Tome 2 : Extrait "Work in progress"

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Tome 2 : Extrait "Work in progress"

Message par Thomas le Sam 26 Nov - 21:39

Ici seront présentés quelques extraits du deuxième livre.
Attention, on est encore au tout début de l'écriture donc beaucoup de choses peuvent changer.


Dernière édition par Thomas le Dim 16 Juil - 15:25, édité 3 fois

_________________
« Ce n’est que devant l’épreuve, la vraie, celle qui met en jeu l’existence même, que les hommes cessent de se mentir et révèlent vraiment ce qu’ils sont. »
Alexandre Lang.
Mes livres
avatar
Thomas
Admin

Messages : 1217
Date d'inscription : 17/10/2015
Age : 32
Localisation : Lyon

Voir le profil de l'utilisateur https://thomas_diana.artstation.com/

Revenir en haut Aller en bas

Le mai 68 japonais

Message par Thomas le Sam 26 Nov - 21:44

Article de Kenneth Yamaoka pour le New York Post, 11 juin 2016.

Nous autres américains ne connaissons pas énormément les évènements de mai 68 en France, nous avions notre propre problème avec la guerre du Vietnam. Pourtant, mai 68 a transformé la France tout comme Janvier 69 a transformé le Japon, car oui ce que certain appel le Mai 68 japonais ne s’est produit n’y en mai ni en 68. D’ailleurs ces évènements assez peu connu en dehors du Japon, y sont appelé la Bataille des universités. En ces temps de contestation populaire massive chez nos amis français, je me suis dit qu’il était temps d’évoquer ce sujet.

Le « Mai » des étudiants japonais est l’un des plus longs et plus violents mouvements de contestation des années 68-69 qui en virent tant d’autres dans le monde.
La fin de la guerre du Pacifique et le retour brutal à la démocratie ont vu la naissance de nombreux partie, syndicats et mouvements étudiants qui étaient interdit depuis des années. L’un de ces mouvements est la Zengakuren (Zen Nihon Gakusei Jichikai Sōrengō, Fédération des associations étudiantes autogérées) créée en 1948 et s’est rapidement faite noyauter par le Parti communiste japonais (PCJ). Dès ses débuts, la Zengakuren soutient le mouvement ouvrier avec des méthodes violentes comme l’attaque de la résidence du Premier ministre le 1er mai 1952 pour protester contre les supposés activités américaines contre les communistes japonais.
L’Oncle Sam, qui veut faire du Japon son grand allié et un rempart contre le communisme, mène alors des « purges rouges » (redo pāji, de l’anglais red purge) avec l’aide des yakuzas et surtout du célèbre Yoshio Kodama dans tous les secteurs et notamment dans les universités.
Pourtant, dès la fin des années 1950, une partie des militants de la Zengakuren critique l’emprise du PCJ sur le syndicat et fondent la Zengakuren-Bundo.

L’année 1960 sera celle d’une immense protestation contre la nucléarisation du Japon à l’initiative du l’Hikaku, mais le Bundo réussie plusieurs coups d’éclats. Un affrontement violent avec la police devant le Parlement, dans la nuit du 15 juin 1960, fait un mort ce qui poussera le premier ministre à la démission. La même année, au sud du pays, les mineurs de la ville de Miike, font douze mois de grève. Plusieurs syndicalistes sont assassinés au sabre par des yakuza utilisés comme briseurs de grève par Yoshio Kodama complice de la CIA. Ce sera l’une des dernières grandes grèves au Japon ainsi que l’une des dernières apparitions des anarcho-syndicalistes, ces derniers n’ayant pas survécu à la dictature militaire des années 1930.


La répression provoque l’étincelle
Après la poussée de fièvre de 1960, la deuxième phase du mouvement étudiant commence en 1965 avec les premières occupations de facs et manifestations. Les raisons de cette contestation sont principalement :
-L’augmentation des frais de scolarité.
-L’installation d’un dépôt logistique américain au sud de l’île de Formose pour l’approvisionnement des troupes américaines engagées en Indochine.
-L’implication plus ou moins directe du Japon aux côtés des Etats-Unis dans la Deuxième guerre d’Indochine.

La Zengakuren est alors divisée : d’un côté la Zengakuren pro-PCJ qui organise des manifestations pacifiste alors que des milliers d’étudiants se battent, comme par exemple à l’aéroport Haneda de Tokyo en octobre 1967, pour empêcher une visite du premier ministre Satō au Sud-Vietnam. De l’autre côté, il y a les internationalistes, principalement les trotskistes et les antiautoritaires de la Zengakuren-Bundo mais aussi des maoïstes, éclatés entre divers groupes.
La protestation commence en 1968 dans la fac de médecine de l’université Tōdai, quand une réforme prétend obliger les étudiants à travailler deux années gratuitement à l’hôpital. Bientôt 900 étudiants forment un comité de lutte à Kyōtō. Le 27 janvier 1968 celui-ci vote la grève illimitée et le boycott des examens. Les autorités, qui ne veulent pas se laisser déborder, répondent par l’expulsion de 14 étudiants.

Comme à Paris en 68, la répression crée l’étincelle : le mécontentement se propage aux autres facs. De mars à avril, la lutte s’étend pour l’annulation des expulsions, et les cérémonies de remise des diplômes, grande tradition de l’Université japonaise, sont carrément annulées. Le 15 juin voit le début de l’occupation de l’amphithéâtre Yasuda. Il est rapidement occupé jour et nuit par une centaine de personnes. La lutte s’étend à toute l’université et l’intervention de 1 200 hommes du Kido-tai (police anti-émeute) fait basculer la masse étudiante « apolitique » du côté du mouvement. Le 2 juillet, l’occupation de l’amphi reprend et un camp retranché constitué d’un village de tentes est construit afin d’accueillir les étudiants pendant l’été.


La guerre des gauches
Le 21 octobre 1968, l’insurrection étudiante passe à un niveau supérieur avec la « Bataille de Tōkyō ». Le Kakumaru (regroupement des Jeunesses communistes et démocrates, du front étudiant anti-impérialiste et du Front socialiste de libération) et les mouvements étudiant occupent et mettent à sac la gare de Shinjuku pour bloquer les trains de carburant d’aviation japonais vendu aux américains pour alimenter ces avions en Indochine et aux Philippines. Le Parlement, l’ambassade américaine et le siège de la police sont assiégés trois jours durant.

Mais très rapidement, la situation dégénère. À Tōdai, la Zengakuren-Bundo se balkanise. Chaque faction rivale se retranche dans son bâtiment et affronte les autres. Chaque militant est d’ailleurs muni d’un casque portant le nom de sa faction. Les deux principales sont la Chūkaku ( le noyau central)  et la Kakumaru (les marxiste révolutionnaire). De son côté la Zengakuren pro-PCJ collabore avec la direction de l’université pour mettre fin à la « destruction de la fac par les gauchistes ».

Mais Tōdai, qui forme les élites politiques et administratives, est l’un des cas d’exception. On peut en tirer un bilan beaucoup plus positif par rapport au reste du mouvement, qui touche l’ensemble des campus, mais à un moindre niveau.


Nichidai, le titan insurgé
Une autre université mérite tout de même d’être cité, c’est celle de Nichidai, où la lutte sera authentiquement populaire. Avec plus de 100 000 étudiants, on la surnomme l’université mammouth. C’est l’archétype de la nouvelle université destinée à former les « salarimen », le prolétariat en col blanc. Les libertés syndicales et d’expression y sont entravées par une milice fascisante implantée dans la fac de sport.
La révolte commence quand un étudiant, Akita Meidai, découvre que les dirigeants de l’université, ceux-là même qui avaient augmenté les frais d’inscription, ont détourné deux milliards de yens du budget. La mobilisation, partie de la fac de sciences économiques se propage aux facs de lettres et de physique. Bientôt se développe dans cette université une riche expérience autogestionnaire, avec la mise en place du Zenkyōtō Nichidai (Association des comités de luttes de Nichidai).

Zenkyōtō Nichidai
Les libertaires ont eu peu de visibilité dans le mouvement étudiant. Pourtant, la contestation à Tōdai et à Nichidai voit naître une forme d’organisation inédite : le Kyōtō kaigi (comité de lutte) qui fonctionne indépendamment des organisations classiques. Les comités de lutte se fédèrent et forment un Zenkyōtō, antithèse de la très autoritaire Zengakuren. À Nichidai ce système obtient l’adhésion de la majorité des étudiantes et des étudiants.

Le Zenkyōtō a une double structure, corporative et disciplinaire. D’un côté il y a donc le comité de lutte des étudiants, celui des chercheurs et des étudiants en doctorat, enfin celui des maîtres-assistants. De l’autre, il y a un comité de lutte pour chaque département (Sociologie, Littérature...). Ces derniers se chargent de l’occupation des bâtiments et des laboratoires. De telles divisions ont pu faire croire à un éparpillement des forces, mais cela a surtout permis un brassage fécond entre les étudiants de différentes facultés et sections.

C’est sur le plan démocratique que le comité de lutte est le plus novateur. En rupture avec le Zengakuren, où les comités prétendument autogérés sont dirigés par des représentants, les comités de lutte sont décentralisés et les initiatives partent de la base, sont discutées librement avant d’être choisies ou rejetées par un vote à main levée. Toutes et tous les participants sont considérés sur une base égalitaire et, même quand des leaders se distinguent (notamment le futur gouverneur de Tōkyō, Naoki Inose), leur pouvoir reste. On retrouve un peu de cela dans les mouvements tels que « Nuit debout » ou « Podemos ».

En avril 1968, le Zenkyōtō exige des autorités de Nichidai qu’elles reconnaissent l’autogestion étudiante. De mai à juin 1968, les manifestations se multiplient sur le campus et sont émaillées par des affrontements très violents avec les étudiants de la fac de sport avec plus 200 blessés le 11 juin. Les étudiants se retranchent alors dans la fac de sciences économiques qu’ils vont occuper pendant plusieurs mois, organisant une contre-université.
La principale revendication du Zenkyōtō Nichidai est alors l’ouverture de négociations avec le président de l’université, M. Furuta Jujiro, proche de l’extrême droite et des organisations patronales. Tassés dans un auditorium servant habituellement aux matchs de sumo, 35 000 étudiantes et étudiants négocient avec lui durant douze heures et obtiennent la reconnaissance de la corruption, des excuses et la promesse de sa démission, une complète liberté d’expression et d’organisation. Mais dès le lendemain, le Premier ministre Sato Eisaku fait savoir qu’il annule les « accords de Nichidai » qu’il assimile à une « violence de masse et du terrorisme». Quatre jours plus tard, la police obtient un mandat d’arrêt contre Akita Meidai et sept autres figures du Zenkyōtō. Cette volonté de décapiter le mouvement n’aura que peu d’effet, précisément parce que ces personnes que le pouvoir perçoit comme leaders n’ont pas le moindre pouvoir. L’agitation se poursuit donc.


Normalisation et marginalisation
À Tōdai, la police anti-émeutes intervient également. Le 19 janvier 1969, le Japon tout entier suit, en direct à la télévision, la « prise de la forteresse Yasuda ». Plusieurs centaines d’étudiants se sont barricadées dans la tour Yasuda, symbole de l’université. Aux 8000 policiers qui tentent de les déloger, les étudiants répondent par des chants révolutionnaires, des jets de cocktails Molotov et de bouteilles d’acide. Il faudra trois jours de combats pour mettre fin à cette occupation.
La normalisation à Tōdai et à Nichidai porte un rude coup au mouvement contestataire. Pourtant, celui-ci continue à se propager dans une centaine d’universités durant l’année 1969, même si le soutien populaire s’effrite. On critique les professeurs réfugiés dans leur tour d’ivoire, on dénonce les universités privées, leurs liens mafieux avec les entreprises et leur enseignement au rabais.

Vient ensuite l’essoufflement du mouvement et l’heure du bilan.
Les divers groupes marxistes ou réformistes présents sur les campus ont eu tendance à stériliser la lutte étudiante, chacun cherchant à s’approprier et à dominer idéologiquement chaque université. Les affrontements internes à la gauche radicale en ont donné une piètre image à la population qui s’est peu à peu détournée du mouvement.
Les conséquences des manifestations japonaises sont bien différentes de ce qui s’est passé en France. Là-bas, mai 68 a eu pour résultat des progrès sociaux important. Au Japon, les manifestation sont un échec et conduisent à la radicalisation de certains éléments de la gauche japonaise. En effet, une centaine d’étudiants issus du Bundo, exaspérés par le reflux des luttes, passent à la lutte armée clandestine inspiré par la Fraction armée rouge allemande, ou les Brigades rouges italiennes. Leur groupe, l’Armée Rouge Japonaise Unifiée, achèvera de détourner l’archipel non seulement du mouvement étudiant et de la gauche radicale, mais plongera le pays dans la terreur pour plusieurs décennies. Mais ceci est une autre histoire.


Impacte sur le féminisme japonais
Comme en France et ailleurs, la participation des femmes au mouvement est faite de frustration. Quand quelques années plus tard se formera le Ūman ribu, ses militantes rappelleront qu’en 1968-69, lorsque les hommes partaient en manif, ils disaient aux femmes de rester à l’université pour préparer à manger.


Dernière édition par Thomas le Lun 5 Déc - 11:28, édité 1 fois

_________________
« Ce n’est que devant l’épreuve, la vraie, celle qui met en jeu l’existence même, que les hommes cessent de se mentir et révèlent vraiment ce qu’ils sont. »
Alexandre Lang.
Mes livres
avatar
Thomas
Admin

Messages : 1217
Date d'inscription : 17/10/2015
Age : 32
Localisation : Lyon

Voir le profil de l'utilisateur https://thomas_diana.artstation.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Tome 2 : Extrait "Work in progress"

Message par Jolou le Sam 26 Nov - 22:27

Très intéressant en tout cas ! Ce tome s'annonce passionnant !
avatar
Jolou

Messages : 647
Date d'inscription : 17/10/2015
Age : 20
Localisation : Proche de Montpellier

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Tome 2 : Extrait "Work in progress"

Message par Collectionneur le Dim 27 Nov - 10:05

Oui, on voit bien que c'est un premier jet qu'il faudra faire des corrections d'orthographe, mais c'est très intéressant.

La part OTL de l'Histoire est importante, je sais que les manifestations la bas ont étaient bien plus violentes qu'en France. L'article sur l'Armée Rouge Japonaise le montre clairement :

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Donc dotation de l'arme nucléaire en 1960 à la place du traité US Japon comme détonateur dans les années 1960 ? Cette histoire de détournement de 2 milliards de yens (soit 6 millions d'euro actuel si le convertisseur de devises que j'ai utilisé ne se trompe pas) est aussi OTL ?


Dernière édition par Collectionneur le Dim 27 Nov - 11:59, édité 1 fois
avatar
Collectionneur

Messages : 352
Date d'inscription : 03/09/2016
Age : 46
Localisation : Languedoc-Roussillon

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Tome 2 : Extrait "Work in progress"

Message par Thomas le Dim 27 Nov - 11:08

Collectionneur a écrit:Oui, on voit bien que c'est un premier jet qu'il faudra faire des corrections d'orthographe, mais c'est très ntéressant.

La part OTL de l'Histoire est importante, je sais que les manifestations la bas ont étaient bien plus violentes qu'en France. L'article sur l'Armée Rouge Japonaise le montre clairement :

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Donc dotation de l'arme nucléaire en 1960 à la place du traité US Japon comme détonateur dans les années 1960 ? Cette histoire de détournement de 2 milliards de yens (soit 6 millions d'euro actuel si le convertisseur de devises que j'ai utilisé ne se trompe pas) est aussi OTL ?

Oui, ici pas de présence US au Japon, ce qui pose problème c'est l'arme nucléaire dont une partie de la population à peur. Un chapitre expliquera pourquoi.
oui l'histoire du braquage est inspiré d'OTL.

_________________
« Ce n’est que devant l’épreuve, la vraie, celle qui met en jeu l’existence même, que les hommes cessent de se mentir et révèlent vraiment ce qu’ils sont. »
Alexandre Lang.
Mes livres
avatar
Thomas
Admin

Messages : 1217
Date d'inscription : 17/10/2015
Age : 32
Localisation : Lyon

Voir le profil de l'utilisateur https://thomas_diana.artstation.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Tome 2 : Extrait "Work in progress"

Message par Maraud le Dim 27 Nov - 11:38

Et puis guère besoin de présence étrangère ou de bombe pour exciter les japonais. Les basses classes ont toujours été sensible a des idéaux d'égalité^^.
Bon généralement ça se finit comme au USA avec l'armée qui passe, tire sur tout le monde et fout en taule les meneurs.

Maraud

Messages : 550
Date d'inscription : 01/11/2015

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Tome 2 : Extrait "Work in progress"

Message par Thomas le Dim 27 Nov - 12:24

Le jeu entre extrême gauche et droit (plus ou moins extrême) sera détaillé dans d'autre chapitre. Et sera pas jolie du tous.
J'ai déjà quatre chapitres sur le sujet.

_________________
« Ce n’est que devant l’épreuve, la vraie, celle qui met en jeu l’existence même, que les hommes cessent de se mentir et révèlent vraiment ce qu’ils sont. »
Alexandre Lang.
Mes livres
avatar
Thomas
Admin

Messages : 1217
Date d'inscription : 17/10/2015
Age : 32
Localisation : Lyon

Voir le profil de l'utilisateur https://thomas_diana.artstation.com/

Revenir en haut Aller en bas

Le Général fantôme et la bataille de Chandernagor

Message par Thomas le Dim 11 Déc - 16:09

Ce chapitre va vous laisser entrevoir quelques un conflit de plus grande envergure. Je ne dirais rien sur ce dernier.

Le Général fantôme et la bataille de Chandernagor
Extrait de Guerre et Histoire N° 76.

Chandernagor est une ville située à la frontière entre la République fédérale indienne et la République indienne du Bengale sur la rive droite du Hooghly, à une trentaine de kilomètres au nord de Calcutta. En 1947, c’était une ville franche, sans taxe, appartenant à l’Inde française* qui sera le théâtre du dernier affrontement d’envergure entre ce qui est alors l’Hindoustan et la République du Bengale, au cours de la Guerre civile indienne.

Le Général « hindoustanis » Satyawant Mallanna Shrinagesh a pour mission de reprendre la ville qui fait peser une menace sur le nord de Calcutta. Ce dernier qui a passé deux jours à positionner aussi parfaitement que possible son artillerie est très optimiste au moment de lancer un assaut général sur la ville franche, car l’essentiel des forces bengalies sont positionnées à l’extérieur de la ville, Shrinagesh déclenche son offensive à 9 h du matin, le 27 octobre après 20 minutes de préparation d’artillerie. Son objectif est d’écraser l’aile droite des bengalis retranchés autour du village de Baidyabati (9 km au sud de Chandernagor) puis de remonter nord-nord-ouest pour couper l’aile gauche positionnée à Nanda (5 km au nord-ouest de Baidyabati et 8 km au sud-ouest de Chandernagor) de ses arrières.

Les bengalis qui sont retranchés près de Baidyabati doivent être attaqués frontalement puisque la rivière Hoogly protège leur flanc à l’est et qu’ils sont séparés de Chandernagor par un canal. Shrinagesh est donc assuré que l’ennemi ne pourra pas beaucoup manœuvrer en plus d’être en infériorité numérique. De plus, le Général hindou compte sur la mobilité supérieure que lui accordent ses automitrailleuses ACV Indian Pattern et quelques chars M3 Lee.
Bien que les ACV parviennent à atteindre Baidyabati avec l’infanterie, le combat tourne à la boucherie, car les Bengalis surmotivés sont aussi entourés de « conseillers militaires » japonais. L’attaque s’enlise et les hindous sont engagés au corps alors que leurs ACV sont détruits à coup de grenade lors d’attaque assez suicidaire pour terrifier les soldats qu’elles sont censées appuyer. Bien que leurs pertes soient terribles, les bengalis ne cèdent pas, Shrinagesh envoie alors trois colonnes de M3 Lee pour terminer d’écraser l’ennemi. Pourtant les bengalis vont continuer à résister.

À 15 h se produit l’impensable, une soixantaine bombardiers tactique Kawasaki Ki-32 aux couleurs bengalies surgissent depuis l’est alors que le Bengale n’est pas supposé avoir de forces aériennes. Dans le même temps, une trentaine de chars Type 95 Ha-Go et une vingtaine de Types 2 Ke-To surgissent depuis Nanda, encore une fois il s’agit de matériel d’origine japonaise aux couleurs du Bengale. Shrinagesh est surpris, car à aucun moment ses éléments de reconnaissance n’avaient soupçonné la présence de chars ennemis dans les environs, mais il n’est pas au bout de ses peines. En effet, plutôt que de se porter au secours des fantassins se battant à Baidyabati, les chars bengalis foncent à découvert droit sur les positions de l’artillerie hindoue, les maigres réserves d’infanterie qui s’interposent se font tailler en pièce. Shrinagesh et son état-major sont contraints de battre en retraite alors que leur artillerie se fait détruire ou tombe aux mains des fantassins portés à dos de chars.

Dans le même temps, les Spitfire de la chasse hindoue surgissent enfin dans le ciel, mais les Kawasaki Ki-32 ne sont déjà plus là et ont prélevé un lourd tribut aux attaquants de Baidyabati. Ces derniers sont contraints à la retraite pour éviter l’encerclement, ils se retrouvent alors à cheminer le long du fleuve pendant que les chars bengalis harcèlent leurs flancs par l’ouest et ils sont aussi ralentis par le déluge d’un orage qui transforme le terrain en véritable bourbier.
À 20 h, les combats se terminent sur une sévère défaite hindoue avec 75 % de pertes, les défenseurs de Baidyabati comptent 88 % de pertes (tués, blessés et prisonniers). Shrinagesh a sous-estimé son adversaire à cause de l’incompétence de ses éclaireurs et services de renseignement, pensant aussi très probablement qu’il affronterait une troupe de miliciens défroqués et mal commandés. Il est visiblement tombé sur plus fort que lui, mais c’est là que nous faisons face à un mystère, car vous l’aurez remarqué, pas à un moment le nom du Général commandant les bengalis n’est cité depuis le début de cet article. Et c’est pour une raison toute simple, son identité réelle n’a jamais été établie.

Les documents bengalis de l’époque disent que la défense de Chandernagor était assurée par un certain Raj-Singh. Or, jusqu’à maintenant aucun document d’état civil, d’archive militaire ni même une photo n’attestent de son identité ou de son existence. Le seul bengali à porter le titre de Général à ce moment est Shah Nawaz Khan qui est de ministre de la guerre et chef d’état-major et se trouve loin du front comme l’attesterons de nombreux témoignages et documents. Certains pensent qu’il s’agit donc d’un Général japonais puisque la République du Bengale s’est créée avec l’appui du Japon, dispose de matériel japonais et qu’au moins un Général japonais se trouve dans la région à ce moment en la personne de Renya Mutaguchi qui est attaché militaire auprès du Bengale et de la Birmanie. D’autre enfin pense à l’artisan principale de la victoire japonaise contre les Anglo-Indiens à Imphal et Ledo : le Général  Tomoyuki Yamashita. Hypothèse peu probable puisque le « Tigre de Birmanie » a quitté le service actif et la vie publique après avoir été mis en cause lors du procès de Tōkyō. La possibilité que les troupes est été commandés par un japonais est tout de même très élevé quand on voit le nombre d’avions et de char japonais engagé se jours-là en plus de la présence de troupes des « Takasago » auprès des bengalis, il est en effet très peu probable que les « conseillers militaires » japonais aient eu le temps de former autant de tankistes et pilotes bengalis.

Un dernier élément favorise encore un peu plus la possibilité que Raj-Singh soit un Japonais : il parait qu’il était bouddhiste ; or les Japonais sont shintoïstes, ce qui est une forme de bouddhisme.

Qui que soit Raj-Singh, la sévère défaite qu’il a infligée aux forces hindoues a poussé l’opinion publique et les politiques de l’Hindoustan à revenir à la table des négociations pour mettre fin à la Guerre civile qui ravageait l’Inde.


_______________
*L’Inde française regroupe différentes possessions coloniales françaises côtières en Inde entre 1668 et 1954. À partir de 1816, elles portent le nom d’Établissements français dans l’Inde et incluent Pondichéry, Karikal et Yanaon sur la côte de Coromandel, Mahé sur la côte de Malabar et Chandernagor au Bengale.


Dernière édition par Thomas le Lun 12 Déc - 9:20, édité 3 fois

_________________
« Ce n’est que devant l’épreuve, la vraie, celle qui met en jeu l’existence même, que les hommes cessent de se mentir et révèlent vraiment ce qu’ils sont. »
Alexandre Lang.
Mes livres
avatar
Thomas
Admin

Messages : 1217
Date d'inscription : 17/10/2015
Age : 32
Localisation : Lyon

Voir le profil de l'utilisateur https://thomas_diana.artstation.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Tome 2 : Extrait "Work in progress"

Message par Jolou le Dim 11 Déc - 18:15

Intéressant, l'Inde ne sera pas unis, hate de pouvoir lire le livre !
avatar
Jolou

Messages : 647
Date d'inscription : 17/10/2015
Age : 20
Localisation : Proche de Montpellier

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Tome 2 : Extrait "Work in progress"

Message par Thomas le Dim 11 Déc - 19:23

Jolou a écrit:Intéressant, l'Inde ne sera pas unis, hate de pouvoir lire le livre !
Merci. Y a encore du chemin d'ici là.

_________________
« Ce n’est que devant l’épreuve, la vraie, celle qui met en jeu l’existence même, que les hommes cessent de se mentir et révèlent vraiment ce qu’ils sont. »
Alexandre Lang.
Mes livres
avatar
Thomas
Admin

Messages : 1217
Date d'inscription : 17/10/2015
Age : 32
Localisation : Lyon

Voir le profil de l'utilisateur https://thomas_diana.artstation.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Tome 2 : Extrait "Work in progress"

Message par Collectionneur le Dim 11 Déc - 20:01

Il faudra prévoir une carte ''des Indes'' alors Smile
avatar
Collectionneur

Messages : 352
Date d'inscription : 03/09/2016
Age : 46
Localisation : Languedoc-Roussillon

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Tome 2 : Extrait "Work in progress"

Message par Thomas le Dim 11 Déc - 20:56

Collectionneur a écrit:Il faudra prévoir une carte ''des Indes'' alors Smile
C'est prévue.
De plus ce tome 2 couvrant un période plus longue que le tome 1 il y aura plusieurs cartes du monde en annexes normalement.

_________________
« Ce n’est que devant l’épreuve, la vraie, celle qui met en jeu l’existence même, que les hommes cessent de se mentir et révèlent vraiment ce qu’ils sont. »
Alexandre Lang.
Mes livres
avatar
Thomas
Admin

Messages : 1217
Date d'inscription : 17/10/2015
Age : 32
Localisation : Lyon

Voir le profil de l'utilisateur https://thomas_diana.artstation.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Tome 2 : Extrait "Work in progress"

Message par Thomas le Dim 29 Jan - 11:02

Petit morceaux de texte tiré du chapitre sur Diên Biên Phu:
« Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car ils sont avec moi: leur vaillance et leur droiture me rassure. Ils sont mes frères et nous périront ensemble. »

_________________
« Ce n’est que devant l’épreuve, la vraie, celle qui met en jeu l’existence même, que les hommes cessent de se mentir et révèlent vraiment ce qu’ils sont. »
Alexandre Lang.
Mes livres
avatar
Thomas
Admin

Messages : 1217
Date d'inscription : 17/10/2015
Age : 32
Localisation : Lyon

Voir le profil de l'utilisateur https://thomas_diana.artstation.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Tome 2 : Extrait "Work in progress"

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum