Fate / Dragonborn

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Message par Anaxagore le Sam 30 Mar - 22:55


Prologue 1

Le monde change, il a toujours changé.Parfois aussi, le monde s'effondre.
Mon nom est Artoria Pendragon. Mon père est Uther Pendragon roi de Logre et Haut-Roi de Bretagne. Ma mère s'appelle Yrgern et a rang de Duchesse de Cornouailles.

Mon histoire s'inscrit dans le cours des événements qui secouèrent l’île de Bretagne quelque quarante ans avant ma naissance. En proie à des crises intérieures, des soulèvements et des invasions, l'Empire Romain se désagrégeait lentement. Les deux légions stationnées sur la lointaine île de Bretagne était plus que jamais nécessaire ailleurs. Elles furent retirées.
De ce fait, les Bretons se retrouvèrent soudainement indépendants. Toutefois, sans les Romains, la Bretagne ne pouvait plus se défendre. Au nord, au-delà du mur d'Hadrien, vivait les Pictes, des sauvages jamais civilisés. A l'ouest, au-delà d'un bras de mer, la verte Irlande abritait les querelleurs Irlandais. Ils nous envahirent.

En 449, après J.C., le roi Vortigern fit appel à trois tribus germaniques en guise de mercenaires : les Angles, les Jutes, et les Saxons. Ils s'installèrent dans le sud-est de l'île. Toujours en plus grand nombre, leurs grandes barques débarquaient leurs frères venus s'installer parmi nous. Bientôt, ils comportèrent en véritable maîtres de la région.

Vortigern refusait d'écouter ceux qui le poussaient à se débarrasser des Saxons. En fait, tout son intérêt se focalisait sur la construction d'un grand château en Cambrie. Seulement, sans explication, il ne cessait de s'effondrer. Un druide proposa de sacrifier un enfant né sans père. Celui qui fut choisit s'appelait Merlin.

Merlin ne fut toutefois pas tué car il prophétisa que le château ne cesserait de crouler tant que le dragon rouge et le dragon blanc se battraient sous les fondations du Castel.

L'allusion fut limpide pour tous ceux qui l'entendirent ce jour là. En effet, l'étendard de Bretagne était de sinople avec un dragon de gueule, tandis que celui des Saxons était d'azur avec un dragon d'argent. Le château symbolisait le royaume tout entier, mis en péril par ce conflit.

Vortigern fut renversé par un Romain appelé Ambrosius Aurelianus. Il prit le titre de Pendragron, c'est-à-dire "Grand (maître des bannières de) Dragon(s)". Car le roi commandait aux ost de chevaliers qui allaient au combat sous les bannières marquées du dragon. Le roi Ambrosius réussit tant bien que mal à contenir les Saxons, empêchant qu'ils ne conquièrent l'ouest de l'île. Il édifia notamment la digue Aurelianus , à l'est de Salisbury, comme ouvrage défensif.

A sa mort, en 480, il fut remplacé par mon père Uther Pendragon. Ce dernier fut le premier à adopter le titre de "Grand Dragon" comme un nom propre.
Uther poursuivit l'oeuvre d'Ambrosius, malheureusement avec moins de succès. Entre-temps, Merlin était devenu un grand magicien très connu, et mon père vint lui demander conseil. L'Enchanteur répondit alors à peu près ceci : Le Pendragon est le Haut-Roi de Bretagne parce qu'il a passé l'épreuve de l’Épée dans la Pierre. Ayant tiré, d'une main, Caliburn de son fourreau rocheux, Uther a prouvé que le dragon Maglocunnus, protecteur des Bretons, voyait en lui un homme digne de commander les armées.
Malgré cela, Uther restait un homme ordinaire, bien incapable de tirer toute la puissance de Caliburn. Toutefois, il existait une lignée très aimée du dragon, celle de duchesse Ygern. Si Uther lui faisait un enfant, ce dernier naîtrait investi de la puissance de Maglocunnus. Humain par le corps, son âme et son cœur seraient ceux d'un dragon. L'enfant serait donc assuré de pouvoir manier l’épée de la Victoire Promise à sa pleine puissance.

Pendant l'absence du duc de Cornouailles, Merlin donna l'apparence de ce dit seigneur à mon père. Ce dernier rejoignit ensuite Ygern dans la couche maritale.

Je fus ainsi conçue.


Naturellement, la réalité des événements ne put être cachée. Le duc de Cornouailles ne tarda guère à découvrir que celui qui avait ainsi usurpé sa place jusque dans la matrice de son épouse n'était autre que le Haut-Roi. Il livra bataille sur le champ de Terrabil et y fut vaincu. Assiégé, il périt peu après.
Alors, le roi Uther prit Ygern pour épouse.
Je naquis peu après, en 488. Cependant, j'étais femme et Uther me rejeta, ne voulant rien avoir à faire avec ce qu'il considérait comme un échec de sa lignée. Merlin m'emporta et me confia à un vieux chevalier du nom d'Ector, lui demanda de m'élever dans le métier des armes.
Quant à Uther, il entreprit de se donner un héritier plus à son goût.

Je grandis à Bristol, dans l'ignorance de mon lignage. La maison du chevalier Ector n'était rien de plus qu'une grosse ferme et la vie n'avait rien de luxueuse. Enfant, je manquais de mourir. La fièvre me fit faire le premier de mes rêves prémonitoires : j'y vis un lion qui arpentait la plaine de Salisbury.
Plus tard, mes armées arboreront des bannières d'Azur marquées d'un lion d'argent. Comme je me remettais de ma maladie, Keu - le fils d'Ector- m'offrit un jouet qu'il avait fabriqué en souvenir de ce rêve. Un petit lion de bois très laid et peu ressemblant...

En 495, j'avais sept ans. On annonça la mort d'Uther Pendragon. Il venait de remporter la bataille de Saint-Albans contre les Saxons, en dépit de la faiblesse de ses armées et de sa maladie. Toutefois, après le combat, un saxon déguisé en médecin l'empoisonna.
Le royaume se retrouva plongé dans l'anarchie. Personne n'arrivait à tirer Caliburn de la pierre et on croyait qu'Uther n'avait pas d'enfant, aussi le trône resta vide.
Les nobles s’entre-tuèrent, laissant les Saxons libres d'étendre leur emprise sur la Bretagne.

Finalement, en 503, un grand tournoi fut organisé entre tous les seigneurs de Bretagne - et même au-delà- pour trouver un roi. Tous les chevaliers pouvaient participer, et sire Keu se rendit à cette fête d'arme. Comme j'étais son écuyer, je l'y accompagnais.
Le destin s'en mêla. Mon frère devait faire face à son premier adversaire et j'avais oublié sa lame. Alors que je revenais vers sa tente en coupant à travers champs, je vis une magnifique épée. Elle était fichée dans une grande pierre rectangulaire, sur une estrade. Sa garde était d'or, avec des émaux bleus, comme sur sa poignée et son pommeau. Seule une partie de la lame sortait de son socle et des lettres magnifiques d’une écriture étrange semblaient m'appeler.
"Celui qui, d'une main, pourra arracher cette épée à la pierre, sera roi sacré d'Angleterre".
Je me retournais vers celui qui venait de parler. Enveloppé dans une cape blanche qui masquait le haut de son visage, il était assis au pied de l'estrade. J'étais à ce point magnétisé par l'arme que je ne l'avais point vu.
" Artoria, si tu prends cette épée, jamais plus tu ne seras heureuse. Tu seras seule et tu connaîtras une fin amère".
Il ne s'agissais pas d'un inconnu... Merlin venait souvent chez Ector, pour m'apprendre à manier l'épée. Je nouais mes cheveux en une natte que j'enroulais sur l'arrière de mon crâne puis enlevais Caliburn à la pierre.
" Q"importe, si le peuple est en paix", je répondis.
J'avais souvent vu cette épée en rêve.... Je savais qu'il n'y avait pas d'autre choix possible pour moi.

Merlin me raconta mon histoire puis me jeta un sortilège qui empêchait que je sois reconnue comme une femme. En sa compagnie, je regagnais le terrain de joute, Caliburn en main. Là, je fus présentée aux seigneurs présent comme " Arthur Pendragon, fils et héritier du roi Uther". Je n'avais que quinze ans... et on rit de moi.
Au final, je repartis avec Merlin et sire Keu. La première Table Ronde n'avait que trois membres mais nos exploits furent nombreux.

Sept années s'écoulèrent. Sept longues années de luttes continuelles, de quêtes et de grandes aventures. Depuis que j'avais ôtée l'épée de la pierre, j'avais gagnée de grands pouvoirs. D'abord, j'avais cessé de vieillir, ensuite je pouvais infuser l'épée d'e la puissante énergie magique libérée par mon cœur de dragon. La Table Ronde était à présent un grand ordre chevaleresque et on se disputait une place à mes côtés. Quand à moi, je commandais des armées. J'avais scellé ma féminité sous l'acier de mon armure. Certains eurent des soupçons. Toutefois, en ces temps de guerre, le peuple voulait être protégé et les chevaliers cherchaient un seigneur lige digne de les diriger. Je combattais en première ligne et je défaisais les ennemis. J'étais considérée comme juste et désintéressée. Sur le champ de bataille, mes décisions étaient correctes. En 510, je fus sacrée roi de Logre à Londinium. Toutefois, cette même année, de nombreux seigneurs de Bretagne se coalisèrent contre moi. Je les battis deux fois, à Carlion et Bedegraine. Puis, en 513, je les défis définitivement à la deuxième bataille de Terrabil.

Finalement, en 516, à la tête de tous les Bretons, j'affrontais les Saxons à la bataille de Badon. Pendant trois jours, nous combattîmes, encerclés de toutes parts dans un camp sommaire. Ce fus une grande victoire, les envahisseurs furent chassés de Bretagne et le pays connut la paix pour la première fois depuis le départ des Romains.

Après la victoire, j'instaurais le serment chevaleresque. Je rédigeais des lois, chassais les brigands et punis les mauvais seigneurs. Le royaume était en paix et prospère. Pourtant...

Lorsque j'entrais dans la salle de la Table Ronde où les chevaliers vantaient leurs exploits, tous se taisaient. J'avais été acceptée pendant la guerre parce que les seigneurs voulaient être à mes côtés dans la victoire. Surtout, ils voulaient être assez près de moi pour s'emparer de Caliburn, car ils voulaient profiter de mon échec et mon trépas qu'ils pensaient inéluctables. Certains m'appelaient "l'enfant-roi" derrière mon dos. Plus je gagnais de batailles, plus on me jalousais. Parce que j'étais un bon roi, on me craignait. Parce que j'étais juste, on me détestais.
En cela, je me conformais au serment que j'avais prêtée à moi même en dégainant l’Épée de la Sélection. Je devais être un roi parfait, car on ne pouvait protéger les humains en étant gouverné par les émotions humaines. Je ne pris jamais une décision sous l'emprise de la colère. gardant une parfaite balance dans les affaires de l'état, je ne commis aucune erreur.
Malgré que je n'ai jamais perdu une bataille,dirigé le royaume sans désordre et punis les criminels, j'entendis un de mes chevaliers murmurer : "Le roi Arthur ne comprend pas les émotions humaines".

Plus je m'efforçais d'être un roi parfait et plus on questionnait mes décisions. Ils me pensaient sans sentiment. Cela conduisit de nombreux chevaliers de grande réputation à quitter Camelot. J'acceptais cela comme une nécessité du gouvernement, m'isolant davantage de mes preux. Je n'allais pas changer parce que je me sentais trahie, abandonnée ou solitaire. J'avais repoussée la jeune fille Artoria et son désir d'être heureuse le jour où j'avais tirée Caliburn de la pierre. Il n'y avait rien de juste ou de mauvais dans ce genre d'événements triviaux.

Merlin me convainquit de me marier pour donner un aspect plus normal à ma cour de Camelot. J'épousais Guenivere. J'eu de la chance qu'elle partage mon rêve de paix en Bretagne et qu'elle sacrifie son propre bonheur en acceptant ce mariage blanc. Car bien sûr, je ne lui cachait pas mon secret... cela aurait été impossible.

Pendant la guerre contre les Saxons, sire Lancelot du Lac, un gentilhomme de France, rejoignit la Table Ronde. Il prit bientôt la première place. Le plus beau des chevaliers, le meilleur épéiste, les quêtes les plus épiques, le plus courtois d'entre nous, et, en plus, il était le fils adoptif de la Dame du Lac.
Guenivere s'éprit de lui et... je laissais faire.
Cependant, Lancelot découvrit que je connaissais leur liaison et que je taisais ce qu'il considérait comme une tromperie. Il vint alors à moi comme un grand pêcheur. Pour moi, il n'y avait aucune faute. Je le laissais partir sans le punir, le laissant le cœur à vif d'une blessure qui le tarauderait pendant des années, rongeant sa raison. Je semais ainsi les graines de la destruction de Camelot, même s'il faudrait encore longtemps avant que les fruits amers de ce jour ne soient récoltés au milieu des ruines de l'oeuvre de ma vie.

Le premier signe de la fin de l'Âge d'Or de Camelot fut le bris de Caliburn. L’Épée de la Victoire Promise fut rompue au cours d'un combat insignifiant, même pas disputé et indigne de figurer parmi mes grandes batailles. Je traversais une des épreuves les plus dures de ma vie.
Pour la première fois, je perdis tout courage. sans l'épée, je n'étais plus roi...
Je m'enfermais dans mes appartements, n'en sortant plus. Seul sire Keu voulut me réconforter. Comme pendant mon engeance, il sculpta un oiseau dans le bois et me l'offrit.
Finalement, la Dame du Lac me vint en aide. Elle m'offrit une épée appelée Excalibur, ou Nouvelle Caliburn. Une lame qui fut bientôt surnommée l’Épée d'Or de la Victoire. Cette arme était puissante, je la considérais comme un grand cadeau. Ce qui irrita Merlin. Le vrai cadeau, m'expliqua-t-il n'était pas Excalibur, mais Avalon son fourreau. Grâce à lui, j'étais à l'abris des plus puissantes magies et mes blessures guerrisaient presque dans l'instant.

Malgré cela, Excalibur n'eut jamais la place de Caliburn dans mon cœur. J'avais désirée l’Épée de la Victoire Promise, je lui avais sacrifié le bonheur et la vie ordinaire d'Artoria.
Merlin me convainquit ensuite qu'il me fallait avoir un fils, comme cet enfant devait être né de Guinevere, il me donna une potion qui me transforma temporairement en homme.
Malheureusement, ce fut mis à profits par une de mes ennemies.
Morgane la fée, ma demi-soeur, et fille d'Ygern engendré par le duc de Cornouaille, me détestait. Elle utilisa sa magie pour prendre l'apparence de Guinevere et ce fut avec elle que je conçu "l'héritier". Morgane créa un homoculus issu de moi et ayant hérité de mes capacités. Elle le porta en son sein et l'enfanta, le nommant Mordred.

A nouveau, les années passèrent.
Mordred avait grandi. Ignorant qui il était, je l'admis à la Table Ronde. Élevé dans l'ignorance de notre parenté, il se révéla un chevalier dévoué bien que brutal. Toutefois, lorsque sa mère lui révéla qu'il était un homoculus façonné à ma semblance, il voulut que je le reconnaisse comme mon fils. Je fis une immense erreur... J'étais loin de le détester, toutefois, il manquait de maturité pour hériter du trône. De plus... la manière dont il était né ... la trahison... le viol de ma personne. Je refusais, transformant son amour en haine.

Le monde changeait. La magie refluait, transformant petit à petit la Bretagne en un lieu triste et gris où les gens comme moi n'avions plus notre place. Je lançais mes chevaliers à la recherche du Graal. Pensant qu'il pouvait restaurer l'énergie magique nécessaire à l'ouverture des portes vers les mondes féeriques source de notre puissance. Nombre de mes meilleurs preux partirent... et certains ne connurent qu'une tombe anonyme, au loin.

Finalement, le premier signe de la chute de Camelot fut la révélation de la relation entre Guinevere et Lancelot. Cela fit un tel scandale que je fus obliger de régir comme le ferait un mari trompé. Je chassais sire Lancelot de la cour et enfermais la reine dans un couvent. Malheureusement, Lancelot fut désespéré et voulut enlever la reine. Dans sa folle tentative, il tua deux chevaliers qui étaient de la famille de Sire Gawain - mon neveu- et blessa grièvement ce dernier. Il fallut que le pape intervienne et fasse prêter serment à Sire Gawain de ne pas chercher à se venger pour que l'on évite une guerre civile. Quant à Lancelot, il vécut comme un animal, les remords l'avaient rendu fou...

Après cela, la Table Ronde commença son agonie. La bonne humeur des premiers temps avait fait place à des rancœurs, des jalousies. Les réunions n'étaient plus que d'interminables récriminations des uns contre les autres, et des règlements de compte dont je devenais l'arbitre... car chacun me demandait de prendre partie.

J'accueillis une demande d'aide du pape avec soulagement. Depuis 496, le dernier empereur romain avait été déposé par le roi Odoacre des Ostrogoths. Son successeur, Théodoric appartenait à l'hérésie arianiste. Il ne manquait aucune occasion de nuire au pape.
Je pris la tête d'une armée. Cependant, la veille du départ, on me vola Avalon, le fourreau d'Excalibur...

Le guerre se passa bien pour nous. Au cours de la bataille des Flandres, nous affrontâmes des géants et les défîmes. Notre route nous conduisis jusqu'à Rome. L'armée de Théodoric, faite de mercenaire, fut facilement vaincue. Le pape nous implora d'épargner la vile, j'y agréais. Il me fit alors couronner empereur d'Occident !

Toutefois, j'appris de terribles nouvelles. Mettant à profit mon absence, Mordred s'était proclamé roi. Je revins en hâte.
J'arrivais en Bretagne en 535, avec une armée affaiblie par la campagne qui m'avait conduit à Rome. En face, Mordred avait réunis tout ceux qui avaient quitté mon service au cours des années... par haine, jalousie ou tout simplement parce qu'ils me pensaient sans-sentiment.

Je ne reçu qu'un seul renfort, celui de sire Lancelot. Il n'avait pas recouvré la raison. Cependant, il voyait dans la guerre une occasion de se racheter à ses propres yeux. Malheureusement, sire Gawain s'y opposa si violemment que je n'eut d'autre choix que de refuser l'aide de Sire Lancelot du Lac. Si j'avais accepté, Sire Gawain et de nombreux autres seraient partis.

Je demeure persuadée que si Lancelot avait combattu avec nous, la victoire aurait été nôtre.

Dès le matin, je constatais deux manquement dans mon armée. Merlin et Sire Keu avaient disparu. Je pense qu'ils savaient qu'il s'agissait de ma dernière bataille et qu'ils ne voulurent pas y assister.

L'affrontement de Camlann dura tout le jour. Les plus grands chevaliers s'y rencontrèrent et y moururent. Sire Gawain périt sous la lame de Mordred, qui rouvrit la vieille blessure que lui avait infligé Lancelot. Ce dernier finit par se jeter dans cette bataille qu'on lui avait interdite, massacrant des dizaines et des dizaines de preux avant de succomber sous le nombre. Trop tard, pour que son intervention change quoi que ce fut...

Finalement, le soir arriva.
La colline de Camlann était rouge. Rouge de sang, rouge du soleil couchant. Un spectacle que j'avais vu si souvent... les armes plantées dans le sol... les cadavres... tout était rouge.
Seule, j'arpentais ce champ de carnage. A part les gémissement des mourants, je n'entendais que le vent. Puis... des sons d'épées... un grand cri et un défit. Mordred m'appelait. Il se tenait au-dessus du cadavre d'un de mes chevaliers à l'agonie. Mordred était exalté... et désespéré... lui aussi venait de perdre toute son armée. Il me défia, me demandant si je le haïssais puis se jeta sur moi. Clarent, son épée, m'arracha Excalibur des mains. La lame retomba au loin et je brandis ma lance, Rhongomyniad. " je ne t'ai jamais détesté pas un seul instant" lui répondis-je. La Lance de la Fin des Temps le transperça de part en part. Il cria "Arthur !!!" mais eut le réflexe de riposter.

Transpercée de part en part, incapable de seulement tenir debout, j'atteignis la fin de ma vie sur la colline de Camlann. Excalibur était au sol, à quelques pas, pourtant je ne pouvais faire aucun effort pour la reprendre.
Au contraire, je me mis à pleurer...
Pendant des années, j'avais vécu sans montrer d'émotion. Mais le royaume avait péri, mes chevaliers étaient morts, je n'avais plus rien à défendre.
J'implorais le ciel couvert de nuages rougeoyants et le soleil sanglant. Si seulement, je pouvais avoir une seconde chance... Si j'avais trouvé le saint Graal, rien de tout cela ne serait arrivé.
Je n'attendais pas vraiment de réponse, toutefois une forme dorée, comme une fleur de lumière, apparut au dessus du champ de bataille.

" Arthur Pendragon, acceptes-tu d'être appelée pour combattre au nom du Saint Graal ? "

Je n'avais d'autre choix que de mourir vaincue... ou d'accepter. Mon hésitation ne dura que quelques secondes.

" Combattre pour le Saint Graal ?"

" Le Graal est la vie et la source des miracles. Si tu acceptes d'être invoquée par le Graal, tu recevras une nouvelle vie. Et si tu sauves le monde de Nirn du fléau qui le menace, ton vœu de recevoir une seconde chance sera validé. Pour la réussite de ta quête, le Saint Graal te donnera les connaissances nécessaires à ta nouvelle vie en même temps qu'un nouveau corps. Cependant, ce dernier sera celui que tu avais à l'âge de quinze ans, sans l'expérience du combat que tu as acquise depuis. Il y a des limites aux pouvoirs du Graal."

" Pourquoi... moi ?"

"Parce que tu es le Roi des Chevaliers. Dans tous les mondes il y a des légendes sur des Rois-Sauveurs, porteurs de l’Épée Sacrée. Le Roi-Sauveur est celui que les hommes appellent à leur secours lorsque le monde est menacé. De plus, tu as le sang d'un dragon. Tu découvriras que sur Nirn, il y a aussi une épée de la Victoire Promise désignant les rois et que seul un Sang de Dragon peut vaincre ce qui menace Nirn".

"J'accepte"

Que pouvais-je faire d'autre ?
Une grande lumière blanche m'entoura soudain.


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Message par Anaxagore le Sam 30 Mar - 23:49

--Vifazur, 17e jour, 4E 201---

NIRN

Lorasha Abal appartenait à une longue lignée d'invocatrice aldmer. Son peuple originaire de l'Archipel de l'Autome, dans le dominion Aldmeri dominait le continent depuis la fin de la Grande Guerre trente ans plus tôt. L'Empire de Cyrodil, affaiblis, agonisant, en proie aux révoltes, ne dominait plus la partie centrale et Nord-ouest de l'ancien Empire de Tamriel, disparu deux cent ans plus tôt, à la fin de l’Ère Troisième. Comme toutes les Aldmer, Lorasha était très grande, mince. Sa peau semblable à de l'or, ses oreilles pointue la désignait comme une elfe. Toutefois, en dépit d'une élégance certaine, son long menton et son visage anguleux la rendaient étrange.
Lorasha portait une longue robe noire et simple arpentant son domaine, une grotte sommairement aménagée. Une rampe de bois permettait d'accéder à l'entrée, quelques tables, caisses, étagères et tonneaux formaient tout l'ameublement. Ils servaient essentiellement à stocker de la nourriture. Néanmoins, une bonne moitié de la caverne avait un plancher et la Haute Elfe s'en servait pour pratiquer ses invocations. Un livre à reliure de cuir entre ses mains, Lorasha Abal récitait une invocation devant un pentacle tracé avec des sels du néant purifié. En son centre se trouvait une orbe rougeoyante  : une pierre sigillaire, acquise dans les royaumes d'Oblivion.  

Pour Lorasha c'était le grand jour. Après des années de travail, elle venait d'achever tous les préparatifs pour invoquer un daedra, un démon des plans d'Oblivion et le maintenir de matière permanente sur le plan matériel primaire. Une grande lumière blanche se concentra au-dessus de la pierre sigillaire tandis qu'un vent violent et froid se mit à tourner dans la caverne.
Lorsque l'éclat éblouissant se résorba, Lorasha Abal se retrouva face à une... adolescente nue. La peau d'une blancheur ivoirine, les membres fins et graciles, la poitrine petite et haute qui se soulevaient sous l'effet de la respiration. Le visage aux traits fins ne montrait aucune émotion, les yeux d'émeraude parcouraient les lieux sans vraiment lâcher l'invocatrice. Les cheveux de la couleur des blés mûrs retombaient un peu plus bas que ses épaules, mais une mèche rebelle pointait comme une antenne. La présence d'une aussi jolie jeune fille dans son pentacle avait laissé la mage sans voix. Toutefois, l'étrange invitée se tourna finalement vers Lorasha.
- Je vous le demande, qui êtes-vous, où sommes-nous ? Comment suis-je arrivée ici ?
- " Tu n'es pas un daedra ?"
Le ton de la voix était impérieux, habitué au commandement, guère agréable.  L'adolescente fronça les sourcils, brièvement étonnée. La femme qui lui faisait face parlait dans une langue que je ne pouvais pas connaître, le... cyrodilique ? Comment pouvait-elle comprendre ces mots et même connaître le nom de cette langue ?
Cependant, le premier choc passé, l'Aldmer reprenait contenance.
- Parle ! Qui es-tu ?
- Je suis Artoria Pendragon.
La femme à la peau dorée et aux oreilles pointue secoua la tête, incrédule.
- Tu es brétonne ?
A nouveau Artoria s'étonna de savoir que les Brétons étaient les habitants de Hauteroche, une contrée à l'ouest du continent de Tamriel. On considérait les Brétons comme doués pour la magie, vivant dans de multiples petits royaumes vaguement unis par un Haut-roi. Avec ses cités fortifiés, ses multiples ordres de chevalerie et ces mages, les lieux ressemblaient à la Bretagne. Artoria choisit d'acquiescer.
- Oui, je suis brétonne...  comme suis-je arrivée ici ? Où suis-je ?
La haute-elfe haussa les épaules, irritée. En fait, la réponse d'Artoria ne faisait aucun sens. Le pentacle permettait d'invoquer les êtres des royaumes extérieurs, pas de simples mortels. Instinctivement, Lorasha sentait que cette "Artoria" ne pouvait être une adolescente ordinaire.  la peur luttait contre la perplexité dans son esprit.
- Tu es mage, invocatrice ?
- Non, je suis écuyer. Je n'ai rien fait qui... Puis-je savoir où je suis ?
En dépit du contrôle qu'elel avait sur elle-même, Artoria se mit à frissonner et se frictionna machinalement les bras, couverts de chair de poule. La température était très basse dans cette grotte sans source de chaleur.
La femme poussa un vague grognement avant de s'éloigner jusqu'à un coffre qu'elle ouvrit.
- Tu es en Bordeciel, dans la châtellerie de La Brèche, à l'ouest d'un village appelé La pierre de Shor.
Lorasha se retourna et me jeta une robe semblable à la sienne, mais marron, ainsi qu'une paire de bottes, puis retourna à sa table de travail.
- Je ne sais pas ce qui a mal tourné dans ce rituel. J'étais sensé invoquer un daedra... et je me retrouve avec une jeune fille nue. Une mauvaise blague de Shéogorath ?
Tandis qu'Artoria se revêtait de la robe de tissu grossier et élimée, elle réfléchissait. Shéogorath... à peine ce nom lui eut traversé l'esprit qu'un murmure lui répondait qu'il s'agissait du prince daedrique de la folie. Ce daedra était connu pour ses mauvaises plaisanteries envers les mortels.
Cette fois-ci, le Roi des Chevaliers comprit ce qui se passait, le Graal lui parlait ! Bibliothèque de savoir infini, le divin récipient l'informait de ce qui lui serait nécessaire pour survivre dans le monde de Nirn.
Alors qu'Artoria regardait à nouveau la pauvre grotte humide et froide, les tables qui servaient aux repas et pour le laboratoire, les quelques livres et coffres, les tonneaux et les caisses remplis de légumes,elle se rendit compte que l'invocatrice qui l'avait appelée en ce lieu vivait de manière misérable.
- Pourquoi vivez-vous dans un tel lieu ?
- Les Nordiques haïssent la magie. Je ne pourrais pas pratiquer dans une ville ou un village. Pire, j'étudie l'invocation des Daedras, vous ne savez pas que c'est interdit depuis la crise d'Oblivion ? Les Vigiles de Stendarr parcourent les campagnes à la recherche des adorateurs des Daedras, pour les tuer.
- Si, bien sûr...
Et c'était vrai. Une fois encore le Graal avait tout expliqué au roi de Bretagne. Un peu plus de deux cent ans plus tôt, la Troisième Ere avait pris fin lors de l'assassinat de l'empereur Uriel VII Septim et ses fils  par l'Aube Mythique. Une secte daedrique. Avec la mort de tous descendants du trône de l'Empire de Tamriel, les mystérieux Feux de Dragon s'étaient éteint dans le Temple de l'Unique et les Daedras avaient déferlé sur Nirn. Les dieux envoyèrent le Héros de Kvatch qui réussit à retrouver l'Amulette des Rois et à la rendre à Martin, l'héritier caché du Trône. Alors que Martin allait rallumer les Feux du Dragon, le prince daedra Mehrunes Dagon l'arrêta. Pour pouvoir l'arrêter, Martin brisa l'Amulette des Rois et se transforma en avatar du dieu dragon Akatosh. Ce combat tourna en faveur du dieu et le démon fut banni. Ce fut la fin de la Troisième Ère.
Pendant que le Graal racontait tout ça à Artoria, l'invocatrice était revenue au cercle magique.  Elle incanta un sortilège. Il y eut une grande lumière blanche et...
- Non, ce n'est pas vrai, pas deux fois !

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Message par Anaxagore le Dim 31 Mar - 19:54

Prologue 2

---31 janvier 2004 ---

 La chambre avec ses papiers peints,  ses meubles volumineux en bois sombre et vernis paraissait victorienne. Pourtant, la ville de Fuyuki se situait loin de l'Angleterre. Dans la vieille cité de Miyama on rencontrait cependant un grand nombre de maisons occidentales.  Le lit, énorme, se couvrait d'un épais édredon recouvert d'une taie claire décorée de fleurs. Juste à côté,  tictaquait un réveil à remontoir qui datait d'un autre âge. L'engin infernal se mit soudain en marche,  provoquant un violent soubresaut dans le lit proche, alors que l'occupant se retrouvait éjecté du monde des rêves avec la délicatesse d'un trente-cinq tonnes emboutissant la devanture d'une épicerie après avoir raté un virage.
Une voix ensommeillée - mais néanmoins furieuse - s'éleva du cocon de couverture.
- Cinq minutes !
Le tyran mécanique n'en continuait pas moins à sonner le réveil et un bras furieux lança un oreiller qui fit tomber la pendule... sans qu'elle cesse pour autant de narguer sa propriétaire.
Définitivement furieuse, cette dernière se leva pour ramasser le monstre de rouages et l'éteindre.
Vêtue d'un pyjama rouge clair orné de têtes de chats, l'adolescente de dix-sept ans ressemblait à un zombie... d'accord un très joli zombie... mais ramené à la vie par un nécromancien du dimanche moyennement doué.  La peau pâle, les cheveux longs et noir... actuellement emmêlés, elle couvrait le monde d'un regard bovin et  commença lentement à pencher sur le côté. Se reprenant, la jeune fille bailla et se mit debout avant de se diriger très mollement vers la porte... heurter le mur... le regarder fixement pendant trente secondes et changer de direction vers la vraie porte !

La magie existe. La preuve,  une demi-heure après ce réveil laborieux, l'adolescente venait enfin d'accéder au statut d'être vivant grâce une opération miraculeuse consistant... à prendre une longue douche. Ses cheveux se trouvaient à présent soigneusement coiffé en deux couettes et elle portait l'uniforme du lycée Homurahara sous un pardessus rouge.
Se dirigeant vers son école, la jeune fille fronça les sourcils. Les rues lui semblaient inhabituellement désertes.  D'habitude, à cette heure, les étudiants devaient se presser en nombre, sans compter les employés de bureaux qui avaient pratiquement les mêmes horaires.
- Hey Tohsaka, tu arrives incroyablement tôt.
La dénommée Tohsaka se composa immédiatement un sourire chaleureux et se tourna vers une adolescente de son âge portant la tenue du club de tir à l'arc. Elle se tenait à proximité d'un distributeur automatique, au milieu du campus du lycée.
- Bonjour, il fait froid, hein ?
- Bonjour, Mitzuzeri. Dis-moi, tu saurais quelle heure il est ?
Mitzuzeri secoua la tête, surprise de la question.
- Il est un peu avant sept heures. Tu es venue tôt par erreur ?
- Il semblerait que toutes les pendules de ma maison avancent d'une heure. Ainsi que mon réveille-matin.
Tout avait commencé lorsqu'elle avait ouvert la boite contenant l'héritage de son paire, pour l'essentiel des instructions et... un médaillon en forme de cœur, un énorme rubis dans lesquels sa famille de magi avait infusé de l'énergie magique depuis des générations. Se pourrait-il que son père lui ait préparé une épreuve ?
Tandis que Rin Tohsaka restait debout, centrée sur le problème qu'elle cherchait à résoudre, Mitzuzeri passa derrière elle.
- Réveille- toi, ma fille !

Le reste de la journée de Rin Tohsaka se passa comme à l'ordinaire. Aussi, oublia-t-elle que le sortilège laissé par son père avait avancé toutes les pendules d'une heure dans sa maison.

Sur Terre, la magie existe.  Depuis le Haut Moyen-âge,  ses pratiquants (les magi) cachent leurs dons et vivent mélangé à la population ordinaire. Loin de ce que l'on pourrait croire, la magie ne permet pas de réaliser de véritables miracles, de plus l'énergie magique disparait progressivement du monde. Les  gens doués pour l'utiliser s'étiolant en même temps qu'elle,  de nombreuses lignées puissantes se sont déjà éteintes.
Tout homme possédant des circuits magiques peut transformer son énergie magique propre (l'od) ou l'énergie magique extérieure (le mana) en prana, l'énergie magique utilisable pour jeter un sortilège. Il est donc un magus. Toutefois, les grandes lignées de mages ont l'avantage de posséder une Crête Magique. Il s'agit d'une sorte de tatouage, normalement invisible, qui s'illumine lorsque son porteur l'active. La Crête Magique peut être vue comme une sorte de générateur de sortilèges qui permet d'utiliser les rituels les plus longs pratiquement instantanément. Dans une famille de magi, chaque génération s'efforce d'améliorer sa Crête Magique avant que l'ainé la reçoive.
En tant que groupes, les magi partagent tous - ou presque- une même obsession, les Racines. Les Racines de la magie sont son origine. Autrefois, des créatures surnaturelles (les bêtes fantasmatiques) vivaient avec l'humanité. Toutefois, l'espèce humaine perdit progressivement foi dans les elfes, les fées et les dragons. Ceux-ci émigrèrent vers  l' "autre face du monde" et avec eux la magie disparue progressivement. La seule manière de restaurer l'âge de la magie serait d'atteindre les Racines dans l'autre face du monde.

Rin appartenait à la grande lignée des Tohsaka, dont elle était le dernier membre.  Il y a deux cent cinquante ans de cela, les Tosaka, les Einzbern, les Makiri, trois très grandes dynasties, œuvrèrent ensemble pour créer un rituel permettant d'atteindre les Racines. Inspirés par la légende arthurienne, ils appelèrent le résultat "Saint Graal". Car, bien que créé par des hommes, il offrait un accès à des miracles et à l'immortalité. Seulement, pour l'activer, il lui fallait une source de prana très pure. De plus, le Graal n'étant pas un objet physique, seuls des entités spirituelles pouvaient s'en saisir.
Les trois familles résolurent se problème en permettant au Graal d'invoquer sept héros des temps anciens. La foi que les hommes leur vouaient faisaient d'eux de parfaite batteries pour leur Graal. Ces héros pouvaient également tenir la coupe sacrée et donc l'activer. Sauf qu'il fallait sacrifier six de ces héros pour fournir assez d'énergie pour réaliser deux vœux.
Lors du premier rituel du Graal, les magi n'arrivèrent pas à s'entendre entre eux ou avec les héros car chacun désirait se voir accorder un vœu.  Il en résulta un massacre sans qu'il n'en émerge aucun vainqueur.
Soixante ans plus tard, lorsque le Graal s'éveilla pour la seconde fois, le rituel prit un tour qu'il garda depuis, l'affrontement de sept magi (les Master) par l'intermédiaire de héros invoqués (les Servants).  Cette guerre du Saint Graal se reproduisit ainsi trois fois répandant la violence et la folie, ravageant Fuyuki.
Toutefois, le Graal ne fonctionnait plus normalement depuis longtemps. Il avait été conçu pour  absorber l'énergie des héros sacrifiés, et se décharger de celle-ci en réalisant deux vœux (un pour le Servant survivant, un pour le Master). Seulement, aucun vainqueur n'avait émergé des quatre premiers rituels.
Alors que le Graal avait jusque là répété un cycle de soixante ans de silence, entre deux guerres, il se réveilla en 2004, juste dix ans après la quatrième guerre du Graal. En fait, le Graal de Fuyuki se trouvait surchargé par quatre fois la quantité d'énergie qu'il devait normalement  contenir. Incapable de la gérer plus longtemps, la coupe sacrée déclencha la cinquième guerre du graal avec cinquante ans d'avance.
S'il s'agissait de la seule anomalie dans le commencement de la Cinquième Guerre  du Graal, cela aurait déjà été inquiétant. Toutefois, il y avait pire encore. Au cours du troisième affrontement, les Einzbern - lassés de leurs échecs successifs à obtenir la coupe- avaient décidé d'altérer le rituel. Jusque là, il permettait uniquement d'appeler de vrais héros. Ils le modifièrent pour invoquer Angra Mainyu (Tout le Mal du Monde)... un puissant démon... ou supposé tel. Car, il fut en fait rapidement vaincu. Cependant, la présence de l'énergie maléfique de ce servant corrompit le Graal, qui en vint à prendre les milliards de malédictions qui formaient la substance d'Angra Mainyu comme le vœu qu'il devait réaliser.
Au début de la Cinquième Guerre du Graal, Fuyuki était donc menacé par un Graal en surcharge et corrompu, prêt à interpréter tout vœu qu'on lui ferait de manière à répandre un océan de malédictions et de maléfices sur l'humanité.

--- 1er février 2004---

Totalement inconsciente de s'activer à allumer la mèche d'une bombe assez puissante pour faire sauter la planète entière, Rin Tohsaka - Master de la cinquième guerre du Graal - était occupée à tracer le cercle d'invocation qui lui permettrait d'appeler son Servant.  
Normalement, il fallait un catalyseur. C'est à dire un objet ayant un fort lien avec le héros que l'on voulait invoquer. Toutefois, celui que Rin devait hériter de son père (la mue du premier serpent, capable de servir à la convocation du roi Gilgamesh d'Uruk) avait été détruit. Heureusement, cela n'interdisait pas le rituel. Le Trône des Héros leur... lieu de résidence dans l'après-vie était aussi une entité intelligente. Sans catalyseur, elle (puisque "le" Trône parlait d'une voix féminine) choisissait le Servant le plus apte à s'entendre avec le Master qui l'invoquait.

Rin, vibrante d'énergie, contrôla son pouls. Il lui fallait se calmer. Un nombre effarant de choses intervenait dans la réussite du rituel. L'état d'esprit, les pensées, la prononciation exact de l'incantation, l'heure de la journée... L'adolescente tourna le regard vers une petite pendule posée sur la table de son atelier. Une heure du matin ! Parfait.  Demain c'était la pleine lune, l'astre nocturne serait au maximum de sa puissance.  Tout se présentait parfaitement au mieux.
Rin ouvrit la main pour compter les pierres précieuses, certaines de ses gemmes les plus puissantes. Les Tohsaka pratiquaient la magie des joyaux, enfermant leur énergie magique dans des gemmes d'une grande pureté pour relâcher instantanément des sortilèges de niveaux A +.  Deux petites émeraudes, deux saphirs, un rubis , plus que suffisant !
Elle leva la main au-dessus du pentacle :
- Par les éléments : argent et fer. Les fondations : pierre et archiduc des pactes. Et, pour mon grand maître Shvinorg.
Les pierres précieuses dans sa main devinrent liquides, tombant goutes à gouttes sur le pentacle, coulant sur les figures complexes qui s'illuminèrent soudain d'une clarté bleu-blanc.
- Ferme les quatre portes. Viens depuis la couronne et suis le chemin fourchu qui conduit au royaume.
Le cercle vira au vert tandis que les gemmes liquides continuaient à s'écouler du poing de la magus vers les symboles.
- Remplis. Remplis. Remplis. Remplis. Remplis. Répète cinq fois, et à chaque fois qu'un est remplis, détruits-le.
Le pentacle vira à l'orange et se dédoubla. Tandis que le cercle purement physique restait au sol, une version immatérielle commença à s'élever.
- Écoute mes mots. Ma volonté crée ton corps, et ton épée crée ma destinée. Si tu entends l'appel du Graal et obéis à ma volonté,  alors réponds-moi. Je jure que je serais tout le bien en ce monde. Et que je détruirais tout le mal en ce monde.
Un vent venu d'un autre monde s'éleva autour de la jeune magus, tandis que des étincelles apparaissaient dans la pièce.
- Les sept cieux sont enveloppés dans ces mots de pouvoir. Pas le cercle de lien, viens à moi gardien de la balance !
Il y eut un violent bruit d'explosion et l'air se souleva chargé de fumée et de papiers en suspensions. Lorsque la commotion se fut un peu apaisée... Rin Tohsaka avait disparue.

Essayons de comprendre ce qui venait de mal tourner. Un cercle d'invocation est... disons une porte que franchit un Servant pour se matérialiser. Une porte est à double sens. Si quelqu'un peut entrer, cela veut dire que quelqu'un peut sortir. Bien sûr, le Graal n'a normalement pas assez d'énergie pour téléporter physiquement un individu ailleurs, sans compter qu'il existe de nombreuses protections pour éviter que l'invocation tourne mal.
Le mot clef dans tout ce que je viens de dire est "normalement";
Le Graal surchargé et corrompu de Fuyuki ne fonctionnait plus comme il le devait.
De plus, lorsque Rin ouvrit la boite contenant les instructions de son père pour le rituel d'invocation, elle eut deux mauvaises surprises. La première était que le catalyseur était brisé... et, Rin l'avait oublié, un sortilège venait d'avancer toutes les pendules d'une heure dans sa maison.
Ce qui veut dire que le rituel n'avait pas été exécuté correctement et que la porte d'invocation ne pouvait être stable.
Même si tout cela suffisait amplement à provoquer un résultat non désiré et potentiellement affreux, la raison principale de la disparition de Rin ne se trouvait pas en ce monde.
La porte d'entrée ouverte, le sortilège déformé par cette cascade de circonstances se chercha une porte de sortie afin d'établir un passage de transfert.
Or, un autre Graal venait de chercher Artoria Pendragon sur Terre et de l'emmener à Nirn en piratant un cercle conçu pour matérialiser une entité d'un autre monde. Contrairement à ce que la sagesse populaire enseigne, la foudre a plus de chance de tomber deux fois au même endroit, qu'en deux points distincts... parce que le premier éclair a créé un canal ionisé qui est successible d'être suivi par l'électricité. Pour la magie, c'est pareil.  Lorsque Lorasha Abal activa son sortilège, elle découvrit pour la seconde fois une adolescente nue dans son cercle d'invocation.
- Non, ce n'est pas vrai, pas deux fois !

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Message par Anaxagore le Dim 31 Mar - 20:26

Mention légal : je ne possède pas les droits légaux des jeux de la licence Fate, pas plus que ceux tirés de la License The Elder Scroll.
Il s'agit d'une fiction qui m'est venue à l'esprit en essayant de recréer Artoria Pendragon sur le moteur de jeu de Tes IV : Skyrim.

Et puis envoyer la femme au cœur de dragon prendre la place du Dragonborn de Skyrim fait sens, non ?

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Message par Anaxagore le Mar 2 Avr - 14:08

---Vifazur, 17e jour, 4E 201---

Lorasha Abal et Artoria regardèrent la jeune fille qui venait de se matérialiser. En retour, cette dernière balaya la salle du regard puis...
- IAAAAAAAAAAA !!!
Le cri perçant déchira les oreilles des deux femmes qui firent machinalement un pas en arrière. Rin Toshaka venait de réaliser qu'elle ne portait pas de vêtements  et se recroquevillait à présent, les mains cachant les endroits stratégiques.
Puis, elle releva le front, coulant un regard furibond en direction de l'Aldmer et du Roi des Chevaliers, bien que les magnifiques yeux aigues-marines de la japonaise soient  noyés de larmes.
-  POURQUOI ?!
Qu'est-ce qui avait mal tourné ? Comment pouvait-elle se retrouver.... où d'ailleurs ? Alors que son esprit cherchait la réponse, l'évidence la frappa avec la force d'un bulldozer. Hier, son réveil l'avait réveillé une heure trop tôt... elle l'avait complètement oublié. En tant que génie de la magie, Rin ne pouvait ignorer qu'un rituel réalisé au mauvais moment se trouvait placé sous des influences astrologiques et angéologiques différentes de celles prévues par son fonctionnement normal.
-  Enfer ! Damnation !  Je suis stupide !
L'envie de passer sa frustration sur le premier objet innocent venu ne trouva aucun exécutoire vu l'état de dénuement dans lequel elle se trouvait. Tokiomi, son père lui avait sans doute concocté ce petit piège avant sa mort. Il n'avait jamais toléré la moindre faiblesse chez elle.
- Je me suis encore plantée, se plaignit-elle en maltraitant ses cheveux dans sa frustration. " Pourquoi m'avoir préparé cette épreuve, père ?"
En l'occurrence, Tokiomi n'avait probablement pas imaginé les conséquences de son sortilège...   Ordinairement, Rin se serait juste retrouvé avec un Servant mal invoqué. La jeune magus cessa de grogner pour se retourner vers les deux femmes :
- Où je suis ?
- Dans une grotte à l'ouest de la Pierre de Shor.
- La Pierre de...
- Près de Faillaise, dans la châtellerie de la Brèche.
- ...
- En Bordeciel.
- ...
- Bordeciel est un pays au nord du continent de Tamriel.... sur le monde de Nirn.
Rin se demanda un instant si on se moquait d'elle. Cependant, la femme qui lui parlait mesurait près de deux mètres de haut, maigre comme un piquet, sa peau dorée et ses oreilles pointues, la structure du visage. Clairement, il ne s'agissait pas d'une humaine. Alors pourquoi parlait-elle japonais. Non... elle ne parlait pas cette langue. Rin réalisa que, depuis son arrivée, c'est elle qui parlait une autre langue.
-  Vous n'êtes pas de Nirn. Donc, j'ai réussi à invoquer un être des Royaumes Extérieurs, vous êtes un daedra de Sanghin ?
Surprise, Rin s'aperçu que quelque chose en elle "traduisait" les propos de l'invocatrice. Les daedras (Littéralement " Ceux qui ne sont pas nos Ancêtres") étaient des sortes de démons venus des plans d'Oblivion et Sanghin était... le prince de la débauche et du vice.  La sorcière qui l'avait malencontreusement invoquée la prenait pour un succube !
Focalisée sur Lorasha Abal, avait complètement négligée la petite femme plus ordinaire, à ses côtés. Ce fut elle qui intervient.
- Vous faites fausse route, Aldmer.  Tout comme moi, elle est humaine.
Lorasha se retourna.
- C'est impossible, ce cercle est prévu pour convoquer des êtres des Royaumes Extérieurs !
- Et pourtant je suis bien humaine.
Se tournant vers la Japonaise, la jeune fille blonde s'inclina avec grâce.
- Permettez que je me présente. Mon nom est Artoria Pendragon, je suis chevalier. Mon arrivée vous a précédé de peu. Comme vous je suis venue par ce cercle. Puis-je vous demander votre nom ?
Rin se sentit involontairement sourire, conquise par la beauté calme de cette femme aux cheveux comme de l'or, à la peau d'ivoire et aux surprenants yeux d'émeraudes.
- Je m'appelle Rin Toshaka je suis...
"Akaviroise" lui suggéra une voix intérieure, alors que les marques de commandement sur sa main se mettaient à la brûler comme s'ils venaient d'être appliqués au fer rouge. Les marques de commandement étaient l'origine de l'autorité d'un Master de la Guerre du Saint Graal, leur lien avec la coupe magique. Ce n'était que lorsque l'on recevait le tatouage rouge que l'on savait avoir été choisi comme un Master. Composé de trois signes, chacun pouvait se transformer en ordre absolu pour un servant. Toutefois, ils étaient à usage uniques. Le dernier disparu, le Master perdait tout droit de participer à la guerre. Alors que la connaissance d'un continent loin à l'est de Tamriel se déversait dans son esprit, Rin déglutit. La réaction des marques de commandement, les connaissances qu'elle recevait...  Tout cela ne pouvait qu'être l'œuvre du Saint Graal !  Elle se secoua.
- Je viens d'Akavir, du royaume de Tsaesci.
L'Aldmer... une de ces hautes-elfes natifs de l'archipel d'Alinor, au sud du continent de Tamriel, afficha une expression déçue.  Visiblement invoqué des humains, même de contrée lointaine et pratiquement mythique, ne l'intéressait pas. Voyant que Rin tremblait de froid, Lorasha lui jeta une robe noire semblable à celle qu'elle portait.  
- Prenez des vivres et des armes.  Partez d'ici, vous gênez mes recherches.


Les deux jeunes femmes sortirent de la grotte pour trouver un paysage magnifique. Elles se tenaient sur un affleurement rocheux où passait un sentier qui en rejoignait un autre plus important, orienté est-ouest. Artoria vit un cerf disparaître entre les  bouleaux aux feuilles jaunis et les pins de la forêt. Des montagnes de tout côté, sous un ciel bleu traversé de nuages, le soleil hivernal brillait faiblement et le vent froid faisait les brindilles.
Rin, qui s'était tourné vers l'est, poussa un cri de stupeur. Si elle doutait encore de se trouver sur un autre monde, le soupçon ne survécu pas à la vision deS luneS de Nirn. Bien que le jour soit levé, on pouvait voir Masser,  en phase gibbeuse ascendante - monstre rouge d'au moins six fois la taille de la Lune - et Secunda, réduite à un mince croissant.
- Venez Rin, il nous faut atteindre une agglomération. Nous n'avons pas beaucoup de vivres. La faim est le premier ennemi.
Alors qu'elles descendaient la pente vers l'est, au milieu des broussailles et des fougères, Rin regarda les fleurs bleues que butinaient des papillons jaunes.  La vie manquait d'imagination ou bien les plantes venaient-elle de la terre ? En tout cas, rien ne la choquait dans ce qu'elle voyait.
- Vous ne venez pas de Hauteroche, n'est-ce pas ?
Artoria secoua la tête en entendant la question de Rin.
- Non, je pense que nous venons du même monde.
Elles parlèrent pendant une dizaine de minutes, tout en cheminant. Les connaissances géographiques et historiques d'Artoria étaient limitées. Toutefois, Rin finit par acquiescer.
- La Bretagne que vous venez de mentionner c'est l'actuelle Angleterre. Artoria Pendragon... seriez-vous apparentée au roi Arthur ?
Regardant le blond chevalier qui marchait à ses côtés, Rin vit une légère crispation de ses lèvres.
- Vous avez entendu parler d'Arthur ?
- Oui, bien sûr. La Table Ronde, les chevaliers, le Graal, c'est un des plus grand héros de l'histoire. Quinze siècles après sa mort, prenez n'importe qui dans une rue et demandez lui qui est le roi Arthur, on vous répondra la même chose. Sa légende est encore source d'inspiration et de courage.
- Un roi incapable de comprendre son peuple, au point qu'il se révolte contre lui n'en mérite pas tant.
La véhémence d'Artoria surprit Rin. La colère du chevalier et son amertume lui fit batte des paupières. Alors qu'elle se demandait encore quoi répondre,  la blonde jeune femme eut un geste de la main.
- Vous n'y êtes pour rien, Rin. Il y a juste que vous parlez de choses que vous ne connaissez pas.
- Le roi Arthur était un mauvais roi ?
- Pour vous, un bon roi détruit son royaume ?  Guenivere ne serait pas allé chercher du réconfort dans les bras de Lancelot si le roi lui avait montré l'attention qu'elle méritait. Ce n'était pas non plus un bon père.  Il a poussé son fils au désespoir. Quant à ses quêtes glorieuses, elles ont coûté la vie à de nombreux chevaliers braves et dévoué et pour quoi ? Nous n'avons jamais trouvé le Graal.
Les deux femmes poursuivirent leur route jusqu'à une mare, faisant fuir le cervidé qu'Artoria avait vu un peu plus tôt. La bête disparut en bramant. Tandis que le chevalier inspectait l'étendue d'eau à la recherche d'un gué, peu désireuse de mettre les pieds dans l'eau recouverte de brumes stagnante. Rin se frictionna les bras en claquant des dents. Il faisait vraiment froid et la Japonaise se plaignit de ne porter qu'une robe grossière... et pas de sous-vêtements. Après une bonne demi-heure à avancer parmi les fougères et buissons, Artoria s'immobilisa en entendant  le hurlement d'un loup.  Aucune armure et pour toutes armes, une dague de fer et une cognée de bûcheron, le roi des chevaliers se mit en garde. On dit que les loups n'attaquent pas l'homme... celui-ci se ramassa en grognant et bondit. Rin poussait un petit cri de surprise et voulut jeter un sort. Toutefois, tout se termina en instant.  Artoria avait bougé avec prestesse, devançant le loup qui se catapultait vers elle.
La hache frappa derrière le cou. L'animal poussa un cri plaintif, plaqué au sol par la force du coup. Le bruit d'os brisé  ne laissait aucun doute, Artoria lui avait proprement sectionné la colonne vertébrale.
- Impressionnant.
- Vous trouvez, c'est juste un loup affamé.  Pas un adversaire digne d'un chevalier.
La fierté d'Artoria en disait long sur ce qu'elle pensait de ses compétences martiales.
Au bas de la colline, les filles découvrirent une route pavée, à peu près sur un axe nord sud. Trois masures de bois au toit de chaume se trouvaient de part et d'autre de l'ancienne voie.  Quelques personnes vêtues de vêtements usés s'attroupaient autour d'un feu de camp, ils avaient l'air humain. Sur Terre, on les aurait qualifiés comme de "type européen".  Il y avait deux gardes qui arpentaient la section de la voie empierrée qui servait de rue. Ils portaient des armures matelassées, avec des renforts de mailles, le tout recouvert d'un plaid violet qu'ils s'enroulent autour du torse. Leur visage restait invisible derrière leur heaume conique marqué de trous pour les yeux. Au bras, un bouclier peint en violet ornés de deux épées croisées, l'emblème de la châtellerie de la Brèche. L'un avait une épée au côté et l'autre une hache, toute deux de mauvaise facture.  Quant aux arcs passés en sautoir, il s'agissait d'armes de chasse plus indiqué pour le tir sur le petit gibier que sur les brigands.
Après des années sur le champ de bataille, le Roi des Chevaliers pouvait se vanter de pouvoir juger en un instant de la valeur d'un combattant. Ces gardes valaient à peine mieux qu'une milice de paysans armés de fourches.
L'une des baraques, à gauche de la route se trouvait signalée par une enseigne représentant une enclume et des outils de forgeron. Artoria monta quelques marches pour parler au vieil homme barbu aux longs cheveux gris qui actionnait le soufflet de forge.  Ce dernier se retourna sur l'arrivante pour la regarder de bas en haut.
- J'espère que vous n'êtes pas venu pour travailler à la mine.  - Quel est le problème avec la mine ? - Elle grouille d'araignée, voilà le problème. Grogmar et moi avons bien failli y passer ! Artoria fronça légèrement les sourcils.
- Et les gardes ne veulent pas vous aider.
Il ne s'agissait pas d'une question et le forgeron le comprit bien. - Ils ont dis quelque chose comme : " Il faut surveiller l'arrivée éventuelle de soldats ennemis". A quoi ça sert si la mine ne produit plus, les idiots. J'ai peur que les araignées finissent par sortir de la mine pour trouver à manger.  - Si vous voulez, je peux m'occuper de ces araignées ! - Je vais vous dire, si vous tenez parole, je vous donnerais tout ce que je peux grappiller ici ou là. - Parlez-moi des araignées, décrivez-les moi. - Ce sont des givrepeires, des araignées de Bordeciel qui ont un venin glacées. Elles ont à peu près cette taille là. Le forgeron écarta les bras  presque au maximum. - Je crois qu'il y en a quatre ou cinq.
Artoria acquiesça - Je reviens. - Faites attention dans la mine, je ne veux pas être tenu pour responsable de votre mort. Rin se pressa pour rattraper sa nouvelle amie qui marchait vers l'entrée de la mine de Ventrerouge.
- Je n'en reviens pas de la facilité avec vous acceptez les requêtes de parfaits inconnus.
- Un chevalier de la Table Ronde, ne refuse jamais d'aider des gens en danger. Les araignées les empêchent de travailler et de nourrir leurs familles. Et si elles sortent...
La jeune fille blonde laissa le reste de la sentence en suspens. Il n'y avait aucun besoin d'insister. Après avoir expliqué au garde qui surveillait la mine que le forgeron l'avait engagé pour tuer les araignées, Artoria se retourna vers Rin.
- Restez ici, j'en aurais vite fini.
- Je viens.
Les deux jeunes femmes s'affrontèrent du regard. Bien qu'Artoria ne la connaisse que depuis quelques heures, cela lui avait suffit pour comprendre qu'obstiné ne pouvait suffire à qualifier Rin.
- Soit, restez derrière moi. Vous me couvrirez.
L'intérieur était un puits creusé dans la roche et tendu de passerelles de bois grinçant. D'énormes toiles d'araignées retenaient des cocons où l'on discernait d'énormes rats prisonniers. Comme les deux jeunes filles avançaient sur un pont suspendu au-dessus du vide, des bruits affreux de pattes firent frissonner Rin, qui n'en menait pas large. Puis elles sortirent de la brume rouge qui emplissait la vaste caverne artificielle : immondes avec leurs corps rouge et noir, leurs crocs dégoulinants de venin, leurs yeux en grappes et leurs  multiples  pattes. Rin ouvrit le feu : "Gandr". Un projectile noir jaillit de sa main, puis un autre. Trois fois en tout. Les abjectes araignées s'arrêtèrent. Un trio venait de tomber, toutes celles qui se trouvaient en haut de la mine.
- Tu joues à la morte ? Gentille araignée.
Artoria se jeta en avant toujours armée d'une cognée de bûcheron. Une araignée frappée, cessa de bouger. Elle continua en avant, descendant en courant le plan incliné jusqu' au fond de la mine.  Deux autres araignées se trouvaient au fond et elle les élimina si rapidement, qu'aucune n'eut seulement le temps de l'attaquer. Elles revinrent voir le forgeron qui les considéra avec de grands yeux, après tout les jeunes femmes n'avaient été absente que quelques minutes. " Vous les avez tuées toutes ?! Mais c'est incroyable. Enfin, on va pouvoir remettre La Pierre de Shor sur les Cartes."
La récompense représentait sans doute une fortune, cinq cent pièces d'or frappé côté pile d'un dragon et côté face du portrait de l'empereur "Titus Médée II". Le forgeron rajouta une robe verte et une chemise blanche pour Artoria ainsi qu'une potion de soins.
La plus grande partie de la récompense servit cependant à acheter une armure de fer au jeune chevalier, un bouclier circulaire et un fauchon, les épées étant trop chère.
Les négociations pour les prix furent cependant interrompues par un gargouillement affamé qui attira à Artoria les regards de Rin et du forgeron. En effet, bien que le roi de Bretagne fasse mine de ne rien voir, la légère teinte rose de ses pommettes jurait avec son innocence affichée.
- Je crois que nous devrions trouver quelque chose à manger, insinua Rin avec un sourire tors.
Artoria réussit à garder contenance, répondant d'une voix ferme, toutefois la perspective illumina son regard :
- En effet, aucune armée ne combat le ventre vide.
- Si cela ne vous dérange pas de partager le repas des mineurs, ils en seront ravis, affirma le forgeron.

 Le forgeron leur conseilla de se rendre à Faillaise au Sud si elles voulaient des provisions pour la route. Mais surtout, il leur faudrait éviter le vieux fort impérial sur la route. Des brigands l'occupaient et ils étaient assez nombreux et bien armés pour que le jarl hésite à les attaquer.  Après avoir quitté la Pierre de Shor, les jeunes filles contournèrent largement le fort de Tiremuraille sans se faire voir de ses habitants. En fin d'après midi, la  route escalada une pente raide passant entre deux plateaux de pierre. Une tour de guet en bois s'élevait au tournant de la voie empierrée et deux autres l'encadraient, dressées sur les dites formations rocheuses. L'endroit était patrouillé par les gardes de la Brèche, probablement pour empêcher les brigands de fort Tiremuraille de s'approcher de la ville de Faillaise. Cette dernière leur apparue au sommet du raidillon. Les habitants de la Pierre de Shor en parlaient comme de la capitale de la Châtellerie. Toutefois, ses murailles basses et écrêtées par le temps n'entouraient qu'un périmètre réduit. Artoria secoua la tête agacée. Le rempart n'avait même pas de tour et seul le corps de  garde au-dessus de la porte se garnissait d'archères.  En trois jours, constamment attaquée par les saxons, elle avait mieux fortifiée La Colline de Badon.
L'un des gardes de l'entrée voulut leur faire payer une "taxe de séjours". Toutefois, Artoria avait la compétence "charisme" (rang B). Il lui suffit de l'interpeler pour qu'il reconnaisse avoir cherché à l'escroquer.. Le second garde déverrouilla la porte et s'adressa aux jeunes filles avec ironie : " Bienvenue à Faillaise, fief de la guilde des voleurs. Enfin, ça, c'est ce qu'ils voudraient vous faire croire. Mais ils ne sont que de la vermine qui grouille à la Souricière. "  La ville de Faillaise a sans doute été belle... autrefois. Une cité du négoce et du commerce. Entièrement édifiée autour de canaux emplis d'une eau sale, la ville a lentement pourrie, attaquée par l'humidité. Les habitants leur apparurent comme furtifs et à l'écoute des conversations, elles n'entendirent que des récriminations, des histoires d'argent perdu, de dettes.  Entrée dans une échoppe au nom amusant de "La crevette sauteuse", Artoria discuta avec le tenancier des lieux tout en achetant nourriture et vêtements. Lorsqu'elle lui demanda ce qui n'allait pas en ville, le vieil homme s'agita :
" Qu'est-ce qui ne va pas à Faillaise ? Il faudrait plutôt demander ce qui va ! Toute la ville est corrompue !" Rin s'avança : " Vous pourriez demander l'aide des autorités. " - Vous n'avez rien écouté de ce que j'ai dit ? Toute la ville est corrompue, même les gardes. Non, la seule façon de s'en sortir ici c'est de faire profil bas et de donner de l'argent aux bonnes personnes. Suivez mon conseil, cette nuit dormez dans l'auberge  "Le dard de l'abeille", ni " la cruche percée", ni "Le dortoir" ne sont faits pour deux jeunes filles comme vous. Rester à l'intérieur une fois la nuit tombée. Et quittez la ville demain, avant que quelqu'un de mal intentionné ne s'intéresse à vous. "Le Dard de l'abeille" l'auberge indiquée par le négociant était claire et propre, avec un barde jouant au milieu de la grande salle. Les tenanciers étaient un couple d'Argoniens.
Artoria réussit à masquer sa surprise en découvrant les deux reptiles intelligents. Ils lui paraissaient incroyablement étranges. La connexion avec le Graal se révéla une nouvelle fois utile lorsque la coupe sacrée lui résuma l'histoire et la physiologie de ce peuple. Les Argoniens faisaient partis des peuples les plus anciens de Tamriel. Toutefois, la colonisation du continent par les Elfes et les Humains les avaient refoulés dans les Marais Noirs. Une région au sud-est de Cyrodil.
Le mâle leur apporta des boissons qu'il distillait lui-même et un plat de bœuf salé. Salé... parce que cela donnait soif et que les distillations de l'Argonien n'étaient pas précisément bon marché. Le sport local semblait décidément être l'escroquerie...

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Message par Anaxagore le Sam 6 Avr - 14:20

---Vifazur, 18e jour, 4E 201---

Dans l'auberge du "Dard de l'abeille", Artoria fut la première à se réveiller. Elle partageait le lit avec Rin Tohsaka. La jeune femme dormait encore profondément, son visage tourné vers le sien, et le chevalier blond eut un sourire furtif. Les traits reposés, sa nouvelle partenaire ressemblait à un ange... quel contraste avec la langue aiguisée qu'elle avait montré au cours de la journée.
Veillant à ne pas déranger sa nouvelle amie, le Roi des Chevaliers se lava à la bassine d'eau, puis commença à se coiffer. La natte qu'elle enroulait autour de sa tête nécessitait un long travail. Après s'être brossée les cheveux, elle sépara les fils d'or en trois, rejetant une partie sur ses deux épaules. Ensuite, Artoria attacha ce qui retombait encore dans son cou et s'en servit pour former un chignon. Ensuite, elle fit deux tresses qu'elle maintint autour du chignon avec des épingles avant de les nouer ensemble grâce à un ruban acheté la veille.
Le bruit dans l'auberge, où même ses pas sur le plancher grinçant n'avaient toujours pas réveillé Rin. Amusée par la lourdeur de son sommeil, mais aussi un peu agacée, Artoria vint secouer la magus.
Il y eut un grognement suivis de quelques mots inintelligibles.
Artoria soupira et l'appela tout en continuant à lui toucher l'épaule.
- Cinq minutes...
- Non, Rin, nous devons partir au plus vite. Habillez-vous et levez-vous. Nous ne sommes pas en sécurité ici.
Ces quelques mots firent réagir la Japonaise qui se mit enfin séant dans le lit. Toutefois, le regard vitreux avec lequel elle balaya le pauvre mobilier de la pièce pouvait difficilement être qualifié d'alerte.
- Je descends nous commander un petit déjeuner, habillez-vous et lavez-vous. N'ouvrez à personnes.

Lorsque Rin mis enfin les pieds dans la salle principale de l'auberge, le Roi des Chevaliers lui coula un regard indisposé, notant au passage qu'elle aussi s'était aussi mise en veine de coiffure, puisque deux couettes encadraient à présent son visage.
- Rin, vous voilà enfin.
La magus rougit, serrant les poings d'indignation.
- Je n'ai pas l'habitude de me laver dans une bassine. Les Japonais se baignent.
Visiblement, Rin venait de se lever du mauvais pied. Elle regarda les deux écuelles. Celle vide d'Artoria, et la sienne encore pleine.
- Je ne mange pas le matin, Artoria.
La femme chevalier la considéra avec cette expression à la fois stoïque et bienveillante qui semblait comme soudée à son visage.
- Rin, le premier repas de la journée est le plus important. Nous allons devoir marcher et sans doute nous battre, nous ne pouvons le faire le ventre vide. Le courage d'un combattant se trouve dans son estomac.
La voix douce et calme d'Artoria n'admettait tout simplement aucune réplique. De mauvais gré, Rin se laissa tomber sur la chaise face à son amie et commença à manger la soupe paysanne, mélange de divers légumes flottant dans un bouillon maigre. Le Roi des Chevaliers hocha la tête et se pencha en avant.
- Dites-moi, Rin, vous connaissez ce tubercule jaune ? Je n'en ai jamais mangé.
La japonaise s'immobilisa un instant.
- C'est des pommes de terre.
- Des pommes de... terre...
La jeune femme fonça les sourcils, essayant d'imaginer des pommiers souterrains. Rin sourit.
- C'est un légume originaire d'Amérique du Sud... il n'est arrivé en Angleterre qu'après la découverte de...
Elle s'arrêta soudain, se rappelant les deux lunes dans le ciel de Nirn.
- ... mais nous ne sommes pas sur Terre. Je ne comprends rien. Ce monde est si semblable au nôtre pourtant. Et pourtant si différent...
Elle se tourna vers la tenancière argonniènne. Elle avait vraiment une tête de lézard, une peau couverte d'écaille vertes et sous sa jupe une queue faisait des mouvements médullaires lorsqu'elle marchait. Il y avait aussi les elfes, les orques... et les givrepeires.
- Vous vous rappelez les papillons jaunes qui nous avons vu butiner les fleurs des champs. Vous en avez déjà vu de semblable ?
Artoria ne répondit rien se contentant d'écouter, d'ailleurs Rin n'attendais pas de réplique. La jeune japonaise se frotta le menton d'un air pensif.
- Je crois qu'il s'agit de monarques, des papillons d'Amérique du nord.
- Où voulez-vous en venir, Rin ?
- Nulle part, en fait. Je trouve juste que trop de choses me semblent familières autour de nous. Alors que nous sommes dans un monde étranger. J'ai l'impression d'une anomalie. Sinon, vous avez un plan d'action ?
Le Roi des Chevaliers acquiesça avec sa dignité habituelle.
- Nous allons chasser des bandits.
- Pardon... je croyais que nous devions éviter les risques inutiles.
- Certes, mais nous avons besoin de la prime pour compléter notre équipement et louer les services d'une charrette qui nous conduira à une ville plus hospitalière. L'alternative est de marcher des centaines de kilomètres en pleine guerre civile, avec des bandits qui coupent les routes et des bêtes sauvages qui attaquent l'homme.
- Je vois, dis comme ça...

Les deux jeunes femmes sortirent par la porte sud-est de Faillaise. Pendant qu'elles longeaient la muraille, Artoria expliqua que la propriétaire du "Dard de l'abeille" lui avait remis un tract signé par Anuriel, le chambellan du jarl Laila Juste-Loi. Il s'agissait d'une demande destinée à " tous les hommes et les femmes de Faillaisaise, habile au métier des armes" mettant à prix la tête d'Hareld, du chef des bandits qui se terrent dans leur repaire du "Creux du Casque Brisé". Ces derniers attaquant, pillant et tuant les innocents voyageurs qui font route entre Faillaise et la frontière de Morrowind.
Rin jeta un regard surpris au Roi de Bretagne.
- C'est la première fois que vous vous montrez autant de véhémence, vous semblez détester les brigands. Enfin, c'est logique. Des charognards qui attaquent en nombre des gens peu armés et non entraînés au combat, pour les voler. On ne fait pas moins chevaleresque.
Artoria hocha la tête.
- Il y a beaucoup de cela. Mais aussi, en Bretagne les routes sont considérées comme appartenant au roi. Ceux qui y circulent sont donc ses hôtes. L'hospitalité étant sacrée, s'en prendre aux voyageurs revient à humilier le souverain de Bretagne.
Les yeux de Rin s'étrécirent, un de ses sourires démoniaques et peu rassurant fleurit sur ses lèvres.
- Je croyais que vous n'aimiez pas le roi Arthur.
Artoria soupira.
- Rin, nous voyageons ensemble. En tant que chevalier, mon devoir est de venir en aide à une damoiselle en détresse. Toutefois, rien de tout cela ne vous donne le droit de me poser des questions personnelles.
La magus écarquilla les yeux surprise par la répartie du chevalier.
- Je m'excuse... je n'avais pas l'intention de vous manquer de respect.
- Tant que vous vous en souvenez. À mon tour de vous poser une question. Pourquoi voulez-vous participer à la Guerre du Saint Graal ? Quel vœu vous importe tant que vous risquiez votre vie pour lui.
- Hein ? Non...
Rin se gratta la joue, soudain gênée.
- Je n'ai pas de souhait... je voulais juste montrer que je suis le meilleur des magi.
Artoria s'arrêta et se retourna pour dévisager son amie. Ses traits semblaient de marbre.
- Damoiselle Tohsaka, je pensais que vous étiez une jeune femme intelligente. Il me peine de constater ma méprise. La guerre n'est pas un jeu. Mon pays souffre depuis bien avant ma naissance. J'ai abandonné les joies de mon sexe pour me vêtir de fer et combattre par l'épée. Tenez pour assuré que le conflit transforme les gens en assassins ou en cadavre. Vous le comprendrez la première fois que vous vous tiendrez au milieu de vos amis et de vos ennemis, à jamais figé par l'étreinte de la mort.
Rin accusa lourdement les reproches d'Artoria. L'amertume dans la voix du chevalier l'empêcha de se sentir offusqué. Elle parlait évidemment par expérience.
La jeune japonaise revécut ce matin gris devant les grilles de la résidence Tohsaka. Son père qui lui remettait un livre de magie avant de s'éloigner. Elle était restée à fixer le dos de Tokiomi jusqu'à ce qu'il disparaisse. Elle n'avait que huit ans, alors. Pourtant, au fond d'elle, Rin avait senti qu'il ne reviendrait pas.
Tokiomi Tohsaka mourut au cours de la quatrième Guerre du Saint Graal. Pire, Aoi Tohsaka, sa mère, avait été agressée et étranglée... Elle survécut - quelques années - mais l'interruption de l'oxygénation du cerveau la laissa tétraplégique et privée de sa mémoire à court terme.
La guerre l'avait laissé orpheline, et ruiné sa famille qui perdit par la suite la plupart de ses propriétés à cause de la mauvaise gestion de son gardien.
Comment pouvait-elle rétorquer quoi que ce soit au chevalier qui veillait sur elle ? Tout ce qu'elle avait dit, Rin le savait... La magus avait juste choisi de l'ignorer.
La suite du voyage fut presque sans histoire. Un duo de bandit chercha à les rançonner... ils n'y survécurent pas. Leur équipement ne payait guère de mine. Toutefois, Artoria prit pour elle une épée d'acier, donnant son fauchon à Rin.

Le repaire de bandit connu sous le nom de Creux du Casque Brisé se trouvait à mi-chemin entre la ville de Faillaise et la frontière de Morrowind, le royaume des Elfes Noirs, à l'est de Bordeciel.
Il s'agissait d'une caverne naturelle en haut d'une colline. Une porte grossière empêchait le vent glacial qui tombait des monts Velothi de s'engouffrer dans le couloir naturel qui conduisait à la caverne principale. Cette dernière offrait un luxe spartiate. Autour d'un simple feu de camp, deux hors-la-loi dormaient dans des sacs de couchage en fourrure. Les fruits de leurs rapines : vieux meubles, tonneaux, caisses, armes rouillées s'entassaient au hasard.
Hareld, le chef des brigands, dormait sur une corniche au-dessus de ses comparses. La tête au pied du coffre - piégé- où il entassait son maigre butin. Les trois hommes dormaient du sommeil du juste (ou presque). Après tout deux des leurs gardaient l'entrée. Et qui entrerait volontairement les chercher ?
- Au nom du jarl Laila Juste-Loi, je vous somme de vous rendre et de m'accompagner à Faillaise où vous serez déferrés devant la justice de la châtellerie !
Les trois brigands s'ébrouèrent avant de regarder, stupéfaits, les deux individus qui venaient de faire irruption dans leur domaine.
- Ne gardez pas votre langue comme morte dans votre bouche. Si vous ne me signifiez pas votre soumission, j'exercerais mon droit de justice en ce lieu.
Remis de sa surprise, Hareld désigna les deux intruses.
- Capturez-moi ces idiots, on va s'amuser.
Les deux brigands s'emparèrent des armes grossières qui reposaient à leur côté et se ruèrent en avant. Rin Tohsaka leva un bras : "Gandr". Trois projectiles d'énergie noire filèrent de sa main, frappant le bandit de gauche qui périt presque instantanément. Son camarade, un Elfe des Bois barbu asséna un coup de sa masse d'arme à Artoria, mais celle-ci para sans difficulté. Profitant que son ennemi s'était découvert, elle plongea son épée d'acier dans sa hanche. Le Bosmer hurla de douleur et de terreur, tombant à genoux. Il voulut parler, relevant des yeux suppliants vers son vainqueur. Toutefois, il se heurta à un regard sans pitié. La lame du chevalier l'envoya bouler au sol, où il se retrouva prostré au milieu d'une flaque de sang s'élargissant.
Hareld, un colosse en armure de fer rouillée, à la barbe hirsute et coiffé d'un casque à corne, ressemblait au parangon du brigand grossier et brutal. Il ne faisait aucun doute qu'il devait sa position au fait qu'il avait la plus grosse... épée (j'ai dit épée !). Cet espadon d'acier était un instrument grossier et lourd, pourtant il la maniait comme un jouet d'enfant.
- Raclure de sorcière, positionna-t-il en direction de Tohsaka, un vrai Nordique ne craint pas tes tours vient me voir fillette, que je te montre ce qu'est un homme, un vrai.
- Un vrai homme ? J'ignorais jusque là qu'un assassin de femmes et d'enfants appartienne à cette catégorie.
- Peuh, vient m'affronter gamin, et je te montrerais !
- Si c'est un défi, je l'accepte. Je suis Artoria Pendragon, chevalier de la Table Ronde. Et je suis une femme ! Rin, c'est un duel, n'intervenez pas !
Hareld se rua en avant avec un gros rire.
L'espadon frappa avec violence, faisant résonner le bouclier d'Artoria. L'adolescente chancela sous le choc et recula de deux pas pour ne pas trébucher. Les échanges suivants ne firent que qu'accentuer la différence de puissance entre les deux combattants. Certes, le Roi des Chevaliers pouvait amplifier sa force en puisant dans son cœur de dragon. Toutefois, son corps n'avait...qu'une journée. Il ne s'agissait pas de celui - rompu au combat - du légendaire roi Arthur. Juste celui de l'écuyer de sire Kay, avant qu'elle ne trouve l'Épée dans la Pierre.
Artoria multiplia les attaques sous divers angles, reculant, bouclier levé, entre chaque assaut. Elle commençait à haleter. Son égide ressemblait à présent à une ruine alors que son bras gauche l'élançait.
En face, Hareld avait reçu plusieurs coups et du sang s'écoulait sur sa jambe gauche. Toutefois, il attaqua sans paraître incommodé. L'énorme espadon frappa derechef...
Il y eut un fracas tandis que sa protection se désintégrait en morceaux de fer tordu et bois brisé.
- Tu sais fillette, si tu le demandes gentiment on pourrait régler ça dans ma couche !
Artoria essuya le sang qui ruisselait de son arcade sourcilière fendue et empoigna son épée à deux mains.
- Je refuse !
- Pas grave, ta copine payera pour vous deux.
Il se rua en avant et lança en avant sa lame... Qui siffla dans le vide. Hareld ouvrit de grands yeux. L'adolescente s'était évaporée. Il hurla de douleur alors que la lame du chevalier le transperçait au défaut de l'armure. Il se pencha, crachant du sang. Artoria le considérait d'un regard froid comme la glace.
- Co... Comment ?
- La jeune femme ne répondit pas, posant la main sur le pommeau de son arme, elle poussa, enfonçant la lame dans le cœur du bandit.
En perdant son bouclier, le Roi des Chevaliers avait gagné en vitesse et en rapidité. Le reste reposait sur une simple illusion d'optique et une confiance infaillible dans son instinct de combat. Lorsque Hareld avait abattu sur elle son énorme lame, cette dernière lui masqua la vue l'espace d'un instant. Artoria profita de ce très bref instant pour se jeter de côté.

Les deux femmes fouillèrent la grotte principale, puis le charnier où les corps des victimes des hors-la-loi s'entassaient. Elles ne trouvèrent que quelques armes et pièces d'armures, de la nourriture, un peu d'argent. À part un livre de magie que s'appropria Rin, rien n'avait de valeur.

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Message par Anaxagore le Dim 7 Avr - 15:20

---Vifazur, 19e jour, 4E 201---

La charrette brinquebalait, secouant les deux jeunes femmes assises face-à-face sur les banquettes de bois inconfortable. Rin lisait le livre de magie trouvé au "Creux du casque brisé", mais avait visiblement de la peine à se concentrer au milieu des secousses.
Quant à Artoria, elle regardait le paysage. Le voyage avait été long, plus de vingt heures en fait, en comptant l'arrêt à l'auberge de Helgen pour la nuit.
La route longeait la Rivière Blanche et sur haute colline se dressait Blancherive, l'objectif de leur éreintant périple.
D'après le cocher, Blancherive fut érigée par les Compagnons d'Ysgramor - le héros fondateur de Bordeciel. Jorvask la salle de l'hydromel des Compagnons serait le plus ancien bâtiment de la cité. Il y aurait aussi une querelle entre deux familles, les Grisetoisons et les Guerriers-nés. Pour le reste, il leur avait conseillé de s'adresser au chambellan ou à l'auberge de "La jument Pavoisée".

Tournant sur la droite, le charriot s'immobilisa devant les écuries au bas de la colline. Artoria sauta à terre et offrit son bras à Rin.
- Je vous en prie, damoiselle, laissez-moi vous aider.
Après un bref moment de surprise, la jeune magus sourit.
- Je comprends enfin ce que c'est d'avoir un chevalier-servant !
Remontant la voie empierrée qui conduisait aux portes, le Roi des Chevaliers jeta un coup d'œil aux marchands installés à l'entrée, autour de deux tentes de peau. Il s'agissait de Khajits, d'étranges félins bipèdes qui intriguaient particulièrement Artoria... Toutefois son regard s'étrécis en regardant les dégâts infligés aux remparts. Les murs qui entouraient la cité proprement dite semblaient surtout avoir souffert du gel et du manque d'entretien.
Cependant, la tour qui flanquait la barbacane devait avoir été détruite par des machines de guerre, de même que le mur ouest de celle-ci.
- Ce pays est complètement non préparé à la guerre, siffla-t-elle entre ses dents.
Après avoir franchis un pont-levis et de lourdes portes, elles entrèrent enfin dans Blancherive. Les gardes postées dans le corps de garde ressemblaient de manière frappante à ceux de Faillaise, seul la couleur de leur plaid, vert, et le cheval sur leur bouclier permettait de les différencier.
Quand à la ville, elle s'élevait à flanc de collines, les rues étaient en pentes et reliées par des escaliers.
Suivant Artoria, Rin posa une question qui lui brûlait les lèvres depuis un moment.
Loin d'être stupide, la magus avait parfaitement compris qu'elle ne pourrait revenir sur Terre que renvoyé par le Graal et que ce dernier n'y consentirait qu'une fois éliminé le danger qui menaçait le monde de Nirn. Toutefois, elle commençait à avoir un doute sur l'identité du chevalier qui l'accompagnait.
- Pourquoi recherchez-vous une épée magique qui désignerait un roi ?
Artoria resta silencieuse un moment, et Rin voulut insister, mais le roi de Bretagne la devança.
- Le Graal en a parlé, donc cela doit être important.
Rin arriva presque hors d'haleine au sommet du dernier escalier. Au-delà d'un pont de pierre sous une tonnelle, enjambant un réservoir d'eau, se dressait un haut château de bois qui lui rappelait un peu des photos d'église scandinaves.
Alors voilà à quoi ressemblait Fortdragon? Pendant le voyage, le cocher avait raconté qu'il devait son nom au dragon Numinex que le héros Olaf le Borge avait emprisonné en ces lieux.
Elles franchirent la haute porte pour se retrouver dans une vaste salle du trône aux allures de cathédrale ou de coque de bateau retourné. Les hauts piliers de bois et les arches soutenant le plafond s'ornaient d'entrelacs décoratifs. Un tapis somptueux mais usé couvrait le sol.
Après avoir gravis quelques marches, elles firent face à une fosse à feu où brûlaient d'énormes bûches. De part et d'autres, deux longues tables de banquets se faisaient face, couvertes de vaisselles d'argent.
Le trône s'élevait là, sous un crâne de dragon. Le jarl Balgruuf discutait avec une elfe noire en armure de cuir, à ses côtés, il se tenait entre deux gardes. Debout au pied de l'estrade se tenait un Impérial entre deux âges, ses cheveux châtains ne formant qu'une couronne.
Artoria s'approcha de lui, et s'inclina, une main sur le cœur.
- Je suis Artoria Pendragon, un chevalier en quête. Ais-je l'honneur de m'adresser à Proventus Avenicci, chambellan du jarl.
L'homme eut un sourire involontaire, charmé par les manières de la jeune femme.
- Je suis Proventus, soyez la bienvenue à Fortdragon. En quoi puis-je vous aider ?
- Le cocher qui nous conduisait à Blancherive nous a dit que vosu connaissiez les légendes de Bordeciel.
- Je connais surtout l'histoire de la ville.
- Auriez-vous entendu parler d'une épée rayonnante qui ne pourrait être saisie que par un roi légitime ?
Proventus Avenicci battit des paupières, perplexe.
- En Bordeciel, il n'y a que deux groupes de personnes qui s'intéressent vraiment à des histoires de ce genre. Les premiers sont les mages de Fortdhiver. On ne les voit guère hors de leur académie. De plus, seuls les membres peuvent consulter leur bibliothèque. Vous aurez probablement plus de chance avec les bardes. Ils chantent les légendes de Bordeciel. Allez à la "Jument Pavoisée" place du marché, un barde du nom de Mikael y joue tous les jours. Il pourra peut-être vous renseigner.
Artoria remercia poliment et quitta la salle du trône, traînant une Rin maussade à l'idée de redescendre tout ces escaliers si pénibles à monter.





Le barde de la "Jument pavoisée" jouait du tambourin dans la grande salle de l'auberge. Cette dernière était vaste et éclairée surtout par le feu qui montait de la fosse au milieu de la pièce. Sans cheminée, la fumée stagnait dans la pièce. Le public se résumait à deux nordiques (un homme et une femme) en armures d'acier. La première, la moitié du visage peint en bleu, portait un espadon dans le dos et le second, coiffé d'un casque à corne, s'appuyait sur une énorme hache de bataille. Artoria vint saluer Mikael après qu'il ait achevé de jouer du tambourin. Il écouta attentivement avant d'avouer son ignorance : " Vous savez, j'ai étudié les légendes de Bordeciel et la musique auprès des bardes de solitude mais j'ai fini par partir à cause d'une collègue... enfin de son mari. Bref, je n'ai jamais terminé mes études. Vous devriez vous rendre à Solitude, le collège des bardes à une vaste bibliothèque. Giraud, l'un des professeurs, est un érudit spécialisé dans les légendes. Quant au directeur, Viarmo, il connait très bien l'Edda, le recueil de l'histoire vivante de Bordeciel, constitué par les légendes des Nordiques.

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Message par Anaxagore le Mer 10 Avr - 16:58



---Vifazur, 20e jour, 4E 201---

Rin Toshaka se traina difficilement au bas des marches qui conduisaient à la chambre qu'elle avait occupée. L'odeur qui montait des cuisines mit son estomac à la torture. À une table, Artoria Pendragon constituait une sorte de contradiction. Assis très droite dans sa chaise, la femme chevalier affichait un air royal. Pourtant, elle puisait dans les plats qu'on lui apportait avec précision et rapidité, une écuelle après l'autre. Au point que les autres clients la dévisageaient se demandant sans doute où elle pouvait stocker tout ça.
Comme Saadia, la serveuse repassait devant elle, le Roi des Chevaliers, l'arrêta.
- Auriez-vous l'obligeance de me resservir ?
La jeune rougegarde écarquilla les yeux.
- Encore, mais... d'accord !
Comme Rin saluait son amie et prenait place avant commander à son tour, Saadia retourna en cuisine. L'état de leur finance allait sans doute souffrir, toutefois on ne pouvait l'éviter. Hier, les deux jeunes femmes avaient reçu une prime de cent septims pour avoir éliminer les bandits de la tour de Valtheim.
Ces derniers rançonnaient les voyageurs sur la route est et nuisaient beaucoup au commerce. Les brigands, mal armés, moururent rapidement sous les coups d'épées et les sortilèges. Une fois le combat achevé, Artoria s'appropria l'armure et le bouclier de leur chef, tandis que Rin remplit sa besace de livres trouvés dans leur repaire. Toutefois, même en rajoutant les quelques objets de valeur vendus au marché, leur pécule ne durerait guère, au vu de l'appétit du chevalier.
La porte d'entrée s'ouvrir pour laisser entrer une marchande. Occupée à manger, Rin n'y prêta guère attention. Toutefois, au bout d'un moment, elle s'aperçu qu'Artoria écoutait cette dernière qui discutait avec Hulda, la propriétaire :
- ... j'ai de mauvaises nouvelles. Je suis contrainte d'augmenter le prix de mes marchandises.
Hulda soupira.
- Laissez-moi deviner, c'est la faute des Sombrages ?
La marchande acquiesça.
- Ils attaquent les fermes, les pillent et les brûlent. Si cela continue, je vais me mettre moi aussi à vendre des armes.
Le visage d'Artoria ressemblait à un masque de verre, n'exprimant rien. Toutefois, Rin comprenait qu'aussi impressionnante soit la maîtrise de soi de son amie, elle ne cachait aussi bien que la colère. Elle avait vu la même chose à Faillaise, lorsqu'un vieux Nordique ivre s'en était violement pris au chevalier la traitant d'étrangère qui espionnait pour les Impériaux. Cependant, au bout de quelques injures, il avait fini par se lamenter sur sa fille, une guérisseuse tué par les Impériaux avec tous les blessés qu'elle soignait. Sa nouvelle amie avait écouté sans mot dire, comme en pénitence.
- Je crois qu'il n'ya a pas de guerre sans crimes de guerre, dit doucement Rin.
Artoria acquiesça gravement, puis se tourna vers sa partenaire.
- Vous avez raison, bien sûr. Néanmoins, en l'occurrence, il ne s'agit pas un crime... on a là une stratégie. Saccager les fermes isolées pour semer la terreur et affamer l'ennemi relève d'une méthode de conduite de la guerre. Au-delà de l'efficacité du procédé, l'action reste déshonorante. Il y a pire cependant...
- Pire ?
- Tuer, massacrer, des ennemis héréditaires, cela s'est toujours fait. Toutefois, Bordeciel se voit déchirer par une guerre civile. Ulfric Sombrage attaque d'autres Nordiques.
Rin fronça les sourcils, sans comprendre et Artoria précisa sa pensée :
- Seul un tyran recourt au massacre de ses sujets pour gagner en puissance.

Le jour baissait lentement sur l'horizon, ses rayons rasant éclairaient un paysage à couper le souffle. La Mer des Fantômes miroitait tel un lac d'or en fusion et ses icebergs ressemblaient à des tours de rubis. Entre les marais du Hjaal à l'est et les contreforts des montagnes de Druadach, une arche naturelle enjambait la rivière Karth.
Il y a bien des millénaires de cela, un promontoire, large et plat, devait se dresser face aux flots puissants de ce cours d'eau. L'érosion fit son œuvre, créant un passage dans la falaise. Le fleuve s'y engouffra.
Et puis...
- Prodigieux ! Je ne regrette pas d'avoir fait tout ce chemin.
Artoria sourit de l'enthousiasme de Rin.
Sur le plateau supérieur de l'arche, une ville avait été édifiée. Solitude, la capitale de Bordeciel. Le site spectaculaire permettait de dominer la mer. Surtout, on ne pouvait y accéder que par l'ouest. Ce la n'empêchait pas que des murailles aient été élevé presque tout au long de la ville, ne laissant que l'est sans défense. Le rempart bénéficiait du renfort de nombreuses tours mais aussi- plus étrangement- d'un énorme moulin à vent.
Le Roi des Chevaliers approuva mentalement, enfin une véritable place-forte !
Le cocher se retourna légèrement vers eux.
- Aussi loin que je me souvienne, cette ville a toujours été la capitale de Bordeciel. Les haut-rois ont d'abord été les jarls de Solitude. Quoi d'autre ? On trouve l'académie des bardes et les bureaux de la Compagnie de l'Empire Oriental, dans le port, au pied de l'arche. Ah, et si vous voulez dormir en ville, je vous conseille l'Auberge du "Ragnard pervers". Elle se trouve juste après la grande porte.
Arrivée à une tour de garde solitaire, le cocher tira sur les rênes du cheval de trait. Artoria sauta à terre et se saisit des sacs que lui lança Rin, avant d'aider cette dernière à mettre pied à terre.
Ensemble, elles montèrent le raidillon qui conduisait à la ligne de rempart extérieure barrant la péninsule.
Un garde, vêtu de la même armure qui semblait utilisée partout en Bordeciel, mais drapé d'un plaid rouge et portant un bouclier orné d'une tête de loup, les interpela à la porte :
- Bienvenue à Solitude. Si vous voulez rejoindre la légion, adressez-vous à Rikke à Mornefort.
- Mornefort, s'étonna Rin.
- C'est le château qui renforce la muraille intérieur. Le légat Rikke s'occupe du recrutement des volontaires désireux de rejoindre la Légion IV.
Le garde de Solitude se retourna vers la seconde ligne de murs, renforcée par des tours et des échauguettes, en retrait de celle où il se trouvait posté. Du doigt, il montra un haut donjon où claquait l'étendard impérial.
- Merci.
Comme elles allaient rentrer, le garde lança ironiquement :
- Si vous vous pressez, vous pourrez faire un dernier coucou à Roggvir.
- Qui est Roggvir ?
- Le pauvre gars qui va se faire décapiter.
Comme les deux jeunes femmes ne semblaient toujours pas comprendre, le garde soupira.
- Vous savez que Bordeciel est en pleine guerre civile ? Cette dernière a commencé lorsque le haut-roi Torygg a été assassiné par Ulfric Sombrage, jarl de Vendeaume. Et bien, Ulfric a réussis à s'enfuir parce qu'un garde lui a ouvert une porte. Le garde en question s'appelait Roggvir.
À l'intérieur de la ville, la population s'attroupait pour regarder l'exécution et Artoria s'empressa d'entraîner Rin à l'intérieur de l'auberge du "Ragnard pervers" et lui éviter d'assister à ce spectacle navrant.
Attablés autour du repas du soir, Artoria et Rin virent la porte s'ouvrir pour laisser entrer la foule bruyante de la place. Bien entendu, ils discutaient de l'exécution. Il n'y avait nul besoin de tendre l'oreille pour saisir des fragments de conversation, les débats se faisaient en criant. Si certains se plaignaient du manque de "spectacle", d'autres se lancèrent dans des discussions politiques pour savoir si la mort du roi Torygg était un meurtre. Ou l'aboutissement d'un duel honorable, comme le prétendait Roggvir, l'homme qui venait d'être exécuté.
Artoria se tourna vers le propriétaire de l'auberge.
- Qu'est-ce qu'un Cri ? J'entends depuis mon arrivée que le jarl Ulfric a tué le haut-roi avec un Cri. C'est un pouvoir ?
Le corpulent tenancier impérial posa des choppes sur la table de leur voisin et s'essuya les mains sur son tablier.
- Voilà, autrefois des dragons volaient dans les cieux de Bordeciel. Ils s'affrontaient en utilisant la Voix, des mots de pouvoir en langue draconnique. Puis, la déesse Kynareth donna au mortel la capacité de crier comme des dragons. Les humains se révoltèrent et tuèrent les dragons. Enfin ça, c'est ce que racontent les légendes. Que ça soit vrai ou pas, les cris existent bel et bien. Il y a même des sages, les Grises-barbes qui les étudient. En tout cas, Ulfric est capable de tuer en utilisant ses cordes vocales.
- Merci.
Artoria se rembrunit. À ses côtés Rin leva un sourcil étonné.
- Vous semblez prendre ça particulièrement à cœur.
- Rin, je suis un chevalier. J'ai fait serment de défendre la veuve et l'orphelin, ainsi que tous ceux qui ont subis une injustice. Le jarl Elisif vient de perdre son mari, tué sous ses yeux, sous son propre toit. Un duel ? Un duel présuppose que les deux partis se battent à arme égale. Le jarl Ulfric a clairement recouru à un pouvoir mythique contre lequel le roi Torygg ne pouvait se défendre. Il n'y a pas eu duel, même pas un meurtre... il s'agissait clairement d'une exécution. La conduite du jarl Ulfric a été déshonorante et cruelle.
La fille de Tokiomi Tohsaka se rappela de la folie de sa mère après qu'elle ait vécu quelque chose de semblable. Une vieille colère se réveilla.
- Moi aussi, je suis furieuse. Je comprends ce que doit vivre le jarl Elisif.

---Vifazur, 21e jour, 4E 201---

Peu après le lever du jour, les deux jeunes femmes quittèrent l'auberge pour remonter la rue principale. La ville de Solitude, avec ses belles maisons de pierre de taille, ses rues soigneusement pavées, surclassait de loin, la crasseuse Faillaise et la populeuse Blancherive. Les passants leur indiquèrent le collège des bardes.
Il s'agissait d'un grand bâtiment à un étage avec sa propre cour. Contre les remparts, on voyait même un petit théâtre à ciel ouvert qui devait servir aux représentations des musiciens.
La porte n'étant pas fermée, Artoria la poussa.
Un aldmer coiffé en arrière, avec une longue barbe nouée leur souhaita la bienvenue, se présentant comme Viarmo, le directeur du collège.
Artoria s'inclina avec grâce, nomma Rin avant de donner son propre nom. La jeune femme expliqua ensuite la nature de sa quête. Il existerait une épée magique qui désignerait un roi-sauveur et il lui fallait la trouver.
Le haut-elfe acquiesça.
- Je comprends bien. Giraud, notre historien, devrait pouvoir vous aider. Toutefois, il se trouve que nous avons nous aussi besoin d'un service de quelqu'un d'aussi aventureux que vous. - Je vous écoute, messire Viarmo. - Elisif, notre jarl, a interdit la crémation du roi Olaf. Il s'agit d'une commémoration importante pour la cité et nombre de commerçants de la cité profitent de ces festivités pour faire une bonne partie de leur chiffre d'affaire annuel. Sans compter que les gens ont besoin qu'on leur remonte le moral avec la guerre et l'assassinat du roi.
Artoria eut un léger froncement de sourcil.
- Qu'est-ce que la crémation du roi Olaf ? Pourquoi le jarl l'a-t-elle interdite ? - Pour répondre à votre première question, dame Artoria, il faut que j'évoque pour vous le souvenir d'un roi de l'ancien temps qui aurait soumis tout Bordeciel. Toutefois, Solitude tint bon contre lui et lui infligea une défaite. Voilà, en tout cas ce que raconte la tradition orale. Malheureusement, il n'en reste plus aucune trace écrite. Le sonnet du roi Olaf a disparu, il y a fort longtemps. Pour ce qui est l'interdiction de cette fête, vous savez peut-être que le roi Torygg a été assassiné par Ulfric Sombrage ? Artoria eut un sourire triste.
- Avec l'exécution d'hier, nous avons eu tout le loisir d'en entendre parler, messire Viarmo. - Et bien, le jarl Elisif est sa veuve et elle ne trouve pas que célébrer la mort d'un roi pendant sa viduité soit... très correct.
- Et que voulez-vous que je fasse ? -On raconte que le roi Olaf fit brûler tous les exemplaires du sonnet. C'est pour cela qu'il a disparu de l'Edda poétique, l'histoire vivante de Bordeciel, qui regroupe toutes les légendes de cette contrée. Toutefois, en fouillant dans de vieilles archives, Giraud a découvert que le roi Olaf fit emprisonner dans sa tombe l'auteur du sonnet, avec ses écris. Or, Giraud est également persuadé que le "Répit des morts" est la tombe de ce monarque. Dame Artoria, je souhaiterais que vous alliez dans ce tombeau et que vous nous rameniez l'exemplaire du sonnet. Nous pourrons alors convaincre Elisif que la crémation est une célébration de Solitude et non un encouragement au régicide.
Le "Répit des morts" se trouvait au sud-ouest de Morthal, la capitale de la châtellerie de Hjaalmarch. Les villes de Bordeciel ne cessaient de décevoir Artoria, mis à part Solitude. La vision du village fait de maisons de rondins aux toits de chaume, entouré de marais pourrissant fit rouler des yeux ronds à Rin. " Une ville ? Ils appellent ce trou à rat une ville ? Non... mais je suis en train d'insulter les trous à rats... quel rat sain d'esprit viendrait habiter ici ?"
Malheureusement, le service provincial de charrette ne menait pas plus loin. Il fallut marcher, et la région montagneuse au sud se couvrait de forêts de conifères enneigés. Rin et Artoria avaient eu froid jusque là, mais rien qui ne se compare à ce qu'elles vécurent au milieu de bourrasque de vent, glacial, charriant des flocons de neige.
En plus, des loups arctiques à la fourrure blanche et des givrepeires hantaient les forêts.
Après plusieurs heures de marche, Rin haletait. Heureusement, la neige s'arrêta de tomber. Elles arrivèrent en vue des ruines de Busard. D'après ce qu'en avait dit Viarmo, la petite cité avait été détruite par les Daedras, des démons originaires d'Oblivion qui attaquèrent Nirn à la fin de l'ère précédente.
Un peu avant les portes ruinées de la cité abandonnée, elles prirent une route de montagne, simple sentier non empierré qui se dirigeait vers le sud, avant de virer plein ouest passé un éperon rocheux. Là, le chemin redescendait, bordant le cours d'une rivière.
Elles atteignirent alors ce qui devait être leur dernier arrêt avant la tombe d'Olaf le Borgne, un petit village appelé le Bosquet de Dunstad.
Une simple rue en terre battue en constituait le seul axe. Des deux côtés, il y avait quelques pauvres masures avec des toits de chaume. Certains d'entre elles abritaient des commerces, dont un apothicaire et une auberge. Un autel de Stendarr se dressait à l'angle. Le seul bâtiment un peu impressionnant se résumait à un simple fort carré, de petite taille, abritant la garnison locale.
Toujours en tête, Artoria commença à monter le sentier qui conduisait au répit des morts quant son instinct la prévint que quelque chose n'allait pas. Des cris et des appels retentirent venus du sommet de la colline. Les yeux plissés, le Roi des Chevaliers leva une main faisant signe à Rin de s'arrêter. Elle dégaina alors qu'un chien mort-vivant dévaler la pente vers elles.
Toshaka réagit en premier, utilisant un sort de foudre appris dans un livre trouvé chez les brigands. La gerbe d'éclair frappa le mastiff à moitié décomposé. Artoria le frappa dans le mouvement, traçant une large ligne qui fendit la peau, exposant une chair desséchée d'où le sang était absent. Le monstre roula au bas de la pente et se releva, secouant la tête.
Le chevalier se détourna pourtant de ce premier adversaire. Au milieu des buissons, au sommet de la butte venait d'apparaître un deuxième chien mort-vivant... en compagnie de ses maîtres. Ces derniers portaient des casques gjermundbu rouillés, des cuirasses archaïques ainsi que des boucliers et des haches barbelées. Leur peau grise et desséchée, recouvrant un corps décharné, ainsi que leurs yeux brûlant d'une lumière surnaturelle prouvait qu'il ne s'agissait pas d'humains.
D'autres guerriers momifiés se rapprochaient, certains avaient des arcs, d'autres tenaient des mastiffs en laisse.
- Rin, courrez !
La Japonaise ne se le fit pas dire deux fois. Elle chanta une courte incantation :
- Ein Kurzes ein Langes
Aussitôt, elle accéléra à une vitesse normalement impossible pour un être humain. Courageuse, mais pas folle au point d'affronter un nombre inconnu de monstres, Artoria utilisa le prana burst pour doper sa vitesse. Elle s'arrêta cependant à plusieurs reprises pour échanger quelques horions avec les adversaires les plus avancés. À chaque fois, les archers la prirent pour cible et les chiens de guerre la coursèrent. Miraculeusement, le Roi de Bretagne ne reçut que de légères blessures.
Finalement, les gardes de Hjaaalmarch, en plaid vert pâle et portant des boucliers ornés d'une triskèle, sortirent du bosquet de Dunstad. Leurs tireurs ciblèrent les mort-vivants et leurs décochèrent une volée de traits. Il eut un flottement parmi les poursuivants des deux femmes. Assez de temps pour que les défenseurs forment un mur de bouclier que les momies attaquèrent
La ligne formée par les gardes se désintégra presque Immédiatement. L'engagement dégénéra en une mêlée sauvage.
Momies et gardes s'entretuaient frénétiquement. On se donnait des coups de hache, d'épées ou de masse d'arme tout autour d'Artoria. Le combat était si fluide qu'on ne pouvait échanger plus de quelques coups avec un adversaire avant qu'un mouvement de foule ne vous mette en face d'un autre ennemi. La scène lui parut transformée en kaléidoscope de la violence. Les hommes aux boucliers bosselés, aux armures couvertes de sang, s'agrippaient aux mort-vivants, tous criaient, de colère, de haine et de douleur. On piétinait au milieu des cadavres et des mourants qui sanglotaient.
Petit à petit, le nombre de combattants diminua et Artoria se trouva face à une momie affublée d'un casque à corne. Le monstre brandissait une masse d'arme en un métal noir... à moins qu'elle ne soit en pierre. L'arme se couvrait de riches ornements et reflétait probablement un rang important. Frappant celle-ci contre son bouclier, il cria un défi :
- Aav Dilon !
La masse de métal noire décrivit une courbe et Artoria, bloqua une première fois, contre-attaqua dans un jaillissement d'étincelles, avant que le monstre ne lui donne un coup de bouclier. La jeune femme chancela et esquiva un coup qui siffla dans l'air. Après deux autres brefs échanges, le Roi des Chevaliers haletait... Le mort-vivant jouissait d'une force stupéfiante et ne fatiguait point. Une sueur mêlée de sang lui coulait dans les yeux, l'obligeant à battre fréquemment des paupières.
- Vic !
Un choc surnaturel sortit de la bouche du mort-vivant et frappa Artoria. Un Cri comprit le roi de Bretagne. Son arme lui fut arrachée des mains. Un réflexe évita la mort au chevalier, la jetant hors de la trajectoire de la masse. Malheureusement, elle trébucha sur un cadavre. Un garde s'interposa, lui permettant de ramasser un espadon et de se redresser.
Artoria se jeta alors en avant et frappa, enfonçant profondément la lame dans l'épaule du monstre qui s'effondra sur un genou. L'épée à deux mains relevée, elle l'abattit sur le crâne. Le mort-vivant tomba au sol.
Autour d'elle, les combats s'achevaient et... les momies fuyaient, poursuivies par une partie des défenseurs, tandis que les archers terminaient de vider leurs carquois. Cela avait été bref... mais intense. Elle ramassa un bouclier et la masse d'arme noire.
- Vous allez bien ?
Artoria fit face à un garde au visage inquiet. Elle sourit en voyant que Rin l'accompagnait.
- Juste quelques égratignures... Que sont ces choses ?
- Des draugr. Autrefois, la coutume en Bordeciel voulait que les seigneurs soient enterrés avec leurs serviteurs. Nul ne sait plus vraiment pourquoi, mais les morts n'ont pas trouvé le repos. Autrefois, sans doute, les populations locales leur faisaient des offrandes... Elles le font même encore parfois. Sinon, il arrive aux draugr de sortir pour attaquer les fermes et les villages. Ils volent de la nourriture, du charbon, des torches et des bûches pour éclairer et chauffer leurs tombes, des vêtements, et des livres.

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Message par Thomas le Mer 10 Avr - 21:51

Tu sais que tu poste tellement vite que j'ai toujours pas eu le temps lire ton premier chapitre?

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Message par Anaxagore le Jeu 11 Avr - 10:06

Ils ne vont pas disparaître !

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Message par Anaxagore le Dim 14 Avr - 17:30

---Vifazur, 21e jour, 4E 201---

Rin jeta un regard un peu incrédule en direction du tombeau. Les deux femmes venaient de gravir un long escalier pour aboutir à une large esplanade en pierre sur deux niveaux. Le plus bas, jalonné d'arches de pierre accueillait une table de sacrifice. De part et d'autre de cette dernière, deux volées de marche permettaient d'accéder à la partie haute de la dalle de pierre.
Elles conduisaient au Répit des Morts proprement dit, un tumulus adossé à la colline. Sous une sculpture de style primitif, ressemblant à une tête de dragon, s'ouvrait une porte de pierre entre deux braseros. - Bon sang, regardez ces ruines, c'est remarquable.
Artoria Pendragon répondit d'un simple hochement de tête. Visiblement, l'enthousiasme de Rin ne s'étendait pas au Roi des Chevaliers.
Bouclier au bras gauche, tenant la masse d'arme noire dans la main droite, Artoria poussa la porte qui tourna sans effort sur ses gonds.
Un escalier descendait dans les profondeurs. La maçonnerie grossière, non jointoyée, était soutenue par des piliers et des arcboutants en bois liés entre eux par des liens de cuir. De loin en loin, des torches accrochées aux murs éclairaient le passage. On pouvait voir une pièce, plus loin.
Le chevalier prit la tête, tous ses sens aux aguets. Son instinct lui murmurait qu'un danger les attendait au bas des marches.
Artoria fronça les sourcils, tournant rapidement la tête pour évaluer les menaces éventuelles. La salle avec ses multiples alvéoles, certaines occupées par des momies, d'autres par des squelettes, servait de tombeau. Au centre, une table de pierre accueillait quelques urnes funéraires et.... un étrange objet en forme de griffes à trois doigts avec des ongles en rubis.
Toutefois....
Face à l'entrée, une herse fermait un couloir de l'autre côté de la table de pierre. Entre les deux se tenait un homme translucide et aux contours flous. Sans un mot, sans produire un son, le fantôme traversa la herse continua dans le passage puis tourna à gauche et disparut.
Rin avait regardé la scène sans rien dire et s'avança vers la table de pierre, suivie par Artoria. La magus s'immobilisa devant la griffe qu'elle examina attentivement.
- Hum... le reposoir n'est pas un simple socle, il s'agit d'une plaque à pression. Retirer la griffe de son emplacement déclenchera quelque chose.
- Il y a une porte.
Artoria montra un passage obscur en partie barré par des éboulis. Tohsaka poussa le battant pour découvrir une petite pièce avec encore plus de jarres funéraires. Visiblement, on ne pouvait avancer plus loin par là. Elles revinrent dans la salle principale.
- Bon... la griffe doit peut-être être retirée pour lever la herse.
Rin semblait assez morose de faire cette observation.
- Toutefois, cela peut aussi déclencher un piège.
Artoria approuva.
- Je vais le faire, je suis plus résistante que vous.
- Comme vous voulez.
Le bras gauche tendu, son autre main posée dans la saignée du coude, Rin Tohsaka se prépara à affronter l'imprévisible.
Artoria prit la griffe et recula vivement. Il y eut un déclic, puis un bruit de chaîne tandis que la herse remontait. Un effet positif... Néanmoins, les grognements qui s'élevaient des alcôves l'étaient moins. En effet, plusieurs draugrs venaient de s'éveiller, les yeux brûlant d'un feu bleu, les antiques mort-vivants se redressaient.
Rin cria : " gandr" et un projectile noir quitta sa main, frappant une des momies qui venait de s'asseoir sur sa couche de pierre. Sans regarder le résultat de l'attaque, Artoria fondit en avant, la masse d'ébonite fracassa le crâne d'un premier draug avant de se ruer sur un second qui commençait à bander un arc.
Le temps de revenir au milieu de la pièce, la Japonaise avait éliminé un de ses propres adversaires. Elle se cachait derrière un pilier, jurant à voix basse tandis que le dernier monstre la cherchait, flèche encochée. Lui aussi rencontra la masse d'arme noire et mourut... cette fois définitivement.
- Euh... merci... enfin, je m'en serais sortie toute seule, mais il est bon de voir que vous prenez à cœur ma défense.
- Oui.
- Que fais-t-on, maintenant ?
- On suit le fantôme.
Rin battit des paupières.
- Pourquoi ?
- Il connait les lieux, nous non.
Sans attendre de réponse Artoria avança dans le couloir et recula vivement en entendant un déclic. Quatre lances de métal sortirent de logement dans le boyau, empalant l'air à l'endroit qu'occupait le chevalier, un instant plus tôt.

Le répit des morts se révéla comme un labyrinthe d'étroits tunnels, chichement éclairés. Les pièges, les araignées et les rats géants suffisaient à les transformer en coupe-gorge. Toutefois, les draugr se révélaient encore plus dangereux et pugnaces.
Ils s'éveillaient de leur sommeil millénaire à leur approche, quittant leurs tombes pour brandir d'horribles armes bardées d'ergots. Artoria les considéra avec mépris : " Voilà des armes mal équilibrées et susceptibles de rester coincées dans un bouclier ou une armure. Leurs forgerons étaient-ils stupides ?"
Jusque là, le chevalier avait réglé tous les problèmes sans plus d'un léger soutien de la part de Rin. Toutefois, elles arrivèrent dans une vaste salle sur deux niveaux et la mage eut l'occasion de briller. Grâce au gandr, elle abattit les archers disposés dans les galeries supérieures, alors que le roi de Bretagne éliminait les draugr qui combattaient dans l'arène envahie d'eau que formait le bas de la salle.
Il fallut ensuite traverser un pont balayé périodiquement par des haches suspendues. Les réflexes et la rapidité du chevalier lui permirent d'atteindre un anneau qui, tiré, suspendit le mécanisme infernal.
Le fantôme continuait à les guider. À sa suite, ils atteignirent une porte défendue par un champ d'énergie lumineux. Néanmoins, le mort sans repos obliqua pour descendre un escalier latéral.
Ils affrontèrent d'autres draugr, des pièges avant d'arriver à une oubliette. Le fantôme les y attendait assis sur un tas de décombre. Une momie recroquevillée, à ses pieds, tenait un livre. Curieuse, Artoria s'en empara. Le papier avait souffert de siècles d'exposition à l'humidité mais quelques lignes restaient lisibles.
- Olaf notre tourmenteur, ô borgne renégat, démon sanguinaire et tueur de dragon, cita-t-elle.
Rin s'approcha.
- Montrez voir.
La magus fronça les sourcils.
- Je crois que c'est ce que nous cherchions, le "Sonnet d'Olaf". Donc...
Ses yeux tombèrent sur le cadavre et le fantôme toujours assis à quelques pas. Artoria termina à sa place.
- Alors, il s'agit de Svaknir, le barde. Exactement comme les anciennes chroniques le racontent, Olaf l'a enfermé dans sa tombe... pour qu'il y meure dans la solitude, les ténèbres et la faim.
Sans doute Svaknir avait compris ses paroles car il disparut. À un instant, il se trouvait là et soudain il n'y était plus.
- Artoria, vous croyez qu'il a trouvé le repos ?
- Non, ramener le Sonnet à la lumière n'y suffira pas.
- Que voulez-vous dire ?
- Les morts sans repos veulent la vengeance !
Les deux jeunes femmes retraversèrent une partie des catacombes, repoussèrent une attaque de draugr avant de se retrouver devant la porte protégée par une barrière magique. Le fantôme de Svaknir les y attendait. Il leva une main au-dessus de l'épaule, concentrant du prana dans un orbe lumineux qui se mit à grossir, puis le lança sur l'accès. Le champ de force se désintégra et les battants s'ouvrirent en grands.
Derrière, le long couloir s'ornait de fresques. Rin les regarda avec intérêts, mais le Graal ne poussait pas l'obligeance jusqu'à traduire les inscriptions rédigées dans des langues disparues. Au bout du passage, une porte circulaire, formée de plusieurs anneaux gravés de symboles et au centre, un médaillon avec trois trous. Comme le fantôme traversa l'obstacle, les deux jeunes femmes restèrent seules de ce côté.
Une main sur la hanche, un doigt levé, Rin se tourna vers la femme-chevalier.
- Je crois qu'il s'agit d'une serrure à combinaisons. Les anneaux sont mobiles, il suffit de les faire tourner pour aligner les figures. Mais au centre... il faut une clef !
- Est-ce que cela pourrait vous être utile, Rin ?
Artoria venait de sortir la griffe de rubis de sa sacoche. Les yeux de la Magus s'étrécirent comme elle inspectait l'artefact sous toutes ces coutures. Et sur la paume se trouvait trois symboles.
- Ce peut-il que cela soit aussi simple ? À moins que.... bien sûr... Artoria, je croyais que les pièges que nous avons rencontrés servaient à empêcher des pillards d'entrer dans le tombeau. Sauf qu'il suffisait à quelqu'un venu de l'extérieur d'enlever la griffe de son support pour ouvrir la herse d'entrée.
Le premier anneau montrant la figure d'un loup, comme sur la clef, Rin n'y toucha pas. Elle fit cependant tourner le second pour qu'il montre un aigle, et le troisième - à nouveau, un loup. Puis la magus se servit de la griffe pour faire tourner le médaillon central. Aussitôt il y eut une suite de choc, comme si des verrous rentraient dans le mur, puis les anneaux tournèrent d'eux-mêmes pour composer de nouvelles figures. Lentement, soulevant de la poussière, la porte rentra dans le sol, dégageant une nouvelle section du couloir.
- Oui, c'est ça... les pièges, les portes à énigmes ne sont pas là pour empêcher des humains d'entrer, mais pour retenir les draugr, pour qu'ils ne quittent pas la tombe.

Svaknir les conduisit à une vaste salle dont les limites se perdaient dans les ténèbres. En deux parties, elle se voyait séparée par quelques marches formant un palier supérieur où l'on voyait un large catafalque de pierre, ainsi qu'une partie intermédiaire avec plusieurs trônes accueillant des draugr. Le bas de la chambre centrale de la tombe était une sorte d'arène entourée par deux cercles de fauteuils de pierres, occupés par des momies... dont certaines n'avaient pas supporté le passage des siècles.
- Je n'aime pas beaucoup ça.
Rin jetait des regards inquiets sur les morts, s'attendant à les voir se lever d'un instant à l'autre.
- Olaf, réveille-toi, l'heure de ma revanche est arrivée.
Surprise, Artoria se retourna vers Svaknir. Pour la première fois, le fantôme venait de parler, brandissant une épée spectrale vers le catafalque. Et il y eut une réponse, mais pas sous la forme de mots.
La tombe fut secouée comme par un bref séisme. Un grondement se fit entendre. Les torches vacillèrent, tandis que de la poussière tombait du plafond. Le sol se souleva et Rin s'accrocha à la femme-chevalier pour ne pas tomber.
Pire, dans les yeux des morts, un feu bleu s'alluma.

Pour Rin Tohsaka, les minutes suivantes ressemblèrent à un cauchemar. Des draugr se jetaient sur elle où tiraient des flèches dans sa direction. La magus ripostait avec ses sorts, jurant de ne pas avoir avec elle ses joyaux magiques. Mais même si Rin parvint à détruire plusieurs ennemis, le souffle de la mort l'effleura plus de fois qu'elle le pouvait compter. Heureusement, les momies de guerriers nordiques attaquaient surtout le fantôme de Svaknir, et le barde ne semblait guère les craindre, les tuant l'une après l'autre.
De plus, Artoria courrait, bondissait, parait et frappait. Sa masse d'arme noire semait la mort, foudroyant un ennemi ici. Avant que la jeune femme ne reparte pour en tuer un autre, là. Avec sa puissance, il ne lui était rarement nécessaire de donner plus d'un coup pour terrasser un draugr.
- Rin !
Le chevalier la jeta de côté. Stupéfaite, la magus la vit arrêter une hache brandie par un mort-vivant en armure corrodée, vociférant dans un antique dialecte. Le visage de marbre, incroyablement belle, pure image de la vaillance, Artoria ripostait déjà. La masse d'arme frappa le monstre sur le côté de la tête. Son heaume se brisa et le draugr fut soulevé du sol. Il heurta violement le mur avant de retomber comme un sac de linge sale.
Stupéfaite, le cœur battant à tout rompre, Rin n'arrivait pas à détacher les yeux du profil délicat de son amie.
"Qu'est-ce qu'elle est belle... " pensa Rin, le souffle coupé "On dirait l'ange de la mort".
Certes, Rin n'ignorait pas que ce qu'était le syndrome du pont suspendu. Une émotion forte, comme la peur de la mort, pouvait induire une forte attirance... pour un membre du sexe opposé. Sauf que... Artoria appartenait au même genre qu'elle.
Aussi perturbant que puisse être la révélation d'une bisexualité latente, la situation ne s'y prêtait guère. Artoria vacilla, reculant d'un pas, une flèche saillait de son épaule.
La vue du sang, tira Rin de sa transe. Furieuse elle découvrit un draugr en haillons qui armait une autre flèche.
- Gandr !
Un projectile de ténèbres sortait de sa main après l'autre. Là-bas, littéralement bombardé, le mort-vivant se désintégra en fragments d'os et de chair momifiée.
Artoria arracha la tige empennée et jeta le projectile au sol. Ses facultés d'auto-guérison refermaient déjà la plaie.
À côté d'elles, Svaknir posa un pied sur la poitrine d'un draug tombé à genoux, pour en retirer sa lame profondément enfoncée. Le silence retomba sur une scène de carnage, plusieurs dizaines de mort-vivants gisaient autour d'eux.

Le barde brandit derechef sa lame en direction du sarcophage du tyran.
- Olaf, viens te battre !
De nouveau, la tombe fut secouée par un impressionnant grondement colérique. Les quatre mort-vivants assis sur les trônes au pied du cercueil de pierre se relevèrent.
Ce fut vite terminé. Certes, les nouveaux venus se battaient mieux que les simples guerriers qu'ils avaient affronté jusque là. Puissants seigneurs à la cour du roi Olaf ou officiers de son armée, sans doute faisaient-ils partis de l'élite de son royaume. Cependant, à quatre ils ne pouvaient guère espérer résister longtemps.
- Olaf, lâche, prépare-toi à subir ma vengeance.
Il n'y eut pas seulement un grondement en réponse à cette nouvelle provocation de Svaknir. La dalle de pierre fermant la tombe du tyran fut violement éjectée tandis que des membres parcheminés cherchaient un appui pour se hisser hors du cercueil.
Le roi Olaf ressemblait aux autres draugrs. Toutefois il portait une magnifique armure de plates nordiques, ses épaules se drapaient dans une cape de fourrure qui retombait jusqu'à ses chevilles. Barbu et borgne, son front s'ornait d'une couronne de dents de dragons.
Furieux, il se tourna vers le barde.
- Insolent, meurt ! Coassa-t-il de la même voix gutturale propre à tous les draugr.
Simultanément, plusieurs tourbillons d'énergie violette se formèrent autour du sinistre roi des morts. Chacun relâcha un squelette sans armure, mais brandissant une arme à deux mains ou un arc.
Alors que Svaknir se jetait en avant, Olaf se mit à crier dans la langue draconnique.
- KRII !
Frappé par une tornade d'énergie rouge, surgie de la bouche du tyran, le fantôme tituba. Il réussit cependant à parer l'attaque du monstre ricanant. Aussitôt les deux vieux ennemis se mirent à échanger des horions à coups redoublés. Des siècles de haine se déchargeaient ainsi dans les gerbes d'étincelles nées de la rencontre des lames.
Seulement, Rin ne pouvait se contenter de regarder. Elle utilisait "gandr" et les attaques électriques apprises dans un livre de magie locale pour tenir à distance les squelettes. Artoria, qui avait bondit aux côtés de Svaknir, contribuait aussi à protéger ce dernier des esclaves du roi des morts.
Lorsque le dernier d'entre eux se fut brisé sous la violence des attaques, le Roi des Chevaliers bondit en avant sa masse frappa sous le bras que le tyran avait levé pour arrêter l'épée du fantôme, et lui fracassa la hanche. Le monstre tomba à genoux.
- Ce n'est pas possible... je suis Olaf le borgne... le roi de Bordeciel... j'ai vaincu le grand dragon Numinex... je... je... je ne peux pas être vaincu ! Pas par le fantôme d'un homme que j'ai vaincu... pas par des gamines !
- Roi Olaf, ou prétendu tel, un monarque doit toujours protéger son peuple et son royaume. Soit il meurt pour eux, soit il meurt par eux.... Être roi, c'est abandonner l'orgueil personnel au profit de l'orgueil du royaume. Vous ne l'avez pas compris. Depuis des milliers d'années, à Solitude, on brûle l'effigie d'un faux roi s'étant montré trop vantard. Adieu Olaf, voilà l'histoire que les bardes chantent sur vous !
Svaknir avait écouté la répartie d'Artoria jusqu'à la fin. Puis il frappa Olaf à la tête. Le mort-vivant s'effondra dans un fracas de métal. Le fantôme fit quelques pas. Son épée avait disparut et un luth se trouvait à présent entre ses mains. Il se mit à jouer, bien qu'aucun son ne se fasse entendre. Une lumière dorée tomba, enveloppant le fantôme qui disparut lentement.
Artoria acquiesça avec dignité, fixant tour à tour l'endroit où s'était tenu Svaknir et la dépouille d'Olaf.
- Un grand tort a été réparé. Nous pouvons partir d'ici fière de ce que nous avons accompli.
Rin se sentait emplit d'une étrange joie, elle savait que ce n'était pas vraiment la sienne. D'une manière où d'une autre, cette émotion lui avait été communiquée par le fantôme enfin libéré ou peut-être par la lumière dorée qui l'avait emporté... peut-être un signe des dieux accueillant parmi eux celui qui avait si longtemps aspiré à la paix.
Tendant l'oreille, la magus écouta. Un son étrange résonnait... un chœur de voix masculines ! Surprise, elle s'approcha du mur en arc de cercle derrière le cercueil de pierre. On y lisait une étrange inscription cunéiforme. Certaines lettres brasillaient d'énergie !
À son tour, intriguée, Artoria s'approcha... et le chœur monta crescendo, puissant, hypnotique ! Soudain, des rubans de lumière éthérée s'arrachèrent à l'antique texte et enveloppèrent le roi de Bretagne. Environnée d'une aura bleu-orangée, elle sentit son cœur de dragon pulser avec puissance, tandis que l'énergie voyageait dans son sang.
- Artoria !
Le cri de Rin la fit se retourner.
- Je vais bien.
- Que s'est-il passé ?
La femme-chevalier se concentra sur son cœur sentant... sentant les contours de quelque chose... mais quoi... comme un mot que l'a sur le bout de la langue mais qui lui échappait.
- Je ne sais pas. J'ai absorbé quelque chose. J'ignore, cependant, ce que c'est.

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Message par Anaxagore le Ven 19 Avr - 12:47

_______________________________________________________________________________ ---Vifazur, 22e jour, 4E 201---

Artoria et Rin avaient passé la nuit à l'auberge du Bosquet de Dunstad avant de marcher une bonne partie de la journée pour retourner à Solitude. Arrivés à la bibliothèque du collège des bardes, un Haut Elfe avec une barbe nattée et des cheveux blonds leur sourit :
- Alors comment se passe le petit travail que je vous ai confié ?
Artoria  ne montra aucune émotion, alors qu'elle tendait à Viarmo le manuscrit récupéré dans l'oubliette où reposait Svaknir. - Tenez, voilà le sonnet du Roi Olaf. - Ah, montrez-moi ça.
Le directeur du collège des bardes se mit à tourner les pages avec avidité. Toutefois, l'expression d'excitation initiale se métamorphosa rapidement en un air déçu.
- Non, non ça ne va pas, la copie est trop ancienne, certains passages sont illisibles et... pour ce que l'on peut lire... disons que les vers des bardes ont bien changé. - Où voulez-vous en venir, Viarmo? Le directeur parut très embarrassé. - Je ne peux pas présenter le sonnet du roi Olaf à la cour. Et si ne peux présenter une preuve que la crémation du roi Olaf est une célébration de Solitude, alors les festivités que le collège perpétue depuis si longtemps seront annulées. Rin, qui écoutait jusque là en silence, se mit en colère, serrant  les poings et le rouge lui montant aux joues. - Vous voulez dire que nous avons participé à une bataille rangée, pénétrées dans un tombeau remplis de pièges, d'araignées géantes et de draug tous ça pour " Oh, non ça ne convient pas à la cour".
Mima-t-elle en reproduisant la voix et les expressions de Viarmo.
- Et bien si ça ne convient pas, écrivez un nouveau sonnet plus au goût du jarl et de ses courtisans. Viarmo recula devant la diatribe.
-  Réécrire, mais ce n'est pas très correct !
Les yeux de la jeune japonaise s'étrécirent, tandis qu'un sourire tors achevait de lui donner un air maléfique.  - Vu ce qui est arrivé à Svaknir, pour avoir dit la vérité, je doute que beaucoup de chants de l'Edda poétique soient aussi corrects que vous le croyez. Viarmo, vous ne me ferrez jamais croire que les bardes de Bordeciel racontent uniquement les faits et la vérité vraie. Tous les poètes vivent des donations des puissants.
Viarmo resta un bref instant, bouche ouverte, puis se dégonfla comme un ballon de baudruche.
- D'accord, je peux imiter le style en m'inspirant des parties intactes. Toutefois, je ne sais pas ce qui s'est passé entre ces passages.
Le sourire de Rin restait maléfique et plein de confiance lorsqu'elle répondit. - Rassurez-vous, j'ai rencontré le roi Olaf dans sa pourrissante majesté, j'ai plein d'idée.
Il ne fallut pas une demi-heure pour que Rin et Viarmo arrivent à un résultat qu'ils jugeaient corrects. Toutefois, Artoria trouva qu'Olaf le Borgne se trouvait copieusement brocardé. Visiblement, la Magus avait gardé quelques rancœurs envers le roi des tombes.
La version réécrite faisait du tyran un  escroc qui avait passé un pacte avec le dragon Numinex, le laissant s'échapper après l'avoir "vaincu". Lâche, il aurait usé de basses flatteries et de viles manipulations pour dresser  l'une contre l'autre Solitude et Fordhiver, sans quitter la sécurité de son château.
Le Roi des Chevaliers s'étonna de trouver amusante cette mesquine vengeance. Décidemment, le royaume de Bordeciel n'était pas prêt à faire face à ce démon de Tohsaka. Sa langue acérée se révélait meurtrière.
Viarmo s'empressa de partir avec Rin, pour présenter le sonnet au jarl Elisif. Toutefois, Artoria déclina leur invitation à les suivre. Il lui restait une tâche remplir. Il s'agissait même de sa raison de venir ici. N'avait-elle pas accepté de retrouver le sonnet en échange du savoir des bardes ?

- Excusez-moi de vous de vous déranger, seriez-vous l'historien Giraud ?
Dans l'escalier, le Roi des Chevaliers venait de rencontrer un homme qui correspondait à la description de  l'historien bréton que Viarmo lui avait recommandé.
- Bonjour, je suis en effet Giraud Gemane, l'historien du collège des bardes. J'enseigne aux bardes à connaître les légendes, là où les autres professeurs enseignent la musique et le chant. Vous devez être dame Artoria. Le directeur m'a expliqué que vous aviez besoin de mes lumières. Une fois encore Artoria expliqua qu'elle recherchait une épée qui se serait transmise de "roi-sauveurs" en "roi-sauveurs", une épée qui les désignerait. Giraud resta pensif un instant puis entra dans la bibliothèque chercher un livre sur une étagère.
- Voici " La légende de l'Aigle Carmin" par Tredayn Dren, archiviste de Fordhiver.  
Excellent narrateur, Giraud commença à raconter l'histoire d'un jeune Crevassais né alors que les rayons du soleil couchant teintait d'écarlate la région des Collines Fendues, couvertes d'arbres aux feuillages déjà teinté de rouge par l'automne. Alors que la délivrance venait, les chamanes l'arrachèrent au ventre maternel. Couvert de sang, il poussa son premier cri et du ciel un aigle lui répondit.
Les signes entourant sa naissance persuadèrent les hommes-médecines de son clan qu'il serait roi. Cependant, le sang coulerait sous son règne. Ainsi, on le nomma Faolan, ce qui dans la langue de la Crevasse veut dire "Aigle Carmin".
À cette époque, les hommes de la Crevasse vivaient librement, mais pas en paix. En effet, ils se divisaient en cinq royaumes fréquemment en guerre.
Cette indépendance pris fin lorsque l'impératrice Hestra envoya ses armées, depuis Cyrodiil, conquérir la région. Elle vainquit par les armes ou par la terreur ceux qui ne furent pas achetés par ses présents. Les Collines Fendues, où régnaient à présent Faolan, restaient le dernier royaume indépendant. L'Aigle Carmin appela à la résistance, toutefois il fut trahis par les propres anciens de sa tribu qui le déposèrent et le chassèrent, avant de se soumettre peureusement aux envoyés de l'impératrice du sud.
Ses forces réduites à quelques fidèles, Faolan n'en continua pas moins la lutte. Toutefois, s'il détruisait une patrouille, un poste de garde, dix hommes venaient pour remplacer chaque mort. Un jour, alors qu'il bivouaquait, une harfeuse vint le voir.
- Une harfeuse ?
Jusque là, Artoria avait écouté attentivement, à la recherche d'informations pertinentes. Toutefois, Giraud Gemane venait d'utiliser un terme qu'elle ne connaissait pas.
- Il s'agit de vieilles femmes mâtinées d'oiseaux. Des sorcières qui ont accepté cette horrible transformation, et sacrifié leur santé mentale à d'immondes dieux, en échange de pouvoirs et surtout de l'immortalité.
Le Roi des Chevaliers acquiesça et fit signe à l'historien de poursuivre.
Donc une harfeuse vint à Faolan lui proposer son aide. Et il accepta... il sacrifia tout : son cœur, son humanité, son indépendance. En retour, il devint invincible. Les légendes racontent qu'il maniait une épée flamboyante. Il  devint l'esprit Vengeur des Crevassais, semant la mort parmi les légions de l'Impératrice. Il lui suffit de deux années pour chasser l'Ordre Alessien de la Crevasse.
- L'Ordre Alessien ?
Giraud répondit d'un signe de tête.
- Le premier empire humain, ayant évincé les Elfes Sauvages, au centre du continent, fut fondé par sainte Alessia et on le nommait ainsi. Vous l'ignoriez ?
- Je suis un chevalier, pas un érudit. Continuez, je vous prie.
Toutefois, pendant les cinq ans qui suivirent, le règne de Faolan ne fut pas celui que les Crevassais auraient pu souhaiter. L'âme de l'Aigle Carmin n'était plus tout à fait la sienne. Avide de vengeance, dur,  dénué de pitié comme de remords, il aurait été un roi inhumain.
Puis les Alessiens revinrent...
Giraud Gemane se leva pour aller chercher un autre livre qu'il posa à côté de "La légende de l'Aigle Carmin".
- Jusque là, tout ce que je vous ai raconté, provient des récits de la Crevasse. Néanmoins,  " Légendes oubliées", de Talsgar l'Ancien, un autre texte explorant les traditions de Bordeciel, s'est attaché à rechercher des preuves de l'existence de l'Aigle Carmin. En fouillant les archives de la Cité Impériale, en  Cyrodiil, son auteur a découvert qu'un rebelle non nommé aurait réussis à détruire une légion entière de son armée et situe cet événement vers  l'an  1033 de la première ère.
Devant le froncement de sourcil d'Artoria, il précisa.
- Il y a quelque chose comme deux mille ans.
Giraud termina la légende de l'Aigle Carmin en racontant que Faolan aurait affronté la légion envoyée par Hestra et l'aurait défaite, tuant de son épée des centaines d'ennemis. Mortellement blessé, il finit par succomber.
- Effectivement, c'est très intéressant.
Faolan, L'Aigle Carmin.... Elle même s'appelait Artoria et son nom voulait dire "Roi des Ours", même mention d'un animal tutélaire considéré comme royal. La couleur rouge lui allait aussi comme un gant. Chacune de ses grandes batailles s'était achevée le soir, sur une colline que le sang et le soleil couchant teintaient d'écarlate. Elle aussi avait été un roi considéré comme inhumain. Trahie, elle avait gagné sa dernière bataille juste pour mourir. On retrouvait les mêmes éléments, même  si leur ordre différait. Cependant....
- Comme je vous l'ai dit, je cherche une épée qui aurait été brandie par une succession de roi-sauveurs.
L'historien tourna quelques pages d'un livre.
- Tredayne Dren se contente de mentionner des histoires similaires de rois et d'épées légendaires dans les mythes antérieurs à cette époque, mais il n'entre pas dans les détails. Faolan ne serait que le dernier d'entre eux. Alors qu'on le conduisait à sa tombe, il aurait demandé à ses ultimes fidèles de garder son épée et de ne la lui ramener que lorsque les envahisseurs auraient été chassés, de sorte qu'il puisse revenir et régner sur eux pour l'éternité. De la sorte, il mit fin à la transmission de l'épée de roi en roi.
Le chevalier eut un de ses rares sourires. Oui, tout concordait avec sa propre légende telle que lui avait raconté Rin. Le roi qui a régné et qui régnera.
- Où est la Crevasse ? - La plupart des Nordiques vous répondront qu'il s'agit de la châtellerie de ce nom.
Giraud déploya une carte de Bordeciel et mis le doigt sur la région sud-ouest. On y voyait notamment un blason montrant une tête de bélier, symbolisant la capitale, Markarth.
-  Toutefois, ce n'est seulement à moitié vrai. En fait, autrefois, la Crevasse formait cinq petits royaumes brétons. Le territoire qui constitue à présent la châtellerie de la Crevasse fut conquis, il y a six siècles de cela, par Tiber Septim, son premier exploit d'ailleurs. Quant à l'ouest de la Crevasse, elle fait à présent partie du royaume d'Abondance, en Haute-Roche. Le royaume des Collines Fendues, dont Faolan fut roi, s'étendait entre la rivière Karth, et la frontière de l'actuelle châtellerie de Blancherive. La forteresse où il livra sa dernière bataille doit être, les "Tours scindées". Toutefois, vous ne pouvez pas y accéder par l'est. Descendez la Karth depuis Markarth, puis traversez au "Gué des quatre crânes," montez jusqu'au plateau. L'accès ouest de la forteresse devrait se trouver au nord. Mais faite attention aux Parjures, ils se sont emparés des Collines Fendues et les tiennent contre le Jarl de Markarth. Artoria fronça les sourcils.
- Qui sont les Parjures ?
L'historien eut un petit soupir, peut-être fatigué de tout expliquer. -  Il y a trente ans de cela, pendant la Grande Guerre, les Crevassais réussirent à s'emparer brièvement de Markarth et à proclamer leur indépendance. Toutefois, Ulfric Sombrage reprit la ville deux ans plus tard, juste après la signature du Traité de l'Or Blanc. Il massacra tous les Crevassais qui refusaient de lui prêter serment. Ceux qui réussirent à s'enfuir devinrent les Parjures.
Artoria se rembrunit à l'évocation des nouvelles atrocités commises par Ulfric.
- Plus j'en apprends sur le jarl de Vendeaume, moins je l'apprécie.
Giraud approuva.
- Un autre roi Olaf ! Toutefois, dame Artoria, ne commettez pas l'erreur de prendre les Parjures pour de pauvres victimes innocentes. Ils pillent les fermes et les villages, attaquent les caravanes marchandes. Ils tuent, non pour voler, mais pour détruire. Ils enlèvent les femmes et les enfants, les spriggans et les géants, pour les sacrifier à des divinités hérétiques qu'ils appellent les "Anciens Dieux".
L'historien plissa les lèvres dans une moue de dégoût.
- La guerre civile actuelle est un conflit entre trois factions. Les Parjures compensent la faiblesse de leurs effectifs par l'étalage de leur cruauté.

---Vifazur, 24e jour, 4E 201---

Il avait fallu presque une journée de voyage pour atteindre Markarth.  L'antique cité des Nains, restait impressionnante, même des milliers d'années après l'extinction de cette race mystérieuse. Installée à l'extrémité d'un défilé, la capitale de la Crevasse avait littéralement été sculptée dans les parois. Tout ce qui n'avait pas été bâtis dans la pierre blanche des montagnes luisait des reflets de bronze de l'alliage simplement connu sous le nom de "métal dwemer".
Après avoir dormies une nuit à "l'Auberge du Sang-d'Argent" et pris une solide collation...  (Artoria mangeant littéralement pour trois) les deux jeunes femmes repartirent en longeant une rivière qui prenait sa source dans Markarth.
Juste à l'endroit où le cours d'eau rejoignait la rivière Karth, elles tombèrent dans une embuscade des Parjures. Trois sauvages leur tombèrent dessus. Ils se vêtaient de fourrure, de parures de plumes. Certains portaient des crânes humains à la ceinture. Leurs armes consistaient en ossements ornés de dents animales.
Le combat fut bref. Artoria terrassa deux ennemis avec sa masse, le troisième tomba sous les sorts de Rin Tohsaka.
Le Roi des Chevaliers regarda les dépouilles. L'aspect barbares des tenues et surtout les andouillers arborés par deux d'entre eux lui rappelaient des souvenirs.
- Ils ressemblent à des Fianna...
Rin fronça les sourcils.
- Vous voulez parler des légendaires guerriers irlandais qui formaient l'armée du Haut-Roi d'Éire ?
- J'ignore ce que les légendes, après mon époque, ont raconté. Cela fut certainement enjolivé... Les Fianna constituaient des bandes rivales qui vivaient de manière primitive dans les forêts d'Irlande, des chasseurs et des guerriers. Toutefois, ils protégeaient aussi les habitants des géants maléfiques comme les Formorés.  Seulement, ces "Parjures" ressemblent à une version encore plus primitive et surtout maléfique des Fianna.
D'une main, Artoria montra les trophées constitués de crânes humains.

Après avoir franchis le "Gué des quatre crânes", Rin et Artoria arrivèrent sur le plateau qui constituait l'antique royaume de Faolan.  Elles y découvrirent l'entrée d'une caverne gardés par quelques Parjures qu'elles éliminèrent.
Les boyaux naturels s'enfonçant dans les profondeurs avaient autrefois été aménagés par les hommes. On y voyait à présent des squelettes et des corps profanés, empalés sur des pieux... témoignages d'une furie barbare qui mit Artoria hors d'elle. Un escalier conduisait à une porte donnant sur l'extérieur.
La forteresse de l'Aigle Carmin consistait en une succession de terrasses dominant le cours de la Karth.  Des escaliers, passant entre des arches maçonnées, relaient entre-elles les plateformes.  Bien entendu, des Parjures gardaient l'endroit. Comme les premières flèches s'écrasaient autour d'elles, venues de la première estrade de pierre, Rin réagit en utilisant "Gandr".
Les tirs d'énergie noire forcèrent un archer à s'abriter derrière une colonne. Il baissa la tête pour encocher une flèche et, lorsqu'il les releva... ses yeux plongèrent dans un regard d'émeraude d'une absolue froideur. Artoria venait de se matérialiser près de lui, bondissant de marche en marche avec une incroyable prestesse.
La masse noire tourbillonna et le corps sans vis fut projeté dans l'abîme en contrebas. Déjà, le Roi des Chevaliers reprenait son ascension. Un deuxième archer périt tout aussi vite que le premier lorsqu'elle parvint au palier supérieur. Toutefois, les bruits de combat rameutèrent un trio de Parjures maniant chacun deux épées ou deux haches faites d'ossements et de dents, ornés de plumes.
Parant du bouclier ou de sa masse, Artoria contint le premier assaut. Puis contre-attaqua de toute sa force.  Son arme, coulée dans un bloc de verre volcanique que les locaux appelaient ébonite, se rit des pitoyables protections de ses ennemis. Rejetés violement en arrière, les Parjures chancelèrent. Soudain des projectiles d'énergie noire frappèrent un des hommes qui s'effondra. Un instant plus tard, le Roi des Chevaliers tuait un second. Épouvanté, le troisième prit la fuite et les "gandr" tiré par Rin le frappèrent en plein dos alors qu'il se trouvait à mi-escalier.  
Sur une arête rocheuse naturelle dominant la volée de marches, un archer s'en prit à eux... et fut stupéfié de voir Artoria bondir jusqu'à lui. La masse d'ébonite lui broya le crâne sans effort.  Au sommet des degrés, elles atteignirent un campement sur un plateau naturel. On y voyait des tentes de cuir, des tables avec des écuelles et des cuillères de bois, une forge, des cibles pour l'entraînement au tir.
Deux guerriers Parjures furent facilement éliminés avant qu'une femme-chamane sorte d'une tente. Elle tendit la main et, dans un tourbillon d'énergie violette, se matérialisa une étrange créature féminine, faite de flamme et de scories ardentes : un atronach de feu. Artoria se rua en avant, avec de rapides changements de trajectoire pour éviter les projectiles ignés que lui envoyait le démon d'Oblivion.
Négligeant l'atronach, elle frappa le chaman épouvanté. Il y eut un craquement audible lorsque la masse la frappa en pleine poitrine. Lorsqu'elle s'effondra, le démon disparut.
Il fallut encore tuer un guerrier et deux archers avant de gravir le dernier escalier montant vers une impressionnante plate-forme de pierre dominée par deux tours.
En haut des marches, face à une table de sacrifice, un trône de pierre était occupé par un dernier Parjure. Il se leva, confiant dans sa haute taille et sa forte musculature. Il avait deux armes, un sabre et une hache, tout deux en orichalque. Ces armes d'excellentes qualités brasillaient d'énergie magique.
Il eut un rictus méprisant pour la jeune femme qui lui faisait face. De petite taille, ses cheveux blonds réunis en une élégante natte nouée à l'arrière du crâne, elle n'avait rien de terrifiant. Son armure de fer rouillée et son bouclier de bois la désignaient comme un de ces pauvres mercenaires que le jarl leur envoyait parfois. Aucun ne repartait....
De Son côté, le Roi des Chevaliers eut un léger mouvement de recul en découvrant le trou dans la poitrine de son adversaire. La cage thoracique avait été sciée...  à la place du cœur, un étrange végétal palpitait.
Le Graal l'informa qu'elle faisait face à un Roncecœur, un guerrier d'élite des Parjures. Tué dans un combat, il avait été ramené par ses pairs pour voir son muscle cardiaque remplacé par un Cœur de Ronce. Cet instrument de sorcellerie l'avait ramené à la vie !
Le Roncecœur se jeta en avant, faisant tourbillonner ses lames dans une impressionnante danse de mort. Oui, l'ennemi savait se battre. Toutefois... Artoria évitait sans peine les attaques. Se jetant de côté, elle passa derrière lui et le frappa au bas du dos. L'impact fut assez violent pour projeter le Parjure à terre... la colonne vertébrale brisée. Elle l'acheva d'un deuxième coup de masse asséné en pleine tête.  
Entendant, un bruit de course, le chevalier se retourna. Échevelée, Rin s'immobilisa tête penchée en avant, les mains sur les cuisses. Pendant qu'elle reprenait son souffle, son regard dériva en contrebas, vers les escaliers... et les nombreux cadavres qui jonchaient le chemin sanglant tracée par son amie.
- Comment vous... faites... cela...
Un poing sur la hanche, Artoria regarda son amie.
-  Oh ? Fatiguée ? Pour un Chevalier de la Table Ronde, il ne s'agit même pas d'un exploit notable.

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Message par Anaxagore le Mar 23 Avr - 17:57


---Vifazur, 24e jour, 4E 201---

Tandis que Rin Tohsaka fouillait la tente du chef parjure, Artoria regardait sa dépouille.
- Cela me rappelle les récits de Taliesin...
- Pardon, que disiez-vous ?
Le Roi des Chevaliers regarda la magus qui revenait vers elle, une expression furieuse sur le visage.
- Rien trouvé d'intéressant, à ce que je vois.
- Non un casque à corne en fer avec un Code Mystique d'Invocation et des gants de fer d'Alchimie...
Rin se frotta vivement le crâne à deux mains, les yeux levés vers le ciel.
- Artoria, quelque part dans ce royaume, il doit y avoir une sorte de manufacture où les objets magiques sont enchantés à la chaîne par une bande de mages idiots, bavant, avec des yeux hallucinés. Ils prennent le premier vêtement en haillon venu, la première pièce d'armure rouillée qui leur tombe sous la main et ils jettent dessus un enchantement au hasard.... un enchantement coûteux ! Quelle personne sensée ferait de l'alchimie avec des gants de fer ? C'est du gaspillage !
Le chevalier se mordit les lèvres pour ne pas rire. Sa nouvelle amie transformait ses crises de colère ou de frustration en véritable spectacle. Et là, on touchait à un domaine important pour elle, l'argent. Rin ouvrit une petite bourse à sa ceinture et y versa les pierres précieuses... ou plutôt les pierres fines qu'elle venait de trouver : trois améthystes et deux topazes. La magie des joyaux qu'elle pratiquait nécessitait des gemmes de qualité et de bonne taille. Elle les imprégnait de son sang pour les transformer en réceptacles d'énergie magique. Seulement, il ne s'agissait pas vraiment de fournitures à bas prix.
Rin savait heureusement gardait la tête froide. Aussi spectaculaires (et amusantes !) soient ses crises de rage et de pingrerie, elles restaient brèves.
- Que disiez-vous au sujet de Taliesin ?
Le Roi de Bretagne montra une brève surprise.
- Vous connaissez Taliesin ?
- Bien sûr, l'auteur du "Combat des arbrisseaux", un étrange poème étrange cachant un alphabet magique.
-Vous connaissez donc les Mabinogion.
Ce n'était pas une question. Néanmoins, Rin répondit d'un hochement de tête.
- Quatre poèmes gallois qui sont parvenus jusqu'à mon époque grâce à une compilation écrite que l'on doit à des moines du quatorze et du quinzième siècle.
Les yeux réduits à une mince fente, la jeune japonaise eut un de ses sourires maléfiques qui faisait frissonner Artoria.
- D'ailleurs, traditionnellement, on accole aux Mabinogion quatre contes qui lui sont postérieurs... et deux d'entre eux sont les plus anciennes mentions de la légende arthurienne.
Artoria ne releva pas.
- Et le Mabinogi de Branwen ? Vous connaissez ?
Un bras passé sur son ventre, Rin leva un doigt.
- Une des quatre branches des Mabinogion, il raconte une guerre en les Gallois et les Irlandais. Si je me souviens bien, Bran le Béni refuse que l'on marie sa sœur Branwen au roi d'Irlande et multiplie les vexations à son égard. Cela conduit à une guerre et à l'anéantissement des deux armées. Seule une poignée de Gallois survivent... dont Taliesin. Quel est le rapport avec tout ça...
D'une main, la mage balaya la forteresse de l'Aigle Carmin.
- Rin, je connais bien cette histoire parce que Taliesin me l'a raconté. Vous avez déjà entendu parler du chaudron de résurrection ?
- Il fut offert au roi irlandais...
- Le roi Matholwch...
- Si vous le dites... donc offert au roi Math... Matholook.... en cadeau de réconciliation après les premières humiliations de Bran le Béni. Oh... je vois où vous voulez en venir. Lorsque la guerre se déclencha, les Irlandais se servirent du chaudron pour ramener à la vie leurs guerriers décédés... comme les harfeuses le font des Parjures. Vu que vous trouvez que les Parjures ressemblent aux Fianna, cela commence à faire beaucoup de points communs entre les Crevassais et les Irlandais.
Artoria acquiesça.
Pensant la conversation terminée, Rin se tourna vers l'autel pour s'emparer d'un livre et en commencer la lecture. Le Roi des Chevaliers hésita un instant puis soupira.
- Il existe une conclusion peu connue à cette histoire.
- Ah ?
- Taliesin ne revint pas d'Irlande les mains vides. Il s'était emparé de l'épée du roi Matholwch qu'il offrit à sa mère Cerridwen en guise de cadeau de réconciliation... Cerridwen accepta le cadeau, mais pas la réconciliation. Des années plus tard, Uther Pendragon - guidé par Taliesin - vint réclamer la lame car celle-ci était l'Épée de la Désignation que seul le vrai roi pouvait brandir. Cerridwen accepta, mais uniquement s'il arrivait à l'arracher à son chaudron magique où elle venait de la planter. Bien sûr, Uther réussit l'épreuve. Connaissez-vous le nom de l'épée et celui du chaudron ?
- L'épée...
L'épée d'Uther Pendragon ? Excalibur ? Non... Elle fut Offerte à Arthur, par la Dame du Lac. Non, cela devait être l'Épée Dans la Pierre. En fait, Merlin n'aurait fait que reconstituer au profit d'Arthur le rite du sacre précédemment proposé par Cerridwen.
- Caliburn, non ? Mais le chaudron... ce n'est pas celui de résurrection, puisqu'il a été détruis pendant la guerre contre l'Irlande. Oh, cela doit être le chaudron des transformations, celui qui a changé Gwion Bach pour lui donner des pouvoirs de divination avant qu'il ne renaisse en tant que Taliesin.
- Oui, c'est bien ça, Caliburn, l'Épée de la Victoire Promise. Quant au vrai nom du chaudron de la déesse sorcière Cerridwen, c'est le... Graal !
Artoria eut un sourire étrange, triste et ironique.
- Et oui, le Graal est le chaudron d'une sorcière et non le réceptacle du sang du christ. Un chaudron contenant une potion magique qu'un seul peut boire. Car, seule la première gorgée a les pouvoirs de la vie et de la connaissance.

Rin relut le passage du livre trouvé aux "Tours scindés", il racontait les rites (sanguinaires) que les Parjures perpétraient devant le "Cairn du Rebelle" dernière demeure de Faolan, l'Aigle Carmin. Au milieu des détails peu ragoutants, il y avait un certains nombres d'indications sur la procession et donc le chemin suivis depuis la forteresse.
Pendant que la magus marchait, le nez dans les pages, Artoria élimina un groupe de loups.
Le chevalier leva les yeux et regarda la formation naturelle au milieu des collines... et perchés dessus... une tour.
- Je commence à en avoir assez... cela me trouble... et me rend mal à l'aise.
Curieuse, Rin Tohsaka baissa le livre pour se tourner vers sa voisine, puis de suivre son regard.
- Qu'est-ce que cette tour a de particulier ?
- Encore un autre morceau de mon passé... cela ne peut pas être une coïncidence.
- Cette tour ressemble à quelque chose que vous connaissez ?
- Oui... jusqu'à l'âge de treize ans, j'ai vécu à Bristol. C'est dans le Somerset. Je faisais de longues promenades à cheval avec mon frère et mon père... Cette région ressemble à s'y méprendre aux Somerset levels. Et ça... (Elle désigna la colline abrupte) c'est un tor.
Somerset... un tor... Oh ! Le mot voulait dire "colline". Rin avait beaucoup étudié les héros et leurs légendes pour se préparrer à la guerre du Saint Graal. Or, le mythe arthurien racontait que...
- Le Glastonbury Tor ! Le roi Arthur aurait été enterré dans le Glastonbury Tor!
Artoria parut surprise.
- La tombe du... oh...
La femme chevalier sourit.
- Merci, Bedivere.
Rin sourit à cette exclamation, mais ne la releva pas. Quant au chevalier, il s'expliqua rapidement.
- J'ignorais pour l'enterrement du roi. Je suis morte à Camlann; Tout de ce qui est arrivé après cela, ne peut m'être connu. Je voulais seulement dire que les lieux ressemblent beaucoup à la région où j'ai passé mon enfance.
Les deux jeunes femmes continuèrent leur route en silence. Contournant le tor, elles arrivèrent à une caverne sous une sculpture ressemblant à un dragon. Devant l'entrée, on voyait des ossements humains, vestiges des rites parjures. Ils entouraient un petit tumulus de pierre. Une épée luisait doucement dans la clarté du soleil couchant, enfoncée dans le cairn jusqu'à la moitié de la lame. Rin n'avait jamais vue une arme aussi belle. La garde était d'or, incrustée d'émail bleu, comme la poignée, le pommeau et les pans creux. Ces derniers formaient un motif complexe où les motifs dorés ressortaient sur un fond couleur de saphir. En dessous, des glyphes inconnus marquaient l'arête jusqu'à la partie qui disparaissait dans la roche.
Artoria aurait pu dire à son amie qu'il s'agissait d'écriture féérique et que les lettres voulaient dire que celui qui arracherait l'épée à la pierre serait fait roi.
Toutefois sa bouche trop sèche ne pouvait formait un mot... cette épée... non, son épée... après tant d'années ! L'impossible se concrétisait sous ses yeux !
Le chevalier avait pressé le pas, courant presque. Elle lâcha sa masse d'arme à quelques pas du cairn et s'immobilisa. Bien que s'attendant à quelque chose d'extraordinaire, Rin contempla la scène avec des yeux ronds. L'Épée dans la Pierre rayonnait d'une chaude lumière dorée. Ses sens magiques décelaient une pression extraordinaire qui émanait de la Lame. Un Hogu... un Noble Phantasm... l'incarnation dans un objet du Mystère d'un Héros.
Artoria ne respirait plus. Dans son esprit une faible voix chantait.
- Tu es digne... tu es digne... noble roi... sors-moi de mon fourreau de pierre, dégaine-moi.
Le Roi Qui A Régné Et Qui Régnera posa la main sur poignée de l'arme fabuleuse. L'énergie se communiqua immédiatement dans son bras, tandis que son cœur de dragon accueillait cette force, enveloppant la jeune femme d'une aura bleutée. Excalibur écrasait Caliburn par sa puissance, toutefois l'Épée de la Désignation avait une pureté plus grande encore, plus accord avec son être profond.
Rin tomba sur un genou devant cette scène. Consciente de voir se dérouler sous ses yeux une scène, qu'avant elle, seul Merlin avait vu.
Il y eut un crissement de l'acier sur la pierre, lorsque - sans effort, sans violence- Artoria dégaina l'épée, enivrée par la puissance qui ruisselait en elle. Le roi de Bretagne acheva le mouvement, en brandissant la lame vers le ciel.
- Dis mon nom, noble roi.
- Caliburn !
L'aura lumineuse engloba complètement Artoria palpitant d'une sorte de joie. Cette dernière se retourna pour faire face à Rin.
- Vous devriez m'attendre ici, j'ai à faire dans cette tombe. Il ne peut y avoir qu'un seul roi.
- Je vous accompagne, vous aurez besoin d'aide.
- Soit, mais le danger est grand.
- Je ne crains rien, roi Arthur.
- Depuis combien de temps saviez-vous ?
La magus plissa des yeux.
- Depuis le début. Artoria Pendragon... Votre nom est un kenning, une forme d'énigme utilisée par les bardes pour désigner quelque chose par une suite d'images évocatrices. "Arth" l'ours, "Rix" le roi, "Pen" le maître et "Dragon", qui n'a pas besoin de traduction. Donc "le roi ours maître des dragons", littéralement. Sauf qu'ici "ours" est un terme poétique pour guerrier et le "Dragon" désigne la bannière orné d'un dragon qui flotte au-dessus des cavaliers de Bretagne. En d'autres termes, le roi qui dirige les guerriers montés. Le Roi des Chevaliers. Il n'y a qu'une seule personne à avoir jamais été appelé ainsi : Arthur de Bretagne. Et ici, dans cette tombe... Hic iacet Arthurus rex quondam rex que futurus... repose un autre "Arthur" attendant l'heure de son retour. Il ne peut y avoir qu'un "Arthur" et je préfère celui que j'ai devant les yeux... même si aucune chronique ne mentionne qu'Arthur ait des seins. Artoria eut un vrai sourire, le premier que lui voyait la Japonaise.
- Rin, à mon époque, pour être roi, il fallait être un homme.
À la suite du Roi des Chevaliers, Tohsaka pénétra dans la tombe. Après un premier couloir naturel, en pente, elles aboutirent à une grotte ayant pour unique décoration un piédestal.
Comme Rin l'examinait, Artoria soupira.
- Toutefois, je ne comprends pas toutes ces correspondances entre notre monde d'origine et Nirn. Même Caliburn est rigoureusement semblable.
- Que vous a dit le Graal en vous envoyant ici ?
- Je ne me souviens pas des mots exacts ... j'étais en train de mourir... Néanmoins, il a parlé d'archétype du Roi Sauveur et de son épée flamboyante.
- Vous avez entendu parler de la Philosophie platonicienne ? Du mythe de la caverne ? De la théorie des Idées ?
- Rin, je suis un chevalier, pas une érudite.
La magus se frotta les cheveux comme à chaque fois qu'elle était irritée. Puis, son regard se posa sur le socle et les multiples ombres que les torches le long des murs faisaient naitre.
- Le monde des Idées, est une sorte de cosmos idéal. Une bibliothèque où seraient rangés ce que l'on appelle les "archétypes", les formes parfaites de chaque chose.
Elle montra le socle.
- Imaginez que ce piédestal soit l'Origine, cette bibliothèque où les formes parfaites existent. Et bien, Nirn et la Terre seraient comme ces ombres que les torches projettent sur le sol, des réflexions de la forme parfaite, des hypostases de l'Origine. Mais même sur notre monde, il existe plusieurs eidolons, des reflets, d'un même archétype. Par exemple, Gram et Caliburn partagent des légendes presque parfaitement identiques. Gram fut plantée dans un tronc d'arbre par le dieu Odin, attendant un guerrier digne de cette épée, ce fut Sigurd. Un autre exemple, Excalibur et Thuan Thien. Cette lame d'or fut prêtée par un dragon reposant dans un lac au nord du Vietnam à un héros - et futur empereur- qui s'en servit pour repousser des envahisseurs chinois. Le héros désigné par son épée, le vrai roi qui reçoit l'Épée Dorée de la Victoire, il s'agit là de mythes très communs sur Terre, mais aussi sur Nirn, vu que l'Aigle Carmin est un autre roi Arthur.
Artoria acquiesça lentement.
- Vous êtes une magus dépositaire d'une grande science, Rin Toshaka, Merlin lui-même n'aurait pu mieux s'expliquer.
Rin sentit le rouge lui monter aux joues et tourna la tête dans un geste qui se voulait hautain, croisant les bras sur sa poitrine.
- Évidemment, je suis un génie !

Il n'avait pas fallu longtemps à Rin pour comprendre que le socle servait de serrure avec Caliburn en guise de clef. Aussitôt l'épée introduite dans le piédestal, un passage secret s'était révélé. Il conduisait à une caverne bien plus importe.
Des piliers de pierres soutenaient le toit rocheux autour d'une estrade pavée, centrée sur un sarcophage. Derrière, une alcôve contenait le trésor funéraire... pitoyable, du roi de la Crevasse : quelques armes d'acier, des vieux tissus, quelques pièces d'argent, un vaste coffre au contenu mystérieux. Toutefois, la magus n'en espérait rien, peut-être un livre de magie ou quelques potions encore efficaces. Les objets enchantés disponibles en Bordeciel n'étaient d'aucune utilité.
Dans la jolie tête de la magus, l'avarice ne remplaçait pas totalement la prudence. Quatre pas derrière le chevalier qui avançait ouvertement, l'épée à la main, elle regardait d'un côté et de l'autre, à la recherche de dangers.
Lorsque le Roi des Chevaliers atteignit la plateforme, un choc sourd provint de l'intérieur du sarcophage. Le couvercle fut violemment éjecté tandis qu'une lumière bleue s'élevait des tas d'ossements répandus au sol... les rassemblant en des squelettes portant les mêmes armures de fourrure que les Parjures. Sortant de sa tombe, Faolan, l'Aigle Carmin prit leur tête.
L'antique roi de la Crevasse portait le même genre de protection ainsi qu'une coiffure ornée d'andouillers de cerfs. Dans sa main, il tenait une longue lance rouge, gravée de runes. Une flamme écarlate palpitait par instant sur la pointe ornée d'épines.

Il n'y eut pas de déclencheur.
Pas de signes avant-coureurs.
À un moment, les mort-vivants regardaient ceux qui avaient osé violer la tombe... l'instant suivant ils étaient sur eux.
Un squelette armés d'une épée d'ossement se jeta sur Rin; Par réflexe, elle recula et tomba sur les fesses. Sa dignité malmenée, terrifiée, elle s'enfuit à quatre pattes, poursuivie par trois monstres. La magus s'abrita un instant derrière un pilier tandis que des flèches sifflaient autour d'elle.
- Es ist groß. Es ist klein.
Sous sa robe noire des circuits magiques se dessinèrent sur ses jambes. Ses capacités physiques renforcées, elle courut comme le vent, dépassant trois attaquants avant de se retourner le bras tendu. Un barrage de "gandr" réduisit les mort-vivants à des amas d'ossements fracassés.
Sur l'estrade, Artoria affrontait simultanément Faolan et trois autres squelettes. Si le chevalier se contentait pour le moment de parer les rapides attaques de l'Aigle Carmin, elle profitait aussi de la moindre occasion de contre-attaque pour porter des coups aux autres mort-vivants. Or, ceux-ci se révélaient plutôt fragile, un ou deux coups de sa formidable épée suffisait à se débarrasser d'eux.
Ce fut néanmoins, loin d'être évident de se débarrasser des trois squelettes. Son instinct lui dictait de ne laisser à aucun prix Faolan lui porter un coup... ce qui la conduisit à réduire ses défenses contre les autres attaquants. Lorsque le dernier laquai du roi de la Crevasse se fut effondrée... son état était lamentable, plusieurs estafilades sanglantes zébraient son armure, et du sang coulait sur son visage, ruisselant de son cuir chevelu.
Néanmoins, il en fallait bien plus pour arrêter Artoria. Ses blessures se refermaient en accélérée.
Elle se rua en avant, il y eut une véritable explosion d'énergie lorsque l'Épée de la Victoire Promise heurta la Lance Rouge. Faolan, recula de quelques pas, prit du champ et fonça à son tour... feinte... feinte... attaque. Artoria se jeta de côté, regardant la lance passer devant son visage et asséna un violent coup de Caliburn de haut en bas.
Lorsque la Lance Rouge heurta l'estrade de pierre, on aurait dit qu'une poudre de métal de plusieurs tonnes venait de se détacher d'une grue. Le choc brisa plusieurs dalles projetant des débris qui frappèrent les murs de la caverne avec la violence d'une mitraille.
Faolan rompit et recula, faisant tourbillonner son arme pour repousser les attaques rapides d'Artoria. Celle-ci puisa dans la puissance de son cœur de dragon et échangea ses coups en succession contre un horion chargé de toute sa force.
Le choc souleva un voile de poussière tandis que des gerbes d'étincelles naissaient au point de contact entre les deux armes, La lance - souple- se courba et Faolan bondit en arrière pour échapper à l'enchainement de la lame.
Pour Rin, qui observait le combat à l'abri d'un pilier, ne put cacher son enthousiasme. Son amie avait nettement l'avantage. Toutefois...
Artoria chancela alors qu'une flèche venait de se planter dans son épaule... une autre se ficha dans sa cuisse. Elle tomba sur un genou et planta Caliburn dans le sol pour ne pas s'effondrer.
Rin tira plusieurs "gandr" en direction de Faolan, le blessant et le forçant à reculer. Néanmoins, se faisant, s'exposa aux archers qui s'abritaient à proximité de l'alcôve du trésor. La magus retourna à l'abri d'un pilier pour prendre quelques pierres précieuses dans sa réserve. Sélectionnant une petite améthyste avec un serment de cœur, elle la jeta au sol.
La gemme parut exploser dans un flash violet, puis un double géant du joyau apparut devant Rin... un bouclier mobile qui intercepta les flèches suivantes.
Artoria, qui avait arraché les deux traits qui l'avaient frappé, se rua en avant... vers les archers... Comme toujours son instinct du combat lui soufflait la meilleure tactique possible. Tant que les tireurs n'étaient pas éliminés, il lui serait impossible de se concentrer sur l'Aigle Carmin.
De son côté, Faolan se jeta sur Rin... son raisonnement constituait un parfait miroir de celui de son adversaire. Il lui fallait éliminer la magus pour qu'elle cesse d'interférer dans son combat. Sa lance chargée d'énergie rouge frappa le bouclier d'améthyste qui se désintégra en un instant.
La jeune japonaise eut le réflexe de se jeter en arrière, évitant la deuxième attaque. Toutefois, l'Aigle Carmin lui décocha un coup de pied assez violent pour la soulever du sol et la projeter contre le mur le plus proche. Elle s'affaissa, assommée.
Faolan leva sa lance et fut férocement repoussé, faisant face à un tourbillon d'attaques rapides qui l'obligèrent à reculer.

De nouveau, l'Aigle Carmin et Artoria se tenaient face çà face. Rin gisait inerte, même si sa poitrine se soulevait avec régularité, prouvant qu'elle respirait toujours. Les squelettes par contre... leurs ossements jonchaient le sol malmené du tombeau.
Faolan, bien que touché par deux fois par un "gandr", ne paraissait pas sérieusement blessé. Son vis-à-vis ne pouvait en dire autant. Son armure était en loque, elle ne s'appuyait que difficilement sur sa jambe gauche et saignait de plusieurs blessures.
Toutefois, lorsque le Roi des Chevalier leva son épée, le défi ne manqua pas de force.
Artoria se jeta en avant, les coups pleuvaient sur Faolan. Un moment, elle attaquait dans les lignes hautes, l'instant suivant la lame plongeait pour cibler les jambes, les hanches. La femme chevalier alternait les coups puissants et les attaques rapides.
Le lancier faisait face à un adversaire transformé en un tourbillon de lames et s'il rompait parfois le combat, ce n'était que pour foncer vers lui sous un autre angle. Rapidement, les estafilades et les blessures plus sérieuses se multiplièrent. Le mort-vivant ne craignait plus les hémorragies ou la perte d'un organe vital, seul la nécromancie lui donnait sa pseudo-vie. Toutefois, il semblait complètement dépassé.
L'Aigle Carmin sauta en hauteur, retomba derrière son ennemi et fit tourbillonner sa lance... uniquement pour toucher le vide.
Artoria frappa de côté, lui enfonçant profondément Caliburn dans la hanche. Faolan recula et frappa en visant les jambes... pour la première fois il un coup porta... car il avait visé sa jambe blessée. Toutefois, d'une contorsion, le Roi des Chevaliers évita d'avoir le pied cloué au sol, et ne récolta qu'une nouvelle entaille.
Le combat se terminait, l'ancien roi des Collines Fendues ne se régénérait pas... contrairement à son adversaire. Il se rua en avant, donnant toute sa force dans un dernier coup mais... il sentit la main d'Artoria sur son épaule. L'instant d'après son image disparut devant lui... En fait, elle venait de bondir par-dessus lui, comme s'il était un cheval d'Arçon. Alors qu'elle virevoltait dans l'air, Caliburn se chargea d'une puissante énergie dorée et s'abattit à la base du cou de Faolan.
Le Roi des Chevaliers se retourna en l'air tandis que sa lame continuait sa route au travers du corps du mort-vivant. Comme ses pieds touchaient terre, l'épée ressortit au-dessus de la hanche de Faolan. Proprement coupé en deux, l'Aigle Carmin lâcha sa lance. Pourtant le bras droit, encore relié à la tête et la moitié du torse, s'agitait, crochant le sol, tirant le demi-corps, dans l'espoir de s'éloigner...
- Un combat de légende ô roi et un vaillant effort pour me défaire. Ni votre nom, ni vos actions ne seront oubliés.
La lame de Caliburn s'enfonça dans le crâne du mort-vivant avant de projeter une violente décharge d'énergie qui le fit exploser.
S'appuyant à une colonne, Artoria s'efforça de reprendre son souffle. Elle était complètement épuisée et... son ventre gargouilla... elle était affamée. Avoir la force et l'endurance de quatre hommes se payait...

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Message par Anaxagore le Sam 27 Avr - 17:46

---Vifazur, 25e jour, 4E 201---

On ne pouvait pas dire que Rin Tohsaka soit de la meilleure humeur possible. Sa main n'arrêtait pas de se poser sur son estomac. Ce dernier étant marbré d'une contusion douloureuse. L'attaque de Faolan, la veille, l'avait laissé inconsciente jusqu'après la fin du combat entre le roi mort-vivant et Artoria. Encore avait-elle eu de la chance... Sans la magie de renforcement qui lui avait permis de combattre les squelettes animés, le coup aurait sans doute suffis à la tuer.
La magus se releva pour faire quelque pas à l'intérieur du magasin " Friperie fantaisie", la meilleure boutique de vêtements de Solitude, du moins d'après ses deux propriétaires aldmer... la seule sen fait.
Histoire de s'occuper un peu, Rin marcha entre les présentoirs : tenues en tous genres, amulettes, anneaux, couronnes, vêtements d'enfants, chaussures, bottes, chapeaux divers. Taarie, l'une des sœurs qui s'occupaient de la boutique, ne la lâchait pas du regard depuis le comptoir. On ne faisait pas plus méfiante... S'attendait-elle à ce qu'elle vole quelque chose ? De toute façon, rien de ce qui se trouvait sur les rayonnages ne lui plaisait.
Pourtant... Rin secoua la tête... Ce monde semblait être au Moyen-âge, mais la technologie lui paraissait étrangement discontinue. Sur Terre, jusqu'au dix-neuvième siècle, et l'apparition des premiers colorants artificiels produits industriellement, seules les plantes, les animaux et les minéraux fournissaient les couleurs pour les vêtements. Rin se rappelait avoir lu qu'il fallait des milliers de murex - un petit mollusque- pour produire assez de pourpre pour un seul vêtement. Autant dire que seuls les plus riches les portaient.
Sur Nirn, les tenues affichant des couleurs vives comme le vert ou le bleu se rencontraient même chez les simples paysans.
La magus se tourna vers Taarie pour lui demander quelques précisions sur colorants utilisés.
- Ils sont fabriqués par des alchimistes. Nous nous fournissons aux "Breuvages d'Angeline".
Rin acquiesça. L'alchimie... bien sûr, ne l'appelait-on pas parfois "L'art des teintures" ? Fabriquer des potions ou transformer le plomb en or, n'ont jamais été les activités principales des alchimistes. En fait, les teintures et les produits cosmétiques ont toujours été le fond de commerce des alchimistes... depuis l'antiquité. En fait, Rin se rappelait que son professeur de magie - cet insupportable faux prêtre- lui avait raconté que le premier piment artificiel, la céruse avait été créé par les alchimistes de l'époque pharaonique.
Pour un mage, habituée à cacher ses dons aux gens ordinaires, le monde de Nirn ressemblait à un paradis. L'alchimie remplaçait la chimie, et la magie permettait de créer des plates d'acier pour les armures ou de remplacer les presses d'imprimerie. Par certains côtés, l'Empire de Cyrodiil pouvait prétendre à un niveau de civilisation comparable à l'Europe de la révolution industrielle.
Entendant des bruits venus de l'arrière-boutique, Rin tourna machinalement la tête et... cligna plusieurs fois des paupières. Toutes les théories et les réflexions qui tournaient dans sa tête se trouvant ravalés au rand de page blanche, comme la vision d'Artoria les effaçait.
- Ouch...
L'onomatopée ne voulait rien dire mais... rien de plus cohérent ne voulut franchir ses lèvres. Endarie avait conçue une robe pour le Roi des Chevaliers, basée sur un patron que la jeune femme avait dessiné, la reproduction d'une tenue qu'elle avait porté en Bretagne.
En fait, le vêtement se composait de trois parties. D'abord, une robe blanche à manche longue à décolleté en cœur, qui couvrait les bras et descendait jusqu'aux mollets, le bas étant frangé et orné de glands d'or.
Par dessus, Artoria portait une jupe largement découverte sur le devant ainsi qu'une sorte de spencer à manches gigot lacé sous les seins. Le tout était taillé dans un tissu plus lourd que la robe de dessous, et teint dans un bleu profond, avec quelques touches d'or.
Le Roi des Chevaliers eut une ombre de sourire en entendant l'exclamation de son amie.
- Je vois que ma tenue vous plaît.
- Oui, je suis jalouse.
- Dans ce cas, pourquoi vous ne feriez pas une commande à Endarie ?
- Je vous prends au mot.
L'Aldmer eut un sourire des plus commerçants en voyant la jeune japonaise s'approcher d'elle. Après tout, ses dons de couturière étaient la meilleure publicité possible pour sa boutique.
La discussion entre le vendeur et le client commença alors qu'Artoria s'escrimait sur le baudrier de suspension, cherchant à y accrocher le fourreau de Caliburn. La jeune femme l'avait découvert dans le coffre au trésor de l'Aigle Carmin. Comme celui de sa contrepartie terrestre, il s'agissait d'un étui d'arme en bois léger, recouvert de tissu bleu et bordeaux, incrusté d'or et de plusieurs grenats. Une véritable œuvre d'art conçue pour contenir une épée royale.
Pendant qu'elle réglait les diverses sangles et courroies du ceinturon d'arme, Artoria pouvait entendre certaines exclamation de son amie " Oui, j'ai dis rouge" et " comment ça, trop courte... vous avez déjà essayé de courir avec une jupe longue ? !".
Lorsque Rin revint vers son amie, elle l'entendit grommeler une vague menace envers quiconque la traiterait de fille de taverne.
- Bon, Endarie m'a dis qu'elle aurait terminé dans deux jours.
- Bien.
- Et quel est le programme, à présent ?
- Il me faut une armure. Celle que je portais n'a pas survécue au combat contre Faolan.
Rin grimaça.
- Avec le prix de votre tenue et la mienne... même une cuirasse de fer serait trop chère. Enfin, allons voir à la forge...
Artoria secoua la tête tandis que la magus ouvrait des yeux étonnés.
- Non ?
- Rin, je veux une armure sur-mesure, pour... disons que je vais en avoir besoin. Je suis bien placée pour le savoir. Pour brandir Caliburn, il faut ressembler à un chevalier pas seulement en être un. La première impression que l'on fait déterminera le traitement reçu.
La voix du Roi des Chevaliers reflétait une certitude.
- Oui, je reconnais que cela fait sens mais... je doute que nous ayons l'argent pour...
- Rin, les meilleurs forgerons de Bordeciel ne sont pas les Nordiques mais les Orques. Ils respectent la force, l'honneur et la fidélité à la parole donnée. Ce ne sont pas des commerçants. Je pense qu'ils accepteront de me faire une armure en échange d'un don contraignant.
- Un don contraignant ?
- Une quête, si vous préférez ce mot.

--Vifazur, 25e jour, 4E 201---

Si vous vous rendez à Vendeaume, capitale de la châtellerie d'Estemarch et cœur de l'insurrection des Sombrages, prenez la route sud, celle qui conduit à Faillaise. Avancez dans la neige et le vent froid, escalez les collines puis prenez la première route vers l'est.
Vous arriverez au Bosquet de Kyne, une petite exploitation minière où les ouvriers vivent sous des tentes et cultivent un potager. Le seul bâtiment en dur est une auberge où les mineurs peuvent boire de l'hydromel... leur seul loisir.
En continuant le sentier qui monte vers les hauteurs, vous arrivez au sommet d'une butte plate. L'endroit a sinistre réputation et est évité par les Nordiques. Au premier abord, les lieux ressemblent juste à une colline ordinaire avec quelques arbres et un tumulus de pierre. La légende veut qu'il s'agisse de la dernière demeure du dragon Sahloknir, tué il y a des éons de cela par les Gardes Dragons akavirois.
Le chemin reprend vers l'est, en direction des Monts Velothis. Ces colossales montagnes couvertes de neiges éternelles sont presque tout au long impassables et ont quelques peu protégées les Elfes Noirs de Morrowind des invasions nordiques.
C'est à flanc de montagne, protégée sur un côté par une pente raide, et sur deux autres par des falaises surplombant les forêts, en contrebat, que les orques ont fondés la forteresse de Narzulbur. Celle-ci est constituée de quelques cases réunies autour d'une longère abritant le chef et ses épouses. Le tout est entouré de palissades.
Un pont suspendu mène à la forge et à une mine d'ébonite.

La forteresse de Narzulbur n'était pas très ancienne. Au début de la Quatrième Ère, une nouvelle guerre - d'une très longue série- éclata entre les Orques et les Rougegardes. Les peaux-vertes furent massacrés en masse et seule l'intervention de la Légion Impériale évita un véritable génocide de cette espèce si détestée.
Les survivants fuirent leur royaume en ruine et fondèrent une nouvelle Orsinium (la quatrième ville de ce nom) à la frontière entre Bordeciel et l'Enclume. Cependant, tous les orques ne se concentrèrent pas là, une véritable diaspora se répandit en territoire nordique. En Bordeciel, les orques édifièrent des forts en des lieux reculés, où ils pourraient vivre selon les enseignements de leur dieu Malacath, à l'écart des yeux indiscrets des humains.
Vêtue d'un pagne et d'un bandeau de poitrine en fourrure, Yatul n'aurait certainement pas parut belle aux yeux des humains. Immenses, lourdement charpentées, elle avait des traits puissants et des canines protubérantes. ses oreilles pointues rappelaient que les orques étaient des Mers (des Elfes) on les appelait d'ailleurs aussi "Orsimers".
Yatul était chasseresse, nourrissant sa tribu des. Toutefois, tout le temps qu'elle ne passait pas à traquer les cerfs qui paissaient dans les bois proches, l'orque le consacrait à la défense de Narzulbur. Dans le froid et la neige, elle restait dans la tour de guet près de l'entrée à surveiller le sentier qui reliait la forteresse aux cités des Nordiques.
Le vent soufflait fort sur les contreforts des Monts Velothis. Bien que la neige ait cessé de tomber dans la matinée, les bourrasques faisaient tourbillonner les flocons et l'on ne voyait pas à trente mètres.
Soudain, deux silhouettes sombres apparurent avançant péniblement dans la poudreuse. Emmitouflées dans des manteaux de fourrure, il devenait impossible de préciser quel était leur sexe ou leur espèce.
- Halte, nous n'acceptons pas les étrangers. Si vous n'êtes par orque ou frère ou sœur de sang, passez votre chemin. Nous n'aidons que les nôtres.
L'individu le plus avancé s'arrêta et releva la tête. Yartul distingua deux yeux verts, semblables à de précieux joyaux, la contemplant dans l'ombre du capuchon.
Une voix de femme, douce mais ferme, lui répondit. Malgré elle, l'orque frissonna. " Une main de fer dans un gant de velours" Pensa-t-elle. Il n'y avait pas de meilleure comparaison.
- Comment-puis-je vous persuader de me laisser entrer ?
- Hum... Vous voulez l'aide des orques ? Nous verrons si vous en êtes digne. On nous a volé une paire de gantelets enchantés, appelé les " mains du Forgeron". Ils sont gardés par des hommes mauvais, des bêtes et pire encore. Rapporter-les à notre chef et nous vous aiderons.
- Soit... où se trouvent-ils ?
- Dans la grotte d'Ombrenoire. Allez jusqu'à l'écurie de Vendeaume, franchissez le pont à l'ouest, puis prenez la première route sur votre gauche, vers le sud. Continuez sur la route principale en direction de Blancherive. Lorsque vous serez au pied de la colline où se dresse la tour de Valtheilm, franchissez la Rivière Blanche en aval de la cascade; Au pied de celle-ci vous verrez une caverne derrière une caverne. Cependant, je vous préviens. Aucun de ceux qui sont entrés dans cette caverne n'en est ressorti.
- Merci. Venez, Rin, nous repartons...
- Quoi, déjà ? ! On vient d'escalader toute cette stupide montagne, dans la neige ! Nous avons même été attaqués par des loups !
La femme aux yeux verts répondit avec la même voix ferme que celle tout à l'heure, mais avec une pointe d'exaspération amusée.
- Rin...
- Des gantelets... qui irait forger avec des gantelets ? Je ne sais pas... s'il faut vraiment appliquer un Mystique Code à une pièce d'habillement... pourquoi des gantelets d'armure ? Une forge ce n'est pas un champ de bataille. Dans une forge on porte quoi ? Un tablier de forgeron ! " Le tablier du forgeron" tenez même " Le GRAND tablier mystique du forgeron" s'ils veulent ! Pourquoi des gantelets ?
Comme les deux femmes s'éloignaient, Yartul s'aperçut qu'elle était penchait sur le parapet, se dévissant le cou pour les regarder. "Mais qui étaient-elles ?"
Grotte d'Ombrenoire La présence à l'entrée de deux squelettes n'était guère rassurante. Ils étaient encore couverts de sang et avaient - visiblement- été rongés par un quelconque prédateur. Pire, un crâne se trouvait planté sur une pique. Rin se frotta les lèvres de son poing, un tic qu'elle arborait inconsciemment lorsqu'elle réfléchissait.
Autour d'elle une rivière, sous une chute d'eau, une île couverte d'arbres. Avec les papillons et les libellules qui profitaient du soleil, l'environnement bucolique ressemblait à l'Eden. Du moins si on oublié les corps... les installations dévastées.
Rin Tohsaka reconstitua mentalement la scène. La grotte d'Ombrenoire servait d'habitation. Les corps encore reconnaissables n'étaient pas ceux de bandits. Des réfugiés ? La guerre laissait beaucoup de gens privés de demeure et de moyens de subsistance. Puis ils étaient venus...
Ils ? Carnivores, très fort... et assez intelligents pour recourir à l'intimidation... car évidemment une simple bête ne plantait pas un crâne sur une pique.
La magus se tourna vers le Roi des Chevaliers. Encore une fois, elle reçut un coup de cœur. Ses cheveux d'or sagement ramenés en une natte enroulée à l'arrière de son crâne, vêtue d'une superbe robe bleu et blanche, Caliburn en main, son visage pensif examinait un morceau de minerai détaché d'une paroi par un mineur. Elle se trouvait illuminé par le soleil de cette fin d'après-midi, avec derrière ce paysage faussement enchanteur, et à ses pieds le cadavre d'une des victimes des assaillants.
- Qu'y a-t-il Rin, vous semblez... troublée ?
Tohsaka croisa ses bras et soupira pour se donner une contenance, bien consciente d'être rouge comme une tomate. Bon Dieu pourquoi cette femme lui faisait cet effet là ? D'accord, il s'agissait d'une version féminine du roi Arthur... incroyablement vaillante et aussi belle que l'ange de la mort... " Ok, reprends-toi Rin, ce n'est pas le moment !" se morigéna-t-elle.
- J'ai réfléchis à ce qui vient d'arriver.
Rapidement, la magus résuma ses déductions sur la grotte et les monstres qui l'avaient attaqué. Artoria répondit d'un simple hochement de tête puis lui donna le morceau de minerais qu'elle examinait.
- Les réfugiés se sont installés ici parce qu'il y a un filon d'or.
- De l'or ?
Artoria eut une ombre de sourire amusé.
- Visiblement, ce minerai à moins de valeur sur Nirn que sur Terre. Donc, inutile de ramasser la pioche pour creuser. Rappelez-vous que nous payons tous nos achats avec des pièces d'or !
Empruntant un couloir en pente, éclairé par des torches, les deux jeunes femmes arrièrent à une première grotte. Sommairement aménagée en habitation, elle avait été ravagée. Partout, on ne voyait qu'ustensiles brisés, vêtements déchirés, tables renversés. Un échafaudage gisait renversé.
Un sourd grognement surpris Rin qui se tourna vers une tâche de lumière formée par le soleil tombant d'une ouverture dans la voûte. Un animal se tenait là, sa fourrure était d'un brun sale et elle le prit d'abord pour un gorille. L'apparence générale, mais surtout le comportement, alors qu'il sautillait en frappant le sol de ses poings faisaient irrésistiblement penser à un grand singe cherchant à intimider ceux qui entraient sur son territoire. Seulement, lorsqu'il releva la tête, Rin s'aperçut qu'un troisième œil saillait au milieu de son front.
Le Graal lui transmit obligeamment des informations : un troll, régénère, vulnérable au feu, très fort, anthropophage.
Avant même que le monstre ne bondisse en avant, Rin le frappa d'une rafale de "gandr". Néanmoins, la bête courait vite et se dressa au-dessus d'elle, un poing levé. Une ombre se matérialisa soudain entre la mage et le troll. Il y eut un éclair d'acier. La créature simiesque poussa un hurlement de douleur et de rage comme Caliburn lui transperçait la poitrine.
Artoriaa repoussa le troll agonisant d'un coup de pied, dégageant sa lame avant de lui faire sauter la tête des épaules.
- Merci...
- C'est mon devoir de chevalier, Rin...
Le reste de l'exploration ressembla à la visite de la première chambre. Partout, il n'y avait que cadavres, ossements sanglants et brisés, campements ravagés. En tout, elles tuèrent cinq trolls et aucun n'offrit une résistance plus prolongée que le premier. Comme ils ne faisaient pas montre d'une grande discrétion, la magus repéra chacun d'eux à une distance confortable et les attaqua. Déjà sévèrement blessés, ils furent achevés au contact par le roi de Bretagne.
Ils trouvèrent finalement les "Mains du Forgeron" dans la quatrième grotte dans un coffre sur une corniche de la quatrième chambre.
Rin ne put s'empêcher de ronchonner quelque chose à propos d'un enchantement trop coûteux pour des gantelets de fer. Tout le problème des perfectionnistes, 'ils ne sont jamais contents... quoi qu'il arrive...

---Vifazur, 26e jour, 4E 201---

Yartul s'empressa de descendre ouvrir les portes de Narzulbur. Impressionnée, elle salua les deux jeunes humaines qui entrèrent.
- Venez, il faut que vous rencontriez notre chef.
Elle les conduisit jusqu'à l'espace devant la longère. Mauhulakh se tenait assis à côté de la porte, occupé à boire de la bierre dans une choppe d'étain. Grand et musclé, comme tous les orques, il portait une armure d'écaille avec un casque de cuir. Lorsque Yatul courrut pour lui présenter les "Mains du Forgeron", ses yeux s'écarquillèrent un bref instant. Puis il fit signe aux deux étrangères de s'approcher :
- Vous avez trouvé les "Mains du Forgeron". Je n'arrive pas à y croire ! Personne n'y avait réussi avant vous. Par le code de Malacath, vous êtes désormais des nôtre. Je le ferais savoir à toutes les forteresses. N'hésitez pas à vous entraîner avec nos guerriers ou à acheter des poisons à la savante. - c'est un honneur. Toutefois, j'aurais besoin des services d'un forgeron. Je veux une armure sur-mesure.
- Hum ? Vous tombez bien. Yatul, conduit... euh...
- Mon amie s'appelle Rin Tohsaka, je suis Artoria Pendragon.
- Yatul, amène Rin et Artoria à mon fils.
- Venez, Dushnamub est le meilleur forgeron de la tribu et la mine fournis du fer et de l'ébonite.

Interlude

Au nord de Bordeciel, se trouvait la cité de Fortdhiver. Elle fut à une époque la capitale du royaume. Détruite une première fois à l'époque d'Olaf le Borgne, la cité ne cessa par la suite de perdre en importance. Il faut dire qu'au fur et à mesure de la conquête de Tamriel par les humains, le besoin de rester confiné dans le long des rivages glacials de la Mer des Fantômes ne se faisait plus sentir. Les colons venus d'Atmora descendaient vers les terres plus fertiles du sud.
Toutefois, au cours de l'Ère Troisième, la ville conservait encore une certaine importance. Ses dirigeants étaient encore considérés comme assez importants pour se retrouver associé au trône des Septim. Le coup de grâce vint en 4E 122 lorsqu'une série de tempêtes sapèrent la base de la falaise où se trouvait la ville, précipitant le château séculaire et une grande partie des habitations dans la mer en contrebas.
Seul bâtiment d'importance à avoir survécu, l'académie de magie restait l'ultime témoignage de la grandeur passé d'une ville où avait longtemps vécu l'impératrice Morithatha Septim.
L'académie de Forthiver émergeait de l'océan supporté par un large pilier de pierre et à peine relié à la rive par un pont endommagé.
Sous les clairs bâtiments élevés autrefois par le mage Shalidor, des catacombes oubliées connaissaient le silence.
Cavernes naturelles glaciales, tunnels suintant abritant des araignées géantes... l'hyposcole avait sinistre réputation. Des pentacles accueillaient encore les victimes de sacrifices humains. Des geôles abandonnées rappelaient les "cobayes" qui avaient attendu un sort horrible. On l'oubliait trop souvent, si les Nordiques détestaient la magie, ce n'était pas uniquement parce les elfes honnis la pratiquaient, ils avaient aussi de bonnes raisons... et les cryptes de Fortdhiver le rappelaient.
La forge d'Atronach constituait sans doute le pire témoignage de ce qui pouvait être fait. Après la Crise d'Oblivion et l'invasion de Nirn par des hordes de daedra venus des royaumes extérieurs, le commerce avec les démons n'était plus toléré.

Combien de temps s'était écoulé depuis la dernière fois que quelqu'un avait marché en ces lieux.
La pièce voûtée, constituée de petites pierres sombres, suintait d'humidité. Un soupirail brisé avait laissé entrer une coulée de neige qui s'amoncelait dans un coin. À par une armoire, une table et une chaise, il n'y avait qu'un vaste cercle surélevé, gravé dans la roche et entouré de deux cercles de bougies que des serviteurs mort-vivant remplaçaient régulièrement. Juste devant un support en forme de crâne cornu semblait attendre un objet absent. Des charbons ardents l'entouraient.
Il s'agissait du lieu le plus sinistre de l'hyposcole noire, la partie du labyrinthe souterrain consacré aux études des Royaumes Daedriques.

Il y eut un phénomène prismatique devant la forge d'Atronach.
Là où il n'y avait rien, se tenait un vieil homme qui paraissait avoir soixante-dix ans. Vêtu de noir, enveloppé dans une cape retenue à son cou par un galon d'or, il s'appuyait sur une canne et ses mains étaient gantées de blanc.
Une apparence soignée mise à mal par sa chevelure embroussaillée et sa barbe en bataille que l'on s'attendrait plutôt à voir chez un mendiant. Ses yeux surtouts mettaient mal à l'aise... aucun humain n'avaient les yeux rouges... des yeux qui brillaient d'une flamme étrange comme ceux d'un d'halluciné ou d'un mystique.
À peine arrivé, il se mit à parler.
- Oui, je sais... mon oncle ? Vous n'êtes pas mon oncle... ah ah ah... oui, une bonne blague... où l'ai-je mis ?
Il tendit la main et une épée courte se matérialisa entre ses doigts. La garde ressemblait à deux ailes déployées. La lame consistait en une seule gemme grossièrement taillée dans la forme d'une feuille de laurier.
- Kaléidoscope.
Ce devait être un mot de commande, car l'épée se mit à rayonner du même éclat prismatique qui avait précédé son apparition.
- Je n'oublie pas... l'ancre... oui... les barrières des Direnni... la Tour d'Adamantite... mais ce n'est qu'une invitation...
Posant sa cane contre la table, il ouvrit l'autre main. Une sphère de cristal rouge se matérialisa dans sa main, elle avait la taille d'une tête humaine. S'approchant de la Forge d'Atronach, il la plaça sur le socle vide.
- Fin des préparatifs... pas besoin de sort compliqué... la Vraie Magie...
D'un geste négligeant du poignet il agita l'Épée de Joyaux. Elle rayonna d'une lumière dorée. Le faisceau enveloppa la Forge tout entière.
- Kaléidoscope.
Une lumière prismatique mélangeant toutes les couleurs de l'arc-en-ciel rayonna à l'intérieur du pentacle avant de se condenser en deux silhouettes humaines.
Le premier ressemblait à un homme nu, ses cheveux en bataille étaient blonds, ses yeux bleus. Perturbé par la situation, il garda pourtant tout son calme, regardant autour de lui avant de se concentrer sur son voisin.
- Sire Lancelot ?
Le deuxième homme... portait une armure sombre assez hideuse. Dans la fente de vision du heaume, surmonté d'un panache de crin noir, on ne discernait qu'une lumière rouge. Penché en avant, il se tordit avant d'écarter les bras.
- RrrrrrrR...rRRRRrrrr !
Le vieil homme aux yeux rouges, applaudit.
- Excellent ! Excellent ! Quel enthousiasme !
L'homme blond se tourna vers le magicien.
- Qui êtes-vous ?
- Oh, mais quel hôte méprisable, je suis... appelez-moi... ah oui, oncle Zili !
Si le monstre en armure noir se contenta de continuer à grogner doucement, son compagnon recula instinctivement. Il avait eu son lot de lunatiques au cours de sa vie, après tout il connaissait Merlin et le Magicien des Fleurs n'avait rien d'un individu raisonnable... pourtant là, on pouvait sérieusement douter de la raison d' "oncle Zili".
L'homme choisit pourtant de s'incliner en avant, une main sur le coeur... ce qui ne manquait pas d'être un peu ridicule vu qu'il ne portait aucun vêtement.
- Je suis Gawain, chevalier de la Table Ronde.
Le monstre noir se redressa et hurla à plein poumon...
- Oui, oui, messire Gawain, messire Lancelot, bienvenue en Tamriel...
- Tamriel ?
- Le principal continent de Nirn, vous êtes exactement, au nord, en Bordeciel, précisa aimablement "oncle Zili".
- Euh..; oui...
Sire Gawain secoua la tête et se frotta les bras, il se retenait de claquer des dents.
Le magicien s'approcha de l'armoire et jeta un lot de vieux vêtements.
- Désolé, je ne pouvais pas vous invoquer avec armes et armures. de quoi vous souvenez-vous en dernier...
Gawain ouvrit la bouche et s'interrompit... Camlann... Mordred... puis le sang la douleur...
- Je suis mort ?
- Oui et non... Votre corps est toujours sur le champ de Camlann. Je n'ai invoqué que votre esprit, j'ai eu de l'aide d'un... mécène local pour vous créer un corps.
- Sire Lancelot a son armure.
- Bonne remarque... disons que son corps, son esprit...
Le monstre noir grogna une nouvelle fois
- RrrrrRRRRR... rrrRRRRR !
- Oui... l'esprit... Enfin, il est marqué par les fées et donc son cas est très différent. L'amener ici a été plus facile que pour vous. Sire Gawain, vous êtes loin d'être à pleine force; Vous vous en apercevrez rapidement. Alors que le preux Lancelot du Lac bénéficie encore de l'essentiel de sa force... ainsi qu'une version corrompue d'Arondight, l'Inextinguible Lumière du Lac.
Sire Gawain, le chevalier du Soleil posa la question qui l'obsédait depuis son arrivée dans cette cave froide.
- Que voulez-vous de nous ?
- Rien.
Il fallut quelques secondes pour que Gawain comprenne la réponse.
- Monsieur...
- Oncle Zili !
- ... d'accord... Oncle zili, ce que vous dites n'a aucun sens. Personne ne ramènerait les gens à la vie pour les envoyer dans un autre monde sans raison.
"Oncle Zili" prit l'attitude théâtrale d'un homme en train de réfléchir profiondément.
- En fait... j'ai bien une raison...
- Oui ?
- RrrRRR ?
- Et bien quelqu'un que je n'aime pas à invoqué le roi Arthur pour sauver le monde. Alors je me suis dis aidons- le...
- Mon noble suzerain ?
- RrRRroi ArrRthuRRrrR !
Le cri de Lancelot fit se boucher les oreilles, le monstre noir se contorsionnait en proie à de violentes pulsions.
- ... ou pas. Après tout, invoquer Gawain dont le refus d'accepter la présence de Lancelot à la bataille de Camlann a provoqué la chute du roi Arthur... et Lancelot - complètement fou- et meurtrier des deux frères du dit Gawain et leur dire : " Le monde va à sa fin, sa seule chance est le roi Arthur, retrouvez-le". Cela reviens peut-être à faire passez Skyrim du mode de jeu "facile" à "légendaire". Et là un simple brigand peut tuer l'Enfant de dragon en un coup.
- Je... je ne comprends rien à ce que vous dites... oncle Zili.
- Ce n'est pas grave ! Les lecteurs ont compris !
- Les lecteurs ? Quels lecteurs ?
"Oncle Zili" fit un grand sourire à Gawain.
- Bon je vous laisse, oncle Shéo m'a invité à un festin dans la tête d'un empereur de Tamriel, fou, mort depuis quelques siècles. Le lieu est original n'est-ce pas ? ! Vous devriez venir à l'occasion, un bâton est à gagner. Le fromage est à se damner, parait-il ! Enfin, vous avez peut-être un roi qui a régné et qui visiblement est bien parti pour régner à nouveau à allez chercher, non ? Un conseil cherchez un dragon qui casse tout près de Blancherive. Salut !
Dans un miroitement de lumière arc-en-ciel, "oncle Zili" disparut.
...
... ...
... .... ....
Complètement interdit, sire Gawain resta plusieurs minutes à fixer le vide en secouant la tête.
- Merlin me manque...
- RRRrrr rrR...


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Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots. William Faulkner
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Message par Anaxagore le Mer 1 Mai - 18:18



---Vifazur, 27e jour, 4E 201---

La salle n'était éclairée que par quelques torches fumeuses et des fenêtres étroites pratiquées dans le haut des épais murs de Mornefort, le château qui dominait l'enceinte intérieure de la ville de Solitude.
Appuyée des deux mains sur le plateau de la grande table qui se trouvait au centre de la salle de guerre, le légat Rikke regardait la carte de Bordeciel qui y était déployée. Son regard dur semblait s'adresser à un ennemi personnel. Dans un sens, il s'agissait d'une description assez juste de la situation.
Fille de deux légionnaires impériaux, mais également Nordique, Rikke avait été élevée dans cette évidence: Bordeciel faisait partie de l'Empire. Pour elle, il n'y avait pas là d'objet à débat. Après tout Tiber Septim - Talos - avait fondé l'Empire et c'était un Nordique ! Contester cela lui paraissait aussi absurde que de déclarer que le soleil se levait à l'ouest.
Et pourtant....
Près de la moitié de Bordeciel se trouvait en état de révolte ouverte contre l'Empereur ! Pire, la plupart des officiers rebelles étaient d'anciens légionnaires ayant participé à la Grande Guerre. Cette armée se trouvait sous les Ordres de Galmar Rudepoing, aux côtés duquel elle avait combattu contre les Thalmors... un ami. Elle combattait des frères de races, d'anciens camarades... des amis !
Rikke serra les dents. Ses cheveux blonds coiffés en arrière, la peau marquée de rides amères, sanglées dans une armure d'acier de la Légion, elle n'avait rien d'une adolescente qui découvrait les horreurs de la guerre... non aucun conflit n'était juste.
Entendant des pas, dans l'escalier, Rikke releva les yeux de la carte.
Un homme descendait les marches. Ses cheveux courts avaient la couleur du fer, les yeux enfoncés dans les orbites luisaient d'une intensité peu commune. L'homme devait avoir entre soixante et soixante-dix ans, mais marchait d'un pas ferme, avec des gestes maîtrisés. Il portait une armure magnifique, le plastron orné d'un décor splendide à la feuille d'or, centré sur le dragon impérial. Une courte cape rouge était attachée à ses épaules.
Le général Tullius, cet Impérial représentait la meilleure chance de l'Empire dans la lutte contre l'insurrection des Sombrages.
Rikke l'interpela :
- Je vous le dis, Ulfric va attaquer Blancherive. - Expliquez-moi votre raisonnement, légat.
Comme Tullius rejoignait son lieutenant devant la carte. Celle-ci commença à désigner les diverses châtelleries qui composaient la partie du royaume de Bordeciel restée fidèle à l'Empire.
- Nous sommes ici à Solitude, capitale de Bordeciel et de Haafingar. Nous tenons aussi Markarth et la plus grande partie de la Crevasse... mis à part les Collines Fendues... aux mains des Parjures. À l'heure actuelle, Nous ne sommes au contact des Sombrages qu'ici, en Hjaalmarch. Avec l'hiver, les montagnes et les collines sont devenues presque impassables pour une armée. C'est vrai pour eux, comme pour nous. Toutefois, Ulfric n'a aucune raison d'attaquer Hjaalmarch. Morthal, la capitale, n'est qu'un gros village sans aucune importance stratégique ou économique. De plus, la présence des marais bloquerait tous ses mouvements, l'obligeant à suivre la route.
Le doigt de Rikke désigna ensuite la châtellerie d'Epervine, au sud de la carte.
- Il n'y a qu'un autre passage nous reliant directement aux territoires des Sombrages : le défilé de Helgen. Et c'est un canyon étroit, sinueux et, avec l'hiver, exposé aux avalanches. De notre côté, il donne accès à la châtellerie d'Epervine. Ulfric n'attaquera jamais pas par là. Surtout parce que nous avons posté une importante garnison dans la ville d'Helgen et que cette dernière ferme complètement le défilé. Ce serait un suicide !
Ceci dit, Rikke désigna la ville de Blancherive capitale de la châtellerie du même nom.
- Et voilà les éternels neutres, ceux qui ne prennent pas partie. Blancherive est une plaine tempérée, au milieu de Bordeciel, ouverte de tout côté. À l'exception de Haafingar, cette châtellerie a une frontière commune avec toutes les autres seigneuries. Vous comprenez sans peine l'intérêt stratégique de cette position centrale. La ville de Blancherive est difficile à assiéger, certes, toutefois ses murailles croulent. Endommagées pendant la Crise d'Oblivion et jamais réparées, elles ont également subies plusieurs siècles d'érosion. Il s'agit cependant de la plus riche et de la plus peuplée des capitales de châtellerie. Si Ulfric s'en empare cela renforcera considérablement son armée et son économie. Pour finir, en attaquant un jarl resté neutre, Ulfric marque un important coup politique. Il affirme ainsi à tous que ceux qui ne sont pas avec lui sont contre lui.
Tullius acquiesça. Il approuvait le raisonnement, cependant...
- Pfff, il faudrait qu'Ulfric soit fou, il n'a pas assez d'hommes. - Vous vous trompez, général, sa cause attire de plus en plus de nouvelles recrues. - Légat, ce n'est pas une cause, c'est une rébellion. - Appelez cela comme vous le voulez, mais il a l'appui de Fordhiver, Aubétoile et Faillaise. Croyez-moi, il recrute des forces pour attaquer Blancherive.
Tullius prit un ton songeur:
- Jarl Balgruuf... - Balgruuf s'oppose au droit de la Légion de poster des hommes en garnison dans sa ville. D'un autre côté, il refuse également les revendications d'Ulfric. - S'il repousse la protection de l'Empire, qu'il ne vienne pas pleurer lorsqu'Ulfric pillera sa ville. - Chef ?
Le général se redressa et fit quelques pas, agacé par ces querelles politiques incessantes qui divisaient entre eux les jarls hostiles à Ulfric. En l'envoyant ici, l'empereur Titus Médée II lui avait ordonné de ménager la susceptibilité des roitelets locaux. Certes, Tullius comprenait le raisonnement derrière cette consigne. On ne réglerait pas la guerre civile en jetant des alliés potentiels dans les bras des rebelles. Mais comment pouvaient-ils être aussi aveugles à la situation présente ? Avec la menace du Thalmor sur les frontières sud, jamais l'Empire n'avait autant eu besoin de cohésion. Et tout ce dont il disposait pour régler cette rébellion se résumait à l'unique Légion IV, ainsi que des conscrits locaux... mal armés, mal entraînés et dont le recrutement dépendait des autorités locales !
- Vous et vos maudits jarl ! - Général, vous ne pouvez pas forcer un Nordique à accepter de l'aide. - Si Ulfric désire s'emparer de Blancherive nous devons être là pour l'arrêter. Rédigez une nouvelle lettre pour Balgruuf avec les platitudes habituelles, mais cette fois-i, glissez quelques renseignements sur les plans d'Ulfic . Brodez, si besoin. Nous ferons comme si c'était son idée. - À vos ordres, chef. - Ah, vous les Nordiques et votre maudit sens de l'honneur... - Chef !
Entendant le cliquetis d'une armure et des pas chaussés de fer sur le sol, Tullius se tourna vers la porte qui donnait sur la salle de garde.
Le général était un esprit organisé et méthodique, peu susceptible de céder à la surprise. Toutefois, rien ne l'avait préparé à cette rencontre...
Confus, il regarda le jeune homme... non, c'était une adolescente de petite taille. Pourtant il émanait d'elle une incroyable présence. Elle marcha jusqu'à lui d'un pas vif et s'immobilisa.
Vêtue d'une étrange armure composée d'un plastron orné de dessins bleu, retenant à la taille une jupe métallique en deux parties, elle avait également des gantelets et des bottes. Le tout étant porté par dessus une élégante robe bleue et blanche avec quelques touches d'or.
L'arrivante avait les cheveux blonds comme l'or, réunis en une natte enroulée à l'arrière de sa tête et retenue par un ruban. Le visage était délicat, aristocratique et ses yeux de la couleur de l'émeraude, magnifiques.
Magnétisé par l'apparition, Tullius mis quelques instants à s'apercevoir qu'une deuxième adolescente - plus âgée et légèrement plus grande - accompagnait la première. Sa tenue et sa coiffure n'était pas moins excentrique. Les yeux bridés, la peau légèrement jaune, elle avait les cheveux coiffés en couettes. Son vêtement ne pouvait être plus singulier : une tunique rouge marquée, d'une croix blanche, une très - trop ! - courte jupe noire, des bas et des chaussures également noirs.
Le général Tullius se secoua, attribuant à la surprise de rencontrer deux jeunes femmes aussi étranges, et belles, l'inexplicable admiration qu'il ressentait.
- Mes hommes laissent-ils n'importe qui se promener librement dans le château ? Avez-vous une bonne raison d'être ici ?
La jeune femme en bleue s'inclina légèrement, visiblement peu impressionnée par la diatribe lancée d'un ton pourtant peu amène. - J'ai décidé de rejoindre l'Empire.
- Vous n'êtes pas d'ici... Pourquoi voulez-vous vous battre pour l'Empereur ?
- Je suis un chevalier. En voyageant en Bordeciel, j'ai vu des gens chassés de leurs demeures par les combats. J'ai rencontré des marchands qui n'arrivaient plus à approvisionner les villes en nourriture parce qu'Ulfric brûlait les fermes et massacrait les exploitants. Comme vous venez de le dire, je ne suis pas d'ici. Cependant, puis-je laisser un homme qui entre dans le palais d'un roi pour l'assassiner sous les yeux de son épouse diriger une nation ? Puisse laisser un homme se prétendre roi alors qu'il massacre son propre peuple ?
Les yeux de Tullius s'étrécirent. Le maintient et le charisme indéniable de la jeune femme, la splendeur de sa tenue... et surtout la magnifique épée à sa ceinture, rien de tout cela n'était ordinaire. Non, il ne pouvait y avoir de doute, les dorures, les pierres précieuses du fourreau, la garde, la poignée et le pommeau chargées d'or et d'émaux bleus. Il s'agissait d'une lame digne d'un roi.
- Vous n'êtes pas qu'un simple chevalier...
L'adolescente inclina légèrement la tête.
- Je suis Artoria Pendragon.
Dégainant sa lame, elle la brandit vers le plafond. Une aura dorée entoura alors l'acier acéré.
- Voici Caliburn, l'Épée de la Victoire Promise, l'Épée de la Désignation qui sacre les rois de la Crevasse et qu'eux seuls peuvent brandir.
Le général eut besoin de toute sa volonté pour éviter de faire un pas en arrière. Cette arme... Il sentait un pouvoir immense !
- Le royaume de la Crevasse... Il n'y a plus de royaume de la Crevasse, marmonna-t-il presque inconsciemment.
- C'est vrai, mais Ulfric a massacré les Crevassais et les a poussé à se comporter comme... des Parjures. Le devoir d'un roi, même sans royaume, et de protéger son peuple, ramener la paix.
Tullius avait lu la "Légende de l'Aigle Carmin", il connaissait l'histoire de cette épée que personne n'avait brandie depuis deux mille ans... Comment cette jeune femme... Artoria Pendragon... avait-elle reçu cette arme sacrée ? Elle la méritait. La réaction de Caliburn, comme elle appelait la lame, le montrait bien. Cependant, ce pouvait-il qu'une lignée royale ait perduré en secret pendant des siècles, sans que nul ne le sache ?
- Je dois d'abord vous poser une question. Vous savez que l'ancien royaume de la Crevasse est divisé entre le royaume d'Abondance du roi Sigmayn, et la châtellerie de la Crevasse dirigée par le jarl Igmund de Markarth, deux gouvernements légitimes et reconnu par l'Empire. Souhaitez-vous revendiquer ces terres ?
- Général Tullius, je suis venue offrir mon aide à l'Empire... pas aux Parjures ! Je ne désire nullement m'associer à des gens qui pratiquent des sacrifices humains au nom de divinités hérétiques ou qui massacrent tous ceux qui ne sont pas de leur coterie. Tout ce que je souhaite, c'est défendre mon peuple.
Si Artoria Pendragon ne désirait nullement renverser les dirigeants en place, alors elle pouvait constituer un atout de choix non seulement pour combattre Ulfric, mais aussi pour rallier les Crevassais !
- Bien, dans ce cas, nous pourrons avoir besoin de quelqu'un d'aussi habile que vous. Allez-voir Kikke.
Artoria rejoignit le légat qui avait suivi la conversation, sans mot dire. Rikke eut un sourire un rien carnassier.
- Normalement, les recrues rejoignent la Légion en tant que simples légionnaires auxiliaires. Toutefois, ce serait du gâchis dans votre cas. Et vous, vous désirez aussi combattre pour l'Empire ?
La question s'adressait à Rin. La jeune femme sourit.
- Non, merci... je me contente de suivre mon amie.
- Et qui êtes-vous ?
- Rin Toshaka, je suis mage.
- J'ai entendu votre nom. Vous êtes celle qui a retrouvé le Sonnet du roi Olaf et permis que sa crémation ait lieu.
La jeune japonaise rayonna d'aise.
- Oui, c'est moi même. Bien entendu, j'ai récupéré le poème dans la tombe du dit roi Olaf avec l'aide d'Artoria !
- Je vois....
Rikke échangea un regard avec Tullius. Le général acquiesça. Ce que venait de dire la dénommé Rin ne faisait que renforcer sa première impression, le chevalier montrait d'intéressantes qualités... encore fallait-il le confirmer d'une manière ou d'une autre. Le légat se retourna vers Artoria :
- J'ai un bon pressentiment. Et croyez-moi, un guerrier se fie à son instinct. Nous n'allons pas suivre la procédure habituelle. Vous allez vous rendre à Fort Hraggstad. - Que se passe-t-il à Fort Hraggstad ? - Les anciens ont construit un bon nombre de forts qui parsèment le paysage de Bordeciel. Depuis des siècles, ils sont à l'abandon. Fort Hraggstad est pour l'essentiel intact. Nous avons prévu d'y poster une garnison. Je veux que vous vous rendiez sur place et que vous chargiez d'éliminer les brigands qui y ont élu domicile. Cela me permettra d'évaluer vos capacités... sous pression. - Je vois... considérez que le fort est à vous.
- C'est exactement ce que je voulais entendre, chevalier. La nuit s'étendait sur Solitude. Les gardes de la châtellerie arpentaient les rues à peu près vides, à part quelques ivrognes chantant à la porte du "Ragnard pervers". Malgré leurs armures, les hommes d'armes s'inquiétaient... depuis quelques jours, les attaques de vampires se multipliaient.
Artoria, toujours suivie par Rin, monta les marches qui conduisaient à Mornefort et franchis la porte défendue par deux légionnaires.
La voix du général Tullius se fit entendre depuis la salle de guerre.
- ....consacrer des forces à une espèce de conte de fée ? - Si Ulfric met la main sur cette couronne, ce ne sera plus un conte de fée, ce sera un problème.
Le général arpentait la pièce, agacé. - Les Nordiques ne sont-ils pas fidèles à leurs traditions ? Je croyais que le roi était désigné par l'Assemblée. Nous soutenons Elisif, je suis sûr que lorsque l'Assemblée se réunira, la bonne décision sera prise.
De l'autre côté de la table des cartes, le légat Rikke eut un geste de dénégation.
- Tout le monde n'est pas d'accord avec l'Assemblée. Depuis le temps, vous devriez le savoir, nous suivons notre cœur. - Alors il suffirait qu'Ulfric mette la main sur cette couronne et le voilà Haut-Roi ?! - Non, ce n'est pas si facile. Disons simplement, qu'il aurait davantage de facilité à réunir des partisans autour d'un symbole aussi puissant que la Couronne d'os. Néanmoins, si nous la trouvions en premier... - ... et la donnions à Elisif, compléta Tullius. - En l'absence de l'Assemblée, cela contribuerais à légitimer sa revendication. - Très bien, je vous donnerais ce que je peux, mais si c'est une perte de temps et d'hommes... - Vous ne le regretterez pas.
Rikke se retourna ensuite vers Artoria, qui attendait à l'entrée de la salle.
- Je suis ravie de vous revoir... et en un seul morceau. Je vais immédiatement envoyer des hommes à Hraggstad. Vous avez fait de l'excellent travail, chevalier. Si vous voulez toujours rejoindre l'Empire, allez parler au général Tullius, il vous fera prêter serment.

La cérémonie fut très brève, un simple engagement auprès des aedra et des daedra à vouer une obéissance éternelle à l'Empereur Titus Médée II au travers des officiers de son "glorieux empire". Une fois ceci terminé, le général Tullius demanda à Artoria de le suivre jusqu'à un petit salon aménagé dans un angle de la salle de garde.
- Je me pose beaucoup de question sur vous, dame Pendragon. Aucune maison noble de Hauteroche ne s'appelle "Pendragon". Vous avez le maintien d'un roi, l'épée d'un roi mais... pas de royaume. Qui êtes-vous ?
- Mon père était roi. Il est mort quand j'avais huit ans. Ma mère était l'épouse d'un de ses féaux, elle fut violée par mon géniteur... À ma naissance, je n'ai pas été reconnue parce que mon père désirait un fils. Il demanda au mage de sa cour de m'emmener au loin. Ce dernier me confia à un vieux chevalier, sir Ector. Je fus élevée pour pratiquer le métier des armes. Bien que ma demeure fût pauvre, on m'enseigna à me conduire selon mon rang de naissance.
- Je vois... qui est votre père ?
- Laissons les morts en paix.
Rien de ce que venait de dire Artoria n'était un mensonge, elle avait juste omis de préciser que son père n'avait pas régné en Hauteroche.
Tullius se leva et le Roi des Chevaliers le suivit.
- Vous avez entendu ma conversion avec Rikke ? Qu'en pensez-vous ?
- Vous ne devez pas laisser l'initiative aux Sombrages. Vous devez attaquer sur leur terrain pour les forcer à consacrer une partie la plus importante possible de leurs forces à la défense. Plus ils auront d'hommes répartis dans des forts pour défendre leur territoire, moins ils en auront pour attaquer. De plus, vous devez prendre en compte que vous possédez l'avantage d'avoir une armée formée de professionnels aguerris. Ulfric - quant à lui- doit bâtir la sienne à partir des gardes des châtelleries. Plus vous lui donnez de temps pour les entraîner, plus vite il arrivera à forger un instrument de guerre cohérent. Vous devez l'obliger à réagir au plus tôt, et donc à employer contre vous des soldats encore inexpérimentés.
Tullius parut surpris.
- Excellente analyse stratégique. Et pour la Couronne d'Os ?
- Je n'ai jamais entendu parler d'elle. Néanmoins, le simple fait que ce soit un des objectifs d'Ulfric m'inspire de chercher à le contrecarrer. Tout ce qui contrarie ses plans nous est favorable.
Ils venaient de revenir près de la table des cartes où Rikke préparait son expédition, en compagnie d'un autre légat. Rikke intervint :
- Vous avez entendu ma conversation avec le général Tullius. Vous savez donc que Galmar Rudepoing, le bras droit d'Ulfric, pense savoir où se trouve la Couronne d'os. Je connais Galmar. Nous avons combattu ensemble à de nombreuses reprises, il n'est pas du genre crédule. S'il dit que la Couronne d'Os est à Korvanjund, alors elle y est surement. Rin devança Artoria pour poser la question qui lui brûlait les lèvres : - Qu'est-ce que la Couronne d'Os ? - Il s'agit d une relique d'un Âge d'Or oublié. Une couronne faite d'os et de dents d'anciens dragons, elle décuplerait la puissance de celui qui la porte. Elle daterait du règne du roi Harald, voire d'une période antérieure. On a perdu sa trace à la mort du roi Borgas, victime de la Grande Chasse, des purges contre les Elfes ordonnées par l'Ordre Alessien. La mort de ce souverain provoqua des guerres de successions, et l'emplacement de son tombeau fut perdu. Or, Borgas aurait été enterré avec la Couronne d'Os. Le Roi des Chevaliers se rembrunit, tandis qu'elle réfléchissait à voix haute
- Je comprends, il s'agit d'une couronne, magique, légendaire, portée par le dernier roi de l'Âge d'Or de Bordeciel. Si un des camps s'en empare, il lui serait facile de présenter son candidat comme LE roi légitime, héritier de cette lointaine époque. Un avantage indéniable pour gagner le cœur des foules et obtenir le ralliement des indécis.



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Message par Anaxagore le Sam 4 Mai - 16:55


---Vifazur, 29e jour, 4E 201---

Le nord de Bordeciel, en hiver, se couvrait de neige à l'infini. Les collines et les forêts se drapaient d'un blanc manteau. La bise qui soufflait depuis la Mer des Fantômes gelait tout. Les rivières charriaient des blocs de glace et les chutes d'eau voyaient naître d'improbables sculptures de glace semblable aux plus beaux travaux de verre filé.
Un paysage d'une beauté mortelle.
Outre le froid proprement dit, les patrouilles de légionnaires à cheval avaient signalé des meutes de loups arctiques à la fourrure blanche, des trolls des neiges et même des spectres de glace. Ces dernières créatures - malgré leur nom - n'étaient pas des mort-vivants. Il s'agissait de vers géants carnivores qui ne vivaient que dans les zones les plus froides de Tamriel. De manière étrange, ces créatures flottaient au-dessus du sol. Translucides, les spectres étaient difficiles à distinguer à plus de quelques mètres et surtout leur métabolisme à très basse température réfrigérait leur environnement, faisant naître des stalagmites de glace sur leur route.

Venu du nord-ouest, de la châtellerie de Hjaalmarch, une armée descendait vers le sud, en direction de Blancherive. Toutefois, son but était bien plus près. La tombe de Korvanjund se trouvait à l'est de la route, dans les collines.
La longue colonne, formée par plusieurs cohortes de la Légion IV, renforcée par des auxiliaires, s'étirait interminablement. Les hommes ressemblaient à des animaux de charges. Non seulement les légionnaires portaient leurs armures et de leurs armes, mais un havresac avec des vivres, du matériel de campement leur brisait le dos. Comme son équivalent terrestre, la légion cyrodilique ne s'encombrait pas d'un train de ravitaillement... trop vulnérable. Les soldats devaient transportaient eux-mêmes tout ce dont ils pouvaient avoir besoin.
Au milieu de ce long défilé d'hommes lourdement chargés, quelques charrettes transportaient des officiers... ainsi qu'Artoria Pendragon et Rin Tohsaka.
Le légat Rikke, chef de cette armée, chevauchait à proximité. Ce fut elle qui aperçut le cavalier solitaire, qui revenait vers eux. L'homme portait l'armure d'acier de la légion, avec ses protèges-bras ornés du dragon impérial et un casque assez semblable à la coiffure corinthienne des hoplites grecs. Orné d'une crête, il avait deux fentes pour les yeux et une fente grillagée, verticale, devant la bouche et le nez... assez impressionnant.
- Salut à toi Rikke, éclaireur Titus Sulpicius au rapport.
- Salut Titus Sulpicius. Avez-vous repéré l'ennemi ?
- Affirmatif ! Les Sombrages sont actuellement aux prises avec une armée de draugr ! Les rebelles sont positionnés au nord de Korvanjund. Ils s'interposent entre le tombeau et l'armée de mort-vivants. Celle-ci semble venue des montagnes de Fordhiver.
Rikke sembla surprise par cette nouvelle.
- Des draugr... hum... visiblement, la Couronne d'Os n'est pas précieuse seulement pour les vivants. Même mort, le roi Borgas ne semble pas désireux de la céder !
Le légat se tourna vers le tribun Octavius Curio.
- Faites presser le pas !

La rébellion des Sombrages était encore un phénomène récent et les affrontements entre la Légion impériale et les "Fils de Borceciel" - comme ils préféraient se faire appeler- se résumaient jusque là à quelques raids localisés, des escarmouches et des embuscades. Ces heurts limités ne concernaient que quelques dizaines de combattants à la fois.
Korvanjund fut la première vraie bataille.
L'ironie voulut qu'il s'agisse d'un conflit à trois factions, chacune étant l'ennemie des deux autres.
Premiers arrivés sur les lieux, les Sombrages alignaient une force de près de dix mille combattants. Pour la majorité, il s'agissait de simples recrues (ou Unblooded, parce qu'ils n'avaient pas encore versé le sang) portant l'armure des gardes d'Estemarch. Toutefois, il y avait aussi des vétérans (Sangs de Glace) souvent des anciens de la Légion ou des thanes des châtelleries en révolte. Ces derniers utilisaient des armures d'acier avec, souvent, des casques à cornes.
L'organisation de cette armée restait minimaliste. Ils se regroupaient autour de chef de guerre dans des formations de mille hommes appelées "Bannières". L'infanterie se divisait en trois types d'unités : archers ; armes à une main (hache, masse et épée) et bouclier ; armes à deux mains (hache d'arme, marteau de guerre, espadon). Au sein de chaque formation l'armement n'était pas standardisé et de qualité médiocre. Nombre d'archers utilisaient des arcs de chasse au lieu d'armes conçues pour percer des armures.
Les Sombrages alignaient une cavalerie légère portant l'armure des gardes, des armes à une main et des boucliers, la version montée des Unblooded. Toutefois, ils pouvaient aussi compter sur les housecarls d'Estemarch. Montant des destriers de guerre, ils étaient revêtus de l'armure de plate nordique au heaume décoré d'ailes.
L'élite des Sombrages regroupait les "Berserkers" (Littéralement : " les guerriers-fauves"). Ces fantassins se caractérisaient par leurs pelisses en fourrure d'ursidé. La tête de la dépouille recouvrait leur casque, les faisant ressembler à cet animal. ils combattaient avec des armes à deux mains, ou avec les griffes qui garnissaient leurs gantelets.

Les Draugr n'alignaient que cinq mille combattants et aucune cavalerie. Ils avaient la même formation de base que les Sombrages... sans doute datait-elle de leur époque. Les morts se regroupaient en bandes de trois cent hommes, à peu près, sans doute les survivants d'une ancienne" Bannière". On retrouvait la même division de base entre armes à une main, deux mains et archers. Mais au sein d'une même unité, il n'y avait aucune homogénéité, chacun semblait taper avec ce qu'il avait sous la main. Nombre de draugr ne portaient que des haillons. Le reste s'équipait de vestiges d'armures piquées par la rouille. Les casques s'ornaient parfois de cornes ou de ramures de cerfs.
La plus puissante des armes des draugr restait... leur aspect. Momifiés, les yeux envahis d'un feu bleu, ils terrifiaient ceux qui les affrontaient.

Les deux armées ennemies se trouvaient déjà aux prises lorsque les Impériaux arrivèrent sur le champ de bataille.
Aussitôt, la Légion se rangea en ordre de bataille, adoptant la formation Triplex Acies, dix cohortes se plaçant en quinconce sur trois lignes. Ou pour être plus exact, vu la configuration du terrain, les troupes du légat Rikke s'organisèrent en L, au sommet d'une colline faiblement boisée.
La première ligne se composait de trois cohortes de piquiers en armures d'acier, des vétérans armés de longues hastes de près de quatre mètres et demi. Chaque cohorte se tenait à bonne distance de sa voisine. Les centuries qui la composaient s'étalaient de manière à former des hérissons défensifs indépendants.
La seconde ligne regroupait des épéistes portant un bouclier au bras gauche. Il y avait quatre cohortes, leurs positions étaient alternées avec celles de la première ligne. Ce qui voulait dire que les formations du centre fermaient les brèches laissées par les piquiers, tandis que les formations latérales les bordaient de part et d'autre.
Hélas, cette seconde ligne était majoritairement constituée d'auxiliaires. Non seulement, ils n'avaient jamais connu le feu, mais en plus, ils portaient- en guise d'armure- une tunique de peau (avec parfois un renfort de mailles sur les épaules) un casque de cuir, des protège-bras et des protège-chevilles également en cuir. Même leur bouclier en forme de diamant était en peau.
La dernière ligne pouvait être vue comme un miroir de la première puisque formée de trois cohortes placées symétriquement. Les légionnaires qui la composaient combattaient à la lance. Il s'agissait uniquement de recrues avec les mêmes armures que ceux de la seconde ligne. Seuls les centurions et les signiferi (porte-enseignes) avaient des armures d'acier.
Rin Tohsaka regardait le spectacle depuis l'éminence occupée par l'état-major, clairement impressionnée par ce damier vivant qui se mettait en position défensive.
Les escadrons de cavalerie lourde s'étaient regroupés à l'extrémité est du L, légèrement en retrait de la première ligne, de manière à bloquer toute tentative de contournement du dispositif défensif.
Cependant, en dépit de son nom de Triplex Acies, la formation de la Légion se composait en réalité de... cinq lignes. En effet, les archers et l'artillerie n'étaient pas comptés. Les premiers constituaient une ligne d'escarmouche déployée en tirailleur, en avant des piquiers, mais à l'abri de rangées de pieux. Ils venaient de les planter, devant leur position, de manière à arrêter toute charge de cavalerie.
En arrière des trois lignes principales, on dételait des attelages de chevaux qui avaient trainés des catapultes et des balistes. Des chariots débarquaient des tonneaux de poix, des boulets de pierres, des traits empennés semblables à d'immenses viretons d'arbalètes. Ces machines de guerre formaient la ligne d'artillerie. Avec eux se trouvait l'escadron de cavalerie qui servait à la fois de réserve générale et de gardes du corps au légat Rikke.
En tout, cette force regroupait sept mille six cent hommes.
Alors que l'agitation de la mise en ordre de bataille s'apaisait, les hommes s'immobilisèrent. Le vent glacial, chargé de flocons de neige, faisait claquer les manteaux des officiers, et les derniers mouvements se résumaient à la course des estafettes à cheval. Le légat Rikke se dressa sur les étriers de son cheval, braquant son épée nordique vers le ciel :
- Sonnez buccins et trompettes.
Regroupés derrière l'aqualiferi - le porteur d'enseigne de la quatrième légion - les musiciens militaires jouèrent "Aux ordres" faisant taire les conversations.
- Légionnaires, citoyens de l'Empire, écoutez-moi ! Devant vous se trouvent les rebelles qui ont assassiné le roi Torygg. Ils se proclament "Fils de Bordeciel". Mais tous les vrais nordiques savent qu'ils ne sont que des barbares sanguinaires et stupides s'accrochant à des usages depuis longtemps abandonnés. Bordeciel a besoin de l'Empire, de ses lois. Ensemble, Nordiques et Cyrodiliens représentent la plus grande chance de l'humanité. Bordeciel fait partie de l'Empire ! Ce sont des Nordiques qui ont fondé l'Empire. En rejetant tout cela, Ulfric condamne Bordeciel et foule au pied près de sept siècles d'histoire. Ne craignez pas vos ennemis, mais ne les prenez pas à la légère pour autant. Nombre d'entre eux ont fait partie de la Légion. Ce sont des rebelles, mais ils savent se battre. Quant aux draugrs... La Légion a vaincu bien pire que ça. Souvenez-vous de bataille de la Cité Impériale contre Mehrunes Dagon. Menés par Martin Septim, vos glorieux prédécesseurs ont vaincu les daedra d'Oblivion et sauvé Tamriel tout entière. Ce ne sont pas quelques bandes de vieux cadavres ambulants qui vont vous impressionner, légionnaires ! Pour l'Empire ! Pour la Légion ! Pour la gloire de l'empereur Titus Médée II ! À la victoire, citoyens !
Une formidable ovation salua le bref discours de Rikke.

Les ennemis n'avaient évidemment pas raté le déploiement des légalistes. Des troupes draugr et sombrages quittaient la mêlée qui les opposait pour faire face à ce nouvel adversaire.
Au premier rang d'une centurie d'épéistes vétérans, appuyée sur son épée plantée devant elle, Artoria secoua la tête... consternée ! "Un antagoniste idiot est un cadeau des dieux !" L'adage n'avait jamais été aussi juste qu'en ce moment. Les troupes qui se ruaient vers les lignes impériales n'avaient aucune formation, aucune coordination entre elles et... le Roi des Chevaliers vit même une unité de Sombrage attaquer des draugs qui s'étaient trop approchés !
Il existait trois méthodes pour vaincre dans la bataille.
"Par la manœuvre" consistait à positionner une troupe - généralement de la cavalerie- de flanc ou à revers, de manière frapper assez vite et assez fort une armée, là où était vulnérable. Le but étant de lui faire perdre son organisation et qu'elle se débande dans la panique.
La seconde méthode, "par le feu", consistait à écraser l'ennemi avant qu'il n'arrive au contact grâce à des tireurs et des machines de guerre. Levant les yeux pour suivre la trajectoire ignée des boulets de catapultes recouverts de poix et les traits de balises enflammées, Artoria acquiesça. D'évidence, il s'agissait de la tactique adoptée par Rikke.
La dernière méthode, "par le choc", consistait simplement à charger en hurlant pour tuer tout ce qui se trouvait en face. Ce pouvait être un procédé décisif... si on avait de meilleures troupes, la supériorité numérique et que l'on acceptait de lourdes pertes. Mais cela ne marchait jamais si l'adversaire ne se trouvait pas dans une position préparée ou favorisant naturellement la défense. Or, les draugrs et les Sombrages qui montaient vers eux étaient en infériorité numérique - le gros de leur force étant déjà engagé l'un contre l'autre- alors que les piquiers impériaux- disposés en haut d'une colline- avaient un énorme avantage en défensive.
- Encochez ! ... préparez-vous... Feu !
Les ordres des officiers commandant aux archers précédèrent l'envol d'un bloc compact de flèches. Puis, atteignant l'apex de leur trajectoire, les traits retombèrent sur la masse d'ennemis qui se ruaient vers eux. Des brèches sanglantes s'ouvrirent dans ses rangs. Déjà, une autre volée partait dans le claquement des cordes d'arc. La troisième se trouvait encore dans le ciel parcouru de nuages gris que les sagittaires entamaient leur retraite pour se réfugier dans les carrés de légionnaires de la seconde ligne.
Pendant ce temps, les cavaliers sombrages avaient atteint la barrière de pieux plantée par les troupes d'escarmouche. Pour éviter de s'empaler contre les pointes de bois, ils ralentirent et contournèrent soigneusement l'obstacle... Se faisant, ils perdirent tout l'avantage de la charge et se retrouvèrent face aux hérissons des piquiers... incapables de s'attaquer aux porteurs de sarisses.
Les archers sombrages venaient d'arriver à portée et ouvrirent le feu. Autour d'Artoria, les flèches retombèrent en pluie, blessant et tuant les légionnaires. Toutefois, les agresseurs se désignèrent ainsi à la vindicte de leurs homologues de la Légion... mais aussi de ses machines de guerres ! Boulets embrasés, et autres projectiles ne tardèrent pas à opérer des coupes sombres parmi les assaillants.
La bataille venait à peine de commencer que l'avantage des Impériaux se révélait écrasant !

Les draugr étaient enragés. Ils venaient de franchir le barrage de pieux qui précédaient les lignes impériales, passant par la brèche qui se trouvaient à l'angle du L formé par le dispositif. Les mort-vivants poursuivaient les archers qui les avaient criblés de flèches. Ces derniers couraient, à présent, parallèlement à la première ligne des piquiers. Comme les draugr offraient leur flanc à ces derniers, ils s'ébranlèrent pour profiter de cette énorme faute tactique.
Comprenant le danger, les archers mort-vivant ouvrirent le feu... mais cela n'eut guère d'effet. Dans une phalange de piquiers, les hommes au-delà du cinquième rang ne pouvaient pas utiliser leurs sarisses contre leurs ennemis. Cela ne voulait pas dire qu'ils ne servaient à rien. À partir du sixième rang, les piques étaient tendues en oblique par dessus l'épaule du soldat du rang immédiatement devant le sien. Les hampes de bois dressées les unes auprès des autres formaient un véritable obstacle, faisant ricocher les traits lancés par l'ennemi.
Bien que les piquiers ne puissent avancer qu'au pas, le choc entre leur bloc, compact, et les draug, étirés, tourna immédiatement en la faveur des premiers. Les mort-vivants n'arrivaient pas à approcher, tenus à distance par les longues piques. Tandis que les hastes pouvaient frapper à loisir.
Néanmoins, les ennemis les plus avancés continuaient la poursuite. Alors, le tribun Pulus Secindus s'avança, pointant l'épée vers les draugr :
- Porro ! (À l'assaut !)
La cohorte d'épéiste où se trouvait Artoria répondit d'un formidable cri de guerre sorti de centaines de poitrines. Le centurion Hadvar donna ses propres ordres :
- Au pas rapide ! Avancez !
Comme il était le Pilus Prior, le commandant de la première centurie et du premier manipule, ses consignes s'adressaient à toute la cohorte. Leur arrivée en première ligne ne pouvait échapper aux archers ennemis qui concentrèrent leurs tirs contre eux. Les effets furent maigres, les légionnaires vétérans portaient des armures d'acier segmentées et de solides casques. De plus, ils avaient au bras gauche un solide bouclier de bois de hêtre. En forme de diamant, il était recouvert pas une applique en acier représentant le dragon impérial.
Alors que les soldats sur le flanc le plus explosé s'abritaient derrière leurs écus, ceux qui se trouvaient au centre les levaient au-dessus de leur tête. Aussi, la plupart des flèches se fichèrent dans ces protections.
- Au pas de charge, cria Hadvar.
Les légionnaires se mirent à courir pour franchir les derniers mètres les séparant des draugr. Caliburn tenue à deux mains, Artoria se concentra avant de pousser une courte exclamation.
Le Roi des Chevaliers avait besoin de relâcher son énergie magique en criant, car l'usage de la magie nécessitait une sorte d'autohypnose, un focus qui servait de déclencheur.
Alors que le cœur de dragon de la fille d'Uther Pendragon produisait des flots de prana... la résistance de l'air diminua autour d'elle, lui permettant de bondir en avant sans être ralentie par la friction.
Ce qui suivit dura à peine le temps d'un clignement de paupière. Combination Air, également appelée Wind King's Slice était une technique à l'épée crée par Artoria. Destinée à provoquer une brèche dans les rangs ennemis, elle combinait trois attaques rapides contre des adversaires proches, suivie par une ruée en avant pour porter un coup final contre un quatrième plus éloigné.
Pour les légionnaires qui suivaient la jeune femme, celle-ci disparue d'un coup, ne laissant derrière elle que des images rémanentes -auprès de trois draugr - avant de réapparaître à côté d'un quatrième.
Tandis qu'elle baissait Caliburn, le quatuor de momie s'effondra, la dernière ayant même été proprement coupée en deux.
L'assaut brutal provoqua l'effondrement du mur de bouclier élevé par les mort-vivants. Les légionnaires élargissant la percée opérée par le roi de Bretagne. Toutefois, Artoria était encore loin d'avoir retrouvée toute son ancienne puissance. Une douleur dans la poitrine l'avertit qu'elle venait de trop pousser son cœur encore immature.
Bien entendu, le moment ne pouvait être plus mal choisi. Des ennemis l'entouraient, des draugr et leurs chiens de guerre.
Les minutes suivantes ne lui offrirent que peu d'occasion de porter un coup. Les adversaires la pressaient trop pour qu'elle fasse plus qu'esquiver et parer. Et lorsqu'elle touchait, Caliburn ne faisait que peu de dégâts. Après tout, ils étaient déjà morts et leur percer la poitrine n'y changeait rien. Pour les détruire, il fallait les couper en morceau.
Haletante, elle venait de se jeter de côté alors qu'une lame sifflait à l'endroit où elle se tenait, Quant un grognement la prévint de l'attaque d'un chien de guerre. Le canidé momifié l'avait contournée pour bondir dans son dos. Cependant, même épuisée, ses réflexes surclassaient largement ceux d'un homme ordinaire. Les crocs du chien se refermèrent sur l'épais gantelet qui protégeait sa main gauche. Les lames métalliques qui remontaient jusqu'à son coude et formaient une targe capable de parer des épées. Les vieux crocs jaunis se brisèrent sur la protection.
Restait la force même de l'attaque. Plutôt que de résister, Artoria accompagna le coup. Elle roula au sol, décochant un coup de pied dans le ventre du monstre et se releva dans le mouvement. Trois coups d'épées plus tard, il ne bougeait plus.
Autour du Roi des Chevaliers, la mêlée devenait de plus en plus violente. Les légionnaires déferlaient, détournant de plus en plus de draugr... jusque là concentrés sur elle. Toutefois, un seigneur mort-vivant s'avança, la désignant de sa masse d'arme en ébonite.
- Aar Vin Ok !
Bien que le chevalier ne parle pas le draugr, elle n'avait pas besoin de traduction exacte... Vu que les mort-vivants les plus proches convergeaient vers elle, leur chef venait sans doute de la désigner comme cible prioritaire.
Artoria grimaça. Elle aurait aimé avoir un peu de temps pour laisser son cœur de dragon se reposer. La jeune femme brandit Caliburn qui se mit à étinceler d'une éclatante lumière dorée qui éclata un instant plus tard en un flash éblouissant. Technique purement magique, Starlight (Convergence) pouvait être vue comme une variante de l'attaque par projection d'énergie. Cependant, l'éclair se contentait d'aveugler et étourdir.
Une main pressée sur sa poitrine douloureuse, Artoria s'éloigna de ses adversaires. Toutefois à l'extérieur du cercle de ses victimes... dont quelques légionnaires sonnés... les autres ennemis restaient plus que déterminé à la tuer. La femme chevalier tua un autre chien momifié avant de se retrouver face au seigneur draugr. Ce dernier n'avait pas l'intention de prendre le moindre risque. Sa bouche s'ouvrit largement alors qu'il prenait une profonde inspiration :
- Zun !
Le Thu'um, le cri de dragon, arracha Caliburn à sa main, la faisant tomber au sol. Désarmée, la jeune femme plongea immédiatement pour la saisir, parant d'un revers de son gantelet la masse d'arme qui visait sa tête.
Debout, Artoria frappa le seigneur draugr en pleine poitrine. L'Épée de la Victoire Promise le transperça de part en part. Toutefois, il en fallait plus que ça pour tuer un mort. Le monstre leva sa masse pour frapper.
- Caliburn !
Criant le nom de sa lame, le Roi des Chevalier chargea la lame de prana. Un flot de lumière dorée empala le mort-vivant. Une puanteur de vieux cuir brûlé s'éleva comme sa poitrine explosait et qu'une colonne de flammes bleues l'enveloppait, l'incinérant.


À l'arrière, auprès de l'état-major du légat Rikke, Rin Tohsaka avait pu suivre toute la bataille depuis une position dominante.
Les draugr et les Sombrages avaient subis de lourdes pertes avant même d'arriver au contact... D'ailleurs, si les mort-vivants n'avaient pas hésité à charger, presque sans préparation, les Fils de Bordeciel avaient préféré tâter le terrain. Cherchant d'abord à museler les catapultes, et affaiblir les positions impériales grâce à leurs archers. Néanmoins, ce fut l'inverse qui arriva.
La pluie de flèches tirée par les légionnaires, les boulets et les traits incendiaires des machines de guerre décimèrent les tireurs adverses, les terrorisant. Quant aux timides assauts lancés contre Triplex Acies, ils n'ébranlèrent pas la première ligne, par contre les rebelles laissèrent de nombreux cadavres derrière eux.
Galmar Rudepoing, chef de l'armée sombrage, venait de défaire les draugr, non sans subir de lourdes pertes. Voyant que plusieurs bannières décrochaient sans ordre... voire en complète déroute, il sonna la retraite. La bataille était perdue. Il pouvait juste espérer qu'un repli rapide lui permettrait de sauver le gros de son armée.
Toutefois, Le légat Rikke n'entendait pas le laisser faire. Les catapultes visèrent les troupes qui reculaient et de plus en plus de Sombages rompirent les formations, jetant leurs armes pour courir plus vite. Galmar tenta bien d'organiser un recul en tiroir, mais les buccins et les trompètes impériales sonnèrent la charge.
Contournant largement la ligne de bataille sombrage, la cavalerie légionnaire chargea de flanc leurs archers. Épuisés, démoralisés, décimés, les tireurs n'offrirent guère de résistance et s'enfuirent immédiatement. Les troupes en retraite qui les virent arriver en courant, pourchassés par les cavaliers ennemis, lâchèrent leurs armes et se mirent à leur tour à courir...
Rien n'est plus contagieux que la panique, en quelques minutes la retraite se mua en sauve-qui-peut général. La suite se mua en une simple corvée de nettoyage. Les légionnaires à cheval rattrapaient un groupe, tuaient quelques hommes, désarmaient les autres, ne laissant que quelques soldats pour les escorter jusqu'aux fantassins qui prenaient part à la course poursuite. En moins d'une heure, toute l'infanterie ennemie avait été rattrapée. Seuls les survivants des unités de cavalerie et les officiers à cheval parvinrent à fuir.

Le bilan était sans appel.

Les Impériaux perdirent exactement 389 hommes, et eurent 800 blessés.
4 000 Sombrages périrent (dont 1 200 en affrontant les draugr) et 5 000 autres furent faits prisonniers par les Impériaux. Moins de 500 survivants (dont Galmar Rudepong) retournèrent dans leurs lignes. Les autres désertèrent ou moururent de leurs blessures.
Il n'y eut probablement aucun rescapé dans la horde draugr.

Les Impériaux n'avaient pas seulement vaincu, ils avaient annihilé deux ennemis distincts, les effaçant de la surface de la planète.







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Message par Anaxagore le Jeu 9 Mai - 14:14

---Vifazur, 29e jour, 4E 201---

Une fois encore, Artoria Pendragon, roi de Bretagne, se trouvait au sommet d'une colline jonchée de cadavres et d'armes plantées dans le sol.
Au moins, le soleil - invisible derrière les nuages- se trouvait encore haut dans le ciel. Sinon, elle se sentirait de retour sur la Colline Rouge de Camlann.
Appuyée d'une main sur Caliburn, Artoria s'efforçait de reprendre sa respiration, la bouche sèche... et pliée en deux par une violente douleur heurtant sa poitrine.
Visiblement, il était encore bien trop tôt pour recourir à un Noble Phantasm, même appartenant à la catégorie anti-personnel. Son cœur de dragon protestait.
Artoria n'était pas complètement humaine. Certes, sur son monde natal, on pouvait naître avec des circuits magiques, un système nerveux artificiel capable de convertir l'énergie vitale en énergie magique. Rin Tohsaka constituait un parfait exemple de magus avec de puissants circuits magique.
Cependant, jamais la jeune fille n'aurait été capable de contrôler et d'utiliser Caliburn, elle serait morte en essayant. Car, peu importe la qualité des circuits magiques d'un magus, ils ne faisaient que transformer d'od (l'énergie vitale) en prana (énergie magique utilisable). Seuls des êtres prédestinés pouvaient en produire assez pour activer un Noble Phantasm.
L'od, était générée et stockée dans le cœur d'un individu, conformément aux anciennes croyances qui en faisaient la source de la vie et le siège de l'âme. Artoria, grâce aux manipulations de Merlin, avait en elle l'organe d'un dragon.... un cœur encore immature qu'elle avait forcé à produire bien plus d'od qu'il était normalement possible. Avec un coût qui ne pouvait être vu comme léger.
Seule la force de sa volonté lui permettait de rester debout. Heureusement, contrairement aux individus ordinaires qui pouvaient endommager définitivement leurs circuits magiques en les surchargeant, Artoria bénéficiait d'un facteur naturel de régénération.
- C'était incroyablement imprudent !
Artoria redressa la tête pour regarder Rin, le visage rouge de colère.

Rin Toshaka avait assisté à toute la bataille, y compris l'activation de Caliburn. Comme elle traversait les rangs des légionnaires cyrodiliques en armure lourde, la jeune Magus entendait autour d'elle les murmures stupéfiés des soldats de l'Empire.
- J'avais entendu parler d'épée magique mais... c'est plus que ça, non ?
- Comme dans ces anciennes légendes...
- Qui est-elle ?
- Quelqu'un sait qui elle est?
- Je l'ai vu sous la tente de Rikke au bivouac...
Le cercle de légionnaires entourait le Roi des Chevaliers, sans oser s'approcher plus d'une dizaine de mètres. Les sentiments des Impériaux étaient mitigés : impressionnés, admiratifs... mais aussi craintifs. Rien ne les avait préparé à voir une légende prendre vie... surtout une légende qu'ils ne connaissaient pas.
Arrivée au premier rang, Rin serra les poings de colère. Artoria n'était pas seulement à bout de souffle, comme semblait le croire les Légionnaires. Comment ne pouvaient-ils pas le voir ? La main qu'elle appuyait sur son sein gauche tentait vainement de contenir la douleur. Le chevalier s'était trop poussé, sans égard pour ses propres limites. La Magus serra violement les poings, sans vraiment savoir pourquoi cela l'indignait à ce point.
- C'était incroyablement imprudent !
Artoria releva la tête. Le visage du Roi des Chevaliers était sali par la poussière et le sang séché, un masque sillonné par des gouttes de sueur.
Les yeux d'émeraude parcoururent les rangs des Légionnaires. Artoria se redressa, soudain consciente de montrer de la faiblesse face aux soldats qu'elle devait inspirer.
- Non, j'ai créé une brèche dans la formation ennemie et neutralisé le Seigneur Draugr qui conduisait la Bannière... Cela a écourté l'affrontement, minimisé les pertes. C'est ce qu'il fallait faire.
- Mais... tu ne peux pas te jeter comme ça dans la mêlée sans te soucier des blessures que tu vas recevoir.
Les yeux d'Artoria s'étrécirent. La flamme qui y brûlait reflétait fierté et colère, Rin avait mal choisis ses mots.
- Rin, tu es mon amie, mais cela ne te donne pas le droit de questionner mes décisions.
- Ce... ce n'ai pas ce que je voulais dire.
Artoria leva une main dans un geste impérieux.
- Rin je suis un chevalier, j'ai rejeté toute faiblesse. C'est ainsi, j'ai fait ce choix il y a longtemps.
La jeune femme aux cheveux d'or leva Caliburn. L'écoutant, les légionnaires oublièrent sa petite taille, et la jeunesse évidente de celle qui avait guidé leur assaut. Ils acquiescèrent, comprenant le sens profond derrière les mots simples qu'elle employa :
- Pour celui qui tient une épée, il y a une vérité. Une fois qu'il est entré sur le champ de bataille, il infligera la souffrance, il souffrira, il luttera pour la victoire. Je ne faiblirais jamais. J'emploierais toute ma force pour obtenir la victoire. Car, jamais je n'imposerais plus à quiconque - amis ou ennemi- que je ne m'imposerais à moi-même. Autrement, cela serait faire insulte à ceux qui tuent et meurent.
Ses yeux parcoururent les hommes.
- La bataille n'est pas encore tout à fait finie. Nous sommes venus pour retrouver la Couronne d'Os et éviter que le rebelle Ulfric ne la ceigne et ne s'en serve pour appuyer ses revendications au trône de Bordeciel. Légionnaires, me suivrez-vous ?
On lui répondit d'une ovation.

L'entrée de Korvanjund ressemblait à une vaste cavité dans le sol d'une colline, entourée d'arches de pierres effritées et de colonnes couchées. Bien que la bataille soit pratiquement achevée partout ailleurs, on se battait encore autour des escaliers.
Les Impériaux, menés par le légat Rikke et le centurion Hadvar, s'efforçaient de chasser des marches les défenseurs acculés. Les épées et les haches se heurtaient au milieu des cris et des appels. Bien que postés en hauteur, les assaillants perdaient du monde sous les tirs des archers tenant l'autre escalier.
Car la tombe se trouvait ainsi conçue que l'entrée proprement dite avait été creusée au flanc de la dépression Toutefois, il fallait descendre une première volée de degrés jusqu'au fond, avant de remonter jusqu'aux portes fermant la tombe.
Artoria sauta jusqu'au bas de l'excavation... plus de cinq mètres. Sans s'arrêter, elle fila comme le vent, avalant les marches.... et fauchant les archers du deuxième escalier.
Démoralisé par ce prodige, les Sombrages encore en vie déposèrent les armes.
Les légionnaires poussèrent alors les portes de fer qui fermaient la tombe du roi Borgas. La première pièce, de petite taille, avait été aménagé en cuisine mais personne ne l'occupait.
Les défenseurs venaient de se regrouper dans la salle suivante, une vaste construction aux allures de cathédrale. En haut de quelques marches, qui les assuraient d'avoir une position favorable, les Sombrages dressaient un mur de boucliers.
Rikke se redressa :
- En avant, pour l'empereur !
Artoria se jeta en avant, doublant rapidement les légionnaires. Trois Sombrages s'interposèrent. Caliburn décrivit des arcs étincelants, brisant les boucliers, projetant du sang. Les défenseurs s'effondrèrent, balayés en un instant.
Les légionnaires escaladant les marches à sa suite, entrèrent en contact avec les rangs ennemis. Moins nombreux, effrayés, ils résistèrent pourtant avec persévérance, mais se retrouvèrent bientôt encerclés contre un des murs. Leur pugnacité n'en fut pas pour autant ébranlée. Dans la mêlée on les entendait crier "Mort aux Impériaux incroyants" " Esclaves du Thalmor" ou, tout simplement, " Talos ! ".
Ils moururent pour leurs croyances, parce qu'ils se sentaient abandonnés par l'Empire que leurs ancêtres avaient fondé, tués par ceux-là même qui le défendaient encore.
- Centurion Janus Sallus, prenez vingt hommes et surveillez les lieux. Les autres avec moi.
Toujours guidés par Rikke, les légionnaires restant s'avancèrent dans un passage éclairé par des torches et des vasques de fer suspendus au plafond.

Les Sombrages luttèrent dans chaque tunnel. Ils se retranchèrent dans certaines salles et préparèrent même une embuscade dans la plus grande. Toutefois, celle-ci échoua. Après des années sur des champs de bataille variés, Rikke avait développé un flair certain pour sentir les guets-apens en tout genre.
Envoyées en éclaireur pour trouver un chemin alternatif, Rin et Artoria retournèrent l'embuche contre ses auteurs. Tandis que la magus utilisait gandr contre une lampe à huile, déclenchant un incendie au milieu de la frise d'archers qui surplombait le débouché du passage principal, le Roi des Chevaliers prit à revers les fantassins.
La ruée des légionnaires de Rikke, réagissant aux bruits de la bataille, provoqua la déroute des Fils de Bordeciel.
Le reste de l'affrontement se résuma au nettoyage des dernières poches de troupes isolées dans les ruines. Les Impériaux découvrirent également les traces de combats de leurs adversaires contre les draugr qui gardaient la tombe. Tout le long de la bataille de Korvanjund, leurs deux ennemis avaient largement contribué à leur victoire en se battant entre eux.
Toutefois, les Sombrages ne dépassèrent jamais la "Chambre aux histoires". Alors que les légionnaires regardaient, impressionnés, les fresques des murs racontant les exploits du roi Borgas, ils découvrirent les cadavres des Sombrages devant la porte circulaire qui fermait l'accès aux étages inférieurs de la sépulture. Près des dépouilles, une griffe de dragon taillée dans un morceau d'ébonite servait comme clef... hélas pour eux, les Sombrages n'avaient pas compris qu'il s'agissait aussi d'une serrure à combinaison. L'énigme était pourtant simple, il suffisait juste de faire tourner les cadrans entourant la fermeture, de manière à afficher les mêmes symboles que ceux gravés sur la paume de la griffe. Malheureusement pour les Sombrages, la porte était piégée. Les flèches empoisonnées avaient décimé les explorateurs malchanceux.
Le reste du donjon n'avait pas été nettoyé par les Fils de Bordeciel et les légionnaires firent face à des adversaires nettement plus dangereux que des Unbloded nordiques. Les Draug n'utilisaient pas seulement de vieilles armes barbares et des armures corrodés. Certains manipulaient la magie, surtout des sorts de froid, tandis que d'autres connaissaient le Th'um, en particulier les cris " désarmement" et "déferlement". Se faire déposséder de son arme en pleine combat ou être jeté au sol par un ouragan vocal n'avait rien d'amusant.
Heureusement, Rikke, Halvar, Rin et Artoria se montraient plus que capable d'affronter les draugr délétères et infernaux tandis les légionnaires ordinaires se chargeaient des draugr communs et des draug forcenés.

Ils arrivèrent dans... une vaste bibliothèque. Les rayonnages de bois ne contenaient plus que des "cadavres" de livres. Le passage des siècles avaient réduit le nombre des ouvrages imprimés. Ceux qui restaient se délitaient en poussière lorsque l'on tentait de les saisir.
Un légionnaire, perplexe, secoua la tête devant ce spectacle.
- Bizarre, je me serais attendu à autre chose. Je ne sais pas... Des armes ? Un trésor... mais que Borgas ait collectionné les livres...
Rin Tohsaka leva un doigt, un tic habituel lorsqu'elle se prenait pour un professeur.
- Et pourtant, cela est tout à fait compréhensible. Borgas était le dernier souverain de l'Âge d'Or de Bordeciel, à l'époque de l'Ordre Alessien.
- Euh... oui ?
Dérouté, le légionnaire regarda Rin sans savoir où elle voulait en venir.
- Bien ! À l'époque de l'Ordre Alessien le savoir était considéré comme dangereux et regardé avec méfiance. Seuls les nobles et les prêtres avaient le droit d'apprendre à lire. La possession de livres et leur commerce - leur contrebande plutôt - se voyait alors punie de mort chez les gens du commun. Il fallut attendre la fondation de la Guilde des Mages pour que la lecture se démocratise.
Rin balaya d'un geste les rayons de la bibliothèque.
- Vous imaginez les gens du commun, illettrés, convoqués au milieu de tous ces ouvrages, si mystérieux, si extraordinaires ? À l'époque où vécu Borgas, posséder autant de livres revenait à étaler un fabuleux déploiement de richesse et d'influence. Parce que les livres étaient rares, ils étaient chers. Seul un roi pouvait en posséder autant. Et voilà donc ce qu'affirme cette bibliothèque : " Regardez ma puissance, regardez mon savoir, je suis un roi".
Rikke dépassa la mage en rouge, avançant dans la pièce.
- Je me moque de ces vieux écris poussiéreux. Je doute qu'ils contiennent quoi que se soit de valeur. Dispersez-vous et recherchez la Couronne d'Os. C'est la chambre royale, non ? Elle ne peut pas être loin.
Hadvar gravit les quelques marches qui conduisait à une estrade, au centre de la bibliothèque. Un antique trône y avait été installé entre deux sarcophages verticaux, en pierre sombre.
- Légat ? Ce cadavre là, il porte une couronne... ce ne serait pas celle que vous cherchez ?
Méfiante, Rikke s'approcha du corps momifié. Effondré en avant sur son trône, il semblait regarder le sol, les mains pendantes. Il portait une vieille armure et les débris d'une pelisse de fourrure d'ours blanc. Une couronne, faite d'os avec d'énormes dents en guise de chevrons, ceignait son front.
- Alors, "Majesté", que diriez-vous de nous donner cette couronne ? Et nous vous laisserons en paix, hein ?
On entendit distinctement les muscles de la momie craquer, alors que Borgas agrippait les accoudoirs de son trône pour se redresser. Vu la poussière qu'il soulevait, il n'avait pas dû bouger depuis des siècles. Lorsqu'il ouvrit les paupières, les yeux se révélèrent envahis d'un feu bleu pulsant de rage. Il faut dire que Rikke n'avait pas fait preuve d'une grande diplomatie...
- Bolag Aaz Mal Lir !
Encore une fois, la signification des mots échappa à ceux qui les entendaient, Toutefois cela ne ressemblait pas à une acceptation. D'autant plus que le bruit des dalles des sarcophages tombant au sol, amena deux autres draugr en renfort du roi Borgas.
- Hadvar, reculez !
Le centurion ne se le fit pas répéter.
- Qilaan Us Dillon !
Les trois mort-vivants se ruèrent an avant. Sur la droite d'Hadvar, flanquée par Rin et un légionnaire, Artoria fit face à une femme desséchée, maniant une grande épée. Le chevalier resta immobile, sans lever Caliburn comme la momie se jetait sur elle.
Le combat fut bref.
Certaine de sa rapide victoire, le draugr brandit son épée à deux mains et l'abattit sur la tête du Roi des Chevaliers... Du moins, ça c'est ce que la femme momifiée voulu faire. Au lieu de cela, sa lame s'ébrécha sur le sol, dans un "clang" sonore... Artoria venait de s'effacer de côté, posant le pied sur l'espadon de la momie. Celle-ci s'arqua pour la faire bouger... en vain.
Artoria tourbillonna sur elle-même, sa robe bleu se déployant autour d'elle avec l'élégance d'une tulipe dansant dans le vent... une élégance mortelle, elle venait de pivoter sur elle-même, frappant !
Il y eut un choc métallique lorsque la tête casquée du draugr heurta le mur... après avoir volé une dizaine de mètres. Décapité, le cadavre s'effondra en arrière.
- Un vaillant effort, mais je frappe avec la puissance d'un bélier de siège.
Artoria ne s'attarda pas. En trois bonds, elle se retrouva à côté du roi Borgas qui affrontait déjà Rikke et Hadvar. Caliburn s'enfonça sans effort dans le flanc du monarque mort-vivant. Comme il tombait à genou, elle ressortit la lame d'une torsion et l'abattit violemment entre ses épaules.
Comme un taureau estoqué, le monstre s'effondra et ne bougea plus.
Il ne restait plus qu'un draugr. Entouré par les légionnaires qui le harcelaient, il fut littéralement taillé en pièces.
Rikke reprenait son souffle. Souriante, elle se tourna vers Artoria.
- Excellent travail, chevalier. Prenez la couronne sur ce cadavre et rentrez à Solitude pour la remettre au général Tullius ?
- Et vous, légat ?
- Nous restons encore quelques temps ici, pour réunir les prisonniers et fouiller la tombe à la recherche de quelque chose d'utile.
- Bien, légat. Nous nous reverrons à Solitude.
Contournant le trône de Borgas, Rin et Artoria s'approchèrent d'un escalier qui menait à une galerie suspendue. Toutefois, un chœur de voix masculines, hypnotique, attira son attention.
Le mur du fond formait une courbe, entièrement couverte d'inscriptions cunéiformes. Une suite de lettres, un des mots d'une sentence, brillait d'une étrange lumière bleue.
Ayant déjà vécu ça, Artoria s'approcha. Comme la première fois, la luminosité des lettres s'accrut tandis que le chœur montait en volume, de plus en plus rapide, de plus en plus extatique... Lorsqu'elle fut assez proche, des rubans d'énergie surgirent du mur et l'enveloppèrent. Le Roi des Chevaliers sentit un fourmillement de puissance la traverser et se lover dans son cœur draconnique alors que les voix s'élevaient une dernière fois dans un crescendo jubilatoire.
Le mur n'était plus qu'une surface portant des écrits incompréhensibles. Toutefois, une chaleur persistait dans sa poitrine
Rin avait assisté à toute la scène et se retourna, inquiète, en direction des légionnaires. Ceux-ci fouillaient les coffres et les rayonnages. Aucun ne semblait s'être aperçu de se qui venait d'arriver.
- Vous allez bien ?
Artoria sourit. Un vrai sourire... pas l'ombre qui effleurait parfois ses lèvres.
- Très bien... je me sens... joyeuse ? Comme si... je venais de retrouver quelque chose que j'avais longtemps cherché. Pourtant... je sens un manque, comme si ce que j'avais reçu était incomplet. Qu'il manquait quelque chose. C'est comme chercher un mot que l'on a sur le bout de la langue et qui vous échappe... c'est un peu agaçant.
Contemplant le mur avec une expression soudain décidée, elle se retourna sur son amie.
- Rin, il doit bien y avoir des érudits dans ce pays qui connaissent ces murs et leur signification. Mon... cœur me dit que c'est très important. Je pense que c'est en rapport avec ma présence sur Nirn.

---Vifazur, 30e jour, 4E 201---

Artoria et RIn se tenaient devant Tullius. SC dernier était assis derrière une petite table garnis de fruits et de fromage. Faisant lui-même le service, le général tendit deux coupes à ses invités, gardant la troisième.
Le vin rouge de Colovie, chaud et lourd, avait le goût du soleil et des terres chargées de l'ouest de Cyrodill, plus sèches que le bassin de la NIbenay. Alors que Rin ne prenait qu'une gorgée - par politesse - Artoria porta un toast :
- Aux morts vainqueurs de la bataille de Korvanjund.
-Aux morts, reprit le général.
Puis Artoria but le contenu de sa coupe sans reprendre sa respiration. L'Impérial montra un certain étonnement de voir cette petite femme boire aussi facilement un vin lourd et riche.
Tullius regarda l'antique artefact d'os et de dents de dragons, posé devant lui. Non sans marquer une certaine gêne, alors qu'il se rappelait avoir qualifié son existence de "conte de fée".
- J'admets que j'aurais du accepter la proposition du légat tout de suite. Enfin bref, nous avons cette maudite couronne. Je vais tout de suite la faire porter au jarl.
- N'ayez pas de regret, général, si nous avions réagis immédiatement, les Sombrages seraient arrivés alors que nous aurions été aux prises avec les draug. Il est probable que nous nous en serions pas aussi bien sorti. Votre instinct vous a inspiré de la réticence, et cela s'est révélé être une bonne chose.
Tullius grimaça.
- On jurerait entendre Rikke : " Un guerrier doit se fier à son instinct".
- Le légat a raison, général. La raison et la logique ne suffisent pas pour sentir le courant d'une bataille ou d'une campagne, j'écoute aussi mes impressions.
Tullius médita quelques instants.
- Mes options sont très limitées. Je ne peux que continuer à presser Le Clôt. Si Aubétoile tombe, nous couperons les Sombrages d'une importante région minière et nous affaiblirons leur commerce. De plus, nous disposerons d'un port près de Vendeaume pour nous attaquer à leur trafic naval. Vous ne pensez pas que cela rendrait Ulfric prudent, de nous voir si près de sa capitale ?
Artoria approuva d'un hochement de tête.
- Cela fait sens. Je ne peux que vous encourager à maintenir la pression sur cette châtellerie. De toute façon, il s'agit du seul objectif qui soit à notre portée à l'heure actuelle.
- Justement, avez-vous une idée, dame Pendragon ?
Le Roi des Chevaliers se rappela des leçons de stratégie que lui donnait Merlin dans sa jeunesse. En particulier, il lui avait fait lire La "Guerre des Gaules" et la "Guerre civile" de Jules César. Les stratégies du grand général pouvaient aisément être transposées à la situation actuelle.
- Dans le cas d'une révolte, l'important est de ne pas laisser l'ennemi prendre l'initiative. Pour cela vous avez besoin de deux choses. D'abord, contrôlez l'information, ensuite frappez rapidement pour imposer votre rythme à la campagne. Vous contraindrez ainsi l'ennemi à suivre votre plan de bataille, le forçant à rester dans la réaction.
- Contrôler l'information ?
- En amont, par l'établissement d'un réseau d'espions. Vous serez ainsi toujours au courant des entreprises de l'ennemi. En aval, par la propagande... Par exemple, profitez du fait que les Nordiques savent lire. Vous venez de gagner une grande bataille à Korvanjund et le jarl Elisif a reçu la Couronne d'Os. Faites le savoir dans tout Bordeciel, et à la Cité Impérial ! Ne dit-on pas qu'un bon chroniqueur peut transformer une défaite en victoire ? Le résultat final d'une bataille est moins important dans le cours d'une guerre que l'impression qu'elle laisse dans les esprits. Vous ferez douter vos ennemis et renforcerez la bonne opinion que vos alliés ont sur vous. Le moral est une donnée primordiale au cours d'une longue campagne.
Tullius approuva d'un hochement de tête.
- Et comment feriez-vous pour rendre notre système d'information plus efficace ?
Malheureusement, Artoria ne s'y connaissait guère. Agravain se chargeait de ce genre de questions en Bretagne. Elle cherchait encore comment répondre que Rin intervint sur le ton sentencieux qui lui était habituel :
- Il existe cinq sortes d'agents : les agents indigènes, les agents intérieurs, les agents retournés, les agents sacrifiés, les agents préservés. C'est en les faisant agir ensemble qu'un général avisé sortira toujours victorieux de la bataille. Ils sont plus utiles que cent mille hommes ou que mille chargements d'or. Les agents indigènes se recrutent parmi la population locale, comme un paysan qui voit passer les convois ennemi sur la route. Un agent intérieur est un fonctionnaire qui pourra vous communiquer des copies des documents qui passent entre ses mains. Les agents retournés sont des espions ennemis capturés. Vous pouvez les obliger à envoyer de faux renseignements aux Sombrages et donc pousser ces derniers à agir sur de fausses prémices. Un agent sacrifié porte un nom explicite, il s'agit d'un de nos agents qui doit tomber aux mains de l'ennemi pour être interrogé par lui. On aura naturellement veillé à lui fournir de faux renseignements. Un agent préservé doit opérer sous couverture dans l'appareil ennemi pendant une longue durée et atteindre une position élevée dans sa hiérarchie. Il est gardé en réserve pour le moment où son action pourra infliger les plus grands dégâts à vos adversaires.
Tullius et Artoria regardèrent Rin, profondément impressionnés par son explication. Cette dernière se rengorgea. En prévision de la Guerre du Graal, la magus avait longuement étudié "L'art de la guerre" de Sun Tzu.
Le général impérial resta plusieurs minutes à réfléchir.
- Chevalier, j'ai une nouvelle mission pour vous. Une tâche des plus importantes qui nécessite du doigté et de la diplomatie. J'ai un message à faire porter au jarl Balgruuf. Nos agents en territoire sombrage nous assurent qu'Ulfric réunit une importante armée et se prépare à marcher sur Blancherive. Vous devez convaincre le jarl d'abandonner sa neutralité actuelle et laisser entrer nos troupes pour qu'elles puissent prendre part à la défense de sa ville.
- Pourquoi moi ?
Tullius rit.
- Vous venez de me convaincre que vous êtes mon meilleur agent. Ah, et évidemment gardez damoiselle Toshaka avec vous. Si vous n'arrivez pas à convaincre Balgruuf, je suis certain qu'elle y parviendra.


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Message par Anaxagore le Lun 13 Mai - 12:24

---Vifazur, 31er jour, 4E 201---

Une fois encore, Artoria se trouvait dans une charrette qui circulait sur une des routes mal pavée de Blancherive. L'attelage venait de dépasser la tour de guet ouest. On voyait déjà se profiler la haute colline entourée de murailles de la ville éponyme.
Le Roi des Chevaliers poussa doucement sa voisine. Dans son sommeil, celle-ci poussa un grognement peu encourageant.
- Rin nous sommes presque arrivées.
À la quatrième sollicitation - rien de moins - la magus répondit d'une voix embrumée de sommeil. Habituée à sa prononciation au réveil, Artoria comprit que son amie venait de dire "cinq minutes".
- Rin... dans cinq minutes, tu me demanderas encore cinq minutes... nous serons arrivées à Faillaise avant que tu ne consentes à te lever.
La magus ouvrit enfin les yeux et coula un regard vague vers la femme chevalier. Les paupières lourdes semblaient vouloir se refermer d'elle-même.
- Je veux une douche...
- Je crains que cela ne soit pas possible.
La Japonaise fit la moue et se renversa sur la banquette pour regarder autour d'elle. Se faisant, la jeune femme fit tomber le livre qu'elle lisait avant de s'endormir.
Artoria le ramassa et feuilleta quelques pages.
- Menace grandissante, volume quatre ?
Les yeux tournés vers le paysage de plaines et de collines couvertes d'herbes, de rochers et de fleurs sauvages, Rin hocha la tête.
- Un livre écris par un réfugié aldmer ayant fuit l'Archipel de l'Automne juste après la Crise d'Oblivion. Lathenil de Solandie explique comment le Thalmor a pris le contrôle du royaume d'Alinor et affaiblis l'Empire. La recette est simple, sans cesse répétée et toujours efficace : pousser les Argoniens à combattre les Elfes Noirs, pousser les Khajiits à se battre entre eux...
- Diviser pour régner.
- Exactement !
Rin Tohsaka se retourna vers Artoria.
-Et tu sais ce que je pense? La révolte des Sombrages, l'incident de Markarth... tout cela ressemble un peu trop à la méthode habituelle du Thalmor. Qui va gagner cette guerre civile ? L'Empire ? Les Sombrages ? Non, les Thalmors. Plus la guerre durera, plus Bordeciel et l'Empire seront affaiblis.
Le Roi des Chevaliers acquiesça.
- J'ai eu une conversation identique avec Rikke, elle a dit la même chose, presque mot à mot.
- Pas seulement le légat, Viarmo, le directeur du collège des bardes, pense que cette guerre est ridicule. Que pourront-ils ajouter à l'Edda poétique ? L'assassinat du Haut-Roi ? Le pillage des fermes par les Sombrages ? La famine ? Ou les exactions du Thalmor sous l'œil impuissant de la Légion impériale ? Il n'y a pas de "bon" camp, pas de héros, pas de noble cause, pas de hauts faits et il n'y aura pas de vrai vainqueur. Du point de vue d'un barde, ce conflit est déprimant.
Évidemment, les Sombrages se battaient pour défendre le culte de Talos, interdit par le Thalmor, mais aussi au nom de leurs coutumes. Cela pouvait sembler noble mais... les "Fils de Bordeciel" formaient en fait une communauté raciste qui revendiquait un Bordeciel uniquement peuplé de Nordiques. Si Ulfric gagnait la guerre d'indépendance, il se détournerait de l'extérieur, laissant les "incroyants" se débrouiller entre eux. Sans l'aide de Bordeciel, l'Empire serait facilement vaincu par les Thalmors... ce qui laisserait les Nordiques seuls et sans alliés lorsque les Haut-Elfes les attaqueraient à leur tour.
Devant le général Tullius - et peut-être surtout Rin- Artoria avait évoquée les raisons morales qui la poussaient à rejoindre l'Empire. Néanmoins, le Roi des Chevaliers ne pouvait fermer les yeux sur les agissements des Impériaux. Le respect des clauses du Traité de l'Or Blanc, l'accord qui avait mis fin à la Grande Guerre, trente ans plus tôt, faisait de l'Empire un auxiliaire du Thalmor. L'empereur Titus Médée II avait été contraint d'interdire le culte de Talos, mais aussi d'autoriser les Justiciars - les inquisiteurs du Thalmor- à opérer librement partout dans l'Empire.
Sous couvert de combattre l'hérésie, les Thalmors avaient reçu le droit d'installer des prisons et des garnisons dans l'Empire, de patrouiller ses routes et d'arrêter, de torturer, et de détenir n'importe qui, indéfiniment, sous le simple soupçon d'hérésie. Pire, la Légion impériale se retrouvait tenue de les assister dans cette mission.
Bien sûr que les gens étaient furieux, bien sûr qu'ils étaient terrifiés. Artoria - qui ne s'intéressait pourtant guère à la religion locale- serrait les poings en voyant les pauvres diables enchaînés que l'on croisait parfois sur les routes, encadrés par des gardes elfes en armures dorées et dirigés par un inquisiteur en robe de soie noire et or.
Rien ne dépassait l'arrogance de ces Justiciars. L'un d'eux avait osé lui dire que les humains n'étaient des chiens et que comme tous les chiens ils avaient besoin d'un maître... ce maître étant évidemment le Thalmor. Artoria avait eu besoin de tout son sang-froid pour éviter de lui passer Caliburn au travers des entrailles.
Les Sombrages regroupaient tous ceux que ces injustices révoltaient.
Vu ce que venait de dire Rin, il s'agissait peut-être du but même du Thalmor : Provoquer l'hostilité envers les Inquisiteurs et - par ricochet- contre l'Empire. Vu que ce dernier les autorisait à exercer leur mission sur son territoire.
Et si Tohsaka avait raison, l'incident de Markarth, et donc la Guerre Civile de Bordeciel, résultaient d'une manœuvre des Thalmors.
On comprenait la décision de l'empereur Titus Médée II de n'envoyer que la Quatrième Légion pour réprimer la révolte. Il ne fallait surtout pas dégarnir la frontière avec le royaume d'Alinor et le Thalmor. Il serait trop facile aux Aldmer de frapper l'Empire dans le dos, alors qu'il combattait les Sombrages.
Artoria avait toujours été une réaliste. Lors de ses guerres contre les Saxons, elle n'avait pas hésité à sacrifier des villages si cela lui permettait de gagner du temps et par la même garantir sa victoire. En vérité, elle avait opté pour l'Empire simplement parce qu'il s'agissait de la seule force qui pouvait arrêter le Thalmor.



- Il se passe quelque chose, avertit Rin Tohsaka
Artoria se secoua, consciente d'être restée un long moment plongée dans ses pensées. La charrette venait de quitter la grand' route pour s'engager dans un chemin bordé de fermes qui conduisait à l'entrée de la ville de Blancherive.
Des petits groupes de paysans et de voyageurs s'étaient formaient. Les gens discutaient entre eux, visiblement effrayés. Une caravane de Khajiits - des hommes-chats d'Elsweyr- avaient installés leur campement juste à l'entrée de la barbacane, édifiée en avant du pont-levis. Eux aussi montraient des signes d'excitation.
Comme la charrette s'arrêtait devant les écuries, Artoria sauta à terre et tendit galamment la main à Rin pour l'aider à descendre.
- Je me demande ce qui se passe, insista Rin, jetant des regards inquiets autour d'elle.
- Allons aux portes de la ville, les gardes pourront nous donner la version officielle.
La magus approuva et elles remontèrent la route, traversant la barbacane délabrée. Le pont-levis était baissé, mais un des deux gardes flaquant la grande porte s'avança vers les jeunes femmes, une main levée dans un geste d'interdiction.
- Halte, la ville est fermée à cause des dragons, seules les affaires officielles sont autorisées.
- Des dragons ? - On raconte que la ville d'Helgen a été détruite par l'attaque d'un dragon. Si un de ces monstres vient ici on sera prêt.
Rin intervint :
- "On raconte" ? Que savez-vous vraiment ?
- Écoutez, le jarl considère l'affaire comme assez grave pour fermer la ville aux étrangers. Moi, cela me suffit.
Helgen était une ville fortifiée. Pas très grande et pas très peuplée, mais elle accueillait une importante garnison impériale. Il faut dire que le défilé de Helgen reliait la région contrôlée par les Impériaux, aux châtelleries en révolte. De plus, au sud, se trouvait la Passe Pâle, principal passage au travers des Montagnes de Jeral, qui reliait Bordeciel au cœur de l'Empire, Cyrodiil.
Si un dragon pouvait détruire une ville fortifiée défendue par deux cohortes - dont des mages de guerre - la bête ne pouvait pas être négligée. Le Roi des Chevaliers combattit l'impulsion de partir au sud voir par elle-même s'il y avait vraiment un dragon en maraude dans les montagnes. Seulement, elle avait déjà accepté une mission.
- J'apporte un message du général Tullius.
- Hum, dans ce cas je vais vous ouvrir la porte, il faut que vous vous rendiez à Fort-dragon, en haut de la colline.


Le jarl Balgruuf le Grand se tenait sur son trône. Sous le crâne, depuis longtemps dépouillé de chair, du dragon que son ancêtre Olaf le Borgne avait enfermé à Fortdragon. Deux de ses gardes l'encadraient et Irileth, son Housecarl, une Elfe Noire en armure de cuir, se tenait à ses côtés, bras croisés.
Certes Balgruuf était grand de taille. Cependant, il devait son surnom à son arrogance et son caractère violent. Peu de gens osaient le contrarier. Cela n'empêchait pas qu'on le considère généralement comme un homme de valeur. Il n'aimait guère Elisif - l'hostilité entre Solitude et Blancherive remontait elle aussi au règne du roi Olaf- et encore moins le général Tullius... Toutefois, il méprisait le jarl Ulfric Sombrage.
Physiquement, Balgruuf avait l'apparence d'un nordique typique. Ses cheveux blonds soigneusement nattés, il portait un long bouc noué. Sa tunique sans manche était brodée avec soins, découvrant des bras musclés. Même au milieu de ses hommes, il avait une hache à sa ceinture.
- Si les nouvelles d'Helgen sont vraies qui peut savoir ce que cela signifie?
Proventus, son chambellan, venait de parler. Ce petit impérial craintif et chauve pouvait se révéler très utile. Mais, dans des moments comme celui là, ses craintes, ses doutes, sa sempiternelle prudence, échauffaient la bille de Balgruff qui combattait l'envie de lui envoyer son poing dans la figure.
Le jarl se tourna vers Irileth. Toutefois, cette dernière regardait vers l'autre extrémité de la pièce. Son visage étrange et anguleux lui parut troublé.
Intrigué, Balgruuf suivit son regard.
Deux jeunes filles traversaient sa salle de banquet. Celle qui ouvrait la marche lui parut assez ordinaire au premiers abord, petite, blonde... l'impression s'effaça lorsqu'il croisa son regard. Quelque chose s'affola en lui, comme s'il était un lapin qui venait de découvrir un loup au détour d'un chemin. Il relâcha son souffle, prenant seulement conscience à cet instant qu'il avait retenu sa respiration.
Comme souvent, Balgruuf réagit avec colère. Une ire d'autant plus puissante, qu'il ne voulait s'avouer sa propre gêne :
- Qui êtes-vous, de quel droit interrompez-vous un jarl dans son conseil ?
La jeune femme fit encore quelques pas, dans le cliquetis de son étrange armure qui recouvrait une robe d'un bleu profond. Puis, elle s'immobilisa pour saluer, s'inclinant légèrement, une main sur le cœur. Elle le fit avec grâce et aplomb, comme un roi en saluant un autre.
Alors même qu'elle était une inconnue de tous (sauf de Proventus, qui se rappelait l'avoir récompensé pour la tête d'un bandit, quelques jours plus tôt) les regards étaient fixés sur elle, magnétisés.
Alors, sa voix claire se fit entendre. Doux, son timbre n'en était pas moins ferme, comme un gant de velours recouvrant un gantelet de fer :
- Jarl Balgruuf de Blancherive, je suis le chevalier Artoria Pendragon de la Légion Impériale. Je me présente à vous porteur d'un message du général Tullius. La mention de l'officier impérial tira un grognement dépréciateur au colérique jarl.
- Je me demande ce qu'il me veut, ce vieux bavard. Quoi qu'il en soit, cela devra attendre la fin de cette histoire de dragon. Irileth qui parlait avec un garde se tourna vers son chef.
- Un messager envoyé par Alvor, le forgeron Rivebois, vient d'arriver. Un survivant d'Helgen a atteint le village. Il confirme qu'un dragon - noir comme la nuit et aussi grand qu'une maison- a détruit la ville toute entière, y compris la garnison impériale. D'autre part, Alvor confirme également avoir vu le dragon survoler le village et demande qu'on l'on envoie des gardes pour les protéger.
Balgruuf parut songeur.
- Alvor, le forgeron de Rivebois ? Oui, je vois qui c'est. Un solide gaillard qui a la tête sur les épaules. Pas le genre à imaginer des choses. Le chambellan intervint
- Il faut se garder de provoquer le jarl d'Epervine. Si nous stationnons des troupes si près de la frontière, il risque de croire que nous avons rejoins Ulfric et que nous cherchons à l'attaquer. - Assez ! Il ne sera pas dit que je laisserais mon peuple en danger par crainte du "qu'en dira-t-on" ? - Oui, mon jarl... je... je vais vous laisser, du travail m'attends. - Il vaudrait mieux !
Alors que Proventus quittait la pièce, livide, Balgruuf se tourna vers son Housecarl : - Irileth, faites envoyer un détachement à Rivebois. Ils n'ont pas pour ordre de défaire un dragon qui attaquerait Rivebois mais de le retenir le temps que les villageois évacuent les lieux. Ah, et récompensez le messager. - Oui, mon jarl.
Artoria Pendragon avait écouté l'échange sans dire un mot. Ses yeux regardaient calmement les uns et les autres. Elle choisit toutefois ce moment pour intervenir :
- Excusez-moi, Jarl Balgruuf. Peut-être pourrais-je vous aider. Le jarl la regarda de bas en haut, méfiant.
- Et pourquoi voudriez-vous m'aider ? Les affaires de la châtellerie ne vous concernent en rien. Elle eut un geste de déni. Son visage ne montrait aucune émotion. Toutefois, son regard vibrait d'une grande détermination. - Jarl Balgruuf, vous faites erreur. Un chevalier est le champion du droit et du bien, contre l'injustice et le mal. Il respecte les faibles et s'en constitue le défenseur. Je suis l'ennemi de ce dragon, parce qu'il a tué des innocents et qu'un chevalier ne refuse jamais de combattre ses ennemis.
Le chevalier... Artoria Pendragon... avait énoncé tout cela avec le même ton de calme autorité qu'elle avait adopté jusque là. Il semblait impossible de la contredire. " Bon sang, mais qui est cette gamine" pensa Balgruuf. Il aurait bien besoin d'un conseil, mais cet imbécile de Proventus avait disparu. Jamais là quant on avait besoin de lui... En tout cas, elle parlait comme un vétéran ce qui ne pouvait être possible, elle n'avait certainement pas seize ans. Et puis cette armure royale... Balgruuf aperçut alors l'épée niellée d'or à son côté, le fourreau incrustée de pierres précieuses. Rien n'avait de sens dans cette fille... elle semblait sortie armée de pied en cape d'une ancienne légende. Balgruuf s'entendit répondre malgré lui :
- Et bien il y a peut-être quelque chose que vous pourriez faire pour moi.
Il hésita un instant, puis termina :
- Allons voir Farengar, le sorcier de ma cour. Il fait des recherches sur les dragons et a justement besoin que quelqu'un aille lui chercher quelque chose en lien avec ces histoires de dragon.
Balgruf se leva, entendant derrière lui l'étrange jeune fille le suivre, ses pieds bottés de fer rythmant les cliquetis de son armure. Une arche latérale permettait d'accéder à l'atelier du mage Farengar Feu-Secret. L'endroit était occupé par un petit laboratoire d'alchimie, un autre d'enchantement. Des gemmes spirituelles, des rouleaux de parchemins, et des livres jonchaient sa table de travail.
Farangar s'occupait justement à feuilleter un gros manuscrit à ferrures de fer. Il s'agissait d'un homme petit, vêtue d'une robe bleue, le visage long et maigre formait une tâche claire dans l'ombre du capuchon.
- Farengar, j'ai trouvé quelqu'un qui désire vous aider ! Cela réveilla le spécialiste des arcanes. Il bondit sur ses pieds. - Vous voulez dire que vous avez trouvé quelqu'un qui veut peut aller chercher la Pierre de Dragon ? Artoria fit encore quelques pas, dépassant le jarl, avant d'interroger le mage. - La Pierre de Dragon ? - Une tablette de pierre qui devrait être gardée dans la chambre principale du Tertre des Chutes Tourmentées. Je vous demande juste de la retrouver et de me la ramener, il n'y a pas plus simple. - Que pouvez-vous me dire sur le Tertre des Chutes Tourmentées ? - C'est un ancien tombeau bâtis par les Nordiques. Mais vous voulez sans doute savoir comment vous y rendre, hein ? Il se trouve à quelques kilomètres de Rivebois, un village piteux au sud d'ici. Une fois là-bas quelqu'un saura bien vous dire comment vous y rendre.
Balgruuf avait complètement oublié la seconde fille coiffée de couettes. Bien qu'il ne l'ait pas invitée, elle avait suivie son amie. Elle questionna son mage :
- Quel est le rapport entre cette pierre et un dragon ? Farengar se focalisa sur l'étrange jeune fille vêtue d'une tunique rouge ornée d'une croix et d'une jupe très courte. Il se fit immédiatement son opinion.
- Vous n'êtes pas comme ces brutes que le jarl a l'habitude de m'envoyer... une intellectuelle... peut-être même une érudite... La Pierre de Dragon est une carte renseignant sur les tombes de dragon. Depuis des années, je cherche à en apprendre plus sur les dragons et les guerres draconniques, comment ils ont vécu, comment ils sont morts. Les yeux de l'adolescente s'étrécirent, elle semblait avoir entendu quelque chose qui l'intriguait.
-Et comment avez-vous appris que la Pierre de Dragon se trouvait dans ce tertre ? - Comment dire ? Il faut bien garder certains secrets professionnels... J'ai mes sources et elles sont sûres ! Les deux magi se considérèrent mutuellement, et chacun eut un demi-sourire. Bien que ne comprenant pas ce qui se passait, Balgruuf saisit au moins qu'une large part de l'échange était silencieuse. Apparemment ravie de la brève confrontation, la fille en rouge posa une nouvelle question :
- Parlez-moi des guerres draconniques. - Je ne suis pas étonné que vous n'en ayez jamais entendu parler. Moi-même, j'ai longtemps cru qu'il s'agissait d'une légende. Au cours de l'Ére Mythique, les dragons étaient vénérés comme des dieux par les anciens nordiques. Les ruines gigantesques qui parsèment le paysage sont les vestiges des temples consacrés aux dragons. Nul ne sait plus comment, mais les hommes finirent par se révolter, au terme d'une guerre longue et harassante, ils renversèrent leurs suzerains draconniques. Moins du millième des événements historiques sont parvenus jusqu'à nous, mais je peux vous garantir que les guerres draconniques ont bien eu lieu. La jeune magus insista, cherchant à étancher sa curiosité.
-Et les dragons furent tous tués ? L'ignorance de sa cadette amusa Farengar.
- Oh non, nombre d'entre survécurent. Par exemple, ce château fut édifié par un ancêtre du jarl Balgruuf pour emprisonner le dragon Numinex. Rin répondit par un sourire maléfique.
- Olaf le Borgne, oui je connais cette histoire ! Pourtant, c'est la première fois que j'entends parler de dragon en Bordeciel, à notre époque. Farengar hocha la tête. Tandis qu'Artoria levait les yeux au ciel. Elle espérait que le jarl Balgruuf apprenne le plus tard possible, qu'elles avaient forcé la tombe de son ancêtre et que Rin avaient réécris le sonnet Svaknir pour ridiculiser le roi Olaf. Rin pouvait faire montre de beaucoup de rancune...
- Effectivement, d'après ce que j'ai appris, le dernier dragon serait mort il y a mille ans. C'est ce que l'on dit en tout cas... Toutefois, un de mes... associés m'a raconté quelque chose qui m'a fait froid dans le dos. J'espère qu'il se trompe, mais c'est justement pour m'en assurer que j'ai besoin de la Pierre de Dragon.
Agacé par cet échange qui s'éloignait du concret, Balgruuf coupa court : - Allez à ce tombeau, retrouvez la Pierre de Dragon, nous en avons besoin avant qu'il ne soit trop tard. Le mage en bleu répondit avec enthousiasme.
-Entendu, jarl Balgruuf, elles ont tout l'air d'être qualifiées pour cette tâche. Artoria s'approcha du seigneur des lieux. - Encore un mot, si vous me le permettez, Jarl Balgruuf. J'ai toujours le message du général Tullius. Je dois vous le remettre. Elle ne reçut d'abord qu'un grognement agacé, mais le jarl finit par soupirer.
- Il me demande sans doute de placer ses soldats en garnison dans mon château ? Combien de fois vais-je devoir refuser ? - Jarl Balgruuf, Ulfric Sombrage se prépare à vous attaquer. La lettre contient les informations que nous avons réunies et qui le démontrent. - Tant que ce dragon menace ma châtellerie, peu importe ce que veut Tullius. Donnez cette lettre à mon chambellan. - Le général Tullius m'a demandé de vous remettre sa lettre en mains propres. - Ne soyez pas stupide, Proventus est mes yeux et mes oreilles. Donnez-moi cette lettre, j'imagine qu'une fois entre mes mains je peux en faire ce que je veux.
Comme le chevalier obtempérait, lui tendant le phylactère scellé, il s'en empara.
- Bien, il me semble me rappeler que vous êtes en affaire avec le sorcier de ma cour. Réussissez et il y aura une récompense à la clef. Blancherive aura une dette envers vous.
Artoria se tourna vers Rin qui continuait à discuter avec Farengar. Leur conversation était émaillée de termes issus du jargon technique propre aux magi. Comme elle lui signalait qu'il était temps de partir, le mage de cour la salua de la main.
- Si vous en avez les capacités, vous devriez vous rendre à l'académie de Fortdhiver. C'est l'endroit idéal pour développer vos dons.
Comme les deux jeunes filles s'éloignaient, Balgruff monta les marches qui conduisaient à la salle des cartes. Son chambellan regardait justement les drapeaux jalonnant Bordeciel qui montraient les positions des armées impériales et sombrages. Le jarl lui tendit le courrier de Tullius.
- Proventus, avez-vous déjà entendu parler de cette Artoria Pendragon ?
- En fait, oui, monseigneur. Elle a accepté plusieurs contrats pour éliminer des bandits de la région. Ma fille lui a également acheté des armes magiques, probablement récupérées sur ces mêmes brigands.
Adrianne tenait la forge "La guerrière" à l'entrée de la ville. Idéalement placée pour guetter les allées et venues, elle informait son père de tout ce qui sortait de l'ordinaire. Proventus réfléchit un instant, puis ajouta :
- Je pense que dame Pendragon est venue en Bordeciel à la recherche de quelque chose. Elle m'a posé beaucoup de questions sur l'histoire de Blancherive. Oh, cela me revient, elle cherchait une "Épée de la Désignation", une lame magique qui sélectionnerait les rois.
Balgruf ne put contenir un mouvement de surprise, interpelé par ce que venait de dire Proventus.
- Une lame qui... désignerait les rois ?
Puis, il se souvint de son épée au pommeau et à la garde d'or, ornée d'émaux bleus. En la voyant, Balgruuf avait pensé à une épée de sacre, trop belle pour être portée sur le champ de bataille. Une lame royale...
- Elle ne la cherche plus... elle l'a déjà trouvée.
Ou plutôt l'inverse... S'il s'agissait bien d'une arme qui désigne les rois.
- Proventus, continuez à chercher ce que vous pouvez trouver sur elle. D'où elle vient, qui sert-elle, sa famille, son origine, tout !
- Oui, mon jarl.
Bizarrement, Balgruuf sentait que son chambellan ne lui en apprendrait pas plus.


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Message par Anaxagore le Jeu 16 Mai - 11:42

---Âtrefeu, 1er jour, 4E 201---

Artoria et Rin franchirent la porte d'entrée de Blancherive, moins d'une journée après leur dernière visite. Le quartier des plaines semblait toujours aussi endormi. Un vieillard moustachu marchait dans la rue, croisant un guerrier en armure d'écaille, un trio d'enfants dévala l'escalier qui menait au quartier des vents. Sur les toits, des oiseaux chantaient.
Pourtant, en passant devant la forge "La Guerrière", la guerre resurgit sous la forme d'une simple conversation entre Adrianne Avenicci - propriétaire des lieux et fille du chambellan- et un nordique portant l'armure d'un éclaireur de la Légion.
- Nous payerons le prix nécessaire, commença l'homme, il faut davantage d'épées pour les soldats Impériaux.
Adossée à un des piliers de bois qui soutenait l'auvent de son toit, Adrianne haussa les épaules.
- Je ne peux pas m'occuper toute seule d'une commande aussi importante. Et si vous ravaliez un peu votre fierté et vous demandiez l'aide d'Eorlund Grisetoison.
L'homme en armure impériale eut un ricanement sarcastique.
- Je préférais encore m'agenouiller devant Ulfric Sombrage. De toute façon, jamais un Grisetoison ne voudrait faire de l'acier pour la Légion.
- Très bien, j'accepte le travail. Mais n'espérez pas de miracle.
L'intérêt de Rin pour cet échange n'avait pas échappé à une femme ridée et blanchie qui arrivait du marchée, une cruche de lait dans ses bras.
- Vous savez, jeune fille, il y a à Blancherive, un conflit aussi absurde que celui qui divise Impériaux et Sombrage. C'est la querelle qui oppose les Guerriers-Né aux Grisetoison. Difficile de croire que les deux clans s'entendait très bien avant le début de la guerre et que Idolaf - elle désigna l'homme en armure impériale - fut autrefois l'ami d'enfance de Thorald Grisetoison... avant que ce dernier ne rallie les Sombrages et ne disparaisse au combat.
La vieillarde reprit sa route, après un bref signe de tête en guise de salut. Continuant leur route, Artoria et Rin dépassèrent la place du marché, grimpant un escalier qui conduisait au temple de Kynareth, bâtis sur la gauche d'une place centrée sur un arbre mort... planté autrefois par la déesse elle-même. Enfin si on croyait à la légende.
Rin Tohsaka jeta un regard en coin au Roi des Chevaliers.
- Tu parais bien songeuse...
Artoria cligna des yeux, puis secoua la tête.
- Je... repensais à une autre guerre civile. D'autres amis qui se sont retrouvés dans des camps opposés...
- Je vois...
La jeune japonaise combattit l'envie de lui demander si elle allait bien... L'impulsion ne pouvait être plus ridicule. Évidement qu'elle n'allait pas bien. On oubliait facilement, vu son apparence, qu'Artoria était le père de Mordred. Elle savait qu'une guerre civile pouvait conduire les membres d'une même famille dans des camps opposés.... surtout pour un roi né femme qui avait été violée par sa sœur après avoir été transformé en homme, et engendré en résultat un fils rebelle qui était en fait, une fille. Rin se massa les tempes, irritée. Sa migraine revenait... Réfléchir à la vie de la version féminine du roi Arthur lui donnait l'impression d'avoir à résoudre un casse-tête ridiculement compliqué.
Au moins, en Bordeciel, tout restait simple. Une femme voulait se battre ou régner ? Elle n'avait qu'à se faire respecter, les armes à la main. Pas besoin de laisser derrière elle le chaos engendré par les sortilèges de Merlin.
Le silence régna jusqu'en haut des marches qui conduisaient à Fort-Dragon. En entrant dans le cabinet de Farengar, elles le trouvèrent en grande discussion avec une femme encapuchonnée, en armure de cuir.
Cette dernière se tenait penchée sur un livre que le sorcier paraissait commenter.
- Vous voyez ? La terminologie correspond certainement à l'Ère Première, voire à une période antérieure. J'ai l'intime conviction qu'il s'agit de la copie d'un texte encore plus ancien. L'original doit probablement dater de la Guerre Draconnique. Si c'est le cas, je pourrais sans doute retrouver les noms modernes par croisement avec des sources plus récentes.
La femme jeta un coup d'œil au mage. Ce dernier ressemblait à présent à un chiot quémandant une caresse.
- Bien, contente de voir que vous progressez, mes employeurs veulent des réponses concrètes.
Farengar sembla rayonner. Entouré de Nordiques qui haïssaient la magie, le pauvre devait être aussi assoiffé de compliments qu'une plante verte en plein désert.
- Oh, pas d'inquiétude ! Le jarl a fini par s'y intéresser et j'ai désormais tout le temps nécessaire pour me consacrer à mes recherches.
- Vous avez de la visite.
D'un coup de menton, la femme désigna Artoria et Rin debout à l'entrée. Farengar leur sourit. - De retour du Tertre des Chutes Tourmentées... et visiblement en un seul morceau. Vous n'avez eu aucun problème ?
Il s'adressait à Artoria qui répondit simplement par la négative. - On dit portant que ces ruines abritent des bandits, des trolls, des draugrs et que sais-je encore.
Rin rit.
- Rien que de très habituel, du moins pour nous. Il y avait aussi des pièges mécaniques, des givrepeires. La routine... Vous savez, c'est la troisième tombe de ce genre que nous visitons et si je devais à chaque fois raconter comment Artoria et moi-même avons triomphé d'adversaires trop faibles pour nous résister, au milieu de ruines guère différente de celles que nous avons déjà nettoyées, ce serait profondément ennuyeux. Pendant que la magus s'épanchait, Artoria tendit l'objet de leur quête à Farangar Feu-Secret.
- Ah, la Pierre de Dragon du Tertre des Chutes Tourmentées. Vous n'êtes pas comme ces brutes que le jarl a l'habitude de m'envoyer.
La femme encapuchonnée intervint :
- Vous avez trouvé ça au Tertre des Chutes Tourmentées, Bon travail !
- Oui, merci, vos informations étaient justes, répliqua Farengar.
- Je vous laisse, je vais contacter mes employeurs.
Comme cette femme mystérieuse quittait la pièce, Artoria se tourna derechef vers le mage.
- Et ensuite ?
- Le travail de l'esprit est injustement sous-estimé en Bordeciel, dame Pendragon. Il va me falloir déchiffrer ces signes et comprendre à quels lieux ils correspondent. Artoria semblait très intéressée.
- Vous lisez ces anciennes inscriptions ? - Oui... Je connais assez bien le draconnique... pas autant que les Grisebarbes, mais assez pour traduire un texte. - Vous savez ce qui est écris sur les murs courbes que l'on trouve dans les anciennes cryptes ? Farengar réfléchit un instant.
- Ce sont souvent des inscriptions funéraires. Par contre, celles que l'on rencontre en extérieur racontent des hauts faits. Notez que j'en ai traduite une élevée sur le lieu d'exécution d'un malfaiteur. Un autre encore marquait l'emplacement où était tombée la monture préférée dans seigneur des temps passés. Donc, c'est assez variable. - Personne n'a mentionné de phénomènes étranges autour de ces murs ? En fait, alors que les deux jeunes femmes avaient atteint la chambre principale du Tertre, pour la troisième fois, un de ces murs avait appelé Artoria, lui transmettant une énergie étrange. - ... et bien, il y a des légendes. On les appelle les Murs des Mots, vous savez. Parce que certaines inscriptions seraient des Mots du Thu'um, les cris en draconnique. En méditant sur ces épigraphes, les étudiants du Thu'um pourraient apprendre un nouveau Mot. - Instantanément, questionna Artoria.
Cela fit bien rire Farengar
- Oh, non... après des années de méditation. D'après ce que j'ai entendu, pour apprendre un Mot il faut l'enfouir profondément en soi, devenir ce mot... mais seules les Grisebarbes en savent plus, à présent.
Le mage du jarl de Blancherive avait déjà mentionné ces "Grisebarbes" et Artoria fronça les sourcils, intriguée :
- Les Grisebarbes ?
- Les maîtres de l'Art de la Voix, ils vivent isolés dans un monastère près du sommet de la Gorge du Monde. Il s'agit d'un ordre monacal qui étudie les secrets de la Voix au plus près des cieux, domaine de Kynareth. Car - d'après la légende- ce serait elle qui aurait donné aux mortels la capacité de concentrer leur essence vitale dans un Cri...comme les dragons le font. Les Grisebarbes pourraient probablement répondre à vos questions mais... disons simplement qu'ils se sont pas installés à l'écart du monde parce qu'ils aimaient qu'on les dérange.
- Je comprends.
Les deux jeunes femmes saluèrent et retournèrent dans la Salle du Trône.
- Tu penses que tu as appris un Mot ?
- Probablement. Cela dit, je ne sais pas comment l'utiliser... il est juste là.
Le Roi des Chevaliers porta la main sur sa poitrine.
Il n'y avait rien et ajouter et encore beaucoup à faire. Artoria voulut parler avec le jarl Balgruuf mais ce dernier lui affirma, une fois encore, qu'il répondrait à la lettre du général Tullius lorsque sa cité ne serait plus menacée par un dragon. Comme elles se préparaient à quitter Fortdragon, un homme aborda Le Roi des Chevaliers.
- Vous êtes difficile à trouver, je vous cherche partout depuis plusieurs jours. Je suis un messager. J'ai un courrier pour vous, de la part du jarl Siddgeir d'Épervine. Tenez, le port est payé par l'envoyeur, vous ne me devez rien. Bonne journée.
- Bonne journée.
Comme le Roi des Chevaliers ouvrait le pli, Rin se pencha pour regarder par dessus son épaule :

Artoria Pendragon,

Je suis le jarl Siddgeir, et j'ai l'honneur de servir la belle cité d'Épervine.
La rumeur de votre renommée est arrivée jusqu'à moi. Je souhaiterais m'entretenir avec vous. Ma châtellerie a de nombreux problèmes de bandits et vous pourriez peut-être m'aider à les résoudre. La récompense sera à la mesure de vos actions.

J'espère vous voir au plus vite.

Très sincèrement,
Jarl Siddgeir.

Artoria referma la lettre pour se retrouver face au regard acéré de Rin Tohsaka.
- Tu vas y aller.
La femme chevalier soupira avec un mélange d'amusement et d'agacement.
- Qu'est-ce tu ne comprends pas dans l'expression "courrier privé" ?
Rin repoussa la remarque d'un geste cavalier de la main.
- Bah, tu m'en aurais parlé de toute façon et sans doute remis la lettre pour que je juge sur pièce.
- Oui, probablement. Il n'en demeure pas moins, que tu ne sembles pas avoir le moindre respect pour mon espace personnel.
La Japonaise éluda sa réponse, préférant passer à l'attaque :
- Pourquoi veux-tu, sans cesse, aider de parfaits inconnus ?
Artoria eut un mince sourire, pas vraiment intimidée par l'expression sombre de son amie.
- Je suis chevalier, Rin. J'ai un serment à tenir. Tu as beau jeu d'afficher ta réprobation. Je te connais, tu as très bon cœur. Tu ne peux rester insensible au malheur des autres, une qualité rare chez les magi.
Rin vira au cramoisi sous le compliment et croisa les bras, adoptant une posture de défi. Cependant, simultanément, elle tourna la tête de côté pour cacher son embarras. Ce faisant, elle ne put voir l'expression d'Artoria, amusée par son comportement de tsundere.
- J-je... ne... ce n'est pas ça... c'est juste que je ne peux pas laisser des gens faire n'importe quoi... on... on-n finit toujours par en payer le prix. Je suis aussi égoïste et calculateur que n'importe quel autre magus. De toute manière, je ne viens en aide qu'aux gens qui sont devant moi. Je ne cours pas d'un ennui à un autre au risque de me retrouver écrasée par le poids de toute la misère du monde ! Est-ce que tu comprends, au moins, qu'au final tu ne feras aucune différence ? Que l'on ne te montrera même pas de reconnaissance ?
- Oui.
- Alors pourquoi, Artoria, pourquoi ?
- Rin, quant tu auras vu une mère serrer contre elle le fils qu'elle croyait mort, tu comprendras.
Ce jour là, en voyant le sourire d'Artoria Pendragon, le Roi des Chevaliers, Rin Tohsaka comprit qu'il n'y avait pas plus égoïste que les personnes désintéressés. Car ils étaient les seuls à être heureux du bonheur de parfaits inconnus.

---Âtrefeu, 2e jour, 4E 201---

La "belle cité d'Épervine"... Belle ? Cité ? À peine plus étendue que le village de Rivebois - qu'elles avaient traversé en venant- Épervine lui ressemblait étrangement. Ce qui voulait dire qu'il s'agissait d'un rassemblement de masures en pans de bois avec des toits de chaume.
Difficile de croire que ce village typiquement nordique fut autrefois la capitale d'un royaume Colovien. Les Colovien sont l'une des deux ethnies à l'origine de la fondation de l'Empire de Cyrodiil. La seconde est les Nibéniens. L'un des souverains du royaume d'Épervine joua un rôle majeur dans l'avènement de l'empereur Tiber Septim.
Finalement, tout ce qui restait de la splendeur passée de cet ancien royaume se trouvait dans son cimetière. On y voyait les tombes de grands rois et de héros tombé lors des conflits qui dévastèrent la région. En fait, inutile de chercher ailleurs les raisons du déclin de l'antique cité. Sa riche histoire, résultat de son antique rayonnement, se résumait en une accumulation de sièges, de pillages, d'abandons du site... Ce que les guerres n'avaient pas détruit, le temps l'avait effacé. Ne laissant rien d'autre que sa nécropole. Les Coloviens et leurs monuments laissèrent la place aux pauvres constructions des Nordiques.
Même la longère du jarl ressemblait plus à la demeure d'un chef de clan qu'à celle d'un roi.

Sous une bannière violette, ornée de la tête de cerf de sa châtellerie, le jeune jarl d'Épervine se pâmait sur son trône, vêtu de somptueux vêtements dans les tons buns et portant une couronne ornée d'émeraudes.
Les cheveux noirs, coupés courts, imberbe, il ne ressemblait en rien au Nordique typique. Et, contrairement à Balgruuf, il ne donnait aucune impression d'énergie. Pire, son évidente complaisance envers lui-même et son arrogance rappelaient Shinji Matou à Rin... en pire. Au moins, Shinji cherchait à prouver sa valeur - d'accord d'une manière aussi intelligente qu'un poulet décapité courant dans tous les sens- mais au moins il ne se répandait pas ainsi sur un trône ! Autant dire que, cinq minutes seulement après l'avoir rencontré, la magus japonaise rêvait déjà d'effacer à coups de poings le sourire suffisant du jarl Siddgeir.
Cela ne l'empêchait pas de n'en rien montrer. Elle n'avait pas passé des années à peaufiner son image d'étudiante modèle pour rien.
Pendant que Rin Tohsaka se retranchait derrière sa personnalité de "miss perfect", son amie s'avança vers l'occupant du trône :
- Je suis le chevalier Artoria Pendragon. Je vous le demande : êtes-vous le jarl Siddgeir, qui par la présente lettre m'a convoqué en ce lieu ? - Ah, c'est vous ? J'ai beaucoup entendu parler de vos exploits ces derniers jours, dame Pendragon. Cela a excité ma curiosité. Artoria : Curiosité ? Comme les yeux de la jeune femme se rétréciraient, Siddgeir s'empressa d'ajouter : - Il se trouve que j'ai besoin de quelqu'un comme vous. J'ai... disons que j'ai peut-être effectué quelques transactions discrète avec une bande de brigands. La part qu'ils me reversaient était honorable... au début ! Mais il est temps de faire le ménage dans ma châtellerie. Artoria resta silencieuse quelques instants. -Vous êtes bien jeune pour cette position. Le jarl d'Épervine fit la moue.
- Mon oncle Dengeir exerçait ce rôle jusqu'à récemment, mais l'âge a fini par le rattraper. Il occupe maintenant le poste de Thane et moi celui de jarl, pour le plus grand bien de la châtellerie. -Votre rôle n'est-il pas trop difficile ? Siddgeir se mit littéralement à rayonner.
- Difficile ? Mon chambellan se charge de tous les tracas ! Je bois la bière la plus goûteuse, je chasse avec les meilleurs chiens, la vie de jarl est on ne peut plus simple. Vous devriez vous y essayer. Le Roi des Chevaliers ne montra aucune émotion, son visage restant semblable à une page blanche. - Très bien, je m'occupe de ces bandits, jarl Siddgeir. Où puis-je les trouver ?
Une expression jubilatoire passa sur le visage de la larve sur le trône.
- À la mine de Rougebraise. Elle se trouve à la frontière avec Blancherive, un peu avant d'arriver au village de Rivebois. Tuez-les tous, n'en épargnez aucun.

L'auberge du "Géant Endormi" à Rivebois servait surtout de lieu de délassement pour les bûcherons de la scierie de Gerdur. Parmi les autres clients on trouvait surtout des voyageurs qui se rendaient à Blancherive ou Épervine et qui s'arrêtaient pour ne pas avoir à dormir à la belle étoile.
L'endroit n'avait rien de luxueux. Une salle tout en longueur avec des tables grossières le long des murs. Le tout baignant dans la pénombre orangée d'une vaste fosse à feu creusée entre les piliers de bois qui soutenaient le toit de chaume. Mal aérée, l'auberge sentait la fumée et la bière éventée. L'ambiance sonore était à l'avenant. Un barde chantait "Ragnar le rouge" pour un vieil ivrogne qui dansait une choppe à la main.
Installée près de la porte, Artoria achevait de vider une écuelle de ragoût de bœuf.
- Encore ! Dit-elle, tendant un bol vide.
Orgnar, le cuisinier de l'auberge, secoua son épaisse crinière de cheveux noirs tout en resservant le chevalier... pour la quatrième fois.
- Cela fait plaisir de voir quelqu'un qui aime autant ce que je prépare... N'hésitez pas à revenir... vous avez fait ma journée.
Amusée, Rin secoua la tête avant de se retourner vers le troisième individu à leur table. Il s'agissait d'un garde de Blancherive qui fixait le Roi des Chevaliers d'un regard éberlué.
Il faut dire que si Artoria était un goinfre, la voir manger était étrangement plaisant. En dépit de son coup de fourchette - oui, l'instrument était connu en Bordeciel- la jeune femme restait parfaitement gracieuse comme dans tout ce qu'elle faisait.
- Garde ?
L'homme se secoua pour regarder Rin.
- Damoiselle ?
- Nous parlions de la mine de Rougebraise.
- Ah oui... comme parmi les gardes on raconte que vous avez aidé le jarl, cela me fait plaisir de vous aider en retour. La mine de Rougebraise exploitait du fer, mais elle a fermé il y a des années. Des gobelins s'y sont ensuite installés...
- Des gobelins ?
- Oui... vous n'avais jamais vu de gobelins ?
- Non.
- D'affreuses créatures de la taille d'un enfant de douze ans, la peau verte, une grosse tête avec des oreilles pointues. Un seul gobelin commun n'a rien de très dangereux. Seulement, lorsque l'on en voit un c'est qu'il y en a dix... et il y a des combattants plus forts, des chamans. Le chef de tribu a parfois de bonnes armes enchantées. On les rencontre surtout en Cyrodiil, un peu en Mosrrowind et en Hauteroche. Récemment, la tribu qui occupait la mine de Rougebraise a été chassée de son territoire par des brigands.
Rin se frotta le menton.
- Et vous n'avez rien fait ?
Le garde grimaça avant d'avaler une gorgée d'hydromel.
- Je comprends ce que vous ressentez. Ils sont à une demi-heure de marche d'ici et attaquent les voyageurs presque sous notre nez... Malheureusement, c'est de l'autre côté de la frontière. Pendant des années, le chambellan Proventus a interdis que l'on poste une garnison à Rivebois de peur que cela soit interprété comme un préparatif d'agression. Alors intervenir sur le territoire d'Épervine... Enfin, dame Pendragon et vous allez régler le problème.
Comme Rin se tournait vers cette dernière pour l'intéresser à la conversation, Orgnar revint avec une assiette de gâteaux roulés, sorte de brioches à la cannelle.
Les yeux du chevalier s'illuminèrent. Elle prit une bouchée et posa une main sur sa joue, posture étonnement mignonne pour une femme d'habitude froide et peu expressive.
- Trop bon !
Rin Tohsaka se frotta les yeux. Venait-elle vraiment de voir apparaître des cœurs roses au-dessus de la tête du cuisinier et du garde ?

L'affrontement faisait rage à l'intérieur de la mine de Rougebraise. En fait, Artoria et Rin n'auraient pu attaquer à un plus mauvais moment... ou à un meilleur ? Prévenues par le garde auquel la magus avait payé à boire, les jeunes femmes savaient que la mine se trouvait disputée entre les gobelins et les brigands, elles pouvaient s'attendre à tomber sur les uns ou les autres...
Sauf qu'elles avaient attaqué en même temps que les gobelins et que ces derniers n'appréciaient pas la concurrence.
Rin leva une main utilisant gandr sur deux brigands furieux qui montaient le tunnel vers elle. Le barrage de projectiles magiques les tua tous deux. Puis, Artoria se rua en avant. Caliburn étincela... et un gobelin roula au sol, terrassé.
À part elles, il n'y avait plus personnes de vivant dans la caverne. Franchissant un pont de bois qui enjambait un petit lac souterrain, les deux amies s'avancèrent dans un passage creusé dans la roche. On entendait des bruits de combats et une torche crachotait un peu plus loin, révélant... trois nouveaux gobelins.
Dans la pénombre, les petits monstres criaient d'une voix aigues, brandissant des armes indistinctes. Une fois encore, le Roi des Chevaliers se jeta sur eux avant qu'ils ne puissent approcher la magus... une chose qu'appréciait cette dernière. Les humanoïdes étaient parfaitement répugnants avec leurs grands yeux chassieux, leurs bouches remplies de crocs cassés et jaunes, les hardes infectes qui leur servaient de vêtements.
Finalement, leur meilleure arme restait l'odeur. Cela tenait de l'exploit de combattre en se bouchant le nez...
Débarrassée des humanoïdes en un tour de main, le chevalier laissa Rin sur place, courant si vite que cette dernière n'arriva dans la grotte principale qu'après qu'elle ait engagé les ennemis.
La caverne était partie occupée par un petit lac et des passerelles de bois permettaient d'atteindre des alcôves et des passages à différentes hauteurs. En contrebas, on voyait une forge.
Alors qu'Artoria combattait plusieurs gobelins sur un passage suspendu, d'autres menaçaient de la prendre à revers.
Rin Tohsaka se concentra, une énergie bleue fila de sa main pour frapper le cadavre d'un brigand... pas un sort qu'elle tenait de son père ou de Kirei. Elle l'avait appris dans un livre trouvé après leur arrivée sur Nirn. En dépit - ou peut-être à cause- de la magie abondante, les sortilèges étaient incroyablement grossiers et les effets brefs. Toutefois, le zombi créé par la magus se révéla plutôt efficace dans sa tâche. Surtout qu'elle soutint son assaut en utilisant une nouvelle fois gandr.
Un instant plus tard, tout était terminé, les derniers gobelins fuyaient en pillant et les cadavres s'amoncelaient devant les deux adolescentes. Il ne restait plus qu'à trouver le chef des brigands et à ramener sa tête à Siddgeir.
- En fait, on devrait peut-être demander à ce que la récompense soit versée aux gobelins... oups..; j'oubliais, ils sont tous morts.
Artoria tourna un regard exaspéré vers son amie.

Gobelins + brigands.

---Âtrefeu, 3e jour, 4E 201---

Après avoir passé la nuit à l'auberge du "Mort de soif". Rin et Artoria se trouvaient une nouvelle fois devant le souverain d'Épervine. Le chevalier venait d'ouvrir, au pied du trône, le sac de jute contenant la tête tranchée du chef des bandits :
- jarl Siddgeir, les brigands sont tous morts. Nous sommes arrivées alors que la mine se trouvait attaquée par des gobelins. Ces derniers ont tué presque tous les scélérats et nous avons affronté les survivants. Ils ne représentent plus aucun danger pour les voyageurs, à présent.
Siddgeir regarda la tête tranchée et leva ironiquement sa pinte à sa santé.
- Bien fait pour eux, ils n'auraient pas dû arrêter de me payer. Tenez (tends une bourse) vous méritez une récompense pour votre travail. Vous savez, je vous aime bien. Vous n'avez pas peur de vous salir les mains.
Rin se mordit l'intérieur de la joue pour ne pas boxer cet imbécile suffisant. Non, les voyageurs ne pouvaient pas circuler en sécurité, du moins pas tant que ce... ce... rhaaa.... elle n'arrivait même pas à trouver une insulte valable ... enfin, bref, tant que ce détritus souillerait ce trône personne ne serait totalement sauf dans la châtellerie d'Épervine...

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Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots. William Faulkner
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Message par Anaxagore le Mar 21 Mai - 21:41

Interlude

Lorsque l'on voyage entre la petite ville de Pontdragon et Solitude, capitale de Bordeciel, on suit une route qui longe la rivière Karth. La première déviation, que l'on aperçoit, après avoir quitté Pontdragon, monte difficilement vers le nord et les collines enneigées qui forment les premiers contreforts des monts Druadach.
Arrivé au sommet des collines, la voie empierrée vire vers l'ouest et aux termes de nombreux lacets, permet de rejoindre Jehanna en Hauteroche.
Cependant, bien plus près de Pontdragon, à mi-colline, un escalier conduit au mont Primortis. Là, à un antique temple a été édifié au temps des anciens nordiques. Abandonné depuis des siècles, il a subis les outrages du temps. Néanmoins, sa masse de pierre forme toujours un impressionnant mastaba qui couronne une falaise surplombant la vallée de la Karth.
Une volée de marches permet de monter jusqu'à la terrasse supérieure où on est accueilli par la vision majestueuse d'une statue représentant une femme, bien plus grande que nature, drapée dans une robe et encapuchonnée. D'immenses ailes sont attachées à ses épaules et la figure de pierre tend les mains comme si elle voulait saisir un objet absent.
Méridia prince - ou plutôt princesse- daedrique d'un ensemble de royaumes extérieurs connus sous le nom de "chambres colorées", a le rang de déesse et ses domaines sont la vie et l'énergie. Alors que la plupart des princes daedras apparaissent aux mortels pour leurs confier des tâches répugnantes conformes à leur nature maléfique, Méridia constitue une exception. Les mortels résidant sur Nirn ne la craignent pas, bien au contraire ils cherchent sa protection contre les mort-vivants qui les menacent. Il faut dire, qu'en tant que divinité de la vie, Méridia hait et méprise profondément les nécromanciens comme tous les pathétiques fantômes, spectres et autres cadavres qui marchent qu'ils utilisent comme esclaves.

Deux silhouettes gravissaient un escalier raide, fendillé par le gel et recouvert de neige glissante. Autour d'eux, le paysage hostile consistait en une forêt de conifères aux sombres aiguilles. Les flocons dansaient mollement dans le vent couvrant les arbres, et la colline d'un linceul blanc qui étouffait les bruits.
Celui qui ouvrait la marche s'enroulait dans un manteau bleu usé, que la bise glaciale faisait claquer. Dessous, on pouvait voir une armure d'acier nordique on ne peut plus commune. D'ailleurs, l'homme pouvait appartenir à cette ethnie. Ses yeux bleus comme le ciel du nord, ses cheveux blonds, ondulés et dépeignés, ne dépareillaient par leur compagnie.
Toutefois, son visage rasé de près le différenciait clairement des habitants de Bordeciel qui arboraient barbes et chevelures tressées. Il se déplaçait également avec une élégance qui contrastait avec le comportement viril... voire rustre des natifs.
Lorsque le voyageur arrivait dans une localité, toutes les femmes le regardaient avec admiration. Incroyablement poli et galant, il ne laissait pourtant guère approcher. Non pas qu'il repousse celles et ceux qui voulaient lui parler, néanmoins il ne montrait guère d'émotions. Son très beau visage restait fermé, affichant uniquement de la détermination en une expression que rien ne pouvait fendiller.
Par contraste, le second personnage ne pouvait être regardé sans un frison.
Le colosse devait dépasser son compagnon d'une bonne tête... mais cela restait une estimation, car il se tenait courbé en avant. Le personnage portait une armure de chevalier teinte dans les tons d'une nuit sans étoile et un heaume armet dissimulant ses traits. Les deux seules touches de couleur de ce chevalier noir étaient le panache de crin bleu du dit heaume et sa fente de vision qui laissait filtrer une sinistre lueur rouge.
Pouvait-on constituer un duo plus disparate ?

Comme ils atteignaient le temple, une voix féminine, teintée de condescendance, tomba du ciel.
- Regarde mon temple en ruines. Une nouvelle preuve de l'inconstance des mortels. S'ils ne m'aiment pas, comment mon amour peut-il les atteindre ? De telles paroles tombant des cieux auraient probablement poussé bien des mortels à tomber à genoux, face contre terre dans la crainte de quelque puissante divinité. Cela aurait été une réaction normale.
Cependant, aucun des deux voyageurs ne pouvaient être vu comme normaux. L'homme blond s'immobilisa un instant et répondit d'un simple hochement de tête. Tandis que son compagnon poussait un rugissement bas.
Escaladant l'escalier qui permettait d'accéder à la terrasse supérieure, ils atteignirent le pied de la colossale statue de Méridia.
- Rapporte-moi mon cristal, que je puisse te guider vers ton destin. Ouvrant la sacoche qu'il portait en bandoulière, le blondinet en sortit un dodécaèdre. De la taille d'une tête humaine, l'objet avait été taillé dans une sorte de spath brumeux. S'approchant de l'idole de pierre, il la plaça sur un réceptacle à ses pieds.
Aussitôt, un rayon de lumière frappa le prisme qui s'éleva jusqu'à se tenir entre les mains de la statue. Comme saisis par des mains invisibles, l'homme en armure nordique s'arracha au sol pour être enlevé à hauteur des nuages, haut dans le ciel.
Le monde s'étalait autour de lui... il pouvait voir la vallée de la Karth, les marais de Hjaal et même la Mer des Fantômes qui scintillaient au loin, caressée par le soleil hivernal.
L'homme était-il impressionné ? Oui, assurément... pourtant il ne montrait nulle peur. Après tout, après avoir décapité le Chevalier Vert, ne l'avait-il pas vu remettre sa tête sur ses épaules ? N'avait-il ensuite pas accepté de le retrouver pour subir le même traitement... sans aucune capacité pour y survivre ! Un chevalier du Roi Arthur devait faire face à toutes les épreuves sans faiblir.
Après sa mort, à la bataille de Camlann, un étrange personnage -qui insistait pour se faire appeler "oncle Zili" - lui avait donné une seconde vie, dans un monde où son roi avait été également réincarné. Rien d'autre n'importait ! Une chance de dévouer une nouvelle fois sa vie à son roi, de restaurer son renom, cela valait toutes les épreuves, toutes les peines.
Aussi, comme une lumière s'approchait de lui, le chevalier se prépara pour la quête qui ouvrait le chemin vers sa rédemption. Il affronterait n'importe quel mal... aux côtés même du meurtrier de ses deux frères. Cela lui en coûtait. Néanmoins, il devait payer le prix qu'on lui demandait. Il ne trahirait pas une nouvelle fois son roi en faisant passer son honneur familial avant l'intérêt du royaume.
Arrivé si près du chevalier qu'il aurait pu la toucher en tendant la main, Méridia se mit à parler d'une voix hautaine :
- Cela fait bien longtemps que ma splendeur n'a pas illuminé Bordeciel. Mais le symbole de ma puissance git dans les ruines de ce qui était autrefois mon temple majestueux. Pire, un nécromancien se sert de mon attribut, l'épée Aubéclat, pour appeler à lui les âmes de ceux qui sont morts dans la guerre civile qui ensanglante le royaume. Écoute, tu vas entrer dans mon temple pour tuer Malkoran le Profanateur et libérer les âmes qu'il retient captives. Les portes sont fermées de l'intérieur, mais c'est de mon temple qu'il s'agit et c'est à ma volonté qu'il obéit. Je vais t'envoyer un rayon de lumière pour te guider. Le chevalier s'inclina en avant, une main sur le cœur.
- Moi, Gawain, sur mon honneur de chevalier de la Table Ronde, au nom du roi Arthur, je jure de libérer ce temple et les âmes prisonnières en son sein.

L'intérieur du temple était un lieu sinistre. Des corps noircis et desséchés de soldats impériaux et sombrages jonchent le sol. On pourrait les croire vieux de plusieurs siècles, au vu de leurs airs de momies... Toutefois, ils portaient des armures de facture récente. Comme si une force obscure avait sucé la vie de ces combattants... N'en laissant que des dépouilles profanées. Le temple du mont Primortis avait été édifié à une époque très reculée, selon les connaissances des architectes de cette époque. Il ressemblait donc à tout ce que les anciens Nordiques ont bâtis : un assemblage de pierres grossièrement taillées et de colonnes titanesques soutenant un plafond concave. Ici et là, des poteaux et des poutres bois, liées par des bandes de cuir, renforçaient la maçonnerie.
Bien entendu, l'endroit avait souffert du passage des siècles. Des blocs détachés des voûtes avaient pulvérisé des tables et des bancs, on ne pouvait plus passer par certains couloirs, des piliers gisaient au sol... Avec tous les cadavres gisant dans les passages et les salles accessibles, dire que l'endroit ne se montrait pas accueillant serait nettement sous-évaluer le sentiment d'angoisse que ces ruines exsudaient. Pire d'étranges écharpes de brume noire stagnaient au ras du sol. Elles ne pouvaient être naturelles. Il régnait une température glaciale, et les pierres suintaient d'humidité... Pourtant, le frisson qui parcourut la nuque de Gawain ne devait rien au froid et tout à la présence maléfique, suffocante, qui émanait des tréfonds du temple, loin sous ses pieds.
L'épée ramenée sous son bras gauche, sire Gawain descendait les marches conduisant à une sorte... d'église ou de temple. Un rayon de lumière traversait la pièce pour frapper un prisme semblable à celui que le chevalier avait ramené à Méridia. Il s'agissait du guide promis par le prince daedra. Ce qu'il devait faire lui sembla évident. On attendait de lui qu'il active ce nouveau cristal, comme il l'avait du premier dans le hall d'entrée.
Néanmoins.... les écharpes de brumes noires qui rampaient dans les ruines se convulsèrent sous ses yeux, se rassemblant pour donner naissance à des Ombres. Elles flottaient au-dessus du sol, des bustes humanoïdes comme tranché à hauteur de la taille.... Ces créatures semblaient uniquement constituées d'élusives vapeurs, à l'exception de deux puits de lumière rouge qui brillaient là où on attendait des yeux. Ces monstres fuligineux tenaient entre leurs mains des armes d'acier. Gawain se jeta en avant sur les deux premiers adversaires. Son arme ne pouvait être plus ordinaire, mais la puissance du soleil coulait en lui. Ils ne résistèrent qu'un instant. Sa lame faucha le premier mort-vivant, le coupant proprement en deux. Aussitôt, il se délita, s'effondrant une masse de gélatine noire... de l'ectoplasme. Le second opposant, portant un heaume sombrage, fit tourbillonner une hache à deux mains. Gawain s'effaça de côté et commença à frapper l'Ombre à coups répétés, son arme décrivant des arcs scintillant. Lui aussi perdit forme humaine, ne laissant qu'une flaque de résidu fantomatique sur le sol.
Comme le chevalier du soleil s'immobilisait pour reprendre son souffle. Une flèche vint se briser à quelques pas de lui.
Il tourna les yeux pour découvrir un archer près de l'autel de sacrifice. Il encochait un nouveau trait lorsque....
- Rarrrr... rRRRR ! La forme sombre de Lancelot s'interposa. Il hurla, renversé en arrière, provoquant une véritable onde de choc sonore. Une lumière rouge se mit à pulser sur son armure comme il se tordait grotesquement.
Soudain, Lancelot s'immobilisa, tournant la visière de son heaume vers l'ennemi. Avec une prestesse et une agilité qui jurait avec l'apparence pataude montrée jusque là, le monstre qui avait été le parangon de la chevalerie s'empara d'une poutre qui émergeait d'un amas de décombres.
Pour un autre qu'un chevalier de la Table Ronde, ce qui se passa ensuite n'aurait sans doute eu aucun sens. Aussitôt la lourde pièce de bois en main, des lignes rouges apparurent à sa surface. Comme l'archer tirait vers lui, Lancelot la fit tourbillonner parant le projectile en plein vol. L'instant d'après, il quittait le sol... reparaissant un instant sur un mur... puis fonça vers l'Ombre pour la balayer d'un moulinet de son arme improvisée.
- Knight of Owner : Un Chevalier Ne Meurt Pas Les Mains Vides, murmura Gawain.
Il s'agissait d'une des facultés parmi les plus impressionnantes reçues par Lancelot. Elle lui permettait de transformer n'importe quel objet considéré comme une arme en un véritable Noble Phantasme....
Un débris quelconque se voyait ainsi converti en une arme capable d'infliger des dégâts à une créature surnaturelle. Et si cela ne suffisait pas, Lancelot l'utilisait avec une maestria rare. Car, en dépit de sa folie actuelle, il profitait toujours des avantages procurés par son statu de meilleur chevalier de la Table Ronde : Eternal Arms Mastership. Cette compétence lui permettait de se servir de n'importe quoi qui puisse être assimilé à une arme, comme s'il avait passé sa vie à s'entraîner avec !
En fait, la folie de Lancelot lui ôtait toutes les barrières mentales qui l'avaient empêché d'utiliser ces capacités à leur plein potentiel. Surtout, il ne prêtait plus la moindre attention à ses limites physiques ! Ce qui voulait dire que, même si un mouvement le blessait ou que la fatigue se faisait sentir, il continuerait... du moins jusqu'à ce que son corps n'en puisse plus.
Gawain s'avança vers l'autel et toucha le cristal.
Le rayon qui venait de la porte d'entrée frappa la macle qui, à son tour, le redirigea vers un autre prisme. Toutefois, le couloir qui continuait au-delà s'était effondré. Il n'en restait plus qu'un magma de pierres et de poutres concassées.
Simultanément aux portes principales, une ouverture secondaire se déverrouilla. Lancelot aperçut de nouveaux ennemis et se mit à courir, toujours armé d'un poteau qu'il maniait comme s'il s'agissait d'une mince baguette de saule.
Le temps que Gawain rejoigne le berserker, ce dernier en terminait avec une des Ombres. Deux flaques d'ectoplasme montraient qu'ion ne voyait pas là son premier adversaire.
Lancelot ne s'arrêta pas en si bon chemin. Sur un nouveau rugissement, il franchit une porte qui conduisait à un autre couloir...
Sans Galatine, le chevalier du soleil ne pouvait faire que de la figuration au côté de cette incarnation de la folie destructrice ! En fait Gawain n'arrivait pas à imaginer quelque chose de pire que Lancelot dans cet état...
Enfin à part, peut-être, un demi-dieu grec berserk et entièrement sous le contrôle d'une petite fille aussi jolie qu'amorale et impulsive...
Venu d'on ne sait où, une vision s'imposa à lui : une gamine riant aux éclats, ses cheveux de Nive volant derrière elle. Elle tenait tout entière dans la main d'un colosse à la peau grise qui courrait, armé d'une sorte d'épée-hache, en pierre.
Gawain secoua vivement la tête, chassant l'étrange cauchemar éveillé avec un frisson d'horreur.
Personne ne pouvait être assez fou pour confier un tel monstre à une enfant.... N'est-ce pas ?
...
... ...
... ... ...
N'est-ce pas ?

Ils arrivèrent sur une terrasse de pierre qui flanquait le mastaba.
Bordeciel s'étalait au loin. Un pays magnifique, avec des montagnes couvertes de neige en arrière plan et des forêts de conifères saupoudrés de blanc par l'hiver, au premier. Entre les deux, de grands rochers sculptés par l'érosion et la Karth qui coulait en flots écumeux, vers le Nord, vers Solitude et la Mer des Fantômes. Gawain acquiesça sans un mot. Certes, il appréciait le paysage, mais plus encore l'astre du jour de cette fin de matinée qui l'éclairait... Avec midi qui approchait, le chevalier du soleil allait atteindre l'apex de sa force.
Le rayon de lumière passait à présent d'un fanal de cristal à un autre, longeant le bord de l'estrade de pierre, puis remontant un escalier qui conduisait à une porte de fer.
Après un couloir remplis de toiles d'araignées poussiéreuses, d'urnes nordiques, et de fragments de poteries, Gawain atteignit une immense salle. Le rayon de lumière sortait d'un conduit pour frapper un autre cristal sur une plateforme au sommet d'un pilier. Une volée de marches permettait de le rejoindre.
Le chevalier du soleil posa la main sur la macle taillée en dodécaèdre et à ce contact elle redirigea le faisceau vers un autre cristal identique. Toutefois, ce faisant, il provoqua l'apparition de trois nouvelles Ombres. Deux se matérialisèrent au pied de l'escalier et furent engagées par Lancelot. Il ferrailla contre cette qui venait de surgir d'un couloir au même niveau que la plateforme.
En tant que chevalier de la Table Ronde, même armé d'une épée pitoyable, il faisait tout même largement le poids contre un simple spectre. Cependant, l'arme improvisée de son compagnon siffla par-dessus son épaule, envoyant l'Ombre contre un mur. Le choc la dispersa instantanément.
Alors que le berserker courrait à la recherche d'autres ennemis, Gawain serra instinctivement les poings... Cela ne se faisait pas de tuer l'adversaire d'un autre chevalier. Il avait beau comprendre que dans cet état de folie, son ancien frère d'arme soit incapable de saisir de telles subtilités, cela ne l'empêchait pas de se sentir frustré d'une victoire et en colère contre ce manquement à l'honneur.
Sa frustration ne fit que croitre en découvrant que son allié avait déclenché un piège à hache dans le couloir suivant. Les lames en balancier sortaient de niches dans les parois et traversaient régulièrement l'espace. Il fallut beaucoup de prudence pour que Gawain sorte sans une égratignure de ce passage délicat.
À son arrivée sur la seconde série de plateformes, seuls les ectoplasmes noirs nés de la destruction des Ombres, marquaient le passage de Lancelot.
La frustration du chevalier du soleil monta encore d'un cran... Était-il là uniquement pour compter les adversaires vaincus par le berserker ?
Il activa le cristal suivant et une porte de fer s'ouvrit.
Ils traversèrent des pièces et des passages. Là, Gawain réussit à détruire une Ombre avant que Lancelot n'en est terminé avec celle qu'il combattait... hourra !
Une fois activée la macle à douze face au plafond de la grande salle, il leur fallut redescendre jusqu'à l'étage le plus bas.

Aubéclat se trouvait fichée dans un socle ornementé. Le rayon de lumière que sire Gawain avait péniblement déroulé derrière lui, telle Ariane dans le Labyrinthe, touchait la lame mystique, l'illuminant.
Autour du Noble Phantasme de Méridia, plusieurs Ombres faisaient cercle en compagnie d'un homme dans une robe noire à capuche. Cela ne pouvait qu'être Malkoran... le chevalier du soleil sentait l'énergie maléfique de ce personnage.
Épée en main, Gawain entra en lice. Dans un terrible rugissement, Lancelot le dépassa et heurta le gros des ennemis. Ce qui en laissa tout de même trois pour lui.
Plus habile en parade qu'en attaque, sans Galatine, Gawain utilisa sa compétence Siege Perilious pour sceller les capacités d'attaque à outrance de ses ennemis. Il n'eut dès lors guère de peine à parer les assauts de ses adversaires et à contre-attaquer à la moindre occasion. Le trio rapidement éliminé, Gawain se jeta en avant pour s'en prendre à Malkoran. Vu de près, le nécromancien se révéla être un humain à la peau sombre, portant un bouc. Coiffé à la Mohawk, son crâne était rasé, à l'exception d'une brosse entre le front et la nuque. Sur la poitrine, sa robe noire portait un dessin représentant un crâne spectral exécuté à la peinture verte. Le nécromage réagit en reculant et envoyant des stalactites de glace qui naissaient dans sa main et se ruaient vers Gawain.
Touché à plusieurs reprises, le chevalier du soleil continua sa course. Sa compétence Protection Of The Fairies lui évita de recevoir des blessures sérieuses.
Malkoran se retrouva acculé contre un mur. Sans aucune pitié, Gawain leva son épée et frappa l'ennemi à plusieurs reprises. Le nécromancien s'effondra... toutefois, ce n'était pas fini.
Une Ombre se leva du cadavre. Elle ressemblait à un squelette complet, flottant au-dessus du sol, sauf que les os se teignaient d'ébène et s'enveloppaient de miasmes obscurs ! Les cavités orbitales abritaient un feu carmin, brûlant de haine pour les vivants.
Malkoran avait jeté sur lui-même le sort qui lui permettait de transformer les âmes des morts en Ombres.
- Blade Of The Devoted !
L'épée ordinaire utilisée par Gawain ne pouvait contenir sa puissance. Alors qu'il plantait sa lame dans la poitrine du monstre mort-vivant elle.... explosa, projetant à distance de l'acier liquéfié. Cependant, l'effet sur sa cible fut plus impressionnant encore. Malkoran fut proprement soufflé par la détonation. Comme toutes les Ombres du temple de Primortis, il ne laissa de lui qu'une flaque de gélatine noire sur le sol.
La voix altière de Meridia s'éleva alors dans la crypte :
- C'en est fini. Malkoran est mort et le repos des morts ne sera plus troublé. Vient, prend Aubéclat sur ce socle. Vidé physiquement et intellectuellement, le chevalier du soleil se saisit de la lame de lumière et de vie. Si Galatine avait contenue la puissance du soleil... celle-ci renfermait une sphère de clarté au-dessus de la garde. Le savoir lui permettant de manier Aubéclat, son pouvoir contre les mort-vivants, s'insinua dans son esprit alors qu'une vive illumination l'enveloppait, le téléportant en plein ciel, face à l'astre flamboyant qui était la vraie forme de Méridia.
- Tout est en ordre. Grâce à toi. Garde la puissante Aubéclat et sert-en pour chasser le mal des ténèbres du monde.
- Je suis le chevalier du soleil, il est de ma vocation de combattre le mal et les ténèbres, répondit simplement Gawain, en s'inclinant légèrement devant la divinité. - Un nouveau jour se lève et tu en portes le message. Brandis la puissante Aubéclat en mon nom et fais en sorte que mon influence grandisse.
- Pardonnez-moi, ô Méridia, mais je ne me suis dévoué totalement à servir le roi Arthur. Ma loyauté n'appartenant qu'au Roi des Chevaliers, je ne peux en donner une parcelle à aucun autre, fût-ce un dieu.
- Peu importe, la chaleur du soleil fait prospérer toutes les plantes. Porte Aubéclat et ma lumière touchera le monde.



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Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots. William Faulkner
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Message par Anaxagore le Jeu 23 Mai - 10:10

---Âtrefeu, 4e jour, 4E 201---

Dans le ciel, Masser et Secunda éclairaient faiblement un paysage en noir et blanc. Le froid régnait en maître sur nuit. La Karth roulait en flots calmes entre la berge abrupte qui la flanquait vers l'ouest et les marais brumeux de l'autre rive.
Des chats-huants, brassant l'air de leur vol lourd, passèrent au ras de la tête d'Artoria.
- Fait... froid !
Une buée blanche sortie des lèvres de la magus assise sur la banquette à côté du chevalier. Bien que pelotonnée dans des fourrures de loup, Rin Tohsaka soufrait visiblement de la température nocturne.
- Nous sommes bientôt arrivées.
- Une chambre chauffée...  dormir...
Artoria sourit et tourna à nouveau la tête vers la falaise.  Le Roi des Chevaliers regardait les étranges lumières sur la falaise. Elle se souvenait vaguement d'un temple couronné par une statue ailée, dominant la vallée. La terrasse bâtie directement au-dessus de la route supportait une rangée de têtes de dragon stylisée. Chacune portait dans sa gueule un prisme de couleur blanche.
À présent, un rayon lumineux passait d'un cristal à l'autre. Dans la nuit, cela se voyait clairement. Comme souvent, Artoria compensait le manque d'informations pas l'intuition. Or cette dernière ne lui communiquait aucune information de danger... pourtant... sans qu'elle ne sache pourquoi, le chevalier sentait que quelque chose venait de changer. Le temple avait été le siège d'un événement d'importance.
Machinalement, le chevalier secoua la tête avant de serrer une  Rin grelottante entre ses bras.  Quoi qu'il se soit passé dans ces antiques ruines, cela pourra bien attendre demain.

---Âtrefeu, 5e jour, 4E 201---

Le légat Rikke se tenait appuyée des deux mains à la table des cartes. Devant elle, une représentation détaillée de Bordeciel couvrait le plateau de bois, divers drapeaux représentaient les factions qui se disputaient la patrie des Nordiques : Sombrages, Impériaux mais aussi Parjures, brigands et nécromanciens.  La femme en armure lourde reposa  un livre intitulé "Tactiques d'unités mixtes" avant de couler un regard ennuyé en direction d'Artoria.
- Non, chevalier, le général Tullius a quitté Solitude avec la cohorte d'Hadvar, hier à l'aube.
Artoria acquiesça.
- Je suppose qu'il serait trop vous demander de m'indiquer où je pourrais le rencontrer ?
- Vous supposez bien, chevalier. Le général est en opération. Si vous avez un message, je le lui communiquerais au retour.
Le Roi des Chevaliers prit une plume dans l'encrier, coucha quelques lignes, sabla et scella le message à la cire. "Vous direz à son excellence le général Tullius, que le jarl Balgruuf ne désire pas discuter du séjour des troupes impériale dans sa capitale... du moins tant qu'un dragon menace sa ville. Je précise que les mots qu'il employa furent plus... directs. Ceci est la version diplomatique", dit-elle en tendant la lettre. "De plus, j'ai nettement l'impression que le jarl de Blancherive considère qu'appeler la Légion pour défendre sa capitale serait faire montre de lâcheté. Attendu, d'autre part, que le dit jarl a fait montre d'une nette hostilité envers Ulfric Sombrage, je pense que nous pouvons assumer que Balgruuf défendra Blancherive sans aide et... succombera honorablement, ce faisant".
Rikke eut un geste d'humeur, fort compréhensible.
- Et ce dragon ? C'est celui qui a détruit Helgen ?
- Oui, Légat.
- Qu'en savez-vous ?
- Ce que tout le monde raconte. Ce serait un monstre " grand comme une maison et noir comme la nuit". Il aurait détruit Helgen par son souffle enflammé mais surtout en utilisant un Cri qui aurait fait tomber des pierres embrasées du ciel. La destruction de la ville a été confirmée par plusieurs témoins.
Rikke jura :
- Par Shor !
Elle retira le drapeau rouge qui était planté dans la carte sur la représentation d'une ville. On lisait à côté : "Helgen".
- J'espérais que tout ça soit des rumeurs colportées par des ivrognes...
Son regard ne quittait pas le défilé du même nom, dérivant parfois vers son extrémité est... et la province rebelle de la Brèche.
- Cela sera tout, chevalier, vous pouvez vous retirer.
- Bien, madame.
Artoria Pendragon salua d'un léger signe de tête et tourna les talons, d'un pas royal, la main posée sur la garde de son épée. Comme elle passait entre les factionnaires, ceux-ci se mirent instinctivement au garde-à-vous, bien que la nouvelle venue n'ait aucun grade dans la Légion.  

Le soleil hivernal baignait la cour intérieure de Mornefort. Au pied de la tour qui servait de quartier général au Thalmor, des archers portant la tenue des gardes d'Haafingar tiraient sur des cibles d'entraînement, houspillés par le capitaine Aldis. Plus loin, portant épées et haches, d'autres soldats en rouge donnaient des coups sur des quintaines pour exercer leurs bras d'armes.
Rin les regardait faire d'un air ennuyé, n'ayant rien trouvé d'autre pour tromper son humeur maussade.  Au bruit d'ouverture de la porte du donjon, Tohsaka se retourna vivement.
Artoria répondit d'un signe de tête aux sentinelles qui la saluaient et marcha vers Rin.
- Alors, la questionna son amie.
- Le général est absent, répondit le Roi des Chevaliers.
La magus plissa les paupières, faisant une moue colérique.
- Tu veux dire que nous nous sommes empressées de retourner à Solitude...
- Oui.
- ... que nous avons grelotté dans cette carriole brinquebalante...
- Oui.
- ... pour rien ?
- Oui.
Rin Tohsaka battit deux fois des paupières, ouvrit la bouche... sans trouver quoi que ce soit de plus à dire pour épancher sa colère.  Face au regard calme et patient d'Artoria, elle sentit ses joues la brûler et elle détourna la tête avant de croiser les bras, personnification même de la bouderie.
- Alors, on fait quoi ?
-Je pensais présenter mes respects au jarl Éilisif la Juste.  
Rin acquiesça. De toute façon, ça ou autre chose...
Les deux jeunes femmes remontèrent la rue principale de la ville de Solitude, se dirigeant vers l'est. Les maisons de pierre avec leurs toits multiples couverts d'ardoises étaient les plus belles de Bordeciel. Dans les rues pavées courraient des gamins braillards, entre les patrouilles de gardes et les passants. Des fleurs poussaient dans des bacs et même entre les pavés. Le ciel  d'un bleu céruléen laissait filtrer le soleil à flot. Les rares nuages passaient au-dessus des rues, poussés vers la mer par un vent qui faisait claquer les bannières rouges, ornées d'une tête de loup, de la châtellerie.
Le Palais Bleu se dressait à l'extrémité de l'arche monumentale où avait été édifiée la ville. En dépit de son aspect splendide et des toits de tuiles lapis-lazuli qui lui donnaient son nom, il donnait une impression d'inachèvement.
Une fois passée la vigie à l'entrée, on se trouvait dans une cour intérieure... abandonnée aux herbes sauvages  et à des buissons que l'on pouvait difficilement qualifier de plantes ornementales. L'ensemble donnait une impression d'abandon. Alors même qu'elle avait déjà rencontré le jarl, lorsqu'il avait fallu lui présenter le "Sonnet du roi Olaf", Rin combattit l'envie de retourner au garde pour lui demandait s'il s'agissait vraiment du palais des rois de Bordeciel. À sa manière, Artoria était tout aussi choquée. Une telle négligence lui paraissait inexcusable.
On les fit attendre en un lieu étroit, avec seulement quelques sièges, qui n'aurait pas déparé dans le cabinet d'un médecin. Puis, elles furent introduites dans la salle du trône. Un double escalier majestueux, dominé par une balustrade, permettait d'accéder à la présence du Jarl.... qui se trouvait à l'autre bout de la pièce de réception... c'est à dire à trois mètres.
En y réfléchissant, les dimensions réduites du palais s'expliquaient simplement par la superficie restreinte à l'extrémité de l'arche de solitude. Toutefois, l'impression restait risible. Comme si l'on venait d'entrer dans une maison de poupée ou une maquette.
Évidement, vu l'exiguïté des lieux, la réception n'avait rien de privé. Les deux jeunes femmes durent se tenir à proximité d'un homme qui se présenta au jarl sous le nom de Varnius Junius :  
- ... je vous le dis des lueurs surnaturelles ont été aperçues dans cette grotte. Des gens disparaissent. Les routes ne sont pas sûres. Il faut que quelqu'un aille voir. Assise sur un trône de bois rouge incrusté d'entrelacs d'or,  le jarl Élisif la Juste, leur apparut comme une femme jeune et blonde, vêtue d'une splendide tunique mêlant le brun à l'incarnat. Une couronne de cuivre incrustée de rubis ceignait son front  et plusieurs médaillons précieux pendaient à son cou.  Bien qu'elle tentât de se donner un air royal, le jarl semblait mal à l'aise.
Après une brève hésitation et un coup d'œil à son chambelan, jarl Éilisif la Juste se carra dans son trône et prit un ton qui se voulait autoritaire :
- Alors envoyons immédiatement une légion fouiller la grotte et sécuriser la ville. Tant que j'occuperais ce poste, les citoyens d'Haafingar seront en sécurité. Au pied du trône, une silhouette féminine, entièrement drapée d'une toge bleue, se tourna vers le seigneur des lieux. Ses yeux rouges brillant dans l'ombre de son capuchon :
- Votre éminence, ma clairvoyance ne décèle aucune menace surnaturelle dans les environs. Pondragon est sous contrôle impérial. Il s'agit sûrement de superstitions ridicules.
Vêtu de brun, les cheveux et la barbe rouge, le chambellan parla à son tour, avec une note insistante dans la voix. - Peut-être qu'une réaction plus mesurée serait de rigueur.  Le jarl parut une nouvelle fois troublée, comme une élève qui aurait reçue une indication de son professeur et qui cherchait désespérément à se remémorer la bonne réponse.  - Oh... bien sûr, vous avez raison. Falk, dites au capitaine Aldis d'affecter quelques hommes supplémentaires à Pondragon. Varnius ne sembla pas particulièrement rassuré par cette nouvelle. - Merci, Jarl Élisif. Mais au sujet de la grotte...
Le dénommé Falk Barbebraise, c'est à dire le chambellan, répondit à la place de son seigneur... devançant probablement une autre réponse naïve.  - Vous pouvez aller vous reposer, Varnius. Je veillerais à ce que quelqu'un s'occupe aussi de la grotte. L'homme acquiesça - J'ai ce que j'étais venu chercher, je retourne à Pontdragon.
Alors qu'il se retirait, Falk fit signe au Roi des Chevaliers d'approcher. Celle-ci s'avança et mit un genou à terre, le bras posé sur l'autre, le font incliné vers le sol.
- Dame Élisif, permettez-moi de venir vous présenter mes hommages. Artoria Pendragon, tel  est mon nom, chevalier mon état. J'ai prêté allégeance à la Légion Impériale et sert Titus Médée II et, au travers de Sa Majesté Impériale, tout le peuple de l'Empire.
Une telle déclaration aurait pu vibrer d'orgueil, ou même de joie juvénile. Toutefois, en dépit de la jeunesse de celle qui venait de prendre la parole, la voix avait empli la pièce, reflétant une tranquille assurance.  Les thanes, qui se bâfraient et se disputaient aux tables alignées contre la paroi, relèvent les yeux de leurs choppes, surpris d'écouter ce timbre inconnu... mais trouvant naturel de le faire.
Le jarl resta un instant la bouche ouverte, puis rougit.
- Dame Artoria Pendragon, re...  Relevez-vous ! Tout le monde est le bienvenu au Palais Bleu.   Que puis-je pour vous ?
Dans le délicat cliquetis de son armure, le chevalier acquiesça.
- Comme je viens de le dire, je suis venu pour vous présenter mes hommages... vous saluer, précisa-t-elle devant l'expression troublée du jarl.
- Oh, bien sûr... merci de cette attention.  Votre nom a déjà été mentionné à plusieurs reprises devant moi. Vous êtes celle qui a ramené la Couronne d'Os au général Tullius.
- Oui, ma dame. Toutefois, je n'ai fait que la transporter. La bataille de Korvanjund a été remportée par le légat Rikke.
Les yeux de la jeune jarl étincelèrent.
- Je pense que l'on devrait célébrer cette grande victoire par un défilé ici à Solitude. Cela inspirera la population.
Falk Barbebraise toussa dans son poing.
- Je pense que le général Tullius ne donnera jamais son accord. Il a besoin de ses soldats pour combattre, mon jarl. Le défilé de la victoire pourrait peut-être attendre la fin de la guerre.
Élisif parut déçue, mais se reprit rapidement.
- Falk, notez d'organiser cela dès qu'il sera possible. Je ne serais pas sevrée de mon défilé.
Rin secoua la tête... il y avait bien un monarque dans cette pièce, mais il n'occupait pas le trône.  L'expression figée d'Artoria cachait ses sentiments. Toutefois, son amie commençait à la connaître. Elle devait être atterrée.
La discussion dura encore quelques minutes, puis le Roi des Chevaliers se retira. Elle s'approcha de Falk, le véritable décideur. Ce dernier était occupé à négocier de nouvelles taxes, pour les troupes de Tullius, avec le thane Bryling. Comme la jeune femme quittait les lieux, visiblement irritée, Artoria s'avança :
- Excusez-moi, j'ai entendu que vous cherchiez quelqu'un pour cette histoire de grotte hantée. Le chambellan parut fouiller sa mémoire, puis son visage s'éclaira.
- Oh ? La Grotte du Crâne de Loup ? Pour être honnête, j'avais l'intention d'abandonner. Varnius est parfois nerveux, pour ne pas dire plus. Pour moi, des bandits ou quelque chose comme ça, pas vraiment la peine de s'en inquiéter en ces temps de guerre.
L'expression d'Artoria se durcit. - Chambellan... j'insiste. Falk parut ennuyé.
- Et bien, si vous voulez vous en charger, je ne vois pas pourquoi je vous en empêcherais. Je pourrais même vous donner un petit quelque chose en récompense. Artoria eut un léger sourire.
- Parlez-moi de la Grotte du Crâne de Loup. - Elle porte ce nom à cause de Potéma, la Reine-Louve. Elle s'en servait pour ses rituels nécromaniques. Tout ça, c'était il y a cinq cent ans. Il ne doit plus rester que des ruines et des ossements. Mais les habitants de la région s'en tiennent éloignée et la disent hantée. Des rumeurs et des superstitions, si vous voulez m'en croire.  -Merci, chambellan, permettez que je me retire.
De retour dans la rue, le chevalier se tourna vers le palais - étriqué, mal entretenu - puis vers Mornefort, à l'autre bout de la ville. Même à cette distance, on voyait  les puissants remparts et la haute tour où résidait l'empereur lorsqu'il honorait Bordeciel de sa présence.
- L'homme construit sa maison à la mesure de ses ambitions.
Surprise d'entendre Rin mettre des mots sur une pensée qu'elle pensait avoir gardé dans son cœur, Artoria se tourna vers son amie. La magus affichait ce sourire maléfique qu'elle arborait quant son intelligence lui donnait l'avantage.
- Pardon ?
- Il s'agit d'un proverbe.
Puis, à voix basse, s'éloignant du garde à la porte, elle ajouta :
- Tu l'as compris, n'est-ce pas ? Le titre de roi de Bordeciel est vidé de tout pouvoir. Torygg n'était qu'un pantin "l'empire ceci" ; "l'empire cela"... Il ne prenait réellement aucune décision. Sa fonction se résumait à des discours sans queue ni tête sur l'empire. On ne le laissait faire que cela. Qui l'a remplacé ? Son épouse. Visiblement, Élisif n'a pas la moindre idée d'où commence ses prérogatives ou même de ce qu'elle est supposée faire.

La Grotte du Crâne de Loup se trouvait près de la route nord et du fort Hraggstadt. Il s'agissait d'un simple trou ouvert dans le flanc d'une colline, à demi-dissimulée par un arbre. Cependant...
Caliburn étincela. Le squelette brandissant des armes rouillées sembla exploser alors que la lame magique le traversait. Déjà, le Roi des Chevaliers tourbillonner sur ses pieds interceptant la hache d'un second tas d'os animé. Deux coups plus tard, il s'effondrait dans la neige.
Un troisième mort-vivant arriva mais fut frappé par une suite de projectiles d'énergie noire.
Rin Tohsaka baissa le bras.
-Autant pour l'hypothèse de Falk Barbraise quant à l'implication de brigands.
Artoria se contenta d'acquiescer sans mot dire et de franchir le seuil de la grotte, l'épée levée près de l'oreille et les yeux attentifs. La magus suivait prête à utiliser ses sorts.
Elles descendirent un couloir naturel étroit et incliné, découvrant des signes de vie comme une petite charrette à bras, des chaînes rouillées pendant du plafond, des torches accrochées aux parois, des outils de mineurs abandonnés. Puis, une silhouette grotesque apparut dans la direction opposée. Un draugr... la dépouille momifiée d'une femme portant encore des hardes et surtout armée d'une grande hache qu'elle brandissait à deux mains. D'une démarche raide et gauche, elle se rua en avant.
Il y eut un jaillissement d'étincelles comme Artoria arrêta le coup. Rin leva le bras sans pouvoir intervenir. Le front plissé, inquiète, elle tentait de suivre le combat... en vain ! Le chevalier se mouvait trop rapidement. Le draugr ne s'en sortait pas mieux. Ses coups portaient dans le vide et son adversaire l'accablait. Le monstre tomba à genoux et sa tête se détacha de ses épaules.
Les échos d'une conversation, l'odeur de la viande rôtie au feu de bois les avertit d'une présence en avant. Comme elels débouchaient dans la grotte suivante, son aspect étrange les frappa. Le mur d'en face n'avait rien de naturel. Il s'agissait d'une construction de pierres maçonnées lié par du mortier. Une porte s'y ouvrait.
Plus important, un feu de camp brûlait entre deux bancs. Les voyant arriver, leurs occupants, une paire de nécromanciens en robe noire abandonnèrent leur repas pour lancer des sorts de froid sur Artoria :
- Morts aux intrus !
Quel ne fut pas leur surprise de voir que le Roi des Chevaliers ne montrait pas le moindre signe d'inconfort alors que son armure se couvrait de givre et que des stalagmites de glace se formaient à ses pieds. Épée en main, elle bondit. Empalée contre le mur de la grotte, la première nécromancienne s'effondra en crachant du sang. Son camarade masculin se jeta en avant, une dague de fer entre ses mains. Son cri de guerre se termina sur un gargouillis. Il tomba à genoux, les mains pressées sur sa gorge tranchée.
Aussi bref qu'ai été le combat, il avait suffis à alerter les occupants de la grotte voisine. La porte s'ouvrit dans le mur. Il en surgit d'abord, une paire de squelettes. Rin, postée derrière une colonne de concrétions de calcaire, en balaya un de plusieurs gandr ajustés, le second vola en éclats sous l'impact de Caliburn.
Cependant, un adversaire bien plus puissant fit son entrée : un draugr ! Artoria plissa les yeux en sentant la pression de sa présence. Il ne s'agissait pas d'une simple marionnette momifiée...   Criant quelque chose dans sa langue, le seigneur des morts frappa son bouclier cerclé de fer du plat de sa hache.
Artoria acquiesça et salua de sa lame trempée de sang.
- Je ne parle pas votre langue, ni vous la mienne. Ne pouvons échanger ni nos pensées, ni nos sentiments.  Il n'y a entre nous que le tourbillon de nos lames. Venez à moi que je vous apporte enfin le repos de la tombe !
Immédiatement, le combat fut violent et équilibré. Artoria attaquait, feintait, esquivait et le draugr suivait sans peine. Les lames se rencontraient dans des gerbes d'étincelles. Assez intelligent pour éviter de briser sa hache contre une lame bien plus puissante que la sienne, le guerrier momifié parait uniquement avec son bouclier, même si ce dernier se transforma rapidement en une ruine.
Toutefois, il ne s'agissait pas d'un duel. Si Rin était trop fascinée pour intervenir, dans le couloir, un nécromancien se concentrait. Derrière le Roi des Chevaliers, un cadavre se convulsa, enveloppé d'une aura bleuté, les yeux vides, il tâtonna, gémit d'une voix caverneuse... et se leva !
Artoria perçu bien la présence du zombi mais ne pouvait distraire son attention de l'adversaire qui lui faisait face. Ce dernier n'entendait aucunement gagner à la loyal et... Cria :
- Fus !
Le mot de pouvoir percuta Artoria avec la puissance d'une ruade de cheval. Elle chancela et le zombi en profita pour lui planter sa dague à hauteur des reins. La lame s'enfonça profondément entre le corselet et la jute de plates couvrant ses hanches.
Le chevalier serra les dents pour le pas gémir et fit siffler sa lame. Cette fois, le nécromancien zombifié croula en cendre comme le dieu Arkay s'assurait qu'il ne puisse jamais plus être ainsi profané.
Le seigneur draugr poussa un horrible ricanement et voulut presser son avantage sauf que...
- Gandr !
Un barrage de projectile d'énergie noire frappa le monstre mort-vivant. Ce dernier encaissa les trois premières attaques sans broncher mais d'autres venaient, il s'effondra à genoux et Rin visa calmement la tête. Cette fois, il se ratatina au sol.
Néanmoins, le combat n'était pas encore fini. Le monstre s'entoura d'une aura bleu et recommença à bouger. Furieuse, la magus tira un petit rubis d'une de ses poches. Le prenant dans sa paume, elle murmura quelques mots :
-Feuer in meiner Stimme
Puis, elle jeta la pierre précieuse dans le couloir. Un torrent de flamme sortit de la porte, portant un cri horrifié.  Le nécromancien avait créé son dernier zombi. Privé du contrôle mental de son maître, le seigneur draug croula à son tour en cendre.
Le triomphe de Rin fut de courte durée comme son inquiétude pour son amie prit le dessus.  Appuyée sur son épée, le souffle cour, Artoria  venait de toucher la blessure qu'elle portait dans le dos.  Elle ramena son gantelet trempé de sang.
- Attends, je m'occupe de te soigner.
Passant derrière le roi des Chevaliers, elle leva la main au-dessus de la plaie, murmurant un sortilège de soin.
- Merci Rin, sans ton intervention j'aurais sans doute péri. L'ennemi était puissant et déloyal. Pourtant, je confesse être la principale cause de ma présente blessure. J'ai voulu gagner avec ma propre force et en utilisant Caliburn comme une simple épée. Cela faisait longtemps que je n'avais pas défié un combattant aussi habile, et j'ai voulu prolonger l'affrontement pour mon propre plaisir. Je n'ai pas pris la chose avec le sérieux qu'elle méritait.
Tohsaka termina de bander la blessure. Puis, pris le visage d'Artoria à deux mains.  Forçant le chevalier surpris à la regarder.
- Lorsque l'on en aura terminé ici, tu seras bonne pour un loooong sermon.
Le chevalier battit des paupières, voulut répondre, mais la magus lui posa un doigt sur les lèvres.
- La seule chose que je veux entendre c'est "Oui, Rin, je ferais attention la prochaine fois".
- ... Oui Rin, je ferais attention la prochaine fois.
D'une manière étrange, Rin eut l'impression d'avoir déjà vécu une scène semblable. Pourtant, elle se serait souvenue si elle avait déjà eu à soigner un compagnon trop impérieux pour son propre bien.

La scène laissa Rin sans voix... un exploit ! Dans l'immense grotte où elles venaient d'entrer, il y avait les ruines d'un château.  Cela suffirait déjà à surprendre beaucoup de monde. Toutefois, des courants de feu électrique convergeaient vers la plus haute tour. Là, dans un halo d'un bleu métallique, une silhouette vaguement humaine semblait se gorger de l'énergie qui déferlait sur elle.
Une voix de femme claqua dans la caverne :
- Reine-louve. Entends notre appel et éveille-toi. Nous invoquons Potéma ! Un chœur de timbres mâles et femelles répondit :
- Nous invoquons Potéma ! - Tu as trop longtemps subi le long sommeil de la mort, Potéma. Nous t'en délivrons. Entends-nous, Reine-louve ! Nous t'invoquons ! - Nous invoquons Potéma. Rin tressaillit lorsqu'Artoria la secoua.
- Rin, nous ne pouvons laisser les nécromanciens terminer leur rituel !
- Bien sûr que non, Artoria,  ouvre-moi la voie.
- Assurément.
Courant vers le tunnel qui permettait de quitter la corniche surplombant les ruines, le Roi des Chevaliers puisa dans la puissance de son cœur de dragon pour amplifier sa vitesse et sa force. Le premier nécromancien qu'elle rencontra périt avant même d'avoir pu ouvrir la bouche.
Elle continua sa route sans s'arrêter.  Dans un escalier, Artoria élimina un second nécromancien, puis un draugr. Elle massacra un trio de squelettes d'Argoniens, un autre draugr dans la tour qui défendait l'entrée du château. Traversa la porte principale, elle balaya encore deux adversaires avant d'engager le combat contre un groupe plus important.
Cette fois Caliburn rayonnait de lumière dorée et les boucliers des guerriers momifiés volèrent en éclat tandis que les mages de la mort étaient tranché en deux d'un revers.
Pendant la bataille Artoria entendit à nouveaux les voix des participants au rituel ainsi que celle de Potéma. Cette dernière initialement en train de jubiler, comprit soudain que les nécromanciens ne cherchaient pas seulement à la ramener sur Nirn, mais surtout à la contraindre à leur service.  La voix hautaine de la reine décédée ébranla les ruines de sa colère : " Vous n'avez pas le pouvoir de me lier, maudits insectes". Essoufflée, Artoria se retourna en entendant des pas, mais sourit en reconnaissant Rin.
- Quel carnage ! Alors, voilà ce que cela donne quant tu ne te retiens pas ?
- Autrefois, je n'aurais même transpiré...
Malheureusement, le fracas de l'affrontement n'avait pas été précisément discret. Les nécromanciens du rituel  commençaient à s'agiter : - Quelque chose ne va pas, il y a un intrus. Rin et Artoria s'entreregardèrent et - d'un commun accord- reprirent leurs courses, éliminant encore un draugr de faction devant l'entrée d'une tour avant d'y entrer.
- Arrêtez les intrus.
Commandé par la maîtresse du rituel, trois nécromages  les attaquèrent dans l'escalier, mais  n'offrirent qu'une faible résistance.
Au sommet des marches se trouvaient les créneaux de la plus haute tour du château souterrains. La forme éblouissante d'une femme faite de lumière bleue semblait danser, élusive et superbe, au-dessus d'un pentacle de pierre.  Un trio de mages en robe noir se tenait debout, bras étendus, cherchant à la contrôler.
Caliburn fit sauter leurs têtes de leurs épaules. À l'instant où le dernier s'effondra, la silhouette de lumière se ramassa en une sorte de comète étincelante qui prit la fuite par une faille du plafond.
Rin observa tout cela d'un œil clinique avant de se frotter le menton :
- Je doute que nous soyons débarrassés de Potéma. Cela dit, elle est piégée sous forme fluidique.  Le rituel n'ayant pas été conduis jusqu'au bout.
Elle examina ensuite le cercle de pierre puis ramassa le vieux livre posé au bord du pentacle.
- On dirait la version de ce monde de l'invocation d'un Servant.  Ce bouquin doit être l'objet de lien...  Sans Gaia pour s'opposer à ce genre de manifestation ou pour l'éroder, il n'y a pas besoin d'un Mystique Code de la puissance du Saint Graal pour réussir un tel rituel. Au contraire, avec ces panthéons de dieux (aedra et daedra) qui rendent la magie disponible pour tous, et la disciplinent, Potéma ne va pas tout simplement se dissiper parce que l'invocation est restée inachevée.  cela dit... cela n'explique pas que Potéma puisse revenir si longtemps après sa mort. IL n'y a pas de Trône des Héros sur Nirn et je doute qu'une nécromancienne soit qualifiée pour atteindre Sovngard, le séjour des héros nordiques.  Ou alors...
Rin s'interrompit , plongée dans une profonde réflexion.

De retour au Palais Bleu, Artoria et Rin s'approchèrent de Falk Barbebraise. Ce dernier les accueillit avec un grand sourire.
- Ah, dame Artoria ! Vous voilà de retour, qu'avez-vous trouvé à la Grotte du Crâne de Loup ? - Bonsoir, Chambellan. J'ai de mauvaises nouvelles, la grotte était envahie par des nécromanciens... Les cadavres qu'ils animaient étaient, je le suppose, les voyageurs disparus. Toutefois, il y a plus grave encore. Ces nécromages voulaient invoquer Potéma. Les yeux du rouquin semblèrent vouloir jaillir de leur orbite.
- Potéma, la Reine-Louve, en personne ? Dites-moi que vous les avez arrêtés ! - Heureusement, la Reine-louve a résisté à cette invocation car elle avait pour but de la lier à leur service. Son caractère irréductible nous a donné le temps d'intervenir et d'interrompre le rituel... Potéma n'est revenue sur Nirn que sous forme fludique... malheureusement son esprit s'est échappé par une crevasse dans le plafond de la grotte après que nous ayons tué le maître du rituel. - Vous pensez qu'elle se trouve encore dans notre plan d'existence. - Votre Excellence, je suis un simple chevalier et mes connaissances de la magie sont rudimentaires. Mais mon amie pense que Potéma doit pouvoir se maintenir sous forme fluidique.
Rin hocha la tête et reprit l'explication qu'elle avait donnée à Artoria dans la grotte, sans toutefois mentionner Gaïa, les Servants ou le Graal.
- D'après ce que j'ai compris, le dieu Arkay, divinité de la mort, est l'ennemi des mort-vivants. Son influence interdit que l'on ranime un corps pendant plus de quelques instants. Puis, lorsque le sort cesse de faire effet, Arkay réduit le cadavre en cendre pour qu'il ne puisse plus jamais être utilisé. Mais ici, je pense que les choses sont différentes. Il ne s'agit pas seulement d'une invocation.  Je crois que Potéma a cherché à échapper à la mort, utilisant sa propre nécromancie à cette fin... cela a empêché que son esprit quitte Nirn. En fait, les nécromanciens lui ont simplement donné une énergie suffisante pour que la Reine-louve puisse se manifester.  Falk était à présent très inquiet.
-  Il faut que je parle de votre théorie à Styrr
! - Styrr ?
-  Le prêtre d'Arkay, à la nécropole.

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Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots. William Faulkner
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Message par Anaxagore le Mar 28 Mai - 12:34


---Âtrefeu, 6e jour, 4E 201---

Artoria entra dans la salle des cartes pour découvrir que le général Tullius était revenu à Solitude. Il arpentait la pièce, très énervé, faisant face au légat Rikke. Cette dernière parlait respectueusement... Du moins, aussi respectueusement que pouvait l'être une femme furieuse.
- Général, nous ne pouvons pas continuer à lutter contre les Rebelles ainsi. Ces affrontements répétés ne font que renforcer leur détermination. L'impérial s'immobilisa pour lui faire face.
- Je garde vos remarques à l'esprit légat, mais vous n'avez aucune raison de vous inquiéter. Encore six mois et cette guerre sera finie, je vous l'assure. D'évidence, il ne s'agissait pas de la réponse que voulait entendre la Nordique. Rikke prit un instant pour se calmer et adopter un ton raisonnable.
-Général, ce conflit coûte la vie à des loyalistes impériaux et des citoyens de Bordeciel, tout en faisant naître de plus en plus de partisans à la cause des Rebelles. Il faut porter un coup décisif contre l'ennemi et vite ! - Vous croyez que je n'en suis pas conscient ? Rikke, j'ai les mains liées ! Mes ordres viennent directement de Cyrodiil. L'empereur et le Conseil des Anciens veulent que nous maintenions l'ordre et ramenions ces jarls rebelles à leur place. Il s'agit d'une opération de police, nous devons éviter que cette rébellion ne débouche sur une véritable guerre... Le légat parut choqué par ces propos.
- Vous ne considérez pas encore cela comme une véritable guerre ? Général, je... - Merci, légat, à l'avenir je vous préviendrais quand j'aurais besoin de votre opinion. - Oui, mon général. Considérant la conversation comme terminé, Tullius se tourna vers le Roi des Chevaliers.
- Dame Pendragon, Rikke m'a transmis votre rapport. Ne devriez-vous pas être à Blancherive pour persuader le jarl Balgruuf d'accepter la présence de nos troupes dans sa ville ?
Artoria s'inclina en un salut courtois.
- Général Tullius, il est difficile de parler à quelqu'un qui ne veut pas vous écouter.
L'Impérial secoua sa lettre, qu'il venait de tirer d'une pile de documents.
- Ah oui, vous l'avez dit... il refuse de discuter avec vous tant que ce dragon rodera dans les montagnes.
L'expression dure, l'officier de l'empereur se tourna vers la carte de Bordeciel, étalée sur la grande table.
- Incidemment, j'ai inspecté les ruines d'Helgen. Il n'en reste plus que des ruines fumantes, alors même que les murailles sont intactes. Il est proprement terrifiant d'apprendre qu'un seul monstre peut détruire une ville sans que ses fortifications ne puissent la protéger.
Il posa le doigt sur un fort épinglé par le drapeau gris, signalant que la place forte était tombée aux mains d'un parti de bandits.
- Il faudrait réoccuper Fort Néograd. Vu qu'une avalanche a fermé le Col Clair, surveiller cet accès vers Cyrodiil était devenu inutile. Toutefois, nous avons besoin d'un nouveau point d'appuis dans la châtellerie d'Épervine. Ne croyez-vous pas ?
- Assurément. Vous voulez que je me charge des brigands qui l'occupent ?
Tullius montra un brin d'amusement.
- J'aime votre enthousiasme, chevalier. Mais vous avez déjà une mission que je sache ? Comme pousser Balgruuf à accepter une garnison dans sa ville ? N'avez-vous aucun moyen pour le convaincre ?
Artoria pencha légèrement la tête de côté.
- En fait, si.
- À la bonne heure. Faites-moi part de vos idées audacieuses.
- Tuer le dragon.
Il y eut un silence choqué. Rikke et les autres officiers présents cessèrent de travailler sur les cartes pour la dévisager comme s'il venait de lui pousser une seconde tête. Tullius fut le premier à reprendre contenance.
- Hum, excusez-moi, chevalier, vous pourriez me répéter cela ?
- Si le jarl Balgruuf s'inquiète plus d'une attaque de sa ville par un dragon que par les Sombrages, alors il faut supprimer son principal motif d'inquiétude.
- Je comprends cela, dame Pendragon. Toutefois, n'est-ce pas quelque peu... problématique ?
- Vous avez raison, le dragon est élusif et se déplace rapidement. Il va être difficile de situer son repaire.
Les officiers impériaux échangèrent des regards incrédules. Le "problème" auquel le général avait fait allusion consistait en l'élimination d'un dragon. Cependant, le roi de Bretagne ne semblait pas vraiment inquiet. Concentrée, elle ne quittait pas la carte des yeux. Occupée à se remémorer les témoignages des survivants d'Helgen, Artoria essayait de comprendre où le monstre ailé pouvait se terrer. Aussi, les expressions incrédules des personnes présentes lui échappèrent. Elle continua donc son explication :
- La culture nordique place le courage personnel et les prouesses martiales au-dessus des autres vertus. Si l'envoyé impérial venait à tuer le dragon menaçant sa châtellerie, il est certain que le jarl Balgruuf serait nettement plus enclin à le respecter.
N'importe quel adolescent de l'âge d'Artoria, qui s'inventerait ainsi tueur de dragon, s'imaginerait aussi recevoir de grands honneurs dignes d'un tel triomphe. Pourtant, le roi de Bretagne en parlait d'une voix calme, dépourvue de passion, se contentant d'expliquer son objectif. La renommée ne semblait pas l'intéresser outre mesure. À ses yeux, il ne s'agissait que d'un moyen pour arriver à une fin. Bien que Tullius doute fortement qu'une frêle jeune fille puisse réellement tuer un dragon, ses propos purement factuels le convainquirent qu'elle ne se laissait pas aller à un enthousiasme juvénile.
Avant qu'il ne puisse argumenter, un garde introduisit Falk Barbebraise. Le chambellan eut un sourire un rien crispé.
- Général, désolé de vous déranger. Le jarl Élisif souhaiterait vous parler.
Tullius fit un effort pour garder son calme.
- Et de quoi, Votre Excellence ?
- Hum... le jarl voudrait constituer des stocks de vivre à Solitude, pour prévenir un éventuel siège de la ville par les Sombrages.
- Dites au jarl que les vivres seront bien mieux utilisées à nourrir mes légionnaires de manière à ce qu'ils repoussent l'ennemi.
L'expression contrainte du chambellan ne changea pas.
- Je sais tout cela mais... disons qu'Élisif n'a écouté aucune de mes explications et que j'ai fini par lui promettre de vous conduire au Palais Bleu pour que vous en discutiez ensemble.
Tullius retint quelques mots mal sonnant.
- Puisqu'il le faut... Après vous, Votre Excellence ! Rikke, Pendragon, vous avez vos ordres, alors dépêchez-vous de me ramener des résultats.
- Oui, général !
Comme les deux hommes quittaient le château, Artoria se tourna vers la Nordique.
- Légat, que s'est-il passé pour que Tullius soi aussi énervé ?
- Nos agents chez les Sombrages nous ont assuré qu'Ulfric devait se rendre à une entrevue secrète au Gué du Sombreflot, une mine dans l'ouest d'Estemarche. Le général a monté une embuscade, mais Ulfric ne s'est jamais montré.
- Vous êtes en colère après le général. Qu'oubliez-vous de dire ?
Rikke soupira.
- Le général a attaqué la mine et exécuté tous ceux qu'il soupçonnait de collusion avec les rebelles, y compris un voleur de cheval et un vagabond. Je crains que des exemples aussi sanglants ne nous aliènent le soutien de la population.
- La mort d'innocents est bien entendu regrettable.
- Le général m'a ordonné de lancer d'autres assauts de ce genre.
Artoria se tourna vers la carte. L'initiative de Tullius aurait pu terminer la guerre d'un coup, en privant les rebelles de leur chef charismatique. Au Gué du Sombreflot, les Impériaux avaient complètement pris les Sombrages par surprise, les montagnes au sud d'Helgen ayant la réputation d'être impassable en plein hiver. Logiquement, un tel coup devrait pousser les rebelles à la prudence.
Pire, l'incursion a eu lieu en Estemarche, la propre châtellerie du jarl rebelle. Ce qui laissait ce dernier face une alternative aux termes aussi déplaisants l'un que l'autre. Soit Ulfric divertissait une partie de ses forces de l'offensive pour les placer en protection de son peuple. Soit il abandonnait les hommes dont il était le seigneur, ce qui nuirait à son image.
Ainsi, en multipliant les incursions en territoire rebelle, la Légion s'assurait de conserver l'initiative face à l'ennemi. De manière pratique, comme les troupes de Tullius comprenaient de nombreuses recrues enrôlées localement, ce genre d'escarmouche permettrait de les former au combat réel, leur offrant une expérience précieuse. Sans compter qu'une victoire de dix hommes reste une victoire et qu'aucune armée ne peut garder son moral si elle ne remporte pas des affrontements.
En fait, Artoria ne trouvait aucun reproche à faire quant à la stratégie adoptée par le général. Tant que la châtellerie de Blancherive demeurait neutre, leur seul autre option consistait en une attaque du Clôt depuis Hjaalmarche. Sauf, qu'après la victoire remportée à Korvanjund, Ulfric devait s'y attendre.
Comme le Roi des Chevaliers expliquait tout cela à Rikke, Cette dernière acquiesça.
- Vous utilisez les mêmes arguments que le général Tulklius. Sauf que cela ne marchera pas. Ulfric n'hésitera pas à abandonner les innocents. Il continuera à rassembler ses forces, sans chercher à protéger son peuple. Pire, il se servira de tous ces morts dans ses harangues. Il invectivera les "vrais nordiques" qui refuseraient de châtier les assassins des innocents. Il racontera l'histoire du pauvre enfant envoyé à l'orphelinat de Failliaise parce que ses parents ont été tués par les méchants impériaux.
En d'autres termes, toutes les attaques des Impériaux sur des objectifs peu défendus, clairement non militaire, ne ferait que renforcer la détermination des Sombrages à les vaincre.
- Je vois... Est-ce que je peux vous aider ? Par exemple, Fort Néograd...
Rikke soupira.
- Vous n'abandonnez jamais, chevalier. Écoutez, si vous voulez vraiment vous rendre utile, occupez-vous plutôt de Fort Busard.
Le légat posa un doigt sur la forteresse édifiée sur la Hjaal, à l'ouest de Morthal. On y avait piqué un drapeau noir, couleur des nécromanciens.
- Que se passe-t-il à Fort Busard ?
- Busard est une ville en ruine, abandonnée depuis la Crise d'Oblivion. Profitant des désordres en Bordeciel, une troupe de brigand s'y était installée pour attaquer les voyageurs qui passaient par le pont. Toutefois, il y a cinq jours, des nécromanciens ont investi les lieux et massacré les brigands. Ils occupent à présent le vieux fort.
Artoria fronça les sourcils.
- Je pensais que les nécromages se contentaient de s'installer dans des ruines abandonnées. Ce sont des charognards, pas des chasseurs ! Pourquoi cette soudaine agressivité ?
- À vous de le découvrir, chevalier.

L'humanité partageait un certain nombre de rêves communs.
Ils donnaient naissance aux Idées, des principes qui cristallisaient ces croyances. L'une de ces Idées était l'Immortel Roi-Sauveur. Sur de nombreux mondes, à différentes époques, en des temps de crise, ils apparaissaient pour répondre aux espérances de l'humanité. Désignés par des forces supérieures, armés d'épées de légende, ils devenaient roi ou empereur, chassant des tyrans, repoussant les invasions, apportant paix et prospérité.
La jeune femme courait, vêtue d'une armure ornée, portée sur une robe bleue. Ses cheveux, semblables à de l'or, noués en une natte enroulée à l'arrière de son crâne, ses yeux brillant comme des joyaux, sa beauté coupait le souffle de ceux qui la voyaient la première fois. Plus, elle rayonnait véritablement d'une aura de bravoure chevaleresque. Noblesse et dignité se lisaient sur son visage étroit, dans ses mouvements gracieux.
La lame dans ses mains tournoya, tandis qu'elle poussait un bref cri de guerre. Deux guerriers squelettiques furent projetés contre un mur, où ils explosèrent.
L'épée était magnifique, ornée d'or et d'émaux bleus, d'un dessin élégant. Même l'individu le plus ignorant reconnaîtrait une arme précieuse et légendaire.
Celle qui la maniait, le faisait de main de maître. On en oubliait sa petite taille, sa silhouette fluette. Elles se complétaient, au point que l'on ne puisse imaginer la lame danser pour un autre.
Deux autres squelettes apparurent, encadrant un nécromancien en robe noir. Le trio gardait un escalier qui montait vers les remparts. D'autres mort-vivants s'y tenaient, encochant leurs arcs de flèches empennées de plumes de corbeaux.
- Ce n'est qu'une petite fille, tuez là !
Mais les flèches se plantèrent dans le sol sans la toucher. L'adolescente avait bondi en avant. Prenant une impulsion sur un pied, elle tourbillonna, entourée par la corolle de sa robe. Les deux gardes se désintégrèrent en esquilles d'os comme l'épée magique les tranchait.
Le mage de la mort leva la main et un tourbillon de froid frappa la jeune fille. Alors que les pierres et son armure se couvraient de givre, elle ne parut guère affectée. Se ruant au contact, elle frappa d'estoc. Le nécromant tomba à genoux, éructant du sang, tandis que son magnifique bourreau franchissait les escaliers en quelques bonds, trop vite pour les archers mort-vivants.
Autour d'elle, ses ennemis tombaient sous ses coups sans que ceux qu'on lui portait ne touchent. Pourtant, les nécromanciens avaient plus d'un tour dans leur sac. Un des mages noirs tendit la main et un de ses confrères décédés se releva derrière leur fléau, tirant une dague de fer de son fourreau.
Un volée de projectiles magiques, noirs mais entouré d'une aura rougeâtre, frappèrent le zombi le réduisant en centre brûlante.
- Vous devriez réviser vos trucs, vous nous l'avez déjà fait.
Celle qui venait de parler était une jeune asiatique coiffée de couettes, elle portait une jupe noire, et une tunique rouge ornée d'une croix blanche.
- Merc,i Rin.
La magus combattit l'envie soudaine de sourire pour bomber le torse.
- Normal que je veille sur mon allié, Artoria. Ne te trompe pas, cela n'a rien à voir avec une sensiblerie inutile. Je ne défends que mes intérêts !
Un combat supposait l'opposition deux forces armées. Même inéquitable, un affrontement admettait que le groupe le plus faible ait au moins une latitude réduite de riposte.
Ce que l'on voyait là ne pouvait être qualifié que d'exécution.
Les squelettes ne représentaient que l'effort le plus pathétique pour animer des guerriers mort-vivants. Lents, maladroits, stupides, ils n'offraient aucune réelle opposition au Roi des Chevaliers.
Les nécromages étaient encore plus désarmés. Leurs sorts de froids ne faisaient aucun dégât à leur adversaire et leur capacité à animer leurs camarades morts ne leur servait à rien.
Contrairement à Artoria Pendragon qui attaquait de front, brisant les tentatives les plus désespérées pour l'arrêter, Rin combattait à distance.
Elle recourait au Gandr, foudroyant les archers, les nécromanciens réanimés ou ceux qui les contrôlaient. Ses muscles renforcés par magie lui permettaient de courir et de sauter plus vite et plus haut que ses adversaires.
L'Immortel Roi-Sauveur était la manifestation de la volonté de l'humanité d'échapper à un ennemi qui menaçait sa survie. Les ennemis ordinaires ne pouvaient s'opposer à elle...

Sous la capuche du maître nécromancien, les yeux reflétaient une terreur animale alors qu'ils regardaient l'épée décrire un cercle rapide.
Un râle précéda une éclaboussure de liquide rouge le mur de pierre éclairé par la lumière jaune d'une lanterne. Le nécromant bascula en avant et s'effondra, animé de spasmes.
Artoria essuya Caliburn à un pan de la robe de son ennemi.
- Tu vas rester mort, oui ? !
La voix de Rin s'élevait du couloir. Faisant demi-tour, elle se mit en quête de son amie, butant sur le corps d'un autre nécromancien avant d'entrer dans la bibliothèque. Là, le Roi des Chevaliers assista à un spectacle plutôt effrayant. Des os répandus au sol et des fragments d'armures, enveloppés de brumes noires, se rassemblaient comme collectés par des mains invisibles pour reconstituer un squelette.
À peine l'immonde processus achevé, le monstre ramassa une arme pour s'élancer vers la magus en tunique rouge. Cette dernière l'accueillit d'une volée de projectiles magiques qui le réduisirent une nouvelle fois à un tas d'ossements brisés.
- Ils peuvent donc se reconstituer une fois détruit...
L'observation d'Artoria fit se retourner Tohsaka.
- Heureusement, le truc ne marche qu'une ou deux fois...
La jeune japonaise regardait autour d'elle avec un large sourire. La bibliothèque des nécromanciens était fournie. Le niveau supérieur alignait des rayonnages couverts de livres, ainsi qu'une station d'enchantement. Un escalier de quelques marches menait à un laboratoire d'alchimie entouré d'étagères d'ingrédients divers.
Le chevalier sourit.
- Le chef des nécromanciens avait sa propre bibliothèque.
- Oui, je vais y jeter un œil, mais d'abord je vais voir s'il y a des livres que je n'ai pas lus dans celle-ci.
- Très bien.
Comme Artoria allait quitter la pièce, un appel la retint.
- Attends, je crois avoir trouvé quelque chose d'intéressant.
La magus venait de ramasser une lettre sur la table de lecture.
- Qu'as-tu trouvé, Rin ?
Sans un mot, cette dernière lui tendit la feuille :

Ma Dame, Nous avons chassé le dernier des bandits de Fort Busard. Malheureusement, la tour nord a subi d'importants dégâts lors de l'attaque. Mais, les réparations sont déjà en cours. Comme vous l'avez supposé, le fort devrait faire un site idéal pour nos expériences. Bien sûr, la majeure partie de l'édifice a été détruis, comme le reste de la ville, au cours de la Crise d'Oblivion. Néanmoins, sa proximité avec la route nord devrait nous assurer un approvisionnement régulier en cobayes. Nous espérons avoir des résultats préliminaires dans les prochaines semaines.

Artoria rendit le pli à Rin, affichant une mine soucieuse.
- Alors on a affaire à un groupe organisé opérant en plusieurs endroits avec cette "dame" à leur tête...
- Tu penses que c'est le même groupe qui a tenté de lier Potéma ?
- Très probablement, et je l'espère.
Devant la mine interrogatrice de son amie, le chevalier précisa :
- Avoir un groupe de nécromanciens qui prépare un grand coup est déjà assez grave... alors deux.
- Oui, la bonne nouvelle est que nous les avons interrompus avant qu'ils ne commencent leurs expériences.
Artoria acquiesça.
Qu'aurait-elle dit si elle avait su à ce moment que Gawain et Lancelot avaient anéantis un autre pan du complot en détruisant l'armée d'ombres que Malkoran rassemblait pour la mystérieuse "dame" qui dirigeait ce cercle de nécromanciens.

Interlude 3




Les Parchemins des Anciens permettent à ceux qui peuvent les lire, sans devenir fous ou aveugles, de voir les innombrables variantes d'un même événement dans le multivers. Dans les profondeurs de Griffenoire, s'élève la tour de Mzark. Utilisant leurs prodigieuses connaissances technologiques et magiques, les Dwemer édifièrent une merveille, une immense machine capable de lire les Parchemins des Anciens et d'en imprimer des fragments dans des lexiques cubiques qu'ils pouvaient consulter sans danger.
Au moment de la disparition des Nains, l'équipe regroupée autour de l'architecte tonal Mzark étudiait un parchemin intitulé Les secrets des dragons.
Leur travail permit notamment de faire connaître la prophétie de l'Enfant de dragon :
Lorsque l'anarchie gagne les huit extrémités du monde
Lorsque marche la Tour de cuivre et que le temps est remanié
Lorsque le triplement béni échoue et que la Tour rouge tremble
Lorsque le souverain Enfant de dragon perd son trône et que la Tour blanche tombe
Lorsque la Tour enneigée est démolie, sans roi, maculée de sang
Le Dévoreur de mondes s'éveille et la roue tourne vers le dernier Enfant de dragon
Mais le Parchemin contenait bien plus que cette seule prophétie. Les lettres changeantes qui parsemaient sa surface, formant des motifs semblables à des constellations, se regroupaient, disparaissaient, se recomposaient à l'infini formant la trame de tous les possibles... toutes les versions éventuelles de la légende de l'Enfant de Dragon.
Un guerrier nordique aux cheveux blonds portant un casque à corne, une armure de peau, une épée de fer et un bouclier rond...
Un assassin argonien en armure de cuir noir...
Un voleur khajiit, un elfe noir en armure d'ostalium, une magicienne Altmer chevauchant un dragon, un impérial en armure de la Légion, brandissant Aubéclat, un orque armé d'une arbalète et portant l'armure de la Garde de l'Aube, une superbe vampire vêtue de cuir noir et velours rouge...
Leurs destins formaient un vortex sans fin d'événements, mélangé, les uns aux autres, sans chronologie, sans séparation entre leurs histoires, un maelström de fortunes possibles étalées dans leurs infinies variantes.
Et puis...
Le Roi des Chevaliers venu d'un autre monde, brandissant Caliburn, l'Épée de la Victoire Promise...
Il s'agissait de l'Enfant de dragon le plus improbable. Mais comme toutes les autres possibilités, les Parchemins des Anciens racontaient son histoire... ou plutôt les infinies variations de celle-ci.
Un changement infime dans le cours des choses peut avoir des conséquences incalculables. Et l'arrivée d'Artoria Pendragon venait de provoquer la mort de Galanar Larethal, gouverneur de la province Aldmer d'Ianeth, à Lenclume.
Oh, Artoria n'avait décidé de rien, en l'occurrence. Cela résultait d'un simple enchaînement de circonstances.
Car, comme le dit un jour Benjamin Franklin :
Faute d'un clou, le fer fut perdu
Faute d'un fer, le cheval fut perdu
Faute d'un cheval, le cavalier fut perdu
Faute d'un cavalier, la bataille fut perdue
Faute d'une bataille, le royaume fut perdu
Et tout cela faute d'un clou de fer à cheval.

Le fils de Galanar, Cyremon, n'ayant que huit ans, les Aldmer se lancèrent avec délice dans leur occupation préférée : l'intrigue. Un premier gouverneur fut choisi et déposé au bout de seulement quelques jours, après que les autres candidats déçus aient constitué une alliance et créé de toutes pièces des preuves de sa collusion avec l'Empire.
Un compromis boiteux vit ensuite le jour. Lilandril Jorin, époux de la sœur de Galanar Larethal devint gouverneur avec un conseil regroupant les principaux prétendants. Officiellement, Lilandril devait garder ce poste jusqu'à la majorité de Cyremon Larethal.
Mais on pariait jusqu'à Alinor sur les chances du jeune Cyremon de mourir dans un "malencontreux accident"... et les cotes n'étaient pas en sa faveur.
Lilandrin Jorin étant également très contesté, y compris dans "son" camp - constitué, il est vrai de rivaux malchanceux- il proposa une politique de rassemblement. Et quoi de mieux qu'une guerre victorieuse et brève contre l'ennemi de tous les Aldmers... les humains ?

La colonie aldmer de d'Ianeth était une bande de territoire, le long de la côte de l'Enclume, autour de la ville du même nom. Pour résumer rapidement son histoire, les Aldmer déclenchèrent la Grande Guerre contre l'Empire pour interdire le culte de Talos, jugeant qu'un humain ne pouvait pas devenir un dieu. Mais aussi pour agrandir leur Dominion en s'emparant de nouveaux territoires aux dépends des humains.
Après cinq ans de conflit, en 4E 175, l'Empire accepta les termes proposés par les Aldmer. Toutefois, les territoires qu'il devait céder se trouvaient dans l'Enclume. Les Rougegardes refusèrent d'abandonner la souveraineté d'une partie de leur territoire et firent sécession. La Grande guerre continua encore dans l'Enclume, jusqu'en 4E 180.
Le traité de paix cédait au Dominion Aldmeri le territoire conquis autour d'Ianeth et garantissait l'indépendance du reste de l'Enclume. Il avait été accepté par les deux partis après près de dix ans de guerre et de lourdes pertes. Toutefois, aucun des camps n'en était content.
La trêve dura pendant vingt ans, pas une paix, non une simple cessation des hostilités. En fait, Dominion s'efforçait selon sa stratégie habituelle de semer la zizanie entre les habitants de l'Enclume. Une tâche qui aurait dû être facilitée par les longues guerres civiles divisant les deux factions nobiliaires du royaume : les Aïeux et les Couronnes. Une fois qu'il se serait jeté à la gorge les uns des autres, il serait alors facile au Thalmor d'attaquer un vainqueur affaiblis.
Toutefois, en dépit de millénaires de haine réciproque, l'alliance impromptue entre les deux factions se révéla très solide. Il faut dire que les chefs firent preuve d'un réalisme politique certains. Ils n'ignoraient pas les manigances des Haut-Elfes et que le moindre signe de faiblesse serait exploité.
Soucieux de rassembler les Aldmer autour de lui, le gouverneur ouvrit les hostilités sans véritable concertation militaire. Il comptait sur la force du nombre, la puissance des mages du Thalmor et surtout la supériorité raciale des Haut-Elfes sur les "chiens" (comme il appelait les Humains).
Élu à son poste par des manigances politiques, le gouverneur Lilandril n'avait rien d'un stratège et la suite le démontra.
Tout d'abord, après avoir violé la trêve en massacrant des voyageurs innocents puis avoir étalé son mépris devant des ambassadeurs rougegardes, Lilandril et son entourage se retrouva enlisé dans des conflits politiques internes.
Ce délai permis la constitution d'une armée de 10 000 Rougegardes, autour du seigneur Sahlar, un Aieux. Il choisit de lancer des attaques de harcèlement sur les positions du Thalmor, et de prendre en embuscade leurs patrouilles.
Lorsque les forces du Dominion sortirent enfin de leur immobilisme, ils mobilisèrent une force largement supérieure : 13 000 fantassins et 2 500 cavaliers aldmer soutenus par près de 40 000 mercenaires Khajiits, Rougegardes et Bosmers (dont 2 500 cavaliers)
De son côté, Sahlar a reçu des renforts des Couronnes et son armée a vu ses effectifs portés à 30 000 hommes.
Le seigneur Sahlar refuse l'affrontement et retraite en plein désert, en direction de Skaven, entrainant les Thalmors à sa poursuite.
La soif affaiblit bien vite les Aldmers. Ils ne trouvèrent sur leur route que des puits comblés et des oasis empoisonnées. Pire, alors que les colonnes s'enfonçaient toujours plus loin dans le reg, des archers montés commencèrent à harceler l'armée du Dominion, se concentrant particulièrement sur les retardataires.
Après deux jours de ce traitement, l'armée de Lilandril Jorin arriva devant Skaven pour trouver ses murs tenus contre lui par une importante garnison.
C'est à ce moment que se produisirent les premières désertions dans les rangs aldmeris, surtout des mercenaires, mais aussi des rivaux de Jorin qui partirent avec leur suite. Incapable de s'emparer de Skaven, le gouverneur se replia sur un plateau rocheux au nord-ouest de la ville qu'il entreprit aussitôt de mettre en défense. Hélas si le site était bien protégé contre toute approche, il n'y avait aucune source et la pénurie d'eau atteignait un stade critique.
Refusant toujours l'assaut direct, le seigneur Sahlar mit le feu aux broussailles et regarda le vent porter la fumée sur les positions ennemies.
La journée se passa en affrontements de peu d'importances, le seul véritable engagement de la cavalerie aldmer permit à plusieurs groupes de nobles de briser l'encerclement et de rejoindre Ianeth.
Le lendemain, jugeant que la soif, les harcèlements et la fumée avaient suffisamment affaiblis ses ennemis, Sahlar attaqua les positions thalmors que Jorin défendit vigoureusement. Les combats durèrent plusieurs heures et causèrent des pertes importantes dans les deux camps. Plus de trente mille aldmer et mercenaires furent tués, Lilandril Jorin étant capturé vivant.


_________________
Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots. William Faulkner
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Message par Anaxagore le Ven 31 Mai - 12:34


---Âtrefeu, 7e jour, 4E 201---

Le jour se levait à peine sur Blancherive. Depuis Fort-Dragon, le regard embrassait un paysage de campagne et de petites collines couvertes d'herbes et de buissons. Seuls quelques bosquets isolés et pierres dressées venaient briser la monotonie des plaines. Des troupeaux de mammouths se distinguaient dans la lumière rose de l'aurore, avançant sous la surveillance de leurs bergers... des géants. À part cela, rien dans la scène n'aurait pu surprendre un habitant de la Terre qui aurait vécu il y a un petit millénaire.
La ville s'éveillait lentement, on entendait des bruits de portes et de conversations. Sortant de leurs maisons de bois sculptées, aux toits de chaume, les habitants les plus matinaux se saluaient avant de partir travailler. Sur la place du marché, les commerçants commençaient à installer leurs étalages.
Eorlund Grisetoison avait commencé à s'activer sur le soufflet de la Forgeciel. Bientôt, la forge serait assez chaude et il pourrait commencer à façonner de nouvelles armes pour les Compagnons. Quelques-uns de ces célèbres guerriers avaient commencé à s'entraîner derrière la salle d'hydromel. On entendait leurs fers se heurter, au milieu des cris d'encouragement de leurs ainés.
Une journée ordinaire... du moins avant qu'Artoria Pendragon ne franchisse la grande porte de la salle du trône.
Un beau jeune homme blond déjeunait à une des tables les plus éloigné du trône, un invité, sans doute. Malgré ses cheveux dépeignés, il avait les joues rasées de près, contrairement à la coutume locale. De nordique, il n'avait que l'armure d'acier.
Arrivé deux jours plus tôt, ce chevalier s'était présenté au jarl Balgruuf désirant l'aider à terrasser le dragon qui avait détruit Helgen. Impressionné par son évident charisme, le seigneur des lieux aurait sans doute accepté même sans l'intervention du sorcier de la cour. Ce dernier l'avait soudain rejoint, pour lui montrer une illustration tirée d'un livre sur les daedras. Il s'agissait de la représentation d'un célèbre artéfact daedrique : Aubéclat, l'épée de la déesse Méridia. Or, le chevalier inconnu la portait à ses côtés. Une lame légendaire comme celle-ci ne pouvait appartenir qu'à un brave entre les braves.
Alors que la jeune femme s'avançait, ses bottes de métal sonnant contre le plancher, accompagnées par le cliquètement de son armure, le chevalier se leva :
- Ce visage... cet air régalien...
Rin Tohsaka suivait Artoria et, tout d'abord, ne réalisa pas qu'il se passait quelque chose de peu ordinaire. Ce ne fut qu'en manquant d'heurter le dos de son amie, soudain immobilisée, qu'elle remarqua l'arrivée du jeune homme.
Ce dernier, visiblement ému, mit un genou à terre, présentant le pommeau de son épée à Artoria.
- Mon roi ! Je suis tellement heureux de vous retrouver.
Le chef des chevaliers de la Table Ronde ne montrait pas souvent d'émotion. Mais de nombreuses personnes les regardaient, les gardes des portes, les deux femmes qui balayaient, et même Hrongar le frère du jarl. Embarrassée, Artoria se pencha sur le nouveau venu.
- Relevez-vous, sire Gawain, Nous sommes heureux de votre présence... mais surpris par celle-ci. Nous ne vous attendions pas.
Les yeux de Rin s'élargirent. Sire Gawain ? Mais, il s'agissait d'un chevalier de la Table Ronde ! Que faisait-il ici ? Non... question stupide. Il ne pouvait être arrivé d'une manière très différente d'Artoria et d'elle-même. Quelqu'un ou quelque chose (le Graal ?) capable d'un véritable miracle l'avait envoyé ici... ou, plutôt, l'avait envoyé retrouver son roi.
Comme une multitude de questions traversaient l'esprit de la jeune magus, cette dernière se secoua. Elle ratait le plus important. Artoria et Gawain avaient continué à parler et elle n'avait rien écouté.
Le chevalier du soleil se tenait toujours à genoux, refusant de se relever.
- ... je vous ai faillis. Par ma faute, vous avez perdu votre royaume. J'ignore ce que je puis faire pour réparer. Disposez de moi, comme vous l'entendez Arthur, mon suzerain. Par la faute de mon orgueil...
Artoria releva les yeux pour regarder les spectateurs, à présent plus d'une quarantaine... dont le jarl lui-même, avant de couler un regard d'excuse à Rin. Lorsqu'elle fit à nouveau face à Gawain, son visage avait retrouvé son calme habituel. Le roi des Chevaliers prit Aubéclat des mains de son féal et dégaina Caliburn. Les Yeux de Gawain s'agrandirent... il n'avait jamais vu la lame, détruite avant qu'il ne rejoigne la Table Ronde, mais on l'a lui avait décrite.
- Sire Gawain, vous estimez-vous coupable de ma défaite ?
- Oui, Votre Majesté.
- Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?
- J'ai été aveuglé par la haine et le chagrin après la mort de mes frères Gareth et Gaheris. Par fierté et par... stupidité, j'ai refusé le renfort de sire Lancelot. Par ma faute, nous avons perdu la bataille.
- Donc, selon vous, j'ai perdu parce que vous avez refusé que sire Lancelot, le meurtrier de vos frères, combatte à mes côtés ?
- Oui, Votre Majesté.
Artoria acquiesça gravement.
- Peut-être... ou peut-être suis-je le seul responsable...
- Non ! Vous êtes le meilleur des rois. Le plus noble, le plus vaillant...
Une expression d'agacement passa un instant sur le beau visage d'Artoria. Elle aimait énormément son neveu. D'ailleurs, il avait toujours été son préféré à la Table Ronde. Toutefois, il vénérait jusqu'au sol sur lequel elle marchait. Cela pouvait devenir pénible...
- Sire Gawain ! Je ne vous demande pas de m'encenser. Répondez simplement.
- Oui, Votre Majesté.
- Très bien, voilà ma sentence. Sire Gawain, je vous condamne à me servir loyalement comme vous l'avez toujours fait. Jurez-vous de croire dans les commandements divins et de les observer ?
- Oui, je le jure.
L'un après l'autre, Artoria énonça les dix commandements du chevalier et Gawain répondit à chaque fois " Oui, je le jure".
- Alors, sire Gawain, je vous reconnais comme mon chevalier.
Le plat de Caliburn se posa sur chaque épaule, puis la tête.
- Relevez-vous, sire Gawain. Je vous rends votre épée, puisse-t-elle tuer le méchant, défendre la veuve et l'orphelin.
- Merci, Arthur, mon roi.
Une nouvelle fois, le chef des chevaliers de la Table Ronde parut mal à l'aise.
- Appelez-moi Artoria, c'est mon vrai nom.
- Pardon, mon roi ?
- Je suis une femme et ce depuis le premier jour de ma vie. C'est pour ça que mon père a refusé de me reconnaître. Cependant, après sa mort, j'étais son seul héritier donc... Merlin a utilisé sa magie pour me faire passer pour un homme.
- Je... cela n'a aucune importance, mon roi... Artoria. Homme ou femme, vous êtes le meilleur des rois.
- Je viens d'admettre que j'ai menti ma vie entière...
Gawain acquiesça vivement.
- À cause de Merlin. Donc, vous n'êtes pas responsable. Comme toujours, c'est de sa faute !
Très loin de là, dans une tour au milieu d'un jardin de fleur, un homme aux yeux violets et aux cheveux blancs éternua sans raison.
- Excusez-moi, sire Gawain.
Le chevalier se retourna sur la jeune femme vêtue d'une jupe outrageusement courte qui se tenait à côté de son roi. Il s'inclina, une main sur le cœur :
- Damoiselle, cet humble chevalier peut-il quelque chose pour vous ?
- Répondre à deux questions. Pour commencer, vous êtes là depuis combien de temps ?
- Rin Tohsaka est une amie, je lui ai tout raconté", précisa le Roi des Chevaliers, " je vous prie de bien vouloir lui répondre".
Gawain hocha la tête.
- Nous sommes arrivés il y a quinze jours...
- Nous ?
Le chevalier parut soudain pris la main dans le sac et s'inclina devant Artoria.
- Excusez-moi, mon roi. Dans mon émotion, j'ai négligé de vous prévenir que sire Lancelot m'accompagne. Il n'a toujours pas recouvré la raison... ses réactions sont étranges, et cela est peu dire. Sa malédiction l'empêche également de parler... mais non de pousser des hurlements incohérents.
- Je vois.
Le regard de Rin allait d'Artoria à Gawain. Elle toussa exagérément pour ramener l'attention sur elle.
- Comment êtes-vous arrivés ?
Gawain n'était pas bête, il évita de parler des circonstances de sa... mort, alors que la conversation n'avait rien de privé. De plus, la manière de son roi avait dit "je lui ai tout raconté" l'incita à penser qu'elle connaissait déjà ce point.
- Lancelot et moi nous sommes retrouvés dans un laboratoire de mage abandonné. L'homme qui nous a amené en Bordeciel se trouvait devant nous. Il m'a demandé de l'appeler "oncle Zili"... il ne m'a pas paru très cohérent et semblait beaucoup s'amuser de nous avoir amené - Lancelot et moi- à collaborer en dépit de... notre passé.
- Oncle Zili ?
Rin Tohsaka commença à se masser le front. La description lui rappelait "étrangement" quelqu'un.
- Sire Gawain.... je prie pour avoir tort mais... il ne s'habillait pas de noir, avec une courte cape et une canne. Ses cheveux et sa barbe étaient-ils blancs et ses yeux rouges ?
- C'est cela... vous le connaissez ?
- Kischur Zelretch Scheinorg ! Ce vieux vampire...
- Vampire ?
- Le Vieil Homme des Joyaux, le Kaléidoscope, le quatrième Apôtre de la Mort ! Un très puissant magicien dont les pouvoirs s'élèvent au rang d'authentiques miracles. Il est l'inventeur de la magie des joyaux que j'utilise. En fait, il a entraîné le fondateur de ma famille... il y a des siècles de cela. Il trompe son éternel ennui en se servant de sa magie pour... précipiter des gens qui ne demandaient rien dans les pires ennuis.
Alors qu'Artoria et Gawain réfléchissaient aux implications de cette révélation. Une voix les interrompit :
- Dame Pendragon, qui êtes- vous, vraiment ? Pourquoi sire Gawain vous appelle-t-il " mon roi" ?
En haut des marches, le jarl Balgruuf les regardait avec perplexité. Comme toutes les personnes présentes, il avait assisté au drame qui venait d'être joué dans son palais. Leurs regards trahissaient la même perplexité.
Heureusement, Artoria avait déjà réfléchi à sa réponse...
- Vous l'avez entendu. Je suis la fille d'un roi. Cependant, je suis née d'un viol. Mon père a refusé de me reconnaître et j'ai été élevée par un vieux chevalier, à l'écart. Lorsque mon père est mort, le mage Merlin m'a poussé à revendiquer le trône. Il a utilisé un sortilège pour me faire passer pour un homme, pensant que davantage de personnes se rallieraient à moi si on me voyait comme appartenant à ce sexe. Les choses ne se sont pas très bien passées. J'ai fini par être battue par un autre prétendant qui est mort dans la bataille. On m'a déclaré morte et... je suis arrivée en Bordeciel.
On pouvait dire qu'Artoria n'avait pas menti d'un mot. Tout juste avait-elle passé sous silence tout son règne et surtout que ce dernier avait concerné les îles britanniques... bien loin de Nirn. Comme on la croyait brétonne, les Nordiques imaginèrent donc, que les événements qu'elle venait de raconter avaient eu lieu en Haute-roche.
Balgruuf hocha la tête. Vues depuis Bordeciel, les querelles des seigneurs brétons formaient un canevas aussi incompréhensiblement compliqué que leurs arbres généalogiques aux multiples ramifications, souvent tranchées par la dague d'un assassin ou une guerre. Le jarl avait entendu des histoires encore plus compliquées et étranges.
- Vous n'êtes pas les premiers bétons à vous réfugier en Bordeciel pour fuir des intrigues de cour. Proventus m'a dit que vous étiez à la recherche d'une épée qui désignait les rois. Cette lame, n'est-ce pas ?
Balgruuf eut un geste en direction de l'Épée de la Victoire Promise qu'Artoria tenait toujours en main.
- Oui, seigneur. Il s'agit de Caliburn. Elle servait autrefois à désigner les rois crevassais. L'épreuve du couronnement consistait à l'arracher à une pierre magique. Je suis la première à l'avoir réussie depuis l'Aigle Carmin, il y a deux mille ans.
- Je comprends. Vous êtes venue en Bordeciel, après votre défaite, pour cette épée... parce qu'elle pouvait prouver votre légitimité royale.
Artoria cligna des yeux. Elle n'avait même pas songé à ça. En fait, elle avait juste voulu ce Noble Phantasme parce que... c'était Caliburn et, qu'à ses yeux, tenir à nouveau cette lame représentait... le monde. Lorsque Tullius lui avait demandé s'il elle revendiquait le trône de la Crevasse, elle avait pu répondre négativement, sans mentir. Le devoir du roi consistait en la défense du peuple. Toutefois, la rébellion de Mordred lui avait appris une chose supplémentaire. Le royaume n'avait aucune obligation à soutenir le roi. Pourquoi aurait-elle revendiqué un pays disparu il y a des siècles et à présent divisé en deux par les frontières actuelles ? Provoquer des troubles pour revendiquer un trône n'était pas régner.
Sauf qu'Artoria avait complètement oublié que la Caliburn qu'elle avait arrachée à la pierre, en Bretagne, avait originellement servi aux rois d'Irlande.
Après tout... les monarques désignés par une épée légendaire ne courraient pas les rues. Caliburn avait infiniment plus de valeur qu'un arbre généalogique signé par un notaire.
Rin lui avait raconté sa propre légende : Rex quondam rex que futurus
Le roi a régné, il règnera.
Artoria acquiesça, autant en acceptation de son destin qu'en réponse à Balgruuf.
- Je ne revendique aucun trône. Toutefois, depuis mon arrivée en Bordeciel, j'ai combattu de nombreux mauvais rois, essentiellement des mort-vivants enterrés dans des ruines comme Borgas à Korvenjund ou l'Aigle Carmin au Cairn du Rebelle. Au premier, j'ai pris la Couronne d'Os, j'ai dénié au second ses droits sur Caliburn. Bordeciel et la Crevasse ont déjà des souverains légitimes. Toutefois, si un jour je dois abattre un tyran et qu'il n'y a personne d'autre qu'un autre despote pour le remplacer, j'assumerais cette charge.
Rin Tohsaka se souvenait vaguement d'une citation de Confucius, comme quoi l'individu le plus digne du trône n'était pas celui qui le désirait le plus, mais celui qui s'y asseyait à regret, après l'avoir refusé.


---Âtrefeu, 9e jour, 4E 201---

Sire Lancelot du Lac, chevalier de la Table Ronde passait ses journées dans la galerie qui surplombait la salle du trône du jarl Balgruuf. Personne ne savait pourquoi il s'y plaisait. Toutefois, on pouvait l'y voir, adossé à un pilier et regardant dans le vide.
Farengar Feu-Secret l'examinait sur l'insistance d'Artoria... non pas que la tâche l'amuse. Bien au contraire, le chevalier noir le terrifiait. Ses soudaines et incontrôlables crises de colère chassaient, d'ailleurs, les serviteurs de tout ce secteur.
Le magus se retourna pour expliquer ses quelques découvertes. Lancelot possédait une forte résistance à la magie. Elle ne l'avait cependant pas protégé de la malédiction qui le rongeait. Cela n'avait rien d'étonnant, en fait... D'après ce qu'Artoria en avait dit, le chevalier noir s'était probablement auto-infligé ce maléfisme. En tout cas, alors qu'il expliquait tout cela au Roi des Chevaliers, ce dernier acquiesça tristement.
Le sorcier du jarl de Blancherive n'eut pas le temps d'en dire plus. La voix d'Irileth, le huskarl de Blagruuf résonna sous les voûtes, l'appelant. Comme il se penchait vers la salle du trône, en contre-bas, l'elfe noire en armure de cuir l'aperçut :
- Farengar, vous devez venir sur le champ. Un dragon a été vu non loin d'ici. Les yeux du sorcier s'allumèrent comme ceux d'un garçon qui découvrirait une montagne de sucreries.
- Un dragon ! Comme c'est grisant ! Où l'a-t-on vu ? Que faisait-il ? Irileth secoua la tête, aterrée :
- Vous devriez prendre ça plus au sérieux. Vous avez appris ce qui s'est passé à Helgen ! Si un dragon décidait d'attaquer Blancherive, j'ignore si on pourrait l'arrêter. Artoria, Rin et les deux chevaliers de la Table Ronde suivirent Farengar dans la salle des cartes. Le jarl Balgruuf, Proventus, son chambellan et Irileth s'y trouvaient déjà. Ils écoutaient le rapport d'un garde essouflé :
- Euh... c'est vrai. Nous l'avons vu arriver du sud. Je n'avais jamais rien vu d'aussi rapide... Le jarl de Blancherive semblait partagé entre la colère et l'inquiétude.
- Qu'est-ce qu'il a fait ? Il attaque la tour de guet ? - Non, seigneur. Il ne faisait que décrire des cercles dans le ciel quand je suis parti. Je n'ai jamais courru aussi vite. J'étais persuadé qu'il allait m'attaquer. Un peu rassuré, Balgruuf offrit quelques mots de remerciement au jeune homme, avant de l'envoyer se reposer à la caserne. Puis il se tourna vers son huskarl .
- Irileth, vous avez intérêt à rassembler quelques gardes et à descendre là-bas. L'elfe noire acquiesça.
- J'ai déjà envoyé des ordres à mes hommes pour qu'ils se rassemblent à la porte principale.
Artoria intervint à ce moment. - Jarl Balgruuf, mes chevaliers et moi-même souhaiterions vous venir en aide.
- Je viens aussi, assura Rin.
Le Roi des Chevaliers n'eut pas le temps d'argumenter car Balgruuf intervint, la voix chargée d'ironie.
- Ne me dites pas que vous avez une expérience des dragons ? - Je doute que vos hommes en sachent plus que moi. Après tout, personne n'a vu de dragon, en Bordeciel, depuis un millénaire... Je suis chevalier, mon devoir m'enjoint de protéger les habitants. - Très bien, vous pouvez suivre Irileth. Je ne vois pas pourquoi je vous interdirais de risquer votre vie pour mon peuple.
Irileth étant partie en courant, dès qu'elle avait reçu les ordres du jarl. Aussi, ils ne la rattrapèrent qu'aux portes. Lorsqu'Artoria et ses compagnons arrivèrent, ils purent entendre la fin de l'exhortation que l'elfe noire venait d'adresser aux gardes de Blancherive qui l'entourait. Irileth avait trouvé les mots justes en leur parlant :
- Peu importe qui a envoyé ce dragon. Il a fait une erreur car nous n'allons pas nous laisser tuer comme cela. Nous avons nos maisons et nos familles à défendre. Les hommes l'acclamèrent et irileth poursuivit :
- Et, surtout, rappelez-vous que personne n'a tué de dragons depuis des siècles. L'honneur de sa mort nous reviendra ! Alors, soldat, allons-nous mettre du dragon au menu de ce soir ? Les gardes, les chevaliers, Irileth et Rin coururent un long moment, insensibles aux paysages magnifiques de Bordeciel. Sur un ordre de l'huskarl ils gagnèrent un groupe de rochers qui surplombaient la route. De ce poste d'observation, on découvrait la tour de guet... ravagée. Même à distance, on voyait distinctement un vaste trou à hauteur du deuxième étage, comme celui qu'une catapulte aurait pu causer. Plusieurs colonnes de fumées s'élevaient autour des ruines et le feu courrait parmi les herbes folles.
Une main en visière, Irileth examinait ce paysage d'apocalypse avec un air concentré.
- Aucun signe du dragon, pour le moment. Elle se retourna vers la troupe qui l'accompagnait :
- Je sais que les choses n'ont pas l'air d'aller au mieux, mais nous devons découvrir ce qui s'est passé et si le dragon rôde encore dans les parages. Dispersez-vous et partez à la recherche d'éventuels survivants. Nous devons savoir à quoi nous avons affaire. Les hommes empoignèrent leurs armes, se déployant. Le dragon avait vraiment démontré une puissance certaine. La tour se dressait dans l'angle d'un petit fortin carré. Cependant, il ne subsistait que des fragments du rempart, comme un jeu de construction jeté bas par la colère d'un enfant. Il s'agissait pourtant de murs maçonnés de deux mètres d'épaisseur !
Comme Artoria, suivie de ses amis, grimpait la rampe qui conduisait à l'entrée de la tour, un soldat échevelé en sortit :
- Faites attention ! Il est toujours ici, quelque part ! Il vient d'attraper Hroki et Tor qui essayaient de s'enfuir ! Au bas de la montée, Irileth interpela le survivant.
- Garde ! Que s'est-il passé ici ? Où est le dragon ? vite !
- Je l'ignore ! À cet instant, un cri ébranla le ciel. Le rescapé savait à quoi s'en tenir car il blanchit de terreur.
-Que Kynareth nous garde, le revoilà... Irileth désigna du doigt une grande forme grise qui venait d'apparaître à droite du pic surplombant le Tertre des Chutes Tourmentées, la ruine nordique dans laquelle Artoria avait trouvé la Pierre de Dragon de Farengar...
- Le voilà ! Mettez-vous à couvert et que chaque flèche atteigne sa cible.
Artoria Pendragon avait déjà affronté des dragons. Et levant la tête pour voir passer le monstre qui virait, son premier réflexe fut de penser qu'elle en avait vu de bien plus gros. De plus, contrairement aux créatures que le Roi des Chevaliers avait affronté en Bretagne, il n'avait que quatre membres (deux pattes arrières, une paire d'aile comme celle des chauves-souris), alors que les grands vers qu'elle avait vu sur terre avaient en outre deux pattes avants. À tout prendre, le monstre ressemblait plutôt au dragon héraldique. Cependant, on pouvait au moins lui accorder qu'il pouvait se montrer rapide et agile. Les flèches se croisaient dans son sillage alors qu'il virait, tournant sa tête couverte de cornes et de barbelures au bout de son long cou de serpent, semblant admirer le spectacle des gardes de Blancherive s'excitant contre lui.
- Thuri du shin sil ko Sovngarde ! Artoria ne comprit qu'un mot dans ce que venait de dire le dragon : Sovngarde. Il s'agissait du séjour des morts pour les Nordiques... sans doute venait-il de leur annoncer qu'il comptait les y envoyer. Ce fut confirmé, un instant plus tard, lorsqu'un torrent de flamme fut craché par le monstre ! Un garde, sur un morceau de rempart encore debout, se retrouva enveloppé. Ses vêtements prirent immédiatement feu et il s'effondra... noircissant en un instant.
Le monstre battit des ailes, évitant les flèches qui le pourchassaient, et laissa derrière la dépouille carbonisée d'un combattant.
- J'avais oublié quel sport agréable était la chasse aux mortels. Tremblez devant ma splendeur ! Je suis Mirmulmir !
Comme il survolait Irileth, un éclair bleuté surgit de la main de cette dernière, frappant le dragon en plein dans sa poitrine couverte d'écailles grises. Peu incommodé - Artoria pouvait témoigner de la résistance à la magie d'un être portant le sang d'un dragon- Mirmulmir vira sur une aile avant de cracher un nouveau souffle de feu sur l'impudente. Heureusement pour Irileth, les elfes noirs venaient de Morrowind. Le pays, dominé par le plus grand volcan du continent, était ravagé par ses épanchements. En conséquence, les Dunmer avaient développé une forte résistance au feu et à la chaleur. L'huskarl du jarl ressortit seulement légèrement brûlée.
Artoria ne pouvait plus contenir sa colère. Cette dernière se déversa dans Caliburn...
- Starlignt Divergence
Le Noble Phantasme s'illumina d'une lumière dorée. Tandis que le vent tourbillonnait autour du Roi des Chevaliers. Il ne s'agissait que d'une forme mineure de libération de la puissance de l'épée légendaire, mais un rayon ardent fila vers le ciel, entouré par un vortex de vent.
Malheureusement, l'attaque passa au-dessus du dragon qui la survola.
- Tu es brave Bahlaan hokoron. Ta défaite me couvre de gloire.
La sentence arrogante reçut cependant une réponse que Mirmulmir n'attendait pas. Une flèche laissant une trajectoire de fumée noire transperça son aile avec une force incroyable.
- RrrrRoi ArRrrrRrr...urRRRrrrrRRRRRR !
Mirmulmir sembla impressionné par cette attaque. Montant d'une ressource, il s'immobilisa loin au-dessus du champ de champ de bataille. Claquant des ailes puis...
- Faas Ru Maar !
Le Thu'um fit naitre autour du dragon une sphère de lumière rouge qui s'étendit rapidement jusqu'à toucher le sol. Aussitôt le chaos se répandit... Enveloppé de vapeurs rouges, les gardes lâchèrent leurs armes, et s'enfuirent terrifiés... Seuls les chevaliers, Irileth et Rin résistèrent au Cri Intimidation.
Mirmumir s'abattit sur le rempart, à côté d'un garde prostré et l'avala tout rond... Ce fut terminé en un instant.
Furieuse, Artoria libéra à nouveau la puissance de Caliburn. Cette fois son coup porta et le cri de douleur du dragon, frappé en pleine poitrine, la réjouit. Comme un gandr tiré par Rin le frappait en pleine gueule et que Gawain se ruait sur lui, Aubéclat en main, le monstre repris l'air dans un claquement d'aile.
Il plongea alors sur le Roi des Chevaliers, bien décidé à se débarrasser de celle qu'il considérait comme la plus grande menace.
- Zun Haal Viik !
Le Cri Désarmement arracha Caliburn à la main d'Artoria. Sans défense, elle fut jetée à terre par le dragon qui venait de se poser à côté d'elle. Alors qu'elle s'efforçait de se relever, l'ombre du monstre l'enveloppa comme il dressait son cou et ouvrait en grand la gueule...
Une flèche suivie d'une trainée de fumée noire passa alors au-dessus de l'épaule. Transformés par la puissance de Knight of Owner, l'arc ordinaire tirait à présent des traits qui équivalaient en puissance à un Noble Phantasme. Les écailles d'un dragon constituaient, cependant, une puissante armure. Sans doute aurait-il survécu à l'attaque... sauf qu'Artoria l'avait déjà blessé, fracassant sa cuirasse squameuse autour de son point le plus vulnérable. Et la compétence Eternal Arms Mastership faisait de Lancelot un maître archer...
Le projectile s'enfonça jusqu'à l'empennage.
Mirmulmir s'immobilisa, comme pétrifié, puis dressa sa tête vers le ciel terrassé par la douleur et l'effroi :
- Nooooooooon ! Dovahkiin ?
S'effondrant en avant, la créature de plusieurs tonnes souleva un nuage de poussière, bombardant les alentours de cailloux et de débris divers. Comme Artoria se relevait, quelque chose d'étrange se passa. La dépouille prit feu... Tandis des écharpes d'énergies bleu et violette se formaient, avant de converger sur elle. Ce fut si rapide qu'elle n'aurait pu s'échapper même si la surprise ne l'avait pas clouée au sol. La jeune femme leva ses mains devant elle, pour les voir entourées d'une aura lumineuse. De Mirmulmir, il ne restait plus que des ossements et quelques écailles épargnées par le mystérieux phénomène. Comme l'aura de lumière autour d'elle et du dragon disparaissait, Artoria s'efforça de comprendre ce qui venait d'arriver.
Elle ne sentait rien de particulier sauf... dans son coeur de dragon elle sentit l'écho d'un mot.
- Fus !
Sans même réfléchir, le Roi des Chevaliers poussa un Cri. Frappée par le Thu'um la dépouille draconnique tressauta tandis qu'un nouveau voile de poussière s'élevait.
- ArrR... urRR ?
Elle se retourna sur Lancelot. Malgré le heaume qui masquait ses traits, elle devina son inquiétude.
- Je vais bien, mon ami. Ne vous alarmez pas.
Rin arriva à son tour, lui tendant Caliburn. La magus ne dit pas un mot comme le Roi des Chevaliers la remerciait. Toutefois, Gawain, derrière elle le fit à sa place.
- Votre Majesté, comment avez-vous fait ça !
- Je... je ne sais pas.
Artoria n'était pas encore remise de la suite de chocs qu'elle venait de vivre; Alors que sa mort semblait imminente, Lancelot l'avait sauvé puis... La jeune femme secoua la tête. Une voix s'éleva derrière elle. Un des gardes coiffé d'un casque léger surmonté de deux courtes cornes.
- Je susi sidéré. Vous êtes un Enfant de dragon. -Enfant de dragon ? Le Nordique hocha la tête avec gravité.
- Aux temps anciens alors que ces monstres parcouraient encore librement les cieux, les Enfants de dragons les tuaient et s'emparaient de leurs pouvoirs. C'est ce que vous avez fait. Vous ne pouviez pas crier avant, si ? Artoria hocha la tête. Après tout, elle savait depuis l'enfance qu'elle avait un coeur de dragon.
- Je pense que vous avez peut-être raison. D'autres gardes, remis de la terreur induite par le cri de Mirmulmir refluaient sur le champ de bataille. L'un d'eux interpela celui qui avait parlé en premier.
- Des Enfants de dragon ? De quoi parlez-vous ? Ce fut son voisin qui répondit :
- C'est vrai ! Mon grand-père me contait les histoires des Enfants de dragon. Ceux qui sont nés avec du sang de dragon dans leurs veines, comme ce bon vieux Tiber Septim lui-même. - Je n'ai jamais entendu dire que Tiber Septim avait tué des dragons. - À cette époque, il n'ay avait plus de dragons, imbécile. C'est la première fois qu'ils reviennent depuis... une éternité. Artoria acquiesça.
- Exact "ils", au pluriel.
Comme les gardes se tournaient vers elle, affichant un air d'incompréhension, le Roi des Chevaliers précisa :
- Ce dragon - Mirmulmir - avait des écailles gris clair. Or, le dragon qui a détruit Helgen était "noir comme la nuit". Il y a donc une deuxième de ces bêtes qui nous menace. En dépit de cette remarque terrifiante, les gardes se focalisaient surtout sur Artoria. Ayant même oublié que Mirmulmir avait été terrassé par Lancelot.
- Mais les anciens récits parlent d'Enfants de dragon qui pouvaient tuer les dragons et voler leur pouvoir. Vous devez en être un ! - Qu'en dites-vous Irileth ? Vous êtes terriblement silencieuse. - Allons Irileth, dites-nous, croyez-vous à ces histoires d'Enfants de dragon ? L'elfe noire, à l'écart des gardes, sembla émerger d'une sorte de torpeur. Elle soupira.
- Vous ferez mieux de vous taire plutôt que de bavasser sur des sujets dont vous ignorez tout. Nous avons un dragon mort, et ça c'est uen chose que je peux comprendre. Maintenant, nous savons que nous pouvons les tuer. Mais je n'ai nul besoin d'Enfants de dragon mythologique. Quelqu'un capable de terrasser un dragon me suffit largement. Elle accorda un regard appuyé à Lancelot, toujours debout derrière Artoria.
- Vous ne comprendriez pas, Huskarl. Vous n'êtes pas Nordique. - J'ai parcouru Tamriel de long en large. J'ai vu quantité de choses au moins aussi exotique que ça.Je vous conseille de faire confiance au bras qui tient votre épée plutôt qu'aux fables et aux légendes.
Mais les gardes n'en démordaient pas, l'un d'eux se retourna sur Artoria. - Vous venez de crier, à l'instant : C'est forcément ça. Vous êtes vraiment un Enfant de Dragon, alors... Abandonnant les soldats toujours émerveillés d'avoir vu se réaliser une de leur plus grande légende, Artoria se mit en marche en direction de Blancherive. Il lui fallait encore informer le jarl de ce qui venait d'arriver.
Toutefoir, elle ne se trouvait pas encore au bout de ses surprises.
Le ciel se trouva soudain ébranlé par un facas... issu d'une voix humaine. - DOVAHKIIN !
Les mains sur les oreilles, chancelant sous la pression du Cri, le roi des Chevaliers se tourna vers l'origine de la voix. Vers l'est et l'immense montagne connue sous le nom de Gorge du Monde. Le sommet le plus élevé de Tamriel.


À peine de retour à Fort-dragon, Artoria se trouve interpelée par Proventus Avenicci. Le chambellan semblait tout à la fois inquiet et à bout de patience :
- Ah, vous voila enfin ! Bien. Le jarl vous attend. Ce dernier parlait à son frère, Hrongar.
- Vous avez entendu l'appel. Qu'est-ce que ça pourrait vouloir dire d'autre ? Les Grises-barbes...
Le colosse en armure d'écaille, un espadon de fer à l'épaule se tourna vers l'arrivante. - Nous parlions justement de vous. Mon frère aimerait vous dire un mot. - Alors que s'est-il passé à la tour de Guet ?!
Artoria s'inclina. - Le dragon était là, seigneur Balgruuf. Il a détruit la tour et tué la plupart des soldats qui y étaient stationné. Il n'y a qu'un seul survivant. Toutefois, le grand ver a été tué par sire Lancelot. Il a porté le coup final, mais chacun a contribué à la victoire. La réponse fit acquiescer le jarl
- Je savais pouvoir compter sur Irileth, mais il doit y avoir autre chose. - Il semble que j'ai absorbé une partie du pouvoir du dragon. - Alors c'est bien vous que les Grises-barbes appelaient. Je ne m'étais pas trompé. Ils vous ont reconnu comme Enfant de dragon. Les Enfants de dragon sont des nortels qui peuvent - comme les dragons - concentrer leur essence vitale dans un Thu'um, un Cri. Ils tuent les dragons pour voler leur pouvoir. Comme Artoria parait surprise, Hrongar intervient : - N'avez-vous pas entendu le bruit assourdissant qui a retenti à votre retour à Blancherive ? C'était la voix des Grises-barbes qui vous demandait de venir au Haut Hrothgar. Cela ne s'est pas produit depuis... des siècles, au bas mot. Pas depuis que Tiber Septim en personne a été invoqué alors qu'il n'était encore que Talos d'Atmora. Proventus leva une main, dans un mouvement d'agacement.
- Du calme, Hrongar. Qu'est-ce que ces histoires de Nordique ont à voir avec cette personne ? Elle est peut-être très capable, mais je ne vois aucun signe que ce soit une... une "Enfant de dragon". - Des balivernes nordiques ? Espèce d'ignorant pompeux... Ce sont nos traditions sacrées qui remontent au temps de la création du Premier empire.
Balgruuf intervint avant que la dispute naissante ne dégénère. - Il ne faut pas être aussi dur avec Avenicci, Hrongar. Proventus prit un ton nettement plus humble, se rappelant soudain qu'il parlait au frère de son seigneur.
- Sans vouloir vous manquer de respect, bien sûr. Je me demande juste ce que ces Grises-barbes lui veulent. Balgruuf répondit d'abord à son chambellan "Ce sont les affaires des grises-barbes, pas les nôtres. " Puis se tourna vers Artoria "Quoi qu'il se soit passé lorsque vous avez tué le dragon, cela a révélé quelque chose en vous, et les Grises-barbes en ont été prévenues. S'ils vous considèrent comme Enfant de dragon, qui sommes-nous pour dire le contraire ? Vous feriez bien d'aller au Haut Hrothgar sans attendre. Nul ne peut refuser une convocation des Grises-barbes. C'est un immense honneur. Je vous envie, vous savez. Pouvoir gravir une fois encore les Sept mille marches... J'ai déjà fait ce pèlerinage une fois, vous savez ? Le Haut Hrothgar est un lieu très paisible, complètement déconnecté des troubles de notre monde. Je me demande même si les Grises-barbes savent ce qui se passe. Elles n'ont jamais semblé se préoccuper de nous jusque là. C'est sans importance. Allez au Haut Hrothgar et voyez ce que les Grises-barbes sont en mesure de vous apprendre."
- Je n'y manquerais pas, seigneur. Toutefois, à présent que ce dragon est mort. Nous devrions nous préoccuper du danger représenté par le jarl Ulfric. Irileth qui venait d'entrer à son tour, revenant de la tour de guet, saisit immédiatement le tour prit par la conversation :
- C'est vous même qui avez fait remarquer que le danger n'a pas disparu vu que c'est un autre dragon, noir, qui a détruit Helgen. Artoria acquiesça.
- Sauf que la nouvelle qui va se répandre est qu'un dragon a été tué. Et tout le monde pensera qu'il s'agit de celui d'Helgen. Après un millier d'années sans dragon, la présence d'un seul d'entre eux est assez stupéfiante... alors, les gens refuseront de croire qu'il y en avait deux... au plutôt deux au moins. Balgruuf fronça les sourcils, au ton clairement dubitatif adopté par le Roi des Chevaliers.
- Vous pensez qu'il peut y en avoir plus ? -Si deux dragons ont échappé pendant des siècles à toute observation. Pourquoi pas trois... ou plus ! La véritable question à se poser est : " Où sont-il passés pendant tout ce temps". Cela dit, je pense que vosu passez à côté de l'essentiel. Balgruuf lui jeta un regard surpris. - L'essentiel ? Artoria répondit d'un haussement d'épaule, un geste de doute que Rin lui voyait pour la première fois. - Notez bien que je n'ai aucune preuve de ce que j'avance. Toutefois, la première attaque d'un dragon a été portée contre la plus importante garnison impériale après Solitude. Et a résulté en sa complète destruction. La seconde attaque a été portée contre la seule châtellerie neutre et a cherché à détruire une tour de guet. Alors je pose la question, à qui cela profite-t-il ? Balgruuf grinça des dents. - À Ulfric... il aurait un dragon ? - J'en doute, seigneur... toutefois, les dragons ont peut-être leurs propres raisons d'aider les Sombrages ou d'affaiblir l'Empire, ce qui revient d'ailleurs au même. Et même s'il ne s'agit que d'une suite de coïncidenc es. Mettez-vous un instant à la place d'Ulfric. Un dragon apparait, il frappe deux fois vos ennemis, à présent ceux-ci sont vunérable. Vous faites pression sur une grande ville, au centre du territoire que vous voulez conquérir. Vos armées sont prêtes et n'attendent plus qu'un ordre. L'heure n'est-elle pas venue d'attaquer ? Balgruuf se leva de son trône et tendit à Artoria la hache qu'il avait à sa ceinture. - Artoria Pendragon, vous avez rendu un grand service à Blancherive en combattant ce dragon. En mon droit de jarl, je vous élève au statut de Thane de Blancherive. Cette hache servira d'insigne à votre nouvelle fonction. - Avez-vous lu le message du général Tullius ? - Oui, c'est... très intéressant. Proventus, qu'en pensez-vous ? - Comme en tout, je conseille la prudence, seigneur. Irileth, qui venait de s'installer à droite du jarl, en miroir à son chambelan, répondit d'un ton méprisant.
- La proie attend. Balgruuf approuva.
- Je suis d'accord avec Irileth. Il est temps d'agir ! Proventus parut surpris.
- Avez-vous l'intention de marcher sur Vendeaume ? - Je ne suis pas stupide, Proventus. Il est temps de mettre Ulfric au défi de m'affronter comme un homme ou de déclarer ses intentions. Proventus haussa les épaules.
- Il ne fera jamais ça. Irileth le contredit :
- Il a plutôt été direct avec Torygg. - Torygg ? Il s'est approché du garçon et l'a assassiné. - Ce " garçon" était haut-roi de Bordeciel. Balgruuf coupa court à l'argumentation entre ses deux conseillers.
- Je ne suis pas haut-roi, mais je ne suis pas non plus un enfant. Si Ulfric veut contester mon pouvoir à la manière des anciens, qu'il le fasse. Bien que je soupçonne qu'il préfèrera envoyer ses "Sombrages" agir à sa place. - C'est vrai", acquiesça l'elfe noire, "Il a déjà prouvé sa force, il cherche maintenant à prouver celle de son armée."
Artoria choisit ce moment pour intervenir.
- Je suis d'accord avec Irileth. L'Empire l'a vaincu à Korvanjund, il doitr effacer cette défaite en remportant une victoire plus importante.
Proventus Avenicci parut songeur.Il se tourna vers son jarl.
- Alors, pourrais-je vous conseiller de réfléchir à la requête du général Tullius ? Si vous avez l'intention d'offenser le jarl Ulfric... Irileth soutint sa proposition, pour une fois d'accord avec lui.
- C'est plutôt Ulfric qui se montre offensant, mais Proventus marque un point. Pour Ulfric, c'est très clair : dans son esprit, refuser ses prétentions est s'allier avec l'Empire. - Et quel mal y a-t-il à laisser quelques légionnaires mourir à la place de vos hommes ? Pris à témoin, Balgruuf laissa fuser un ricanement méprisant.
- C'est de la lâcheté. Néanmoins, Irileth continua à pousser son chef.
- Alors, était-ce de la lâcheté d'accepter les termes du traité de l'Or Blanc ? - Faut-il que ça revienne toujours ?! Ça n'avait rien à voir. M'a-t-on laissé la moindre chance de m'opposer aux termes du traité ? Non. Les jarls n'ont reçu aucune proposition, mais des ordres. Et nous devions faire mine d'être d'accord. Proventus insista à son tour.
- Les coffres pleins d'or ne gâtaient rien. Cette fois Balgruuf était vraiment furieux et sa voix put se faire entendre jusqu'à la porte d'entrée, à l'autre bout de la salle du trône.
- Bon sang ! Ce n'est pas l'or qui compte ! Irileth recadra le débat vers le problème immédiat :
- L'heure est venue de décider. Néanmoins, Proventus réalisa qu'il venait littéralement de pousser son jarl à la guerre, oubliant son habituelle prudence.
- Attendez, seigneur. Voyons si Ulfric est sérieux.
- Oh, il est sérieux. Mais je le suis tout autant. - Enfin, approuva l'elfe noire. Se tournant vers Artoria, Balgruuf l'appela d'un geste :
- Vous, là, j'ai un message à vous faire porter à notre ami, l'estimé jarl de Vendeaume. Apportez ma hache au jarl Ulfric. - Votre hache ? - Oui, ma hache. Depuis combien de temps vivez-vous en Bordeciel ? Il y a plus d'une vérité essentielle dans l'acte d'un guerrier offrant sa hache à un autre. Si Ulfric la garde, nous sommes en paix. S'il me la rend c'est que nous avons un contentieux à régler. - Dois-je lui dire quelque chose ? - Les gens qui se comprennent n'ont pas à abuser des mots. Ulfric saura ce que je lui veux. Une fois que vous en aurez terminé, revenez ici, dame Pendragon. Il se pourrait que j'aie besoin de toute l'aide disponible. - Très bien, je m'en charge. Comme Artoria quittait la salle du trône, ses amis sur les talons, Balgruuf se tourna vers son chambellan.
- Proventus, apportez-moi ma plume et mon plus beau parchemin. - Écrivons-nous une lettre ? - Oui, au général Tullius. J'ai quelques points à éclaircir avant d'accepter l'aide de ses légionnaires.
Artoria se permit un léger sourire, certes tuer le dragon avait été difficile, mais elle avait enfin réussis la mission que lui avait confiée Tullius.

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Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots. William Faulkner
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Message par Anaxagore le Mar 4 Juin - 15:58

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Skyrim est un jeu qui peut être moddé. C'est à dire qu'il est possible d'y inclure du contenu créé par les joueurs. Haute-Roche, patrie des Brétons, est à peine évoquée dans Skyrim... qui se concentre bien sûr sur Bordeciel (Skyrim !). Toutefois un mod appelé "In to the west" créé par DavidTheFalcon rajoute quelques territoires de Hauteroche (Farrun, Jehanna, Dunlain). Je m'en suis inspiré... pas par manque d'imagination, mais par souci de cohérence.
Les prochains chapitres vont voir la fin de la première partie de mon histoire, qui suit largement les événements du jeu Skyrim, pour entrer dans une autre... moins prévisible.
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---Âtrefeu, 8e jour, 4E 201---


Le Palais des Rois de Vendeaume était le plus ancien siège d'un gouvernement humain en Tamriel. Édifié à l'extrémité nord de la ville, le bâtiment avait vu passer les millénaires et se dressait encore dans sa lourde architecture. Depuis ses fenêtres, on pouvait voir les toits de Vendeaume couverts de neige, ses rues glacées et les puissantes murailles qui - longeant la Rivière Blanche - assuraient son caractère inexpugnable à l'antique citadelle.
On discernait aussi le paysage de collines rocheuses, aux flancs escarpés, premiers contreforts des chaînes de montagnes qui enserraient la capitale d'Estemarche, dans toutes les directions, sauf au sud. La chambre du jarl donnait sur l'est. Par ses lucarnes, on voyait une flèche de pierre couronnée d'une sculpture en forme de tête de dragon, sur l'autre rive de la rivière.
Elle marquait l'emplacement de la tombe d'Yngol, fils d'Ysgramor, le premier roi de Bordeciel. Ce jeune guerrier était tombé là. Le site de Vendeaume avait été choisi pour permettre au père éploré de pouvoir contempler la tombe de son rejeton.
Toute l'histoire de Vendeaume racontait la guerre, la violence, la mort. La cité elle-même avait été édifiée par des esclaves elfes des neiges qui avaient péris par milliers au cours de son gigantesque chantier.
L'actuel jarl d'Estemarch s'appelait Ulric Sombrage. L'homme était un colosse nordique lourdement charpenté. Deux tresses de cheveux blonds encadraient un visage aux traits marqués par le temps et la douleur. On y remarquait surtout son nez fort, ses yeux pâles profondément enfoncés, et le bouc soigneusement taillé encadrant sa bouche aux lèvres sensuelles.
Il portait un long manteau bordé de fourrure sur une cuirasse de métal terni.
Bien que son visage reste stoïque, Ulfric Sombrage ne tenait pas en place. Son cœur s'agitait. Contrairement à ce que croyaient nombre de ses adversaires, le jarl vivait difficilement les choix qu'il avait pris. Fils de l'Ours de Vendeaume, le précédent jarl, il avait rejoint les Grises-barbes pour vivre une vie d'ermite dans la contemplation des cieux, domaine de Kynareth. Son enfance s'était déroulée au milieu des neiges éternelles couvrant le Haut-Hrothgar, à méditer sur le Thu'um.
Puis son père vint le chercher, pour qu'il combatte pour l'Empire qui venait d'entrer en guerre contre le domaine Almerri. L'enfant qui se destinait à être un Grise-barbe et à vivre en paix devint adulte sur les champs de bataille.
Il rencontra Rikke et Galmar Rudepoing, se battit avec eux dans plusieurs batailles gagnées ou perdues et... fut capturé.
Bien que le futur jarl ait réussi à s'enfuir, ce qu'il vécu dans les cellules du Thalmor le marqua à vie. Les Nordiques détestaient culturellement les Elfes, ayant passé l'essentiel de leur histoire à les combattre. Il s'agissait d'une sorte d'atavisme. Toutefois, pour Ulfric avait gagné, là, un motif personnel de haine... ce qu'on lui avait fait... ce qu'il avait vu faire sur d'autres... Les Thalmors étaient des monstres dégénérés, amoraux et sadiques, se délectant de la souffrance des autres. Ils honnissaient les hommes, de simples animaux qui n'existaient que par leur bon vouloir. Pour eux, entre écraser un insecte et tuer un homme, il n'y avait aucune différence... non, même pas. Car celui qui écrase un moustique le fait sans y penser. Les Thalmors cherchaient non seulement à tuer mais aussi à faire souffrir !
La défaite de l'Empire, face à ces êtres pervertis, coûta à Ulfric tout le respect qu'il pouvait avoir pour la dynastie des Médée. L'empire fondé par Talos était tombé si bas qu'il n'arrivait même pas à s'imposer contre ces maudits elfes ! Pire, pour sauver leurs peaux misérables, ces damnés couards avaient osé renier Talos.
Ulfric n'avait regagné Bordeciel que pour trouver un pays bouleversé par la Grande Guerre. La paix ne régnait plus dans les campagnes. Des brigands infestaient les routes. Les caravanes disparaissaient dans la nuit. On parlait de gobelins, de vampires et d'autres créatures sorties de légendes ! Comme Markarth avait succombé à une révolte de Crevassais, Ulfric pris la tête d'une milice nordique. Grâce à la puissance du Thu'um, la libération fut une pleine réussite.
Seulement... Ulfric avait accepté ce commandement qu'après avoir négocié le rétablissement du culte de Talos dans la Crevasse. Le jarl Igmund espérait que les Thalmors n'y prêteraient pas attention. Il se trompait lourdement.
Le Domaine aldmeri protesta auprès de l'Empire. Pour eux, il s'agissait d'une violation du traité de l'Or Blanc. Les Thalmors firent porter un ultimatum à l'empereur Titus Médée II. Ses termes ne pouvaient être plus simple... et durs : Soit l'Empire condamnait Ulfric Sombrage et interdisait à nouveau le culte de Talos dans la Crevasse soit... la guerre reprenait.
Ulfric fut donc arrêté et emprisonné par les Impériaux. Tandis que l'empereur autorisait les inquisiteurs du Thalmor à parcourir Bodeciel comme bon leur semblait !
Alors, voilà comment l'Empire remerciait tous les Nordiques qui avaient combattu pour lui pendant la Grande Guerre. D'abord, il leur prenait Talos. Ensuite, il permettait à ces raclures d'elfes de torturer et de tuer n'importe quel nordique sur la simple suspicion d'adorer Talos !
En prison, Ulfric apprit la mort de son père, sans pouvoir assister à ses funérailles. Cette ultime blessure personnelle acheva de cimenter son rejet de l'Empire.
Libéré, il défia le Haut-roi Torygg en duel... initiant la rébellion des Sombrages. Qu'on l'accuse de trahison plongeait le colosse dans une colère aussi noire que rentrée. Lui, un traitre ? Quelle loyauté devait-il à cet Empire trop faible pour protéger Bordeciel et qui lui faisait payer ses dettes de guerre ? Quel respect pouvait-il avoir pour un Empire incapable de gouverner Bordeciel et qui punissait les Nordiques qui cherchaient à ramener la paix à leur propre pays ? Trahison ? Oui, il y avait bien trahison... La Légion avait trahis son serment de défendre les citoyens de l'Empire, le jour où elle avait autorisé le Thalmor à enlever les Nordiques en pleine nuit.
Ulfric qui venait juste de se rasseoir sur son trône de pierre, sous l'immense emblème à tête d'ours de sa châtellerie, se releva. Alors que ses pas le menaient à la salle des cartes, il entendit deux se ses officiers se disputer.
- Calme-toi Galmar, garde ta colère pour le champ de bataille.
Le dit Galmar, un Nordique qui portait une peau d'ours, se retourna sur son chef. Son visage était coiffé de la tête de la dépouille. Avec sa barbe noué et ses traits rudes, il ne paraissait pas moins féroce qu'un ursidé.
- Nos hommes se font massacrer, là-dehors ! Maudits Impériaux !
Ulfric jeta un regard sur la carte et les jetons de bois qui représentaient les troupes des Sombrages. Il les prit et les repoussa vers les territoires sous leur contrôle.
- Nous ne pouvons pas marcher sur Solitude. Pas encore. Chaque chose en son temps.
- Il faut accélérer nos plans. Si nous pressons les Impériaux, ils seront déstabilisés.
- Cela va marcher, Galmar. Notre patience nous a gagné des amis et des alliés. Notre armée s'occupera de gagner la guerre lorsque tout le reste sera prêt.
Comme Ulfric faisait demi-tour pour regagner son trône, Galmar Rudepoing le suivit.
- Pourquoi vous battez-vous pour moi, Galmar ?
- Vous êtes le meilleur espoir pour Bordeciel.
- Certes... mais si vous ne vous battez pas pour moi, pourquoi ?
- Je refuse de laisser des elfes me dire qui je dois adorer.
Assis dans le grand fauteuil de pierre, son menton reposant sur sa paume, Ulfric considéra son vieil ami pendant un long moment.
- Quelle nouvelles de l'Enclume ?
Galmar sourit largement.
- Les Rougegardes ont non seulement infligé une déculottée à ces maudits Thalmor, mais ils ne relâchent pas la pression. Les marchands qui arrivent sur nos terres racontent des nouvelles de forteresses assiégées et prises.
- Hum... moi aussi cela me réjouit. Seulement, comment va réagir le Domaine aldmeri ? Ils ne peuvent pas laisser leur colonie de l'Enclume sans soutien. Non, ils vont devoir envoyer des renforts. Troupes qu'ils vont sans doute retirées de la frontière avec Cyrodiil... ce qui - par ricochet- pourrait libérer des unités impériales de la défense de celle-ci... Légions qui pourraient être envoyées en Bordeciel, contre nous.
Galmar balaya l'argument d'un revers de main.
- On s'en préoccupera lorsqu'elles seront là, si jamais ce prétendu empereur trouve le courage de dégarnir la frontière. Je pense plutôt qu'il va continuer à se terrer dans son palais, en agitant la queue devant tous les elfes qui passent, en bon chienchien du Thalmor.
Ulfric regarda le plafond de pierres grises au-dessus de lui.
- Il nous faut des alliés...
Le jarl avait parlé pour lui-même, d'un air songeur.
- Des nouvelles de Haute-Roche ?
Galmar eut une grimace méprisante.
- Pas la moindre. Ces Brétons collet-montés ne lèveront pas le petit doigt pour aider leurs voisins.
Ulfric acquiesça.
- Je suppose que l'on ne doit pas en être surpris. Ils n'ont jamais eu beaucoup de problèmes avec l'Empire.
- Ces buveurs de lait ? Autant demander l'aide des elfes. Ils se croient tellement mieux que nous.
- Quoi qu'il en soit, il semble que Bordeciel doive tenir seul, une fois encore.
Le chambellan du jarl, un Nordique vêtu d'une tunique rouge, coiffé d'un bonnet rond en fourrure, et portant des moustaches tombantes, intervint à ce moment :
- Tous les Brétons n'ont pas renié le culte de Talos. Torvic Ailedieu frère du comte Harold Ailedieu, est dans ce cas. Il s'agit d'un des principaux opposant à la politique pro-impériale du roi de Daguefillante Edouard Deleyn.
- Je n'ai jamais entendu parler de lui, Jorleif.
- Mais lui vous connait, mon jarl. Et il vous demande de l'aide pour faire valoir ses droits au trône de Haute-roche.
Ulfric fronça les sourcils, regardant son chambellan de bas en haut.
- Expliquez-moi ça, Jorleif.
L'histoire récente de Haute-roche, entre intrigues de cour, trahisons, guerres intestines, et jacqueries, restait largement inconnue des Nordiques. Pendant longtemps, Haute-roche avait été une collection de minuscules domaines brétons et orques qui se livraient à des guerres sans fins. Les natifs en avaient même fait un proverbe : " Trouver une nouvelle colline, fonder un nouveau royaume".
À la fin de l'Ère Troisième, Haute-roche avait été unifié par l'intervention du Numidium, le dieu mécanique des Dwemer. Le "Miracle de la Paix", comme l'événement fut appelé par la suite, conduisit à la naissance de la province unie de Haute-roche, un état fédéral : Le royaume de Glénumbrie était dirigé directement par le Haut-Roi. Les trois autres royaumes le composant étant Fendretour, Havretempête et Wrothgar.
Toutefois, après la Crise d'Oblivion et l'invasion des hordes de daedras du prince Mehrunes Dagon, Hauteroche plongea dans une spirale autodestructrice. Tout s'accéléra avec la destructioj du royaume orque de Wrothgar par les Rougegardes. Après le sac de la seconde Orsinium et la dispersion des Orques, le vide politique conduisit à l'émiettement de Wrothgar en plusieurs petites nations : les royaumes de Farrun et de Jehanna ainsi que le duché de Gastemarche.
Toutefois, les autres royaumes brétons qui composaient la fédération souffrirent également de l'instabilité politique. Le royaume de Fendretour se disloqua entre le duché de Boralis, le royaume de Taillemont et le duché de Vérandis. Le royaume de Glénumbrie se scindant entre le duché de Phrygios, le royaume de Cambrie et le royaume de Daénia. Au terme d'une guerre douloureuse, le royaume d'Havretempête se retrouva séparé entre trois entités : le royaume d'Alcaire, le royaume de Ménévie et le royaume d'Abondance.
Le titre de Haut-Roi revint au souverain de Daénia. Bien que les liens entre les différents monarques soient devenus aussi haineux qu'avant le Miracle de la Paix, la fédération ne fut pas remise en question.
Puis, vint la Grande Guerre. Bien qu'épargné par les conséquences directes du conflit, Haute-roche souffrit du traité de l'Or Blanc. Les exactions du Thalmors et l'interdiction du culte de Talos ne conduisirent certes pas à une révolte généralisée, mais affaiblirent considérablement la position du Haut-Roi Edouard Deleyn.
La réaction la plus violente eut lieu dans le royaume de Jehanna. Le roi Mithlas Caemorin fut renversé par Jorbon Ereldsen, chef de la minorité nordique de ce royaume. L'événement aboutit à la "Nuit des oreilles" : le massacre de tous les elfes présents à Jehanna. Leurs oreilles étant clouées à la palissade qui ceignait la ville.
Le règne du "roi" Jorbon ne dura que cinq ans avant qu'il ne soit à son tour éliminé par un mage de guerre appelé Perynak Moorsley. Ce dernier, après être monté sur le trône de Jehanna, interdit à nouveau le culte de Talos.
Ulfric Sombrage coula un regard irrité à son chambellan, complètement perdu par cette litanie de noms et de retournements de situation.
- Et quel est le rapport avec ce...
- Torvic Ailedieu, seigneur.
- Oui... lui !
Jorleif s'éclaircit la gorge.
- Aucun des enfants d'Edouard Deleyn n'a survécu, le Haut-Roi des Brétons est à présent âgé et de santé notoirement fragile. L'influence des Impériaux en Haute-roche est en déclin, contestée dans sa cour même par le comte Harold Ailedieu, le neveu d'Edouard. Ce dernier déteste les Aldmer, qu'il a combattus dans les rangs de la Légion, au cours de la Grande Guerre. Toutefois, il désire surtout une plus grande indépendance de Haute-roche. En l'absence d'héritier direct, il est soutenu par la majorité des pairs du royaume. Torvic Ailedieu est le frère cadet d'Harod. Comme lui, il a des droits sur le trône du Haut-Roi des Brétons. De plus, il a refusé de renier Talos. À cause de cela, il est banni du royaume. Depuis plusieurs années maintenant, il conduit des raids contre les côtes, avec une armée de mercenaires et de brigands. Il ferait sans doute un excellent allié. Toutefois, si nous venions à le soutenir, notre pire ennemi ne serait pas le vieux roi Edouard ou le comte Harold mais bien le duc Guillaume de Boralis. Il a au moins autant de droits sur le trône qu'Harold et nombre de conseillers du roi appartiennent à sa faction. Il est jeune, ambitieux, et il reçoit de l'or de l'Empire pour garder Haute-roche fidèle à Titus Médée II.
Ulfric Sombrage avait écouté son chambellan d'une oreille distraite comme l'une des portes d'entrée s'ouvrait pour laisser entrer un vent glacé, chargé de flocons. Il se redressa pour regarder attentivement ceux qui venaient d'entrer, secouant leurs manteaux alourdis par la neige.
Guerrier expérimenté, il savait en reconnaître d'autre s'il les voyait. Le colosse en armure noire l'impressionna particulièrement... il émanait de lui une force animale et très peu de retenu. Un fauve qui tirait sur sa chaîne. L'homme à côté, en armure d'acier, portait une lame étrange dont la garde semblait emprisonner une sphère de lumière. Très beau, blond et rasé de près, il avait tout du chevalier. Avec eux venaient deux femmes. Initialement, Ulfric ne leur prêta que peu attention. L'une d'elle portait une jupe très courte et n'avait rien d'une combattante. La seconde cependant...
- Jorleif allez voir ce que veulent ces arrivants.
- Oui, mon jarl.
Le chambellan s'éloigna pour parler avec la femme en armure. Visiblement, elle commandait ce groupe. Ulfric ne pouvait rien entendre de la discussion à l'autre bout de la salle du trône. Toutefois, lorsque Jorleif revint, il semblait troublé.
- Seigneur, il s'agit d'une ambassade du jarl Balgruuf le Grand de Blancherive.
- Ah... enfin !
Cela faisait des semaines qu'Ulfric accentuait la pression sur Balgruuf, jour après jour. Il était temps qu'il montre enfin ses intentions au grand jour ! Sa... "neutralité" était une insulte pour tous les sacrifices de la population de Bordeciel. Même les jarls qui ralliaient les Impériaux étaient plus digne d'estime que Balgruuf, ces traîtres avaient au moins la conviction nécessaire pour défendre leur choix en prenant les armes.
Son regard s'arrêta sur la femme blonde, en étrange armure, qui attendait entre les deux chevaliers qui l'accompagnaient. La seconde jeune fille, celle avec des couettes et une jupe indécente, semblait une sorte de conseillère.
- Qui les commande ? Je ne l'ai jamais vu...
- Il s'agit de dame Artoria Pendragon, thane de Blancherive.
Les yeux d'Ulfric s'écarquillèrent légèrement. Jorleif lui avait déjà remis un rapport sur cette femme mystérieuse qui avait absorbé l'âme du dragon qui avait attaqué Blancherive. En fait, tout le monde en Bordeciel devait avoir entendu cette histoire. Après tout, personne n'avait tué un dragon depuis près de mille ans ! Quant à absorber l'âme d'un cracheur de feu pour acquérir le Thu'um... il s'agissait d'un exploit mythologique. Les Enfants de dragon étaient - parait-il- des envoyés des dieux en des périodes de trouble.
Les agents sombrages à Solitude et Blancherive avaient également rapporté d'autres faits encore plus troublants. Cette "Artoria Pendragon" s'était présentée devant le général Tullius et le jarl Balgruuf comme étant la fille illégitime d'un roi bréton. Seulement, toutes les enquêtes de ses agents à la frontière comme en Haute-roche n'avait jamais trouvé de trace de son entrée en Bordeciel, ni de son existence avant les dernières semaines. Elle semblait avoir apparu de nulle part. Cela serait déjà étonnant en soi. Toutefois, des témoins racontaient que cette femme chevalier aurait réussi à se saisir de l'épée des anciens rois crevassais, ce qui prouverait ses prétentions royales. Les mêmes spectateurs racontaient que l'un des chevaliers l'accompagnant l'appelait "mon roi"... car elle aurait brigué le trône de son père, déguisé en homme.
Une histoire rocambolesque ! Mais, après tout, il s'agissait de Brétons. Au vu de la migraine que lui avaient valu les explications de Jorleif sur la situation actuelle dans ce pays, cela pouvait même être vrai.
Enfin, là n'était pas le plus important.
- Qu'elle s'avance.
Alors que le quatuor traversait la salle du trône pour s'approcher du grand fauteuil de pierre, les regards des gardes et des serviteurs se rivèrent sur la petite femme qui marchait en tête. Le silence s'était étrangement fait et les bruits de ses pas chauffés de fer, accompagnés du cliquetis de son armure s'entaient dans toute la salle.
Le jarl Ulfric avait lu les descriptions d'Artoria Pendragon avec un sourire ironique. Ses espions avaient visiblement ratés des carrières d'écrivains. Ils avaient succombé à l'attrait romantique du personnage pour en brosser un portrait très (trop) flatteur. Du moins, voilà ce qu'il avait pensé jusque là...
Alors qu'elle s'agenouillait avec grâce, devant lui, le jarl d'Estemarch s'aperçut qu'il se trouvait sous le charme. Alors, cette jeune fille aux cheveux d'or, et aux yeux comme des joyaux, si belle qu'elle coupait le souffle... c'était ce "roi" porteur d'une épée légendaire et qui terrassait les draugr et les brigands dans tout le pays ?
- Moi, Artoria Pendragon par le commandement du jarl Balgruuf le grand, je présente devant vous en tant qu'ambassadeur de Blancherive.
Ulfric se racla la gorge.
- Relevez-vous, dame Pendragon. J'ai entendu dire que vous avez tué le dragon qui a attaqué Blancherive.
- Non, seigneur. Le dragon Mirmulmir a été tué par sire Lancelot du lac.
D'un geste élégant, la jeune femme désigna le chevalier en armure noire, debout à sa gauche.
- Pourtant, tous disent que vous avez absorbé l'âme du dragon.
- Exact, seigneur. Cependant, je n'ai pas tué Mirmulmir.
- Je vois... Alors que me veux Blagruuf ?
S'inclinant profondément, Artoria présenta, la hache d'acier décoré de motifs nordiques qu'elel portait à la ceinture que lui avait remise le jarl de Blancherive. Ulfric eut un sourire étrange... triste ? Joyeux ? Les deux peut-être...
- Oh ? Alors voilà sa réponse. Ahhh... vous êtes bien courageuse pour vous présenter à moi en me demandant de choisir entre la guerre et la paix.
Il laissa planer un moment de silence, conscient que tous ceux qui l'entendaient parler retenaient leur souffle.
- Quel dommage que vous ayez choisi le mauvais camp. Vous pouvez ramener cette hache à celui qui me l'a envoyé. Et dites-lui qu'il doit se préparer à amuser... des visiteurs. Je prévois qu'il y aura beaucoup d'excitation dans la cité de Blancherive dans le futur proche.
Artoria accrocha la hache à sa ceinture.
- Vous croyez vraiment que vous soulever contre l'Empire rendra aux Nordiques leur gloire passée ? Est-ce que cela vaut tout ces morts ?
Ulfric frappa l'accoudoir de son trône.
- J'ai montré à mon peuple ce qui se passe lorsque nos jarls boivent le lait de l'Empire, il nous rend faible. Je dois à présent leur rendre notre force. Il n'y a pas de progrès sans sacrifice. On ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs. L'Empire et les jarls qui soutiennent la décadence actuelle doivent être chassés. Le peuple le demande, je le demande.
Le Roi des Chevaliers toucha Caliburn
- Seigneur Ulfric, cette épée vous arrêtera..
- Oh ? Vraiment... Nous rencontrerons tous notre fin. Néanmoins, les habitants de Bordeciel ont vu la vérité et ils ne feront pas demi-tour.
- Nous nous reverrons bientôt, jarl Ulfric.
- Plus tôt que vous le pensez, dame Pendragon.
Alors que les trois chevaliers et la magus quittaient la pièce, Ulfric soupira.
- Vous aviez raison, Galmar.
- Encore, répliqua l'intéressé.
- Je ne suis pas d'humeur à plaisanter.
Galmar croisa les bras sur sa poitrine.
- Donnez-en l'ordre et Blancherive est à vous.
- Blancherive n'est qu'un moyen, pas une fin.
- J'ai fait le tour de nos camps. Nous sommes prêts, Ulfric... quand vous le serez.
Le Jarl s'assombrit encore.
- Est qu'un homme digne de ce nom peut-être prêt à donner un ordre qui conduira à la mort de tant d'innocents ?
Les mots frappèrent Galmar. En dépit de la propagande impériale qui faisaient d'eux des méchants, sacrifiant les masses pour le pouvoir, les dirigeants des Sombrages croyaient vraiment dans les idéaux qu'ils défendaient.
- Non. Mais si un homme peut - et doit- donner cet ordre, c'est vous, ulfric. Vous avez déjà été cet homme avant, et vous le serez encore.
D'une main, Galmar désigna les gardes, aux portes et autour du trône, revêtus de l'armure de la châtellerie d'Estemarche.
- Tous ces hommes et ces femmes - qui s'appellent eux-mêmes "Sombrages"- croient en vous. Ils sont les plus durs, les plus résistants fils de putes que Bordeciel peut offrir. Et ils le veulent autant que vous. Peut-être même en ont-ils plus envie que vous.
- Vous êtes certain qu'ils sont prêts ? La ville de Blancherive doit être remplie des hommes de Balgruuf et de Légionnaires. Les murs de cette ville sont vieux, mais ils sont toujours debout.
- Nous sommes prêts. Et je susi peut-être vieux moi-même mais j'abattrais moi même ces remparts à coup de pieds, si vous me le demandez.
La réplique fit brièvement rire Ulfric.
- Et je suis sûr que vous y arriveriez. Très bien... nous allons le faire.
- Oui !
Le cri jubilatoire de Galmar électrisa les hommes présents.
- Envoyez l'ordre : " Un nouveau jour se lève sur Blancherive".
- Oui, et les fils de Bordeciel l'accueilleront de leurs dents et de leurs épées éblouissantes.
-Alors cela commence...

Entendant une clameur et le vacarme des armes et des boucliers entrechoqués, Artoria s'arrêta un instant pour regarder en direction du Palais des Rois.
- Alors cela commence...

_________________
Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots. William Faulkner
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Message par Anaxagore le Sam 8 Juin - 9:14

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---Âtrefeu, 9e jour, 4E 201---

Par les portes ouvertes de Blancherive, entraient plusieurs cohortes de la Quatrième Légion. À leur tête, le légat Quentin Cipius avançait à cheval. Il précédait de quelques longueurs les cinq tribuns qui formaient son état-major. Ces officiers supérieurs portaient une cuirasse segmentée sur une tunique du plus beau rouge. Sur leurs protège-poignets, on discernait l'emblème de l'empire, un dragon dont les ailes formaient un losange. Ils avaient également un casque orné d'une crête métallique.
Ils devançaient un bloc compact formé par la musique militaire, avec buccins, trompettes et tambours. Seuls ces derniers jouaient, cadençant le pas des sept mille soldats qui sonnaient sur le pavé.
Au premier rang des joueurs, l'aqualiferi brandissait l'enseigne de la légion, un dragon d'or serrant la foudre entre ses pattes. Le vétéran qui assurait cette tâche sacrée se drapait dans la dépouille d'une panthère. Sa tête recouvrait son casque, et la peau des pattes étaient nouée sur sa gorge.
Enfin apparurent les légionnaires proprement dit. La Première Cohorte - sous les ordres du centurion primipile Hadvar - avançait en tête. Trois officiers : l'intendant, le sonneur de buccin, le signiferi (porteur de d'enseigne) précédaient les hommes en marche.
Chaque centurie formait un rectangle de quatre hommes de front sur dix-neuf rangs. Les légionnaires corsetés d'acier tenaient un grand bouclier en forme de diamant au bras gauche. En bois d'érable ce dernier se voyait renforcé par une applique métallique représentant un dragon. Dans chaque cohorte l'armement était homogène. La Première combattait avec une épée large dont la lame ressemblait à une feuille de laurier.
Les centurions marchaient à côté des 76 hommes dont ils avaient la charge, houspillant les traînards, sans hésiter à se servir du bâton noueux qu'il tenait en main. Ils faisaient régner une discipline de fer dans la Légion.
Il s'agissait d'un spectacle qui saisissait le cœur. La plus grande partie des habitants de Blancherive ne voulurent pas le manquer. Aussi, les citadins se rassemblèrent dans les venelles proches ou sur le pas des portes. On voyait deux types de visage dans cette foule. Certains acclamaient les légionnaires. Il y eut même des femmes pour leur jeter des fleurs. D'autres montraient colère, résignation ou inquiétude.
Si les jarls prenaient parti pour l'Empire ou les Sombrages, les opinions restaient divisées au sein de la population de chaque châtellenie.
- Pas à dire, c'est un sacré spectacle.
Appuyé sur la rambarde de la terrasse couronnant la caserne, celui qui venait de parler s'appelait Okulad, un garde portant un casque d'écaille à corne. Il semblait admiratif. Ce qui n'était pas le cas de son voisin. Il se vêtait de la même armure et du même plaid vert, mais avec un heaume complet.
- Dommage que ces buveurs de lait ignorent tout du vrai courage nordique. Sans leurs belles armures, ce ne sont que des commerçants...
Cela fit rire le troisième garde assistant au défilé impérial.
- Tu sais, Sirgar, la Quatrième Légion a été levée en Bordeciel. Au moins la moitié des légionnaires sont des Nordiques. D'ailleurs, presque tous les auxiliaires ont été recrutés localement.
L'homme désigna la cohorte suivante, une unité indépendante composée de recrues. Les hommes adoptaient la même formation que leurs prédécesseurs. Toutefois, seuls les officiers, les centurions et les Signiferi avaient des armures d'acier. Les autres devaient se contenter de tuniques de peau tannées, bien moins coûteuses. Les plus chanceux avaient reçu des armures munies de renforts d'épaules faits de mailles qui les protégeaient bien des coups de tranchant. Hélas, nombre de cuirasse en étaient dépourvues. Leurs boucliers comme leurs casques utilisaient aussi le cuir.
- Tsss... Quant on pense que toute la Légion Impériale était en armure d'acier avant la Crise d'Oblivion.
- Oui, Drogmar, mais à l'époque ce sont des gardes de ville qui ont livré et remporté la bataille de Bruma.
- ... dirigés par le prince Martin Septim et le Héros de Kvatch !
- Tout le monde sait cela ! Effectivement, on vit une époque bien petite. La lignée des Septim s'est éteinte, l'empire s'est réduit à quoi ? Cyrodiil... Haute-roche et la moitié de Bordeciel ?
- Et les deux dernières provinces sont en proie à des troubles..." Okulad baissa la voix " satanés Thalmors".
Sirgar n'avait pratiquement pas écouté Okulad et Drogmar. Radieux il montra les cavaliers qui entraient à présent. Munis de la même armure d'acier que les légionnaires vétérans, leurs visages restaient complètement invisibles sous le heaume complet qui les coiffait, ne laissant qu'une fente grillagée pour la respiration, et deux ouvertures pour les yeux. Un cimier de crins de cheval achevait de les rendre impressionnant. La cause de l'enthousiasme du garde chevauchait au premier rang, tête nue.
- Rikke !
Comme la foule reprenait son nom, le légat leva la main pour répondre aux acclamations.
- Voilà une authentique héroïne ! Couverte de gloire pendant la Grande Guerre et un vrai chef qui combat au premier rang. Exactement ce qu'il nous faut pour gagner la prochaine bataille.
- Sirgar, on a mieux ici, dans ces murs !
Le colosse nordique se tourna vers Drogmar d'un air vaguement septique... Bien que son heaume masqua ses traits.
- Qui ?
- Artoria Pendragon.
- Quoi, sérieusement ? ! C'est une petite fille !
- Mais un Enfant de Dragon !
- Non !
- Si !
Okulad s'interposa entre ses deux collègues.
- Quoi qu'il en soit, le jarl l'a fait thane et j'ai entendu notre seigneur discuter avec Hrongar et Iriileth de lui donner le commandement d'une section des murs.
Sirgar renifla de mépris.
- J'espère que je ne serais pas sous ses ordres.
- Pour la centième fois, je l'ai vu absorber l'âme de ce dragon à la tour de guet ouest, je l'ai aussi vu Crier et brandir une épée auréolée de lumière dorée. C'est un héros ! Et bien moi, je suis volontaire pour combattre une nouvelle fois à ses côtés.

Dans la salle du trône, le jarl Balgruuf siégeait entre Irileth - son huskarl- et le chambellan Proventus Avenicci. Il faisait face au légat Cipius qui venait d'arriver. Ce dernier frappa du poing sur son cœur.
- Salut à vous, jarl Balgruuf, je vous apporte les compliments du général Tullius.
Balgruuf le Grand se renfrogna légèrement, son antipathie pour le général impérial était un fait connu de tous.
- Bienvenue à vous, légat. J'espère que vos hommes sauront se rendre utiles.
- N'en doutez pas. J'ai déjà des instructions du général Tullius pour le positionnement de mes troupes.
Comme Proventus lui transmettait le rouleau de parchemin, le jarl y jeta un coup d'œil, avant de faire la moue.
- Vous n'entendez tout de même pas que nous appliquions ce plan sans discuter ?
- Bien sûr que non, jarl Balgruuf. C'est votre ville. Il s'agit juste d'une suggestion... faite par un grand tacticien. Le but est de limiter vos pertes, comme les nôtres.
- Vous assumez le commandement, à ce que je vois.
- Rikke tiendra la porte principale avec 2 400 hommes. Vous assurerez la défense des murs avec 3 400 autres, dont des légionnaires placés sous votre commandement. Je dirige les réserves générales - 4 500 hommes - depuis Fort-Dragon.
Balgruuf se tourna vers le Roi des Chevaliers, toujours entourée par Rin, Gawain et Lancelot.
- Thane Artoria vous tiendrez la section des murs entre Forgeciel et les troupes d'Irileth qui de leur côté feront la jointure avec celles de Rikke. Je commanderais les réserves locales, en retrait derrière vous.
Beaucoup de personnes présentes regardèrent la petite femme avec curiosité. Il était visible que certains s'attendaient à la voir paniquer ou montrer un enthousiasme juvénile. Au contraire, Gawain eut un mince sourire... Au cours de sa vie, le chevalier avait rencontré deux types de personnes : ceux qui respectaient son roi... et ceux qui avaient été forcés de le respecter.
S'inclinant légèrement, parfaitement calme, Artoria fit face à Balgruuf.
- Combien d'hommes seront placés sous mon commandement, mon jarl ?
- Une bannière, un millier d'hommes, plus une centurie d'archers de la Légion.
- Uniquement de l'infanterie ?
- Oui, je garde les cavaliers pour une contre-attaque éventuelle.
Artoria reprit la parole, sa voix douce gainait de l'acier.
- Je veux pouvoir rencontrer au plus tôt les officiers, pourriez-vous leur dire de me rejoindre à la Forgeciel ?
Comme le jarl acceptait, un peu surpris de recevoir des ordres au lieu d'en donner, le Roi de Bretagne posa une main sur sa poitrine, dans un geste reflétant une grande confiance en elle.
- Sur ce, permettez que je me retire. Le temps est notre ennemi. Je ne peux différer l'inspection de la section de rempart qui m'a été confiée.
Plusieurs des spectateurs clignèrent des yeux. Ils ne s'attendaient absolument pas à ça... Les questions précises de la "petite fille", son regard tactique, la rapidité de prise de décision, leur parfaite adéquation avec la situation... On aurait juré entendre un centurion vétéran !

La section de rempart, derrière la salle d'hydromel des Compagnons, comportait deux tours... Ou plutôt ce qui en restait : des squelettes sans toit ni planchers intérieurs, les murs ne s'élevant pas plus haut que le rez-de-chaussée. Comme ailleurs, les murailles entourant la ville étaient éboulées. Le chemin de ronde et les créneaux avaient disparu.
- Sire Gawain, notez qu'il nous faut des échelles, des troncs équarris, des liens de cuir, des clous et des outils. Hum ? On pourrait peut-être aussi installer des pièges sur la pente...
Le chevalier du soleil, à présent revêtu d'une armure de plate brétonne d'un beau rouge, nota scrupuleusement les instructions de son roi. Rin eut un de ces sourires maléfiques dont elle avait le secret.
- La sueur épargne le sang ?
- Exactement. Tu as lu La guerre des Gaules ?
- Non, mais tu penses au siège d'Alesia,
Artoria répondit d'un simple hochement de tête.
- Sauf que, cette fois, ce sont les assiégés qui vont semer des pièges.
Rin eut une mimique surprise.
- De ta part, je m'attendais plutôt à une charge de cavalerie épée au clair.
Son amie répondit d'un mince sourire, émulant celui de la magus, un peu plus tôt.
- C'est mal me connaître. Ma plus grande victoire, à Badon Hill, était en défense d'une place assiégée.
Des bruits de voix firent se retourner les membres de leur petit groupe. Dix hommes en armure de garde, et un centurion en corselet d'acier s'avancèrent vers eux. L'un des nouveaux venus prit la parole d'un air maussade.
- Nous sommes à vos ordres, thane Artoria.
Les yeux de la femme chevalier parcourent les officiers qui venaient de lui être assignés. Elle avait commandé de nombreuses troupes, souvent rétives, mais savait comment gagner leur pleine attention.
- Très bien, ceux qui ne me pensent pas capable de diriger peuvent avancer d'un pas... ou se taire et obéir.
Trois des Nordiques quittèrent les rangs. Artoria leur sourit et désigna les épées de bois autour des mannequins d'entraînement, derrière la Salle d'Hydromel des Compagnons.
- Très bien, attaquez moi tous ensemble. Si vous gagnez, je vous cède le commandement.
Rin regarda le trio se jeter sur le Roi des Chevaliers pour... ne rencontrer que le vide. Le premier nordique roula au sol, frappé à la tête et au ventre. Artoria bougeait si vite que l'instant d'après le second adversaire s'effondrait à son tour, proprement assommé. Le dernier survivant prit son arme à deux mains et se jeta en avant dans un grand cri... qui s'acheva dans un gémissement comme le chevalier lui envoyait un coup de pied en plein ventre.
Comme aucun membre du tiercé ne montrait plus la moindre réactivité, Artoria sourit en balançant l'épée entrainement sur son épaule.
- Voici mes premiers ordres, sire Gawain va vous transmettre une liste d'équipement à aller chercher. Vous allez me construire une plateforme avec des escaliers pour pouvoir atteindre le sommet du mur. Elle servira de base à une palissade qui protégera nos tireurs de l'ennemi.
L'homme qui se tenait l'estomac eut encore la force de glapir, d'une voix étranglée :
- Nous sommes des guerriers, pas des ouvriers...
- Vous n'avez pas le choix. Comment comptez-vous défendre les murs sans vous tenir à leur sommet ?
Le centurion impérial approuva.
- Dans la Légion on apprend autant à manier la hache du charpentier que l'épée. J'ai l'habitude de ce genre de travaux.
- Dans ce cas, vous et vos hommes vous chargerez de cela. Prenez également des volontaires parmi les gardes de Blancherive. Presque chaque village de Bordeciel a une scierie, il doit bien y avoir des gardes qui y ont travaillé.
- À vos ordres !
- Vous !
Elle désigna un garde.
- J'ai besoin, de six grands chaudrons, d'huile, de bois de chauffe, de sable et de plomb. Vous ! Il faut faire fabriquer vingt fourches à deux dents, avec des hampes de deux mètres. Vous ! Il faut faire tailler des pieux de bois de la taille d'un avant-bras, il faudra durcir les pointes au feu. Vous ! Allez voir Adrienne, à la forge, commandez lui un maximum de pieux de fer de la longueur d'une main.
Les hommes désignés s'égayèrent pour exécuter les ordres qu'ils avaient reçu.
- Tu vois, je te l'avais dit Drogmar, un héros.
Lequel eut un sourire peine en passant devant Sirgar, qui se tenait toujours le ventre. Ce dernier releva la tête comme une ombre tombait sur lui.
Gawain s'inclina une main sur le cœur.
- Mon roi a eu la bonté de vous montrer votre erreur, vous devriez vous efforcer d'y remédier, plutôt qu'écouter votre orgueil. Il n'y a aucune honte à être vaincu par meilleur que soi. Par contre, refuser de l'admettre est une indignité.
Comme tout le monde s'affairait, Rin se sentit inutile... Se frottant le menton, elle réfléchit. Oh... bien sûr.
- Artoria, je pense pouvoir t'aider.
Le Roi des Chevaliers la considéra en instant.
- Merlin m'a appris que la magie était rarement utile dans une bataille... à par la divination, pour prévoir les mouvements ennemis.
- La magie... non je pensais à l'alchimie.
Comme Artoria levait un sourcil interrogateur, Rin lui fit son sourire le plus innocent.
- Tu n'as jamais entendu parler de feu grégeois ? Si je peux enrôler Farengar et Arcadia, à nous trois on devrait pouvoir produire des mélanges incendiaires qui feraient merveille.


---Âtrefeu, 11e jour, 4E 201---

Groupés autour d'un plan de Blancherive, les officiers chargés de sa défense écoutaient attentivement le légat Cipius détailler l'état actuel des défenses.
- ... donc, nous avons terminé d'élever une palissade à l'ouest et au nord de la barbacane pour remplacer la muraille effondrée. Une barricade de pieux ferme les portes. Dame Pendragon, de votre côté ?
Artoria suivit du doigt les contours de la ville.
- Il est impossible d'attaquer la ville à l'est ou entre le nord et le nord-ouest. Le rempart s'élève au sommet du rocher sur lequel est bâtis Fort-Dragon. À part à proximité des portes, on a entre quatre et quinze mètres de falaise à pic. Ce n'est qu'ci, entre l'avant-porte et la Forgeciel, à l'est et au sud-est, que l'ennemi peut nous assaillir. Irileth et moi avons renforcé d'une palissade les murs éboulés de la ville et rehaussés les tours d'ouvrages de bois. En avant, nous avons semé des pièges.
Balgruuf haussa un sourcil :
- Des pièges ?
- J'ai fait planter trois séries d'obstacles sur les pentes de la colline de Blancherive. Le cercle le plus à l'extérieur est constitué d'aiguillons. Il s'agit de courtes pointes de fer dissimulées dans les hautes herbes. Ensuite, il y a de classiques chausse-trapes, des trous coniques agrémentés d'un pieu. En dernier lieu, nous trouvons les ceps. Nous avons tout simplement replantés des arbustes au pied de la muraille. Toutefois, toutes les branches ont été taillées en pointes. Vu la pente, nous n'avons à nous attendre ni à l'utilisation de tours de siège, ni à celle de béliers. Les Sombrages devront prendre les murs avec des échelles... cette forme d'assaut est très coûteuse.
Balgruuf se tourna vers Cipius.
- Combien d'hommes Ulfric a-t-il rassemblé ?
- Près de quarante mille.
- Ils sont presque quatre fois plus nombreux que nous !
Cela n'impressionna pas le légat.
- Il s'agit d'un rapport de force classique dans une guerre de siège.
La discussion se trouva interrompue par un légionnaire à bout de souffle. Il avait probablement couru depuis les remparts.
- Chef ! Je... J'ai...
Privé de souffle par l'ascension des longs escaliers, il semblait bien en peine de parler. Agacé, le légat Cipius lui fit signe de patienter. Son arrivée inopportune troublait le conseil de guerre, il leur restait beaucoup de points à régler. - Prenez le temps de reprendre votre souffle, soldat. - Mais... chef... - Respirez ! Le jarl Balgruuf s'appuya des deux mains sur le plateau de la table, considérant la carte.
- Les murs extérieurs sont résistants, si nous pouvions les contenir là-bas... Cipius secoua la tête.
- Ils ont des catapultes. Le jarl de Blancherive considéra un instant son vis-à-vis avec horreur, avant de se mettre à rugir :
- Bon sang. Où ont-ils trouvé des catapultes ? Les murs de la ville sont déjà assez fragiles comme ça. Rin, debout derrière Artoria, sourit de la contradiction de Balgruuf. On ne le surnommait pas "Le Grand" à cause de sa taille, mais du fait de son arrogance. La réalité se chargeait bien trop souvent de lui faire ravaler ses forfanteries. Les murs extérieurs "résistants" que venaient de vanter le jarl consistaient en fait en un rempart victime de siècles d'abandon...
Au contraire, le Roi des Chevaliers ne souriait pas, trop consciente que Tullius avait largement sous-estimé les Sombrages. Quarante mille hommes et des catapultes... elle se demanda si le général pensait encore avoir affaire à une simple "opération de police". - D'après mes éclaireurs, ils les chargent de feu.
Cela rendit au jarl sa capacité de réflexion.
- Alors, Ulfric veut s'emparer de ma cité intacte.
- Je comprends, intervint Artoria.
Comme ses deux chefs la considéraient avec curiosité, elle mit un doigt sur le plan. - Les Sombrages ne peuvent faire durer le siège car ils offriraient l'occasion au général Tullius de les frapper à revers. Ils ne peuvent pas non plus se permettre de détruire les remparts. Car, sans eux, Blancherive deviendrait indéfendable. Ils vont donc bombarder la ville pour nous affoler et nous disperser. Pendant que les gardes quitteront leur poste pour mettre à l'abri leurs familles, les Sombrages attaqueront, en force, la porte et les murs.
Cipius montra des nerfs d'acier.
- Mes hommes combattront dans les flammes. De son côté, Balgruuf afficha son habituelle suffisance.
- Mes hommes n'ont peur de rien. Ce sont ces Impériaux buveurs de lait qui m'inquiètent. - Si vous préférez, je peux partir avec mes hommes. - Non. Bien sûr que non. C'est juste que... je compte sur vous, Cippius. Nous devons mettre en place des brigades de combattants du feu. - C'est déjà réglé. - Les Impériaux sont efficaces, je dois l'admettre. Combien de temps avant leur arrivée ?
Cette remarque sembla rappeler à l'estafette pourquoi elle avait couru jusqu'ici : - Chef ! Cipius négligea son intervention.
- Pas longtemps, ils se cachent dans la campagne. Une nouvelle fois, Balgruuf éclata de colère.
- Bon sang, qu'est-ce qu'Ulfric attend ? - chef ! Cette fois, Cipius se tourna vers le soldat :
- Quoi ? - Chef, ils sont en marche. Ils seront aux portes d'un instant à l'autre ! - Pourquoi ne l'avez-vous pas dit tout de suite ?! - J'ai essayé, chef. Balgruuf sourit. Il s'agissait d'un vrai Nordique, et la passion de la bataille l'habitait déjà.
- Le moment est venu, nous allons voir ce que valent ces Sombrages. - Les hommes sont déjà rassemblés aux portes.
Cipius se retourna vers le messager :
- Allez Soldat. Passez le mot. Allez. Allez. Artoria s'approcha du légat pour demander ses ordres. Ce dernier la considéra avec gravité.
- Les Hommes de Sombrage sont venus en force. Rendez-vous sur le front. C'est le moment décisif. Nous devons protéger la ville. En avant ! Alors qu'elle courait dans les escaliers, la jeune femme entendit encore Balgruuf jurer : "Qu'Oblivion les emporte. Tous, jusqu'au dernier".
Dans les rues de Blancherive régnait la panique la plus totale. Des habitants courraient en tout sens au milieu de soldats impériaux et de gardes de la ville, épée en main. Des boulets de pierre recouverts de poix enflammée s'abattaient par instant parmi les maisons, communiquant le feu aux toitures de chaume. Des chaînes humaine composés de légionnaires s'activaient à puiser de l''eau aux fontaines et la jeter sur les incendies qui s'élevaient déjà de toute part. - Les rebelles seront là d'une minute à l'autre, rentrez chez vous !
Arrivée près de la statue de Tiber Septim, Artoria s'aperçut que Rin Tohsaka l'avait suivie. Elle lui posa une main sur l'épaule.
- Rin, tu ne dois pas m'accompagner plus loin. Un magus n'a pas sa place sur un champ de bataille. Tu n'es pas une guerrière, et je ne souhaite pas que tu t'exposes. Tu as déjà fait ce que tu pouvais pour nous aider, je t'en suis reconnaissante.
Au cours de sa préparation aux Guerres du Graal, la jeune mage avait appris la même chose. Lorsque les Servant se battaient, le rôle des Master se résumait aussi au soutien.
- Je... d'accord. Mais... tu... tu... reviens... après.
Comprenant qu'elle se donnait en spectacle. La Japonaise s'empourpra et s'éloigna pour masquer sa gêne. Elle se retourna cependant, arrivée aux premières marches de l'escalier conduisant à Fort-Dragon :
- Tu as intérêt à revenir, car sinon, je te jure que je te retrouve dans l'autre monde et que je te tue une seconde fois !
Le pire était que le Roi des Chevaliers ne jugeait pas la chose impossible. Il s'agissait de Tohsaka, après tout.
Les épaules d'Artoria tressautèrent, à la plus grande surprise de Gawain qui se demanda ce qui arrivait à son roi. Ce ne fut qu'en entendant un son étouffé qu'il comprit... elle riait. Depuis combien de temps ne l'avait- il pas entendu rire... il réfléchit comme ils pressaient le pas. Et soudain, il réalisa... jamais... jamais le roi Arthur n'avait ri... ou dansé...
Gawain sentit une profonde gratitude l'envahir.

Les gardes de Blancherive arrêtaient les petits voleurs, ils combattaient parfois les brigands, les loups... Ils n'avaient pas signé pour participer à une guerre. Sur le chemin de ronde, à l'abri de la palissade, ils serraient convulsivement leurs armes, les phalanges blanches. Certains tremblaient.
En contrebas, les archers légionnaires tenaient leurs arcs en main, prêts à tirer.
Les murmures qui parcouraient la troupe montèrent d'une octave comme Artoria franchissait leurs rangs, encadré par les deux impressionnants chevaliers qui l'accompagnaient partout.
Elle gravit l'escalier conduisant au sommet du rempart puis se retourna, contemplant ses hommes.
- Soldats ! Du sort de cette bataille dépend plus que vos vies. Vous êtes l'épée et le bouclier qui protège les habitants de la châtellerie... et l'Empire. Si nous perdons, Ulfric s'emparera des ressources de Blancherive. De ses forges et de ses mines pour fabriquer des armes, de ses champs pour nourrir ses soldats. Il pourra obtenir de nombreux ralliements parmi la population. Depuis, Blancherive on peut aisément frapper au cœur de toutes les châtelleies loyales à l'Empire, exception faite d'Haafingar. Partout ailleurs, plus personne ne sera plus en sécurité. La guerre s'invitera dans les foyers et les légionnaires impériaux ne seront pas assez nombreux pour défendre chaque village, chaque ville, chaque place-forte. Si vous laissez passer les Sombrages... la guerre sera perdue. Regardez !
Du doigt, Artoria désigna un boulet incendiaire qui vint s'écraser sur une maison proche.
- Voilà Ulfric. Il attaque une ville peuplée de femmes, d'enfants, de vieillards, en semant la mort et l'incendie parmi les innocents. Vous ne voyez pas là un accident malheureux, mais bien sa stratégie. Lorsque j'ai rencontré Ulfric Sombrage, pour essayer de trouver une issue diplomatique, il a défendu sa position en disant "On ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs". Les "œufs" vous l'avez compris, ce sont vos familles. Quel est leur crime ? Vivre dans la pacifique Blancherive où le culte de Talos reste prêché jusque dans les rues, en violation du traité de l'Or Blanc ? Résider dans une ville qui voulait rester neutre dans ce conflit qu'Ulfric lui a imposé ? Alors croyez-vous vraiment qu'Ulfric mène sa rébellion pour protéger les Nordiques et les fidèles de Talos ? !
Un concert de protestation lui répondit.
Artoria acquiesça et dégaina Caliburn, la pointant vers les lignes ennemies.
- Bien, ce n'est pas moi que vous devez convaincre, mais bien l'ennemi. Les mots ont déjà échoué avec eux ! Alors que vos armes deviennent vos arguments. À la bataille !
Un formidable cri lui répondit, poussé par plus de mille gorges.
On sous-estimait souvent la compétence "charisme". On la voyait comme un simple moyen d'obtenir le soutien, ou de convaincre. Artoria Pendragon la possédait au rang B. Dans la bataille, elle lui permettait d'insuffler courage et résolution... mais aussi une véritable adulation pour sa personne. En un court discours, le Roi de Chevalier venait de créer une troupe prête à mourir pour elle.

On entendait un formidable martèlement. Des milliers d'armes que l'on frappait sur des boucliers. Des chants de guerre planaient sur le champ de bataille. On entendait des fragments :
" Fils de Bordeciel, combattez sans répit.
Jusqu'à ce que Sovngard vous accueille en sa nuit.
Aux jours à venir, à ceux qui ne sont plus.
Le temps de l'oppresseur est bientôt révolu.
Nous chasserons l'Empire, nos droits reprendrons
Par le fer et l'acier, chez nous reviendrons
Gloire à toi Ulfric, gloire à toi haut-roi... "
C'était une véritable marée humaine qui s'avançait vers Blancherive, un océan sur lequel battaient des étendards bleus ornés de la tête d'ours d'Estemarche. Réunis en un vaste arc de cercle, ils montaient vers les remparts; ici et là, on discernait des équipes portant des échelles.
- Attendez !
Aroria fit signe aux archers de rester calme, de ne pas céder à l'impatience.
- Attendez !
Il fallait attendre le bon moment. Artoria avait fait des tests de tir et trouvé la portée maximum des arcs.
- Archer.... paré à tirer.
Elle leva son épée.
- À mon commandement.... feu !
Comme Caliburn sifflait dans l'air, un bloc compact de flèches s'éleva vers le ciel, atteignit l'apex de sa trajectoire pour retomber en pluie. Là bas, les Sombrages avaient arrêté de chanter et tous ceux qui avaient des boucliers les levèrent pour arrêter le vol mortel de plumes d'oies grises qui leur retombait dessus. Des brèches sanglantes apparurent dans les rangs ennemis.
- Seconde salve... Feu !
Des cris de douleur et de terreurs retentirent... Une des échelles tomba à terre et plusieurs dizaines de guerriers se précipitèrent pour remplacer les morts et les blessés.
Il y eut quelques tirs de riposte mais... les arcs des Sombrages étaient inférieurs à ceux des Impériaux. De plus, ces derniers se trouvaient en hauteur, ce qui augmentait encore leur portée. Il fallut attendre la troisième salve pour que des tirs commencent à frapper les créneaux et les tours, se fichant le plus souvent dans le bois des palissades.
Les Sombrages entraient à présent dans la zone piégée et des soldats s'effondrèrent lorsqu'ils posèrent le pied sur un pieu acéré.
La situation était terriblement démoralisante pour les assaillants. Ils avaient déjà perdu beaucoup d'hommes et les défenseurs n'avaient eu quelques poignés de blessés. Il fallait accentuer la panique par mi eux.
- Feu grégeois !
Sur les tours, les ingénieurs de la légion avaient construits de petits pierriers. Ces machines de guerre pouvaient lancer une pierre de 50 kg jusqu'à 200 m. Pas vraiment une arme de siège, mais contre un groupe d'hommes compact, elles pouvaient faire de gros dégâts. Surtout quand on jetait autre chose que des pierres...
Et là, les servants plaçaient dans le sac d'envoi des boules de verre fruit du génie maléfique de Rin Tohsaka. À l'intérieur, on pouvait voir une sorte de... mayonnaise pâteuse ? Battant un briquet, un artilleur alluma un chiffon imbibé d'essence qui plongeait dans le mélange.
Les sphères filèrent dans l'air, retombèrent, et se brisèrent au milieu des rangs ennemis, aspergeant les Sombrages de leur contenu collant. Un instant plus tard, tout prenait feu... les changeant en torches. Affolés, certaines d'eux eurent le réflexe de courir vers la rivière. Sauf que le feu grégeois (ce qui veut dire feu grec, en vieux français) avait la particularité de brûler même sous l'eau ! Sur Terre, cette redoutable invention des alchimistes byzantins avait garanti l'invulnérabilité de leurs flottes pendant plusieurs siècles. Jusqu'à ce que son secret soit perdu...
Le courage des Nordiques ne faisait pas figure de vain mot. En dépit de l'emploi de cette arme épouvantable, peu de guerriers paniquèrent. En trois points du secteur sous le commandement d'Artoria, on commença à dresser des échelles.
Des sortes de fourches à long manche servaient à les culbuter. Un défenseur, tenant l'outil, capturait le dernier barreau de l'échelle puis poussait pour la faire retomber. Cela n'empêcha pas une douzaine d'entre elles de se retrouver en position. Leurs boucliers levés au-dessus de la tête pour dévier les pierres que les assiégés leur jetaient, les Sombrages montaient l'un après l'autre. Nonobstant qu' Artoria conservait encore quelques atouts.
- Le sable, le plomb, l'huile.
Depuis le début du combat plusieurs grandes marmites chauffaient. Leur contenu avait de quoi infliger des cauchemars.
Lorsqu'un des chaudrons fumants fut renversé sur la tête des assaillants, des cris horribles s'élevèrent. Plomb fondu et huile bouillante brûlaient horriblement.
Le sable se voyait plus rarement utilisé. Porté au rouge, chaque grain dans la main du vent pouvait enflammer les vêtements ou infliger des cloques douloureuses.
Pièges, feu grégeois, flèches et huile bouillante n'empêchèrent pas les Sombrages d'arriver en haut des murs et de sauter au milieu des défenseurs. La grande tuerie commença alors réellement.

Blancherive se trouvait noyée dans des écharpes de fumées. L'air sentait l'incendie. Les combattant toussait, leurs poumons irrités, leurs yeux larmoyants. Les Sombrages avaient pris la barbacane et on se battait férocement autour du pont-levis criblé de flèches. Qu'il s'abaisse et la cité tombait...
Les combats duraient depuis des heures, indécis.
Dans le secteur d'Artoria. Un pan de mur avait un temps était capturé par les Sombrages avant d'être reconquis par une attaque soutenue par les archers de la Légion. Ces derniers avaient tiré sur les ennemis sur le chemin de ronde tandis que les alliés, conduits par sire Gawain contre-attaquaient aux deux extrémités.
Quant au Roi des Chevaliers, il combattait avec sa dextérité habituelle. Toute tête qui se présentait au-dessus des remparts sautait des épaules de son propriétaire. Entre ses mains, Caliburn semblait avoir été plongé dans la peinture rouge jusqu'à la garde. En dépit de son endurance, la femme chevalier haletait.
Un cri s'éleva de la section de muraille voisine :
- RRRrrrrrrrrrRRRRrRR !
Une grappe de Sombrages hurlant retomba dans le vide comme une échelle explosait. La présence de sire Lancelot terrifiait les ennemis... comme les alliés. En conséquence, il combattait le plus souvent seul... de toute façon, il n'avait pas l'esprit d'équipe ni le besoin de partenaires.
Sa section de mur tenait, même si sa bannière avait subi de lourdes pertes depuis le début de la bataille. Balgruuf ne lui avait envoyé que deux cent hommes de renfort. Il faut dire qu'une importante tête de pont sombrage s'étendait lentement dans le secteur d'Irileth. Le jarl consacrait tous ses efforts à la contenir.
Du point de vue des assiégés, le carnage avait sombré depuis longtemps dans une sorte de routine. On tuait, on s'abritait des flèches, on tuait et on recommençait. Pourtant, de manière insensible, la bataille tournait en leur faveur. La raison ne pouvait être plus simple... les Sombrages mourraient plus vite et en plus grandes quantités que les alliés qui leur faisaient face. Lentement, la masse sur un des plateaux de la balance diminuait...
Souvent, il suffisait d'une action décisive pour que la bataille soit remportée.
De tous les chefs des deux camps, Rikke portait le poids le plus lourd : Défendre la porte.
Depuis la capture de la barbacane, pratiquement au début de la bataille, la situation avait tourné au bras de fer. Les Sombrages ne pouvaient attaquer que sur un périmètre réduit que quelques hommes suffisaient à défendre.
Les uns succombaient en montant à l'assaut. Les autres périssaient sous les flèches oui par le glaive en protégeant le corps de garde où se trouvait le treuil qui commandait au pont-levis. Un simple levier à abaisser suffirait à faire perdre la bataille aux Impériaux...
La raison du légat la poussait à défendre coûte que coûte ce levier ridicule. Toutefois, alors que les heures passaient, une idée irrationnelle avait germé.
Plus de gens mourraient pour ce maudit levier et plus la tentation de l'abaisser elle-même la taraudait.
Et les Nordiques écoutaient leur cœur...
Lorsque le pont-levis s'abattit bruyamment, les Sombrages eurent un instant de joie... un bref instant, parce que la sonnerie des trompettes l'éteignit.
À la tête de sa cavalerie, le légat Rikke tentait une sortie !
La surprise se révéla total, les Sombrages de la barbacane se retrouvèrent balayés en un instant, disparaissant sous les sabots des chevaux, transpercés par les lances d'arçon de leurs cavaliers. Sans s'arrêter en si bon chemin, le légat pressa l'attaque, frappant là, jetant les Sombrages dans la panique et la déroute, puis ici où elle écrasa une troupe qui se portait à sa rencontre.
De la porte ouverte, sortaient à présent les soldats d'Hadvar, en armure lourde, ils massacrèrent les survivants des troupes écrasés par Rikke, suivant leur cheffe alors qu'elle chargeait la bannière suivante.
Dans une bataille, l'élément primordial est de nature psychologique.
Tant que les combattants croient pouvoir l'emporter, ils se battent, ils montent à l'assaut. Dans le cas contraire, ils fuient ou se rendent.
Là, on avait une forteresse qui résistait opiniâtrement. Les cadavres s'empilaient en pur perte sans que l'on arrive à avancer. Cependant, les Sombrages gardaient l'espoir que leur ennemi souffrait au moins autant qu'eux et que leur persévérance finirait par se voir récompenser.
Sauf que la charge de Rikke venait de bouleverser la donne.
Non seulement, les Impériaux ne cédaient pas mais il leur restait une force suffisante pour contre-attaquer !
Un premier Sombrage lâcha ses armes et se mit à courir et - ici et là- d'autres le suivirent... puis en instant, le phénomène se transforma en hémorragie, se répandant jusque parmi les unités non engagées. Galmar Rudepoing fit alors sonner la retraite. Le seul ordre auquel ses ses troupes épuisées et démoralisés pouvaient encore obéir.
Il fallu encore plusieurs heures pour nettoyer les poches d'irréductibles sur les remparts, cependant la victoire fut accueillis par un formidable cri de délivrance.

Pour beaucoup d'historiens, la bataille de Blancherive fut le tournant de la guerre. Onze mille impériaux et gardes avaient réussi à tenir tête à quarante mille Sombrages. Plus, après l'affrontement, les pertes furent estimées à 3 000 hommes (morts et blessés graves) dans le camp impérial, contre 8 à 9 000 dans le camp d'Ulfric, sans compter 1 800 prisonniers.
La victoire fut essentiellement attribuée à la sortie du légat Rikke, mais l'excellence de la défense orchestrée par le légat Cipius avait réussi à épuiser l'ennemi jusqu'à ce qu'une seule contre-attaque décidée provoque la déroute des assiégeants.

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Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots. William Faulkner
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