Uchronies romaines.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Mer 16 Mai - 12:19

La guerre des Vénètes


En 56 avant J.C. toute la Gaule est pacifiée, Toute ? Un peuple d'irréductibles Gaulois, les Vénètes, résiste encore et toujours à l'envahisseurs !  Laughing

Comme quoi, même Asterix le Gaulois est basé sur des faits réels !

Bien que soumis un an plus tôt par une expédition de Publius Crassus, les Vénètes capturent des envoyés romains venus leur demander des vivres pour la legio VII qui hiverne chez les Andes (l'actuelle région de Nantes). 
Le moment de la révolte  est bien choisis, César est à Rome, les légions présentes en Gaule manquent de vivres.

De plus, la géographie est aussi très favorable aux peuples d'Armoriques (et leurs alliés venus de l'île de Bretagne). En fait, l'Armorique est à l'époque - comme maintenant encore - un pays rocheux coupés de forêts impénétrables (moins maintenant il est vrai) et de marais côtiers (qui n'existent plus de nos jours). 

La stratégie des éperons barrées


Pour la première fois depuis le début de la Guerre des Gaules, les Gaulois réussissent à imposer à César leur stratégie au lieu de se soumettre à la sienne. Cette-ci est d'ailleurs très simple, leurs villages et leurs villes sont généralement installés sur des presque-îles ou des îles. faciles à défendre. Si les Romains assiègent une place, plutôt que d'accepter le combat ils évacuent vers un autre havre. 
Cette stratégie joue à plein du relief de côte déchiquetés, des courants traites, des abers dissimulés à marée hautes, parfaitement connus des marins vénètes. Elle utilise aussi l'atout principal des peuples d'Armorique, leur puissante flotte ! 

Les pontos vénètes


Célian Cogitore a écrit:
(...) le pontos, il s’agit d’une embarcation connue depuis le VIIème siècle avant J.C. Construit de manière particulièrement robuste, tout en chêne, il fut le premier navire à utiliser une chaîne de fer pour son ancre. Le mât avant (ou mât de dolon) est incliné, celui de l'arrière est droit. Ils se rejoignent dans la cale et sont scellés par un anneau de granit servant de lest. Les voiles sont en cuir cousu.

La navigation au moyen-âge https://www.amazon.fr/dp/B014QBPL7U

La flotte de César


Bien entendu, César comprend immédiatement que la guerre d'Armorique sera gagnée sur mer, il est revenu de Rome accompagné de marins et il entreprend de construire une armada de galères (de type méditerranéenne, inconnues sur l'Atlantique et la Manche de cette époque) le long de la Loire. Il bénéficie aussi du ralliement de deux peuples gaulois, les Pictons et les Santons, qui mettent leurs flottes à sa disposition.... et leur connaissance des côtes, brisant net le principal avantage des révoltés armoricains.

Surtout, César prend immédiatement des dispositions pour empêcher que la révolte s'étende. Il disperse ses légions en Gaule pour pacifier les peuples les plus turbulents, empêcher l'intervention des Germains, collecter des vivres. Le tout sur fond d'échanges diplomatiques denses, jouant à fond des divisions entre Gaulois pour empêcher la naissance d'une coalition qui s'étendrait au-delà de l'Armorique. On ne peut qu'être admiratif devant la maestria de César, celui-ci prend les meilleurs décisions possibles et avec quelle vitesse !  
Jules César a une vision stratégique qui dépasse la situation présente pour embrasser les conséquences futur. Au lieu de concentrer  ses forces sur l'Armorique - la décision la plus évidente- il préfère sécuriser ses arrières, et empêcher que le soulèvement fasse tâche d'huile. Ce faisant, il regagne l'initiative, imposant "sa" guerre et "ses" règles en jouant un tour en avance de ses ennemis. 

Maintenant qu'il a acculé les Armoricains à la défensive, César va les réduire. 

La bataille du Morbihan


César a écrit:

Difficultés de la guerre contre les Vénètes

12

(1) Telle était la disposition de la plupart des places de l'ennemi, que, situées à l'extrémité de langues de terre et sur des promontoires, elles n'offraient d'accès ni aux gens de pied quand la mer était haute, ce qui arrive constamment deux fois dans l'espace de vingt-quatre heures, ni aux vaisseaux que la mer, en se retirant, laisserait à sec sur le sable. (2) Ce double obstacle rendait très difficile le siège de ces villes. (3) Si, après de pénibles travaux, on parvenait à contenir la mer par une digue et des môles, et à s'élever jusqu'à la hauteur des murs, les assiégés, commençant à désespérer de leur fortune, rassemblaient leurs nombreux navires, dernière et facile ressource, y transportaient tous leurs biens, et se retiraient dans des villes voisines. (4) Là ils se défendaient de nouveau par les mêmes avantages de position. (5) Cette manoeuvre leur fut d'autant plus facile durant une grande partie de l'été, que nos vaisseaux étaient retenus par les vents contraires et éprouvaient de grandes difficultés à naviguer sur une mer vaste, ouverte, sujette à de hautes marées et presque entièrement dépourvue de ports.

Leurs navires. Leur tactique

13

(1) Les vaisseaux des ennemis étaient construits et armés de la manière suivante : la carène en est un peu plus plate que celle des nôtres, ce qui leur rend moins dangereux les bas-fonds et le reflux ; (2) les proues sont très élevées, les poupes peuvent résister aux plus grandes vagues et aux tempêtes ; (3) les navires sont tout entiers de chêne et peuvent supporter les chocs les plus violents. (4) Les bancs, faits de poutres d'un pied d'épaisseur, sont attachés par des clous en fer de la grosseur d'un pouce ; (5)les ancres sont retenues par des chaînes de fer au lieu de cordages ; (6) des peaux molles et très amincies leur servent de voiles, soit qu'ils manquent de lin ou qu'ils ne sachent pas l'employer, soit encore qu'ils regardent, ce qui est plus vraisemblable, nos voiles comme insuffisantes pour affronter les tempêtes violentes et les vents impétueux de l'Océan, et pour diriger des vaisseaux aussi pesants. (7)Dans l'abordage de ces navires avec les nôtres, ceux-ci ne pouvaient l'emporter que par l'agilité et la vive action des rames ; du reste, les vaisseaux des ennemis étaient bien plus en état de lutter, sur ces mers orageuses, contre la force des tempêtes. (Cool Les nôtres ne pouvaient les entamer avec leurs éperons, tant ils étaient solides ; leur hauteur les mettait à l'abri des traits, et, par la même cause, ils redoutaient moins les écueils. (9) Ajoutons que, lorsqu'ils sont surpris par un vent violent, ils soutiennent sans peine la tourmente et s'arrêtent sans crainte sur les bas-fonds, et, qu'au moment du reflux, ils ne redoutent ni les rochers ni les brisants ; circonstances qui étaient toutes à craindre pour nos vaisseaux.

Victoire navale de Brutus

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(1) Après avoir enlevé plusieurs places, César, sentant que toute la peine qu'il prenait était inutile, et qu'il ne pouvait ni empêcher la retraite des ennemis en prenant leurs villes, ni leur faire le moindre mal, résolut d'attendre sa flotte. (2) Dès qu'elle parut et qu'elle fut aperçue de l'ennemi deux cent vingt de leurs vaisseaux environ, parfaitement équipés et armés, sortirent du port et vinrent se placer devant les nôtres. (3)Brutus, le chef de la flotte, les tribuns militaires et les centurions qui commandaient chaque vaisseau, n'étaient pas fixés sur ce qu'ils avaient à faire et sur la manière d'engager le combat. (4)Ils savaient que l'éperon de nos galères était sans effet ; que nos tours, à quelque hauteur qu'elles fussent portées, ne pouvaient atteindre même la poupe des vaisseaux des barbares, et qu'ainsi nos traits lancés d'en bas seraient une faible ressource, tandis que ceux des Gaulois nous accableraient. (5) Une seule invention nous fut d'un grand secours : c'étaient des faux extrêmement tranchantes, emmanchées de longues perches, peu différentes de celles employées dans les sièges. (6) Quand, au moyen de ces faux, les câbles qui attachent les vergues aux mâts étaient accrochés et tirés vers nous ; on les rompait en faisant force de rames ; (7) les câbles une fois brisés, les vergues tombaient nécessairement, et cette chute réduisait aussitôt à l'impuissance les vaisseaux gaulois, dont toute la force était dans les voiles et les agrès. (Cool L'issue du combat ne dépendait plus que du courage, et en cela nos soldats avaient aisément l'avantage, surtout dans une action qui se passait sous les yeux de César et de toute l'armée ; aucun trait de courage ne pouvait rester inaperçu ; (9) car toutes les collines et les hauteurs, d'où l'on voyait la mer à peu de distance, étaient occupées par l'armée.

15

(1) Dès qu'un vaisseau était ainsi privé de ses vergues, deux ou trois des nôtres l'entouraient, et nos soldats, pleins d'ardeur, tentaient l'abordage. (2) Les barbares ayant, par cette manœuvre, perdu une partie de leurs navires, et ne voyant nulle ressource contre ce genre d'attaque, cherchèrent leur salut dans la fuite : (3) déjà ils avaient tourné leurs navires de manière à recevoir le vent, lorsque tout à coup eut lieu un calme plat qui leur rendit tout mouvement impossible. (4) Cette heureuse circonstance compléta le succès ; (5) car les nôtres les attaquèrent et les prirent l'un après l'autre, et un bien petit nombre put regagner la terre à la faveur de la nuit, après un combat qui avait duré depuis environ la quatrième heure du jour jusqu'au coucher du soleil.

César complète sa victoire


La défaite navale est telle que les Vénètes perdent non seulement leur flotte, mais l'essentiel de leurs hommes jeunes et même des gens plus âgés capable de porter les armes. Ils n'ont plus d'autre recours que de se rendre. La vengeance de César est terrible. Il fait exécuter le "sénat" vénète et vend toute la population comme esclave, leur territoire revenant aux Pictons qu'il remercie ainsi de leur aide (toujours la carotte et le bâton). Sa plus terrible vengeance est... le silence. Comme pour les Atuatuques, César ne donne pas le nom des oppidum des Vénètes. César a bien pour objectif de faire de la Guerre des Gaules la seule source sur la conquête de ce pays. Par le silence, César entends bien faire disparaître les Vénètes de l'histoire (1).
Toutefois, César n'arrivera pas totalement à son but. Les vénètes continueront à apparaître par la suite. Il est vrai qu'ils ne conserveront qu'une ombre de leur puissance ancienne. César ayant fait détruire toute leur tour à sel (l'origine de leur richesse est le commerce du sel contre l'étain de Cornouailles dont ils avaient fait un monopole) ils seront sérieusement appauvris. Le trésor de leur peuple servira plus tard à César pour conquérir... Rome. 

Uchronie ?


Une !
Et si le vent n'était pas tombé pendant la bataille du Morbihan ? 
César peut-dire ce qu'il veut, mais le seul avantage des Romains (à part les serpes de guerre, qui coupent les cordages) est qu'ils ont des galères. Les Vénètes auraient probablement remporté l'affrontement si le vent avait continué à souffler.

Vous voyez c'est exactement le genre de résultat historique rageant. Les Romains ne gagnent pas par rapport à leur mérite mais par... et bien disons que les dieux leur ont été favorables ! 

Que se serait-il passé si Junius Brutus Albinus avait été défait par les Vénètes ?
Difficile à dire. Le gros de l'armée et César lui-même resteraient intouchés, toutefois la révolte se seraient répandus en Gaule. OTL, sa défaite à Gergovie ne l'a pas empêché de rebondir et, finalement, de battre son vainqueur. 

(1) Je dois dire que j'ai eu un frisson de malaise lorsque j'ai compris cela. Décortiquer un esprit aussi machiavélique et retors que celui de César est une expérience éprouvante. Cet homme est terrifiant. Il est très intelligent, très conséquent, avec une capacité à prévoir et à comprendre ses ennemis qui en font un adversaire plus que redoutable.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Mer 16 Mai - 12:53

Question bête : Vous comprenez maintenant pourquoi César est considéré comme l'un des plus grand génie militaire de l'histoire ?

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Re: Uchronies romaines.

Message par Emile Ollivier le Jeu 17 Mai - 8:44

Salut Anaxagore,

Concernant la prise de Malte par Rome, j'ai toujours cru qu'elle avait eu lieu après le déclenchement de la guerre d'Hannibal.
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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Jeu 17 Mai - 9:58

En fait, il semble qu'il y ait eu deux occupations romaines distinctes. Une juste après la première guerre punique (juste après la Guerre des Mercenaires, en fait)... et la seconde pendant la deuxième guerre punique. La garnison carthaginoise se serait d'ailleurs rendu sans combattre.
Par contre, j'ignore complètement pourquoi Malte revient aux mains des Puniques dans l'intervalle.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Jeu 17 Mai - 10:20

Bataille de Vernix


La bataille de Vernix a lieu simultanément au conflit de César avec la confédération armoricaine dont nous venons de parler (ou guerre des Vénètes).

Vous vous rappelez que César a dispersé ses légions en Gaule pour éviter la contagion d'insurrection des Armoricains. Cependant, la révolte s'était déjà communiquée au Cotentin où les peuples des Aulerques Eburovices, des Lexoviens et des Unelles (aidés par des mercenaires et des volontaires venus de toute la Gaule) avaient déjà massacré les opposants au soulèvement et pris les armes.

En face, il y a Quintus Titurius Sabinus, légat de César, à la tête de trois légions ( et un nombre inconnu d’auxiliaires gaulois). ce dernier réagit à l'insurrection en se claquemurant dans son camp et... en tremblant de peur, c'est en tout cas ce que rapporte un déserteur gaulois (en fait un agent de Sabinus).
Parce que Sabinus commence par intoxiquer ses adversaires qui se lancent alors à l'assaut et sont massacrés.

César a écrit:

Victoire de Sabinus sur les Unelles



17



(1) Tandis que ces événements se passaient chez les Vénètes, Q. Titurius Sabinus arrivait sur les terres des Unelles avec les troupes qu'il avait reçues de César. (2) Viridovix était à la tête de cette nation et avait le commandement en chef de tous les états révoltés, dont il avait tiré une armée et des forces redoutables. (3) Depuis peu de jours les Aulerques Éburovices et les Lexovii, après avoir égorgé leur sénat qui s'opposait à la guerre, avaient fermé leurs portes et s'étaient joints à Viridovix. (4) Enfin de tous les points de la Gaule était venue une multitude d'hommes perdus et de brigands que l'espoir du pillage et la passion de la guerre avaient arrachés à l'agriculture et à leurs travaux journaliers. (5)Sabinus se tenait dans son camp situé sur le terrain le plus favorable, pendant que Viridovix, campé en face de lui à une distance de deux milles, déployait tous les jours ses troupes, et lui offrait la bataille, de sorte que Sabinus s'attirait non seulement le mépris des ennemis, mais encore les sarcasmes de nos soldats. (6)L'opinion qu'il donna de sa frayeur était telle que déjà l'ennemi osait s'avancer jusqu'aux retranchements du camp. (7) Le motif de Sabinus pour agir ainsi était qu'il ne croyait pas qu'un lieutenant dût, surtout en l'absence du général en chef, combattre une si grande multitude, à moins d'avoir pour lui l'avantage du lieu ou quelque autre circonstance favorable.

18



(1) L'opinion de cette frayeur s'étant affermie, Sabinus choisit parmi les Gaulois qu'il avait près de lui comme auxiliaires, un homme habile et fin. (2) Il lui persuade, à force de récompenses et de promesses, de passer aux ennemis, et l'instruit de ce qu'il doit faire. (3) Dès que cet homme est arrivé parmi eux comme transfuge, il parle de la terreur des Romains, il annonce que César lui-même est enveloppé par les Vénètes, (4) et que, pas plus tard que la nuit suivante, Sabinus doit sortir secrètement de son camp avec son armée, et partir au secours de César. (5) Les Gaulois n'ont pas plus tôt entendu ce rapport qu'ils s'écrient tous qu'il ne faut pas perdre une occasion si belle, et qu'on doit marcher au camp des Romains. (6) Plusieurs motifs excitaient les Gaulois : l'hésitation de Sabinus pendant les jours précédents, le rapport du transfuge, le manque de vivres, chose à laquelle on avait pourvu avec peu de diligence, l'espérance fondée sur la guerre des Vénètes, enfin cette facilité des hommes à croire ce qu'ils désirent. (7) Décidés par tous ces motifs, ils ne laissent point sortir du conseil Viridovix et les autres chefs, qu'ils n'aient obtenu d'eux de prendre les armes, et de marcher contre nous. (Cool Joyeux de cette promesse, et comme assurés de la victoire, ils se chargent de sarments et de broussailles pour combler les fossés des Romains, et se dirigent vers leur camp.

19



(1) Le camp était sur une hauteur à laquelle on arrivait par une pente douce d'environ mille pas. Ils s'y portèrent d'une course rapide, afin de laisser aux Romains le moins de temps possible pour se rassembler et s'armer, et arrivèrent hors d'haleine. Sabinus exhorte les siens et donne le signal désiré. (2) II ordonne de sortir par deux portes et de tomber sur l'ennemi embarrassé du fardeau qu'il portait. (3) L'avantage de notre position, l'imprévoyance et la fatigue des ennemis, le courage des soldats, l'expérience acquise dans les précédents combats, firent que les barbares ne soutinrent pas même notre premier choc, et qu'ils prirent aussitôt la fuite. (4)Nos soldats, dont les forces étaient entières, les atteignirent dans ce désordre et en tuèrent un grand nombre. La cavalerie acheva de les poursuivre et ne laissa échapper que peu de ces fuyards. (5) C'est ainsi que, dans le même temps, Sabinus apprit l'issue du combat naval, et César la victoire de Sabinus. Toutes les villes de cette contrée se rendirent sur-le-champ à Titurius ; (6) car, si le Gaulois est prompt et ardent à prendre les armes, il manque de fermeté et de constance pour supporter les revers.

Uchronie ?


Je doute que l'on puisse changer grand chose à une bataille de ce genre. Même si Sabienus n'avait pas intoxiqué ses ennemis pour qu'ils pressent l'assaut, la nouvelle de la victoire de César dans le Morbihan aurait probablement démantelé l'alliance des Gaulois.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Lun 21 Mai - 16:06

Les expéditions de Bretagne


Pour changer un peu, nous allons traiter de la Bretagne, non pas chronologiquement, mais sur la base de la géographie en parlant des deux expéditions de César.

Que savaient les Romains de la Bretagne ?


Presque rien... Pytheas, grec de Massillia, fut le premier explorateur Méditerranéen (à par peut-être un Carthaginois) à atteindre cette île, et à en faire la description, au IVème siècle avant notre ère. Toutefois, son récit fit face à une grande incrédulité et une opposition de géographes "sérieux", bien assis sur leur cul, derrière leur bureau et qu'ils n'avaient probablement pas voyagé plus loin que la cité voisine. Ces gens "bien informés" prétendirent que Pytheas avait inventé la Bretagne et tout le récit de ces voyages. Tout ça, bien sûr, parce qu'on leur parlait de choses qui les dérangeaient dans leur petit train train et qu'ils n'avaient pas approuvé. "J'y crois pas... donc ça n'existe pas " est un refrain courant quel que soit l'époque. 
Si d'autres géographes mentionnent l'île plus tard et que son existence finit pas être acceptée, la Bretagne est encore, à l'époque de César, une terre aussi mythique que celle des Amazones ou le jardin des Hespérides.
C'est d'ailleurs l'expédition de César en Gaule qui permet au conquérant d'avoir des récits de première main, grâce aux commerçants qui s'y rendent régulièrement.  

Pourquoi César va-t-il en Bretagne ?


Comme je l'ai déjà signalé, la révolte armoricaine avait été soutenue par les Bretons. De plus, certaines tribus "gauloises" se trouvent sur les deux rives de la Manche. C'est le cas, par exemple, des Atrébates (des Belges). César ne veut probablement pas conquérir l'île... mais sans doute inspirer une sainte frousse aux locaux pour qu'ils le laissent conquérir la Gaule en paix.

La première expédition (- 55)


Vu les forces restreintes engagés par César ( Legio VII et Legio X), le général romain ne veut probablement que se livrer à une simple mission de reconnaissance. Il a construit une flotte, s'est trouvé des guides et même un soutient important en la personne de Commios, roi déposé des Atrébates de Bretagne. 

L'expédition commence par une erreur tactique de César. Celui-ci laisse en arrière sa cavalerie, sous les ordres de Labienus, donnant l'ordre à ce dernier de l'envoyer dès que possible. Sans cavalerie, César n'aurait aucun moyen de reconnaissance... assez ballot pour une expédition dont c'est le but premier, non ? 

De plus, lorsque la flotte romaine arrive en vue des plages bretonnes (près de Douvres, probablement). Les rivages sont couverts d'homme en armes !! César est attendu de pied ferme ! 
César décide de débarquer plus loin ( probablement à Walmer) mais les Bretons le suivent, arrivent avant lui, encerclant la gréve. Problème supplémentaire, les navires romains ne peuvent toucher terre. Les Romains sont obligés de sauter à l'eau sous les tirs des javelots ennemis et une attaque furieuse de guerriers peints  !


Il s'agit d'un des affrontements les plus éprouvants de César.

César a écrit:

24






(1) Mais les Barbares, s'apercevant du dessein des Romains, envoyèrent en avant leur cavalerie et les chariots de guerre dont ils ont coutume de se servir dans les combats, les suivirent avec le reste de leurs troupes, et s'opposèrent à notre débarquement. (2)Plusieurs circonstances le rendaient extrêmement difficile : la grandeur de nos vaisseaux forcés de s'arrêter en pleine mer, l'ignorance où étaient nos soldats de la nature des lieux ; les mains embarrassées, accablés du poids énorme de leurs armes, ils devaient à la fois s'élancer du navire, résister à l'effort des vagues et lutter avec l'ennemi ; (3) tandis que celui-ci combattant à pied sec, ou s'avançant très peu dans la mer, libre de tous ses membres, connaissant parfaitement les lieux, lançait ses traits avec assurance et poussait ses chevaux faits à cette manoeuvre. (4) Frappés d'un tel concours de circonstances, et tout à fait inexpérimentés dans ce genre de combat, nos soldats ne s'y portaient pas avec cette ardeur et avec ce zèle qui leur étaient ordinaires dans les combats de pied ferme.

25






(1) Dès que César s'en aperçut, il ordonna d'éloigner un peu des vaisseaux de charge, les galères dont la forme était moins connue des Barbares et la manoeuvre plus facile et plus prompte, de les diriger à force de rames, de les tenir devant le flanc découvert de l'ennemi, et de là, à l'aide des frondes, des traits et des machines, de le repousser et de le chasser de sa position. Ce mouvement nous fut d'une grande utilité. (2) Car étonnés de la forme de nos navires, de leur manoeuvre et du genre inconnu de nos machines, les Barbares s'arrêtèrent et firent même quelques pas en arrière. (3) Nos soldats hésitaient encore, surtout à cause de la profondeur de la mer : le porte-aigle de la dixième légion, après avoir invoqué les dieux pour que sa légion eût l'honneur du succès : "Compagnons, dit-il, sautez à la mer, si vous ne voulez livrer l'aigle aux ennemis ; pour moi certes j'aurai fait mon devoir envers la république et le général." (4) À ces mots, prononcés d'une voix forte, il s'élance du navire et porte l'aigle vers l'ennemi. (5) Alors les nôtres s'exhortant mutuellement à ne pas souffrir une telle honte, se jettent tous hors du vaisseau. A cette vue, ceux des navires voisins les suivent et marchent à l'ennemi.

26






(1) On combattit de part et d'autre avec acharnement : nos soldats cependant ne pouvant ni garder leurs rangs, ni lutter de pied ferme, ni suivre leurs enseignes, et forcés de se ranger sous le premier drapeau qui s'offrait à eux, à quelque vaisseau qu'il appartint, étaient dans une grande confusion. (2) Les ennemis au contraire, connaissant tous les bas-fonds, avaient à peine vu du rivage quelques-uns des nôtres débarquer, qu'ils poussaient contre eux leurs chevaux et les attaquaient au milieu de leur embarras, (3) un grand nombre en enveloppait un petit ; les autres prenant en flanc le gros de notre armée l'accablaient de leurs traits. (4)Témoin de ce désavantage, César fit remplir de soldats les chaloupes des galères et les esquifs d'observation, et les envoya au secours de ceux qu'il voyait dans une situation critique. (5) Dès que nos soldats eurent pris terre et que tous les autres les eurent suivis, ils fondirent sur les ennemis et les mirent en fuite, mais sans pouvoir les poursuivre bien loin, la cavalerie n'ayant pu suivre sa route ni aborder dans l'île. Cette seule chose manqua à la fortune accoutumée de César.

Guerre des gaules, César, Livre IV

Cependant, si la victoire de César contraint les Bretons à négocier.... le cieux ne sont cette fois pas favorable à César. Les navires renvoyés en Gaule chercher le ravitaillement sont endommagés par une tempête et contraint à faire demi-tour. Le soubresauts des vents endommagent également les navires restés en Bretagne et César est obligé de les faire réparer en urgence par ses légionnaires. Témoin de la catastrophe, les Bretons coupent court aux pourparler de paix et attaquent César retranché dans son camp. Heureusement pour César, il réussit à repousser l'assaut. Comnios - le roi déposé - qui était parti quelques jours plus tôt chercher de l'aide, revient sur ces entrefaites avec une forte cavalerie et fond sur les Bretons dont il transforme la retraite en déroute.

Conscient de ne pas être passé très loin de la défaite, César termine de remettre ses navires en état et quitte la Bretagne. 

Conclusion


L'expédition en Bretagne est un échec... du moins sur le plan militaire. Paradoxalement, ce sera une victoire politique à Rome. En réussissant à atteindre une terre considérée comme légendaire, César se retrouvera auréolé d'une aura digne d'un héros mythologique dont il sut profiter, envoyant au temple de Venus Genitrix, à Rome, une cuirasse décorée de perles obtenues en tribut pendant les négociations. 

Seconde expédition (-54)


Celle-ci a des moyens nettement plus conséquent , il faut 800 navires pour celle-ci (contre 90 pour le débarquement de -55).  Cette fois, César arrivera avec cinq légions et nul ne s'opposera à son avance. D'après le - très neutre  Suspect - rédacteur de la Guerre des Gaules, les Bretons auraient été terrifiés par la flotte romaine... certains historiens modernes avancent d'autres raisons comme la volonté des Bretons de livrer une guerre d'attrition en attirant les légions dans l'intérieur des terres pour les couper de leurs ressources. 

Une petite bataille et un siège permettent aux Romains de mettre les Bretons en difficulté et de dominer la région actuelle du Kent.

Toutefois, la tempête s’invite à nouveau la fête. César interrompt les opérations pour faire réparer ses navires. 

A ce moment un certains Cassivelaunos (le Vercingétorix anglais !) réunit une immense armée pour s'opposer à César en bataille rangée.


César a écrit:

Combats



15




(1) Les cavaliers ennemis avec leurs chariots de guerre attaquèrent vivement dans sa marche notre cavalerie, qui fut partout victorieuse et les repoussa dans les bois et sur les collines ; (2) mais, après avoir tué un grand nombre d'ennemis, son ardeur à en poursuivre les restes lui coûta quelques pertes. (3) Peu de temps après, comme les nôtres ne s'attendaient à rien et travaillaient au retranchement du camp, les Bretons, s'élançant tout à coup de leurs forêts et fondant sur la garde du camp, l'attaquèrent vigoureusement. (4) César envoie pour la soutenir deux cohortes, qui étaient les premières de leurs légions ; comme elles avaient laissé entre elles un très petit espace, l'ennemi, profitant de leur étonnement à la vue de ce nouveau genre de combat, se précipite avec audace dans l'intervalle et échappe sans perte. (5) Q. Labérius Durus, tribun militaire, fut tué dans cette action. Plusieurs autres cohortes envoyées contre les Barbares les repoussèrent.

La tactique des Bretons




16




(1) Ce combat, d'un genre si nouveau, livré sous les yeux de toute l'armée et devant le camp, fit comprendre que la pesanteur des armes de nos soldats, en les empêchant de suivre l'ennemi dans sa retraite et en leur faisant craindre de s'éloigner de leurs drapeaux, les rendait moins propres à une guerre de cette nature. (2) La cavalerie combattait aussi avec désavantage, en ce que les Barbares, feignant souvent de se retirer, l'attiraient loin des légions, et, sautant alors de leurs chars, lui livraient à pied un combat inégal ; (3) or, cette sorte d'engagement était pour nos cavaliers aussi dangereuse dans la retraite que dans l'attaque. (4) En outre, les Bretons ne combattaient jamais en masse mais par troupes séparées et à de grands intervalles, et disposaient des corps de réserve, destinés à les recueillir, et à remplacer par des troupes fraîches celles qui étaient fatiguées.

Victoire romaine



17




(1) Le jour suivant, les ennemis prirent position loin du camp, sur des collines ; ils ne se montrèrent qu'en petit nombre et escarmouchèrent contre notre cavalerie plus mollement que la veille. (2) Mais, vers le milieu du jour, César ayant envoyé au fourrage trois légions et toute la cavalerie sous les ordres du lieutenant Trébonius, ils fondirent subitement et de toutes parts sur les fourrageurs, peu éloignés de leurs drapeaux et de leurs légions. (3) Les nôtres, tombant vigoureusement sur eux, les repoussèrent ; la cavalerie, comptant sur l'appui des légions qu'elle voyait près d'elle, ne mit point de relâche dans sa poursuite, (4) et en fit un grand carnage, sans leur laisser le temps ni de se rallier, ni de s'arrêter, ni de descendre des chars. (5) Après cette déroute, les secours qui leur étaient venus de tous côtés, se retirèrent ; et depuis ils n'essayèrent plus de nous opposer de grandes forces.

Guerre des gaules, livre V

   Cette défaite fait comprendre à Cassivelaunos qu'il ne pourra vaincre les Romains par une bataille en règle. Renvoyant le plus gros de ses troupes, il ne garde que 4000 chars de guerre et se livre à des escarmouches. Toutefois, César continua sa progression et prit l'actuelle ville de Westminster. Ce qui poussa Cassivelaunos à la reddition, et aux principaux rois du sud-est de la Bretagne à demander la paix. 
César "magnanime" se contenta d'un tribut et d'une clientèle avant de retourner en Gaule... alarmé par les rapports d'insoumission. 

Conclusion


Les deux expéditions de César en Gaule ne lui apportent ni victoires militaires décisives, ni soumissions des habitants. Il faudra attendre l'empereur Claudius pour que la Bretagne soit conquise. 

Uchronies


Quatre uchronies sont possibles... ou plutôt trois et demi.

La première uchronie (et demi) concerne les tempêtes de - 55 et - 54. Imaginez qu’elles aient détruits complètement les flottes de César ? sans ravitaillement, sans renfort, dans un pays hostile ! 

Ensuite, durant la seconde expédition Cassivalunos commence par s'opposer en batailles rangées aux Romains. Cela ne lui réussit guère. Et s'il avait opté directement pour une campagne de harcèlement ?  César aurait été incapable de revendiquer une victoire et son retour en Gaule aurait été assez humiliant.

La troisième uchronie est la plus intéressante, appelons-là : "  la bataille de Wheathampstead". 

Après son échec à couper le ravitaillement de César, Cassivelaunos se replie sur une place-forte à généralement identifié à Devil's Dyke à proximité de l'actuel village anglais de Wheathampstead. OTL, le chef breton projette de retenir César jusqu'à ce qu'une grande coalition bretonne vienne lever le siège. Il se rend toutefois à César... probablement parce qu'il ne croit pas que l'expédition de secours puisse le sauver ou se réunisse à temps. On peut très bien imaginer une sorte d'Alesia dans le Kent dans une autre TL. La fin serait probablement identique...  


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Re: Uchronies romaines.

Message par Thomas le Lun 21 Mai - 21:22

L'Alesia du Kent mériterait bien une histoire.

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore le Lun 21 Mai - 23:43

C'est vrai... mais je n'ai pas assez d'informations.  Sad

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore Hier à 15:00

Bataille d'Aduatuca


Les défaites romaines sont rares au cours de la guerre des Gaules. La plus connue est Gergovie. Cependant, cette bataille reste une défaite marginale, sa renommée vient qu'elle ait vu César lui-même être vaincu (la seule occurence d'ailleurs... et en rien une humiliation). Aduatuca est une embuscade gauloise dans laquelle fut annéantie une légion entière.  

César a écrit:24 . Il fit mettre les navires à sec et tint l’assemblée des Gaulois à Samarobriva ; comme cette année la récolte de blé, en raison de la sécheresse, était maigre en Gaule, il fut contraint d’organiser l’hivernage de ses troupes autrement que les années précédentes, en distribuant les légions dans un plus grand nombre de cités. Il en envoya une chez les Morins, sous le commandement du légat Laïus Fabius ; une autre chez les Nerviens avec Quintus Cicéron, une troisième chez les Esuvii avec Lucius Roscius ; une quatrième reçut l’ordre d’hiverner chez les Rèmes, à la frontière des Trévires, avec Titus Labiénus ; il en plaça trois chez les Belges, sous les ordres du questeur Marcus Crassus, des légats Lucius Munatius Plancus et Laïus Trébonius. Il envoya une légion, levée en dernier lieu, dans la Transpadane, et cinq cohortes chez les Eburons, dont la plus grande partie habite entre la Meuse et le Rhin, et qui étaient gouvernés par Ambiorix et Catuvolcos. Ces troupes furent placées sous les ordres des légats Quintus Titurius Sabinus et Lucius Aurunculéius Cotta. Semblable distribution des légions devait, pensait-il, lui permettre de remédier très aisément à la pénurie de blé. Et, néanmoins, les quartiers de toutes ces légions, sauf celle que Lucius Roscius avait été chargé de conduire dans une région tout à fait pacifiée et très tranquille, n’étaient pas à plus de cent mille pas les uns des autres. César résolut d’ailleurs de rester en Gaule jusqu’à ce qu’il sût les légions en place et les camps d’hiver fortifiés. 

25 Il y avait chez les Carnutes un homme de haute naissance, Tasgétios, dont les ancêtres avaient été rois dans leur cité. César, pour récompenser sa valeur et son dévouement, car dans toutes les guerres il avait trouvé chez lui un concours singulièrement actif, avait rendu à cet homme le rang de ses aïeux. Il était, cette année-là, dans la troisième année de son règne, quand ses ennemis secrètement l’assassinèrent ; plusieurs de leurs concitoyens les avaient d’ailleurs encouragés publiquement. On apprend la chose à César. Craignant, en raison du nombre des coupables, que leur influence n’amenât la défection de la cité, il fait partir en hâte Lucius Plancus, avec sa légion, de Belgique chez les Carnutes, avec ordre d’hiverner là, d’arrêter ceux qu’il savait responsables du meurtre de Tasgétios et de les lui envoyer. Sur ces entrefaites, tous ceux à qui il avait confié les légions lui firent savoir qu’on était arrivé dans les quartiers d’hiver et que les fortifications étaient faites. 

26 Il y avait environ quinze jours que les troupes hivernaient, quand éclata une révolte soudaine, excitée par Ambiorix et Catuvolcos ; ces rois étaient venus à la frontière de leur pays se mettre à la disposition de Sabinus et de Cotta et avaient fait porter du blé à leur quartier d’hiver, quand des messages du Trévire Indutiomaros les déterminèrent à appeler leurs sujets aux armes ; aussitôt ils attaquèrent nos corvées de bois et vinrent en grandes forces assiéger le camp. Mais les nôtres s’armèrent sans retard et montèrent au retranchement, cependant que les cavaliers espagnols, sortant par une des portes, livraient un combat de cavalerie où ils eurent l’avantage ; les ennemis, voyant l’entreprise manquée, retirèrent leurs troupes ; puis, à grands cris, selon leur coutume, ils demandèrent que quelqu’un des nôtres s’avançât pour des pourparlers ; ils avaient à nous faire certaines communications qui n’avaient pas moins d’intérêt pour nous que pour eux et qui étaient de nature, pensaient-ils, à apaiser le conflit. 

27 On leur envoie pour cette entrevue Caïus Arpinéius, chevalier romain, ami de Quintus Titurius, et un certain Quintus Junius, Espagnol, qui déjà avait eu plusieurs missions de César auprès d’Ambiorix. Celui-ci leur parla à peu près en ces termes : « Il reconnaissait qu’il avait envers César de grandes obligations à cause des bienfaits qu’il avait reçus de lui : c’était grâce à lui qu’il avait été délivré du tribut qu’il payait régulièrement aux Atuatuques, ses voisins, et César lui avait rendu son fils et son neveu, qui, étant au nombre des otages envoyés aux Atuatuques, avaient été traités par eux en esclaves et chargés de chaînes. En ce qui concerne l’attaque du camp, il a agi contre son avis et contre sa volonté, il a été contraint par son peuple, car la nature de son pouvoir ne le soumet pas moins à la multitude qu’elle ne la soumet à lui. Et si la cité a pris les armes, c’est qu’elle n’a pu opposer de résistance à la soudaine conjuration des Gaulois. Sa faiblesse est une preuve aisée de ce qu’il avance car il n’est pas assez novice pour croire qu’il puisse vaincre avec ses seules forces le peuple romain. Mais il s’agit d’un dessein commun à toute la Gaule tous les quartiers d’hiver de César doivent être attaqués ce jour même, afin qu’une légion ne puisse porter secours à l’autre. Des Gaulois n’auraient pu facilement dire non à d’autres Gaulois, surtout quand le but qu’on les voyait se proposer était la reconquête de la liberté commune. Puisqu’il avait répondu à leur appel, payant ainsi sa dette à sa patrie, il songeait maintenant au devoir de reconnaissance auquel l’obligeaient les bienfaits de César, et il avertissait Titurius, il le suppliait, au nom des liens d’hospitalité qui l’unissaient à lui, de pourvoir à son salut et à celui de ses soldats. Une troupe nombreuse de mercenaires germains avait passé le Rhin : elle serait là dans deux jours. A eux de voir s’ils veulent, avant que les peuples voisins s’en aperçoivent, faire sortir leurs troupes du camp et les conduire, soit auprès de Cicéron, soit auprès de Labiénus, qui sont l’un à environ cinquante milles, l’autre un peu plus loin. Pour lui, il promet, et sous serment, qu’il leur donnera libre passage sur son territoire. En agissant ainsi, il sert son pays, puisqu’il le débarrasse du cantonnement des troupes, et il reconnaît les bienfaits de César. » Après ce discours, Ambiorix se retire. 

28 Arpinéius et Junius rapportent aux légats ce qu’ils viennent d’entendre. La nouvelle les surprend, les trouble ; bien que ce fussent propos d’un ennemi, ils ne pensaient pas devoir les négliger ; ce qui les frappait le plus, c’est qu’il n’était guère croyable qu’une cité obscure et peu puissante comme celle des Eburons eût osé de son propre chef faire la guerre au peuple romain. Ils partent donc l’affaire devant le conseil une vive discussion s’élève. Lucius Aurunculéius, un grand nombre de tribuns et les centurions de la première cohorte étaient d’avis qu’il ne fallait rien aventurer, ni quitter les quartiers d’hiver sans un ordre de César ; ils montraient qu’« on pouvait résister aux Germains, quels que fussent leurs effectifs, du moment qu’on était dans un camp retranché la preuve en est qu’ils ont fort bien résisté à un premier assaut, et en infligeant à l’ennemi des pertes sévères ; le blé ne manque pas ; avant qu’il vienne à manquer, des secours arriveront et des camps voisins et de César ; et puis enfin, y a-t-il conduite plus légère et plus honteuse que de se déterminer, sur une question d’extrême importance, d’après les suggestions d’un ennemi ? » 

29 Mais Titurius se récriait : « Il serait trop tard, une fois que les ennemis, renforcés des Germains, se seraient assemblés en plus grand nombre, ou qu’il serait arrivé quelque malheur dans les quartiers voisins. On n’avait que cet instant pour se décider. César, selon lui, était parti pour l’Italie autrement, les Carnutes n’auraient pas résolu l’assassinat de Tasgétios, et les Eburons, s’il était en Gaule, ne seraient pas venus nous attaquer en faisant si bon marché de nos forces. Que l’avis vînt des ennemis, peu lui importait : il regardait les faits : le Rhin était tout proche ; les Germains éprouvaient un vif ressentiment de la mort d’Arioviste et de nos précédentes victoires ; la Gaule brûlait de se venger, n’acceptant pas d’avoir été si souvent humiliée et finalement soumise à Rome, ni de voir ternie sa gloire militaire d’autrefois. Enfin, qui pourrait croire qu’Ambiorix se fût résolu à une telle démarche sans motif sérieux ? Son avis, dans un cas comme dans l’autre, était sûr : si le péril était imaginaire, on rejoindrait sans courir aucun risque la plus proche légion ; si la Gaule entière était d’accord avec les Germains, il n’y avait de salut que dans la promptitude. Cotta et ceux qui pensaient comme lui, où allait leur avis ? S’il n’exposait pas les troupes à un danger immédiat, du moins c’était la certitude d’un long siège, avec la menace de la famine. » 

30 Après qu’on eut ainsi soutenu les deux thèses, comme Cotta et les centurions de la première cohorte résistaient énergiquement : « Eh bien ! soit, dit Sabinus, puisque vous le voulez ! » - et il élevait la voix, pour qu’une grande partie des soldats l’entendissent - « ce n’est pas moi qui parmi vous ai le plus peur de la mort ; ceux-là jugeront sainement des choses : s’il arrive un malheur, c’est à toi qu’ils demanderont des comptes ; si tu voulais, ils auraient après-demain rejoint les quartiers voisins et ils soutiendraient en commun, avec les autres, les chances de la guerre, au lieu de rester abandonnés, exilés, loin de leurs camarades, pour être massacrés ou mourir de faim. » 

31 On se lève ; on entoure les deux légats, on les presse de ne pas s’obstiner dans un conflit qui rend la situation extrêmement périlleuse : « Il est aisé d’en sortir, que l’on reste ou que l’on s’en aille, à la condition que tout le monde soit d’accord ; mais si l’on se querelle, toute chance de salut disparaît. » On continue de discuter jusqu’au milieu de la nuit. Enfin Cotta, très ému, se rend : l’avis de Sabinus l’emporte. On annonce qu’on partira au lever du jour. Le reste de la nuit se passe à veiller, chaque soldat cherchant dans ce qui lui appartient ce qu’il peut emporter, ce qu’il est forcé d’abandonner de son installation d’hiver. On fait tout ce qui est imaginable pour qu’on ne puisse partir au matin sans péril et que le danger soit encore augmenté par la fatigue des soldats privés de sommeil. Au petit jour, ils quittent le camp comme des gens bien persuadés que le conseil d’Ambiorix vient non pas d’un ennemi, mais du meilleur de leurs amis : ils formaient une très longue colonne encombrée de nombreux bagages. 

32 Les ennemis, quand l’agitation nocturne et les veilles de nos soldats leur eurent fait comprendre que ceux-ci allaient partir, dressèrent une double embuscade dans les bois, sur un terrain favorable et couvert, à deux mille pas environ du camp, et ils y attendirent les Romains ; la plus grande partie de la colonne venait de s’engager dans un grand vallon, quand soudain ils se montrèrent aux deux bouts de cette vallée, et tombant sur l’arrière-garde, interdisant à la tête de colonne de progresser vers les hauteurs, forcèrent nos troupes à combattre dans une position fort désavantageuses. 

 33
 Titurius, en homme qui n’avait rien su prévoir, maintenant s’agite et court de tous côtés, plaçant les cohortes ; mais cela même il le fait sans assurance, et d’une manière qui laisse voir qu’il a perdu tous ses moyens, ce qui arrive généralement à ceux qui sont forcés de se décider en pleine action. Cotta, au contraire, en homme qui avait pensé que pareille surprise était possible et pour cette raison n’avait pas approuvé le départ, ne négligeait rien pour le salut commun il adressait la parole aux troupes et les exhortait comme l’eût fait le général en chef, et il combattait dans le rang comme un soldat. La longueur de la colonne ne permettant guère aux légats de tout diriger personnellement et de prendre les mesures qui s’imposaient en chaque endroit, ils firent donner l’ordre d’abandonner les bagages et de former le cercle. Cette décision, bien que dans un cas de ce genre elle ne soit pas condamnable, eut cependant de fâcheuses conséquences : elle diminua la confiance des soldats et donna aux ennemis un surcroît d’ardeur, car il semblait que la crainte et le désespoir avaient seuls pu l’inspirer. Il se produisit, en outre, ceci, qui était inévitable : nombre de soldats quittaient les rangs et couraient aux bagages pour chercher et emporter les objets auxquels chacun tenait le plus ; ce n’étaient partout que cris et gémissements. 

 34 Les Barbares, au contraire, furent fort bien inspirés. Leurs chefs firent transmettre sur toute la ligne de bataille l’ordre de ne pas quitter sa place ; tout ce que les Romains laisseraient, c’était leur butin, c’était pour eux : par conséquent, ils ne devaient penser qu’à la victoire, dont tout dépendait... Les nôtres, bien qu’abandonnés de leur général et de la Fortune, ne pensaient pas à d’autres moyens de salut que leur courage, et chaque fois qu’une cohorte chargeait, c’était de ce côté un grand massacre d’ennemis. Voyant cela, Ambiorix fait donner l’ordre à ses hommes de lancer leurs traits de loin, en évitant d’approcher, et de céder partout où les Romains attaqueront ; grâce à la légèreté de leurs armes et à leur entraînement quotidien, il ne pourra leur être fait aucun mal ; quand l’ennemi se repliera sur ses enseignes, qu’on le poursuive. 

35 Ce mot d’ordre fut soigneusement observé chaque fois que quelque cohorte sortait du cercle et attaquait, les ennemis s’enfuyaient à toute allure. Cependant la place laissée vide était forcément découverte, et le côté droit, non protégé, recevait des traits. Puis, quand la cohorte avait fait demi-tour pour revenir à son point de départ, elle était enveloppée par ceux qui lui avaient cédé le terrain et par ceux qui étaient restés sur les côtés. Voulaient-ils, au contraire, ne pas quitter le cercle, le courage alors état sans emploi et, pressés les uns contre les autres, ils ne pouvaient éviter les traits que faisait pleuvoir toute cette multitude. Pourtant, accablés par tant de difficultés, malgré des pertes sensibles, ils tenaient ; une grande partie de la journée s’était écoulée - on se battait depuis le lever du jour et on était à la huitième heure - et ils ne faisaient rien qui fût indigne d’eux. A ce moment, Titus Balventius, qui l’année précédente avait été nommé primipile, vaillant combattant, et très écouté, a les deux cuisses traversées d’une tragule ; Quintus Lucanius, officier du même grade, est tué en combattant vaillamment pour secourir son fils que l’ennemi entoure ; le légat Lucius Cotta, tandis qu’il exhorte toutes les unités, cohortes et centuries même, est blessé d’une balle de fronde en plein visage. 

36 Sous le coup de ces événements, Quintus Titurius, ayant aperçu au loin Ambiorix qui haranguait ses troupes, lui envoie son interprète Cnéus Pompée pour le prier de l’épargner, lui et ses soldats. Aux premières paroles du messager, Ambiorix répondit : « S’il veut conférer avec lui, il y consent ; il espère pouvoir obtenir de ses troupes que la vie soit laissée aux soldats ; quant au général, il ne lui sera fait aucun mal, et de cela il se porte garant. » Titurius fait proposer à Cotta, qui était blessé, de quitter avec lui, s’il le veut bien, le combat peur aller conférer ensemble avec Ambiorix : « Il espère qu’on pourra obtenir de lui la vie sauve pour eux et pour les soldats. » Cotta déclare qu’il ne se rendra pas auprès d’un ennemi en armes, et il persiste dans ce refus. 

37 Sabinus ordonne aux tribuns qu’il avait en ce moment autour de lui et aux centurions de la première cohorte de le suivre, et il s’avance vers Ambiorix ; sommé de mettre bas les armes, il obéit, et enjoint aux siens de faire de même. Tandis qu’ils discutent les conditions, et qu’Ambiorix prolonge à dessein l’entretien, on l’entoure peu à peu et on le tue. Alors ce sont des cris de triomphe, les hurlements accoutumés ; ils se précipitent sur nos troupes et mettent le désordre dans leurs rangs. C’est là que Lucius Cotta trouve la mort, les armes à la main, avec la plupart des soldats. Les survivants se retirent dans le camp d’où ils étaient partis. L’un d’eux, le porte-aigle Lucius Pétrosidius, se voyant pressé par une foule d’ennemis, jette l’aigle à l’intérieur du retranchement et se fait tuer en brave en avant du camp. Jusqu’à la fin du jour ils soutiennent péniblement l’assaut ; à la nuit, n’ayant plus aucun espoir, tous jusqu’au dernier se donnent la mort. Une poignée d’hommes, échappés du combat, sans connaître le chemin, parviennent à travers les bois aux quartiers d’hiver du légat Titus Labiénus, et l’informent de ce qui s’est passés. 

Guerre des Gaules Livre V, 



Bilan : 


Il est sans appel. A l’exception d'une poignée de survivants, Les cinq cohortes présentes sur place (sur les six qui forment une légion), et le contingent de cavalerie ibérique sont balayés. Les Romains perdent 7000 hommes en une journée de combats. L'expression "désastre militaire" n'est pas trop forte pour résumer l'affrontement.

Analyse :


Le texte fournit par la Guerre des Gaules (il n'est pas inutile de le rappeler) est un récit partisan. César y définit clairement les responsabilités : Ambiorix est un traître qui, faisant fi de la bonté de César à son égard, attire les Romains dans un piège. Quintus T. Sabinus  est un mauvais général, naïf. Seul Lucius A. Cotta est épargné, le texte est même franchement laudateur à son égard. 
Vu qu'il n'y a aucune autre source sur cette bataille, je me contente donc de souligner que l'on a là un manichéisme digne d'un film hollywoodien... trop parfait pour exister dans le monde réel. N'oublions pas le but poursuivit par ce texte : promouvoir César comme un grand général. Et - en résumé - que dit  le récit de la bataille d'Aduatuca ? César n'a pas fait d'erreur en plaçant ses troupes à Aduatuca... non c'est le légat Sabinus qui a condamné la légion qu'il commandait en la faisant sortir et en faisant confiance à Ambiorix le traître. Inversement, Cotta est traité en héros...  "étrangement" il s'agit du légat qui veut faire respecter les ordres de César... je dis ça je ne dis rien.
Autre chose, avez-vous remarqué qu'à aucun moment, César ne nous donne le numéro de la légion écrasée à cette bataille ? Qu'il donne, par contre, le nom du porte-aigle qui aurait sauvé l'emblème de sa légion ? Qu'est-ce que cela veut dire ? En ne donnant pas le nom de la légion vaincue... César ne l'accable pas. Il l'exonère même de sa défaite en vantant son héroïsme.  
Mais bon sang, mais c'est bien sûr, tout s'explique Idea  ! Tout est donc de la faute de Sabinus l'idiot et d'Ambiorix le traître, pas des Romains et (surtout pas !!!!) de César. 

Uchronie ?


Une, et évidente : et si Cotta avait eu gain de cause et que la légion était restée dans son campement ? Quand on voit que Cicéron (le frère cadet de l'orateur) assiégé dans des conditions identiques, a tenu jusqu'à ce que César le dégage, la légion aurait été sauvée.


Dernière édition par Anaxagore le Jeu 24 Mai - 19:29, édité 1 fois

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Re: Uchronies romaines.

Message par Anaxagore Hier à 15:16

Au passage, allons voir si vous êtes capable de faire de l'explication de texte.
Une question: " Pourquoi les Gaulois se soulèvent ?" ce n'est pas dit expressément, mais je pense l'avoir compris. Et vous ?

(J'ai profité de l'occasion pour réécrire l'article Wikipédia qui disait que la bataille était décrite dans le livre III de la Guerre des Gaules, alors qu'elle a lieu dans le livre V).

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