L'Atlantide, le continent perdu

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L'Atlantide, le continent perdu

Message par Anaxagore le Dim 25 Sep - 14:34

On pourrait diviser tous les fous de la Terre en ne tenant compte que d’un seul critère. Croient-ils dans l’Atlantide ou n’y croient-ils pas ?
   Prête donc l’oreille, Socrate, à un récit qui même s’il est tout à fait étrange, reste absolument vrai comme l’a affirmé il y a longtemps le plus sage des sept sages, Solon. Timée, Platon, traduction de Luc Brisson.
   C’est par c’est quelque mots que commence l’un des textes qui a le plus compté dans l’histoire de l’Occident. Aristote, rival de Platon, eut beau dire : « C’est lui seul [Platon] qui fit sortir l’Atlantide des flots et c’est lui seul qui l’y fit rentrer ! » le génie que le philosophe a fait sortir de la lampe refuse toujours d’y retourner.
   Le grand paradoxe de ce continent perdu est, qu’au cours des âges, il a suscité tout autant la fascination que la répulsion. On a beaucoup écris sur le sujet, rarement avec objectivité. La raison tient autant de la personnalité de Platon, le « père » de l’Atlantide, que de la puissance et de la vitalité incroyable de son évocation. Il ne sert à rien de discuter de l’existence de l’Atlantide. Elle est !
   Les rationalistes qui ont essayé de combattre le mythe avec les armes de la science n’ont jamais fait que donner des coups d’épées dans l’océan. Atlantide est une terre qui ne tient ses assises sous aucune mer du globe. Ses véritables ancrages sont dans l’âme de l’homme, sa mémoire atavique, sa quête du paradis originel dont il fut chassé.
   Dans son « Essai sur l’explication historique que Platon a laissé de sa République et se son Atlantide » (1779) Giuseppe Bartoli soutient que le Critias est en fait une constitution déguisée. Ce livre serait le précurseur de l’Utopie de Thomas More et un commentaire critique sur la situation d’Athènes. Pour l’essayiste, Platon s’est fait plaisir. Le philosophe aimait la démesure technologique. Il s’en est servi pour en faire le théâtre d’une pièce que l’on pourrait appeler  « Les deux visages de la démocratie athénienne ». En fait, il s’agirait d’un pamphlet dirigé contre les velléités impérialistes des dirigeants athéniens. Une idée qui est tout à fait crédible.
   Platon était un contemporain de Périclès, il a connu sa mort et le vide qui en a résulté. Le philosophe avait sans doute conscience de l’effondrement inéluctable de l’empire athénien face à Sparte et Thèbes. Par le destin de l’Atlantide, Platon rappellerait que l’on ne construit une flotte que pour conquérir. Seulement, on ne peut faire confiance à la mer. Elle finit toujours par engloutir la force levée par les hommes. Une idée que Platon avait déjà exprimée. Il est, disait le philosophe, trois types d’hommes : les morts, les vivants et les marins.
  Platon n’aimait guère Homère. Homme pacifique, il fustigeait l’idée de conquête et d’expédition maritime lointaine contenues dans l’Iliade. Lorsqu’il entendait dire que le divin aède était le plus grand poète de Grèce, le philosophe rajoutait : « Hélas ! »
   Mais cependant, le destin d’Ulysse, tel qu’il est conté dans l’Odyssée, démontre bien l’incertitude de ceux qui s’exercent à la navigation. Le rusé roi d’Ithaque, désespéré, sanglote sur son sort : « Hélas, que ne suis-je mort auprès du divin Achille, mon fils aurait pu au moins jouir de la gloire de mon nom ». La mort par la mer n’apporte pas le repos. Un homme n’est tout à fait mort que lorsque son corps est brûlé et que l’aède chante sa gloire pour apaiser son ombre. Dans ce contexte, et comme les Phéaciens d’Homère, les Atlantes sont des marins maîtres de la mer. Or, la mer n’a pas de maître ! La mer « couleur de sang » est le royaume de la mort. Ceux qui paraissent en être les maîtres en sont en fait les esclaves. Les Atlantes finissent engloutis en même temps que leur île. Quant aux Phéaciens, pour avoir voulu aider Ulysse, ils subissent un sort très semblable. Leurs bateaux sont changés en rocher, le port est enseveli sous une montagne. Le seul roi de la mer est celui à qui tout cela n’est pas impossible : Poséidon !
   Cette vision de l’Atlantide comme un mythe a été poursuivie par de nombreux auteurs. Outre Bartoli, on peut citer Herter, Bonner Jahrbücher en 1928, R.Weil (L’archéologie de Platon, Paris 1929) et bien sûr Vidal-Maquet pour le plus récent. On ne peut pas nier que la riche puissance impérialiste que représentait l’Atlantide soit un miroir que Platon tendait à ses contemporains pour qu’ils s’y reconnaissent.
    Cette volonté de Platon est évidente. Ainsi, le parallèle avec l’Athènes ancienne ne fait que souligner le caractère diabolique des Atlantes et donc de l’Athènes contemporaine de Platon.
    Pour autant, l’Atlantide n’est-elle qu’un mythe ?
    Platon n’avait rien d’un historien, il suffit de lire le Phèdre pour s’en rendre compte. Le Critias se présente sous la forme d’un texte historique mais ce n’est au mieux qu’une parodie. Un lecteur attentif sera d’ailleurs frappé par la manière dont le philosophe copie la mise en forme d’Hérodote. Une interprétation littérale serait absurde. Aussi, pour moi, le terme « Atlantide » n’est pas forcément à relier directement à l’œuvre de Platon. Je considère qu’il s’agit de l’archétype de la civilisation disparue et elle apparaîtra pour telle dans la suite de mon exposé.  
    Pour parler de cette île de légende, le mieux est encore de commencer par ceux qui en ont parlé avant moi.

I  Platon :


 

I.1, le Timée

    C’est Critias qui parle. Après avoir écouté Socrate rappeler à Timée son modèle de cité idéale, il prend en exemple un exploit de l’Athènes antique. Ce récit raconté par un prêtre de Saïs à Solon aurait été transmis à Critias par son aïeul Critias l’ancien alors qu’il n’avait encore que dix ans. C’est cette histoire que Platon couche par écrit dans le Timée bien des années plus tard. Critias, donc, nous explique qu’autrefois il existait une île devant le passage que les Grecs appellent les Colonnes d’Héraclès. Cette île était plus grande que la Libye et l’Asie réunies. A cette époque, des navires de cette île visitaient toute les îles et gagnaient même le continent.
    Atlantide était alors un grand empire merveilleusement agencé et gouverné. Depuis leur île, les Atlantes avaient essaimés de nombreuses colonies. Ils étaient présents en Afrique jusqu’à l’Egypte, en Europe jusqu’à l’Italie. Sûr de leur force, les rois atlantes cherchèrent à s’emparer de la Grèce et de l’Egypte. Les Athéniens combattirent vaillamment, avec les autres Hellènes, puis enfin seuls et finirent par vaincre.  
      Atlantide connut alors un terrible cataclysme. En l’espace d’une seule nuit, l’île s’abîma dans la mer et disparut. Malheureusement, l’armée des Athéniens fut également anéantie dans ces grands et terribles mouvements de mer et de terre.  

     

I.2, Critias

     Dans le Timée, Platon ne dédie que quelques pages à l’histoire de l’Atlantide. Le Critias s’y consacre en grande part. Fondamentalement, l’histoire racontée est la même. Néanmoins, l’auteur rajoute de nombreuses considérations tant temporelles, géographiques, mythologiques que politique qui forment un cadre solide autour du récit.
    Ainsi décrite l’Atlantide acquière une incomparable présence. L’île paradisiaque, riche en fruit, était occupée en son centre, mais près de la mer, par une très belle plaine fertile. Et là, presque au milieu, il y avait une montagne d’altitude médiocre. C’est en ce lieu que vivaient un homme du nom d’Evenor et sa femme, Leucippe. Ils eurent une fille qui était à peine nubile lorsque ses parents virent à mourir. Clito, puisque tel était son nom, s’unit à Poséidon. Pour la protéger, le dieu fortifia la montagne pour former des remparts de terre et d’eau.
   Et c’est là, durant cinq générations, que grandirent et prospèrent les enfants de Poséidon. L’Atlantide fut ensuite séparée en dix parties. La première partie, l’ancien domaine d’Evenor, revint à l’aîné qui fut établit comme roi au-dessus de ses neuf  frères. Ceux-ci devinrent des princes vassaux, et chacun régna sur un vaste territoire peuplé d’hommes en grand nombre.
  L’aîné,  Atlas, fut ce premier roi d’Atlantide.
  Dans la mythologie grecque, Atlas serait un Titan (ou un Géant), frère de Prométhée, petit-fils de Gaïa et d’Ouranos. Les divergences entre les deux mythes proviennent de l’utilisation par Platon de noms grecs pour désigner les rois et les dieux atlantes. Ceux-ci, bien sûr, portaient des noms autochtones  et avaient une histoire toute différente. « Poséidon » est donc un dieu marin distinct du Poséidon grec. Quant à « Atlas », le premier roi, son nom n’a pas été choisi par hasard. Seulement, cela nous ne l’évoquerons que plus tard, dans la partie réservée à la Crète minoenne.  
   Les coïncidences entre l’Atlantide et la Grèce sont volontaires, crées par l’auteur pour rendre le récit moins étranger à ses contemporains. Par contre, les concordances entre ce récit et la Bible ne le sont sans doute pas. Pour Athanase Kircher, l’histoire de l’Atlantide est celle de la création du monde, sa fin, celle du déluge. Evenor serait Adam, Leucippe Eve. L’union de Clito avec Poséidon renverrait à celle des Géants avec les mortels. Les héros qui descendraient de cette lignée, dans la Bible comme dans le Critias, entrèrent en décadence. C’est à ce moment que Dieu aurait provoqué le déluge. La destruction de l’Atlantide lui serait  assimilée puisqu’elle aurait balayés les Géants comme il l’est dit dans le deutéronome.    
   Platon continue son récit en mentionnant la puissance guerrière de l’Atlantide. On parle de 10 000 chars à deux chevaux et de 1 200 navires de guerre ! A son apogée, Carthage, ville maîtresse de la méditerranée occidentale, ne possédait pas cinq cent galères. Quant à Ramsès II, il ne disposait que de quelques centaines de chars à Qadesh. L’Atlantide joignait la quantité à une organisation exemplaire. L’unité de base, le détachement, était fournie par six villages. Ce détachement comprenait un char, deux chevaux d’attelage, un aurige, un combattant transporté et un combattant sur char. En outre, le recrutement devait permettre de réunir un cavalier, ses deux chevaux (dont un de rechange), deux hoplites, deux frondeurs, deux archers, trois javeliniers, quatre marins et trois lanceurs de pierre. Chaque district devait en outre former ses propres chefs de guerre.
   Les chiffres, remis dans le contexte de l’époque, sont très impressionnants. Toute proportion gardée, l’Atlantide est la superpuissance du monde antique. Ainsi, la victoire d’Athènes contre ce colosse paraît d’autant plus héroïque. Malgré cela, à la force des armes, Platon joint celle de la technologie et des lois. L’orichalque, le métal fabuleux des Atlantes, constituait le mur le plus intérieur de la cité royale. C’est également sur un pilier de ce métal impérissable que les décrets de Poséidon avaient inscrit au cœur de son temple. En plus des lois écrites, la constitution poussait le roi et les princes à se réunir tous les cinq ou six ans pour confronter leurs points de vues. Comme bien plus tard, durant les assemblées de la Toison d’Or en Bourgogne, c’était aussi l’occasion de juger ou de critiquer un pair. Il s’agissait d’ailleurs du seul tribunal capable de condamner à mort un membre de la race d’Atlas. La cérémonie était bien sûr parée d’attributs religieux. Le roi et les princes devaient chasser un taureau à l’aide de filets et d’épieux. Tué, ils devaient le sacrifier devant la colonne de Poséidon et prêter serment d’en respecter les lois.
    Les Atlantes étaient immensément riches. Leur île possédait de tout en abondance et pouvait permettre deux moissons par an. Dès qu’ils eurent des navires, les Atlantes fondèrent de nombreuses colonies tant en Europe qu’en Afrique. Ce commerce ne fit que les enrichir encore plus. Leur sang divin ne les faisait pourtant pas adorer les biens matériels. Pour eux, il s’agissait d’un fardeau pénible… du moins au début.
  Le peuple juste, miséricordieux, sage et cultivé perdit progressivement tous ses traits divins. A mesure que leur héritage s’évanouissait, les diminuant, leur âpreté au gain, leur arrogance et leur désir de paraître grand ne fit que s’accroître. Leur armée qui n’avait jamais servi qu’à les protéger devint un instrument d’oppression.
   Athènes, sauvegardant son indépendance, réussit à repousser l’agresseur avant de lancer une expédition punitive. Les dieux auraient sans doute pardonnés aux Atlantes si, à ce moment, ils avaient reconnus leurs errements. Seulement, jamais leur cité n’avait été prise et ils voyaient ses remparts comme invincibles. En une nuit, le châtiment des dieux fit s’ouvrir le sol et lever les mers qui engloutirent l’île pécheresse.
   Il ne resta que des hauts fonds envahis de vase et une légende tenace.  

    Durant des siècles, il n’y eut que peu d’apport à ce texte fondateur. Le néoplatonicien Proclus écrivit un commentaire du Timée. Pour lui, l’Atlantide était un phantasme d’idéologues, d’historiens et de fous réactionnaires. Une variante du mythe de l’Âge d’Or.
   Quant à Cosmas Indicopleustes, un géographe byzantin né à Alexandrie, il accusa ni plus ni moins Platon d’avoir plagié le déluge biblique. Pour la première fois, le déluge et la chute d’Atlantide sont mis en relation. L’idée fera son chemin et sera évoquée à de nombreuses reprises par la suite.
   Puis, avec la découverte de Teotihuacan par les conquistadors, un métis mentionna Platon, soutenant que l’on avait là la preuve que l’Atlantide avait bien existé. C’est donc dans le Nouveau Monde, avec le premier archéologue mexicain que le mythe va connaître un nouveau développement…


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Re: L'Atlantide, le continent perdu

Message par Anaxagore le Dim 25 Sep - 14:36

II, Don Carlos Sequenza.

    Archéologue sang-mêlé né à Mexico, Sequenza a souffert durant son enfance et sa vie d’adulte d’être traité en sous-homme par les Espagnols. Cette injustice a nourri sa passion pour l’histoire ancienne de son pays. Il fut le premier mexicain depuis la conquête a s’intéresser aux ruines précolombiennes. Pour lui, les sociétés qui habitaient sur cette terre avant la Conquista pouvaient être comparée à la Rome antique. C’est durant ses études de jésuite que Sequenza trouva enfin un moyen de prouver ses assertions. Dans les archives de l’ordre à Mexico, on pouvait voir une carte du savant allemand Athanase Kircher. Le Jésuite avait dessinée une île à l’ouest de l’Europe. Son nom était Atlantide.
   Cette trouvaille marqua le jeune homme. Dès lors, il renonça à sa vocation cléricale pour se consacrer entièrement à la recherche du continent antédiluvien. Sequenza fut le premier à relier les civilisations du nouveau monde avec l’Egypte ancienne. Il découvrit de nombreux points communs (vêtements, hiéroglyphes, pyramides, coutumes, dieux). Pour lui, il était évident que le hasard ne pouvait être à l’origine de telles coïncidences. Une civilisation située entre les deux continents avait dû les influencer. Cette culture ne pouvait être que l’Atlantide de Platon. Comme Kircher avant lui, le Mexicain jugea que la submersion de l’île devait être une conséquence du déluge. Pour le démontrer, il lui fallait une preuve irréfutable. Avec l’aide de quelques serviteurs, le mexicain entreprit alors des fouilles à Theotihucan. Si les pyramides de la ville se révélaient comme  un ensemble de tombes monumentales, il tiendrait peut-être enfin un fait concluant. Le chercheur était dans le vrai, l’archéologie moderne a bien démontré la fonction sépulcrale des temples. Hélas, jamais le métis ne trouva de preuves pour étayer sa thèse.
   A ce jour, Sequenza, le père de l’archéologie mexicaine, reste un inconnu pour son pays comme pour l’étranger. Pourtant, sans lui, toute recherche sur le Mexique précolombien serait impossible. Au cours d’une révolte indienne, les émeutiers jetèrent des torches dans le bâtiment des archives coloniales. Au risque de sa vie, Sequenza arracha une partie des livres aux flammes. Il se ruina même à payer des révoltés pour qu’ils viennent l’aider. Don Carlos mourut peu après, en 1701. Dans ses carnets, on découvrit le bilan de ses recherches. Mais bien peu arrivèrent entre des mains compétentes. Le métis ne s’y était pas trompé. Méprisé de son vivant, il se doutait bien que ses travaux disparaîtraient avec lui.

    En Europe, au cours de ce même XVIIème siècle, l’Atlantide fut à la mode de la cour de la reine Elisabeth. Francis Bacon (1561-1626), chancelier d’Angleterre et philosophe écrivit La Nouvelle Atlantide. Ce roman inachevé est un simple plagiat de l’Utopie de Thomas More. Pourtant cette œuvre eut un retentissement phénoménal pour tout ceux que l’Atlantide intéressait. L’idée de Bacon était simple, imaginant l’exil des survivants de l’Atlantide après la destruction de leur île,  il décrivit leur nouvelle patrie dans le Pacifique. Sa seule innovation fut d’en faire un état gouverné par des hommes de science. Bien peu d’idées s’enracinèrent aussi profondément dans la conscience populaire. Par la suite, sans avoir lu ou même entendu parler de La Nouvelle Atlantide, atlantologues et autres atlantophiles décrivirent d’une même voix l’Atlantide comme une nation suprêmement avancée. Surfant sur cette vague, Hollywood nous offrit quelques séries B mémorables. Dans ces navets, on pouvait voir des acteurs en jupettes, casques ridicules et capes. Ils se combattaient à coup de rayons laser dans des décors mi-futuristes, mi-antiques au mépris de toute crédibilité. Parce que c’est bien ce qui fut perdu avec ces séries, la crédibilité. L’Atlantide, objet de fantasmes absurdes, ne pouvait plus être un sujet de recherche sérieux.
   John Dee fut un autre des courtisans de la reine Elisabeth qui se passionna pour l’Atlantide. Au cours de ses séances de divination, il parla aux esprits des anciens atlantes. En cela, il fut un précurseur de nombreux autres personnages, notamment Mme Blavatsky au XIXème siècle. Ce fut le début de toutes les dérives pseudo-ésotériques sur l’Atlantide.  La taromancie, les remèdes de longue vie et les bagues de santés, se retrouvèrent imputés aux Atlantes.
   Ainsi, nous pouvons voir qu’au XVIIème siècle les trois grandes théories sur l’Atlantide étaient déjà nées.
   Première théorie : L’Atlantide est une civilisation qui, bien que plus avancée, ressemble à celle de l’antiquité classique.
   Deuxième théorie : L’Atlantide était une civilisation d’un degré technologique largement supérieur à celui des autres civilisations de son époque.
   Troisième théorie : L’Atlantide était une civilisation d’êtres très avancés sur le plan spirituel. Théorie à utiliser seule ou en conjonction avec les deux précédentes.
   Par la suite, chaque époque verra s’affronter les détracteurs de l’Atlantide et les tenants d’hypothèses directement issues de ces trois courants. Il est d’ailleurs à remarquer que la plupart de ces apports successifs trahissent le texte de Platon. C’est un véritable contresens que de voir dans le Critias une louange des Atlantes. Bien au contraire, pour le philosophe, ils étaient l’image du mal. L’Atlantide était une société matérialiste, tournée vers le commerce (ce que Platon réprouvait) et l’expansionnisme. Pire, ils avaient renié les lois de Poséidon !  Un crime à rapprocher de l’athéisme.  
   Le dix-huitième siècle, nous l’avons déjà vu avec Giuseppe Bartoli, n’est guère sensible au mythe de l’Atlantide. Nous sommes à l’époque des Lumières, des philosophes et de l’Encyclopédie qui range Dieu dans la rubrique chimie. Montaigne a par exemple nié que l’Atlantide puisse être le Nouveau Monde. L’un des rares partisans de ce mythe, au siècle des Lumières, fut Delisle de Salles. Il eut deux disciples : Chateaubriand et Fabre d’Olivet. Cependant, si sa pensée influença les deux auteurs, Chateaubriand ne le rejoignit jamais dans sa quête de l’Atlantide. Dans toute son œuvre, il n’y fait allusion que dans Le Génie du Christianisme et uniquement pour réfuter son existence. Au contraire de d’Olivet qui se fendit d’invraisemblances histoires sur son sujet fétiche.    
   En 1842, le Danois Frédéric Klee publia Le déluge. Son hypothèse était aussi simple que séduisante. L’Atlantide n’aurait pas disparue, il s’agirait de l’Europe et les Atlantes seraient les Titans, Géants et demi-dieux des légendes. A partir des mythologies grecques et scandinaves, Klee forgea une théorie très en avance sur son temps. La fin de l’Atlantide ne serait pas le fait de tremblements de terre ou d’éruptions volcaniques mais d’une déviation de l’axe terrestre. Cet ensemble osé, spectaculaire, n’est centré que  sur des légendes. Ce défaut majeur le rend malheureusement peu crédible parce qu’invérifiable. D’autant que cette thèse arriva un an trop tard. En 1841, Thomas Henri Martin avait publié une pertinente réflexion sur le Timée de Platon. Ses études solidement argumentées sapaient à la base toute recherche sur l’Atlantide. Selon lui, l’Atlantide appartenait au monde des idées et non à celui des hommes.
   L’œuvre qui va vraiment ressusciter l’intérêt des hommes pour l’Atlantide arrive tard dans le dix-neuvième siècle. C’est une fiction qui ne comprend qu’un seul chapitre parlant du continent perdu. Néanmoins, l’auteur est un visionnaire…
   En effet, là, sous mes yeux, ruinée, abîmée, jetée bas, apparaissait une ville détruite, ses toits effondrés, ses temples abattus, ses arcs disloqués, ses colonnes gisant à terre, où l’on sentait encore les solides proportions d’une sorte  architecture toscane ; plus loin, quelques restes d’un gigantesque aqueduc ; ici l’exhaussement empâté d’une acropole avec les formes flottantes d’un Parthénon ; là des vestiges de quai, comme si quelque antique port eût abrité jadis sur les bords d’un océan disparu les vaisseaux marchands et les trirèmes de guerre, plus loin  encore, de longues lignes de murailles écroulées et des rues désertes, toute une Pompéi enfouie sous les eaux (…).
   Ces quelques lignes tirées de Vingt mille lieux sous les mers montrent tout le génie de l’écrivain Jules Verne. Elles vont intriguer, elles vont passionner un public qui avait presque oublié le texte de Platon. Mais avant tout, elles vont donner envie aux passionnés de refaire l’exploit du capitaine Némo et de marcher dans les ruines de l’Atlantide.
   Parce que la grande force du texte de Jules Verne est de montrer quelque chose de tangible. A partir de ce moment les atlantophiles ne se contenteront plus de soulever des thèses. Jules Verne fait œuvre d’anticipation. Néanmoins, les moyens qu’il imagine, comme le sous-marin,  ne tarderont plus guère à apparaître. Le mot d’ordre devient : « Rechercher l’Atlantide là où elle se trouve, sous l’eau ! » C’est là qu’intervient Ignatius Donnelly…


Dernière édition par Anaxagore le Jeu 23 Fév - 11:38, édité 1 fois

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Re: L'Atlantide, le continent perdu

Message par Anaxagore le Dim 25 Sep - 14:37

III, Ignatius Donnelly

   Politicien, ancien membre du congrès américain, Ignatius Donnelly était un idéaliste. Après s’être lancé dans l’aventure d’une communauté utopique dans l’Ouest, il revint ruiné et décrédibilisé. Enfermé dans sa grande maison, le seul bien qu’il ait sauvé de son naufrage, Donnelly se mit à réfléchir à ce qu’il pourrait bien faire des quelques années qu’il lui restait.
   Fasciné par le récit de Platon, l’Américain se lance finalement dans l’écriture d’un livre sur l’Atlantide. En 1882, l’ouvrage est publié sous le titre de: The Antediluvian World. Ce livre est à l’origine de la vaste « atlantidomania » qui continue à sévir de nos jours. Cette recherche, très documentée, s’inspire de la méthode de Schliemann. A partir des informations du Critias, Donnelly a cherché et fini par retrouver l’Atlantide. Du moins, le crut-il…
     La publication du premier relevé topographique du fond de l’océan atlantique lui fit l’effet d’une révélation. Le rift serait une ancienne chaîne montagneuse engloutie durant la submersion de l’Atlantide. Donnelly étudia tout, archéologie, géologie, océanographie, philologie, histoire, mythologie, ethnologie, botanique. A l’époque, l’engouement fut immense parce que ses écrits sont  pratiques et extrêmement bien documentés. Il redécouvrit ainsi les points communs que Sequenza avait trouvés au niveau des croyances, de l’architecture et des coutumes.
   Pour Donnelly, les Atlantes étaient des colonisateurs infatigables. Sur la base de similitudes de culture et de construction, l’Américain établit que l’empire atlante s’étendait du Pérou à la vallée du Mississipi à l’ouest, du Moyen-Orient à l’Irlande à l’est en passant par les rivages de la Méditerranée. Des contacts culturaux et commerciaux auraient même conduits les Atlantes en Afrique noire et au centre de l’Europe, voir jusqu’en Inde et en Chine.
    Utopiste, Donnelly ne vit pas dans l’Atlantide une société ethnique et raciste. Bien au contraire, trois peuples auraient composé leur empire. Les plus civilisés étaient les cuivrés présent en Afrique du nord, au Moyen-Orient et en Amérique. Le second groupe, à la peau jaune, était identifié aux descendants de Chem fils de Noé. Après venaient les blancs, proches des Grecs et des Celtes, les plus nombreux. Cette thèse, très ingénieuse, permettait d’expliquer pourquoi des peuples très ressemblants pouvaient être aussi éloignés géographiquement. Cette théorie, le diffusionnisme, est encore très populaire notamment en Amérique. Certains de ses arguments sont d’ailleurs irréfutables.
     Ignatius Donnelly déclare même : Si nous trouvons justement des deux côtés de l’Atlantique les mêmes arts, sciences, croyances religieuses, coutumes et traditions, il est absurde de déclarer que les peuples des deux continents sont arrivés chacun de leur côté, par les mêmes étapes, précisément aux mêmes fins.
     En sus d’un vaste territoire, les Atlantes auraient eu une civilisation très avancée. Ils auraient connu la poudre à canon, l’aimant, les tribunaux et la plupart des institutions des états modernes. La sensation que provoquèrent ces révélations reste indescriptible. Pas une grande université qui ne débatte sur le livre de Donnelly. En quelques mois, son auteur acquière une célébrité mondiale. Lorsque le premier ministre britannique envoie une lettre de remerciement à l’écrivain, il n’a seulement besoins d’écrire « Ignatius Donnelly, Etats-Unis » sur l’enveloppe pour que le pli lui arrive.
    Après son succès, Donnelly se lança bien dans l’écriture d’autres livres consacrés à résoudre certains mystères de notre Terre. Néanmoins, aucun d’entre eux n’eut le succès escompté. Désabusé, il retournera en politique sans guère plus de réussite qu’auparavant. A sa mort, un journal titrera : « Ce n’est pas le politicien que nous pleurons aujourd’hui, mais l’écrivain ».
    La théorie de Donnelly semble logique, elle est malheureusement contredite par les datations au carbone 14. Les analyses chimiques montrent que les sites « communs » ont des milliers d’années d’écarts. De plus, la théorie de maîtres atlantes qui enseigneraient leur science aux peuples colonisés n’est pas crédible. Des étrangers laisseraient des traces brutales de leur arrivée. Au contraire, et malgré les similitudes, les peuples que Donnelly a mis en parallèle ont fait des progrès successifs.
    Prenons les pyramides, en dépit de ressemblances superficielles, les constructions mayas et égyptiennes n’ont que peu en commun. Le pharaon Snéfrou – le père de Kheops-   a bâtis trois pyramides. A l’époque, le fin du fin était la pyramide à degré, comme celle de Djoser. Néanmoins, les terrasses s’ensablaient. On eut donc l’idée de couvrir la construction d’un parement.  La première pyramide à face lisse, la pyramide rhomboïdale, fut un échec parce que les architectes ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Les blocs étaient mal découpés et liés par un mauvais mortier sur sable. Snéfrou aurait donc construit la pyramide rouge pour racheter ce premier échec. Cette fois-ci, un bon mortier fut utilisé sur une base de calcaire et les blocs furent bien découpés. On a donc là une évolution de style qui reflète une expérience propre au peuple égyptien.  
     Cela n’explique pas pourquoi des pyramides ont été érigées en Méso-amérique. Le premier de ces ouvrages apparu en Amérique Centrale est celui de Monte Alban. Il s’agit d’une œuvre Zapotèque antérieure de mille ans aux premiers Teocalli mayas. Les Zapotèques ne transmirent pas leur technique. Les Mayas redécouvrirent une méthode primitive d’extraction de la pierre vers 800 avant J.C. Les premiers blocs cyclopéens furent taillés dès -600 ou - 400. C’est uniquement après cela que les Mayas construisirent Naqbe, leur première pyramide.
    Les ressemblances entre les monuments construits des deux côtés de l’Atlantique s’expliquent par de banales règles d’architectures. Les structures en pentes sont la seule possibilité pour bâtir un haut monument en pierre lourde. Cette règle, tous les marchands de fruits et de légumes la connaissent. Lorsqu’ils veulent empiler des oranges, ils ne font pas des colonnes, ils font des pyramides. C’est la seule structure assez stable pour ne pas s’effondrer sous son propre poids  après le troisième étage.
    Ignacius Donnelly compare également les écritures hiéroglyphiques Mayas et Egyptiennes. Là aussi des convergences superficielles masquent de profondes divergences. La langue maya nous est encore très peu connue. Au contraire, l’Egypte nous a laissé des traces d’écrits que nous pouvons dater autour de 3500 av J.C. jusque vers 350 après. Les plus anciens hiéroglyphes égyptiens se trouvent dans la tombe du roi Scorpion, un roi pré-dynastique. Le dernier texte rédigé en hiéroglyphique date du règne de l’empereur romain Théodose, juste avant l’interdiction des cultes païens. Ce vaste échantillonnage nous a permis de comprendre que cette écriture était basée sur un système de mémorisation simple qui s’est progressivement amélioré. On est très loin d’une langue parfaite dès son origine.  
   Lorsque Platon parle de l’Atlantide, il mentionne des événements qui lui seraient antérieurs de 8300 ans. Or, le philosophe grec aurait écris le Critias vers 380-350 avant notre ère. Comment expliquer une date aussi ancienne ? Il est facile de parler d’erreur de chronologie. Cependant, les historiens et les archéologues s’accordent de plus en plus pour reconnaître aux anciens une tradition remontant très loin dans le passé. Peut-être que cette date n’est pas citée au hasard.
    Dans ce cas, la chute de l’Atlantide pourrait être le souvenir de la fin de l’âge d’or de l’humanité, l’époque des chasseur-cueilleurs. Voilà l’homme de la pierre récente, ce chasseur libre comme le vent qui se retrouve face à la disparition des céréales sauvages. Nous sommes douze mille ans avant Jésus Christ à Abu Harayra, en Irak, un pays qui commence à se désertifier.  Pour survivre, le chasseur se fera agriculteur et plantera des céréales.
     Le chasseur était libre, le cultivateur se retrouvera lié à sa terre, contraint de travailler la glèbe à la sueur de son front. La Genèse est là pour rappeler que l’homme ne prit pas cela pour une récompense. C’est aussi avec les limites du premier champ qu’apparurent les premières frontières. La guerre phénomène rare et épisodique jusqu’alors deviendra endémique.      

   Six ans après la publication du Monde Antédiluvien, en 1888, le docteur Verneau se fendit d’une nouvelle théorie sur l’Atlantide. Selon lui, l’élévation du niveau de la mer à la fin de la dernière glaciation serait le cataclysme décrit par Platon. Les Atlantes auraient donc été nos lointains ancêtres. Seuls les Guanches des îles canaries descendraient en ligne directe de ce peuple. Pour appuyer son hypothèse, Verneau cite les missionnaires espagnols qui ont évangélisées ces îles. Selon eux, les Guanches ignoraient l’usage des tissus et du métal mais savaient écrire, utilisant même un alphabet sémite. Ils avaient également de grandes connaissances de l’astronomie et de la poésie.
    Leur langue, apparentée au berbère et au touareg, serait un legs de l’époque où les Atlantes voyageaient jusqu’en Afrique. Comme les Guanches, les Kabyles seraient des descendants directes des voyageurs de l’empire disparu. Pour preuve, le docteur Verneau avance une légende kabyle qui fait référence à des mausolées du néolithique. Ces ouvrages seraient étrangers, bâtis par un peuple venus d’une île. Il est vrai que leurs pyramides à degré et leurs momies font penser à l’Egypte. Quant à leurs techniques de momifications, elles présentent beaucoup de points communs. Par exemple, les deux peuples utilisaient des cordelettes pour lier les doigts des corps. Ils accomplissaient aussi des opérations visant à ôter les organes internes et rembourraient l’espace laissé libre. Même le traitement des cheveux était identique.
     Les Guanches étaient un peuple très violent. L’archéologie nous a révélé des traces de tueries, de guerres ainsi que certaines grottes qui ont été transformées en forteresses inaccessibles. Les armes utilisées étaient essentiellement la fronde et le bâton. Les actuels habitants se sont d’ailleurs transmis les techniques des Guanches. Or, le temple de Médinet-Habou en Egypte montre des scènes de combat au bâton utilisant des combinaisons proches.
    D’après l’archéologue Thor Ayerdhal, les bateaux égyptiens en roseaux auraient très bien été capables d’atteindre les Canaries. Ce qui n’est pas seulement une hypothèse puisque de tels bateaux furent construits au Maroc jusque vers 1960. La parenté entre Egyptien et Guanche semble donc certaine. Néanmoins, il existe aussi de nombreuses correspondances avec les Berbères. Ils utilisaient les mêmes meules à grain, les mêmes poteries, vivaient comme eux dans des grottes qui furent habitées par des vivants du côté de l’adret et des morts du côté de l’ubac. Même le modèle des tombes berbères est similaire à celui des Guanches. Il existe aussi des points communs avec les peuples de l’antiquité tunisienne qui avaient des habitats troglodytes ainsi qu’avec les Libyens. Ce dernier peuple pourrait d’ailleurs faire le lien avec l’Egypte. Après leur défaite face à Ramsès III, les Libyens vécurent en paix avec l’Egypte et bénéficièrent de sa civilisation. Un rapport entre Berbères, Guanches et Egyptiens existe aussi dans la manière dont ces peuples gravaient les bovins. Les techniques sont trop semblables pour ne pas être apparentées.    
    Ces informations recouperaient celles livrées par le mythographe Denys de Milet dans Le voyage à l’Atlantide. Malheureusement, ce livre n’est pas parvenu jusqu’à nous. L’essentiel nous reste cependant connu par le biais de l’historien Diodore. Denys indique qu’à son époque, 2 500 ans après la disparition de l’Atlantide, la dynastie issue de Poséidon régnait encore sur l’Atakor et sur le peuple des Mazyces. Par Mazyces, il faut sans doute reconnaître les Maxyes dont parle Hérodote (IV 191-193). Comme le Hoggar portait dans l’Antiquité le nom de massif mazycien, ceux-ci sont sans doute les ancêtres des habitants de l’Imoschaoch, c'est-à-dire les Touaregs. Le terme Atakor vient du Temahaq et désigne d’ailleurs le Hoggar du centre, à proximité de Tamanrasset, en Algérie.
   Cette idée que les Touaregs fussent des descendants des Atlantes est également inspirée par leur religion proche du judaïsme et du christianisme. En effet, depuis Cosmas Indicopleustes la fin d’Atlantide est rapprochée du déluge biblique. Le dieu des Touaregs, Amanaï, ressemble tant par son nom que par son unicité à l’Adonaï biblique. Leur enfer, Tîmsi-tan-elâkhart (ou dernier feu) est le siège d’Iblis, l’équivalent de Lucifer. Leur paradis est défendu par les andjeleoûsen dans lesquels on reconnaît les anges. De plus, leur motif d’ornement préféré est une croix grecque, elle figure dans l’alphabet de leur langue, le Tifirar -dont l’expression orale est le Temâcheck- sur leurs armes, sur les dessins de leurs vêtements, sur le tatouage de leur front, sur le dos de leur main. Leur croix est une croix grecque à quatre branches égales comme celle des orthodoxes grecs. On la voit également figurer en bonne place sur les ornements les plus prestigieux : pommeau de selle, poignée d’épée ou de poignards. La propension des Touaregs à garnir leurs dromadaires de clochettes peut également être vu comme une réaction à l’interdit des cloches. Cet ornement chrétien étant prohibé en terre d’Islam. On relève aussi la fabrication de leur épée, la tabouka, qui est une lame droite comparable à celle des chrétiens. Néanmoins, une possible christianisation des Touaregs avant l’arrivée des Arabes serait une explication beaucoup plus convaincante.  
   C’est évidement bien maigre. Cette trame suffira pourtant à écrire un très beau livre, l’un des premiers à être porté au cinéma dans une version muette en noir et blanc sépia. Atlantide, du romancier français Pierre Benoît (1922) commence comme un roman colonial sur fond de rezzou touaregs. C’est surtout la découverte des survivants de l’Atlantide. Si vous n’êtes pas comme moi, tombé sous le charme d’Antinéa, la reine d’Atlantide, c’est que nous ne sommes pas fait du même bois.

    En tout cas, l’auteur d’Atlantide se base sur l’hypothèse du Sahara vert. Selon lui, le Sahara aurait été un vaste lac-marécage délimité au nord par l’Atlas, à l’est par la Mer Rouge, au sud par la forêt tropicale et l’ouest par l’Atlantique. De ce lac émergeait une vaste île du Hoggar au Tibesti, elle avait vaguement la forme d’un croissant. De ce lac ne resterait plus maintenant que le lac Tchad. Ainsi l’Atlantide n’aurait pas disparu par submersion mais bien par assèchement.
    Le dernier ressort de la théorie de Verneau relierait les Guanches aux constructeurs des grands ensembles mégalithiques de Carnac et de Locmariaquer. Les historiens et les archéologues identifient les descendants de ces bâtisseurs comme étant les Vénètes, un peuple qu’affronta Jules César pendant la guerre des Gaules. Selon Timagène, ce n’était pas des Celtes, ils seraient venus d’au-delà des mers. Navigateurs et conquérants, c’était une race « belle », « blanche » et surtout « sacrée » car c’est le sens du mot ven à rapprocher du gallois gwen. Leur culte était particulier, rendant grâce à des dieux jumeaux protecteur de la navigation. Ces divinités représentaient la déesse mère et les forces mystérieuses de l’univers. D'après les traditions, les Vénètes étaient les descendants de ces dieux. En tant que navigateur, ils commerceraient avec la légendaire île d’Antillia, loin à l’Ouest. Terre mythique que certains identifient avec l’Atlantide.    
   1900 fut la dernière année du dix-neuvième siècle. Bien que cela ne fut pas immédiatement évident, elle fut aussi un tournant décisif dans la théorie de l’Atlantide. En Crète, le palais de Knossos venait d’être mis jour


Dernière édition par Anaxagore le Dim 25 Sep - 14:37, édité 1 fois

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Re: L'Atlantide, le continent perdu

Message par Anaxagore le Dim 25 Sep - 14:37

IV, Dans la foulée de sir Arthur Evans

   Contrairement à la plupart des théories précédentes, l’identification entre l’Atlantide et la Crète minoenne n’est pas née en une seule fois, ni d’un seul auteur. Il s’agit d’une création continue qui n’est pas encore achevée de nos jours.

IV.1, Frost

   Evans est le découvreur du palais de Cnossos. C’est aussi lui qui forgea le terme minoen pour désigner l’époque et le  style de cette construction. En aucun cas, Evans n’évoqua l’Atlantide dans ses travaux. Les figures de Minos, Dédale et du Minotaure prenaient déjà beaucoup de place dans ses écrits. De plus, il n’y avait aucun doute que l’île perdue de Platon se trouvait au-delà des Colonnes d’Hercule et non en Méditerranée.
   Néanmoins, le 19 février 1909, le journal londonien The Times publia un article intitulé The Lost Continent. Son auteur, K.J. Frost, professeur à l’université de Belfast, osa une hypothèse hardie. Le premier, il évoqua l’Atlantide comme le souvenir de la gloire passée de la Crète. En peu de mots, s’appuyant sur des fouilles sur les îles grecques comme en Egypte, le professeur Frost reconstitua le souvenir de la puissance maritime des Minoens. En Crète même, le niveau de la civilisation était fantastique. Les fresques du palais de Cnossos surpassaient en qualité tout ce qui fut fait ailleurs à la même époque. Elles nous permirent d’imaginer leur raffinement inégalé. Les poteries, les robes mêmes des femmes crétoises donnaient plus l’impression d’appartenir au monde moderne qu’à l’antiquité. Par comparaison, les autres peuples de la Méditerranée contemporaine paraissent bien barbares.
   Isolés sur leur vaste île, auréolés de la perfection de leur civilisation, les Minoens devaient apparaître comme des êtres bien mystérieux. En Grèce, comme en Egypte ou au Levant, leurs danses élégantes, leurs palais enchanteurs, et leur fascination taurobolique devaient engendrer bien des légendes.
     Frost rappela ensuite le texte de Platon. L’île d’Atlantide était une escale sur le chemin d’autres îles et, à partir de ces îles, vous pouviez passer sur l’ensemble du vrai continent, qui entourait le véritable océan. Pour l’Irlandais, cette description de la position de l’Atlantide faisait irrésistiblement penser à la celle de la Crète en méditerranée orientale. Platon ne disait-il pas aussi : Dans cette île, il y avait un grand et merveilleux empire, qui s’étendait non seulement sur l’île elle-même et sur d’autres mais aussi sur certaines parties du continent. Encore une fois, le professeur Frost vit dans cette phrase le souvenir de la puissance de Cnossos et sa primauté sur les autres villes de Crète comme sur toute la méditerranée.
    La disparition de la civilisation minoenne interpella aussi l’auteur. La chute brutale et incompréhensible de Cnossos et des autres villes de Crète, par sa soudaineté, garde quelque chose de cataclysmique. Le parallèle n’est pas gratuit. Ce fut comme si tout le royaume de Crète s’était vu englouti comme l’Atlantide de la légende.
   Cette thèse osée passera pourtant complètement inaperçue. C’est sans s’y rapporter, l’esprit libre de toute influence, qu’un archéologue grec devait trouver des indications frappantes sur la fin des Minoens.

   

IV.2, Marinatos

   Plus de vingt ans se sont écoulés, nous sommes en 1932, durant cet été chaud et sec que la Crète connaît chaque année. Le professeur Marinatos conduit des fouilles près d’Amnisos. On découvre une maison… remplie de pierres ponces ! La Crète n’étant pas une île volcanique, comment ces débris ont-ils pu aboutir sur cette grève ? Bien vite l’archéologue arrive à la seule hypothèse plausible. La maison aurait été frappée par un tsunami qui aurait charrié ces pierres.
  A quelque temps de là, le professeur met à jour une magnifique habitation –la Villa des Fresques- dans l’antique port d’Amnisos. Comme beaucoup de bâtiment de la haute antiquité, des dalles dressées verticalement surmontaient la plinthe du soubassement. Ces orthostates, longues de deux mètres, ont été éjectés de leur emplacement normal comme sous l’effet d’un tremblement de terre ou d’un raz-de-marée. Pour Marinatos, il y a là des signes évidents d’un cataclysme de grande amplitude. Comme les dégâts n’ont jamais été réparés, on peut admettre que c’est cette catastrophe qui a conduit à l’abandon du site d’Amnisos.
    En 1939, l’archéologue grec a réunis suffisamment de preuves pour se permettre d’écrire dans la célèbre revue Antiquity. Son article, The volcanic destruction of minoan Crete, relie la disparition de l’empire crétois et l’abandon du palais de Cnossos, vers 1 500 av. J.C. à une explosion volcanique d’une force inouïe. L’île plutonienne de Santorin, à 120 Km au nord de la Crète, est le site le plus probable de cette catastrophe.
     Autrefois connue sous le nom de Théra, Kallistê (la « très belle île ») et même Strongylê (l’ « île circulaire »), il n’en reste maintenant plus que trois morceaux disposés autours d’une grande baie. En fait, la structure de l’ensemble -abruptes falaises de pierres ponces, lave et cendres entourant une eau profonde- ne laissent aucun doute sur la structure ancienne de cette île. Nous avons là ce qui reste d’une caldera, les vestiges du cratère d’un volcan gigantesque.
   Cette ruine spectaculaire n’a pas toujours eu ce visage. Des sondages archéologiques ont mis à jour une terre brune très fertile sous les cendres et les pierres ponces. Dans cette couche minoenne, des restes de végétations, de poteries et de grosses pierres taillées furent découvertes.  
    Jusqu’au tremblement de terre de juillet 1956, il n’y eut pas de véritables recherches archéologiques sur Santorin. L’ébranlement eut ceci de positif qu’il mit à jour les restes pitoyables d’ossements, de dents et de bois carbonisé sous la couche de pierres ponces. Les restes datés au carbone 14 livrèrent des estimations qui oscillaient entre 1090 et 1410 avant notre ère. Quant aux poteries découvertes sur le site, elles étaient d’un style très homogène, le minoen IA. Cette période correspond à la fin de l’empire crétois, c'est-à-dire aux alentours de -1 500. L’éruption et la disparition de la culture des palais seraient donc bien contemporaines.
    Mais c’est seulement à partir de 1967 que Marinatos exploita les ruines d’Akrotiri. Cette campagne de fouille lui permis de ramener le vieil établissement minoen à la lumière. Comme, à nouveau, l’examen des vestiges faisait coïncider éruption volcanique et disparition de la civilisation minoenne, l’archéologue relia ces événements à la légende de l’Atlantide (Sp. Marinatos, Some Words about the Legend of Atlantis, 1971).
    D’autres détails – culte taurobolique, agriculture intensive, irrigation, couleur des roches- firent immédiatement songer à la description de l’Atlantide dans le Critias de Platon. L’attrait de ce rapprochement se retrouva encore renforcé par le niveau de civilisation qu’avait atteint la ville au moment de sa destruction. Des canalisations de plomb ont été trouvé dans les murs des maisons. Quant au réseau hydraulique, avec ses aqueducs,  il était tout à fait comparable à celui que l’empire romain édifia un millénaire plus tard. La maîtrise affirmée des Minoens dans les domaines de la peinture, de la sculpture, de l’architecture et de la navigation en font un des peuples les plus avancés de leur époque.
   

   

IV.3, John Victor Luce

   Luce s’était passionné pour les thèses de Marinatos. Seulement, elles se heurtaient à un grand scepticisme de la part des archéologues. Il leur paraissait impossible que la destruction de Théra ait pu engendrer la fin de l’âge minoen. Les preuves qu’il leur fallait pour être convaincu, Luce les chercha aussi bien dans la vulcanologie que dans l’histoire et la mythologie.
    Par la vulcanologie, Luce obtint aussi bien des preuves directes qu’indirectes. Des sédiments marins prélevés sur le fond de la Méditerranée révélèrent la présence de cendres volcaniques. Leur composition était similaire à celle des dépôts de l’île de Santorin. On a pu ainsi définir quelles étaient les régions qui avaient subies les conséquences de ce cataclysme. La Méditerranée orientale, des côtes de la Grèce jusqu’à l’Egypte, avait été touchée.  
   Des fléaux de l’ampleur de l’éruption de Théra furent heureusement rares au cours de l’histoire de l’humanité. Néanmoins, le tsunami du 26 décembre 2004 démontre bien la violence de telles catastrophes. Dans ce cas de figure, l’ampleur des dégâts doit d’ailleurs plus à la densité de population qu’à la seule puissance destructrice du phénomène. Le mur d’eau qui a dévasté Banda Aceh (Sumatra) atteignait vingt mètres de haut, mais ailleurs il avait seulement cinq à dix mètres. Par comparaison avec le mur de 524 mètres qui a ravagé la baie de Lituya en Alaska, c’était un « petit » tsunami. Pourtant, la vague s’est enfoncée jusqu’à trois kilomètres dans l’intérieur des terres. En certains endroits, la dévastation a été telle qu’un sauveteur l’a rapproché de l’explosion d’une bombe atomique.  
     Le tsunami du 26 décembre est né d’un séisme d’une intensité de 9,3 sur l’échelle de Richter et s’est propagé à la vitesse d’un avion de ligne. Sa force et l’effet de surprise suffisent à expliquer l’ampleur des destructions. L’éruption de Théra fut une manifestation encore plus violente, on ne peut la comparer qu’à un phénomène semblable, comme le Krakatoa.
    En 1883, ce volcan explosa dans une déflagration visible à plus de 1 480 kilomètres. 290 villes et villages furent détruits. 36 000 personnes trouvèrent la mort. Quelques jours avant l’explosion, des navires naviguant entre 16 et 64 Km du Krakatoa virent apparaître « des boules de feu blanches » dans sa direction. Des pierres ponces, projetées par le volcan retombaient partout dans la mer. Le panache de cendre et de fumée qui surplombait le cratère fut estimé à près de vingt-cinq kilomètres de haut. Son ombre plongeait la région entière dans la nuit. Dans l’obscurité, il ressemblait à un « immense pin, dont le tronc et les branches étaient dessinés par des éclairs volcaniques. » Alentour, l’air était chaud et étouffant, empuanti par la cendre et le soufre.    
   Le 27 août, le volcan se désintégra en quatre explosions d’une extraordinaire brutalité. L’île se brisa, la partie nord et tout ce qui affleurait les flots disparurent. Un nuage de poussière s’éleva jusqu’à 80 Km de haut, chassant 18 Km³ de matière jusque dans la haute atmosphère. Les effets climatiques furent ressentis jusqu’à Londres où la neige se mit à tomber, et à Paris, le 26 novembre 1883, où le ciel s’embrasa comme sous l’effet d’un gigantesque incendie.
   A Batavia, à 160 Km de Krakatoa, le souffle de l’explosion fissura les murs et une épaisse pluie de cendre tomba jusque vers trois heures de l’après-midi. La destruction du volcan est la plus formidable déflagration auquel l’homme contemporain ait assisté, 70 000 fois la bombe d’Hiroshima. Elle fut entendue jusqu’à 4000 Km de distance et les vagues du tsunami firent le tour du monde.
   Ce scénario transposé du détroit de la sonde, entre Bornéo et Java, à la Méditerranée n’en fait qu’accroître le coté spectaculaire. Le tsunami, attesté archéologiquement à Chypre et en Palestine, aurait soulevé un mur d’eau de 50 mètres de haut. La Crète, la Libye, le delta du Nil et toutes les îles jusqu’à la côte grecque furent ainsi balayées. On a même suggéré que la transformation du jour en nuit, l’une des dix plaies de l’Egypte (Exode 10. 22), aurait été provoquée par  les pluies de cendres qui auraient suivi l’explosion de Théra. En tout cas, on les trouve répandues sur une superficie qui dépasse 300 000 Km². Aux destructions engendrées par cette vague monstrueuse il faut encore ajouter la famine qui suivit le salage des terres et les maladies transmises par l’eau (choléra, diarrhée, typhoïde…). Au vu des dégâts et de la zone touchée, il est douteux que la civilisation minoenne ait pu se relever d’un tel coup du sort.

   Luce ne s’est pourtant pas contenté de témoignages archéologiques pour valider la théorie de Marinatos. Un événement aussi effroyable que l’explosion de Théra avait sans doute traumatisé ceux qui y survécurent. Des siècles après, légendes et mythes devaient encore en porter des traces. A ce sujet la mythologie grecque est d’un secours précieux.
   Au terme de l’affrontement entre Thésée et le Minotaure, Poséidon apparaît. Le monstre issu des noces de Parsiphaë et d’un taureau sacré du dieu était cher à ce dernier. Pour marquer sa colère, celui que les Grecs surnommaient l’«ébranleur des terres » déclencha un terrible séisme. Poséidon apparaît aussi dans l’Iliade lorsque Homère raconte que les troyens ont été en guerre contre Héraclès, l’envoyé du dieu. Or, nous savons par l’archéologie que Troie VI, la ville qui prédécédé directement la Troie homérique, a été détruite par un tremblement de terre. D’après les datations, ce cataclysme serait globalement contemporain de l’éruption de Théra et peut-être une conséquence de celui-ci.
   Plus intéressant encore est le récit des Argonautes. Sur le chemin du retour, s’étant emparé de la Toison d’Or et de la belle Médée, Jason fait halte dans la rade dictéenne, en Crète. Le héros et ses compagnons « virent se dresser devant eux une formidable statue d’un géant de bronze qui les bombarda avec des blocs de rocher. Terrorisés, les Argonautes reconnurent Talos, le géant donné à Minos par Héphaïstos. C’était le gardien de l’île et il patrouillait dans tous les sens en se déplaçant sur ses jambes d’airain. Le bronze avec lequel Héphaïstos l’avait fabriqué le rendait invincible. Seule une veine de sa cheville était vulnérable car protégée uniquement par une mince membrane.
- Fuyons ces rivages funestes », se dirent les marins.
Mais Médée se lève et leur dit :
- Ne perdez pas courage. J’ai un moyen de terrasser le géant. »
   La magicienne lui jette un sort. A l’instant la vue du géant s’obscurcit. Et quand il soulève un bloc de pierre, Talos se blesse la cheville contre une arête rocheuse.
    Alors, son sang se mit à couler comme un flot de plomb fondu et, perdant rapidement ses forces, le géant tomba du rocher escarpé où il se tenait, avec un horrible craquement. »
    Pour Luce, Apollonios de Rhodes a écris dans Les Argonautiques un récit imagé de la fin de Théra. « … Les projections de pierres, les veines à la cheville, l’effondrement et la mort du géant sont des détails significatifs. Le personnage de Talos incarnait le souvenir que les grecs avaient conservé du volcan Théra. Théra « garde » les approches septentrionales de la Crète qui étaient fréquentées par les premiers marins mycéniens. La charpente de « bronze inébranlable » représente la paroi du cratère nouvellement formé sur la montagne de Théra telle qu’elle était alors. Les  rochers qu’il projette sont les « bombes » lancées par la cheminée du volcan. Il s’affaisse et demeure « en repos » quand tout son sang s’est écoulé comme du « plomb fondu », ce qui rappelle le refroidissement et la solidification des coulées de lave après la fin d’une éruption. »
   Luce continue ensuite à confronter récit mythologique et archéologie : « … La légende de Talos pourrait s’être formée au cours des vingt ou trente années qui s’écoulèrent entre le réveil du volcan (1 500 avant J.C.) et sa désintégration finale (1 470 avant J.C.). Pendant cette période, Théra avait probablement été désertée et constituait un objet d’effroi pour les habitants des îles environnantes. Si son sommet central dépassait réellement 1 200 mètres d’altitude, comme le pensent certains géologues, il aurait été nettement visible depuis la Crète. Les habitants de Cnossos peuvent très bien avoir contemplé avec appréhension cet étrange et agressif « gardien » que les dieux leur avaient envoyé, une montagne géante qui s’était mise à flamboyer comme un fourneau de bronze après être resté longtemps en repos. »
   En 1992, des géologues ont publié le résultat de leurs recherches sur le volcanisme de Santorin. Il est alors apparu que la plage de temps entre le réveil du volcan et son anéantissement a été plus longue que ce que l’on avait supposé jusqu’alors. En effet, l’éruption qui a dévasté l’île a pu être daté précisément de -1 628. L’explosion finale n’aurait pas suivi vingt ou trente après, mais bien après quatre cent ans ! Le problème c’est qu’à ce moment, vers - 1 200, la civilisation palatiale minoenne avait déjà disparu depuis au moins deux cent cinquante ans.  Plus récemment encore, une autre expertise géologique a donné des résultats encore plus contradictoires. La date de l’abandon de l’île ne fut pas remise en question. Néanmoins, la grande explosion qui aurait dévasté Théra aurait été bien antérieure, sans doute de plus de huit mille ans. L’hypothèse est intéressante, surtout dans le cadre de mes propres théories. Seulement, elle se heurte à une impossibilité archéologique. Dans les ruines de l’antique Akrotiri, cité minoenne de Santorin, on a trouvé une fresque. La dite fresque représente l’île telle qu’elle était vers -1700. Or, on constate de nombreuses différences avec son apparence actuelle. L’île centrale était beaucoup plus vaste qu’à présent et occupée par une ville importante. La caldera formait encore l’île circulaire qui lui avait valu son nom antique de Strongylê. Une « simple » éruption ne pouvant avoir détruit 34 Km³ de roche, on ne peut qu’en déduire le caractère postérieur de l’explosion sur la fresque.
   A propos, vous avez noté la description que je fais de l’île de Théra durant l’antiquité ? Ne vous paraît-elle pas proche de celle que Platon donne de l’Atlantide ? L’alternance de cercles d’eau et de terre, la capitale de l’île en son centre, mais reliée à la mer par une brèche qui a permis à l’eau de s’engouffrer dans la caldera. Même les roches noires et rouges sont semblables à celles que décrit le philosophe grec. L’un des noms antiques de Santorin,  Kallistê (la « très belle île »), rappelle sa beauté insolite mais aussi le niveau de vie de ses habitants. La terre volcanique très fertile leur permettait des récoltes abondantes. Cela aussi cadre avec les descriptions du Critias.
   On peut aussi confronter la description de Platon avec celle du géant Talos par Apollodore de Rhodes. Talos est un géant de bronze massif, donc invincible. Cela ressemble beaucoup à la muraille d’orichalque qui enserrait le cœur de l’Atlantide. Orichalque est un mot qui veut dire « cuivre des montagnes » en grec ancien. Platon souligne que c’est « le métal le plus précieux après l’or » et « que l’on extrayait de la terre en maint endroit de l’île ». Ce devait être un matériau durable puisque c’est sur la stèle d’orichalque au centre de l’île qu’avaient été gravées les lois de Poséidon.
   Décrit ainsi, l’orichalque est soit un métal simple, soit un composé naturel. En tout cas, ce ne peut être le laiton comme le pensaient les sages de l’antiquité. Le laiton (cuivre + zinc) n’a pas ce flamboiement de feu qui caractérise l’orichalque.
   Le mot orichalque pourrait désigner un métal dur et précieux, mais peut-être aussi une matière très résistante. Talos est la personnification d’un volcan, nous l’avons vu grâce à Luce, et qu’est-ce que le volcan produit en abondance et qui soit connu pour sa solidité ? Le basalte, la roche qui forme la muraille naturelle qui entourait Théra.  
   Nous avons vu, un certain nombre de preuves, d’indices et de déductions inspirés par la mythologie, l’archéologie et la géologie. Comme l’univers grec est riche d’historiens et de géographes, ceux-ci nous apprennent beaucoup sur l’antique civilisation minoenne.
    Thucydide (de 465 à 395 av. J.C.) -l’auteur de l’Histoire de la guerre du Péloponnèse- raconte qu’il y eut une époque où la Crète était une puissance hégémonique. Son empire était  alors étendu sur la plus grande partie de la Méditerranée. Les Crétois auraient levés une puissante flotte pour envahir les Cyclades. Là, ils auraient combattu les Cariens qu’ils chassèrent des îles. Par la suite, des gens de leur propre peuple prirent leur place et fondèrent des colonies. Les minoens auraient ensuite purgés les mers des pirates pour pouvoir profiter du trafic maritime commercial.
   Cette vision a été confirmée par l’archéologie. En effet, des traces d’établissement crétois ont été retrouvés à Cythère, Kéos, ainsi que dans toute les Cyclades, particulièrement à Mélos, Amorgos, Thèra, Siphnos et Délos. A l’est, les minoens se seraient également installés à Karpathos, Rhodes et le long des côtes d’Asie Mineure. On a découvert jusqu’en Bulgarie des tablettes écrites en linéaire A. Les poteries exhumées, en 2003, dans l’ancienne thrace sont aussi très nettement influencées par l’art des Mycénien et  des Crétois.
     La puissance de ce peuple était telle qu’il obligeait les nations environnantes à leur livrer un tribut sous forme de jeunes gens des deux sexes. Ce serait cette histoire qui aurait engendré le mythe du Minotaure. Comme les Minoens auraient pratiqué le sacrifice humain, leur destin pourrait avoir été aussi sinistre que sa contrepartie légendaire. En effet, en 1979, les fouilles d’Arkhanès ont permis la mise à jours d’un édifice où fut trouvé trois squelettes. L’un d’entre eux portait des traces qui indiquaient qu’il avait été égorgé. A Cnossos même, on a trouvé des ossements d’enfants portant des traces de blessures au couteau. Thucydide conclut son récit en racontant la fin de l’âge minoen : « Alors que le royaume était à l’apogée de sa gloire, un déluge de feu et de pierres s’abattit sur le pays et détruisit tout sur son passage. »
    C’est après cette catastrophe que les mycéniens conquirent la Crète. A partir de 1 460 avant J.C. les palais et les villes révèlent des vestiges visiblement apparentés à ce qui se fait alors sur le continent. L’écriture change, remplacée par la langue grecque.  Même les tombes font place à des constructions typiques de la civilisation de Mycènes.
    Evidemment, la fin cataclysmique de Théra ne se fait pas sentir qu’en Crète. Le poète grec Bacchylidès narra l’histoire de l’île de Kéos, avant et après. Nous savons par le professeur John L. Caskey que cette terre fut peuplée dès le troisième âge du bronze par un peuple qui se servait de vases typiquement minoens. Comme à Théra, toute trace de cette population disparaît avec la catastrophe du XVème siècle. D’après Bacchylidès, le roi de Kéos était Euxantius, fils de Minos. Ce personnage, également cité par Pindare, aurait refusé de recevoir la « septième partie de la Crète » en héritage de son père. Euxantius expliqua son refus par le rappel des guerres qui ensanglantèrent la Crète depuis ses origines. Selon lui, elles aboutirent autrefois à un événement effroyable : « … ils ont envoyés une terre et toute une force armée vers les régions souterraines du Tartare… ». Le « ils » en question désigne les dieux Poséidon et Zeus s’affrontant à coups d’éclairs et de tridents. Une allusion sans nul doute aux orages et aux vagues monstrueuses qui dévastèrent Kéos après la destruction de Théra.
    Ces textes sont intéressants, mais prouvent-ils que la Crète est l’Atlantide de Platon ? Non, ils ne le démontrent pas, évidemment. Bien plus, leurs comparaisons avec le Critias se heurtent à deux contradictions. La première est temporelle. Les prêtres égyptiens de Saïs ont dit à Solon que le cataclysme daterait de 8 000 ans. Solon vivait au septième siècle avant J.C. Ce qui placerait la submersion de l’Atlantide vers 8 700 avant notre ère. Théra aurait été détruite vers - 1 600, ce qui fait quant même une différence de 7 000 ans ! Difficile de croire à une telle erreur de datation.
    La seconde contradiction est cette foi-ci géographique. En effet, Platon situe l’Atlantide au-delà des Colonnes d’Héraclès, donc en Atlantique. Or la Crète se trouve dans l’est de la Méditerranée.
   Apparemment, les deux théories sont inconciliables. Seulement les apparences sont souvent trompeuses. Faites attention à mon énoncé ! Lorsque les prêtres de Saïs dirent à Solon que le cataclysme daterait de 8 000 ans, ils parlaient de 8 000 de leurs années.  Solon savait-il que les Egyptiens comptaient en années lunaires ? Selon le cycle de Méton, dix-neuf années solaires correspondent à 235 lunaisons. 8 000 ans lunaires coïncident donc à peu de chose près à 647 ans de notre calendrier. L’Atlantide aurait donc été submergée vers – 1 350. Bien sûr nous avons plusieurs siècles de différences entre cette estimation et la date supposée de la destruction de Théra. Cependant, l’histoire de la haute antiquité abonde en approximation de cet ordre.
     Un autre indice peut être trouvé dans les écrits de Diodore. Citant Le voyage à l’Atlantide du mythographe Denys de Milet, l’historien rapporte que la disparition de l’Atlantide aurait eut lieu 2500 ans avant la rédaction de cet ouvrage. Encore une fois, je ne prétends pas à l’exactitude historique. Néanmoins, cette date parait plus rationnelle que l’interprétation littérale du Critias.
    Revenons à la localisation de l’Atlantide. L’île porte un nom forgé à partir de celui d’Atlas. Le premier roi d’Atlantide ne s’appelait pas réellement Atlas. Solon a fait ce que fait tout bon grec confronté à des dieux étrangers, il l’a identifié à un dieu de son propre panthéon. Le nom n’a donc pas été choisi au hasard. Les attributs du roi légendaire devaient s’inspirer de ceux qu’évoquaient les Égyptiens.
      Le monde vu par les Grecs de l’époque de Solon nous paraîtrait certainement risible. Il était centré sur la Méditerranée (la mer intérieure) et comprenait ce qu’ils connaissaient de l’Europe, du Moyen-Orient et du nord de l’Afrique. Cette terre serait encerclée par un grand océan, la mer extérieure, qui rejoindrait la mer intérieure au niveau des Colonnes d’Héraclès. Autour de la mer extérieure se trouverait le « vrai continent » qui encerclerait le disque du monde. Le ciel était séparé de la terre grâce à un Titan, Atlas, qui vivait à l’extrémité du monde connu, non loin du jardin des Hespérides (Théogonie 517-518). Ce jardin peuplé par les filles de la Nuit, Hésiode le situe loin au-delà de l’Océan, à l’Ouest.
   De leur côté, les Égyptiens avaient une vision encore plus réduite. Pratiquement, elle se limitait à l’Egypte, ses abords immédiats et la Méditerranée orientale, qu’ils appelaient « grande mer de l’Ouest ». Des piliers, aux quatre coins du monde, séparaient la terre du ciel.
    Il faut se couler dans ces mentalités différentes et imaginer les difficultés de traduction pour comprendre ce qui va suivre. Si la Crète est bien l’Atlantide, par quels mots les prêtres de Saïs l’auraient désigné ? En égyptien, l’île était appelée Keftiu, elle était située « loin à l’Ouest » (en fait, dans la mer de l’Ouest, la Méditerranée) si loin d’ailleurs que c’est là que les dieux avaient placé un des piliers qui soutenait le ciel.
     Voilà certainement ce que dirent les prêtres à Solon. Pour le Grec, le nom Keftiu n’évoquait rien. Néanmoins, la mer de l’Ouest ne pouvait qu’être la mer extérieure, l’Atlantique. La mention du pilier du ciel lui fit penser alors à Atlas. De fait, Hésiode mentionne Atlas comme support de l’Univers. Une punition imposée par Zeus pour un crime que la mythologie n’a jamais mentionné (Voir Théogonie 519-520).  Sans doute aussi, Solon, en Grec cultivé, se rappela-t-il la lamentation d’Athéna dans le chant I de l’Odyssée vers 48 à 54 : Mais, quand je pense à Ulysse, mon cœur se fend : l’infortuné ! Depuis longtemps il souffre loin des siens dans une île des eaux au milieu de la mer : dans les bois de cette île une déesse loge, la fille du féroce Atlas qui connaît les abîmes de la mer, et qui porte à lui seul les colonnes  puissantes par lesquels terre et ciel sont séparés.
    Les mythes de l’archéologie ont la vie dure et l’identification de l’Atlantide à la Crète minoenne se heurte aux préjugés du public comme à son avidité pour l’extraordinaire.    
   Lorsqu’Arthur Evans déterra les ruines de Cnossos, inspiré par son fouillis de couloirs, il y vit l’origine du mythe du Labyrinthe conçu par Dédale pour emprisonner le Minotaure. Tout le reste en a découlé. Le palais ne pouvait être que celui de Minos, fils de Zeus, renommé pour sa sagesse. La beauté des fresques et le caractère paisible des scènes représentées ne pouvaient que militer en faveur du caractère pacifique des Crétois.
   Le problème, c’est que Minos ne s’est jamais assis sur le trône qui porte son nom. La plupart des pièces de monnaies trouvées à Cnossos représentent une figure féminine. Les archéologues l’ont nommée « la déesse aux serpents », à cause des ophidiens qu’elle tient dans chacune de ses mains. Pendant des années, on a estimé qu’il s’agissait de l’image d’une divinité. On a bien là une figure de pouvoir, sa représentation sur des pièces de monnaies et sur des statuettes le prouve amplement. Bien plus, les serpents qu’elle tient symbolisent le contrôle d’une puissance létale. Pensez à l’arcane XI du tarot qui représente une femme qui ouvre la gueule d’un lion. Il s’agit d’une figuration de la force. Le choix des serpents plaide plutôt dans son cas pour un pouvoir basé non sur la coercition, mais plutôt sur l’habileté et la connaissance. En effet, depuis l’aube de l’histoire, le serpent représente celui qui rôde partout, jusque dans le cœur de la terre mère pour en apprendre les secrets. On ne peut soigner la morsure du serpent que par le sérum que l’on tire de son venin. C’est donc aussi le pouvoir de donner comme de reprendre la vie. Une symbolique que l’on retrouve sur le caducée d’Hermès qui sert de nos jours encore à désigner les médecins, maîtres dans l’art de guérir. Plus important encore, cette « déesse » est représentée entourée de dauphins. Les mêmes dauphins qui encadrent le trône du palais de Cnossos. Il se pourrait bien que la Crète minoenne ait été un matriarcat.
    Quant au pacifisme des Crétois, il est sévèrement remis en question par les dernières découvertes des archéologues et des historiens.  Nous avons déjà vu que les minoens s’étaient implantés par la force dans les Cyclades, chassant de leurs terres les Cariens qui y habitaient avant eux. Il n’y a nul lieu de douter que leur expansion vers les autres archipels ne fut pas plus pacifique. En Palestine, les Crétois fondèrent la ville de Kaphtar. Une ville que nous savons être peuplée par les… Philistins. Inutile de rappeler que les dits Philistins ne se firent pas connaître de leurs voisins par leur douceur de vivre mais bien par leur ardeur expansionniste.  A propos, vous rappelez vous de ce  passage de la Bible (Juges 25-30) où Sanson abat les colonnes jumelles du temple philistin ? Ne vous rappelle-t-il pas le supplice d’Atlas ? En définitive, la démolition des colonnes du temple de Dagon symbolise bien la destruction du monde des Philistins. Quant à ce même Dagon ne serait-ce pas le dieu que Platon nomme « Poséidon » dans le Critias ? A mon avis, la proximité de ces différents mythes est plus qu’un simple hasard. L’histoire d’Atlas et celle de Sanson ont vraisemblablement une origine commune, source oubliée qui ne peut venir que de Crête.
   Ce n’est pas d’ailleurs le seul cas de convergence entre la Bible et la mythologie grecque. Peut-être sont-elles le seul fruit du hasard, ou peut-être pas, le monde méditerranéen est finalement très fermé. Pour aider Paris à séduire Hélène, Aphrodite aurait remis une pomme que le Troyen devait tendre à la belle. Cette histoire apparaît déjà dans la Genèse, lorsque Ève est séduite par le Serpent qui l’invite à prendre le fruit de l’arbre de la connaissance et à le partager avec Adam. L’histoire des religions permet d’identifier le Serpent comme une très vieille divinité du panthéon proto-hébraïque, Hêjêlêl ben Shahar. [Le seigneur de la haute corne (lunaire) fils (et incarnation) de l’aurore] personnage identifié à l’archange déchu Lucifer. Or Hêjêlêl ben Shahar est une sorte de double masculin de la déesse babylonienne Ishtar, un dieu de l’amour doté d’un double destructeur.  Si les points communs entre ces deux histoires sont patents, il faut encore rajouter une troisième mythologie pour mieux en souligner les convergences. Les Philistins, et donc les Crétois, avaient une déesse de l’amour dans leur panthéon, elle s’appelait Derketo (ou Atargartis) et quel est l’attribut de cette déesse ? Des pommes, bien sûr ! Les pommes de Derketo sont des fruits d’une merveilleuse beauté, pourtant celui qui mordrait dedans connaîtrait une mort rapide et douloureuse. Les trois mythes donnent à la pomme une nature ambiguë. On interprète généralement le « fruit défendu »  comme la découverte de la sexualité et du péché. Cette connaissance fait de l’homme l’égal de Dieu et donc ce dernier –jaloux- le chasse du paradis. Dans l’Iliade, Aphrodite offre à  Paris l’amour de la plus belle des femmes mais cet amour détruit son peuple, sa ville et le tue finalement. Le mythe philistin, le plus simple, est également le plus facile à appréhender. Le fruit de l’arbre de la déesse Derketo est le plaisir d’amour tel que connu par les dieux. L’homme mortel n’est pas fait pour connaître une telle extase, elle lui serait fatale. Les récits tournant autour de fruits merveilleux sont légions dans la mythologie grecque. On pourrait encore citer le onzième travail d’Héraclès. Aidé par Atlas, le demi-dieu avait dû s’emparer des pommes d’or des Hespérides, gardées par les filles de la nuit et le dragon Ladon. Cependant, c’est peut-être chercher un peu loin les correspondances entre tentatrices, grand serpent et arbre aux fruits merveilleux. Après tout la déesse scandinave Idun gardait bien un arbre aux pommes d’immortalité.

   Platon mentionne la puissante charreterie des Atlantes. Or, on n’a jamais trouvé de traces de char de guerre en Crète durant l’époque minoenne. La théorie veut que les conquérants mycéniens l’aient amené sur l’île au moment de sa conquête vers 1 450 ou 1 375 avant J.C. Une vision qui fut elle aussi remise en question par l’archéologie récente. Dans l’état actuel de nos connaissances, on suppose que le char de guerre serait une invention des Hourrites du royaume de Mitanni. Son apparition dans le monde égéen ne daterait que du XVIème siècle. Si cette date est globalement admise, on ne peut qu’établir des suppositions quant à sa méthode de diffusion. Néanmoins, il semblerait que les Crétois furent ceux qui l’y amenèrent. En effet, ils étaient en contact avec les Hyksôs d’Egypte depuis l’époque du pharaon Khyan et gardèrent de bonnes relations avec la XVIIème dynastie thébaine qui lui succéda. Nous savons également, grâce aux tablettes de Mari (Mésopotamie), que les commerçants crétois s’aventuraient jusqu’au Mitanni. Dès lors, il parait douteux que les minoens aient pu tout ignorer de cette terrifiante arme de guerre. Cette supposition est étayée par la découverte d’une bague crétoise reproduisant une scène de chasse au cerf par un char portant un archer. Cette scène  -style mis à part- est la copie d’une représentation de chasse d’un genre classique en Mésopotamie.
    Les archéologues et les historiens pensent que les Crétois acquirent le char de guerre de l’Egypte. En effet, la découverte de fresques minoennes à Avaris, capitale des Hyksôs, suggère la présence de nombreux Crétois à cette époque. En renfort de cette thèse, on peut noter la filiation évidente entre les chars égyptiens et mycéniens, caractérisée par l’utilisation de roues à quatre rayons. Les Minoens auraient sans doute servi d’intermédiaire à cette transmission.
   Quant à la puissance réelle des Minoens, il est difficile de l’exprimer en l’absence de texte. Nous avons bien trouvé des tablettes en écriture pictographiques (utilisée de 2 000 à 1 600 avant J.C.) et  en Linéaire A (utilisée de -1 900 à -1 450) néanmoins, ces deux écritures restent non traduites. Tout ce que l’on sait de la langue minoenne c’est  qu’elle n’était pas apparentée au grec. Cependant, Arthur Evans découvrit à Cnossos une salle remplie de tablettes écrites en Linéaire B, c'est-à-dire en grec syllabique. Traduites par Michael Ventris, elles nous livrèrent un inventaire des chars et des équipements qui y sont liés. Malheureusement, le texte daterait de l’époque mycénienne et serait postérieure à la civilisation minoenne. A cette époque, le palais de Cnossos devait fournir de 60 à 80 chars et le double de chevaux, ainsi que des armures de bronze pour 120 à 160 combattants de char. Leurs équipements étaient sans doute personnels puisque l’on n’en retrouve pas trace dans les archives. Il se composait sans doute d’armes de jet tel l’arc, la fronde et le javelot. Au contact, les combattants se servaient d’épées longues et courtes, parfois utilisées par paires, ainsi que divers « sabres » dont l’aspect ne nous ait pas connu. Des piques et des lances ont également été retrouvées. Néanmoins, on ignore si elles étaient utilisées par les équipages de char ainsi que ce fut le cas à l’époque homérique. Comme l’équipement des mycéniens était extrapolé de celui de leurs prédécesseurs, je suppose qu’il donne une bonne idée de ce qu’était l’armée minoenne. Reste à savoir quel était le nombre des chars minoens. Il semble logique de penser qu’ils en disposaient d’un plus grand nombre puisque l’île était plus peuplée avant l’explosion de Théra. Mais combien de fois plus ? Assez en tout cas pour que les Crétois envoient une aide à Ahmosis lorsqu’il affronta les Hyksôs.
    Pour ce qui est de la supériorité des lois et de la culture atlante, elles ne posent aucune difficulté quant à son identification avec la Crète minoenne. En effet, le philosophe Aristote soutenait  que le système des castes en usage en Grèce avait été introduit par les Crétois. Le Linéaire B, l’écriture utilisée chez les Mycéniens, apparut d’abord en Crète et ne se répandit sur le continent qu’une centaine d’années plus tard. Elle était bien sûr directement inspirée du Linéaire A en usage chez les Minoens. La tradition indique encore des dizaines et des dizaines d’autres domaines où la culture minoenne a influencé celle des grecs. Les archéologues admettent d’ailleurs que la civilisation mycénienne n’est en rien une continuation de la seule culture helladique. L’apport des Crétois a été très profond et aurait très largement influé sur l’évolution ultérieure de la Grèce.  
   Il reste un dernier point à évoquer. Platon raconte que l’Atlantide aurait été en guerre contre la Grèce et l’Egypte lorsque survint le cataclysme qui l’aurait anéanti. Bacchylidès mentionne également la Crète comme un lieu de guerres sans fin. Dans son poème, le roi Euxantius se lamente au sujet du combat titanesque entre Poséidon et Zeus : «…  ils ont envoyés une terre et toute une force armée vers les régions souterraines du Tartare, laissant ma mère et ma sœur et toutes les maisons fortifiées ». Hérodote raconte également que Minos partit chercher Dédale jusqu’en Sicile après qu’il lui eut échappé. Mais le roi connut une mort brutale. Pour se venger, les Crétois attaquèrent l’île avec toute leur armée, seuls les habitants de la ville de Praïsos s’abstinrent de suivre l’expédition. Néanmoins, l’armée ainsi levée ne parvint pas à prendre la Sicile. Ils étaient sur le chemin du retour quand se leva une puissante tempête qui balaya leur flotte. Les survivants ne purent repartir et s’installèrent là où la mer les avait déposé, c'est-à-dire à l’extrémité du talon de l’Italie. Ils fondèrent donc la cité d’Hyria. De leur peuple descendraient les Messapiens. Cette histoire très intéressante aurait été racontée à l’historien par les habitants de Praïsos. Or, les Praisiens vécurent isolés jusque vers 140 av. J.C. gardant intacte leur langue originelle –non grecque- et des traditions propres à la Crète minoenne. Seulement, si une telle armée avait été levée en Méditerranée à l’époque du cataclysme de Théra, il devrait en rester des traces.
   C’est dans cette perspective que s’inscrit Jean Deruelle en imputant l’invasion des Peuples de la Mer aux Atlantes. Tout le problème de ce scénario vient de sa chronologie. La civilisation minoenne aurait disparu vers -1 500 alors que l’invasion des Peuples de la Mer serait survenue vers -1 200. En fait, les Egyptiens ont gardés les traces de deux de ces invasions. L’une daterait du règne du pharaon Mineptah (vers -1 230) l’autre à l’époque du pharaon Ramsès III (1 199- 1 168).
    La première invasion serait une coalisation menée par « le misérable chef des Libyens, Mériraï, fils de Didi », comme le disent les inscriptions de Karnak. Les peuples réunis pour l’invasion de l’Egypte comprenaient les Akaouasha, les Toursha, les Loukkou, les Shardana et les Shakalasha. Seulement, quels peuples réels se cachent derrière ces appellations ? Les Akaouasha sont sans doute des Achéens (appartenant à la civilisation mycénienne), les Shardana, des Sardes, les Toursha, peut-être des proto-Etrusques, les Shakalasha des Sicules venus de Siciles et les Loukkou seraient un peuple d’Anatolie.  La coalisation comprendrait des peuples qui appartiendraient aussi bien à l’est méditerranéen comme les proto-Etrusques et les Loukkou qu’à l’ouest avec les Sicules et les Sardes. Au premier abord cela paraît impossible, sauf si le lieu où ces armées se seraient regroupées fut accessible à tous. Le décompte des tués indiquent 6369 Libyens, 742 Toursha, 222 Shakalasha et quelques centaines de Shardana, Akaouasha et Loukkou. Le petit nombre de ces trois dernières ethnies semble indiquer qu’elles venaient de très loin. Or, dans toute la Méditerranée, il n’existe qu’un seul lieu possible pour une telle réunion de peuple, la Crète. Néanmoins, les Egyptiens connaissaient bien les Crétois. Le nom qu’ils leur donnaient, les Haou Nebout, est absent du texte de Karnak. Il ne peut y avoir d’erreur. La chronologie comme le texte de Karnak excluent la présence de Minoens parmi les Peuples de la Mer.
   La seconde invasion est mentionnée dans les inscriptions du temple de Médinet-Habou. Cette attaque est beaucoup plus puissante que celle qui l’a précédé. Les Hittites, la Cilicie, l’île de Chypre, les royaumes kardémish et Arzawa de l’ouest de la Turquie ainsi que la Syrie  succombent sous les attaques des Peuples de la Mer. La victoire de Ramsès III, en -1190,  évite à l’Egypte de connaître ce même destin. Malgré cela, le pays des deux royaumes ne fut pas totalement épargné. Le prix du blé passa de 1⅓ debens à 5⅓ debens par sac. A tel point que la famine conduisit à la première grève de l’histoire.
   Cette nouvelle confédération des Peuples de la Mer regroupe les Péleshéta, les Tchakkara, les Shakalasha, les Danaouna et les Ouashasha… Les Péleshéta qui semblent correspondre aux Philistins étaient les plus nombreux. Lorsque Champollion traduisit le texte du temple, il s’étonna de l’habillement et de l’armement des Philistins. Le premier, il en vint à soupçonner que les Philistins n’étaient pas un peuple sémite mais bien européen. Nous l’avons vu, il s’agissait de Minoens établis en Palestine. Les Shakalasha pourraient être les habitants de Sagalassos en Pisidie, quant aux Ouashasha, il pourrait s’agir des habitants de la ville de Ouassos en Turquie. Les  Danaouna renvoient au terme homérique Danawoi qui désigne les Grecs à l’époque de la guerre de Troie.
    Tout cela reste plus que nébuleux. Cependant, une étude approfondie de la Méditerranée avant et après la destruction de Théra permet de se rendre compte de certaines modifications importantes. Les Philistins sont des Minoens qui auraient survécus à la disparition de leur civilisation. A partir du XVème siècle avant notre ère, ils furent progressivement absorbés par des éléments achéens. A tel point que leurs poteries devinrent si semblables à celles des Mycéniens qu’il est impossible à un non-spécialiste de les différencier. Ils subirent aussi des influences tant chypriotes que cananéenne qui déteignirent sur leur langue et leur architecture. Sans compter qu’ils appartenaient indiscutablement à l’ère d’influence de la culture égyptienne. La Bible cite fréquemment les Philistins en Palestine avant l’époque de Ramsès III. Il s’agirait alors de Minoens. Pareil en fait pour les Danaouna/Dananiens. Il est fait mention d’une cité du nom de Dan dans la Genèse (14.14). C’est derrière ses murs que se réfugièrent les rois Amraphael de Schinear (notez le radical de son nom, « rapha », nous avons affaire à un Géant), Arjoc, roi d’Ellasar, Kerdolamer, roi d’Elam et Tideal, roi de Gojim. Ils venaient de livrer bataille à Sodome et Gomorrhe,  pillant ces deux villes. Mais ils commirent l’erreur d’enlever également Lot, le fils d’Abraham. Aidés seulement de quelques serviteurs, il eut bien sûr tôt fait de libérer son fils. Cette cité se trouverait quelque part entre la Cilicie et Damas. En effet, en 1947, l’archéologue Bossert a trouvé une inscription à Karatépé en Cilicie faisant référence au roi Awrik des Dananiens. Certains de ces habitants auraient pu émigrer jusque dans le nord de la Palestine et seraient à l’origine de la tribu de Dan. Ces peuples et probablement aussi les Tchakkara qui habitaient la ville de Dor, ancienne colonie minoenne, descendraient des Crétois.
   Il y aurait donc bien eut une invasion, venue de Crète, formée en partie de descendants des Minoèens mais pas sous leur commandement. En fait, les Mycéniens de Crète pourraient être à l’origine des invasions des Peuples de la Mer. L’explication cadrerait avec les mémoires de Mériré, grand prêtre d’Amon et général en chef de l’armée de Ramsès III. En effet, contrairement aux inscriptions de Médinet-Habou, le général identifie les Achéens comme étant les chefs de l’armée ennemie. Bien plus, ayant séjourné en Grèce, il connaissait parfaitement le chef ennemi. Il semblerait, d’après son récit, que l’invasion des Peuples de la Mer serait liée à la guerre de Troie. Or, l’archéologie montre que l’affaiblissement des Troyens, leur vulnérabilité, aurait pour origine le tremblement de terre qui avait détruis Troie VI. Comme dans le Timée, l’association entre la guerre qui a ravagé la Méditerranée et un cataclysme est encore une fois avancée.  
   L’invasion des Peuples de la Mer aurait donc été formée sur l’instigation des Mycéniens. Pourtant, encore une fois, je ne vois là aucune contradiction avec le mythe de l’Atlantide. Rappelez-vous ce que disait Platon au sujet du sang divin des Atlantes. C’est son affaiblissement qui aurait conduit à la décadence de l’Atlantide. Si ce sang divin était en fait le caractère minoen des Crétois, le métissage qui les aurait affaiblis serait l’apport des Mycéniens. On n’a jamais trouvé de trace d’une invasion de la Crète par les Mycéniens. Peut-être sont-ils entrés pacifiquement dans l’île en profitant de l’affaiblissement du pouvoir central de l’île. Le cataclysme n’aurait donc pas mis fin à la Crète minoenne mais à la Crète mycénienne. D’ailleurs, d’après Hérodote, la guerre de Troie n’eut lieu que trois générations après la mort de Minos. Même en tenant compte des approximations habituelles des Grecs, il est improbable qu’ils prennent trois générations pour cinq siècles. Le terme Minoen utilisé pour qualifier la crête antérieure au XVème avant J.C. ne doit pas faire illusion. Evans était pétri de mythologie, mais si Minos, le roi légendaire, a réellement existé, il aurait été un roi de la Crète mycénienne. La chronologie ne laisse aucun doute sur ce sujet. N’oublions pas non plus que cette civilisation a disparu brusquement, en pleine apogée, vers le XIème siècle avant J.C. Le secret de l’écriture fut perdu pendant trois siècles et ce fut avec un alphabet emprunté aux phéniciens que l’Iliade fut couchée par écrit.  
    Pour terminer, j’aimerais revenir sur une allégation fréquente dans les milieux archéologiques et historiques. Platon mentait ou affabulait pour soutenir ses théories lit-on souvent. Cette affirmation, on l’entend depuis Aristote. Depuis cette époque, elle n’est pas exempte d’à priori.
     Comme je l’ai dit dès l’introduction , la personnalité de Platon pèse fortement sur le Timée et le Critias. Certains croient en ces textes parce qu’ils ont été écrits par Platon, d’autres les contestent pour la même raison.
      Les plus idéalistes ont fait de Platon un « Moïse parlant attique » pour reprendre l’expression de Pierre Vidal-Naquet. C’est malheureusement très exagéré. Malgré son extraordinaire acuité philosophique, Platon était un opposant de la démocratie athénienne. A sa décharge, il en avait vu les outrances et craignait à juste titre que ce système engendre la tyrannie.  C’était un passéiste convaincu qui prônait un retour aux lois de Solon, l’abandon du commerce au long court et d’une manière générale une vie à « l’antique » proche de la terre et de la nature.
      D'aucuns sont tombés dans l’excès inverse en faisant de Platon le père du totalitarisme. C’est absurde ! La position du philosophe est nuancée et change avec le temps. Tout comme Voltaire, il a été fasciné par ce que l’on pourrait nommer le despotisme éclairé. Dans la République, il souligne qu’il préfère un chef juste à des lois justes. Cependant, dans Les Lois, il revient sur son propos et explique qu’il vaut mieux s’appuyer sur des lois justes car le pouvoir corrompt bien trop souvent celui qui l’exerce.
    En tout cas, les participants au banquet où l’histoire de l’Atlantide est relatée soulignent les convictions de Platon. On suppose généralement que Critias – le narrateur- est Critias IV, Critias le tyran (460 - 403) qui prit part à la guerre du Péloponnèse et à la guerre civile athénienne. Un autre participant, Hermocrate, est à cet égard tout aussi intéressant. Certains historiens ont reconnu en lui le général syracusain qui fédéra les cités siciliennes contre une agression athénienne.        
   Platon était l’élève de Socrate. Ce grand philosophe est mort d’avoir dit des vérités que les Athéniens ne voulaient pas entendre. Au cours de son procès, Socrate a soutenu que l’on ne devrait pas le punir pour ce qu’il avait dit mais bien le récompenser. La gratification qu’il demandait n’était rien de moins que d’être nourri au prytanée comme les athlètes qui gagnaient les jeux olympiques. Cela n’a l’air de rien pour les hommes modernes.  Pourtant, cette demande fut prise comme un véritable blasphème par le tribunal des Héliastes d’Athènes. En effet, et pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, un homme demandait à être récompensé non pour ce qu’il avait fait mais bien pour ce qu’il avait pensé. Cet événement est une date majeure car elle fait de Socrate le père de la liberté de penser, de la liberté d’expression et du droit des minorités.
  Des droits qui ont coûtés sa vie au maître de Platon. Il lui aurait suffit de se dédire pour se sauver. Seulement, Socrate estimait sa vie de bien peu de prix par rapport à la vérité. Comme Xénophon le rapporte dans son Apologie de Socrate, Hermogène s’étonna que le philosophe ne paraisse pas se préoccuper de sa défense. Socrate répliqua : « Ne te semble-t-il pas que je m’en suis occupé toute ma vie ? Et comment ? En vivant sans commettre aucune injustice. » Imaginez-vous réellement l’élève d’un tel maître rejeter cette ultime leçon juste pour raconter une belle histoire ? De nos jours encore, les derniers adorateurs des dieux grecs se réunissent chaque année pour demander pardon à Socrate. Comme ils le disent eux-mêmes, l’exécution du philosophe fut le plus grand crime de leurs ancêtres. Les dieux se seraient détournés des hommes à cause de ce forfait inexpiable.


Dernière édition par Anaxagore le Jeu 23 Fév - 12:08, édité 1 fois

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Re: L'Atlantide, le continent perdu

Message par Jolou le Dim 25 Sep - 18:12

Franchement bravo, c'est très intéressant et super bien écrit !
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Re: L'Atlantide, le continent perdu

Message par Thomas le Dim 25 Sep - 21:07

wow

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Re: L'Atlantide, le continent perdu

Message par Anaxagore le Dim 25 Sep - 23:55

Je dois dire que je suis assez fier. Bon, la plupart des idées ne sont pas de moi. Toutefois, l'explication de la position de l'Atlantide pour les grecs et les Egyptiens sont les résultats de mes propres travaux. idem pour la datation.

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