque et visière fixe.
Il s'agissait de cranequiniers, utilisant des arbalètes lourdes nécessitant les deux mains pour recharger, ainsi que des lanciers avec une légère haste et un écu portant un dragon de gueule sur champ d'or.
Leur officier se porta à la rencontre du Roi des Chevaliers, assez hésitant.
- Excusez-moi, seriez-vous le questeur Artoria, ambassadeur extraordinaire de Sa Majesté l'Empereur ?
- C'est le cas.
Le jeune officier parut immédiatement soulagé.
- Oh... je suis le capitaine François Vertgué. Ma mienne charge est de vous conduire au palais. Votre Excellence, auriez-vous l'obligeance de me suivre ?
Artoria acquiesça d'un signe élégant du front.
- J'allais vous en prier, capitaine Vertgué.
Comme ils franchissaient les portes et entraient dans la ville, Artoria vit que les habitants arboraient un brassard noir et que les échoppes ne montraient guère de signe d'activité.
- Le roi Édouard est mort, n'est-ce pas ?
Le capitaine Vertgué montra une peine réelle.
- Hélas oui, hier dans la soirée. Il a brièvement repris conscience et a parlé avec la reine. Les pairs du royaume ont annoncé une journée de deuil nationale, ils annonceront ensuite le couronnement du nouveau roi.
Ils restèrent un instant silencieux.
- C'est votre premier séjour à Daguefilante ?
- Oui.
Le capitaine écarta les bras, montrant les étals qu'ils traversaient.
- Notre marché est très connu. Derrière, vous pouvez voir la cathédrale des divins. Vous rencontrerez bientôt l'archiprêtre, il est en prière auprès du roi. Sinon, vous devez la visiter, elle est célèbre pour ses vitraux. Ses murs sont dans la même pierre grise que les murailles.
Ils s'immobilisèrent aux pieds de la falaise. Un escalier de pierre, usé par les siècles, montait à l'assaut du rocher où se dressait le palais. Ce dernier, entouré d'arbres et de blocs couverts de mousses, avaient des toits d'ardoises et de multiples tours. Aucune fortification, exceptées deux beffrois... mais il n'avait pas besoin de plus. La position était inexpugnable et des archers tirant d'en haut pouvaient tailler en pièce toute troupe assez folle pour prendre d'assaut l'escalier.
- Le château royal a été édifié par la dynastie Deleyn. Son histoire est longue et tumultueuse. Songez qu'il a déjà traversé deux âges du monde. Des souverains y ont été assassinés, des alliances conclues, des guerres déclarées.
Pendant l'ascension, leur guide se tut. Artoria remarqua que ses hommes restaient en position au pied des marches. Cependant, ils n'étaient pas laissés seuls. Au sommet du rocher, des gardes en armure de plates et de mailles, soutachées d'or, surveillaient leur ascension. Ils portaient des barbutes permettant un large champ de vision et tenaient des arcs d'if.
L'entrée du château, une large porte double, se voyait défendue par deux soldats armés de longues lances. Leurs armures étaient identiques, mais leurs heaumes masquaient complètement le visage, ne laissant qu'une fente de vision, et bénéficiaient en outre d'une crête renforcée.
Artoria ne leur accorda qu'un regard. En haut d'une tour claquait l'oriflamme du royaume de Haute-roche... un dragon de gueule sur champ sinople. Un drapeau presque identique à celui de la Bretagne. La coïncidence semblait trop grande pour être due au seul hasard... avaient-elle trouvée un indice quant à la présence de Caliburn sur Tamriel ?
Comme les soldats ouvraient les portes, le Roi des Chevaliers, toujours suivie par Rin, se laissa guidée par le capitaine Vertgué, jusque dans une magnifique salle du trône ressemblant à l'abside d'une cathédrale. Entourée de hautes fenêtres en ogive, deux fauteuils sculptés se trouvaient sur une scène circulaire, en haut de quelques marches.
Des torches fuligineuses éclairaient des trophées, des bannières et des écus pendus aux murs. Des troncs d'arbres brûlaient dans l'âtre immense, marqué par le dragon de Daguefilante.
Une foule de nobles aux costumes chamarrés se pressaient au bas de l'estrade. Pourtant, un silence parfait régnait, seulement troublé par l'éclatement d'un vaisseau de sève dans la cheminée. Chaque suzerain portait un lourd collier d'or, orné des armoiries de sa maison. On trouvait là le roi de Cambrie, le duc de Phrygios, un ambassadeur du roi de Ménévie, le duc de Gastemarche, le fils du roi d'Abondance ainsi que les envoyés des rois de Farrun et de Jehanna
Les grands seigneurs se tenaient à l'écart les uns des autres, murés dans un mutuel mépris, entourés par leurs gens, un voisinage de nobles de moindres rangs dont le nombre reflétait leur statu. Tous les yeux se tournaient vers un gisant.
Disposé sur des lances croisées, le tout recouvert par un drap zinzolin, le roi Édouard reposait de son dernier sommeil entre quatre candélabres d'or garnis de cierges noirs. Sa face cireuse portait de longues rides, comme sa barbe, ses cheveux étaient gris, sous sa couronne chargée de pierres précieuses. Vêtu d'une riche armure de plate orfévrée, son heaume se trouvait à son côté. Ses mains, croisées sur sa poitrine, se refermaient sur le pommeau de sa grande épée, serrant également son écu armoirié.
Agenouillé sur un coussin de velours noir, un chevalier aux longs cheveux sombres et à la moustache tombante semblait plongé dans la prière. D'après la description qu'on lui en avait faire, il ne pouvait s'agir que du comte Harold Ailedieu. Une vieille femme en robe noire se tenait à ses côtés. Vu sa couronne, il devait s'agir de la reine.
Quatre prêtres d'Arkay les encadraient, psalmodiant la litanie des morts.
Le silence de la veillée funèbre fut interrompu par un héraut en livré rouge et or. Frappant le sol du talon de sa hallebarde, il haussa la voix :
- Belles dames, gentilles damoiselles, nobles seigneurs, gentils damoiseaux, veuillez accueillir Son Excellence, Artoria Pendragon questeur de la Quatrième Légion, thane de Blancherive, Enfant de dragon, ambassadeur extraordinaire de Sa Majesté l'Empereur Titus Médée II.
Dans un concert de bruissement de tissus, la noble assemblée fit la révérence.
Sans regarder à droite ou à gauche, le Roi des Chevaliers remonta le tapis rouge qui menait à l'estrade. On n'entendait que ses bottes métalliques et le discret cliquètement de son armure. Elle portait pour l'occasion une cape magnifique qui lui avait été offerte par le général Tullius. Taillée dans un tissu du même bleue que sa robe, décorée de délicats volutes de fils d'or, elle se doublait intérieurement de fourrure de loup blanc qui ornait également le revers.
Impérieuse et magnifique, elle fut suivie des yeux par les hommes qui admiraient sa beauté et par le regard venimeux de nombreuses jalouses.
Un genou à terre, les yeux tournés vers le sol, elle salua la reine en son nom propre puis lut un message de condoléance que lui adressait l'Empereur.
Ce fut ainsi qu'Artoria Pendragon arriva en Haute-roche, un royaume au bord de la guerre civile qu'elle ignorait être destinée à bouleverser.

Le banquet funéraire avait lieu dans une longue salle occupée par une imposante table en U. Recouverte d'une nappe délicate, elle supportait une vaisselle précieuse digne d'un repas royal. Dans une alcôve dominant la salle, un orchestre faisait retentir une agréable musique cadencée. La vielle voisinait avec le crouth, la flute, la rubère, le tymbre et le tambour.
La place de chacun reflétait son rang mais aussi le rang de celui qu'il représentait. La reine en deuil partageait la tête de table avec le comte Harold Ailedieu, le roi de Cambrie, le duc de Phrygios et le duc de Gastemarch.
Plus modestement, Artoria se trouvait placée entre l'ambassadeur impérial Rufinus Servius et le prince Damian, fils du roi Sigmayne d'Abondance. Ce dernier constituait une compagnie qui se voulait agréable et souriante... un peu trop d'ailleurs. Si le placement des nobles reflétait une volonté politique, on ne pouvait l'avoir mis accidentellement à côté de l'héritier du trône d'Abondance. Or, le beau jeune homme aux cheveux noirs était notoirement célibataire. Il appartenait à l'ordre chevaleresque du Griffon, qui regroupait les preux d'Abondance. N'ayant guère l'habitude de se trouver nanti d'un prince charmant qui semblait entièrement à son service, Artoria se sentait mal à l'aise.
De plus, elle ne tombait pas de la dernière pluie et le Graal lui avait fourni de nombreuses informations sur Abondance. Ainsi, elle n'ignorait pas que la partie ouest de la Crevasse appartenait à ce royaume. Or, la Caliburn du monde de Nirn avait été l'épée des rois de la Crevasse à l'époque de son indépendance...
Le premier service commençait. Tandis qu'un page faisait le tour des convives avec une aiguière d'eau et un bassin peu profond, pour que chacun puisse se laver les mains, des serviteurs en tabards jaune et rouge faisaient le service.
À l'arrivée de chaque plat, un crieur frappait le sol de sa hallebarde :
- Boulture de grosse char...
-Chaudun de porc...
- Comminée de poulaille...
Les mets avaient fait l'objet d'une mise en apprêt visant à en faire de véritables œuvres d'art. Un banquet regroupant plusieurs rois pouvait être considéré comme une occasion unique. Le chef cuisinier pouvait établir sa réputation pour les prochaines années... ou la perdre. Tout devait être fait pour laisser un souvenir inoubliable aux invités.
Comme un serviteur découpait une pièce de chevreuil sauce caméline pour le Roi des Chevaliers, le prince Damian passa à l'offensive.
- Vous êtes une personne bien mystérieuse, damoiselle Pendragon. Il me serait précieux de mieux vous connaître.
Ah, la joute commençait... les mots seraient comme des lames et les sourires comme des boucliers.
- La réciproque est tout autant vrai, Votre Altesse Royale. Puisque vous avez pris l'initiative, je commencerais par vous répondre ceci : en tant que chevalier, je préfère être appelée "dame Artoria" que "damoiselle". Il serait un effet de votre bonté que vous ne me confondiez pas avec les filles diaphanes des nobles de ce pays. Je vis par l'épée et je périrais sans doute de même.
Les femmes chevaliers, bien que n'étant pas inconnues, restaient une rareté en Haute-roche. Alors que le prince recomposait son attitude, Artoria lui fit son plus joli sourire. La jeune femme avait eu l'occasion de s'apercevoir que les hommes perdaient leurs moyens lorsqu'elle s'y essayait.
- Et vous même, Votre Altesse Royale, suis-je en droit de penser que vous êtes venus pour les funérailles de Sa Royale Majesté ?
Bien que n'étant pas un jeune damoiseau, la beauté de sa voisine troubla le prince. Il répondit sans même réfléchir :
- Non... je vis ici depuis plusieurs années, maintenant, dame Pendragon.
- J'admets être étonnée, je ne m'attendais pas à cela, Votre Altesse. Auriez-vous l'obligeance de m'en conter davantage ?
Cela était si poliment demandé, le prince Damian aurait eu du mal à refuser. L'histoire n'avait d'ailleurs rien d'inhabituelle. Les royaumes de Daénia et d'Abondance avaient noué une alliance serrée, née d'un besoin réciproque. Le prince évoqua à demi-mot le récent conflit - moins de vingt ans - entre Abondance et la Ménévie. Or, ce dernier royaume était depuis des siècles le principal rival de Daénia... En d'autres termes, les ennemis de mes ennemis étaient mes amis, une doctrine qui n'avait rien de nouvelle. Pour monter la bonne entente du roi Sigmayne d'Abondance avec le roi Édouard de Daénia, il avait été décidé que le prince Damian terminerait son éducation de gentilhomme à la cour de Daguefilante.
Pendant que le prince parlait, Artoria écoutait attentivement, sans dire un mot... il faut dire que sa bouche s'occupait avec les plats qu'on lui apportait. Son coup de fourchette se révélait dévastateur, bien qu'elle vida les plats avec la plus parfaite distinction. Après avoir terminé un bourbier de sanglier, le roi de Bretagne se fit servir une perdrix aux choux.
Un peu éberlué par l'appétit de sa voisine, Damian secoua machinalement la tête :
- Et bien, dame Artoria, vous avez réussi à vous occuper pendant que j'agitais la langue. Puis-je considérer que je suis à présent en droit de vous poser quelques questions ?
- Assurément, Votre Altesse, je tâcherais de vous y répondre au mieux de mes moyens. Sachez toutefois, que mon cœur réserve certaines réponses à mes seuls proches. J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.
Le prince la regarda avec curiosité.
- Pourriez-vous au moins me dire qui vous êtes ? À l'annonce de votre venue, je suis allé regarder dans l'armoirial conservé dans la bibliothèque du château. Ce livre est sensé contenir tous les blasons des familles nobles de Haute-roche, actuelles ou disparues. Le seul "Pendragon" recensé est Arthur Pendragon, roi de Mérésis. Un royaume légendaire, il y a quatre mille ans... Les érudits glosent sans trêve sur son historicité.
Artoria fit un gros effort pour cacher son trouble. Il y avait eu un Arthur Pendragon sur Nirn ? Sa main caressa le pommeau de Caliburn... Se pourrait-il que... Elle repensa à tous les indices mentionnant des "Rois Sauveurs"...
Quelque soit l'aptitude d'Artoria pour cacher ses émotions, son vis-à-vis avait l'habitude d'interpréter le plus petit signe de réaction. Elle ne put lui cacher sa familiarité avec le nom d'Arthur... d'ailleurs, il s'y attendait.
- Je vous écoute, dame Artoria, insista-t-il.
- Je dirais ceci, simplement : J'ai un droit légitime à porter le nom de "Pendragon". Un droit qui coule dans mon sang.
- Non que je veuille paraître douter de vous, mais personne ne sait qui vous êtes. Il y a des rumeurs sur le fait que vous seriez la fille bâtarde d'un roi.
Elle acquiesça.
- Il s'agit de la vérité. Cela dit, je ne revendique aucun trône et vous pouvez l'oublier.
- Madame, cela est bien peu. Ce que je vous prie de me donner, c'est des preuves pour établir votre rang et pour que vous puissiez être traitée en fonction de celui-ci.
- Votre Altesse Royale, mon père m'a rejetée et ma mère pareillement. Au final, j'ai été élevée par un simple chevalier. Titres, rangs ? Je ne peux vous donner ce que je n'ai point hérité. Ce que j'ai, je l'ai obtenu l'épée à la main. Si vous ne pouvez me traiter selon ma naissance, traitez-moi en fonction des fonctions que j'ai obtenues.
Tandis qu'Artoria acceptait un verre d'Hypocras, le prince la regarda pensivement.
- Votre titre de questeur impérial ne pose guère de difficulté. Quant à celui de thane, il fait de vous l'équivalent d'une baronne...
- Baron !
- Pardon ?
- Un baron, Votre Altesse Royale. Lorsque l'on dit "une baronne" on imagine l'épouse de ce dernier, en belle robe parasélène, portant haut chaperon et maints bijoux. Je préfère que l'on dise de moi : un baron.
Le prince Damian se retrouva à nouveau silencieux, incapable de rien répondre. Enfin, il secoua la tête.
- Puisque vous le souhaitez, baron Artoria Pendragon. Pour ma part, je n'ai aucune peine à vous imaginer dans une belle toilette.
- Mon sexe est indifférent, Votre Altesse, je suis un chevalier bien avant d'être une femme.
Accoutumé à ce que son rang, sa beauté et sa prestance lui valent l'intérêt de tous les représentants du beau sexe, Damian digéra difficilement l'évidente fin de non-recevoir qu'il venait d'encaisser. En lisant entre les lignes, on comprenait qu'Artoria Pendragon venait de dire qu'elle ne voulait pas être connue comme l'épouse d'un noble, ni même comme une femme ! L'homme qui réussirait à conquérir son cœur appartiendrait à une espèce rare...
- Néanmoins, comment doit-on traiter l'Enfant de dragon ?
- Cela veut simplement dire que je peux tuer les dragons, Votre Altesse. Si vous avez un cracheur de feu qui met à mal le domaine de votre père, appelez-moi simplement, je me chargerais de son élimination.
- Il reste un dernier point que je souhaiterais aborder. Votre épée est - dit-on- la Lame de la Désignation, on dit qu'elle aurait servi d'épreuve pour choisir le roi des Crevassais.
Artoria sourit, voilà la véritable raison de sa présence à ses côtés : l'Épée de la Désignation. Après tout, la seule existence d'une personne capable de tenir Caliburn affaiblissait l'autorité du roi Sigmayne sur la partie de la Crevasse qu'il dominait.
- Vous voulez savoir si je revendique le trône des Crevassais, monseigneur le prince d'Abondance ?
- Oui, je l'admets.
Artoria sourit.
- Être roi, vous voyez cela comme un titre, un rang, une prérogative ? Le fait de s'asseoir sur un trône, de donner des ordres ? Caliburn, mon épée, me rappelle sans cesse qu'il ne s'agit aucunement de cela. L'épée désigne un protecteur, un chef de guerre... celui qui a pour tâche de défendre les habitants. Cependant, j'ai compris il y a longtemps qu'il n'y a aucune réciprocité à attendre. Je me dois de défendre les habitants de l'ancien royaume de la Crevasse... Nonobstant, qu'eux ne me doivent rien. Ils n'ont aucune obligation de se placer sous mes ordres ou de se battre pour moi. Et si moi, je revendiquerais ce royaume qu'arriverait-il ? Au lieu de défendre le peuple, je le jetterais dans la guerre. Au lieu de la paix et la prospérité, ils obtiendraient la mort et la destruction. Votre Altesse Royale, veuillez rassurer votre père. La seule raison qui me pousserait à prétendre au trône de la Crevasse serait qu'elle soit mal dirigée et que le peuple pâtisse de ce fait.
Le duel à fleuret moucheté venait de s'achever sur la déroute complète du prince Damian. Le "tendron de quinze ans" qu'il se préparait à emballer d'un sourire avait parfaitement compris que l'on cherchait à la séduire. En Haute-roche, les alliances matrimoniales concluaient les disputes territoriales bien plus souvent que les guerres ne le faisaient. Le futur roi d'Abondance aurait tout eu à gagner à épouser celle qui portait l'Épée de la Désignation. Non seulement, cela raffermirait le contrôle du royaume sur la partie de la Crevasse en terre brétonne, mais en plus cela leur fournissait un droit à revendiquer la châtellerie de la Crevasse en Bordeciel.

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Message par Anaxagore le Mer 10 Juil - 18:40

---Âtrefeu, 26e jour, 4E 201---

Le comte Harold Ailedieu arpentait la salle du trône, n'osant s'asseoir dans l'un des profonds fauteuils réservés au roi et à son épouse. Peu, à Daguefilante, osaient contester la légitimité d'Harold. Toutefois, le comte n'ignorait pas qu'il devait montrer son respect pour sa future position sous peine de lever contre lui une opposition non désirée.
Comme les portes s'ouvraient, il regarda Damian d'Abondance qui marchait vers lui.
- Votre Altesse Royale, le salua-t-il.
- Monseigneur le comte.
Prenant fraternellement le fils du roi d'Abondance par l'épaule, il le conduisit à une des petites tables qui accueillaient habituellement les conseillers du roi.
- Alors, Votre Altesse, comment s'est passé votre soirée avec la charmante Pendragon ?
Le prince se renfrogna.
- Le terme charmante n'est point adéquat. Elle est aussi belle que le pic immaculé d'une montagne et tout aussi inaccessible.
Damian résuma rapidement la conversation qu'il avait eue, la veille, à la table de banquet. Lorsqu'il eut terminé, le comte Harold plissa les yeux, se passant deux doigts dans les moustaches.
- Vous semblez fort déconfis, Votre Altesse.
Le prince soupira.
- Doublement, à vrai dire. L'homme que je suis se trouve étrillé dans ses tentatives de séduction, ayant échoué à ne serait-ce qu'entamer l'armure dont se cuirasse la belle. Oh, ses réponses furent de la plus parfaite politesse. Cependant, elles n'ont laissé aucune part à l'interprétation. Je n'ai pas été repoussé à titre personnel, dame Pendragon ne désire pas épouser un beau parti, fusse un futur roi. Son épée lui tracera une route vers une haute destiné. Elle a énoncé cela comme s'il s'agissait d'un fait d'ors et déjà acté.
Derechef, le prince poussa une autre plainte, il semblait très abattu.
- Ensuite, je n'ai pas non plus réussi à obtenir de réponse à mes questions concernant sa lignée. Elle semble vraiment ne pas vouloir parler de ses parents.
- S'ils l'ont abandonné, cela se peut comprendre, Votre Altesse.
Le fils du roi Sigmayne approuva.
- Je remarque, toutefois, que ses manières ont été parfaites. Elle sait se tenir à table et connait l'étiquette de la cour. Donc, elle a reçu une éducation digne de la noblesse.
- Oh, cela n'était pas le problème...
- Comment cela, monseigneur, je pensais que vous vouliez découvrir si elle était de sang royal ?
Le comte sourit ironiquement.
- Vous oubliez un peu vite que dame Pendragon est l'Enfant de dragon. Des rois ? Le monde des hommes en a vu passer quantité au cours des deux derniers siècles. Mais des Enfants de dragon, point depuis le sacrifice de Martin Septim.
Damian fronça les sourcils.
- Je ne vois pas le rapport. L'Enfant de dragon est une sorte de héros désigné par les dieux mais...
Harold le coupa d'un rire homérique.
- Par les Huit, depuis combien de temps n'êtes-vous pas entré dans un temple, Votre Altesse ? L'Enfant de dragon doit son pouvoir au sang de dragon. Le sang d'Akatosh lui-même...
- Je...
- Pélinal Blanc-serpent, co-fondateur du Premier Empire, était un Enfant de dragon. Reman Cyrodiil, fondateur du Second Empire fut lui aussi reconnu comme étant un Enfant de dragon, sans compter Tiber Septim... bien entendu. Vous connaissez l'histoire de l'Amulette des Rois ? Il est raconté... plus ou moins... qu'à l'Ère Mythique, Akatosh le dieu dragon, roi de tous les Aedra, prit conscience de la précarité de la vie humaine dans ce monde alors dominé par les Mer et les Dov, les Elfes et les Dragons. Alors " Il prit quelques gouttes de sang issu de son cœur généreux et les donna à Alessia". Ce sang cristallisé devint l'Amulette des Rois. Il n'est pas un royaume humain qui n'ait directement ou indirectement été bâti par le sang d'Akatosh.
Damian semblait extrêmement troublé.
- " Je suis un dragon sous forme humaine, mon épée est mon souffle".
- C'est ce que vous a dit dame Pendragon ?
Le prince hocha simplement la tête.
- Voilà quelque chose qu'il faut sans doute prendre au pied de la lettre.
- Pardon ?
- Vous n'avez jamais lu la légende de Tiber Septim ? Après qu'il ait entendu la voix des Grises-barbes, plusieurs nordiques ne pouvaient plus le voir comme un humain. À sa place, ils voyaient un dragon. Il serait devenu "Ysmir, le dragon du septentrion". Quant à a légende de Pélinal, certains textes sous-entendent qu'il était autrefois un dragon connu sous le nom de Pélinaalilargus le pragmatique.
Le prince Damian d'Abondance regardait à présent le comte Harold avec un respect étonné.
- Vous êtes très érudit.
Cela fit rire le comte.
- " Sage avec les livres", comme dit le proverbe. Toutes mes connaissances viennent des ouvrages que le bibliothécaire du château a trouvés pour moi. Lorsque j'ai appris qu'un Enfant de dragon venait à nous comme ambassadeur impérial, j'ai voulu étancher ma curiosité.
- Je vois... Monseigneur ? Pourquoi tenez-vous tant à découvrir ses parents ?
Harold se caressa la moustache, un tic fréquent chez lui.
- Parce que cela nous apprendra où trouver ses amis et ses ennemis, ainsi que sa place dans les jeux de pouvoir en cours.
- Dame Pendragon refuse de participer à ce genre de manigances, son attitude à ce sujet m'a paru on ne peut plus claire.
- Votre Altesse Royale, voilà la toute la naïveté de la jeunesse, vous de la croire, elle de le dire. Pensez-vous que cela l'empêchera de se trouver mêlée aux intrigues de la cour ? Si dame Pendragon ne se choisit pas un camp, d'autres le feront à sa place.

Le front plissé Artoria Pendragon referma l'armorial que le bibliothécaire du château venait de lui apporter. Un Arthur Pendragon aurait vêtu à une époque indéterminée, entre la fin du Mérithique et le milieu de l'Ère Première. Il aurait été souverain de Mérésis, un royaume correspondant à l'actuelle châtellerie d'Haafingar, en Bordeciel.
- Frère Erward, vous n'avez rien d'autre ?
Le moine de Julianos portait une robe de bure, et les cheveux tonsuré habituels pour ceux de son ordre. Debout derrière un lutrin, il reposa sa plume dans un encrier avant de regarder paisiblement la jeune femme. Tout autour de lui, des rayonnages se suivaient. La plupart abritaient des livres, mais d'autres se couvraient de parchemins empilés. Dans l'allée centrale, plusieurs tables de lecture permettaient aux visiteurs de consulter les précieux incunables.
- J'ai lu la plupart des ouvrages de la bibliothèque et ce n'est qu'un personnage de légende... Du moins, c'est ce que je croyais jusque là.
En disant ces derniers mots, il couvrit le Roi des Chevaliers d'un regard dubitatif.
Artoria soupira.
- Je crains de devoir insister, même un simple indice serait mieux que rien.
- Vous savez, le personnage a inspiré tout un cycle de légendes à partir du milieu de la Première Ère. Puis, des chansons de geste ont été écrites au cours du millénaire suivant avant que le personnage ne passe de mode et soit oublié. Si vous croyez ces fadaises, il aurait même été empereur de Cyrodiil...
- Le royaume de Mérésis a existé, au moins ?
- En tout cas, un comté de ce nom a subsisté jusqu'à la Troisième Ère, en Bordeciel.
Fouillant dans des casiers de rangements, il en tira un vieux parchemin qu'il consulta à l'aide d'une loupe.
- Vous avez peut-être entendu parler de ce grand bal auquel l'empereur Thorez Pélagius Septim III mit fin en tentant de se suicider ?
- Non.
- Oh ? L'histoire est cependant connue... enfin, c'est le comte de Mérésis qui fit les frais des pulsions suicidaires de Pélagius le fou. Toutefois, je doute que les comtes de Mérésis soient apparentés à... votre ancêtre ?
Artoria eut un mince sourire.
- Je doute être sa descendante. Vous avez lu les chansons de geste qui sont inspiré d'Arthur Pendragon ?
- Oh, oui, à peu près un millier de pages d'exploits guerriers écrit en mauvais vers....
- Laissez-moi vous les résumer, frère Erward : Un roi désigné par une épée qu'il retira de la pierre, il battit de nombreux ennemis à l'intérieur et à l'extérieur de son royaume. Puis sa demi-sœur le trahit et il fut tué par son fils dans une grande bataille où leurs deux armées furent anéanties. J'ai juste ?
Le moine se révéla un peu surpris.
- Oui, c'est cela.
Le Roi des Chevaliers soupira avant de jeter un coup d'œil à Tohsaka. Cette dernière consultait un livre où étaient dessinés des cercles magiques et des représentations de gemmes spirituelles. Plusieurs de ces mêmes gemmes - bien concrètes- étaient posées à côté des livres. Pendant qu'Artoria lisait les textes que lui apportait le moine, la magus avait remplis des parchemins de notes, de schémas et de pentacles. Nombres de ses précédents travaux avaient terminé en boules chiffonnées.
- Rin en as-tu terminé ?
Elle n'obtient pour toute réponse qu'un grognement. Comme le chevalier insistait, Tohsaka finit par se frotter les yeux, puis à soupirer.
- Oui, il est temps de partir... je voudrais tenter une expérience, tu me suis dans mes appartements ?
- Bien sûr.
Pendant qu'Artoria disait poliment au-revoir au moine, Rin récupéra ses papiers, y compris les textes chiffonnés et les mis dans sa sacoche. Elles sortirent et s'éloignèrent en direction des appartements. La pierre des murs disparaissait derrière des tapisseries vivement colorées et un tapis écarlate couvrait le sol. De loin en loin, des armures complètes semblaient monter la garde.
Cet ameublement guerrier ne se limitait pas aux couloirs. La chambre allouée à la magus se révéla luxueuse, décorée de panoplies d’armes et de tableaux représentant des batailles. Un vaste âtre aux parois couvertes de suie permettait de chauffer la pièce.
Un grand lit à baldaquin avec ses édredons de plume et deux grands fauteuils occupait presque tout l’espace. Le long des murs, une commode se tenait entre les embrasures étroites de deux hautes fenêtres. Leurs petits carreaux de verre colorées étaient enchâssés dans du plomb. Une armoire superbement décorée avait été dressée à côté de la porte. Une issue plus petite menait à une salle de bain qui –oh merveille- fournissait eau froide et chaude grâce à des canalisations venues de la chaufferie.
Rin s'agenouilla à même le sol répandant le contenu de sa sacoche devant elle.
- Depuis mon arrivée en Tamriel, je me suis intéressé aux gemmes spirituelles. Tu sais à quoi elles servent ?
- Non.
- Elles ont été créées par Raven Direnni, une sorcière elfe très célèbre. Raven a eu l'idée de construire des cellules spirituelles sous forme de cristaux pour emprisonner les âmes des monstres et des animaux en les capturant par des sorts au moment de leur mort. Ces âmes peuvent ensuite être utilisées pour alimenter des objets magiques en énergie. Seulement, Raven Direnni ne fit que s'inspirer d'une idée bien plus ancienne. Les pierres de varla des Ayleids permettaient elles-aussi de charger les objets magiques, bien que l'on ne sache plus comment les Ayleids les créaient. Plus important, au Mérithique, il existait des pierres de Welkyn capable de recharger l'od d'une personne.
Mettant une main dans sa poche, Rin en tira une bourse qu'elle ouvrit, révélant des pierres précieuses.
- Pour ma part, je pratique la magie des joyaux, inventée par Zelretch. Les pierres précieuses, au cours de leur longue croissance, baignées par les courants telluriques, développent une capacité naturelle à stocker une énergie magique immense. Je charge mes gemmes chaque jour, en chantant un rituel qui permet qu'elles absorbent le prana contenu dans le sang que je verse sur elles. Alors je me suis dis : " Que se passerait-il si j'appliquais ma connaissance de la magie des joyaux aux gemmes spirituelles ?"
Passant une épingle de coudrier dans la flamme d'une bougie, Rin se la planta juste sous l'ongle de l'index. Une goutte écarlate tomba sur une gemme en forme de bâtonnet bleu. Elle la plaça dans un cercle magique dessiné à la plume. Puis les mains réunies en coupe, elle chanta une formule de trois couplets.
Rin venait de modifier une gemme spirituelle insignifiante en se servant d'une variante de la magie des joyaux. Utilisant Structural Analyst, la magus se concentra. Oui... il ne restait plus qu'à tester :
- Glanz macht Licht
Le cristalse mit à rayonner de lumière.
- J'ai réussis !
À la plus grande stupéfaction d'Artoria, Rin se mit à serrer le sachet contenant les gemmes spirituelles avec le même entrain qu'on l'imaginerait embrasser son amoureux perdu et miraculeusement ressuscité. Il fallut près de dix bonnes minutes d'écœurantes démonstrations d'adoration avant d'obtenir -enfin- une réaction cohérente de la magus, d'habitude parfaitement rationnelle et maître d'elle-même.
- Rin, Tu vas bien ?
La magus tourna un regard d'intoxiquée vers son amie.
- Pour alimenter mes sortilèges, il m'a toujours fallu du prana, du sang, du temps et... de l'argent.
- De l'argent ? Cela n'a rien à voir avec la magie !
- Cela a TOUT à voir avec la magie, fulmina Tohsaka.
Elle s'arrêta d'un seul coup, en voyant qu'Artoria semblait à présent vraiment inquiète de ses réactions. La jeune magus s'efforça à regagner sa maîtrise.
- ... la mienne en tout cas. Tu crois vraiment qu'une gemme capable de contenir un sortilège de classe A soit bon marché ? Elle doit valoir entre deux cent et six cent septims. Et même, si mes circuits magiques peuvent produire bien plus de prana sur Tamriel que je ne le pouvais faire sur Terre, il faudrait tout de même des jours pour la charger... et même plutôt des semaines.
Elle saisit la gemme qui continuait à rayonner.
- J'ai modifié ce cristal sous tes yeux. Il ne contient que l'essence d'une créature dotée d'une petite âme... un ragnard, un loup peut-être. Puis, je m'en suis servi pour jeter un sortilège d'illumination. J'ai l'impression de rêver.
Une nouvelle fois elle enfouit son visage dans le sac rempli de cristaux spirituels, avec l'air d'être en extase.
- Artoria, tu imagines cette sacoche est littéralement remplie d'od que je peux transformer en prana. Il y a dans ce sac plus d'énergie que je ne pourrais en obtenir en passant le reste de ma vie à remplir des gemmes rares et chères avec mon propre prana.

Le valet s'inclina avant de se retirer refermant la porte derrière lui.
Derrière sa table de travail, l'ambassadeur impérial Rufinus Servius se leva avec un sourire aimable.
- Dame Pendragon, damoiselle Tohsaka soyez les bienvenus dans mon humble demeure.
La magus s'amusa de cette entrée en matière. L'ambassade n'avait rien de misérable. Il s'agissait tout au contraire d'une grande demeure entre le marché et la cathédrale des divins. Quant à son intérieur, le bureau de bois ciré entouré de bibliothèques chargés de livres, intercalés avec une collection de curiosité donnait une bonne idée du luxe des autres pièces. Ainsi on voyait un globe représentant la planète Nirn, des coupes en chaux dwemer, des tablettes de pierres dunmer représentant des daedras, un crâne de troll, une longue-vue, un service à thé rougegarde en cuivre gravé.
- Je vous remercie de votre invitation, monsieur l'ambassadeur.
Rin sourit et, suivant l'exemple de son amie, fit comme si être convoqué par l'officiel lui faisait immensément plaisir.
Tandis qu'elles prenaient place, le diplomate fit servir des rafraichissements. On passa ensuite quelques minutes à parler de choses sans importance, en particulier des funérailles du roi Édouard. Servius sourit. L'homme n'avait rien d'impressionnant, un Impérial entre deux âges avec des cheveux noirs et un visage rasé de près. Cependant l'expression qu'il avait à cet instant semblait si fausse que Rin se méfia. Inconsciemment, elle jeta un coup d'œil à sa voisine, mais l'expression du roi de Bretagne ressemblait à un masque stoïque, comme à son habitude.
- Savez-vous que l'on prépare déjà le couronnement d'un nouveau roi.
Artoria plissa les yeux.
- Le comte Harold a toutes les raisons de faire presser le mouvement.
- Officiellement, le nom du nouveau roi n'a pas encore été annoncé. Comment savez-vous qui va obtenir le trône ?
- J'ai simplement écouté les noms des ambassadeurs. Il n'y en avait aucun de Boralis. Comme il n'y a que deux prétendants sérieux, le duc Guillaume et le comte Harold, et que ce dernier se trouve déjà sur place, il est logique qu'il précipite son couronnement pour mettre son rival dans le fait accompli.
L'ambassadeur Servius eut un sourire appréciatif.
- Effectivement, cela tombe sous le sens, n'est-ce pas ? Néanmoins, il reste assez rare qu'une femme aussi jeune saisisse ce genre de subtilité.
Artoria accepta le compliment d'un simple mouvement du menton, sans montrer si le compliment la touchait.
- Vous devez comprendre que vous ne pouvez rester à Daguefillante. Sinon, vous serez invité au sacre... ce qui sera bien sûr interprété comme une marque d'approbation impériale. Certes, vous n'étiez sensé représenter Sa Majesté Titus Médée II que pour la mise en terre du roi Édouard, mais pour la plupart des gens cela ne fera aucune différence.
- Soit, cependant, je ne dois pas avoir l'air non plus de fuir le couronnement, sinon cela serait interprété comme une condamnation du sacre d'Harold.
À présent, le sourire de Rufinus Servius paraissait on ne peut plus approbateur.
- Je vous félicite pour votre perspicacité. Par chance, le duc Guillaume de Pointenord doit marier Robert, son fils ainé, dans quelques jours. Un mariage surprise d'ailleurs, la fiancée est encore attendue... enfin dame Ariane, à la réputation d'être une jeune beauté, et c'est la fille du roi Uther de Ménévie.
Ménévie... depuis des siècles, le royaume rival de Daénia. Il semblait logique qu'il veuille nouer une alliance matrimonial avec le duché de Boralis, si son duc contestait le droit du comte Harold au trône de Daénia... et donc au titre de Haut-Roi des Bretons.
- Donc, je vais représenter l'empereur à ce mariage et rester sur place jusqu'à ce qu'Harold soit couronné.
- Tout à fait.
Tendant la main vers un tiroir, Rufinus Servius sortit un pli cacheté.
- Une fois arrivé à Pointenord, vous remettrez ce courrier au duc.
Artoria fronça les sourcils.
- Puis-je vous demander ce que contient cette lettre ?
- Des renseignements confidentiels destinés aux seuls yeux du duc.
Rin se redressa.
- Vous soutenez le duc Guillaume !
- Officiellement, le couronnement d'un nouveau Haut-Roi est une affaire interne aux Brétons. Néanmoins... Harold serait une catastrophe pour nos relations avec le Thalmor, mais aussi pour les Brétons eux-mêmes. Plus de la moitié des suzerains locaux lui sont hostiles.
- Certes, mais cela pourrait déclencher une Guerre Civile !
L'ambassadeur Servius secoua la tête avec fatalisme.
- Le duché de Vérandis, le royaume de Taillemont, le duché de Boralis et le duché de Gastemarch s'affrontent régulièrement depuis quarante ans, levant des armées de mercenaires qui se comportent comme des brigands. Les alliances éphémères de ces grands seigneurs changent comme le vent. Mais les villageois sont massacrés, leurs masures laissées à l'abandon, les champs brûlés. Le royaume de Ménévie est à couteau tiré avec celui de Daénia, et a été en guerre avec celui d'Abondance. On appelle cela des guerres féodales et elles sont en train de ruiner le pays. Il faut que cela s'arrête.
- Mais pourquoi soutenir le duc de Boralis ?
La question venait d'Artoria, cette fois.
- Pourquoi poser la question ? Il s'agit du seul autre prétendant sérieux, et il a le soutien du royaume de Ménévie. S'il s'empare de Daénia il sera épaulé par deux des plus grands royaumes de Haute-Roche. Avec la légitimité obtenue avec le titre de Haut-Roi, il sera notre plus grande chance de ramener la paix.
- Encore faut-il qu'il prenne ce trône.
Rufinus Servius soupira.
- Vous avez raison, dame Pendragon. Et c'est pour cela que j'ai besoin de vous. Je souhaiterais que vous veniez en aide au duc Guillaume.

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Message par Anaxagore le Sam 13 Juil - 19:39

---Âtrefeu, 27e jour, 4E 201---

La nuit régnait sur cette région de forêt, dans l'est du duché de Phrygios. On se trouvait un peu au sud de la barrière de montagne qui séparait ce pays de son voisin, le "royaume" d'Alcaire.... enfin royaume, il s'agissait d'un des plus petits états de Haute-Roche par sa taille, comme par sa puissance. On ne devait qu'à la mégalomanie de son premier seigneur qu'un roitelet siège sur un trône dans sa capitale, guère plus qu'un gros village.
Pour en revenir à la géographie physique, la seule localité à des lieux à la ronde s'appelait Croissalant. Cette petite bourgade se trouvait sur un goulet où passait la route reliant Alcaire à Dwynmen, au sud. Vers le nord, une autre branche de cette voie continuait jusqu'à Pointenord, après avoir traversé Taillemont.
À quelques distances de tout chemin, la forêt baignait dans une profonde obscurité. Les épais feuillages empêchaient les lunes (Masser et Secunda) d'illuminer le sol tourmenté par les épaisses racines des arbres. Alors que des chouettes silencieuses chassaient les musaraignes dans les clairières, et que les renards circulaient silencieusement à l'abri des fougères... une clarté apparut.
Des chevaliers brétons, en armures de plate, brandissant des torches, avançaient en une longue colonne parmi les arbres. Accrochés à leurs selles, des écus portant le dragon de Daguefillante les identifiait comme des preux appartenant à l'ordre du Dragon, au service du roi de Daénia.
Que faisaient-ils si loin de leurs terres ?
Et surtout qui était la dame qu'un des chevaliers avait jetée en travers de sa selle ? Avec ses longs cheveux noirs, elle devait être belle. Quant à sa robe bleue, avant d'avoir été déchirée par les ronces et salie par la boue des chemins, sans doute s'agissait-il d'une toilette digne d'une fille d'une des plus grandes maisons de Haute-Roche.
Ligotée et bâillonnée, elle se débattait faiblement, pour la plus grande joie de son actuel gardien. Comme un colosse au heaume empanaché remontait la file des cavaliers en lourdes armures, il l'interpela.
- Sire Roland devrait nous récompenser largement pour notre fait d'arme, capitaine.
- Silence ! Notre seigneur ne récompense pas les bavards. Dépêchons-nous, nous devons être de retour à la Branktanthartz avant le lever du jour.
Les chevaliers en armures disparurent parmi les arbres et bientôt, même la lueur de leurs torches s'éteignit dans le lointain.
Cachée par un arbre, une silhouette vêtue d'une robe bleue et d'une armure argent, regardait pensivement dans la direction prise par les chevaliers. Elle se tourna de côté pour faire signe à la jeune fille en pull roulé rouge, cachée derrière un buisson, qu'elle pouvait se relever.
Rin secoua la tête atterrée.
- Ce n'est pas possible, on ne faisait que se rendre à un stupide mariage... on quitte la route à la nuit tombée, on s'installe dans une clairière un peu à l'écart et il faut que les ennuis nous trouvent.
La réflexion fit sourire Artoria.
- Tu pars du principe que je vais intervenir.
La magus croisa les bras sur sa poitrine avec une moue d'exaspération.
- Je te connais trop bien.
Le Roi des Chevaliers se rembrunit.
- Je ne peux laisser les membres d'un ordre de chevalerie enlever une dame ! C'est une insulte au serment prêté par tous les preux !
- Qu'est-ce que je disais, marmonna la Japonaise, ses yeux aigue-marine levés vers le ciel.

Archétype de la petite bourgade minière paisible, Croissalant se découpait dans la brume matinale. Les maisons ne manquaient pas d'un certain charme. Bâties en torchis blanchi à la chaux sur une armature de poudre de bois, elles se coiffaient de toits de tuiles bleues. Au nord, on entendait le forgeron tapait sur son enclume. Il y avait également une petite annexe de la Guilde des Guerriers, une taverne et deux marchands. Un bâtiment flanqué d'une tour s'ornait d'une magnifique rosace. Près de la porte, une enseigne en forme d'œil se balançait dans le vent. Cet emblème représentait le Synode, une puissante organisation de la magie.
Artoria et Rin pénétra dans le bâtiment semblable à caserne. Des hommes en armures s'y entraînaient, sous les ordres d'une instructrice borgne.
Cette dernière considéra les deux femmes de haut en bas sans cacher son manque d'enthousiasme.
- Vous voulez quoi ?
Artoria décrivit la scène qu'elle avait vue la veille.
- Ouais, ben j'suis déjà au courant... Vous venez de voir des chevaliers de l'ordre du dragon enlever la fille du roi de Ménévie.
- La princesse Ariane de Ménévie ?
- Yep !
Rin et Artoria échangèrent un coup d'œil.
- Nous nous rendions à son mariage avec Robert de Pointenord.
- Ben, il risque de ne pas avoir lieu... et c'est pas le plus grave. Son père, le roi Uther de Ménévie vient de demander au comte Harold Ailedieu de lui rendre sa fille, appuyé par le duc de Boralis. Quant à notre bon duc, Armand de Phrygios, il est accusé de complicité dans l'enlèvement vu qu'il aurait, soi-disant, laissé passer les chevaliers du dragon sur ses terres. Et bien entendu, les incriminés nient toute participation. La très mauvaise nouvelle, c'est qu'Uther de Ménévie et Guillaume de Boralis viennent de déclarer que si dame Ariane ne leur était pas restituée d'ici sept jours... et bien ce serait la guerre !
Le Roi des Chevaliers embrassa d'un geste les membres de la Guilde des Guerriers.
- Je viens de vous donner des renseignements sur l'enlèvement, vous pourriez...
- Ouais, coupa l'instructrice, vous êtes la huitième personne depuis ce matin à me dire qu'elle sait où est dame Ariane. Soit vous me fournissez des preuves que vous savez réellement où elle se trouve, soit vous sortez. Je peux pas envoyer des hommes à droit ou à gauche, sur la bonne foi de la première personne venue.
Comme Artoria se rembrunissait, la main posée sur le pommeau de Caliburn, Rin passa devant elle.
- Vous avez entendu parler d'un "sire Roland" ?
- Roland de Guéfort ?
D'une main, l'instructrice désigna une affichette sur un mur. Rin s'approcha pour découvrir un dessin assez grossier d'un homme. Au dessous on pouvait lire : " Baron Roland de Guéfort : Recherché pour rébellion contre le duc Armand de Phrygios, association avec le nécromancien Troyan."
- Charmant personnage ! Que lui reproche-t-on exactement ?
La borgne eut un rire vulgaire.
- D'avoir assassiné ses propres paysans pour les transformer en mort-vivants dans l'espoir d'avoir une armée assez forte pour s'emparer du duché. Il y a cinq ans de cela, il a réussi à s'enfuir avec son complice et une partie de ses chevaliers. Depuis, sa tête est mise à prix.
- Dernière question...
- Tant mieux !
-... vous avez déjà entendu parler dans la région, d'un endroit appelé Brankt... euh... Brantktaz ?
- Branktanthartz ! C'est une cité dwemer à l'ouest. Tenez, je vous l'indique sur votre carte. Bonne chance si vous allez là-bas, un dragon s'est installé dans les ruines ! Oh, et la forêt est infestée d'Araignées d'Iliaques.

Rin marchait depuis des heures, remontant une rivière. D'après sa carte, elle prenait sa source dans une montagne que les dwemer disparu avaient excavée pour y construire la cité de Branktanthartz. À ses côtés, Artoria suivait en alerte, attentive au moindre son et au plus petit mouvement.
Plongée dans l'ombre qu'une montagne solitaire étendait sur une large partie de la forêt, le paisible cours d'eau exécuta un vaste tournant qui les mena au pied d'une falaise de rochers recouverts de mousse et d'arbustes. Une vaste ouverture naturelle laissait sortir les flots écumants.
Comme elles s'approchaient, le Roi des Chevaliers dégaina. Caliburn s'illumina d'une lumière dorée, révélant une bande de sable et de galets.
- Je passe devant.
Rin approuva.
Au bout de seulement quelques mètres, la plage disparaissait. Toutefois, l'épée lumineuse découvrit un tunnel obscur, à peine assez large pour une personne. Artoria Pendragon s'y engagea marchant quelques minutes avant de découvrir que le passage se divisait en deux. Elle prit une direction au hasard et découvrit alors que le tunnel naturel subissait une nouvelle division plus loin. Après avoir abouti à une grotte sans issue, elle repartie en arrière, prit l'autre intersection pour parvenir à une caverne plus vaste, encombrée de stalactites.
Le bruit de l'eau murmurante s'amplifia tandis qu'elles cheminaient dans le souterrain. Finalement, la lumière dorée de l'épée révéla la rivière souterraine et.... un pont de pierre soigneusement ajusté, orné aux deux extrémités d'ornements en un alliage semblable au bronze. Indéniablement, un ouvrage dwemer.
- On a atteint l'ancienne cité.
- Je suppose qu'il doit y avoir une vraie entrée quelque part, remarqua Artoria.
Mal à l'aise, elle écoutait le bruit lointain de machines en mouvement. D'un tuyau en métal sortait une eau salle qui se déversait dans la rivière.
- Oui, là c'est probablement la sortie des égouts... Pas très glamour, il faut le reconnaître.
Elles gravirent un long escalier et le murmure mécanique s'amplifia à mesure qu'elles gravissaient les marches. En haut, Artoria reprit la tête de leur avance. Autour d'eux, les murs de pierre blanche portaient des visages barbus sculptés dans un style géométrique. Partout des appliques de métal doré, et des machines actionnant des pistons ou vomissant de la vapeur. Cependant, on ne voyait pas une âme qui vive. Tout semblait à l'abandon. Certaines voûtes s'étaient effondrées, de la poussière, des débris et des toiles d'araignées se voyaient partout.
Comme il n'y avait aucun passage latéral, le Roi des Chevaliers continua jusqu'à un carrefour. Depuis leur entrée dans la cité, des torchères au gaz brûlaient dans des bulbes grillagés. Cette lumière vive leur permit de découvrir que les trois nouveaux couloirs se perdaient dans le lointain.
Elles errèrent ainsi un long moment, prenant les passages au hasard. À un moment, Artoria déclencha un piège. Trois lances de métal surgirent de trou dans un mur et la blessèrent. Heureusement, elle régénérait vite et ses blessures s'effacèrent très vite.
Au bout du couloir, la femme chevalier se heurta à une double porte en alliage dwemer si massive qu'elle ne bougea pas comme elles pesaient sur ses gonds. Voyant une serrure, Rin jeta un sort de sésame... uniquement pour provoquer une défense magique qui riposta sous la forme d'un rayon de froid.
- Tsss... Ces Nains sont bien méfiants. Je suppose qu'il faut trouver la clef pour aller plus avant.
Par précaution, Rin utilisa Structural Grasping sur le vantail. La compétence magique servait surtout à l'analyse matérielle d'un objet. Que se soit la matière qui le composait, les détails internes invisibles à l'œil nu. Toutefois, cette technique se mâtinait de psychométrie, permettant de connaître son histoire.
- Hum ? Il s'agit d'une prison.
Bien que le Structural Grasping ait permis d'apprendre la fonction des lieux, cela n'avait fourni aucun renseignement sur la manière d'ouvrir la porte. Aussi, la magus fit demi-tour, bientôt dépassée par le Roi des Chevaliers, épée en main.
Au bout de seulement quelques pas, cette dernière entendit Tohsaka soliloquer
- C'est étrange...
- Rin ?
Se retournant, le chevalier regarda la jeune japonaise qui fixait un tuyau. Quelqu'un avait élevé une véritable barricade qui en scellait l'ouverture. On entendait un choc répétitif qui s'en élevait.
-Une idée de ce qui provoque ce bruit ?
- Une sphère-centurion, je suppose.
Le roi de Bretagne leva un sourcil à l'énoncé de ce terme inconnu.
- Pardon ?
En quelques phrases, Tohsaka expliqua que les Dwemer, ou nains, mélangeaient technologie et magie. Leurs automates étaient mis en branle par un complexe système de rouages et autres engrenages. Toutefois, leur énergie provenait d'un "cœur" magique. On appelait ces constructions "animunculi". Les plus communs étaient les araignées mécaniques, les sphères-centurions, et les centurions.
Les premières portaient un nom explicite. Les secondes voyageaient dans l'étendue des cités, sous forme de sphères, en passant par des canalisations spécifiques. Arrivée à destination, elles se dépliaient pour prendre une forme de combat.
Quant aux centurions, il s'agissait de colosses humanoïdes. D'après d'anciennes gravures, certains pouvaient atteindre une dizaine de mètres de haut et servaient comme engin de siège ! La plupart étaient heureusement nettement plus petit... enfin au moins trois mètres... si on peut appeler cela petit.
- Et quelqu'un a bloqué le tube, empêchant les sphères-centurion de sortir, compléta Artoria.
Son visage montra une expression songeuse avant d'être remplacé par de la détermination.
- Cela signifie que quelqu'un occupe l'ancienne cité et que son système de défense le reconnait comme un intrus.
Après avoir repris leur errance dans les ruines, Artoria tomba sur un escalier qui descendait. Si son sens de l'orientation ne la trompait pas, les degrés se trouvaient presque à l'opposé de leur point d'entrée. Les deux aventurières choisirent de l'emprunter. Elles arriveraient peut-être à une partie habitée de Branktanthartz, au bas des marches.
Artoria évalua la longueur de la descente à la moitié de l'escalier qu'elles avaient gravis à partir de la sortie des égouts. La porte de métal dwemer donnait donc accès à un niveau non visité. Lorsque le roi des chevaliers poussa le battant, elle déboucha dans une pièce richement meublé avec un mélange de fourniture dwemer (en métal et en pierre) et brétonnes (en bois).
Un homme se retourna vers les arrivantes. Vêtu de manière seigneuriale, il leur offrit un sourire cruel.
- Ah ? Des aventurières ? Sans doute êtes-vous venues délivrer dame Ariane, je crains que vous ne rencontriez que la mort.
Tohsaka détailla le visage de leur adversaire. La barbe courte et grisonnante, la cicatrice sur la joue, les cheveux courts pour ne pas gêner le port du heaume. Il s'agissait des traits dessinés sur l'avis de recherche vu à la guilde des guerriers de Croissalant.
- Vous êtes sire Roland de Guéfort.
- J'allais dire : " pour vous servir, gente damoiselle". Hélas, je n'ai que peu de politesse pour les intrus... "pour vous tuer", alors.
Artoria s'interposa.
- Monsieur, permettez que je vous jette le gant. Je suis Artoria Pendragon, thane de Blancherive.
Le Roi des Chevaliers fit siffler sa lame dans l'air.
Dans un geste élégant, Roland de Guéfort détacha sa cape et la lança sur une chaise. Feignant l'admiration, Rin pouffa, une main sur la bouche.
- Splendide, vous vous êtes longuement entraînés à retirer votre cape ! C'est vrai qu'il s'agit d'une compétence utile pour faire un méchant classieux !
Après un coup d'œil assassin en direction de la magus, le seigneur de Branktanthartz considéra Artoria sans complaisance.
- J'accepte votre défi. Comme vous le savez déjà, je suis le sieur Roland de Guéfort.
Les deux lames se touchèrent dans une gerbe d'étincelles. La morgue du baron renégat se révéla d'abord justifiée. Il bougeait incroyablement vite, même Artoria semblait lente par comparaison. Toutefois, la technique de cette dernière dépassait celle de son ennemi. Quant à sa force physique... elle le fit reculer dès le premier échange de coups.
Le baron rompit et déglutit. Son regard s'arrêta sur sa lame. Sans doute ne s'agissait-il pas d'une rapière ordinaire, néanmoins le heurt avec Caliburn l'avait ébréchée. Sans lui laisser le temps de reprendre son souffle, Artoria se rua en avant.
L'Épée des Victorieux décrivit un arc élégant et... sire Roland s'effondra à genoux, stupéfié par la brièveté du combat.
- Brillant effort, vous êtes un admirable épéiste, monseigneur. J'aurai aimé prolongé le combat, hélas... le temps m'est compté.
Roland lâcha son arme pour porter la main à sa poitrine, dans un geste puéril pour contenir le sang qui ruisselait sur le sol.
- Comment...
- Votre défaite n'est pas due à votre infériorité dans l'art du maniement de l'épée, monseigneur. Mais aucun mortel ne peut lutter contre un dragon sous forme humaine. Vous pouvez partir sans honte, messire. Je n'oublierais pas votre nom.
Le traître ne répondit pas, il venait de s'effondrer de côté, dans la flaque de sang qui allait s'élargissant.
La magus se souvint d'une chose dite par sire Gawain. Selon lui, il existait deux types de personnes : ceux qui comprenaient d'emblée que son roi devait être respecté... et ceux qui étaient contraint de le respecter. Le baron renégat pouvait être considéré comme un brillant épéiste. Toutefois, en les voyant surgir dans ses appartements, il lui aurait suffis de sortir par la porte opposé et d'appeler ses hommes en renfort. Sire Roland ne l'avait pas fait. Enfin, lorsqu'il avait accepté de combattre en duel, il aurait du demander un délai pour revêtir son armure. Combattante honorable, Artoria ne pouvait refuser une requête de cet ordre.
L'arrogance en avait mené plus d'un à sa perdre, sire Roland n'en était qu'un nouvel exemple.
Pratique, Rin se pencha sur le corps et le fouilla. Le plus intéressant semblait être la clef en métal dwemer. Utilisant l'analyse structurelle, la magus apprit qu'elle ouvrait la porte de la prison trouvée à l'étage supérieure. De plus, l'anneau que le sire de Guéfort portait à la main droite et sa rapière portaient des enchantements.
Tohsaka soupira.
- Je trouve que nous avons eu énormément de chance depuis notre entrée dans la ville. D'abord, nous sommes passées par une issue non défendue, peut-être même inconnue des hommes du baron. Ensuite, nous avons livré notre premier combat contre le chef des ennemis. Alors, il va falloir faire attention à ce que nous allons faire ensuite. Sa mort ne va pas passer longtemps inaperçue. On continue la visite de l'étage ou on remonte ?
Artoria venait d'ouvrir l'autre porte de la chambre pour inspecter un couloir. Elle vit plusieurs accès identiques, un escalier descendant à une extrémité, et une vaste pièce dans l'autre. Des bruits de voix et la silhouette d'un homme l'informa que les lieux étaient peuplés. Descendre ou visiter les autres pièces, probablement des appartements, les mettrait en danger d'être découvertes.
- Non, on remonte. Si le baron conservait sur lui la clef de cette prison c'est qu'il y a enfermé une personne importante... dame Ariane, peut-être.

Retournées à l'étage supérieur et après quelques hésitations - tout le niveau se révélant être un véritable labyrinthe- les jeunes femmes retrouvèrent la porte. Évitant les pièges nains, réactivés, Artoria tourna la clef dans la serrure qui produisit un déclic satisfaisant.
Le vantail tourna pour révéler une pièce de taille moyenne divisée en deux par une grille en métal dwemer. L'autre côté, sommairement meublé d'un lit et d'une table de pierre, ainsi que de deux chaises métalliques servait de prison.
À leur entrée, une jeune femme se leva en sursaut, son beau visage assombri par l'inquiétude. Rin reconnue dame Ariane à sa robe bleue.
- N'ayez crainte, madame, nous ne sommes pas vos ennemis. En fait, nous sommes même venus vous délivrer.
Artoria s'avança à son tour, incroyablement vaillante et chevaleresque dans le moindre de ses mouvements. Sa simple présence fut plus efficace que les mots de son amie pour rasséréner la prisonnière.
- Permettez-moi de nous présenter. Rin Tohsaka est mage. Je suis Artoria Pendragon, chevalier.
Dame Ariane empoigna les barreaux pour couvrir ses sauveteurs d'un regard implorant.
- Je vous en prie, sortez-moi de là !
Rin examina la grille. Il y avait bien une partie servant de porte, mais aucun mécanisme d'ouverture.
- Madame, comment êtes-vous entrée ?
- Je ne sais pas mais... je me suis évanouie... Mais Troyan... le nécromancien... il est venu me nourrir ce matin, accompagné de deux gardes orques. Il a ouvert la grille en utilisant un sortilège contenu dans son anneau.
- Oh, je vois...
La magus commença à incanter, mais Artoria lui mis la main sur la bouche.
- Non, Rin... tu as déclenché un piège magique lorsque tu as utilisé ce même charme sur la porte extérieur. Si Troyan se sert d'une bague, peut-être que l'ouverture de la cellule ne peut se faire sans cet objet.
La jeune femme en pull rouge plissa les yeux avec irritation.
- Je vais finir par me demander si mon rôle ne se limite pas à de la figuration.
Les bras croisés sur la poitrine, elle exhala.
- Bon... si ce Troyan nourrit lui-même sa prisonnière c'est probablement qu'il se trouve à proximité. Donc, à cet étage.
Artoria approuva du menton.
Rin se retourna vers dame Ariane.
- Nous revenons aussi vite que possible, madame.
Comme elles retournaient dans le couloir, la magus pris le bras du Roi des Chevaliers.
- Tu as eu un duel avec le baron, moi je réclame le nécromancien.
- Rin, c'est...
Elle la coupa sur un ton de colère.
- Écoute, je t'adore. Mais ta sollicitude devient oppressante. Je suis un magus. J'ai passée des années à me préparer à la Guerre du Saint Graal et jamais je n'ai eu autant de puissance que maintenant. Je suis capable de me battre.
- Mon rôle de chevalier est de te défendre.
- Pas si c'est un duel !
Artoria s'avoua vaincue. Si Rin faisait appel à l'honneur, elle ne pouvait la contredire.
- Soit. Seulement, je te demande de prendre ce combat très sérieusement. Si tu fais appel aux règles du duel, je ne pourrais pas intervenir.
- J'en suis consciente.
La fouille du reste du niveau se passa sans guère de difficulté... enfin si on oublie une porte piégée par une trappe qui avait manqué de tuer Rin. Cette dernière avait été rattrapée in-extremis par son dévoué chevalier et tirée à l'abri.
Puis, elles découvrirent un passage plongé dans une obscurité anomale. Il ne s'agissait pas du simple manque de lumière. Il y avait comme un mur d'ombre dense qui barrait le tunnel.
- Glanz macht Licht
Rin jeta dans l'ombre un cristal spirituel modifié. La lumière qui s'en éleva repoussa le sortilège de ténèbres... révélant une fosse profonde plantée de nombreux pieux ! Une planche étroite permettait de franchir l'obstacle !
- Quelle attention charmante, murmura Rin, traversée par un frisson d'effroi rétrospectif.
- Je passe devant.
Testant la latte de bois d'un pied prudent, la jeune femme chevalier ne la fit même pas courber. Il faut dire qu'elle ne pesait pas bien lourd... même avec son armure. En quatre rapides enjambées, elle se trouva de l'autre côté pour... être immédiatement attaquée.
De renfoncements jumeaux, de part et d'autre du couloir, sortirent deux orques berserks maniant des haches à deux mains et portant de lourdes armures d'orichalque !
En dépit de son instinct et de sa rapidité, Artoria fut blessée et chancela. Cependant, son épée siffla. La plaque thoracique de l'orque touché explosa dans une gerbe de débris tranchants. Son voisin poussa un beuglement furieux et chargea derechef... Attaque, parade, contre-attaque. Les coups s'enchaînèrent si vite que l'œil peinait à suivre. Puis... la tête encore casquée du deuxième orsimer rebondit contre un mur tandis que le corps décapité s'effondrait.
L'ensemble du combat avait duré moins de dix secondes et les deux ennemis étaient morts. Toutefois, aussi impressionnante que soit l'épéiste qui venait de remporter l'affrontement, elle restait humaine. Une main sur son flanc ensanglanté, le Roi des Chevaliers grimaçait en regardant une Rin inquiète se précipiter vers elle. Murmurant un sortilège de soin, la magus referma la blessure.
- Merci.
- De rien... je n'en reviens pas... quelle méthode directe, brutale, impitoyable pour se débarrasser des visiteurs non-désirés. Troyan a découvert la méthode ultime pour décourager les démarcheurs...
Les traits, d'habitude stoïques, du chevalier se transformèrent en un léger sourire tandis qu'elle dodelinait de la tête avec un rien de résignation amusée.
- Tu tiens toujours à l'affronter ?
Tohsaka jeta un regard vers le fond de la fosse. Parmi les squelettes, plusieurs étaient humains.
- Oui.
- Soit.
Au bout du couloir, une porte s'ouvrait sur une pièce transformée en bibliothèque. Les murs étaient couverts de rayonnages où s'empilaient des livres et des rouleaux de parchemins.
À leur entrée, un homme franchit la porte opposée. Il semblait avoir trente-cinq ans, des traits réguliers, portant beau avec ses cheveux noirs retombant jusqu'à ses épaules, et des yeux tout aussi sombres.
Il se vêtait d'une robe couleur d'anthracite sous une autre largement fendue qui s'ouvrait jusqu'à sa gorge à chacun de ses pas. À son cou, un médaillon d'argent en forme de crâne avec des émeraudes en guise d'yeux.
- Oh... si j'avais su que je recevrais une aussi charmante visite, j'aurais ouvert une bouteille de vin.
Sa voix grave ne transmettait pas son apparente chaleur jusqu'à ses yeux calculateurs et froids comme ceux d'un serpent. Comme il faisait un geste d'invite pour qu'elles s'avancent vers lui, toute son attitude trahissait l'arrogance. Quant à son sourire, il était on ne peut plus narquois.
- Vous êtes Troyan, demanda Rin.
- Oui, tel est mon nom. Il semble que ma célébrité se répande.
- Pourquoi avez-vous participé à l'enlèvement de dame Ariane ? Que voulez-vous ?
Le nécromancien ricana.
- Participé ? ! L'idée n'était pas du baron, mais d'un de mes amis. Quant à ce que je veux... ma dame m'a demandé de mettre Haute-Roche à feu et à sang. En plus, c'est mon activité préférée. J'aime les hommes. Je ne souhaite que leur bien. Toutefois, ce n'est que dans les épreuves qu'ils traversent qu'ils peuvent s'élever. Et il n'y a rien de plus divertissant pour moi que de les voir se débattre dans la recherche de nouveaux sommets. Considérez-moi comme un jardinier qui coupe les mauvaises herbes et taille les rosiers.
Comme le mage de la mort parlait sans entrave, Artoria se rembrunit.
- Vous êtes bien disert, mage.
- N'est-ce pas... Pourquoi me tairais-je ? Après tout, vous ne ressortirez pas de cette pièce pour raconter mes petits secrets à d'autres. N'ayez crainte vous êtes bien trop jolies pour que je vous réduise à de simples zombis. J'ai quelques idées intéressantes sur ce que je vais faire avec vous.
La Japonaise s'avança, passant une main dans ses cheveux pour rejeter une de ses couettes dans son dos.
- Vous ne croyez tout de même pas que je vais vous laisser faire ! Je suis Rin Tohsaka. En tant que mage, je vous défie en duel.
Pour la première fois, Troyan parut surpris. Puis son sourire revient.
- Oh... voyez-vous ça, la souris défie le chat ? Je n'ai pas de raison de refuser. J'ai plus du double de votre âge et dix fois votre expérience.
D'un air presque régalien, il balaya la pièce d'une main.
- Je vous en prie, jeune fille, montrez-moi vos talents.

Rin s'avança alors que le nécromancien suivait ses mouvements avec intérêt. Il montrait clairement par son attitude qu'il ne considérait pas ce combat sérieusement. Il restait passif, attendant que son adversaire prenne l'initiative.
Celle-ci s'avança, calmement, les bras le long du corps, jusqu'à se trouver à trois pas.
- Ein kleiner, ein großer
Le nécromancien fronça les sourcils comme des lignes lumineuses se dessinaient sur les jambes et les bras de Tohsaka.
L'instant d'après, la magus se trouvait au contact. Elle porta un coup de pied au visage de Troyan qui n'eut que le réflexe d'accompagner. Encore groggy, il para cependant deux attaques portées au plexus solaire... qui n'étaient qu'une feinte. D'un vif pas sur le côté, Rin passa dans le dos de son ennemi :
- Ehwaz.
Ayant dessiné dans l'air une rune semblable à un M lumineux, Rin décocha un coup au creux des reins du nécromancien. Artoria avait vu le poing de son amie s'auréoler d'une lueur rouge avant qu'elle ne frappe.
Pourtant, le nécromancien sauta en arrière, plus loin qu'un humain ordinaire aurait pu le faire. Dans l'air apparut un trio de dagues fantomatiques qu'il lança contre Rin. Cependant, le jeune femme effectua un roulé-boulé, évitant les projectiles, et se releva dans le mouvement.
Le bras droit tendu, la main gauche à la saignée du coude, la magus recourut à son sortilège préféré :
- Gandr !
Une volée de projectiles noirs, enveloppés d'une aura rougeoyante, filèrent vers Troyan. Ce dernier en évita plusieurs, avec une dextérité sidérante, reculant jusqu'à se trouver dos au mur. Les dernières balles d'énergie le matraquèrent, le faisant défoncer une bibliothèque.
Tandis qu'une bonne partie des rayonnages s'effondrait sur le nécromancien, Rin baissa le bras, s'attendant probablement à ce que son attaque signe la fin des combats. Toutefois, Troyan bondit d'un coup jusqu'au plafond, lâchant à nouveau un trio de dagues fantomatiques en direction de la magus. Celle-ci se baissa vivement pour esquiver et lança une pierre scintillante.
Celle-ci retomba aux pieds du nécromage juste au moment où il touchait le sol. Un tourbillon de vent s'éleva de la gemme spirituelle. À nouveau projeté contre une bibliothèque, Troyan se releva immédiatement... pour se retrouver nez à nez avec son ennemie.
Il y eut un échange rapide de coups. Les deux combattants se frappant à mains nues. Les poings de l'un et de l'autre furent parés par des mouvements des avant-bras. Rin, fut toutefois touchée au visage et au ventre, mais sans être vraiment blessée. En retour, elle se glissa de côté pour frapper Troyan d'un coup de coude dans les côtes, avant de l'enchaîner. Deux heurts dans la poitrine, puis un balayage des jambes pour le jeter à terre.
Une fois encore, le nécromant bondit sur ses pieds... mais se découvrit un instant. Rin concentra toute sa force dans la paume de sa main et lui asséna un coup violent dans le plexus. Le choc sourd résonna dans toute la pièce, tandis que Troyan ouvrait des yeux exorbités.
Il contra ensuite deux nouvelles attaque de la Magus, puis sa main se posa sur son ventre alors qu'un sourire tors apparaissait sur le visage du nécromant. L'instant d'après, une explosion d'énergie violette catapultait Rin à l'autre bout de la pièce.
- Rin !
L'appel choqué d'Artoria résonna dans la pièce, mais l'interpelée se relevait déjà. Visiblement, elle était blessée, mais pas encore mourante. Rin lança une volée de gandr contre son ennemi. Puis se saisis d'une poignée de pierres qu'elle glissa entre ses phalanges. Levant la main devant son visage, elle prononça une courte incantation et les lança...
L'autre bout de la pièce se trouva pris dans une succession d'explosions.
Les livres brûlaient et la bibliothèque, à présent complètement ravagée, se trouvait jonchée de nombreux débris. Pourtant, Troyan semblait immortel. Bien que brûlé, ensanglanté, il se relevait péniblement, serrant contre lui son bras gauche qui pendait sans réaction. Avec un regard haineux, il se traîna vers la porte.
- Crutio, tue-les.
L'être qu'il venait d'appeler se révéla être un homoncule. Petite créatures aillées proche des lutins, elles étaient créées par des alchimistes pour leur servir d'esclave. Le duel étant terminé avec l'arrivée d'un adversaire supplémentaire, Artoria se rua en avant.
Toutefois, avant que Troyan ne réussisse à s'enfuir, Rin eut le temps de lui envoyer un barrage supplémentaire de gandr... et de lui arracher son bras déjà blessé. Après un hurlement de douleur, il ferma la porte, tirant le verrou derrière lui.
Le Roi des Chevaliers fit face au petit monstre qui venait brutalement de se multiplier pour la harceler en l'attaquant de tout côté. Caliburn siffla et traversa sans résistance une image qui explosa aussitôt en pluie de prana. Le deuxième coup d'épée, cependant, toucha le vrai homoncule. Il se retrouva littéralement coupé en deux et tous les doubles restants disparurent à sa mort.

Grâce à un sort, Rin réussit à débloquer la porte pour découvrir une chambre. Une trace sanglante menait à un rideau. Artoria le tira pour découvrir un mur nu. Sous ses doigts, une pierre bougea mais le passage secret qu'elle devait servir à ouvrir resta scellé. Sans doute que Troyan avait déconnecté le contrepoids.
Tohsaka s'était arrêtée au bureau. Elle jeta un coup d'œil aux lettres et autres papiers qui s'y accumulaient.
- Oh...
- Qu'est-ce qui y a ?
Rin montra le parchemin qu'elle lisait.
- "L'ami" dont parlait Troyan, celui qui a eu l'idée d'enlever dame Ariane est... le propre frère de cette dernière. En fait... vu tout ce qui est raconté là, il y a un véritable complot pour déclencher une guerre civile.
Elle soulevait une page après l'autre.
- Dommage, la plupart des auteurs n'ont pas eu la bonne idée de signer de leur nom.
- Des informations sur celle que Troyan a appelé "ma dame" ?
Rin compulsa tous les papiers rapidement.
- Non, je ne crois pas.
Le Roi des Chevaliers parut songeur.
- Je me demande s'il s'agit de la même "dame" que celle qui se trouve derrière les attaques autour de Solitude.
- Cela serait inquiétant, nous sommes à des centaines de kilomètres de la frontière de Bordeciel.
Tohsaka s'approcha du bras coupé du nécromancien et l'examina.
- Quel chance, il portait son anneau à sa main gauche.
Avec dégoût, Rin enleva la bague magique du membre arraché et l'examina grâce à l'analyse structurelle.
- Il contient deux sorts. Le premier est désigné comme le " Brise-gond d'Ondusi" et ouvre toutes les serrures. Le second s'appelle "Scellé de Galmes" et a l'effet inverse.
Le Roi des Chevaliers répondit d'un simple signe de tête altier.
- Bien, nous avons ce que nous étions venu chercher. Retournons à la prison.
Comme Artoria avait pris la tête, elle retourna à un croisement et tourna la tête vers un couloir, puis l'autre.
- Rin, par où sommes-nous venues ? Tous ces tunnels finissent par se ressembler...
La magus sourit. D'une bourse, elle sortit plusieurs runes gravées d'un signe proche d'un B, si ce n'est que les boucles de la lettre étaient remplacées par des triangles.
- Berkana.
Ayant prononcé le nom de la rune, les pierres quittèrent la paume de sa main en sautillant.
- Suivons-les.
Une fois réunies avec dame Ariane, elles pourraient retourner à Croissalant. Comme le chemin qui leur avait permis d'entrer dans Branktanthartz n'était pas surveiller, rien ne pouvait plus empêcher leur fuite.
Toutefois, la fin de leur expédition dans la cité dwemer et le sauvetage de la fille du roi de Ménévie ne signifiait pas que "la dame" n'avait pas d'autres projets dangereux en réserve.

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