Le miracle de la Maison Yamato

Aller en bas

Le miracle de la Maison Yamato Empty Le miracle de la Maison Yamato

Message par Emile Ollivier le Dim 3 Mar - 21:08

Bonjour à tous,

Vous trouviez que la paix dans le Pacifique était un peu une série de rebondissements incohérents ?

Et bien moi aussi.

J'ai donc remis les choses dans l'ordre Wink

Bonne lecture

Alors que les épaves japonaises issues de la bataille de la Mer des Philippines venaient à peine de toucher le fond de l'océan, Churchill et Mandel, revenus inquiets de la Conférence de Moscou d'Avril 1944 (durant laquelle Staline avança ses pions en proposant le partage de l'Europe et montrant clairement ses ambitions territoriales), décidèrent d'entamer sous la direction de leurs ministres des affaires étrangères respectifs, Eden et Paul-Boncour, des pourparlers avec le Japon impérial du Premier Ministre Higashikuni en territoire helvétique (avec laquelle on avait maintenant un accès terrestre après la libération de la France).

En effet, les 2 gouvernements européens étaient décidés à s'appuyer sur un Japon, dont la puissance serait partiellement préservée, dans la future lutte contre Staline et l'URSS, la future « Quasi-Guerre . La lutte contre la Communisme valait bien « d'oublier » les morts de Lang Son et les milliers de prisonniers maltraités…

D'ailleurs, leur sort s'était un peu amélioré depuis la chute et la mort de Tojo.

Cependant, les propositions japonaises étaient exorbitantes et consistaient dans le maintien de l'Empire nippon de 1937 accompagné de quelques arrondissements territoriaux, sans compter l'indépendance des colonies « libérées » par l'armée impériale, ce qui était inacceptable pour les 2 puissances européennes.

La Grande-Bretagne et la France, elles, voulaient faire respecter strictement la déclaration du Caire, qui réduisaient le Japon à sa portion congrue, soit sa Métropole, quoi que De Gaulle ai court-circuité Paul-Boncour en donnant comme instructions aux diplomates français de laisser entendre aux Japonais que les Alliés pouvaient envisager de laisser à l'Empire du soleil levant quelques atolls du Pacifique, comme les Palaos.

En parallèle, imaginant que c'était l'Empereur qui décidait en dernier ressort, les 2 alliés avaient décidés d'un commun accord d'offrir à Tokyo le maintien de l'institution impériale.

Mais tandis que des héros comme les Capitaines Blaison et "Bud" Gruner continuaient le matraquage de la flotte impériale, les Japonais campaient mordicus sur leurs positions démesurées.

Le flot de sang allié que faisaient couler leurs troupes fanatisés, notamment à Peleliu, pouvaient laisser croire aux dirigeants nippons qu'ils finiraient par avoir les Alliés à l'usure.

Mais Tokyo n'avait plus de secrets pour Washington grâce au travail exceptionnel des cryptoanalystes américains et la Maison blanche finit par apprendre les discussions pourtant ultra secrètes entre la France et le Royaume-uni d'un côté, le Japon de l'autre, en Octobre 1944.

Roosevelt, bien qu'affaibli, tança vertement les ambassadeurs français et britanniques, en leur rappelant qu'il n'accepterait rien d'autre qu'une capitulation sans conditions de la part des Japonais tout en sous-entendant que c'était Washington qui était aux manettes au sein des Alliés et, a fortiori, dans le Pacifique.

Reynaud eut beau télégraphier à Paris le signal codé « Il fera bientôt nuit à Tokyo », les négociations n'en continuèrent pas moins… Mais sans que ces dernières n'avancent cependant.

Il fallut l'échec du « Plan de la victoire » et la mort héroïque des équipages des vaisseaux géants Musashi et Yamato (objet d'un véritable culte de nos jours) suivi de la décapitation de Mc Arthur quelques jours plus tard puis des premiers raids sur Tokyo le mois suivant pour que les Japonais changent de position du jour au lendemain et se contentent du maintien de la souveraineté nippone sur l'archipel originel.

Que s'était-il donc passé ?

Le récit de la décision impériale d'accepter la fin de la guerre, tiré des mémoires de Naruhiko Higashikuni (Higushikuni Nikki), qui fut la principale si ce n'est la seule source sur cet épisode, fut confirmé par le travail des historiens lors de l'ouverture des archives américaines liée à la fin de la guerre du Pacifique, en 1994, elle-même issue de la fouille des archives japonaises par les forces d'occupation américaines de l'Amiral Nimitz, en 1944.

Il s'avérait que l'Empereur Hiro Hito Showa était la seule cause du refus nippon des propositions franco-britanniques. Le Mikado, pour appuyer sur ce qui était, dans les faits sa conviction profonde, jouait de l'opposition entre militaires et civils au sein de son cabinet, les premiers tenants d'une résistance à outrance « qui épuiserait les Américains », les autres de l'acceptation de la proposition européenne « avant qu'il ne soit trop tard ». L'Empereur, malin, faisait porter aux militaires seuls le poids de la décision qui amenait aux tombeaux des milliers de malheureux, et, ce, dans l'espoir, qui s’avérera vain, d'un retournement de situation, tandis qu'il gardait, sous le coude, la possibilité d'accepter l'offre transmise à ses émissaires tout en se cachant derrière sa position d'arbitre...

Le Premier Ministre, oncle de l'Empereur au demeurant, qui savait bien que celui-ci était le seul verrou qui empêchait la paix, et que les militaires jusqu'au-boutistes se plieraient à la décision de l'Empereur-dieu, quelle qu'elle soit, décida de profiter du choc du premier bombardement américain sur le Japon, depuis le raid de Doolittle, pour convaincre son neveu d'accepter la proposition franco-britannique.

Lors de cet entretien, Showa fit part à son Premier ministre de sa crainte du « trouble » que causerait chez les militaires une paix non victorieuse. Il explique également du « danger » que courent les membres de la famille impériale du fait de « l'esprit vengeur » des Américains liés à Pearl Harbor et, plus récemment, à la mise à mort du général Mac Arthur. Ce second argument est bien évidemment une menace à peine voilée à l'encontre de son oncle…

Le Premier Ministre rétorque que les conditions de paix seront bien pires si on attend encore quelques mois, que le redressement du pays serait davantage compliqué chaque jour au fur et à mesure des bombardements massifs de l'US Air Force sur l'archipel.

Enfin, Higashikuni s'oppose à la confiance aveugle qu'ont beaucoup de dirigeants japonais dans le Pacte de non agression nippo-soviétique de 1941.

« Staline le balaiera d'un revers de la main dès Hitler liquidé ! Puis ses armées ne se contenteront pas d'occuper le Mandchoukouo et la Corée, elles arracheront à notre pays non seulement Karafuto et les Kouriles mais également Hokkaido voire, le nord d'Honshu ! Tandis que l'horreur de la guerre étrangère touchera pour la première fois le sol sacré du Japon lorsque débutera l'inéluctable invasion américaine !

Mais si Votre Altesse accepte la Déclaration du Caire, l'intégrité du VRAI Japon sera préservée. De plus, l'Empire pourra maintenir son rang de Puissance mondiale au sein de la grande coalition anti-soviétique à venir ! »

La réponse de l'Empereur est révélatrice, il commence à céder !

« J'entends bien vos arguments, M. le Premier Ministre . Ne craignez-vous pas, cependant, la réaction de l'Armée ? »

Hiro-Hito craint donc de subir le même sort que le défunt Amiral Yamamoto.

« La purge consécutive à « l'exécution » du « Maudit » (Tojo) nous a permit de nous débarrasser des éléments les plus extrémistes et déloyaux de l'Armée. Une simple déclaration de votre part, à condition d'y mettre les formes bien sûr, suffira, Votre Majesté. » Répond le Chef du gouvernement nippon avec un sourire intérieur.

« D'accord, mais que faire face à l'esprit de vengeance des Américains consécutif à la mise à mort de Douglas Mac Arthur ? »

« Châtions les coupables, Votre Majesté. Cela devrait favorablement impressionner les Américains, du moins, les plus ouverts d'entre eux, et les Européens nous ont certifiés qu'il y en avait un certain nombre. »

« Très bien Monsieur le Premier Ministre, je pense que cette décision est la plus sage à prendre pour préserver la vie de notre Nation et notre Peuple. Prenons immédiatement contact avec nos représentants à Berne pour informer les Alliés de nos intentions. Quant à vous, je vous charge de tenir une conférence de Presse durant laquelle une question « arrangée » vous permettra de glisser subtilement notre intention d'accepter la Déclaration du Caire afin de leur confirmer notre décision. Quant à ces maudits officiers qui m'ont discrédités, leur tête ne tiendra plus longtemps sur leurs épaules... ».

La suite est connue. C'est le fameux « Mokusatsu », compris par les militaires nippons comme un refus méprisant de se plier à l'ultimatum, mais dans lequel les Alliés, informés par les représentants japonais à Berne, virent la confirmation par le gouvernement japonais de sa décision de mettre un terme aux hostilités, et ce, dans les deux semaines.

Bien que le calendrier lui eut permis de prononcer ses mots dès le 7 Décembre, Hiro Hito, en parfaite intelligence avec Higashikuni, jugea plus opportun d'attendre le 9 Décembre pour prononcer son allocution au peuple japonais appelant à la cessation des hostilités sur les ondes de Radio-Tokyo.

« ... Bien que chacun ait fourni ses meilleurs efforts – en dépit des vaillants combats menés par nos forces militaires et navales, de la diligence et de l'assiduité de nos serviteurs et dévouement de nos cent millions de sujets – la guerre a suivi son cours, mais pas nécessairement à l'avantage du Japon, tandis que les tendances générales prévalant dans le monde se sont toutes retournées contre ses intérêts.

En outre, l'ennemi a mis en œuvre une force aérienne d'une capacité de destruction incalculable et qui décime, au cours de raids d'une extrême cruauté, bien des vies innocentes. Si nous continuions à combattre, cela entraînerait l'effondrement et l'anéantissement de la nation japonaise.

Cela étant, comment pouvons-nous sauver les multitudes de nos sujets ? Comment expier nous-mêmes devant les esprits de nos ancêtres impériaux ? C'est la raison pour laquelle nous avons donné l'ordre d'accepter les termes de la Déclaration commune des Puissances.

Les maux et les douleurs auxquels notre nation sera soumise à l'avenir vont certainement être immenses. Nous sommes pleinement conscients des sentiments les plus profonds de vous tous, nos sujets.

Cependant, c'est en conformité avec les décrets du temps et du sort que nous avons résolu d'ouvrir la voie à une ère de paix grandiose pour toutes les générations à venir en endurant ce qui ne saurait être enduré et en supportant l'insupportable. »

À l'annonce de la capitulation, si aucune tentative de Coup d’État n'est sérieusement envisagée, les militaires les plus jusqu'au boutiste ayant été exécutés en 1943, on recense une multitude de cas de suicides au sein des forces armées nippones tandis que certains militaires nippons décident de poursuivre quand même les hostilités, ne les cessant qu'après un sévère rappel à l'ordre de Tokyo.

Et ne parlons pas des « soldats fantômes » que l'on ne retrouvera que bien des années plus tard…

Hitler a beau pester contre « ces maudits petits hommes jaunes », le Japon pu sortir du conflit dans ce que les historiens qualifieront de « simulacre de reddition inconditionnelle ». En effet, certaines concessions ayant accordée aux Japonais, à la grande fureur de Roosevelt.

Dans les années qui suivirent ce « simulacre de reddition inconditionnelle », le Japon devînt le « gardien de l'Asie » face au Communisme et resta, en dépit de nombreuses réformes, un Régime autoritaire, avec un Souverain plus puissant que ne l'était Meiji lui même.

Quant à Higashikuni, déjà contraint à l'exil de par son opposition envers le Régime de son neveu, il finit par payer de sa vie son combat en contredisant l'image d'un Empereur bienveillant, ayant les pieds et les poings liés par la clique militariste et dont le seul courage permit de mettre un terme à la guerre, en vigueur en Occident.

Naruhiko Higashikuni fut ainsi assassiné par des hommes du « Grand Ataman », le puissant chef de la célèbre mafia « Russe blanche » farouchement anti-communiste et travaillant main dans la main avec le gouvernement de Tokyo.
Emile Ollivier
Emile Ollivier

Messages : 1173
Date d'inscription : 26/03/2016
Age : 30

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Le miracle de la Maison Yamato Empty Re: Le miracle de la Maison Yamato

Message par Collectionneur le Sam 16 Mar - 9:39

Merci, j'avait loupé cette histoire. Finalement, les têtes couronnés ne pense pas nécessairement en premier au bien de leurs sujets Twisted Evil
Collectionneur
Collectionneur

Messages : 718
Date d'inscription : 03/09/2016
Age : 48
Localisation : Languedoc-Roussillon

Voir le profil de l'utilisateur https://fr.wikipedia.org/wiki/Utilisateur:L%27amateur_d%27a%C3%A

Revenir en haut Aller en bas

Le miracle de la Maison Yamato Empty Re: Le miracle de la Maison Yamato

Message par Emile Ollivier le Sam 16 Mar - 12:46

Merci Collectionneur !
Emile Ollivier
Emile Ollivier

Messages : 1173
Date d'inscription : 26/03/2016
Age : 30

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Le miracle de la Maison Yamato Empty Re: Le miracle de la Maison Yamato

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum