Uchronies romaines.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Mer 16 Mai - 12:19

La guerre des Vénètes


En 56 avant J.C. toute la Gaule est pacifiée, Toute ? Un peuple d'irréductibles Gaulois, les Vénètes, résiste encore et toujours à l'envahisseurs !  Laughing

Comme quoi, même Asterix le Gaulois est basé sur des faits réels !

Bien que soumis un an plus tôt par une expédition de Publius Crassus, les Vénètes capturent des envoyés romains venus leur demander des vivres pour la legio VII qui hiverne chez les Andes (l'actuelle région de Nantes). 
Le moment de la révolte  est bien choisis, César est à Rome, les légions présentes en Gaule manquent de vivres.

De plus, la géographie est aussi très favorable aux peuples d'Armoriques (et leurs alliés venus de l'île de Bretagne). En fait, l'Armorique est à l'époque - comme maintenant encore - un pays rocheux coupés de forêts impénétrables (moins maintenant il est vrai) et de marais côtiers (qui n'existent plus de nos jours). 

La stratégie des éperons barrées


Pour la première fois depuis le début de la Guerre des Gaules, les Gaulois réussissent à imposer à César leur stratégie au lieu de se soumettre à la sienne. Cette-ci est d'ailleurs très simple, leurs villages et leurs villes sont généralement installés sur des presque-îles ou des îles. faciles à défendre. Si les Romains assiègent une place, plutôt que d'accepter le combat ils évacuent vers un autre havre. 
Cette stratégie joue à plein du relief de côte déchiquetés, des courants traites, des abers dissimulés à marée hautes, parfaitement connus des marins vénètes. Elle utilise aussi l'atout principal des peuples d'Armorique, leur puissante flotte ! 

Les pontos vénètes


Célian Cogitore a écrit:
(...) le pontos, il s’agit d’une embarcation connue depuis le VIIème siècle avant J.C. Construit de manière particulièrement robuste, tout en chêne, il fut le premier navire à utiliser une chaîne de fer pour son ancre. Le mât avant (ou mât de dolon) est incliné, celui de l'arrière est droit. Ils se rejoignent dans la cale et sont scellés par un anneau de granit servant de lest. Les voiles sont en cuir cousu.

La navigation au moyen-âge https://www.amazon.fr/dp/B014QBPL7U

La flotte de César


Bien entendu, César comprend immédiatement que la guerre d'Armorique sera gagnée sur mer, il est revenu de Rome accompagné de marins et il entreprend de construire une armada de galères (de type méditerranéenne, inconnues sur l'Atlantique et la Manche de cette époque) le long de la Loire. Il bénéficie aussi du ralliement de deux peuples gaulois, les Pictons et les Santons, qui mettent leurs flottes à sa disposition.... et leur connaissance des côtes, brisant net le principal avantage des révoltés armoricains.

Surtout, César prend immédiatement des dispositions pour empêcher que la révolte s'étende. Il disperse ses légions en Gaule pour pacifier les peuples les plus turbulents, empêcher l'intervention des Germains, collecter des vivres. Le tout sur fond d'échanges diplomatiques denses, jouant à fond des divisions entre Gaulois pour empêcher la naissance d'une coalition qui s'étendrait au-delà de l'Armorique. On ne peut qu'être admiratif devant la maestria de César, celui-ci prend les meilleurs décisions possibles et avec quelle vitesse !  
Jules César a une vision stratégique qui dépasse la situation présente pour embrasser les conséquences futur. Au lieu de concentrer  ses forces sur l'Armorique - la décision la plus évidente- il préfère sécuriser ses arrières, et empêcher que le soulèvement fasse tâche d'huile. Ce faisant, il regagne l'initiative, imposant "sa" guerre et "ses" règles en jouant un tour en avance de ses ennemis. 

Maintenant qu'il a acculé les Armoricains à la défensive, César va les réduire. 

La bataille du Morbihan


César a écrit:

Difficultés de la guerre contre les Vénètes

12

(1) Telle était la disposition de la plupart des places de l'ennemi, que, situées à l'extrémité de langues de terre et sur des promontoires, elles n'offraient d'accès ni aux gens de pied quand la mer était haute, ce qui arrive constamment deux fois dans l'espace de vingt-quatre heures, ni aux vaisseaux que la mer, en se retirant, laisserait à sec sur le sable. (2) Ce double obstacle rendait très difficile le siège de ces villes. (3) Si, après de pénibles travaux, on parvenait à contenir la mer par une digue et des môles, et à s'élever jusqu'à la hauteur des murs, les assiégés, commençant à désespérer de leur fortune, rassemblaient leurs nombreux navires, dernière et facile ressource, y transportaient tous leurs biens, et se retiraient dans des villes voisines. (4) Là ils se défendaient de nouveau par les mêmes avantages de position. (5) Cette manoeuvre leur fut d'autant plus facile durant une grande partie de l'été, que nos vaisseaux étaient retenus par les vents contraires et éprouvaient de grandes difficultés à naviguer sur une mer vaste, ouverte, sujette à de hautes marées et presque entièrement dépourvue de ports.

Leurs navires. Leur tactique

13

(1) Les vaisseaux des ennemis étaient construits et armés de la manière suivante : la carène en est un peu plus plate que celle des nôtres, ce qui leur rend moins dangereux les bas-fonds et le reflux ; (2) les proues sont très élevées, les poupes peuvent résister aux plus grandes vagues et aux tempêtes ; (3) les navires sont tout entiers de chêne et peuvent supporter les chocs les plus violents. (4) Les bancs, faits de poutres d'un pied d'épaisseur, sont attachés par des clous en fer de la grosseur d'un pouce ; (5)les ancres sont retenues par des chaînes de fer au lieu de cordages ; (6) des peaux molles et très amincies leur servent de voiles, soit qu'ils manquent de lin ou qu'ils ne sachent pas l'employer, soit encore qu'ils regardent, ce qui est plus vraisemblable, nos voiles comme insuffisantes pour affronter les tempêtes violentes et les vents impétueux de l'Océan, et pour diriger des vaisseaux aussi pesants. (7)Dans l'abordage de ces navires avec les nôtres, ceux-ci ne pouvaient l'emporter que par l'agilité et la vive action des rames ; du reste, les vaisseaux des ennemis étaient bien plus en état de lutter, sur ces mers orageuses, contre la force des tempêtes. (Cool Les nôtres ne pouvaient les entamer avec leurs éperons, tant ils étaient solides ; leur hauteur les mettait à l'abri des traits, et, par la même cause, ils redoutaient moins les écueils. (9) Ajoutons que, lorsqu'ils sont surpris par un vent violent, ils soutiennent sans peine la tourmente et s'arrêtent sans crainte sur les bas-fonds, et, qu'au moment du reflux, ils ne redoutent ni les rochers ni les brisants ; circonstances qui étaient toutes à craindre pour nos vaisseaux.

Victoire navale de Brutus

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(1) Après avoir enlevé plusieurs places, César, sentant que toute la peine qu'il prenait était inutile, et qu'il ne pouvait ni empêcher la retraite des ennemis en prenant leurs villes, ni leur faire le moindre mal, résolut d'attendre sa flotte. (2) Dès qu'elle parut et qu'elle fut aperçue de l'ennemi deux cent vingt de leurs vaisseaux environ, parfaitement équipés et armés, sortirent du port et vinrent se placer devant les nôtres. (3)Brutus, le chef de la flotte, les tribuns militaires et les centurions qui commandaient chaque vaisseau, n'étaient pas fixés sur ce qu'ils avaient à faire et sur la manière d'engager le combat. (4)Ils savaient que l'éperon de nos galères était sans effet ; que nos tours, à quelque hauteur qu'elles fussent portées, ne pouvaient atteindre même la poupe des vaisseaux des barbares, et qu'ainsi nos traits lancés d'en bas seraient une faible ressource, tandis que ceux des Gaulois nous accableraient. (5) Une seule invention nous fut d'un grand secours : c'étaient des faux extrêmement tranchantes, emmanchées de longues perches, peu différentes de celles employées dans les sièges. (6) Quand, au moyen de ces faux, les câbles qui attachent les vergues aux mâts étaient accrochés et tirés vers nous ; on les rompait en faisant force de rames ; (7) les câbles une fois brisés, les vergues tombaient nécessairement, et cette chute réduisait aussitôt à l'impuissance les vaisseaux gaulois, dont toute la force était dans les voiles et les agrès. (Cool L'issue du combat ne dépendait plus que du courage, et en cela nos soldats avaient aisément l'avantage, surtout dans une action qui se passait sous les yeux de César et de toute l'armée ; aucun trait de courage ne pouvait rester inaperçu ; (9) car toutes les collines et les hauteurs, d'où l'on voyait la mer à peu de distance, étaient occupées par l'armée.

15

(1) Dès qu'un vaisseau était ainsi privé de ses vergues, deux ou trois des nôtres l'entouraient, et nos soldats, pleins d'ardeur, tentaient l'abordage. (2) Les barbares ayant, par cette manœuvre, perdu une partie de leurs navires, et ne voyant nulle ressource contre ce genre d'attaque, cherchèrent leur salut dans la fuite : (3) déjà ils avaient tourné leurs navires de manière à recevoir le vent, lorsque tout à coup eut lieu un calme plat qui leur rendit tout mouvement impossible. (4) Cette heureuse circonstance compléta le succès ; (5) car les nôtres les attaquèrent et les prirent l'un après l'autre, et un bien petit nombre put regagner la terre à la faveur de la nuit, après un combat qui avait duré depuis environ la quatrième heure du jour jusqu'au coucher du soleil.

César complète sa victoire


La défaite navale est telle que les Vénètes perdent non seulement leur flotte, mais l'essentiel de leurs hommes jeunes et même des gens plus âgés capable de porter les armes. Ils n'ont plus d'autre recours que de se rendre. La vengeance de César est terrible. Il fait exécuter le "sénat" vénète et vend toute la population comme esclave, leur territoire revenant aux Pictons qu'il remercie ainsi de leur aide (toujours la carotte et le bâton). Sa plus terrible vengeance est... le silence. Comme pour les Atuatuques, César ne donne pas le nom des oppidum des Vénètes. César a bien pour objectif de faire de la Guerre des Gaules la seule source sur la conquête de ce pays. Par le silence, César entends bien faire disparaître les Vénètes de l'histoire (1).
Toutefois, César n'arrivera pas totalement à son but. Les vénètes continueront à apparaître par la suite. Il est vrai qu'ils ne conserveront qu'une ombre de leur puissance ancienne. César ayant fait détruire toute leur tour à sel (l'origine de leur richesse est le commerce du sel contre l'étain de Cornouailles dont ils avaient fait un monopole) ils seront sérieusement appauvris. Le trésor de leur peuple servira plus tard à César pour conquérir... Rome. 

Uchronie ?


Une !
Et si le vent n'était pas tombé pendant la bataille du Morbihan ? 
César peut-dire ce qu'il veut, mais le seul avantage des Romains (à part les serpes de guerre, qui coupent les cordages) est qu'ils ont des galères. Les Vénètes auraient probablement remporté l'affrontement si le vent avait continué à souffler.

Vous voyez c'est exactement le genre de résultat historique rageant. Les Romains ne gagnent pas par rapport à leur mérite mais par... et bien disons que les dieux leur ont été favorables ! 

Que se serait-il passé si Junius Brutus Albinus avait été défait par les Vénètes ?
Difficile à dire. Le gros de l'armée et César lui-même resteraient intouchés, toutefois la révolte se seraient répandus en Gaule. OTL, sa défaite à Gergovie ne l'a pas empêché de rebondir et, finalement, de battre son vainqueur. 

(1) Je dois dire que j'ai eu un frisson de malaise lorsque j'ai compris cela. Décortiquer un esprit aussi machiavélique et retors que celui de César est une expérience éprouvante. Cet homme est terrifiant. Il est très intelligent, très conséquent, avec une capacité à prévoir et à comprendre ses ennemis qui en font un adversaire plus que redoutable.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Mer 16 Mai - 12:53

Question bête : Vous comprenez maintenant pourquoi César est considéré comme l'un des plus grand génie militaire de l'histoire ?

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Re: Uchronies romaines.

Message par Emile Ollivier le Jeu 17 Mai - 8:44

Salut Anaxagore,

Concernant la prise de Malte par Rome, j'ai toujours cru qu'elle avait eu lieu après le déclenchement de la guerre d'Hannibal.
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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Jeu 17 Mai - 9:58

En fait, il semble qu'il y ait eu deux occupations romaines distinctes. Une juste après la première guerre punique (juste après la Guerre des Mercenaires, en fait)... et la seconde pendant la deuxième guerre punique. La garnison carthaginoise se serait d'ailleurs rendu sans combattre.
Par contre, j'ignore complètement pourquoi Malte revient aux mains des Puniques dans l'intervalle.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Jeu 17 Mai - 10:20

Bataille de Vernix


La bataille de Vernix a lieu simultanément au conflit de César avec la confédération armoricaine dont nous venons de parler (ou guerre des Vénètes).

Vous vous rappelez que César a dispersé ses légions en Gaule pour éviter la contagion d'insurrection des Armoricains. Cependant, la révolte s'était déjà communiquée au Cotentin où les peuples des Aulerques Eburovices, des Lexoviens et des Unelles (aidés par des mercenaires et des volontaires venus de toute la Gaule) avaient déjà massacré les opposants au soulèvement et pris les armes.

En face, il y a Quintus Titurius Sabinus, légat de César, à la tête de trois légions ( et un nombre inconnu d’auxiliaires gaulois). ce dernier réagit à l'insurrection en se claquemurant dans son camp et... en tremblant de peur, c'est en tout cas ce que rapporte un déserteur gaulois (en fait un agent de Sabinus).
Parce que Sabinus commence par intoxiquer ses adversaires qui se lancent alors à l'assaut et sont massacrés.

César a écrit:

Victoire de Sabinus sur les Unelles



17



(1) Tandis que ces événements se passaient chez les Vénètes, Q. Titurius Sabinus arrivait sur les terres des Unelles avec les troupes qu'il avait reçues de César. (2) Viridovix était à la tête de cette nation et avait le commandement en chef de tous les états révoltés, dont il avait tiré une armée et des forces redoutables. (3) Depuis peu de jours les Aulerques Éburovices et les Lexovii, après avoir égorgé leur sénat qui s'opposait à la guerre, avaient fermé leurs portes et s'étaient joints à Viridovix. (4) Enfin de tous les points de la Gaule était venue une multitude d'hommes perdus et de brigands que l'espoir du pillage et la passion de la guerre avaient arrachés à l'agriculture et à leurs travaux journaliers. (5)Sabinus se tenait dans son camp situé sur le terrain le plus favorable, pendant que Viridovix, campé en face de lui à une distance de deux milles, déployait tous les jours ses troupes, et lui offrait la bataille, de sorte que Sabinus s'attirait non seulement le mépris des ennemis, mais encore les sarcasmes de nos soldats. (6)L'opinion qu'il donna de sa frayeur était telle que déjà l'ennemi osait s'avancer jusqu'aux retranchements du camp. (7) Le motif de Sabinus pour agir ainsi était qu'il ne croyait pas qu'un lieutenant dût, surtout en l'absence du général en chef, combattre une si grande multitude, à moins d'avoir pour lui l'avantage du lieu ou quelque autre circonstance favorable.

18



(1) L'opinion de cette frayeur s'étant affermie, Sabinus choisit parmi les Gaulois qu'il avait près de lui comme auxiliaires, un homme habile et fin. (2) Il lui persuade, à force de récompenses et de promesses, de passer aux ennemis, et l'instruit de ce qu'il doit faire. (3) Dès que cet homme est arrivé parmi eux comme transfuge, il parle de la terreur des Romains, il annonce que César lui-même est enveloppé par les Vénètes, (4) et que, pas plus tard que la nuit suivante, Sabinus doit sortir secrètement de son camp avec son armée, et partir au secours de César. (5) Les Gaulois n'ont pas plus tôt entendu ce rapport qu'ils s'écrient tous qu'il ne faut pas perdre une occasion si belle, et qu'on doit marcher au camp des Romains. (6) Plusieurs motifs excitaient les Gaulois : l'hésitation de Sabinus pendant les jours précédents, le rapport du transfuge, le manque de vivres, chose à laquelle on avait pourvu avec peu de diligence, l'espérance fondée sur la guerre des Vénètes, enfin cette facilité des hommes à croire ce qu'ils désirent. (7) Décidés par tous ces motifs, ils ne laissent point sortir du conseil Viridovix et les autres chefs, qu'ils n'aient obtenu d'eux de prendre les armes, et de marcher contre nous. (Cool Joyeux de cette promesse, et comme assurés de la victoire, ils se chargent de sarments et de broussailles pour combler les fossés des Romains, et se dirigent vers leur camp.

19



(1) Le camp était sur une hauteur à laquelle on arrivait par une pente douce d'environ mille pas. Ils s'y portèrent d'une course rapide, afin de laisser aux Romains le moins de temps possible pour se rassembler et s'armer, et arrivèrent hors d'haleine. Sabinus exhorte les siens et donne le signal désiré. (2) II ordonne de sortir par deux portes et de tomber sur l'ennemi embarrassé du fardeau qu'il portait. (3) L'avantage de notre position, l'imprévoyance et la fatigue des ennemis, le courage des soldats, l'expérience acquise dans les précédents combats, firent que les barbares ne soutinrent pas même notre premier choc, et qu'ils prirent aussitôt la fuite. (4)Nos soldats, dont les forces étaient entières, les atteignirent dans ce désordre et en tuèrent un grand nombre. La cavalerie acheva de les poursuivre et ne laissa échapper que peu de ces fuyards. (5) C'est ainsi que, dans le même temps, Sabinus apprit l'issue du combat naval, et César la victoire de Sabinus. Toutes les villes de cette contrée se rendirent sur-le-champ à Titurius ; (6) car, si le Gaulois est prompt et ardent à prendre les armes, il manque de fermeté et de constance pour supporter les revers.

Uchronie ?


Je doute que l'on puisse changer grand chose à une bataille de ce genre. Même si Sabienus n'avait pas intoxiqué ses ennemis pour qu'ils pressent l'assaut, la nouvelle de la victoire de César dans le Morbihan aurait probablement démantelé l'alliance des Gaulois.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Lun 21 Mai - 16:06

Les expéditions de Bretagne


Pour changer un peu, nous allons traiter de la Bretagne, non pas chronologiquement, mais sur la base de la géographie en parlant des deux expéditions de César.

Que savaient les Romains de la Bretagne ?


Presque rien... Pytheas, grec de Massillia, fut le premier explorateur Méditerranéen (à par peut-être un Carthaginois) à atteindre cette île, et à en faire la description, au IVème siècle avant notre ère. Toutefois, son récit fit face à une grande incrédulité et une opposition de géographes "sérieux", bien assis sur leur cul, derrière leur bureau et qu'ils n'avaient probablement pas voyagé plus loin que la cité voisine. Ces gens "bien informés" prétendirent que Pytheas avait inventé la Bretagne et tout le récit de ces voyages. Tout ça, bien sûr, parce qu'on leur parlait de choses qui les dérangeaient dans leur petit train train et qu'ils n'avaient pas approuvé. "J'y crois pas... donc ça n'existe pas " est un refrain courant quel que soit l'époque. 
Si d'autres géographes mentionnent l'île plus tard et que son existence finit pas être acceptée, la Bretagne est encore, à l'époque de César, une terre aussi mythique que celle des Amazones ou le jardin des Hespérides.
C'est d'ailleurs l'expédition de César en Gaule qui permet au conquérant d'avoir des récits de première main, grâce aux commerçants qui s'y rendent régulièrement.  

Pourquoi César va-t-il en Bretagne ?


Comme je l'ai déjà signalé, la révolte armoricaine avait été soutenue par les Bretons. De plus, certaines tribus "gauloises" se trouvent sur les deux rives de la Manche. C'est le cas, par exemple, des Atrébates (des Belges). César ne veut probablement pas conquérir l'île... mais sans doute inspirer une sainte frousse aux locaux pour qu'ils le laissent conquérir la Gaule en paix.

La première expédition (- 55)


Vu les forces restreintes engagés par César ( Legio VII et Legio X), le général romain ne veut probablement que se livrer à une simple mission de reconnaissance. Il a construit une flotte, s'est trouvé des guides et même un soutient important en la personne de Commios, roi déposé des Atrébates de Bretagne. 

L'expédition commence par une erreur tactique de César. Celui-ci laisse en arrière sa cavalerie, sous les ordres de Labienus, donnant l'ordre à ce dernier de l'envoyer dès que possible. Sans cavalerie, César n'aurait aucun moyen de reconnaissance... assez ballot pour une expédition dont c'est le but premier, non ? 

De plus, lorsque la flotte romaine arrive en vue des plages bretonnes (près de Douvres, probablement). Les rivages sont couverts d'homme en armes !! César est attendu de pied ferme ! 
César décide de débarquer plus loin ( probablement à Walmer) mais les Bretons le suivent, arrivent avant lui, encerclant la gréve. Problème supplémentaire, les navires romains ne peuvent toucher terre. Les Romains sont obligés de sauter à l'eau sous les tirs des javelots ennemis et une attaque furieuse de guerriers peints  !


Il s'agit d'un des affrontements les plus éprouvants de César.

César a écrit:

24






(1) Mais les Barbares, s'apercevant du dessein des Romains, envoyèrent en avant leur cavalerie et les chariots de guerre dont ils ont coutume de se servir dans les combats, les suivirent avec le reste de leurs troupes, et s'opposèrent à notre débarquement. (2)Plusieurs circonstances le rendaient extrêmement difficile : la grandeur de nos vaisseaux forcés de s'arrêter en pleine mer, l'ignorance où étaient nos soldats de la nature des lieux ; les mains embarrassées, accablés du poids énorme de leurs armes, ils devaient à la fois s'élancer du navire, résister à l'effort des vagues et lutter avec l'ennemi ; (3) tandis que celui-ci combattant à pied sec, ou s'avançant très peu dans la mer, libre de tous ses membres, connaissant parfaitement les lieux, lançait ses traits avec assurance et poussait ses chevaux faits à cette manoeuvre. (4) Frappés d'un tel concours de circonstances, et tout à fait inexpérimentés dans ce genre de combat, nos soldats ne s'y portaient pas avec cette ardeur et avec ce zèle qui leur étaient ordinaires dans les combats de pied ferme.

25






(1) Dès que César s'en aperçut, il ordonna d'éloigner un peu des vaisseaux de charge, les galères dont la forme était moins connue des Barbares et la manoeuvre plus facile et plus prompte, de les diriger à force de rames, de les tenir devant le flanc découvert de l'ennemi, et de là, à l'aide des frondes, des traits et des machines, de le repousser et de le chasser de sa position. Ce mouvement nous fut d'une grande utilité. (2) Car étonnés de la forme de nos navires, de leur manoeuvre et du genre inconnu de nos machines, les Barbares s'arrêtèrent et firent même quelques pas en arrière. (3) Nos soldats hésitaient encore, surtout à cause de la profondeur de la mer : le porte-aigle de la dixième légion, après avoir invoqué les dieux pour que sa légion eût l'honneur du succès : "Compagnons, dit-il, sautez à la mer, si vous ne voulez livrer l'aigle aux ennemis ; pour moi certes j'aurai fait mon devoir envers la république et le général." (4) À ces mots, prononcés d'une voix forte, il s'élance du navire et porte l'aigle vers l'ennemi. (5) Alors les nôtres s'exhortant mutuellement à ne pas souffrir une telle honte, se jettent tous hors du vaisseau. A cette vue, ceux des navires voisins les suivent et marchent à l'ennemi.

26






(1) On combattit de part et d'autre avec acharnement : nos soldats cependant ne pouvant ni garder leurs rangs, ni lutter de pied ferme, ni suivre leurs enseignes, et forcés de se ranger sous le premier drapeau qui s'offrait à eux, à quelque vaisseau qu'il appartint, étaient dans une grande confusion. (2) Les ennemis au contraire, connaissant tous les bas-fonds, avaient à peine vu du rivage quelques-uns des nôtres débarquer, qu'ils poussaient contre eux leurs chevaux et les attaquaient au milieu de leur embarras, (3) un grand nombre en enveloppait un petit ; les autres prenant en flanc le gros de notre armée l'accablaient de leurs traits. (4)Témoin de ce désavantage, César fit remplir de soldats les chaloupes des galères et les esquifs d'observation, et les envoya au secours de ceux qu'il voyait dans une situation critique. (5) Dès que nos soldats eurent pris terre et que tous les autres les eurent suivis, ils fondirent sur les ennemis et les mirent en fuite, mais sans pouvoir les poursuivre bien loin, la cavalerie n'ayant pu suivre sa route ni aborder dans l'île. Cette seule chose manqua à la fortune accoutumée de César.

Guerre des gaules, César, Livre IV

Cependant, si la victoire de César contraint les Bretons à négocier.... le cieux ne sont cette fois pas favorable à César. Les navires renvoyés en Gaule chercher le ravitaillement sont endommagés par une tempête et contraint à faire demi-tour. Le soubresauts des vents endommagent également les navires restés en Bretagne et César est obligé de les faire réparer en urgence par ses légionnaires. Témoin de la catastrophe, les Bretons coupent court aux pourparler de paix et attaquent César retranché dans son camp. Heureusement pour César, il réussit à repousser l'assaut. Comnios - le roi déposé - qui était parti quelques jours plus tôt chercher de l'aide, revient sur ces entrefaites avec une forte cavalerie et fond sur les Bretons dont il transforme la retraite en déroute.

Conscient de ne pas être passé très loin de la défaite, César termine de remettre ses navires en état et quitte la Bretagne. 

Conclusion


L'expédition en Bretagne est un échec... du moins sur le plan militaire. Paradoxalement, ce sera une victoire politique à Rome. En réussissant à atteindre une terre considérée comme légendaire, César se retrouvera auréolé d'une aura digne d'un héros mythologique dont il sut profiter, envoyant au temple de Venus Genitrix, à Rome, une cuirasse décorée de perles obtenues en tribut pendant les négociations. 

Seconde expédition (-54)


Celle-ci a des moyens nettement plus conséquent , il faut 800 navires pour celle-ci (contre 90 pour le débarquement de -55).  Cette fois, César arrivera avec cinq légions et nul ne s'opposera à son avance. D'après le - très neutre  Suspect - rédacteur de la Guerre des Gaules, les Bretons auraient été terrifiés par la flotte romaine... certains historiens modernes avancent d'autres raisons comme la volonté des Bretons de livrer une guerre d'attrition en attirant les légions dans l'intérieur des terres pour les couper de leurs ressources. 

Une petite bataille et un siège permettent aux Romains de mettre les Bretons en difficulté et de dominer la région actuelle du Kent.

Toutefois, la tempête s’invite à nouveau la fête. César interrompt les opérations pour faire réparer ses navires. 

A ce moment un certains Cassivelaunos (le Vercingétorix anglais !) réunit une immense armée pour s'opposer à César en bataille rangée.


César a écrit:

Combats



15




(1) Les cavaliers ennemis avec leurs chariots de guerre attaquèrent vivement dans sa marche notre cavalerie, qui fut partout victorieuse et les repoussa dans les bois et sur les collines ; (2) mais, après avoir tué un grand nombre d'ennemis, son ardeur à en poursuivre les restes lui coûta quelques pertes. (3) Peu de temps après, comme les nôtres ne s'attendaient à rien et travaillaient au retranchement du camp, les Bretons, s'élançant tout à coup de leurs forêts et fondant sur la garde du camp, l'attaquèrent vigoureusement. (4) César envoie pour la soutenir deux cohortes, qui étaient les premières de leurs légions ; comme elles avaient laissé entre elles un très petit espace, l'ennemi, profitant de leur étonnement à la vue de ce nouveau genre de combat, se précipite avec audace dans l'intervalle et échappe sans perte. (5) Q. Labérius Durus, tribun militaire, fut tué dans cette action. Plusieurs autres cohortes envoyées contre les Barbares les repoussèrent.

La tactique des Bretons




16




(1) Ce combat, d'un genre si nouveau, livré sous les yeux de toute l'armée et devant le camp, fit comprendre que la pesanteur des armes de nos soldats, en les empêchant de suivre l'ennemi dans sa retraite et en leur faisant craindre de s'éloigner de leurs drapeaux, les rendait moins propres à une guerre de cette nature. (2) La cavalerie combattait aussi avec désavantage, en ce que les Barbares, feignant souvent de se retirer, l'attiraient loin des légions, et, sautant alors de leurs chars, lui livraient à pied un combat inégal ; (3) or, cette sorte d'engagement était pour nos cavaliers aussi dangereuse dans la retraite que dans l'attaque. (4) En outre, les Bretons ne combattaient jamais en masse mais par troupes séparées et à de grands intervalles, et disposaient des corps de réserve, destinés à les recueillir, et à remplacer par des troupes fraîches celles qui étaient fatiguées.

Victoire romaine



17




(1) Le jour suivant, les ennemis prirent position loin du camp, sur des collines ; ils ne se montrèrent qu'en petit nombre et escarmouchèrent contre notre cavalerie plus mollement que la veille. (2) Mais, vers le milieu du jour, César ayant envoyé au fourrage trois légions et toute la cavalerie sous les ordres du lieutenant Trébonius, ils fondirent subitement et de toutes parts sur les fourrageurs, peu éloignés de leurs drapeaux et de leurs légions. (3) Les nôtres, tombant vigoureusement sur eux, les repoussèrent ; la cavalerie, comptant sur l'appui des légions qu'elle voyait près d'elle, ne mit point de relâche dans sa poursuite, (4) et en fit un grand carnage, sans leur laisser le temps ni de se rallier, ni de s'arrêter, ni de descendre des chars. (5) Après cette déroute, les secours qui leur étaient venus de tous côtés, se retirèrent ; et depuis ils n'essayèrent plus de nous opposer de grandes forces.

Guerre des gaules, livre V

   Cette défaite fait comprendre à Cassivelaunos qu'il ne pourra vaincre les Romains par une bataille en règle. Renvoyant le plus gros de ses troupes, il ne garde que 4000 chars de guerre et se livre à des escarmouches. Toutefois, César continua sa progression et prit l'actuelle ville de Westminster. Ce qui poussa Cassivelaunos à la reddition, et aux principaux rois du sud-est de la Bretagne à demander la paix. 
César "magnanime" se contenta d'un tribut et d'une clientèle avant de retourner en Gaule... alarmé par les rapports d'insoumission. 

Conclusion


Les deux expéditions de César en Gaule ne lui apportent ni victoires militaires décisives, ni soumissions des habitants. Il faudra attendre l'empereur Claudius pour que la Bretagne soit conquise. 

Uchronies


Quatre uchronies sont possibles... ou plutôt trois et demi.

La première uchronie (et demi) concerne les tempêtes de - 55 et - 54. Imaginez qu’elles aient détruits complètement les flottes de César ? sans ravitaillement, sans renfort, dans un pays hostile ! 

Ensuite, durant la seconde expédition Cassivalunos commence par s'opposer en batailles rangées aux Romains. Cela ne lui réussit guère. Et s'il avait opté directement pour une campagne de harcèlement ?  César aurait été incapable de revendiquer une victoire et son retour en Gaule aurait été assez humiliant.

La troisième uchronie est la plus intéressante, appelons-là : "  la bataille de Wheathampstead". 

Après son échec à couper le ravitaillement de César, Cassivelaunos se replie sur une place-forte à généralement identifié à Devil's Dyke à proximité de l'actuel village anglais de Wheathampstead. OTL, le chef breton projette de retenir César jusqu'à ce qu'une grande coalition bretonne vienne lever le siège. Il se rend toutefois à César... probablement parce qu'il ne croit pas que l'expédition de secours puisse le sauver ou se réunisse à temps. On peut très bien imaginer une sorte d'Alesia dans le Kent dans une autre TL. La fin serait probablement identique...  


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Re: Uchronies romaines.

Message par Thomas le Lun 21 Mai - 21:22

L'Alesia du Kent mériterait bien une histoire.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Lun 21 Mai - 23:43

C'est vrai... mais je n'ai pas assez d'informations.  Sad

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Jeu 24 Mai - 15:00

Bataille d'Aduatuca


Les défaites romaines sont rares au cours de la guerre des Gaules. La plus connue est Gergovie. Cependant, cette bataille reste une défaite marginale, sa renommée vient qu'elle ait vu César lui-même être vaincu (la seule occurence d'ailleurs... et en rien une humiliation). Aduatuca est une embuscade gauloise dans laquelle fut annéantie une légion entière.  

César a écrit:24 . Il fit mettre les navires à sec et tint l’assemblée des Gaulois à Samarobriva ; comme cette année la récolte de blé, en raison de la sécheresse, était maigre en Gaule, il fut contraint d’organiser l’hivernage de ses troupes autrement que les années précédentes, en distribuant les légions dans un plus grand nombre de cités. Il en envoya une chez les Morins, sous le commandement du légat Laïus Fabius ; une autre chez les Nerviens avec Quintus Cicéron, une troisième chez les Esuvii avec Lucius Roscius ; une quatrième reçut l’ordre d’hiverner chez les Rèmes, à la frontière des Trévires, avec Titus Labiénus ; il en plaça trois chez les Belges, sous les ordres du questeur Marcus Crassus, des légats Lucius Munatius Plancus et Laïus Trébonius. Il envoya une légion, levée en dernier lieu, dans la Transpadane, et cinq cohortes chez les Eburons, dont la plus grande partie habite entre la Meuse et le Rhin, et qui étaient gouvernés par Ambiorix et Catuvolcos. Ces troupes furent placées sous les ordres des légats Quintus Titurius Sabinus et Lucius Aurunculéius Cotta. Semblable distribution des légions devait, pensait-il, lui permettre de remédier très aisément à la pénurie de blé. Et, néanmoins, les quartiers de toutes ces légions, sauf celle que Lucius Roscius avait été chargé de conduire dans une région tout à fait pacifiée et très tranquille, n’étaient pas à plus de cent mille pas les uns des autres. César résolut d’ailleurs de rester en Gaule jusqu’à ce qu’il sût les légions en place et les camps d’hiver fortifiés. 

25 Il y avait chez les Carnutes un homme de haute naissance, Tasgétios, dont les ancêtres avaient été rois dans leur cité. César, pour récompenser sa valeur et son dévouement, car dans toutes les guerres il avait trouvé chez lui un concours singulièrement actif, avait rendu à cet homme le rang de ses aïeux. Il était, cette année-là, dans la troisième année de son règne, quand ses ennemis secrètement l’assassinèrent ; plusieurs de leurs concitoyens les avaient d’ailleurs encouragés publiquement. On apprend la chose à César. Craignant, en raison du nombre des coupables, que leur influence n’amenât la défection de la cité, il fait partir en hâte Lucius Plancus, avec sa légion, de Belgique chez les Carnutes, avec ordre d’hiverner là, d’arrêter ceux qu’il savait responsables du meurtre de Tasgétios et de les lui envoyer. Sur ces entrefaites, tous ceux à qui il avait confié les légions lui firent savoir qu’on était arrivé dans les quartiers d’hiver et que les fortifications étaient faites. 

26 Il y avait environ quinze jours que les troupes hivernaient, quand éclata une révolte soudaine, excitée par Ambiorix et Catuvolcos ; ces rois étaient venus à la frontière de leur pays se mettre à la disposition de Sabinus et de Cotta et avaient fait porter du blé à leur quartier d’hiver, quand des messages du Trévire Indutiomaros les déterminèrent à appeler leurs sujets aux armes ; aussitôt ils attaquèrent nos corvées de bois et vinrent en grandes forces assiéger le camp. Mais les nôtres s’armèrent sans retard et montèrent au retranchement, cependant que les cavaliers espagnols, sortant par une des portes, livraient un combat de cavalerie où ils eurent l’avantage ; les ennemis, voyant l’entreprise manquée, retirèrent leurs troupes ; puis, à grands cris, selon leur coutume, ils demandèrent que quelqu’un des nôtres s’avançât pour des pourparlers ; ils avaient à nous faire certaines communications qui n’avaient pas moins d’intérêt pour nous que pour eux et qui étaient de nature, pensaient-ils, à apaiser le conflit. 

27 On leur envoie pour cette entrevue Caïus Arpinéius, chevalier romain, ami de Quintus Titurius, et un certain Quintus Junius, Espagnol, qui déjà avait eu plusieurs missions de César auprès d’Ambiorix. Celui-ci leur parla à peu près en ces termes : « Il reconnaissait qu’il avait envers César de grandes obligations à cause des bienfaits qu’il avait reçus de lui : c’était grâce à lui qu’il avait été délivré du tribut qu’il payait régulièrement aux Atuatuques, ses voisins, et César lui avait rendu son fils et son neveu, qui, étant au nombre des otages envoyés aux Atuatuques, avaient été traités par eux en esclaves et chargés de chaînes. En ce qui concerne l’attaque du camp, il a agi contre son avis et contre sa volonté, il a été contraint par son peuple, car la nature de son pouvoir ne le soumet pas moins à la multitude qu’elle ne la soumet à lui. Et si la cité a pris les armes, c’est qu’elle n’a pu opposer de résistance à la soudaine conjuration des Gaulois. Sa faiblesse est une preuve aisée de ce qu’il avance car il n’est pas assez novice pour croire qu’il puisse vaincre avec ses seules forces le peuple romain. Mais il s’agit d’un dessein commun à toute la Gaule tous les quartiers d’hiver de César doivent être attaqués ce jour même, afin qu’une légion ne puisse porter secours à l’autre. Des Gaulois n’auraient pu facilement dire non à d’autres Gaulois, surtout quand le but qu’on les voyait se proposer était la reconquête de la liberté commune. Puisqu’il avait répondu à leur appel, payant ainsi sa dette à sa patrie, il songeait maintenant au devoir de reconnaissance auquel l’obligeaient les bienfaits de César, et il avertissait Titurius, il le suppliait, au nom des liens d’hospitalité qui l’unissaient à lui, de pourvoir à son salut et à celui de ses soldats. Une troupe nombreuse de mercenaires germains avait passé le Rhin : elle serait là dans deux jours. A eux de voir s’ils veulent, avant que les peuples voisins s’en aperçoivent, faire sortir leurs troupes du camp et les conduire, soit auprès de Cicéron, soit auprès de Labiénus, qui sont l’un à environ cinquante milles, l’autre un peu plus loin. Pour lui, il promet, et sous serment, qu’il leur donnera libre passage sur son territoire. En agissant ainsi, il sert son pays, puisqu’il le débarrasse du cantonnement des troupes, et il reconnaît les bienfaits de César. » Après ce discours, Ambiorix se retire. 

28 Arpinéius et Junius rapportent aux légats ce qu’ils viennent d’entendre. La nouvelle les surprend, les trouble ; bien que ce fussent propos d’un ennemi, ils ne pensaient pas devoir les négliger ; ce qui les frappait le plus, c’est qu’il n’était guère croyable qu’une cité obscure et peu puissante comme celle des Eburons eût osé de son propre chef faire la guerre au peuple romain. Ils partent donc l’affaire devant le conseil une vive discussion s’élève. Lucius Aurunculéius, un grand nombre de tribuns et les centurions de la première cohorte étaient d’avis qu’il ne fallait rien aventurer, ni quitter les quartiers d’hiver sans un ordre de César ; ils montraient qu’« on pouvait résister aux Germains, quels que fussent leurs effectifs, du moment qu’on était dans un camp retranché la preuve en est qu’ils ont fort bien résisté à un premier assaut, et en infligeant à l’ennemi des pertes sévères ; le blé ne manque pas ; avant qu’il vienne à manquer, des secours arriveront et des camps voisins et de César ; et puis enfin, y a-t-il conduite plus légère et plus honteuse que de se déterminer, sur une question d’extrême importance, d’après les suggestions d’un ennemi ? » 

29 Mais Titurius se récriait : « Il serait trop tard, une fois que les ennemis, renforcés des Germains, se seraient assemblés en plus grand nombre, ou qu’il serait arrivé quelque malheur dans les quartiers voisins. On n’avait que cet instant pour se décider. César, selon lui, était parti pour l’Italie autrement, les Carnutes n’auraient pas résolu l’assassinat de Tasgétios, et les Eburons, s’il était en Gaule, ne seraient pas venus nous attaquer en faisant si bon marché de nos forces. Que l’avis vînt des ennemis, peu lui importait : il regardait les faits : le Rhin était tout proche ; les Germains éprouvaient un vif ressentiment de la mort d’Arioviste et de nos précédentes victoires ; la Gaule brûlait de se venger, n’acceptant pas d’avoir été si souvent humiliée et finalement soumise à Rome, ni de voir ternie sa gloire militaire d’autrefois. Enfin, qui pourrait croire qu’Ambiorix se fût résolu à une telle démarche sans motif sérieux ? Son avis, dans un cas comme dans l’autre, était sûr : si le péril était imaginaire, on rejoindrait sans courir aucun risque la plus proche légion ; si la Gaule entière était d’accord avec les Germains, il n’y avait de salut que dans la promptitude. Cotta et ceux qui pensaient comme lui, où allait leur avis ? S’il n’exposait pas les troupes à un danger immédiat, du moins c’était la certitude d’un long siège, avec la menace de la famine. » 

30 Après qu’on eut ainsi soutenu les deux thèses, comme Cotta et les centurions de la première cohorte résistaient énergiquement : « Eh bien ! soit, dit Sabinus, puisque vous le voulez ! » - et il élevait la voix, pour qu’une grande partie des soldats l’entendissent - « ce n’est pas moi qui parmi vous ai le plus peur de la mort ; ceux-là jugeront sainement des choses : s’il arrive un malheur, c’est à toi qu’ils demanderont des comptes ; si tu voulais, ils auraient après-demain rejoint les quartiers voisins et ils soutiendraient en commun, avec les autres, les chances de la guerre, au lieu de rester abandonnés, exilés, loin de leurs camarades, pour être massacrés ou mourir de faim. » 

31 On se lève ; on entoure les deux légats, on les presse de ne pas s’obstiner dans un conflit qui rend la situation extrêmement périlleuse : « Il est aisé d’en sortir, que l’on reste ou que l’on s’en aille, à la condition que tout le monde soit d’accord ; mais si l’on se querelle, toute chance de salut disparaît. » On continue de discuter jusqu’au milieu de la nuit. Enfin Cotta, très ému, se rend : l’avis de Sabinus l’emporte. On annonce qu’on partira au lever du jour. Le reste de la nuit se passe à veiller, chaque soldat cherchant dans ce qui lui appartient ce qu’il peut emporter, ce qu’il est forcé d’abandonner de son installation d’hiver. On fait tout ce qui est imaginable pour qu’on ne puisse partir au matin sans péril et que le danger soit encore augmenté par la fatigue des soldats privés de sommeil. Au petit jour, ils quittent le camp comme des gens bien persuadés que le conseil d’Ambiorix vient non pas d’un ennemi, mais du meilleur de leurs amis : ils formaient une très longue colonne encombrée de nombreux bagages. 

32 Les ennemis, quand l’agitation nocturne et les veilles de nos soldats leur eurent fait comprendre que ceux-ci allaient partir, dressèrent une double embuscade dans les bois, sur un terrain favorable et couvert, à deux mille pas environ du camp, et ils y attendirent les Romains ; la plus grande partie de la colonne venait de s’engager dans un grand vallon, quand soudain ils se montrèrent aux deux bouts de cette vallée, et tombant sur l’arrière-garde, interdisant à la tête de colonne de progresser vers les hauteurs, forcèrent nos troupes à combattre dans une position fort désavantageuses. 

 33
 Titurius, en homme qui n’avait rien su prévoir, maintenant s’agite et court de tous côtés, plaçant les cohortes ; mais cela même il le fait sans assurance, et d’une manière qui laisse voir qu’il a perdu tous ses moyens, ce qui arrive généralement à ceux qui sont forcés de se décider en pleine action. Cotta, au contraire, en homme qui avait pensé que pareille surprise était possible et pour cette raison n’avait pas approuvé le départ, ne négligeait rien pour le salut commun il adressait la parole aux troupes et les exhortait comme l’eût fait le général en chef, et il combattait dans le rang comme un soldat. La longueur de la colonne ne permettant guère aux légats de tout diriger personnellement et de prendre les mesures qui s’imposaient en chaque endroit, ils firent donner l’ordre d’abandonner les bagages et de former le cercle. Cette décision, bien que dans un cas de ce genre elle ne soit pas condamnable, eut cependant de fâcheuses conséquences : elle diminua la confiance des soldats et donna aux ennemis un surcroît d’ardeur, car il semblait que la crainte et le désespoir avaient seuls pu l’inspirer. Il se produisit, en outre, ceci, qui était inévitable : nombre de soldats quittaient les rangs et couraient aux bagages pour chercher et emporter les objets auxquels chacun tenait le plus ; ce n’étaient partout que cris et gémissements. 

 34 Les Barbares, au contraire, furent fort bien inspirés. Leurs chefs firent transmettre sur toute la ligne de bataille l’ordre de ne pas quitter sa place ; tout ce que les Romains laisseraient, c’était leur butin, c’était pour eux : par conséquent, ils ne devaient penser qu’à la victoire, dont tout dépendait... Les nôtres, bien qu’abandonnés de leur général et de la Fortune, ne pensaient pas à d’autres moyens de salut que leur courage, et chaque fois qu’une cohorte chargeait, c’était de ce côté un grand massacre d’ennemis. Voyant cela, Ambiorix fait donner l’ordre à ses hommes de lancer leurs traits de loin, en évitant d’approcher, et de céder partout où les Romains attaqueront ; grâce à la légèreté de leurs armes et à leur entraînement quotidien, il ne pourra leur être fait aucun mal ; quand l’ennemi se repliera sur ses enseignes, qu’on le poursuive. 

35 Ce mot d’ordre fut soigneusement observé chaque fois que quelque cohorte sortait du cercle et attaquait, les ennemis s’enfuyaient à toute allure. Cependant la place laissée vide était forcément découverte, et le côté droit, non protégé, recevait des traits. Puis, quand la cohorte avait fait demi-tour pour revenir à son point de départ, elle était enveloppée par ceux qui lui avaient cédé le terrain et par ceux qui étaient restés sur les côtés. Voulaient-ils, au contraire, ne pas quitter le cercle, le courage alors état sans emploi et, pressés les uns contre les autres, ils ne pouvaient éviter les traits que faisait pleuvoir toute cette multitude. Pourtant, accablés par tant de difficultés, malgré des pertes sensibles, ils tenaient ; une grande partie de la journée s’était écoulée - on se battait depuis le lever du jour et on était à la huitième heure - et ils ne faisaient rien qui fût indigne d’eux. A ce moment, Titus Balventius, qui l’année précédente avait été nommé primipile, vaillant combattant, et très écouté, a les deux cuisses traversées d’une tragule ; Quintus Lucanius, officier du même grade, est tué en combattant vaillamment pour secourir son fils que l’ennemi entoure ; le légat Lucius Cotta, tandis qu’il exhorte toutes les unités, cohortes et centuries même, est blessé d’une balle de fronde en plein visage. 

36 Sous le coup de ces événements, Quintus Titurius, ayant aperçu au loin Ambiorix qui haranguait ses troupes, lui envoie son interprète Cnéus Pompée pour le prier de l’épargner, lui et ses soldats. Aux premières paroles du messager, Ambiorix répondit : « S’il veut conférer avec lui, il y consent ; il espère pouvoir obtenir de ses troupes que la vie soit laissée aux soldats ; quant au général, il ne lui sera fait aucun mal, et de cela il se porte garant. » Titurius fait proposer à Cotta, qui était blessé, de quitter avec lui, s’il le veut bien, le combat peur aller conférer ensemble avec Ambiorix : « Il espère qu’on pourra obtenir de lui la vie sauve pour eux et pour les soldats. » Cotta déclare qu’il ne se rendra pas auprès d’un ennemi en armes, et il persiste dans ce refus. 

37 Sabinus ordonne aux tribuns qu’il avait en ce moment autour de lui et aux centurions de la première cohorte de le suivre, et il s’avance vers Ambiorix ; sommé de mettre bas les armes, il obéit, et enjoint aux siens de faire de même. Tandis qu’ils discutent les conditions, et qu’Ambiorix prolonge à dessein l’entretien, on l’entoure peu à peu et on le tue. Alors ce sont des cris de triomphe, les hurlements accoutumés ; ils se précipitent sur nos troupes et mettent le désordre dans leurs rangs. C’est là que Lucius Cotta trouve la mort, les armes à la main, avec la plupart des soldats. Les survivants se retirent dans le camp d’où ils étaient partis. L’un d’eux, le porte-aigle Lucius Pétrosidius, se voyant pressé par une foule d’ennemis, jette l’aigle à l’intérieur du retranchement et se fait tuer en brave en avant du camp. Jusqu’à la fin du jour ils soutiennent péniblement l’assaut ; à la nuit, n’ayant plus aucun espoir, tous jusqu’au dernier se donnent la mort. Une poignée d’hommes, échappés du combat, sans connaître le chemin, parviennent à travers les bois aux quartiers d’hiver du légat Titus Labiénus, et l’informent de ce qui s’est passés. 

Guerre des Gaules Livre V, 



Bilan : 


Il est sans appel. A l’exception d'une poignée de survivants, Les cinq cohortes présentes sur place (sur les six qui forment une légion), et le contingent de cavalerie ibérique sont balayés. Les Romains perdent 7000 hommes en une journée de combats. L'expression "désastre militaire" n'est pas trop forte pour résumer l'affrontement.

Analyse :


Le texte fournit par la Guerre des Gaules (il n'est pas inutile de le rappeler) est un récit partisan. César y définit clairement les responsabilités : Ambiorix est un traître qui, faisant fi de la bonté de César à son égard, attire les Romains dans un piège. Quintus T. Sabinus  est un mauvais général, naïf. Seul Lucius A. Cotta est épargné, le texte est même franchement laudateur à son égard. 
Vu qu'il n'y a aucune autre source sur cette bataille, je me contente donc de souligner que l'on a là un manichéisme digne d'un film hollywoodien... trop parfait pour exister dans le monde réel. N'oublions pas le but poursuivit par ce texte : promouvoir César comme un grand général. Et - en résumé - que dit  le récit de la bataille d'Aduatuca ? César n'a pas fait d'erreur en plaçant ses troupes à Aduatuca... non c'est le légat Sabinus qui a condamné la légion qu'il commandait en la faisant sortir et en faisant confiance à Ambiorix le traître. Inversement, Cotta est traité en héros...  "étrangement" il s'agit du légat qui veut faire respecter les ordres de César... je dis ça je ne dis rien.
Autre chose, avez-vous remarqué qu'à aucun moment, César ne nous donne le numéro de la légion écrasée à cette bataille ? Qu'il donne, par contre, le nom du porte-aigle qui aurait sauvé l'emblème de sa légion ? Qu'est-ce que cela veut dire ? En ne donnant pas le nom de la légion vaincue... César ne l'accable pas. Il l'exonère même de sa défaite en vantant son héroïsme.  
Mais bon sang, mais c'est bien sûr, tout s'explique Idea  ! Tout est donc de la faute de Sabinus l'idiot et d'Ambiorix le traître, pas des Romains et (surtout pas !!!!) de César. 

Uchronie ?


Une, et évidente : et si Cotta avait eu gain de cause et que la légion était restée dans son campement ? Quand on voit que Cicéron (le frère cadet de l'orateur) assiégé dans des conditions identiques, a tenu jusqu'à ce que César le dégage, la légion aurait été sauvée.


Dernière édition par Anaxagore le Jeu 24 Mai - 19:29, édité 1 fois

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Jeu 24 Mai - 15:16

Au passage, allons voir si vous êtes capable de faire de l'explication de texte.
Une question: " Pourquoi les Gaulois se soulèvent ?" ce n'est pas dit expressément, mais je pense l'avoir compris. Et vous ?

(J'ai profité de l'occasion pour réécrire l'article Wikipédia qui disait que la bataille était décrite dans le livre III de la Guerre des Gaules, alors qu'elle a lieu dans le livre V).

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Mar 29 Mai - 13:31

Vercingétorix



Les historiens modernes pensent que cette monnaie romaine frappée l'année du triomphe de César sur les Gaulois représente côté pile un char breton et côté face un prisonnier gaulois... et vu que le gaulois le plus célèbre de Rome était Vercingétorix, il s'agit probablement de lui. Son état ( visage mangé de barbe, les traits marqués par les privations) est le reflet de son emprisonnement. Il ressemble à un vieillard, mais n'avait probablement que 32 ans !

Nous sommes arrivé à un point clef de la Guerre des Gaules. En effet, nous allons à présent rencontrer Vercingétorix. Il conviendrait de faire une présentation complète de ce personnage. Toutefois, cela s'avère plus ardu qu'il y parait. Nous n'avons de ce personnage que des récits écrits par ses ennemis... et qui sont orientés. Là-dessus, les historiens du XIXème siècle ont fait une construction qui l'a transformé en image d’Épinal récupéré par toute les idéologie de passage du Second Empire au Gaullisme, en passant par Vichy et les poilus de 14-18.


Son nom ?



La question peut paraître bête mais Vercingétorix était-ce vraiment son nom ? On le trouve mentionné ainsi chez Strabon, Plutarque ( « Ουεργεντοριξ » soit Ouerguén'torix  )César et Florus. C'est confirmé par les monnaies antiques qui nous en donnent l'écriture exacte VERCINGETORIXS.




Au passage, ce statère d'or frappé en -52 est le portrait le plus exact que l'on connaisse de Vercingétorix... un homme aux cheveux bouclés, rasé de près... on est bien loin du sauvage à tresse et moustache tombante que l'on imagine parfois. Il est vrai que l'aristocratie arverne côtoyait les Romains et les Grecs depuis des siècles... l'image de "barbares" aux cheveux longs et vêtus de braie appartenaient probablement au passé. On sait que la romanisation du pays était en cours depuis au moins 70 ans, au moment de la guerre des gaules. Les marchands et les pressions politiques du sénat ont plus contribué à vaincre les Arvernes que les légions de Rome.


Donc, toutes les sources le confirment... il s'appelle bien Vercingétorix... donc je me prends la tête pour rien à le mettre en doute ? Pas vraiment... UER (grand) CINGE (guerrier) RIX (roi) cela veut dire "Grand roi des guerriers" et là.... c'est un nom très bizarre. Au point que l'historien Jules Michelet en vienne à douter qu'il s'agisse bien d'un nom. Cela pourrait bien être un titre. D'ailleurs dans son " Histoire de France" Jules Michelet dit toujours " LE Vercingétorix".Et, si vous avez lu tout ce que j'ai écris sur César, en particulier son habitude d' "effacer" ses ennemis (villes et chefs de guerre ennemis non mentionnés), vous vous souviendrez que la Guerre des Gaules est un monument écrit par César à la gloire de César. Il n'y a pas de place pour des concurrents. Le rôle de Vercingétorix est celui d'un simple marche-pied. Donc le manque de détail sur la vie de ce chef, le fait qu'il soit vidé de toute substance, pour devenir une sorte de rebelle générique... que l'on peut  d'ailleurs recycler très facilement ( on n'a pas arrêté depuis le XIXème siècle ) montre bien à quel point César l'a réduit à une silhouette en papier mâché. C'était son but, réduire Vercingétorix a une simple ombre chinoise enchaînée au char du général victorieux, le jour de son triomphe à Rome.


Vercingétorix avant sa rébellion



On sait très peu de choses sur lui. Il est Arverne, fils de Keltillos, un des principaux chef de clan de cette nation.  Son père fut exécuté par le gouvernement aristocratique pour avoir essayé de restaurer la monarchie à son profit. Vercingétorix serait né entre - 80 et - 70 ( par convention on dit - 72)
En fait, tout ça est déduit d'un mot de César qui le qualifie d'adulescent ( en latin, un homme de moins de trente ans). Il ne pouvait dont pas être né avant - 80. 
Dion Cassius ( Histoire romaine XL 40)  dit que Vercingétorix et César auraient été amis. Comme par ailleurs, Vercingétorix a entraîné ses troupes " à la romaine", on pense généralement qu'il aurait été un auxiliaire gaulois dans l'armée romaine. Il est indéniable ( on y reviendra) que Vercingétorix comprenait comment César fonctionnait, ce qui donne quelque vraisemblance à cette thèse. 
Il existe une preuve indirecte de l’amitié passée de César et de Vercingétorix. C'est César lui-même qui explique que Keltillos avait cherché à devenir roi... pour un Romain c'est le crime absolu. Il l'aurait accusé d'être anthropophage, cela n'aurait pas été pire !  Il faut que César soit bien furieux vis-à-vis de Vercingétorix pour lancer une telle accusation. De plus, lorsque l'on lit la Guerre des Gaules, on est frappé de voir l'émergence soudaine de Vercingétorix... il apparaît d'un coup, sans explication et c'est déjà un chef de guerre redoutable, reconnu par les chefs gaulois. Il manque visiblement un épisode. On a l'impression que sa carrière militaire antérieure a été effacée de la Guerre des Gaules. Il ne peut y avoir qu'une explication... Vercingétorix se battait jusque là dans le camp de César. Le général le tait probablement parce qu'il ne veut pas donner l'impression qu'il a nourris une vipère en son sein.
En tout cas, il ne fait aucun doute  (du moins quant on lit Dion Cassius) que César s'est senti personnellement trahis par Vercingétorix. Or, Dion Cassius puise dans les textes d'ennemis politiques contemporains de César. Il est vrai que cet auteur (contemporain de Septime Sévère) est un partisan du sénat à une époque où ce dernier n'a plus de pouvoir, son histoire romaine vise à démontrer que le "bon" gouvernement est celui de la république. Il s'attaque donc à César par un discours critique et sort de l’hagiographie traditionnelle romaine. Cela ne veut pas dire que Dion Cassius a raison ( les historiens modernes qualifient nombres de passages de son oeuvre comme de "témoignages de secondes mains"). Toutefois, on a là une vision différente de la Guerre des Gaules ou César n'est pas décrit - par le "très neutre" auteur de la Guerre des Gaules - comme bon, juste et parfait en tout point. 


La stratégie de Vercingétorix



Le seul chef de guerre gaulois à avoir appliqué une stratégie réaliste pour contrer César est Vercingétorix.


1°) Stratégie de la terre brûlée

Vercingétorix brûle les champs et détruits les réserves devant l'armée romaine.


2°) Refus de l'affrontement frontal

Bien que Vercingétorix entraîne ses troupes à la romaine et y fasse régner une discipline de fer, il est bien conscient de la cohésion supérieur des romains et de la confiance que ces derniers tirent de leurs victoires précédentes. Une défaite face à César pourrait être décisive.


3°) Harcélement

Alors que l'armée romaine envoie partout des hommes ratisser les campagnes à la recherche de vivres, les Gaulois les attaquent. Ils recourent à l'embuscade mais n'hésitent pas à les affronter lorsqu'ils sont plus nombreux.
Les reconstitutions modernes de ces combats, effectuées avec de l'armement copiés sur les trouvailles archéologiques ont démontré que les Romains profitaient dans les batailles rangées des avantages d'une ligne de bataille en plusieurs rangées. Dans les escarmouches, sans l'épaisseur de leurs lignes de batailles, ils sont vulnérables à la puissance de choc des lanciers gaulois.   


4°) Contrer les mouvements de César



Lorsque César marche sur Gergovie, Vercingétorix coupe tous les ponts. Comme vous l'avez sans doute compris, la rapidité de César a rassembler ou à disperser ses troupes, selon la situation, a été son plus grand avantage jusque là. La réaction de Vercingétorix, en se jouant des coupures humides pour bloquer les mouvements de César est encore une fois parfaitement adapté... mais César est plus malin encore. Il enverra la moitié de ses troupes en avant. Les Gaulois sur l'autre rive - comptant les enseignes- dénombrèrent le bon nombre de cohortes. Sauf que César était resté dans son camp avec le reste ( sans leurs enseignes) et entreprit immédiatement de construire un pont. Le temps que Vercingétorix comprenne la ruse et fasse demi-tour, les Romains avaient pris pieds sur l'autre rive. 


Pour laisser un peu de suspens, je raconterais le reste plus tard. 

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Mar 29 Mai - 17:13

Anaxagore a écrit:Au passage, allons voir si vous êtes capable de faire de l'explication de texte.
Une question: " Pourquoi les Gaulois se soulèvent ?" ce n'est pas dit expressément, mais je pense l'avoir compris. Et vous ?

(J'ai profité de l'occasion pour réécrire l'article Wikipédia qui disait que la bataille était décrite dans le livre III de la Guerre des Gaules, alors qu'elle a lieu dans le livre V).

Personne n'a d'idée ?

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Re: Uchronies romaines.

Message par le roi louis le Mer 30 Mai - 18:11

désolé en ce moment beaucoup de taf donc pas trop le temps de faire cela de façon sérieuse. Je pourrais m'y mettre dans un moi, quand j'aurai fin la tonne de truc que j'ai sur le feu.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Thomas le Mer 30 Mai - 18:38

Personnellement, je n’ai pas encore lu tout ce que tu poster dans ce sujet. Tu es très prolifique et mes connaissances de l'Empire romain sont limitées.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Mer 30 Mai - 22:11

C'est une simple déduction. mais la cause de la révolte est l'hivernage des Romains ou plus exactement, la colère : " les Romains ont dévasté nos champs avec leurs campagnes militaires, ils ont même incendié volontairement récoltes et greniers dans les contrées qui se sont soulevées. Maintenant nous avons faim et il faut en plus les nourrir !"

La production agricole dans l'ancienne Gaule était énorme (la raison même de la venue des Romains), pour que le grain vienne à manquer c'est probablement en raison des conflits incessants.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Thomas le Jeu 31 Mai - 7:24

Je me doutais de quelques choses dans ce genre, mais comme l'extrait de la GdG ne le tourne pas de cette façon, je pensais me tromper.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Jeu 31 Mai - 10:31

D'abord, c'est une déduction. Donc, ce n'est que mon opinion personnelle ( je peux me tromper).
Toutefois, il ne faut pas oublier la logique interne de La Guerre des gaules.
Le but de César est de démontrer qu'il a conduit une guerre "propre" ( selon les usages des temps) et que ce sont les "Gaulois" qui ont livré une guerre sale avec des traîtrises et de la malhonnêteté ( il suffit de lire Florus pour se rendre compte que les Romains ont bien gobé le discours de César). 
Donc César ne va certainement pas insister sur les dommages qu'une guerre prolongée fait subir à l'infrastructure agricole.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Collectionneur le Jeu 31 Mai - 17:08

Ce n'est en effet que depuis quelques décennies qu'un vainqueur s'excuse publiquement devant un vaincu des dommages causés Smile
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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Sam 2 Juin - 20:51

César se fiche plus ou moins de l'opinion des Gaulois, c'est l'opinion du sénat de Rome qui lui importe. Il a tout intérêt à éviter tout ce qui pourrait indiquer qu'il a "gaffé" en affamant des peuples entiers et les poussant à la révolte.

Pour résumer, le but de la Guerre des Gaules est d'expliquer au Sénat que personne n'aurait pu vaincre les Gaulois plus vite et avec moins de perte que César. Mais aussi que César a été bon et généreux, qu'il s'est conduis de manière humaine... et que les massacres de Gaulois sont toujours dus à une malhonnêteté, une traîtrise, qu'il a été obligé de réprimer violemment pour éviter de paraître faible. 

Pareillement, César transforme les défaites en victoire, quand les légions réussissent à se replier. Et lorsqu'elle n'y arrivent pas... c'est dû à un légat stupide qui n'a pas suivis les ordres de César et la traîtrise d'un Gaulois sans parole. César n'y est donc pour rien...

Je dispose de trois avantages pour décortiquer la Guerre des Gaules

1°) Je l'ai lu et relu depuis l'enfance, je sais donc exactement ce que je cherche.

2°) J'ai un don naturel pour trouver le détail qui cloche. de nombreux passages me gênent... on dirait que César a raconté n'importe quoi ( mais oui 4000 Belges soudain pris de folie furieuse... attaquent en pleine nuit les 40 000 soldats romains retranché dans leur camp... surtout qu'ils venaient juste de se rendre et de livrer leurs armes). On encore qu'il omet un détail ( Comment se fait-il que Vercingétorix " chef renommé" n’apparaît jamais dans la Guerre des Gaules avant sa révolte).

3°) Je suis logique et bon psychologue. Et je connais la règle d'or de la logique, le rasoir d'Ockham.   Pluralitas non est ponenda sine necessitate. La réponse la plus simple est toujours la meilleure. Si César ment c'est que la vérité n'est pas en sa faveur. Comme je connais le contexte, la situation (avant et après), comme je connais son but, je peux compléter les blancs.  

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Mer 6 Juin - 11:46

Les débuts de la révolte de Vercingétorix







La révolte de Vercingétorix commence le 23 janvier - 52. A cette date, César est retourné en Italie et les Gaulois vont en profiter pour se révolter à Cénabum en pays Carnutes. Il passent par l'épée tous les Romains de la ville. Ce premier acte mène immédiatement à une véritable effet de tâche d'huile. Les peuples se soulèvent les uns après les autres : Sénons, Parisii, Pictons, Carduques, Turones, Aulerques, Lémovices, Andes... tout l'ouest de la Gaule. Le chef qui prend le contrôle de la coalition est un Arverne appelé... Vercingétorix bien sûr. Non seulement il rallie sont propre peuple, mais il détache même les Bituriges des Eduens dont ils sont un peuple client. 

La stratégie de Vercingétorix 


Le jeune chef arverne comprend bien que le temps est l'essence de la victoire. Bon élève de César, il imite ses stratégies. Plutôt que l'attendre, il prend l'initiative et attaque en Narbonaise. Cependant, César revient si vite dans la province romaine qu'il est évident qu'il a eu des nouvelles de l'insurrection avant même qu'elle n'éclate. Bien que César soit coupé de ses légions qui hivernent dans le nord de la Gaule, il réussit à mettre en défense Narbo Martius, l'actuelle Narbonne, grâce à la garnison locale, des recrues encore à l'entraînement, et un mélange de guerriers gaulois locaux. 

Le but de Vercingétorix est probablement d'attaquer les Romains sur leur terrain pour tenir César éloigné de ses légions, et d'anéantir celles-ci une par une alors qu'elles hivernent encore. Cependant, le général romain repousse l'assaut sur la Narbonaise et reprend l'initiative avec ses troupes de bric-et-de-broc, en franchissant les Cévennes. Son arrivée aussi rapide stupéfie Vercingétorix car ces montagnes sont jugées impassables en plein hiver. Pire, César lance une incursion en pays Arverne. Ce qui oblige son ennemi à abandonner le rassemblement de ses troupes pour se porter au-devant de César... ce dernier se dérobe et se replie sur le territoire des Eduens, toujours fidèles à l’alliance avec Rome. Continuant sa route, le Romain atteint le territoire des Lingons où hivernent une partie de ses légions.

Bilan :


La stratégie de Vercingétorix est intelligente, mais ... malheureusement pour lui...  limpide. Il essaie de garder César à l’écart de ses légions, tout en inquiétant la Narbonaise. Diviser pour régner, attaquer séparément chaque adversaire pour que leur force conjuguer ne puisse vous abattre... c'est le B-A BA de la stratégie. Toutefois, l'élève est surpris par la vivacité du maître. L'Arverne attaque alors que le Romain est encore sensé être en Italie, il le découvre à la tête d'une armée à Narbo Martius (certes pas une véritable légion) et ce dernier repousse son attaque. L'initiative échappe à Vercingétorix lorsque César attaque le pays Arverne. 
Qu'attend César de cette offensive ? Oh, pas de vaincre Vercingétorix sur le champ de bataille... pas avec des recrues, des instructeurs et des mercenaires pour toute force ! D'ailleurs, il se replie dès que son ennemi arrive sur place. Non, César veut montrer qu'il garde le contrôle de la situation, qu'il n'est pas réduit à la défensive. Psychologiquement, en frappant le pays de son adversaire, il démontre aussi sa faiblesse. Deuxièmement, le Romain veut obliger Vercingétorix à suspendre tous ses préparatifs en cours ( entraînement, rassemblent de ses forces, agressions contre les légions isolées etc...) pour s'en prendre à lui. C'est une diversion. César utilise César comme appât ! En attaquant il n'a pas vaincu Vercingetorix militairement, mais il l'a vaincu dans ses plans. Retenez ceci : les trois premières clefs de la stratégie selon César sont 1°) le contrôle de l'information ( pas l'espionnage en amont, par la propagande en aval) 2°) la vitesse qui, chez César, tend au don d'ubiquité. Être partout évite d'avoir à placer des troupes partout. 3°) L'initiative, en contrant l'ennemi dans ses plans non seulement on nuit à sa dynamique mais on l'affaitblit psychologiquement par le doute.


Vercingétorix attaque les Boïens 


Bien que César ait réussis à rejoindre ses légions, pour la rébellion gauloise le plus important à court terme n'est pas les Romains, mais leur allié gaulois. Là encore, la décision de l'Arverne est aussi logique que brillante. La principale force de César a toujours été de profiter des divisions des autochtones. La stratégie de Vercingétorix va donc être d'écraser un allié gaulois de César pour faire un exemple... Le message est clair : qui n'est pas avec moi est contre moi. 
Il est intéressant de noter que César ne donne pas le nom de la ville boïenne que Vercingétorix prend. Comme toujours, les amnésies de César ne sont pas anodine. En refusant de donner un nom à la victoire de Vercingétorix, il la voue à l'oubli. Car son but en écrivant la Guerre des Gaules est de se promouvoir lui, lui et uniquement lui ! 

Riposte de César


Bien que l'hiver continue, et que César hésite à s'engager dans le combat, il comprend parfaitement qu'il ne peut rester à rien faire alors que ses alliés combattent. Encore une fois, la décision d'intervenir du général romain n'est pas basée sur la stratégie mais sur l'aspect politico-diplomatico-psychologique de la question. César va donc punir successivement Sénons, Carnutes et Biturgites. Il prend plusieurs villes.
C'est à cette occasion que César et Vercingétorix s'affrontement pour la première fois... une simple escarmouche de cavalerie. Originellement favorable aux Gaulois, qui mettent en difficulté les equites romains, elle finit par la victoire de César après l'intervention des mercenaires germains de ce dernier. La vitesse de César lui permet d'éviter une guerre d'attrition en hiver, période où il est le plus difficile d'entrer en campagne pour une armée. Il arrive même à prendre Vellaunodunum, en pays Sénon, en trois jours ! Vercingétorix voulait couper le ravitaillement de César, il a échoué du fait même de cette prestesse.  

Bilan : 


Vercingétorix a perdu la première manche du bras de fer avec César. Un fois encore, ce dernier à imposé sa guerre, obligeant ses ennemis à réagir à ses initiatives plutôt qu'à mener le conflit comme ils le désiraient.

Uchronie ?


Pas vraiment... bien sûr on peut imaginer que César n'arrive pas à temps en Narbonaise où ne traverse pas les Cévennes. mais cela revient à dire " Et si César n'agissait pas comme César". Je trouve sans intérêt ce genre d'Uchronie qui revient à changer la manière d'agir du principal acteur parce que le résultat ne vous plait pas.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Mar 12 Juin - 16:15

Le siège d'Avaricum




César a écrit:

Vercingétorix adopte une tactique nouvelle

14

(1) Vercingétorix, après tant de revers essuyés successivement à Vellaunodunum, à Cénabum, à Noviodunum, convoque un conseil. (2) Il démontre "que cette guerre doit être conduite tout autrement qu'elle ne l'a été jusqu'alors ; qu'il faut employer tous les moyens pour couper aux Romains les vivres et le fourrage ; (3) que cela sera aisé, puisque l'on a beaucoup de cavalerie et qu'on est secondé par la saison ; (4) que, ne trouvant pas d'herbes à couper, les ennemis seront contraints de se disperser pour en chercher dans les maisons, et que la cavalerie pourra chaque jour les détruire ; (5) qu'enfin le salut commun doit faire oublier les intérêts particuliers ; qu'il faut incendier les bourgs et les maisons en tout sens depuis Boïe, aussi loin que l'ennemi peut s'étendre pour fourrager. (6) Pour eux, ils auront tout en abondance, étant secourus par les peuples sur le territoire desquels aura lieu la guerre ; (7) les Romains ne pourront soutenir la disette ou s'exposeront à de grands périls en sortant de leur camp ; (Cool il importe peu de les tuer ou de leur enlever leurs bagages, dont la perte leur rend la guerre impossible. (9) Il faut aussi brûler les villes qui par leurs fortifications ou par leur position naturelle ne seraient pas à l'abri de tout danger, afin qu'elles ne servent ni d'asile aux Gaulois qui déserteraient leurs drapeaux, ni de but aux Romains qui voudraient y enlever des vivres et du butin. (10) Si de tels moyens semblent durs et rigoureux, ils doivent trouver plus dur encore de voir leurs enfants, leurs femmes, traînés en esclavage, et de périr eux-mêmes, sort inévitable des vaincus."

15

(1) Cet avis étant unanimement approuvé, on brûle en un jour plus de vingt villes des Bituriges. On fait la même chose dans les autres pays. (2) De toutes parts on ne voit qu'incendies : ce spectacle causait une affliction profonde et universelle, mais on s'en consolait par l'espoir d'une victoire presque certaine, qui indemniserait promptement de tous les sacrifices. (3) On délibère dans l'assemblée générale s'il convient de brûler ou de défendre Avaricum. (4) Les Bituriges se jettent aux pieds des autres Gaulois: "Qu'on ne les force pas à brûler de leurs mains la plus belle ville de presque toute la Gaule, le soutien et l'ornement de leur pays ; (5) ils la défendront facilement, disent-ils, vu sa position naturelle ; car presque de toutes parts entourée d'une rivière et d'un marais, elle n'a qu'une avenue très étroite." (6) Ils obtiennent leur demande ; Vercingétorix, qui l'avait d'abord combattue, cède enfin à leurs prières et à la pitié générale. La défense de la place est confiée à des hommes choisis à cet effet.

Guerre des Gaules, Livre VII

Le bilan des premiers affrontements entre Gaulois et Romains est globalement défavorables. En dépit de tous les soins apportés par Vercingétorix à la création d'une cavalerie d'élite celle-ci n'a pas prévalu contre les mercenaires germains utilisés par César. Pire encore, César a une nouvelle fois repris l'initiative stratégique par la guerre de mouvement. 

Vercingétorix redoute un affrontement d'infanterie en rase campagne. Et même ses tentatives pour prendre les Romains en embuscade ont échoué. Même la guerre de siège tourne systématiquement en faveur des envahisseurs qui disposent de machines de sièges et d'ingénieurs spécialisés. 

La seule chance des Gaulois est de recourir à la stratégie de la terre brûlée. Non seulement, Vercingétorix fait incendier les récoltes et brûler les villes, mais il attaque les fourrageurs Romains. Ces stratégies de guérilla font appel au seul avantage des autochtones... ils sont chez eux ! Les Romains mangent leur pain, occupent leurs villes. Ils peuvent donc les priver de nourriture et de positions stratégiques nécessaires au contrôle du pays  !
 

Était-ce une erreur de défendre Avaricum ?


C'est ce que dit César et la suite va prouver qu'il avait raison. Cependant, Vercingétorix ne pouvait pas brûler toutes les villes de Gaules. Défendre Avaricum, considérée comme imprenable revenait à créer un accès de fixation. César était obligé de prendre la ville - et ses réserves de nourriture - pour ne pas mourir de faim. Pendant qu'il était là à assiéger la ville, il n'était pas ailleurs. ce qui laissait la possibilité à Vercingétorix d'harceler les Romains depuis l'extérieur. 



La ville d'Avaricum est dressée sur une éminence plate. Les pentes sont raides et couronnées à leurs sommets par l'enceinte de la ville, formée de murs gaulois



César a écrit:

Les murs gaulois

23

(1) Telle est à peu près la forme des murailles dans toute la Gaule : à la distance régulière de deux pieds, on pose sur leur longueur des poutres d'une seule pièce ; (2) on les assujettit intérieurement entre elles, et on les revêt de terre foulée. Sur le devant, on garnit de grosses pierres les intervalles dont nous avons parlé. (3) Ce rang ainsi disposé et bien lié, on en met un second en conservant le même espace, de manière que les poutres ne se touchent pas, mais que, dans la construction, elles se tiennent à une distance uniforme, un rang de pierres entre chacune. (4) Tout l'ouvrage se continue ainsi, jusqu'à ce que le mur ait atteint la hauteur convenable. (5) Non seulement une telle construction, formée de rangs alternatifs de poutres et de pierres, n'est point, à cause de cette variété même, désagréable à l'oeil ; mais elle est encore d'une grande utilité pour la défense et la sûreté des villes ; car la pierre protége le mur contre l'incendie, et le bois contre le bélier ; et on ne peut renverser ni même entamer un enchaînement de poutres de quarante pieds de long, la plupart liées ensemble dans l'intérieur.

La Guerre des Gaules, livre VII



Il s'agit de murs de bois et terre avec un parement extérieur de pierres. Ils sont très durs à incendier et résistent très bien (mieux qu'une muraille classique) aux machines de sièges.

César a écrit:

Siège d'Avaricum

16

(1) Vercingétorix suit César à petites journées, et choisit pour son camp un lieu défendu par des marais et des bois, à seize mille pas d'Avaricum. (2) Là, des éclaireurs fidèles l'instruisaient à chaque instant du jour de ce qui se passait dans Avaricum, et y transmettaient ses volontés. (3) Tous nos mouvements pour chercher des grains et des fourrages étaient épiés ; et si nos soldats se dispersaient ou s'éloignaient trop du camp, il les attaquait et leur faisait beaucoup de mal, quoiqu'on prît toutes les précautions possibles pour sortir à des heures incertaines et par des chemins différents.

17

(1) Après avoir assis son camp dans cette partie de la ville qui avait, comme on l'a dit plus haut, une avenue étroite entre la rivière et le marais, César fit commencer une terrasse, pousser des mantelets, et travailler à deux tours ; car la nature du lieu s'opposait à une circonvallation. (2) Il ne cessait d'insister auprès des Boïens et des Héduens pour les vivres ; mais le peu de zèle de ces derniers les lui rendait comme inutiles, et la faible et petite cité des Boïens eut bientôt épuisé ses ressources. (3) L'extrême difficulté d'avoir des vivres, due à la pauvreté des Boïens, à la négligence des Héduens et à l'incendie des habitations, fit souffrir l'armé e au point qu'elle manqua de blé pendant plusieurs jours, et qu'elle n'eut, pour se garantir de la famine, que le bétail enlevé dans les bourgs très éloignés. Cependant on n'entendit pas un mot indigne de la majesté du peuple romain ni des victoires précédentes. (4)Bien plus, comme César, visitant les travaux, s'adressait à chaque légion en particulier, et leur disait que si cette disette leur semblait trop cruelle, il lèverait le siège, (5) tous le conjurèrent de n'en rien faire : "Depuis nombre d'années, disaient-ils, qu'ils servaient sous ses ordres, jamais ils n'avaient reçu d'affront ni renoncé à une entreprise sans l'avoir exécutée ; (6) ils regardaient comme un déshonneur d'abandonner un siège commencé : (7) il valait mieux endurer toutes les extrémités que de ne point venger les citoyens romains égorgés à Cénabum par la perfidie des Gaulois." (Cool Ils le répétaient aux centurions et aux tribuns militaires pour qu'ils le rapportassent à César.

18

(1) Déjà les tours approchaient du rempart quand des prisonniers apprirent à César que Vercingétorix, après avoir consommé ses fourrages, avait rapproché son camp d'Avaricum, et qu'avec sa cavalerie et son infanterie légère habituée à combattre entre les chevaux, il était parti lui-même pour dresser une embuscade à l'endroit où il pensait que nos fourrageurs iraient le lendemain. (2) D'après ces renseignements, César partit en silence au milieu de la nuit, et arriva le matin près du camp des ennemis. (3) Ceux-ci, promptement avertis de son approche par leurs éclaireurs, cachèrent leurs chariots et leurs bagages dans l'épaisseur des forêts, et mirent toutes leurs forces en bataille sur un lieu élevé et découvert. (4) César, à cette nouvelle, ordonna de déposer les sacs et de préparer les armes.

19

(1) La colline était en pente douce depuis sa base ; un marais large au plus de cinquante pieds l'entourait presque de tous côtés et en rendait l'accès difficile et dangereux. (2) Les Gaulois, après avoir rompu les ponts, se tenaient sur cette colline, pleins de confiance dans leur position ; et ; rangés par familles et par cités, ils avaient placé des gardes à tous les gués et au détour du marais, et étaient disposés, si les Romains tentaient de le franchir, à profiter de l'élévation de leur poste pour les accabler au passage. (3) À ne voir que la proximité des distances, on aurait cru l'ennemi animé d'une ardeur presque égale à la nôtre ; à considérer l'inégalité des positions, on reconnaissait que ses démonstrations n'étaient qu'une vaine parade. (4) Indignés qu'à si peu de distance il pût soutenir leur aspect, nos soldats demandaient le signal du combat ; César leur représente "par combien de sacrifices, par la mort de combien de braves, il faudrait acheter la victoire ; (5) il serait le plus coupable des hommes si, disposés comme ils le sont à tout braver pour sa gloire, leur vie ne lui était pas plus chère que la sienne." (6) Après les avoir ainsi consolés, il les ramène le même jour au camp, voulant achever tous les préparatifs qui regardaient le siège.

Guerre des Gaules, Livre VII

En dépit de la difficulté de la tâche, les Romains ne renoncent pas. Pour se lancer à l'attaque d'Avaricum, ils commencent mla construction d'une rampe de siège ou agger.


Extrait de "Gergovie" de Nathalie Arilla

Mais les Gaulois ripostent en creusant des galeries sous la rampe d'assaut pour ôter la terre que les Romains  amènent péniblement sous les tirs des Assiégés.

César a écrit:

Habile défense d'Avaricum

22

(1) À la valeur singulière de nos soldats, les Gaulois opposaient des inventions de toute espèce ; car cette nation est très industrieuse et très adroite à imiter et à exécuter tout ce qu'elle voit faire. (2) Ils détournaient nos faux avec des lacets, et lorsqu'ils les avaient saisies, ils les attiraient à eux avec des machines. Ils ruinaient notre terrasse, en la minant avec d'autant plus d'habileté qu'ayant des mines de fer considérables, ils connaissent et pratiquent toutes sortes de galeries souterraines. (3) Ils avaient de tous côtés garni leur muraille de tours recouvertes de cuir. (4) Faisant de jour et de nuit de fréquentes sorties, tantôt ils mettaient le feu aux ouvrages, tantôt ils tombaient sur les travailleurs. L'élévation que gagnaient nos tours par l'accroissement journalier de la terrasse, (5)ils la donnaient aux leurs, en y ajoutant de longues poutres liées ensemble ; ils arrêtaient nos mines avec des pieux aigus, brûlés par le bout, de la poix bouillante, d'énormes quartiers de rochers, et nous empêchaient ainsi de les approcher des remparts.

Guerre des Gaules, livre VII







Voilà une autre reconstitution de la terrasse de siège de César visible au musée de Bourges ( Bourges est la ville se trouvant de nos jours à l'emplacement d'Avaricum). 

Uchronie : la bataille d'Avaricum


OTL, Vercingétorix prépare une embuscade pour s'emparer d'un convois de ravitaillement romain... surprise c'est deux légions qui viennent à lui, commandées par César lui-même. Le Gaulois réagit superbement en mettant ses troupes en ordre de bataille sur une colline entre lui et César... un marais. César considère les choses est renonce à l'assaut...   Son analyse de la situation est limpide. Les Gaulois disposent d'une situation très avantageuse. Si les Romains s'engagent dans les marais, ils pataugeront à portée de tir de l'ennemi qui pourra l'accabler de traits. César ne peut même pas manœuvrer pour contourner l’obstacle, les Gaulois ont des éléments avancés pour garder tous les gués. 
Si César se serait risqué à attaquer... il aurait été vaincu. Seulement, c'était assez évident... 

César a écrit:

Suite du siège

24

(1) Quoique l'on rencontrât tous ces obstacles, et que le froid et les pluies continuelles retardassent constamment les travaux, le soldat, s'y livrant sans relâche ; surmonta tout, et en vingt-cinq jours, il éleva un terrasse large de trois cent trente pieds, et haute de quatre-vingts. (2) Déjà elle touchait presque au mur de la ville, et César qui, suivant sa coutume, passait la nuit dans les ouvrages, exhortait les soldats à ne pas interrompre au seul instant leur travail, quand un peu avant la troisième veille, on vit de la fumée sortir de la terrasse, à laquelle les ennemis avaient mis le feu par une mine. (3) Dans le même instant, aux cris qui s'élevèrent le long du rempart, les Barbares firent une sortie par deux portes, des deux côtés des tours. (4) Du haut des murailles, les uns lançaient sur la terrasse des torches et du bois sec, d'autres y versaient de la poix et des matières propres à rendre le feu plus actif, en sorte qu'on pouvait à peine savoir où se porter et à quoi remédier d'abord. (5) Cependant, comme César avait ordonné que deux légions fussent toujours sous les armes en avant du camp, et que plusieurs autres étaient dans les ouvrages, où elles se relevaient à des heures fixes, on put bientôt, d'une part, faire face aux sorties, de l'autre retirer les tours et couper la terrasse pour arrêter le feu ; enfin toute l'armée accourut du camp pour l'éteindre.

25

(1) Le reste de la nuit s'était écoulé, et l'on combattait encore sur tous les points ; les ennemis étaient sans cesse ranimés par l'espérance de vaincre, avec d'autant plus de sujet, qu'ils voyaient les mantelets de nos tours brûlés, et sentaient toute la difficulté d'y porter secours à découvert ; qu'à tous moments ils remplaçaient par des troupes fraîches celles qui étaient fatiguées, et qu'enfin le salut de toute la Gaule leur semblait dépendre de ce moment unique. Nous fûmes alors témoins d'un trait que nous croyons devoir consigner ici, comme digne de mémoire. (2) Devant la porte de la ville était un Gaulois, à qui l'on passait de main en main des boules de suif et de poix, qu'il lançait dans le feu du haut d'une tour. Un trait de scorpion lui perce le flanc droit ; il tombe mort. (3) Un de ses plus proches voisins passe par-dessus le cadavre et remplit la même tâche ; il est atteint à son tour et tué de la même manière ; un troisième lui succède ; à celui-ci un quatrième ; (4) et le poste n'est abandonné que lorsque le feu de la terrasse est éteint et que la retraite des ennemis partout repoussés a mis fin au combat.

26

(1) Après avoir tout tenté sans réussir en rien, les Gaulois, sur les instances et l'ordre de Vercingétorix, résolurent le lendemain d'évacuer la place. (2) Ils espéraient le faire dans le silence de nuit, sans éprouver de grandes pertes, parce que le camp de Vercingétorix n'était pas éloigné de la ville, et qu'un vaste marais, les séparant des Romains, retarderait ceux-ci dans leur poursuite. (3) Déjà, la nuit venue, ils se préparaient à partir, lorsque tout à coup les mères de famille sortirent de leurs maisons, et se jetèrent, tout éplorées, aux pieds de leurs époux et de leurs fils, les conjurant de ne point les livrer à la cruauté de l'ennemi elles et leurs enfants, que leur âge et leur faiblesse empêchaient de prendre la fuite. (4) Mais comme ils persistaient dans leur dessein, tant la crainte d'un péril extrême étouffe souvent la pitié, ces femmes se mirent à pousser des cris pour avertir les Romains de cette évasion. (5) Les Gaulois effrayés craignant que la cavalerie romaine ne s'emparât des passages, renoncèrent à leur projet.

Prise et sac d'Avaricum

27

(1) Le lendemain, tandis que César faisait avancer une tour, et dirigeait les ouvrages qu'il avait projetés, il survint une pluie abondante. Il croit que ce temps favoriserait une attaque soudaine, et remarquant que la garde se faisait un peu plus négligemment sur les remparts, il ordonne aux siens de ralentir leur travail, et leur fait connaître ses intentions. (2) II exhorte les légions qu'il tenait toutes prêtes derrière les mantelets à recueillir enfin dans la victoire le prix de tant de fatigues ; il promet des récompenses aux premiers qui escaladeront la muraille, et donne le signal. (3) Ils s'élancent aussitôt de tous les côtés et couvrent bientôt le rempart.

28

(1) Consternés de cette attaque imprévue, renversés des murs et des tours, les ennemis se forment en coin sur la place publique et dans les endroits les plus spacieux, résolus à se défendre en bataille rangée, de quelque côté que l'on vienne à eux. (2) Voyant qu'aucun Romain ne descend, mais que l'ennemi se répand sur toute l'enceinte du rempart, ils craignent qu'on ne leur ôte tout moyen de fuir ; ils jettent leurs armes, et gagnent d'une course les extrémités de la ville. (4) Là, comme ils se nuisaient à eux-mêmes dans l'étroite issue des portes, nos soldats en tuèrent une partie ; une autre déjà sortie fut massacrée par la cavalerie ; (4) personne ne songeait au pillage. Animés par le carnage de Genabum, et par les fatigues du siège, les soldats n'épargnèrent ni les vieillards, ni les femmes, ni les enfants. (5) Enfin de toute cette multitude qui se montait à environ quarante mille individus, à peine en arriva-t-il sans blessures auprès de Vercingétorix, huit cents qui s'étaient, au premier cri, jetés hors de la ville. (6) II les recueillit au milieu de la nuit en silence ; car il craignait, s'ils arrivaient tous ensemble, que la pitié n'excitât quelque sédition dans le camp ; et, à cet effet, il avait eu soin de disposer au loin sur la route ses amis et les principaux chefs des cités pour les séparer et les conduire chacun dans la partie du camp qui, dès le principe, avait été affectée à leur nation.

Bilan :


Une nouvelle fois, l'affrontement entre Romains et Gaulois a été la lutte du pot de fer comme celle du pot de terre. Vercingétorix n'a fait aucune erreur tactique, les défenseurs d'Avaricum ont été dignes d'éloges. Pourtant il n'ont rien pu faire contre le talent tactique supérieur de leurs adversaires et leurs connaissances de l’ingénierie.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Lun 18 Juin - 14:41

Les Gaulois de Vercingétorix étaient-ils militairement inférieurs ?


Le texte de César utilise des termes méprisants pour qualifier les troupes de Vercingétorix

César a écrit:

Vercingétorix





[7,4]
(1) Là, dans le même but, un jeune Arverne très puissant, Vercingétorix, fils de Celtillos, qui avait tenu le premier rang dans la Gaule, et que sa cité avait fait mourir parce qu'il visait à la royauté, assemble ses clients et les échauffe sans peine. (2) Dès que l'on connaît son dessein, on court aux armes ; son oncle Gobannitio, et les autres chefs qui ne jugeaient pas à propos de courir une pareille chance, le chassent de la ville de Gergovie. (3) Cependant il ne renonce pas à son projet, et lève dans la campagne un corps de vagabonds et de misérables. Suivi de cette troupe, il amène à ses vues tous ceux de la cité qu'il rencontre ; (4) il les exhorte à prendre les armes pour la liberté commune. Ayant ainsi réuni de grandes forces, il expulse à son tour du pays les adversaires qui, peu de temps auparavant, l'avaient chassé lui-même. On lui donne le titre de roi, (5) et il envoie des députés réclamer partout l'exécution des promesses que l'on a faites. (6) Bientôt il entraîne les Sénons, les Parisii, les Pictons, les Cadurques, les Turons, les Aulerques, les Lémovices, les Andes, et tous les autres peuples qui bordent l'océan : tous s'accordent à lui déférer le commandement. (7) Revêtu de ce pouvoir, il exige des otages de toutes les cités, donne ordre qu'on lui amène promptement un certain nombre de soldats, (Cool et règle ce que chaque cité doit fabriquer d'armes, et l'époque où elle les livrera. Surtout il s'occupe de la cavalerie ; (9) à l'activité la plus grande il joint la plus grande sévérité ; il détermine les incertains par l'énormité des châtiments ; (10) un délit grave est puni par le feu et par toute espèce de tortures ; pour les fautes légères il fait couper les oreilles ou crever un œil, et renvoie chez eux les coupables pour servir d'exemple et pour effrayer les autres par la rigueur du supplice.

Guerre des Gaules VII, 4

Notez que les troupes de Vercingétorix est appelée  "un corps de vagabonds et de misérables" (souligné par moi dans le texte). Il ne faut pas s'attarder sur cette description, ni d'ailleurs sur celle des tortures ( contre productive, d'ailleurs) pour créer un corps de cavalerie d'élite. Le chapitre sur Vercingétorix n'existe qu'à des fins de propagande. Que nous dit-il ?

1°) Que son père a voulu rétablir la royauté... le texte étant adressé au sénat de la république romaine, cela revient à le désigner comme un ennemi de ses valeurs, le fils d'un tyran condamné par son propre peuple. 

2°) Que son propre peuple l'a d'abord repoussé et que, pour lui forcer la main, il a réunis une véritable troupe de brigands.

3°)  Qu'il a pris des otages et qu'il est très cruel envers ses propres troupes pour les forcer à obéir. 

Salir son ennemi pour se glorifier soi-même est le B-A BA de la propagande.

Je ne suis pas le premier à mettre en avant que la Guerre des Gaules est une oeuvre de propagande et que l'on peut se fier à ce genre de passage. Notez bien que je ne vous dis pas que Vercingétorix était un petit saint. Non, en fait, la simple logique me pousse à croire César dans les grandes lignes. Je ne veux pas dire par là que Vercingétorix ait été un tyran, que ses proches étaient des brigands où qu'il ait été un sadique... non !
Simplement, les faits sont là. Il a réuni très rapidement des peuples qui jusque là ne faisaient que de se tirer dans les pattes et palabrer vainement. Une seule chose peut les avoir contraints à cesser leurs disputes stériles : la peur. Vercingétorix les a menacé " Vous êtes avec moi ou contre moi". Et comme Vercingétorix était sur place avec son armée et que César était à Rome... ils ont rejoint Vercingétorix. 

Je crois que César ne fait que forcer le trait, mais celui-ci est bien tracé par Vercingétorix.

Armement et entraînement


César a écrit:donne ordre qu'on lui amène promptement un certain nombre de soldats, (Cool et règle ce que chaque cité doit fabriquer d'armes, et l'époque où elle les livrera. Surtout il s'occupe de la cavalerie ; (9) 


L'archéologie a démontré que l'intérêt porté par la fabrication en masse d'armement était réel. D'ailleurs, la quantité a nettement primé sur la qualité. 



La formation d'une "armée gauloise" est entièrement à porter au crédit de Vercingétorix. L'exploit n'est pas mince. Il s'agit sans doute de la première force composée de plusieurs tribus à être levée par un seul chef. Non seulement, ça, mais Vercingétorix la réunit en un temps records...enfin, à l'aune des Gaulois. Il reste trop lent par rapport aux Romains qu'il combat. 

Non seulement Vercingétorix lève des troupes dans toute la Gaule, mais il les forme au combat... à la romaine :
César a écrit:Les Gaulois commencèrent alors pour la première fois à retrancher leur camp ; et telle était leur consternation, que ces hommes, inaccoutumés au travail, crurent devoir se soumettre à tout ce qu'on leur commandait.

Guerre des Gaules VII, 30.

Après la défaite d'Avaricum, Vercingétorix a tôt fait de remplacer ses pertes par le ralliement de nouvelles tribus, mais surtout, il a compris que le combat de front contre les légions et voué à l'échec. Il demande donc qu'on lui envoie tous les archers de Gaule. 


Or, l'arc a une portée supérieure au pilum romain. Sa réponse à la supériorité des Romains dans la bataille rangée est le harcèlement à longue portée.

Conflit politique chez les Eduens


Comme je l'ai fait remarquer l'avantage principale des Romains sur les Gaulois c'est.... qu'ils sont Romains. C'est malheureux à dire, mais les Gaulois sont divisés en permanence par des querelles internes Rolling Eyes.
Après le siège d'Avaricum, César veut évidemment profiter de sa victoire pour presser l'ennemi et profiter de la fin de l'hiver pour obtenir une victoire décisive.
Toutefois, son intention est déçue par... une querelle entre Gaulois. 
César s'en passerait bien mais il est bien obligé de départager deux candidats "nommés" vertguobet. 
César en profite cependant pour réclamer 10 000 combattants et toute leur cavalerie. Il commet l'infanterie à la garde de ses provisions, mais garde les cavaliers.

Le conflit des ponts


César marche ensuite vers Gergovie, tandis que Labienus - avec quatre légions- se dirige sur Lutèce. Vercingétorix tenta de d'empêcher l'avancée des Romains en coupant tous les ponts sur l'Allier et en positionnant ses troupes sur l'autre rive.

Passage de l'Allier

[7,35]
(1) Les deux armées étaient en présence, les camps presque en face l'un de l'autre ; et les éclaireurs disposés par l'ennemi empêchaient les Romains de construire un pont et de faire passer les troupes. Cette position devenait très embarrassante pour César, qui craignait d'être arrêté une partie de l'été par la rivière, l'Allier n'étant presque jamais guéable avant l'automne. (2) Pour y obvier, il campa dans un lieu couvert de bois, vis-à-vis de l'un des ponts que Vercingétorix avait fait détruire ; et s'y tenant caché le lendemain avec deux légions, (3) il fit partir le reste des troupes avec tous les bagages, dans l'ordre accoutumé, en retenant quelques cohortes ; pour que le nombre des légions parût au complet. (4) II ordonna de faire la plus longue marche possible, et quand il put supposer, d'après le temps écoulé, que l'armée était arrivée au lieu du campement, il se mit à rétablir le pont sur les anciens pilotis, dont la partie inférieure était restée intacte. (5) L'ouvrage fut bientôt achevé : César fit passer les légions, prit une position avantageuse, et rappela les autres troupes. (6) À cette nouvelle, Vercingétorix, pour n'être pas forcé de combattre malgré lui, se porta en avant à grandes journées.




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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Lun 25 Juin - 16:52

La bataille de Gergovie


Attention ! 


Le récit de la bataille qui va suivre est basé sur la comparaison croisée entre les sources archéologiques et le récit de César. Toutefois, le site que l'archéologie officiel désigne comme celui de Gergovie suscite une controverse. Toutefois, après réflexion, j'ai trouvé une explication qui a l'heur de rendre compatible les résultats des fouilles et la description donnée dans la Guerre des Gaules. Cependant, il ne s'agit que d'un avis personnel - certes étayé par des recherches aussi sérieuses que possible - et pour lequel je n'ai aucun preuve, juste ma conviction.


Pour le détail de la controverse sur le site de Gergovie, je vous invite à consulter Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Si%C3%A8ge_de_Gergovie#Une_localisation_d%C3%A9battue


Découvertes archéologiques à proximité du plateau de Gergovie.

Note : ayant passé une partie de mon enfance dans la région, j'ai visité l'archéosite. 

La situation politique en Gaule



La victoire d'Avaricum a sauvé les Romains d'un désastre stratégique provoqué par la très efficace campagne de terre brûlée opérée par Vercingétorix. Toutefois,  la confiance des alliés gaulois de César s'est érodée. Il faut y voir l'effet de l'intervention directe de César dans les affaires internes des Eduens, mais aussi (tout simplement) l'ampleur des destructions provoquées par le conflit. Le pays est en ruine... les villes calcinées... les campagnes détruites... les forêts réduites en cendre... La Gaule a subie l'épreuve du feu.
La position de Vercingétorix est tout aussi précaire.  Bon nombre de ses "alliés" le sont par la contrainte, il a brûlé des villes, attaqué d'autres Gaulois, pris des otages. De plus, il y a Gergovie même une opposition de Gobannitio, le propre oncle de Vercingétorix. 
D'ailleurs, après Avaricum, le chef Gaulois a été accusé de trahison;



César a écrit:

Vercingétorix accusé de trahison. Son discours









[7,20]
(1) Vercingétorix, de retour près des siens, fut accusé de trahison, pour avoir rapproché son camp des Romains, pour s'être éloigné avec toute la cavalerie, pour avoir laissé sans chef des troupes si nombreuses, et parce qu'après son départ les Romains étaient accourus si à propos et avec tant de promptitude. (2) "Toutes ces circonstances ne pouvaient être arrivées par hasard et sans dessein de sa part, il aimait mieux tenir l'empire de la Gaule de l'agrément de César que de la reconnaissance de ses compatriotes." (3) Il répondit à ces accusations "qu'il avait levé le camp faute de fourrage et sur leurs propres instances ; qu'il s'était approché des Romains, déterminé par l'avantage d'une position qui se défendait par elle-même ; (4) qu'on n'avait pas dû sentir le besoin de la cavalerie dans un endroit marécageux, et qu'elle avait été utile là où il l'avait conduite. (5) C'était à dessein qu'en partant il n'avait remis le commandement à personne, de peur qu'un nouveau chef, pour plaire à la multitude, ne consentît à engager une action ; il les y savait tous portés par cette faiblesse qui les rendait incapables de souffrir plus longtemps les fatigues ; (6) si les Romains étaient survenus par hasard, il fallait en remercier la fortune, et, si quelque trahison les avaient appelés, rendre grâce au traître, puisque du haut de la colline on avait pu reconnaître leur petit nombre et apprécier le courage de ces hommes qui s'étaient honteusement retirés dans leur camp, sans oser combattre. (7) Il ne désirait pas obtenir de César par une trahison une autorité qu'il pouvait obtenir par une victoire qui n'était plus douteuse à ses yeux ni à ceux des Gaulois ; mais il est prêt à s'en démettre, s'ils s'imaginent plutôt lui faire honneur que lui devoir leur salut ; (Cool "et pour que vous sachiez ;" dit-il, "que je parle sans feinte, écoutez des soldats romains." (9) II produit des esclaves pris quelques jours auparavant parmi les fourrageurs et déjà exténués par les fers et par la faim. (10) Instruits d'avance de ce qu'ils doivent répondre, ils disent qu'ils sont des soldats légionnaires ; que, poussés par la faim et la misère, ils étaient sortis en secret du camp pour tâcher de trouver dans la campagne du blé ou du bétail ; (11) que toute l'armée éprouvait la même disette ; que les soldats étaient sans vigueur et ne pouvaient plus soutenir la fatigue des travaux ; que le général avait en conséquence résolu de se retirer dans trois jours, s'il n'obtenait pas quelque succès dans le siège. (12) "Voilà," reprend Vercingétorix, "les services que je vous ai rendus, moi que vous accusez de trahison, moi dont les mesures ont, comme vous le voyez, presque détruit par la famine et sans qu'il nous en coûte de sang, une armée nombreuse et triomphante ; moi qui ai pourvu à ce que, dans sa fuite honteuse, aucune cité ne la reçoive sur sont territoire."








[7,21]
(1) Un cri général se fait entendre avec un cliquetis d'armes, démonstration ordinaire aux Gaulois quand un discours leur a plu. Vercingétorix est leur chef suprême ; sa fidélité n'est point douteuse ; on ne saurait conduire la guerre avec plus d'habileté. (2) Ils décident qu'on enverra dans la ville dix mille hommes choisis dans toute l'armée : (3) ils ne veulent pas confier le salut commun aux seuls Bituriges, qui, s'ils conservaient la place, ne manqueraient pas de s'attribuer tout l'honneur de la victoire.



Le plan de César

 
Une fois encore, on ne peut qu'être admiratif envers César. Au milieu du tourbillon des événements, il remonte à la source et trouve le point où son intervention aura un effet optimal : Gergovie. S'il prend la capitale arverne et place Gobannitio à la tête de ce peuple, il privera Vercingétorix de ses plus fidèles soutiens. Cela serait un coup terrible pour la "rébellion", peut-être même suffisant pour terminer la guerre sur une victoire romaine... En tout cas Vercingétorix serait affaiblit et César montrerait à toute la Gaule qu'il a la haute main sur le conflit. Le général romain espère sans doute aussi obliger son rival à accepter une bataille décisive. Lors de sa traversée des Cévennes en plein hiver, l'armée de recrues de César avait lancé une opération de diversion en forme d'attaque en pays arverne et Vercingétorix était revenu en toute hâte. A l'époque, César s'était replié car il n'avait que des mercenaires et des légionnaires encore à l'entraînement. A la tête de six légions, il a à présent une force bien supérieure et ne craint plus la confrontation directe. Toute bataille est un risque. Cependant, l'assaut contre Gergovie s'inscrit dans un contexte stratégique qui en fait un coup de maître. Vercingétorix a déjà était accusé de trahison et de lâcheté du fait de la manière dont il a conduit le siège d'Avaricum. Le chef arverne sait qu'il ne peut se permettre d'abandonner sa propre capitale sauf à perdre tout crédit.




Le début du siège




César a écrit:

César et Vercingétorix devant Gergovie









[7,36]
(1) De là César parvint en cinq marches à Gergovie ; et le même jour, après une légère escarmouche de cavalerie, il reconnut la position de la ville, qui était assise sur une montagne élevée et d'un accès partout très difficile ; il désespéra de l'enlever de force, et ne voulut s'occuper de ce siège qu'après avoir assuré ses vivres. (2) De son côté, Vercingétorix campait sur une montagne près de la ville, ayant autour de lui, séparément, mais à de faibles distances, les troupes de chaque cité, qui couvrant la chaîne entière des collines, offraient de toutes parts un aspect effrayant. (3) Chaque matin, soit qu'il eût quelque chose à leur communiquer, soit qu'il s'agît de prendre quelque mesure, il faisait, au lever du soleil, venir les chefs dont il avait formé son conseil ; (4) et il ne se passait presque pas de jour que, pour éprouver le courage et l'ardeur de ses troupes, il n'engageât une action avec sa cavalerie entremêlée d'archers. (5) En face de la ville, au pied même de la montagne, était une éminence escarpée de toutes parts et bien fortifiée ; en l'occupant, nous privions probablement l'ennemi d'une grande partie de ses eaux et de la facilité de fourrager ; (6) mais elle avait une garnison, à la vérité un peu faible. (7) César, dans le silence de la nuit, sort de son camp, s'empare du poste, dont il culbute la garde, avant que de la ville on puisse lui envoyer du secours, y met deux légions, et tire du grand au petit camp un double fossé de douze pieds, pour qu'on puisse aller et venir même individuellement, sans crainte d'être surpris par l'ennemi.

Le passage que j'ai souligné :" une montagne élevée et d'un accès partout très difficile " ( en latin :omnes aditus difficiles habebat ) est à l'origine de la controverse sur le site de Gergovie. En effet, le lieu reconnu officiellement depuis Napoléon III comme étant l'oppidum de Gergovie est facilement accessible depuis l'ouest. Toutefois, des fouilles montrent des vestiges romains datant de la fin de l'époque romaine dont des projectiles de balistes, ainsi que les ruines d'un camp romain et même la tranchée de César.

Pour moi, la contraction entre le texte et de l'archéologie vient... d'une tentative de maquillage par César (l'auteur), d'une bévue tactique de César (le général).
Si vous avez lu tout ce qui se rapporte à la Guerre des gaules, vous avez sans doute remarqué que je suis très admiratif de César quant il s'agit de la stratégie. Cependant une fois sur le champ de bataille, César fait des erreurs. Et lorsque le général fait des erreurs, le césar auteur de la Guerre des gaules les maquille. 


Comme vous l'avez peut-être aussi déjà remarqué, ce n'est pas la première fois que César précipite un siège pour tenter de le remporter le plus vite possible. Fondamentalement, il n'est pas en tort d'ailleurs. Un long siège pourrait conduire à l'arrivée d'une armée de secours et ses légions se retrouveraient prises entre le marteau et l'enclume.






Comme Vercingétorix a placé ses troupes au sud de Gergovie, César va monté vers lui par une seule route. En fait, César a complètement négligé d'attaquer par l'ouest parce qu'il aurait fallu divisé ses forces et qu'il était plus intéressé par une bataille décisive contre Vercingétorix que par la prise de l'Oppidum. 


La situation échappe à César



César a écrit:

Trahison de Litaviccos









[7,37]
(1) Tandis que ces choses se passent près de Gergovie, l'Éduen Convictolitavis qui, comme on l'a vu, devait sa magistrature à César, séduit par l'argent des Arvernes, a des entrevues avec plusieurs jeunes gens, à la tête desquels étaient Litaviccos et ses frères, issus d'une illustre famille. (2) Il partage avec eux la somme qu'il a reçue, et les exhorte à se souvenir qu'ils sont nés libres et faits pour commander. (3) "La cité des Héduens retarde seule le triomphe infaillible des Gaulois ; son influence retient les autres nations ; s'ils changent de parti, les Romains ne tiendront point dans la Gaule ; (4) il a quelque obligation à César, qui d'ailleurs n'a été que juste envers lui : mais il doit bien plus à la liberté commune ; (5) car pourquoi les Héduens viendraient-ils discuter leur droit et leurs lois devant César, plutôt que les Romains devant les Héduens ?" (6) Le discours du magistrat et l'appât du gain ont bientôt gagné ces jeunes gens ; ils offrent même de se mettre à la tête de l'entreprise, et on ne songe plus qu'aux moyens de l'exécuter ; car on ne se flattait pas que la nation se laisserait entraîner légèrement à la guerre. (7) On arrêta que Litaviccis prendrait le commandement des dix mille hommes que l'on enverrait à César ; il se chargerait de les conduire, et les frères se rendraient en avant auprès de César. Ils réglèrent ensuite la manière d'agir pour tout le reste.






[7,38]
(1) Litaviccos, avec l'armée mise sous ses ordres, n'était plus qu'à trente mille pas environ de Gergovie, quand tout à coup, assemblant les troupes et répandant des larmes : (2) "Où allons-nous, soldats ? leur dit-il ; toute notre cavalerie, toute notre noblesse a péri ; nos principaux citoyens, Éporédorix et Viridomaros, ont été, sous prétexte de trahison, égorgés par les Romains, sans forme de procès. (3) Écoutez ceux qui ont échappé au carnage ; car pour moi, dont les frères et tous les parents ont été massacrés, la douleur m'empêche de vous dire ce qui s'est passé." (4) Il produit alors des soldats qu'il avait instruits à parler selon ses vœux ; ils confirment ce que Litaviccos vient d'avancer ; (5) que tous les cavaliers héduens avaient été tués, pour de prétendues entrevues avec les Arvernes ; qu'eux-mêmes ne s'étaient sauvés du milieu du carnage qu'en se cachant dans la foule des soldats. (6) Les Héduens poussent des cris, et conjurent Litaviccos de pourvoir à leur salut. (7) "Y a-t-il donc à délibérer", reprend-il, "et n'est-ce pas une nécessité pour nous de marcher à Gergovie, et de nous joindre aux Arvernes ? (Cool Doutons-nous qu'après ce premier forfait, les Romains n'accourent déjà pour nous égorger ? Si donc il nous reste quelque énergie, vengeons la mort de ceux qui ont été si indignement massacrés, et exterminons ces brigands." (9) Il leur montre les citoyens romains qui étaient là sous sa sauvegarde et sous son escorte, leur enlève aussitôt un convoi de vivres et de blé, et les fait périr dans de cruels tourments. (10) Puis il dépêche des courriers dans tous les cantons de la cité, les soulève par le même mensonge sur le massacre de la cavalerie et de la noblesse, et les exhorte à punir toute perfidie de la même manière que lui.


Donc, alors que César compte sur les renforts des Eduens, ces derniers se retournent contre lui. Le récit de la Guerre des Gaules est bien entendu orienté... César accuse l'or des Arvernes, et la perfidie de Litaviccos... Cependant, il n'y a pas besoin de parler de trahison. Les Eduens ont-ils vraiment demandé l'arbitrage de César dans leurs affaires intérieures ? C'est ce que César prétends... tout comme il a prétendu être intervenu contre les Germains avec l'accord de tous les peuples de la Gaule. Dans les deux cas, la seule "preuve" est ce qu'en dit l'auteur de la Guerre des Gaules. Peut-on le croire ? Pas vraiment, il ne s'agit pas du récit d'un historien neutre, mais d’une oeuvre de propagande. Le fait est que les magistrats éduens se sentent réduits au rang de simple pion placés et remplacés par César, et que le peuple (en tout cas les combattants) ne protestent pas lorsque leurs chefs se retournent contre les Romains. Pour la premières fois, les "Gaulois" se sentent solidaires. Ils sont conscience qu'il faut arrêter les Romains car ce qui arrive aux autres peuples leur arrivera à leur tour. 


Bien évidemment, César comprends rapidement ce qui se passe et réagit.

César a écrit:

César, averti, déjoue ses plans









[7,39]
(1) L'Éduen Éporédorix, jeune homme d'une grande famille et très puissant dans son pays, et avec lui Viridomaros, de même âge et de même crédit, mais inférieur en naissance, que César, sur la recommandation de Diviciacos, avait élevé d'une condition obscure aux plus hautes dignités, étaient venus, nominativement appelés par lui, le joindre avec la cavalerie. (2) Ils se disputaient le premier rang, et dans le débat récent pour la suprême magistrature, ils avaient combattu de tous leurs moyens ; l'un pour Convictolitavis, l'autre pour Cotos. (3) Éporédorix, informé du dessein de Litaviccos, en donne avis à César au milieu de la nuit ; il le prie de ne pas souffrir que des jeunes gens, par des manoeuvres perverses, détachent sa cité de l'alliance du peuple romain ; ce qu'il regarde comme inévitable, si tant de milliers d'hommes se joignent à l'ennemi ; car leurs familles ne pourraient manquer de s'intéresser à leur sort, ni la cité d'y attacher une grande importance.






[7,40]
(1) Vivement affecté de cette nouvelle, parce qu'il avait toujours porté aux Héduens un intérêt particulier, César, sans balancer un instant, prend quatre légions sans bagage, et toute la cavalerie. (2) On n'eut pas même le temps de replier les tentes, parce que tout, dans ce moment, semblait dépendre de la célérité. (3) Il laissa pour la garde du camp le lieutenant C. Fabius, avec deux légions. Il avait ordonné de saisir les frères de Litaviccos ; mais il apprit qu'ils venaient de s'enfuir vers l'ennemi. (4) Il exhorte les soldats à ne pas se rebuter des fatigues de la marche dans une circonstance aussi urgente. L'ardeur fut générale ; après s'être avancé à la distance de vingt-cinq mille pas, il découvrit les Héduens, et détacha la cavalerie, qui retarda et empêcha leur marche ; elle avait défense expresse de tuer personne. (5) Éporédorix et Viridomaros, que les Héduens croyaient morts, ont ordre de se montrer dans les rangs de la cavalerie et d'appeler leurs compatriotes. (6) On les reconnaît ; et la fourberie de Litaviccos une fois dévoilée, les Héduens tendent les mains, font entendre qu'ils se rendent, jettent leurs armes et demandent la vie. (7) Litaviccos s'enfuit à Gergovie, suivi de ses clients ; car, selon les mœurs gauloises, c'est un crime d'abandonner son patron, même dans un cas désespéré.

Tout se termine donc sans effusion de sang... toutefois, c'est symptomatique de la situation et des divisions entre Gaulois.


Lorsque le chat est parti les souris dansent 



César absent, Vercingétorix attaque le petit camp



César a écrit:

Attaque du camp romain en l'absence de César









[7,41]
(1) César dépêcha des courriers pour faire savoir aux Héduens qu'il avait fait grâce à des hommes que le droit de la guerre lui eût permis de tuer ; et après avoir donné trois heures de la nuit à l'armée pour se reposer, il reprit la route de Gergovie. (2) Presque à moitié chemin, des cavaliers, expédiés par Fabius, lui apprirent quel danger avait couru le camp ; il avait été attaqué par de très grandes forces ; des ennemis frais remplaçaient sans cesse ceux qui étaient las, et fatiguaient par leurs efforts continuels les légionnaires forcés, à cause de la grande étendue du camp, de ne pas quitter le rempart ; (3) une grêle de flèches et de traits de toute espèce avait blessé beaucoup de monde ; les machines avaient été fort utiles pour la défense. (4) Après la retraite des assaillants, Fabius, ne conservant que deux portes, avait fait boucher les autres, et ajouter des parapets aux remparts : il s'attendait pour le lendemain à une attaque pareille. (5) Instruit de ces faits, et secondé par le zèle extrême des soldats, César arrive au camp avant le lever du soleil.



L'attaque est repoussée, mais probablement pas sans pertes (que César se garde bien de comptabiliser). Pourtant les troubles avec les Eduens ne font que commencer. Litaviccos a regagné Bibactre et son peuple s'est à présent pleinement révolté massacrant les marchands romains et pillant leurs biens. cependant, d'autres au contraire vienne se plaindre auprès des Romains de ces crimes..; en fait le pays Eduens entiers est en proie au chaos. Les 40 000 combattants de ce peuple auprès de César leur manque et on supplie le général de les renvoyer pour ramener le calme... ou peut-être pour pouvoir chasser les Romains ! 



César a écrit:

Tentative malheureuse de César contre Gergovie









[7,44]
(1) Au milieu de ces pensées, il crut avoir trouvé une occasion favorable. Car, en visitant les travaux du petit camp, il vit qu'il n'y avait plus personne sur la colline qu'occupait l'ennemi les jours précédents, et en si grand nombre qu'à peine en voyait-on le sol. (2) Étonné, il en demande la cause aux transfuges, qui chaque jour venaient en foule se rendre à lui. (3) Tous s'accordent à dire, ce qu'il savait déjà par ses éclaireurs, que le sommet de cette colline étant presque plat, mais boisé et étroit du côté qui conduisait à l'autre partie de la ville, (4) les Gaulois craignaient beaucoup pour ce point, et sentaient que si les Romains, déjà maîtres de l'autre colline, s'emparaient de celle-ci, ils seraient pour ainsi dire enveloppés sans pouvoir ni sortir ni fourrager. (5) Vercingétorix avait donc appelé toutes ses troupes pour fortifier cet endroit.

Ce passage de la guerre des Gaules est intéressant car il contredit l’assertion 
une montagne élevée et d'un accès partout très difficile " (omnes aditus difficiles habebat ) que j'ai déjà montré du doigt. En tout cas, si César a négligé cet accès vers la ville, Vercingétorix s'emploie à le fortifier. Une réaction saine mais... tardive. Ce faisant, il se découvre et César est - comme je l'ai déjà fait remarqué - pressé de mettre fin au siège (avec les Eduéens qui s'agitent, on n'a guère de peine à le comprendre). Il ne peut donc négliger cette opportunité et... frappe ! 

César a écrit:[7,45]
(1) Sur cet avis, César y envoie, au milieu de la nuit, plusieurs escadrons, avec ordre de se répandre dans la campagne d'une manière un peu bruyante. (2) Au point du jour, il fait sortir du camp beaucoup d'équipages et de mulets, qu'on décharge de leurs bagages ; il donne des casques aux muletiers, pour qu'ils aient l'apparence de cavaliers, et leur recommande de faire le tour des collines. (3) Il fait partir avec eux quelques cavaliers qui doivent affecter de se répandre au loin. Il leur assigne à tous un point de réunion qu'ils gagneront par un long circuit. (4) De Gergovie, qui dominait le camp, on voyait tous ces mouvements, mais de trop loin pour pouvoir distinguer ce que c'était au juste. (5) César détache une légion vers la même colline ; quand elle a fait quelque chemin, il l'arrête dans un fond et la cache dans les forêts. (6) Les soupçons des Gaulois redoublent, et toutes leurs troupes passent de ce côté. (7) César, voyant leur camp dégarni, fait couvrir les insignes, cacher les enseignes, et défiler les soldats du grand camp dans le petit, par pelotons pour qu'on ne les remarque pas de la ville ; il donne ses instructions aux lieutenants qui commandent chaque légion, (Cool et les avertit surtout de contenir les soldats que l'ardeur de combattre et l'espoir du butin pourraient emporter trop loin ; (9) il leur montre le désavantage que donne l'escarpement du terrain ; la célérité seule peut le compenser ; il s'agit d'une surprise et non d'un combat. (10) Ces mesures prises, il donne le signal, et fait en même temps monter les Héduens sur la droite par un autre chemin.






[7,46]
(1) De la plaine et du pied de la colline jusqu'au mur de la ville il y avait douze cents pas en ligne droite, sans compter les sinuosités du terrain. (2) Les détours qu'il fallait faire pour monter moins à pic augmentaient la distance. (3) À mi-côte, les Gaulois avaient tiré en longueur, et suivant la disposition du terrain, un mur de six pieds de haut et formé de grosses pierres, pour arrêter notre attaque ; et laissant vide toute la partie basse, ils avaient entièrement garni de troupes la partie supérieure de la colline jusqu'au mur de la ville. (4) Au signal donné, nos soldats arrivent promptement aux retranchements, les franchissent et se rendent maîtres de trois camps. (5) Le succès de cette attaque avait été si rapide, que Teutomatos, roi des Nitiobroges, surpris dans sa tente, où il reposait au milieu du jour, s'enfuit nu jusqu'à la ceinture, eut son cheval blessé, et n'échappa qu'avec peine aux mains des pillards.






[7,47]
(1) César ayant atteint son but, fait sonner la retraite et faire halte à la dixième légion, qui l'accompagnait. (2) Mais les autres n'avaient pas entendu le son de la trompette, parce qu'elles étaient au-delà d'un vallon assez large ; et bien que, pour obéir aux ordres de César, les lieutenants et tribuns s'efforçassent de les retenir, (3) entraînées par l'espérance d'une prompte victoire, par la fuite des ennemis, par leurs anciens succès, et ne voyant rien de si difficile qu'elles n'en pussent triompher par leur courage, elles ne cessèrent leur poursuite qu'aux pieds des murs et jusqu'aux portes de la ville. (4) Un cri s'étant alors élevé de toutes les parties de l'enceinte, ceux qui étaient les plus éloignés, effrayés de cette confusion soudaine, croient les Romains dans la ville et se précipitent des murs. (5) Les mères jettent du haut des murailles des habits et de l'argent, et s'avançant, le sein découvert, les bras étendus, elles supplient les Romains de les épargner et de ne pas agir comme à Avaricum, où l'on n'avait fait grâce, ni aux femmes ni aux enfants. (6) Quelques-unes, s'aidant de main en main à descendre du rempart, se livrèrent aux soldats. (7) L. Fabius, centurion de la huitième légion, qui, ce jour même, avait dit dans les rangs, qu'excité par les récompenses d'Avaricum, il ne laisserait à personne le temps d'escalader le mur ayant lui, ayant pris trois de ses soldats, se fit soulever par eux et monta sur le mur. Il leur tendit la main à son tour, et les fit monter un à un.






[7,48]
(1) Cependant, ceux des Gaulois qui, comme nous l'avons dit, s'étaient portés de l'autre côté de la ville pour la fortifier, aux premiers cris qu'ils entendent, et pressés par les nombreux avis qu'on leur donne de l'entrée des Romains dans la ville, détachent en avant leur cavalerie et la suivent en foule. (2) Chacun, à mesure qu'il arrive, se range sous les murs, et augmente le nombre des combattants. (3) Leurs forces s'étant ainsi grossies, les femmes, qui, un instant auparavant, nous tendaient les mains du haut des remparts, s'offrent aux Barbares, échevelées suivant leur usage, et les implorent en leur montrant leurs enfants. (5) Les Romains avaient le désavantage et du lieu et du nombre ; fatigués de leur course et de la durée du combat, ils ne se soutenaient plus qu'avec peine contre des troupes fraîches et sans blessures.






[7,49]
(1) César, voyant le désavantage du lieu, et les forces de l'ennemi croître sans cesse, craignit pour les siens, et envoya au lieutenant T. Sextius, qu'il avait chargé de la garde du petit camp, l'ordre d'en faire sortir les cohortes et de les poster au pied de la colline sur la droite des Gaulois, (2) afin que, s'il voyait nos soldats repoussés, il forçât les ennemis à ralentir leur poursuite, en les intimidant ; (3) lui-même s'avançant à la tête de la légion un peu au-delà du lieu où il s'était arrêté, attendit l'issue du combat.






[7,50]
(1) Tandis qu'on se battait avec acharnement et corps à corps, les ennemis forts de leur position et de leur nombre, et les nôtres de leur valeur, on vit tout à coup paraître, sur notre flanc découvert, les Héduens que César avait envoyés par un autre chemin, pour faire diversion sur notre droite. (2) La ressemblance de leurs armes avec celles des Barbares alarma vivement nos soldats ; et quoiqu'ils eussent le bras droit nu, signe ordinaire de paix, ceux-ci crurent cependant que c'était un artifice de l'ennemi employé pour les tromper. (3) En même temps, le centurion L. Fabius, et ceux qui étaient montés avec lui sur le rempart, furent enveloppés, et précipités sans vie du haut de la muraille. (4) M. Pétronius, centurion de la même légion, se vit accablé par le nombre comme il s'efforçait de briser les portes ; ayant déjà reçu plusieurs blessures et désespérant de sa vie, il s'adresse aux hommes de sa compagnie qui l'avaient suivi : "Puisque je ne puis me sauver avec vous, dit-il, je veux du moins pourvoir au salut de ceux qu'entraîné par l'amour de la gloire, j'ai conduits dans le péril. Usez du moyen que je vous donnerai de sauver vos jours." (5) Aussitôt il se jette au milieu des ennemis, en tue deux, et écarte un moment les autres de la porte. (6) Comme les siens essayaient de le secourir : "En vain, dit-il, tentez-vous de me conserver la vie ; déjà mon sang et mes forces m'abandonnent. Éloignez-vous donc tandis que vous le pouvez et rejoignez votre légion." Un moment après, il périt en combattant, après avoir ainsi sauvé ses compagnons.






[7,51]
(1) Nos soldats, pressés de toutes parts, furent repoussés de leur poste avec une perte de quarante-six centurions ; mais la dixième légion, placée comme corps de réserve dans une position un peu plus avantageuse, arrêta les ennemis trop ardents à nous poursuivre. (2) Elle fut soutenue par les cohortes de la treizième, venue du petit camp et postée un peu plus haut, sous les ordres du lieutenant T. Sextius. (3) Dès que les légions eurent gagné la plaine, elles s'arrêtèrent et firent face à l'ennemi. (4) Vercingétorix ramena ses troupes du pied de la colline dans ses retranchements. Cette journée nous coûta près de sept cents hommes.

Voilà un lien  pour une animation flash d'une reconstitution de la bataille de Gergovie : 

http://www.gergovie.fr/htmfr/gergovie.html



Quelques remarques :



Le récit de César est encore une fois orienté. J'ai commencé à douter de son récit au collège. A l'époque, j'étais en deuxième année de latin et la Guerre des gaules était au programme. dans la salle de cours, il y avait une série de BD pédagogiques appelée  Les voyages d'Alcibiade Didascaux Ces derniers racontaient les aventures temporelles d'un prof de latin envoyé dans le passé. Et dans l'album consacré aux Gaulois, on y voit César - debout devant Gergovie, avant les Gaulois qui massacrent les Romains- stylet à la main, il est plongé dans ses réflexions : " Comment vais-je pouvoir romancer ça pour qu'on ne voit pas que je me suis pris une raclée".


Les historiens modernes sont tous d'accord pour dire que les pertes de César sont sous-estimées. Même si on les prend au pied de la lettre césar dit exactement : Cette journée nous coûta près de sept cents hommes. , cela n'inclue donc pas les morts des précédents combats, ni les auxiliaires, puisqu'ils ne sont pas Romains ! 


César semble toujours vouloir dédouaner les Eduens. cela s'explique par le fait que les Eduéens sont reconnus comme un "peuple frère" par le sénat romain... un statut très rarement décernés aux alliés romains. de ce fait, ils ont de nombreux soutiens au sénat romain... et César en ménageant les Eduéens cherche à ménager ceux qui les soutiennent. On voit que les Romains paniquent à la vie des cavaliers éduens, venus en renfort.... encore une fois César défend les Eduéens ( pris pour des barbares) mais est-ce vrai ? Après le massacre des civils, j'aurais plutôt tendance à penser que les Romains les ont pris pour... des Eduens ! 


Uchronies :



a) Et si l'insurrection de Litaviccos avait réussie ?
César se serrait trouvé coincé entre une armée Gauloise et une ville fortifiée ! On peut imaginer une double bataille simultanée, d'un côté César avec 4 légions contre les Eduens, et les deux dernières légions, dans les camps contre l'armée de Vercingétorix. Il est probable que les Romains remporteraient la bataille mais... les pertes seraient lourdes et avec la perte de leurs convois de baguages, les Légions seraient obligé de lever le siège de Gergovie. Au final, cela se terminerait pas une demi-victoire qui affaiblirait César davantage que la défaite de Gergovie OTL.


b) et si le plan de César s'était passé conformément à ses attentes.
César aurait battu les armées déployées devant Gergovie. Les légions se seraient ensuite repliées dans l'attente d'une nouvelle attaque destinée à prendre la ville. Vercingétorix aurait eu le choix entre renforcé Gergovie même avec ce qui lui reste de troue (et y périr) ou s'enfuir... ce qui amènerait à une perte de prestige qui pourrait lui valoir d'être déposé. 


Nous parleront des conséquences de cette victoire gauloise dans un prochain opus !  

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Mar 3 Juil - 15:31

La bataille de Lutèce


Contexte :


La campagne contre les Parisii, les Sénons et les Aulerques a lieu simultanément à la campagne de Gergovie. Titus Labienus, bras droit de Jules César est dépêché à Lutèce pour battre les rebelles gaulois du nord (dirigé par Camulogène, un Gaulois âgé mais expérimenté). 

Le siège de Lutèce


Camulogène se retranche dans Lutèce "dans une île de la Seine" qui est peut-être l'île de la Cité, cœur historique de la ville de Paris, mais qui pourrait aussi être la ville de Nanterre.


César a écrit:7,58]
(1) Labiénus travailla d'abord à dresser des mantelets, à combler le marais de claies et de fascines, et à se frayer un chemin sûr. (2) Voyant que les travaux présentaient trop de difficultés, il sortit de son camp en silence à la troisième veille, et arriva à Metlosédum (Melun) par le même chemin qu'il avait pris pour venir. (3) C'est une ville des Sénons, située, comme nous l'avons dit de Lutèce, dans une île de la Seine. (4) S'étant emparé d'environ cinquante bateaux, il les joignit bientôt ensemble, les chargea de soldats, et par l'effet de la peur que cette attaque inopinée causa aux habitants, dont une grande partie d'ailleurs avait été appelée sous les drapeaux de Camulogène, il entra dans la place sans éprouver de résistance. (5) Il rétablit le pont que les ennemis avaient coupé les jours précédents, y fit passer l'armée, et se dirigea vers Lutèce en suivant le cours du fleuve. (6) L'ennemi, averti de cette marche par ceux qui s'étaient enfuis de Metlosédum, fait mettre le feu à Lutèce, couper les ponts de cette ville ; et, protégé par le marais, il vient camper sur les rives de la Seine, vis-à-vis Lutèce et en face du camp de Labiénus.

Cependant Camulogène a tiré la leçon du siège d'Avaricum et abandonne la ville.  C'est à ce moment que la nouvelle de la défaite de Gergovie arrive à Labienus. César a perdu ses derniers alliés et se retrouve sans vivres dans un territoire devenu hostile. Labienus décide d'arrêter les frais. Il est coupé de ses bagages par un fleuve et craint que les Bellovaques se joignent aux forces ennemies. Il juge donc plus prudent de retraiter jusqu'à Agindicum. 

La même annonce arrive dans le camp gaulois et provoque une réaction exactement opposée. Camulogène qui - jusque là - voulait éviter la confrontation directe avec les Romains, est à présent désireux de les combatte comme ils retraitent. 

La bataille


Par une ruse complexe nécessitant l'usage de navires, et la séparation de ses forces en trois, ainsi que plusieurs feintes (et aussi grâce à l'aide d'un orage opportun), Labienus réussit à retraverser la Seine sans que les Gaulois ne puissent l'arrêter. Toutefois, ce repli a encore renforcé l'ardeur des Gaulois qui voient leur ennemi prendre la fuite. 

César a écrit:

Bataille de Lutèce





[7,62]
(1) Au point du jour toutes nos troupes avaient passé, et l'on vit celles de l'ennemi rangées en bataille. (2) Labiénus exhorte les soldats à se rappeler leur ancienne valeur et tant de combats glorieux, et à se croire en présence de César lui-même, sous la conduite duquel ils ont tant de fois défait leurs ennemis, puis il donne le signal du combat. (3) Dès le premier choc, la septième légion, placée à l'aile droite, repousse les ennemis et les met en fuite ; (4) à l'aile gauche qu'occupait la douzième légion, quoique les premiers rangs de l'ennemi fussent tombés percés de nos traits, les autres résistaient vigoureusement, et aucun ne songeait à la fuite. (5) Camulogène, leur général, était lui-même avec eux, et excitait leur courage. (6) Le succès était donc douteux sur ce point, lorsque les tribuns de la septième légion, instruits de ce qui se passait à l'aile gauche, vinrent avec leur légion prendre les ennemis en queue et les chargèrent. (7) Même dans cette position, aucun Gaulois ne quitta sa place ; tous furent enveloppés et tués. (Cool Camulogène subit le même sort. D'un autre côté, ceux qu'on avait laissés à la garde du camp opposé à celui de Labiénus, avertis que l'on se battait, marchèrent au secours des leurs, et prirent position sur une colline ; mais ils ne purent soutenir le choc de nos soldats victorieux. (9) Entraînés dans la déroute des autres Gaulois, tous ceux qui ne purent gagner l'abri des bois ou des hauteurs, furent taillés en pièces par notre cavalerie. (10) Après cette expédition, Labiénus retourne vers Agédincum, où avaient été laissés les bagages de toute l'armée. De là il rejoignit César avec toutes les troupes.

La bataille de Lutèce est un des conflits de la Guerre des gaules dont on sait le moins de chose. Le site même de la bataille est controversé. Etant donné que la zone est fortement urbanisée, il ne peut être question de fouilles. Les effectifs romains sont connus :  4 légions donc 24 000 hommes au bas mot, plus un nombre inconnu d’auxiliaires ( mais une partie d'entre eux gardent les bagages à Agédincum). 


Carte officielle de la bataille, elle est largement contestée. 
perpetuam esse paludem quae influeret in Sequanam ( marais continu qui s’écoule vers la Seine) dit la Guerre des Gaules. cela placerait la bataille vers le croisement de la Seine avec le cours de l’Essonne ou celui de la Bièvre. 


Toutefois, cette carte essaie de faire coller les événements au cours moderne de la Seine. Or, il existait à l'époque un bras du fleuve qui a disparu depuis. La ville de Lutèce se serait trouvé sur l'île formée entre les deux cours, au sud de Montmartre. Pour l'historienne Lombard-Jourdan, le fleuve qui sépare Labienus de ses bagages (tum legiones a praesidio atque impedimentis interclusas maximum flumen distinebat) n'est la Seine (infranchissable à cette époque de l'année en raison de l'absence de pont et de son débit) mais la Saône.




Carte possible de la bataille.


Les pertes des deux camps sont inconnues, probablement assez lourdes pour les Romains, mais plus élevées encore pour les Gaulois.

Nota bene : Le texte de la bataille de Lutèce manque énormément de précision... c'est étrange n'est-ce pas. Je pense une fois encore que c'est volontaire. Après tout, ce n'est pas une victoire de César, donc l'auteur "impartial" de la Guerre des Gaules la minimise. 

Conséquences :


Labienus réussit sa retraite et rejoint César à Agédincum. C'est ensemble qu'ils feront face à la suite des événements et en particulier à la bataille d’Alésia.

Uchronie ?


Deux : 

1°) Et si les Gaulois avaient réussis à tenir la Seine contre Labienus ? En admettant que les opérations de diversion échouent (un battement d’aile de papillon et pas d'orage), le général romain aurait été réduit à deux options : a) passer en force : Vu que la bataille de Lutèce a été dure, imaginer les Gaulois retranché derrière un fleuve la transformerait en cauchemar. Je trouve cette éventualité peu crédible, Labienus est le meilleur général romain de cette époque après César.  b) Labiénus remonterait le cours de la Seine pour passer à gué plus à l'est. Toutefois, il est probable que cela permette aux Gaulois de rassembler plus de forces pour l'attaquer, on pense en particulier à la tribu des Bellovaques. Vu que les gaulois ont - pour une fois - l'avantage de la manœuvrabilité, il devrait être possible de rassembler ces forces et les placer sur la route de Labienus qui serait obligé d'accepter le combat. Face à des forces supérieures à celle qui lui sont opposées lors de la bataille OTL, Labienus serait probablement vaincu.
Conséquence : privé des quatre légions de Labienus, César n'aurait pas les effectifs nécessaires pour assiéger Alésia. A minima, cela entraînerait une continuation de la Guerre des Gaules pour plusieurs années avec une issue incertaine. Au pire, César perdrait la confiance du sénat qui lui retirerait sa charge de proconsul. Dans ce cas, les Romains seraient obligé d’évacuer la Gaule. 

2°) Et si les Gaulois de Camulogène avaient laissé partir Labienus sans combattre ? C'est une idée intéressante, certes les légions qu'il commande rentreraient à Agédincum à plein effectifs, mais c'est aussi le cas des Gaulois. Or, un Camulogène à la tête d'un fort contingent aurait pu faire basculer la bataille d'Alésia.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Mar 10 Juil - 15:29

Pourquoi Alésia ?


Alors que nous nous acheminons vers la fin de la Guerre des Gaules, voilà un bref résumé de la situation après Gergovie.

1°) La situation des Gaulois 


Gergovie est une défaite marginale pour César... du moins du point de vue purement militaire. Etant donné les enjeux politiques de l'affrontement, ni plus ni moins que la fin de la conquête de la Gaule, l'échec est un désastre du point de vue de la diplomatie romaine en Gaule.
Les Eduéens, pourtant les alliés les plus sûrs de Rome, passent dans le camp de Vercingétorix. Or, c'est un peuple puissant, capable de lever une armée de 10 000 hommes et qui n'a que peut souffert de la guerre. Ils occupent, en outre, une position stratégique au centre de la Gaule. 

Peut-être pire encore, les Gaulois capturent Noviodunum où César gardait son butin de guerre, des chevaux... et même les otages rassemblés dans toute la Gaule. C'est d'ailleurs en menaçant d'exécuter les ex-otages romains... devenus les siens propres... que Vercingétorix achève de fédérer les peuples Gaulois. 
César a écrit:[7,55]
(1) Noviodunum (Nevers), ville des Héduens, était située sur les bords de la Loire, dans une position avantageuse. (2) César y tenait rassemblés tous les otages de la Gaule, les subsistances, les deniers publics, une grande partie de ses équipages et de ceux de l'armée ; (3) il y avait envoyé un grand nombre de chevaux, achetés, pour les besoins de cette guerre, en Italie et en Espagne. (4) En y arrivant, Éporédorix et Viridomaros apprirent où en étaient les choses dans leur pays ; que Litaviccos avait été reçu par les Héduens, dans Bibracte (Autun), ville de la plus grande influence ; que le premier magistrat, Convictolitavis, et une grande partie du sénat s'étaient rendus près de lui ; qu'on avait ouvertement envoyé des ambassadeurs à Vercingétorix, pour faire avec lui un traité de paix et d'alliance. Ils ne voulurent pas laisser échapper une occasion si favorable. (5) Ils massacrèrent la garde laissée à Noviodunum, les marchands et les voyageurs qui s'y trouvaient, partagèrent entre eux l'argent et les chevaux, (6) et firent conduire dans Bibracte, à Convictolitavis, les otages des cités ; (7) puis, jugeant qu'ils étaient hors d'état de garder la ville, ils la brûlèrent, afin qu'elle ne servit pas aux Romains, (Cool emportèrent sur des bateaux autant de blé que le moment le permettait, et jetèrent le reste dans la rivière ou dans le feu. (9) Ensuite, levant des troupes dans les pays voisins, ils placèrent des postes et des détachements le long de la Loire, et firent en tout lieu parade de leur cavalerie, pour répandre la terreur et pour essayer de chasser les Romains de la contrée par la disette, en leur coupant les vivres, (10) espoir d'autant mieux fondé que la Loire, alors enflée par la fonte des neiges, ne paraissait guéable en aucun endroit.

La situation s'est bel et bien retournée contre César.

2°) La situation des Romains


César, en retraite après Gergovie, a franchis la Loire et s'est arrêté en pays Sénon pour se ravitailler... sans opposition... la population fuit à l'avance de son armée et il suffit aux légionnaires de faucher eux-mêmes les champs pour ramasser le blé mûr. Si César se hâte vers le nord, c'est qu'il est inquiet pour Labienus. Comme nous l'avons vu précédemment, ce dernier vient de piller Lutèce et d’infliger une raclée à une coalition de trois tribus menées par les Parisii.
Son armée à nouveau réunie en une seule force, César marche alors au sud... direction la Narbonnaise. Cette province, romanisée depuis soixante ans, est la seule partie de la Gaule à ne pas avoir rallié Vercingétorix.
César se replie-t-il, humilié et vaincu ?
Ce serait le méconnaître. Il veut simplement reposer et reformer ses troupes en terrain sûr, avant de reprendre l'offensive.

D'ailleurs, en face, Vercingétorix a parfaitement saisis la situation. Certes, les Gaulois ont réussis non seulement à infliger une défaite tactique à César mais en plus, celle-ci leur donne l'initiative stratégique. Au point que les légions romaines se replient pour se mettre sur la défensive.

C'est le moment idéal pour frapper !

3°) L'arrivée des Germains


Malheureusement pour Vercingétorix, même en replis et sur la défensive, César est toujours en avance d'un mouvement. Privé des auxillaires de cavaleries gaulois que lui fournissaient les Eduens, le Romain se sait vulnérable à la cavalerie gauloise qui surclasse aisément les Equites

César a écrit:7,65]
(1) Pour résister à toutes ces attaques, le lieutenant L. César n'avait à distribuer, comme garnison, sur tout le territoire de la province, que vingt-deux cohortes tirées de cette province même. (2) Les Helviens attaquent spontanément leurs voisins, sont défaits, perdent C. Valérius Domnotaurus, fils de Caburus, chef de leur nation, et sont repoussés dans les murs de leurs villes. (3) Les Allobroges, ayant établi près du Rhône des postes nombreux, mettent beaucoup de zèle et de diligence dans la défense de leur territoire. (4) César, voyant que l'ennemi lui est supérieur en cavalerie, qu'il lui ferme tous les chemins, et qu'il n'y a nul moyen de tirer des secours de l'Italie ni de la province, envoie au-delà du Rhin, en Germanie, vers les peuples qu'il avait soumis les années précédentes, et leur demande des cavaliers et de ces fantassins armés à la légère, accoutumés à se mêler avec la cavalerie dans les combats. (5) À leur arrivée, ne trouvant pas assez bien dressés les chevaux dont ils se servaient, il prit ceux des tribuns, des autres officiers, et même des chevaliers romains et des vétérans, et les distribua aux Germains.

La première bataille d'Alésia


César a écrit:

Plans de Vercingétorix


[7,64]
(1) Il [Vercingétorix] exige des otages des autres nations, fixe le jour où ils lui seront livrés, ordonne la prompte réunion de toute la cavalerie, forte de quinze mille hommes ; et annonce (2) "qu'il se contente de l'infanterie qu'il a déjà ; qu'il ne veut pas tenter le sort des armes en bataille rangée ; qu'avec une cavalerie nombreuse il lui sera très facile de couper les vivres aux Romains et de gêner leurs fourrageurs ; (3) que seulement les Gaulois se résignent à détruire leurs récoltes et à incendier leurs demeures, et ne voient dans ces pertes domestiques que le moyen de recouvrer à jamais leur indépendance et leur liberté." (4) Les choses ainsi réglées, il ordonne aux Héduens et aux Ségusiaves, limitrophes de la province, de lever dix mille fantassins ; il y ajoute huit cents cavaliers. (5) Il confie le commandement de ces troupes au frère d'Éporédorix, et lui dit de porter la guerre chez les Allobroges. (6) D'un autre côté, il envoie les Gabales et les plus proches cantons des Arvernes, ravager le territoire des Helviens, ainsi que les Rutènes et les Cadurques celui des Volques Arécomiques. (7) En même temps, et par des messages secrets, il sollicite les Allobroges, espérant que les ressentiments de la dernière guerre n'y étaient pas encore éteints. (Cool Il promet aux chefs de l'argent, et à la nation la souveraineté de toute la province.

La bataille aura lieu au nord-est de la ville d'Alésia, sur le territoire des Mandubiens.

César a écrit:

Défaite de la cavalerie gauloise


[7,66]
(1) Pendant le temps employé à toutes ces choses, les corps ennemis envoyés par les Arvernes et la cavalerie levée dans tous les états de la Gaule, se réunirent. (2) Se voyant à la tête de troupes si nombreuses, et tandis que César se dirigeait vers les Séquanes par l'extrême frontière des Lingons, pour porter plus facilement du secours à la province, Vercingétorix vint, en trois campements, prendre position à environ dix mille pas des Romains ; (3) et ayant convoqué les chefs de la cavalerie, il leur dit : "Que le moment de vaincre est venu ; que les Romains s'enfuient dans leur province et abandonnent la Gaule ; (4) que c'est assez pour la liberté du moment, trop peu pour la paix et le repos de l'avenir ; qu'ils ne manqueront pas de revenir avec de plus grandes forces, et ne mettront point de terme à la guerre. Il faut donc les attaquer dans l'embarras de leur marche ; (5) si les fantassins viennent au secours de leur cavalerie et sont ainsi arrêtés, ils ne pourront achever leur route ; si (ce qui lui paraît plus probable), ils abandonnent leurs bagages pour ne pourvoir qu'à leur sûreté, ils perdront, outre l'honneur, leurs ressources les plus indispensables. (6) Quant à leurs cavaliers, aucun d'eux n'osera seulement s'avancer hors des lignes ; on ne doit pas même en douter. Du reste, pour inspirer encore plus de courage à ses troupes, et plus de crainte à l'ennemi, il rangera toute l'armée en avant du camp." (7) Les cavaliers s'écrient qu'il faut que chacun s'engage par le serment le plus sacré à ne plus entrer dans sa maison, à ne plus revoir ses enfants, sa famille, sa femme, s'il n'a traversé deux fois les rangs de l'ennemi.




[7,67]
(1) On approuve la proposition, et tous prêtent ce serment. Le lendemain, la cavalerie est partagée en trois corps, dont deux se montrent sur nos ailes, tandis que le centre se présente de front à notre avant-garde pour lui fermer le passage. (2) Instruit de ces dispositions, César forme également trois divisions de sa cavalerie, et la fait marcher contre l'ennemi. Le combat s'engage de tous les côtés à la fois ; (3) l'armée fait halte ; les bagages sont placés entre les légions. (4) Si nos cavaliers fléchissent sur un point, ou sont trop vivement pressés, César y fait porter les enseignes et marcher les cohortes, ce qui arrête les ennemis dans leur poursuite et ranime nos soldats par l'espoir d'un prompt secours. (5) Enfin, les Germains, sur le flanc droit, gagnent le haut d'une colline, en chassent les ennemis, les poursuivent jusqu'à une rivière où Vercingétorix s'était placé avec son infanterie, et en tuent un grand nombre. (6) Témoins de cette défaite, les autres Gaulois, craignant d'être enveloppés, prennent la fuite. Ce ne fut plus partout que carnage. (7) Trois Héduens de la plus haute distinction sont pris et amenés à César : Cotos, commandant de la cavalerie, qui dans les derniers comices avait été en concurrence avec Convictolitavis ; Cavarillos, qui, après la défection de Litaviccos, avait reçu le commandement de l'infanterie ; et Éporédorix, que les Héduens, avant l'arrivée de César, avaient eu pour chef dans leur guerre contre les Séquanes.

Vercingétorix espérait vaincre définitivement César... la bataille est un désastre. privé de cavalerie, il n'a d'autre choix que de se réfugier dans la ville d'Alésia.... un oppidum considéré comme imprenable. 

Uchronie ?


Une et évidente :

Et si la première bataille d'Alésia avait été gagnée par les Gaulois ? 
Alors la réponse est très simple. Le plan de bataille de Vercingétorix n'était pas tant la victoire militaire que la capture du ravitaillement des Romains. Une fois ceci fait, il les aurait harcelé (en particulier les fourrageurs) jusqu'à ce que les légions soient affamés, épuisées, démoralisées... et il les aurait alors exterminées.

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Re: Uchronies romaines.

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